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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 06:03

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La vie d’une sportive de haut niveau, quoique l’on puisse penser et croire, n’est pas une sinécure. Ainsi prenons le cas d’Alizée, championne du monde de natation. Elle est dans la chambre d’appel en compagnie de sept concurrentes. Dans quelques minutes elle s’élancera pour huit minutes de nage, un 800 mètres qui déterminera le reste de sa carrière, ou qui en sera l’aboutissement.

Durant ce laps de temps qui dure interminablement, ses souvenirs remontent à la surface, elle effectue une plongée dans son enfance, ses débuts de nageuse dans le petit club de Saint-Villiers, ses progrès, ses premiers championnats, ses entraînements avec Philippe, ses victoires, ses amours, ses périodes de révoltes, ses déceptions, ses déboires, ses amertumes, ses petits bobos. Une carrière constituée de flux et de reflux, de vagues qui lui font entrevoir un avenir incertain.

Dans cette chambre d’appel elle est en compagnie des sept autres concurrentes qui toutes aspirent à remporter la médaille d’or. D’abord Clotilde, qui est devenue championne de France, huit mois auparavant, dépouillant Alizée de ses derniers espoirs. Et puis il y a la Russe, la Roumaine, l’Espagnole, l’Anglaise, l’Américaine et l’Australienne. Toutes se connaissent, se sont confrontées mais ne s’estiment pas forcément. L’Espagnole surtout qui nourrit à l’encontre d’Alizée une rancœur tenace. Alizée est sortie pendant quelques mois avec Luis-Estéban, un joueur de foot de renommée internationale, mais Carmela Manzanares, si elle a récupéré son hidalgo ténébreux, lui en veut toujours.

Philippe, parlons-en de Philippe. Il entraînait le club de Moulins et il est allé chercher Alizée dans le bassin où elle survolait, lors de ses premiers championnats de France. Philippe qui s’était adressé à elle avec la douceur qu’il sait avoir parfois. Je n’arrêtais pas de regarder ses bagues et ses bracelets, ses bras me paraissaient énormes. Il a des références Philippe : sans trop de moyens, il avait sorti la reine du 400 mètres Laure Manaudou, conquis des dizaines de titres en France et partout, et obtenu sans la demander cette lâche reconnaissance qu’on voue aux laborieux.

Pour Alizée, au départ, tout va bien et elle enfile les longueurs de bassin et les breloques autour du cou, comme si tout cela était normal. Mais elle finit par se lasser. L’entraînement lui pèse, elle aspire à autre chose, elle perd sa volonté de gagner en compagnie de Luis-Estéban, et puis son épaule lui fait mal. Elle se sent pousser des écailles sur tout le corps. Mais Philippe est intransigeant, elle doit nager, encore et encore, au petit matin, et accumuler les kilomètres et les performances. Elle en a marre et rompt avec cet homme qui n’est qu’une machine à faire gagner, au détriment de la personne humaine. Heureusement, son amie Estelle est là, à qui elle peut se confier.

Bientôt la compétition va commencer…

Dans ce roman, que l’on pourrait aussi bien cataloguer comme un documentaire, une autobiographie et une satire du monde sportif de haut niveau, Gilles Bornais nous retrace les étapes d’une championne en perdition mais qui pense avoir surmonté les épreuves. Il ne lui en reste plus qu’une, la dernière, démontrer qu’elle n’a rien perdu de sa combativité, de son envie, de sa pugnacité, de son ardeur. Un roman poignant et émouvant dans lequel le lecteur s’immerge en apnée, vibrant avec Alizée, la soutenant, la réconfortant, applaudissant à ses exploits, l’accompagnant dans ses turbulences, souffrant en sa compagnie, lui prodiguant réconfort, mais surtout pas conseils ou remontrances, d’autres s’en chargent.

Un roman simple mais attendrissant dans la dramaturgie de dix sept minutes qui vont basculer en faveur d’une championne qui, après tout, n’est qu’une frêle jeune femme, ou la faire plonger dans l’anonymat et le désespoir. La soif de revanche habite Alizée, revanche envers ses entraineurs, ses erreurs, ses rancœurs, ses fatigues.

Je ne m’y retrouvais plus dans cette vie forcenée. En compétition, la peur me tyrannisait, mes victoires ne me ravissaient plus, elles me soulageaient. J’étais perdue et insensible… Plus j’aimais gagner et moins j’aimais me faire mal dans le bassin, vivre entre deux interviews, deux entraînements, me lever et me coucher avec des courbatures, les cheveux javellisés et sulfatés, l’eau et le chlore sous la peau.

Ce roman s’adresse implicitement aux entraîneurs, aux journalistes, aux supporters fluctuants qui considèrent les champions comme des robots ne possédant ni âme, ni cœur. Des personnages annexes bien calés dans leur fauteuil refusant les défaites des autres, comme si leur vie propre était en jeu, oubliant que ce sont avant tout des hommes et femmes qui veulent vivre et être considérés en tant que tels et non comme des machines à gagner.

Gilles BORNAIS : 8 minutes de ma vie. Editions Jean-Claude Lattès. 206 pages. 16€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 21/06/2012 19:07

Toute ressemblance serait fortuite...

Oncle Paul 22/06/2012 08:09



Bien évidemment, quoi que !


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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