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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 17:00

Ah ça ira, ça ira, ça ira... 

 

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Après une érudite préface, probablement due probablement à Thierry Chevrier le directeur de cette collection à moins qu'elle soit due à Pascal Galodé l'éditeur, préface dans laquelle est présenté l'auteur et son œuvre, débute cette haletante histoire dont la ville de Granville (Manche) sert de décor pour un épisode de la Terreur mettant aux prises les Chouans et les Révolutionnaires.

En ce 14 novembre 1793, les Chouans du jeune général de La Rochejaquelein, commandés par Guy de Paramé, arrivent en vue du port manchot avec l'espoir que les Anglais vont débarquer en provenance de Jersey afin de leur prêter main forte. Dans la cité normande, perchée sur le Roc, la défense s'organise sous les ordres notamment du délégué de la Convention Le Carpentier et du commandant de la batterie La Briantais.

PortgranvillelitoMais ce n'est pas à ces événements que pensent Marie-Rose veuve du marquis de Carolles et sa servante Jeanne Litais ce soir-là. La presqu'octogénaire aristocrate par le mariage, mais issue d'une famille de prolétaires, se meurt. Aussitôt, contrairement aux rats qui quittent le navire, les prétendants à l'héritage se pressent au chevet de la moribonde.

Ils ne sont pas nombreux mais avides. Et même pas en ligne directe car la marquise n'eut jamais d'enfant. Autour du lit sont donc rassemblés ses petits-neveux Jacques Deslauriers, second à bord d'un terre-neuvier mais mis en disponibilité la mer étant fermée au commerce, de Pierre Rubé, prétendu cultivateur et d'une marchande de faïence du nom de Marie Laîné.

La vieille dame, réputée avare, est en possession d'une fortune conséquente, du moins tout le monde s'accorde à le dire. Alors qu'ils attendent que le dernier souffle s'échappe de la poitrine de leur grand-tante, une bûche s'échappe du foyer et roule sur le plancher. L'impensable se produit. Marie-Rose sans connaissance depuis plus de vingt-quatre heures se lève et repousse du pied le tison et retombe sur son lit, cette fois définitivement hors circuit. Pour les trois futurs héritiers, le doute est levé : la fortune se trouve sous le parquet. Le docteur La Hogue constate le décès ainsi que Jeanne Litais la servante aussi les trois légataires décident de revenir durant la nuit et s'éclipsent.

Peu après Jeanne Litais introduit dans la chambre mortuaire une jeune fille, dix-huit ans à peine, du nom de Denise. Elle détache un scapulaire du cou de la défunte et le lui remet. Du bruit dans les escaliers annonce le retour des deux héritiers mâles rejoints par Thomas Laîné, le fils de Marie et président du club des révolutionnaires de Granville. Elles se cachent dans un placard et grâce à une fente elles assistent au travail de fouille organisé à la hâte. Sacrée surprise ! sous les lattes de bois gît les restes d'un cadavre...

Présenté par le délégué de la Convention Le Carpentier et acclamé par la foule, le chef de bataillon d'artillerie La Briantais prend ses fonctions. Et c'est ainsi qu'il tombe nez à nez avec Denise au bord de la falaise du Roc. Il se montre galant mais la jeune fille n'a qu'une hâte, rejoindre ses compagnons Chouans. Il pense qu'elle tient une lettre dans la main, mais il s'agit du scapulaire dont elle n'a rien à faire. Elle le jette et dégringole telle une chèvre la falaise. La Briantais ramasse l'objet Deux soldats qui étaient non loin, Decius et Archimède ont assisté à la scène. Archimède tire mais manque la fugitive. Il ne manquera pas par la suite d'accuser La Briantais de d'être de connivence avec les Chouans puisque la jeune fille lui a remis quelque chose dont il ne veut pas se défaire..

Denise est une orpheline que Marie-Rose a chargé Jeanne Litais d'élever jusqu'à l'âge de cinq ans puis elle a été confiée au comte de Paramé père. Guy et Denise ont grandi ensemble, au château de Fond de Bois entre Rennes et Nantes. Et tandis que Guy de Paramé s'engageait dans les troupes des Chouans sous la houlette de La Rochejaquelein, Denise aussi parcourait la campagne. Elle se souvient de ses origines granvillaises et c'est ainsi qu'elle est amenée à entrer dans ce qui deviendra la Monaco du Nord afin d'espionner les troupes révolutionnaires et trouver la faille pour que les royalistes puissent entrer dans la ville.

 

En ces temps troubles où Républicains et Royalistes s'affrontent, Henri-de-la-rochejacquelein-1chacuns forts de leur bon droit, Fortuné de Boisgobey jette son projecteur sur quelques personnages dont les motivations sont divergentes dans un contexte historique et social. Il démontre, s'il en était besoin, que ce ne sont pas les plus grandes gueules qui se montrent les plus courageux. Tel Thomas Laîné qui s'agite, crie, vitupère, encourage les Républicains mais se cache derrière ses compagnons lorsqu'il s'agit de passer aux actes. Certains de ces protagonistes se montrent courageux, fiers de leurs idées, les défendant en même temps que leur honneur, aussi bien qu'ils soient affiliés à un camp ou à un autre. Et comme souvent s'érige une femme, une jeune fille qui est l'émanation d'une Jeanne d'Arc. Si les batailles épiques, les chevauchées haletantes, émaillent ce roman d'autres faits retiennent l'attention du lecteur. Les évasions de prison, les pérégrinations de ce scapulaire de tissu dont on ne connait pas encore le contenu, le destin d'une orpheline, les personnages douteux et avides sont les ingrédients dont usaient volontiers les feuilletonistes du XIXème siècle. Si des nobles mènent les Chouans, ceux-ci sont en général des paysans fidèles à l'Ancien régime. Ils sont mal armés, mais le courage supplée au manque d'entraînement. Surnommés les Brigands par les Révolutionnaires, ils ne sont pas des voleurs de grands chemins. Si dans le camp des Bleus il existe des fervents, des purs, les exaltés sont légion. Et l'appât du gain mène quelques-uns de ces hommes hardis en apparence mais qui se dégonflent comme des baudruches devant le danger. Mais tout est à relativiser.

De nombreux mystères restent en suspens, et prenant mare-bouillon.jpgexemple sur les feuilletonistes, je ne vous entretiendrai de la seconde partie intitulée Des noyades de Nantes à la Mare de Bouillon que dans quelques jours. Il faut ménager le suspense.

Les Normands et les touristes qui viennent l'été sur les plages de la côte ouest du département de la Manche ne seront pas dépaysés car les noms de lieux précisés dans ce roman existent réellement et la Haute Ville n'a guère changé avec ses rues étroites, ses vieilles maisons, son pont-levis, la rue aux Juifs. Des communes comme Quettreville sur Sienne, Carolles, Queyron, Pont aux Bault devenue Pontaubault existent toujours. Alors pourquoi ne pas après la lecture de ce roman effectuer une petite promenade de Granville à Saint-Malo et déguster quelques huîtres et des bulots.


Fortuné du BOISGOBEY : Les cachettes de Marie-Rose. L'Enragé (tome 1). Collection Grands Ecrivains Populaires. Editions Pascal Galodé. Parution le 23 janvier 2014. 256 pages. 23,90€.

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