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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 15:08

Les annales des anneaux.


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En ce 18 juillet 1936, les rues de Barcelone connaissent une affluence et une effervescence inhabituelles.

Est-ce parce que des jeux olympiques parallèles à ceux de Berlin se tiendraient dans la capitale catalane, organisés par des sportifs protestataires et hostiles aux officiels organisés par Hitler et sa clique ? Il semblerait que oui, car de nombreux journalistes sportifs et d’athlètes se retrouvent dans les divers hôtels de la ville, sur les ramblas, dans les cafés. Toutes les nationalités sont représentées ou presque. Parmi les reporters, Albert Grosjean, qui est envoyé le journal Sport, retrouve avec plaisir certains de ses confrères,

Mais ce bouillonnement possède aussi une autre cause, moins pacifique que les affrontements entre athlètes dans un stade. Un coup d’état militaire est fomenté par des phalangistes, des généraux réactionnaires dont les soldats se sont emparés de casernes au Maroc et dans toute l’Espagne. Les journalistes sont consignés dans leurs hôtels dans le centre et sont priés de ne pas s’éloigner. La révolution est en marche.

Parmi ses confrères, Albert Grosjean retrouve son ami Ernest Sorman par hasard, mais celui-ci disparait non sans avoir laissé au concierge de l’hôtel où est affecté Grosjean une lettre et un paquet. Sorman souhaite que Grosjean remette un anneau, une alliance, à une femme qui lui est chère et qui pour l’heure est en Allemagne. Malgré son envie de participer à la révolution, ses idées politiques penchant vers le parti communiste, Grosjean retourne en France afin d’accomplir sa mission.

Il lui faut une couverture et Grosjean demande à son rédacteur de lui permettre de couvrir les jeux de Berlin. Or il était prévu de boycotter les jeux et l’idée qu’un journaliste de Sport couvre l’événement déplait fortement au responsable de l’hebdomadaire. Grosjean plaide sa cause en avançant un argument implacable : En n’y allant pas, nous laissons la presse réactionnaire écrire ce qu’elle veut. Nous encourageons une couverture unilatérale des jeux. Convaincu le patron de Sport lui annonce fièrement peu après qu’un rendez-vous avec un assistant de Pierre Cot, ministre de l’Air, un certain Jean Moulin, est programmé.

Grosjean va donc pouvoir se rendre à Berlin muni de deux missions. Remettre l’anneau à Anna Meyer, l’amie de Sorman, d’une part, ce qui lui semble relativement facile. Seulement Anna Meyer a fait l’objet d’une vive controverse entre les autorités allemandes et le Comité international olympique. Devenue un symbole, elle est hautement surveillée et il sera difficile de l’approcher, à première vue. Car il est fort étonné de voir la belle athlète juive s’afficher au bras du ministre de l’éducation du peuple et de la propagande.

L’autre mission confiée à Albert Grosjean par Pierre Cot et Jean Moulin relève de la taupe. La France s’est engagée à ne pas aider les Républicains espagnols, a ne pas livrer d’armes, à n’envoyer aucun militaire français. Une intervention trop marquée en faveur de la République espagnole et les radicaux nous lâchent… C’est la fin du Front populaire… De plus, l’Angleterre, principal alliée de la France, verrait d’un mauvais œil une ingérence ou action en faveur de la république espagnole. Cependant le gouvernement français suppose que les Allemands et les Italiens possèdent des plans secrets de livraison d’armes aux généraux de Burgos. Et Grosjean doit vérifier et éventuellement confirmer cette indication.

Et c’est ainsi que le voilà lancé dans le grand bain, simple journaliste au milieu des dignitaires nazis, Goebbels en tête, pataugeant parmi les athlètes dans la piscine ou courant derrière sur le stade, côtoyant agents doubles ou triples, femmes fatales et espionnes de haut-vol, dégoûté comme certains de ses confrères en entendant les propos racistes et antisémites à l’encontre de certaines personnes de leur entourage et des sportifs qui doivent participer aux épreuves, et assister aux tricheries organisées sous la bienveillance de la clique hitlérienne. Ici aussi, sous couvert d’idéal olympique, chacun défendait son médiocre drapeau et tous les coups étaient plus ou moins permis. Juges crapuleux vendus à l’Allemagne, hommes concourant dans les épreuves féminines, doping, sans parler des tensions raciales que dissimulaient timidement les bons usages olympiques.


Sous couvert de fiction, François Thomazeau nous invite à participer en spectateurs parfois révoltés à cette période trouble dont les points de fixation furent les Jeux de la honte, jeux qui n’étaient qu’un écran de fumée, et le putsch militaire espagnol, dans un roman document à fort relent d’espionnage. Les personnages fictifs et réels se fondent et cohabitent, afin de donner plus de force à certains événements. Les accidents par exemple perpétrés à l’encontre des généraux nationalistes José Sanjurjo et Emilio Mola, tous deux généraux nationalistes, décédés lors de voyages en avion. Le rôle de la France dans la diplomatie internationale mais surtout celui ambigu de la couronne britannique et d’autres nations. La fonction discrète de Jean Moulin lors de son passage comme chef de cabinet au ministère de l’Air du Front populaire, entre deux affectations dans des préfectures. Et bien d’autres personnages qui firent parler d’eux dans des circonstances plus ou moins honorables. Kim Philby, André-François Poncet, Edouard Corniglion-Molinier, Robert Perrier, Unity Valkyrie Mitford, le Major Hugh Pollard, Leni Riefenstahl, Simon Sabiani, sans oublier le “ héros” de Berlin, Jesse Owen.

Et il est à remarquer que l’esprit des Jeux de Berlin, esprit fort décrié car il s’agissait plus d’une propagande que d’une véritable manifestation sportive dans la lignée spirituelle de Pierre de Coubertin, cet esprit de compétition est encore et toujours un véritable marché soumis à la gloire de la finance. Le trafic d’influence laissant place à la tricherie est toujours de mise malgré les dénégations officielles. Dernier exemple en date, les petits arrangements entre amis dans le monde de la boxe amateur.

Les cris de singe lancés aujourd’hui dans les stades de football à l’encontre de joueurs de couleur, Jesse Owen lui aussi les a subi, et dans un endroit qui n’était pas choisi par hasard : le zoo de Berlin.


Quant à la déclaration de ce journaliste du Miroir du Monde, n’est-elle pas reprise, sous une autre forme guère plus élégante dans d’autres domaines sportifs : Un Woodruff, un Owens, un Johnson sont autant d’obstacles insurmontables pour la race blanche. Il faudra se décider un jour à les éliminer des compétitions qui seront alors réservées aux Blancs. Ce n’est pas là une attaque contre les Noirs qui sont, pour la plupart, de braves garçons dociles et de bons enfants. C’est une mesure d’égalité, simplement. Or, il apparait de plus en plus évident que l’atavisme animal des Noirs les avantage par trop dans leurs luttes musculaires contre les Blancs, dont les conditions de vie sont différentes depuis des générations.

Edifiant, non ?

 

Enfin, n’oubliez pas de demander à votre libraire deux marque-pages. L’un pour signaler l’endroit où vous arrêtez la lecture de ce roman document pédagogique, l’autre pour le placer au niveau du lexique auquel vous vous référerez immanquablement.


Voir également les avis de Black Novel et Action-Supense !


François THOMAZEAU : Les Anneaux de la honte. Collection Cœur Noir, éditions de l’Archipel. 262 pages. 18,95€.

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commentaires

Claude LE NOCHER 16/10/2012 06:34

Salut Paul
Un roman, une fiction si l'on veut, mais surtout une leçon d'Histoire plutôt crédible. Il est toujours essentiel de rappeler d'où naissent les dictatures, dont ces Jeux firent la propagande.
Amitiés.

Oncle Paul 16/10/2012 10:11



Bonjour Claude


La fiction se nourrit de faits réels comme tu le sais. Cela permet aussi de lire un roman document que je l'écris qui n'est pas aride comme cela le serait d'un document pur. Et quand on voit les
dérives financières ou politiques des jeux actuels, et la propagande qui les entoure, je ne cite pas de pays, on s'aperçoit que les motivations ne sont pas toujours sportives


Amitiés



Pierre FAVEROLLE 15/10/2012 20:21

Salut Paul, sur ce livre là, nous sommes totalement d'accord. Un sacré bouquin quand même pour se révolter. Amitiés et merci du lien

Oncle Paul 16/10/2012 10:06



Je pense mon cher Pierre qu'il nous eut été difficile de faire la fine bouche !


Amitiés



Pyrausta 15/10/2012 19:56

Peur partagée.

Oncle Paul 16/10/2012 10:05



On se comprend...



Pyrausta 15/10/2012 18:51

J'ai bien aimé pour les marque pages car c'est exactement ce que je me disais! Je n'ai pas fini de me référer à l'Histoire!C'est ainsi qu'on apprend..

Oncle Paul 15/10/2012 19:55



Oui, nous n'avons pas connu cette éposque pourtant récente, et il est dommagne qu'elle soit fixée sous l'éteignoir. Suant aux jeunes, il est bon qu'ils est quelques références, mais j'ai bien
peut qu'ils n'en tirent pas les conséquences.


AMitiés



Richard 15/10/2012 17:27

Bonjour Paul,
Deuxième chronique élogieuse sur ce roman aujourd'hui !
Je l'inscris dans mes prochains achats !!
Je suis vaincu !!
Merci
Amitiés

Oncle Paul 15/10/2012 17:42



Bonjour Richard


Pure coïncidence mais coïncidence heureuse ! Un coup de projecteur sur des faits historiques passés souvent sous silence.


Amitiés



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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