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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:00

« Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! »

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Six ans se sont passés depuis ses aventures mouvementées au Mont-Saint-Michel, contées dans La Promesse de l’ange. Johanna, l’archéologue médiéviste a eu un accident de voiture et un enfant, Romane, et à l’époque où nous la retrouvons elle est en charge des fouilles, avec une petite équipe, sur le site de l’abbaye romane de Vézelay. Elle essaie de vérifier certaines assertions concernant le culte de Marie-Madeleine, Marie de Béthanie, et de démontrer que des reliques de la sainte seraient bien enfouies dans l’ancienne basilique.

Elle a d’ailleurs retrouvé une statuette en bois dont les traits lui rappellent quelque chose, et qu’elle conserve précieusement dans un coffre. Son ami Lucas, violoncelliste, est trop souvent en déplacement et ne la rejoint que de temps à autre. Son travail l’accapare et puis il lui faut s’occuper de Romane qui n’a que six ans. Son ami Tom, un Néo-Zélandais qui, lui, explore les ruines de Pompéi lui apprend qu’un de ses collaborateurs vient d’être retrouvé mort, le crâne enfoncé et au dessus de sa tête, écrit à la craie blanche, une inscription : Giovanni, 8, 1-11.

Cela ne peut que se référer à la Bible et plus particulièrement à l’évangile de Jean. Peu après Tom vient la voir à Vézelay et lui raconte plus explicitement cette trouvaille macabre, qui n’entre pas dans le cadre de ses recherches. Lors de son départ il remet à Romane une pièce trouvée dans les ruines, portant en effigie Titus et datant de l’an 79. Peu après Romane est atteinte d’un mal mystérieux qui ne se manifeste que lorsqu’elle dort la nuit. Johanna rencontre de nombreux spécialistes, emmenant sa fille dans différents hôpitaux de la capitale, mais aucun des spécialistes qu’elle consulte n’arrive à déterminer la provenance de ce mal, mettant même en doute ses allégations. En désespoir de cause elle accepte de prendre rendez-vous avec un hypnotiseur sur l’insistance de son amie Isabelle, marraine de Romane. Mais un nouveau meurtre est à déplorer à Pompéi.


Cela fait quelques temps que l’incendie, qui a sévi durant six jours et sept nuits, a ravagé Rome, alors que Néron regardait les flammes en se contentant de jouer de la lyre du haut du Quirinal, tuant des milliers d’habitants, détruisant maisons, boutiques, réserves. Les Chrétiens doivent se cacher pour célébrer leur culte. La famille de Sextus Livius Aelius, un riche négociant en vin, reçoit la visite de Raphael, qui arrive des côtes de Provence en Gaule, porteur d’un message destiné à Pierre. Mais l’apôtre Pierre vient d’être arrêté, et de nuit, des soldats romains investissent la maisonnée tuant tous les occupants à part Livia qui a eu le temps de se cacher. Elle recueille auprès de Raphael moribond le message dicté par Marie de Béthanie et destiné à Pierre et qu’il retranscrit sur un parchemin.

Un message provenant de Jésus, le seul qu’il aurait écrit ! La gamine n’a que neuf ans et a été traumatisée par le carnage. Elle recherche ses parents, gardant toujours l’espoir de les retrouver, mais les Juifs, les Chrétiens et tous ceux soupçonnés de ne pas se référer aux dieux romains sont arrêtés et pendus, oints d’huile, crucifiés la tête en bas puis brûlés vifs. Bon nombre de ses amis et connaissances subissent un tel sort et elle devient muette. Elle erre dans Rome avant d’être subordonnée à un marchand d’esclaves. Elle apprend par cœur et visuellement le message écrit en araméen et détruit le parchemin avant d’être vendue à un sénateur romain. Elle devient l’ornatrix, l’ancêtre de notre esthéticienne actuelle, de l’épouse du patricien mais ne peut prétendre à être affranchie un jour. Toutefois la rencontre avec un marchand de parfums, lui aussi chrétien, lui permet de célébrer son culte à l’insu de tous. Les années passent et un jour elle est conviée à se rendre à Pompéi.


Au début du deuxième millénaire, en l’an 1037, le moine Jean de Marbourg est dépêché par le père abbé de l’abbaye de Cluny d’aller à Vézelay porter un rotulifer, porte-manuscrit recueillant les hommages aux défunts prêtres. Jean de Marbourg est accueilli par Geoffroy, le supérieur de l’endroit dont l’église est mal en point, ayant été dévastée par les flammes et l’argent manquant pour la reconstruction et les rénovations. Jean de Marbourg et Geoffroy se sont connus autrefois lorsque Jean était encore maître d’œuvre au Mont Saint Michel, spécialiste de la pierre, sous le nom de Roman. A cause d’un incident particulier, Roman, devenu Jean de Marbourg était devenu moine à Cluny. Geoffroy est fort content de retrouver son ancien ami, mais ce qui lui importe surtout, et Roman devrait pouvoir l’aider, c’est de trouver des fonds pour que Vézelay renaisse de ses cendres et la clé réside par le passage des pèlerins vers Compostelle. Et pour attirer ces pèlerins, il a l’idée de justifier la sainteté du lieu par la présence de reliques, et plus particulièrement celles de Marie de Béthanie.

 

Ce roman placé sous la figure de Marie de Béthanie, sœur de Lazare, et l’une des saintes ayant selon la légende débarqué en Camargue, se compose de trois périodes séparées environ de mille ans chacune. Mais un roman qui serait comme un jeu de construction. Un bâtiment édifié à l’aide de briquettes de couleurs différentes, afin de mieux discerner les époques évoquées, celle à laquelle nous vivons, la période de Néron, le Moyen-âge du début du millénaire, les couleurs se superposant en fonction des goûts des deux architectes. Cet ouvrage propose une parabole entre avant-hier, hier et aujourd’hui et incite le lecteur à établir un parallèle également.

Par exemple le contexte religieux. Il est bon de dépoussiérer les enseignements catholiques et de remettre dans leur contexte les supplices des premiers Chrétiens à Rome. Des informations relayées par les manuels d’histoire sainte destinés aux enfants. Blandine dans la fosse aux lions et bien d’autres exemples. Mais les auteurs ne font pas acte de prosélytisme, ils démontrent ce qui fut à l’origine de ces martyrs. Par exemple l’intégrisme des chrétiens qui refusaient de manger de la viande issue de bêtes immolées, leur intransigeance et leur déni d’autres dieux que le leur, alors que les Romains étaient prêts à accepter d’en accueillir, au départ, un autre parmi tous ceux qu’ils vénéraient. L’intolérance qui en découla par la suite.

Et l’on pourrait aujourd’hui transposer cette façon de procéder entre christianisme et islamisme, comparaison hasardeuse peut-être mais pas forcément dénuée de fondement. Mais ceci n’est que l’une des clés qui résident dans ce roman. On pourrait évoquer aussi les légendes entourant les reliques, leur bien-fondé, leur existence même et l’aspect mercantile qu’elles représentent. Ou encore ce travail de l’inconscient, de paramnésie, et la partie ésotérique du roman. Un thriller métaphysique qui explore trois périodes, celle de l’empire romain sous le règne particulièrement perturbé de Néron, celle médiévale du début des constructions des cathédrales et de l’art roman, et la notre, non moins perturbée religieusement. « Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! ». Quant au titre, il est à prendre à plusieurs degrés.


Frédéric Lenoir et Violette CABESOS : La parole perdue. Le Livre de Poche Policier/Thriller. (Réédition des éditions Albin Michel). 696 pages. 8,10€.

 

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commentaires

Lystig 15/10/2012 21:36

tu sais parler aux femmes... si en plus cela se passe en Bourgogne...

Oncle Paul 16/10/2012 10:08



Mais je ne lis pas à la vitesse d'un escargot ...



zazy 09/10/2012 20:21

Toujours pas lu le premier tome qui attend dans ma bibliothèque.... le temps me manque et passe trop vite

Oncle Paul 10/10/2012 18:30



Heureusement les deux ouvrages se lisent séparemment, heureusement d'ailleurs car La Parole perdue est sorti en 2004. Mais c'est peut-être l'occasion justement de le ressortir !



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