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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:14

Gilles Guillon est le directeur de la collection Polars en nord qui va bien fêter son numéro 100. Il a accepté de répondre à quelques questions.

Pourriez-vous nous raconter le parcours des éditions Ravet-Anceau qui existent me semble-t-il depuis le milieu du XIXème siècle ?
Les éditions Ravet-Anceau sont nées en 1853. C’est le plus vieil éditeur du nord de la France. Pendant plus d’un siècle, Ravet-Anceau a édité des annuaires. Tous les Nordistes avaient un « Ravet-Anceau » chez eux. Dans les années 1990, la maison s’est tournée vers la cartographie, mais le marché des cartes et des plans de villes s’est effondré avec l’arrivée du GPS. Il y a dix ans, Ravet-Anceau a dû se diversifier. J’ai été recruté en 2005 pour développer de nouvelles collections.

Vous dirigez la collection Polars en Nord. D’autres collections de romans ravet4.jpgpoliciers ont-elles existé par le passé ou est-ce une première et un virage pour l’éditeur ?
La création de Polars en Nord a été un virage radical pour la maison d’édition. Ça a surpris beaucoup de monde. Passer des cartes routières aux romans policiers était inattendu. Pour autant, nous ne sommes pas partis de zéro. Nord Compo, la maison-mère de Ravet-Anceau, est le n°1 français indépendant du prépresse et fabrique près de 20 % des romans publiés par les grands éditeurs nationaux.

Comment est née l’idée de cette collection et était-ce pour surfer sur la vague du polar régionaliste ?
Je lis des polars depuis plus de trente ans. Au début des années 90, j’avais adoré Le géant inachevé, de Didier Daeninckx, un polar qui se passe à Hazebrouck. Je trouvais sympa de lire une histoire qui se déroule dans la région. A l’époque, à part ceux de Michel Quint, il n’y avait pas de polars nordistes, alors qu’en Bretagne et à Marseille on commençait à trouver des polars régionaux chez plusieurs éditeurs. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé mes services à L’Ecailler, sans succès, puis j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition pour publier des polars nordistes. C’est au moment où j’allais démarrer que j’ai été recruté par Ravet-Anceau. Le PDG du groupe m’a dit Banco ! quand je lui ai expliqué mes projets. Fin 2005, paraissaient les premiers titres de Polars en Nord.

Comment sont choisis les romans que vous publiez et leurs auteurs bien évidemment ?

Je reçois des manuscrits, je les lis et je choisis les meilleurs que je propose ensuite à un comité de lecture, qui valide mes choix (ou pas). Peu importe que l’auteur soit connu ou inconnu, à partir du moment où il correspond à notre ligne éditoriale et que son roman est bon.

Contrairement au Fleuve Noir qui demandait à ses auteurs de produire X livres par an, signant un contrat pour un minimum de quatre, vous renouvelez constamment votre catalogue. Désir de publier un maximum d’auteurs ?

Pas du tout, mais avant 2005, les éditeurs nordistes ne publiaient pratiquement pas de romans, car ça ne marchait pas (soi-disant). Quand Polars en Nord a démarré, nous avons commencé à recevoir des dizaines de manuscrits d’auteurs inconnus et talentueux. Six ans après, ça continue. Le stock de bons manuscrits ne semble pas près de s’épuiser. Dans le nord de la France, dans le sillage de Franck Thilliez, il y a un véritable vivier d’écrivains de polars. Donc pas besoin de presser nos auteurs pour qu’ils écrivent, il y en a plein d’autres qui frappent à la porte. Ces dernières années, flairant le bon filon, d’autres éditeurs locaux nous ont d’ailleurs emboîté le pas.

La contrainte toutefois est de placer l’intrigue dans la région Nord-Picardie. Puis vous étendez votre panoplie à Polars en Région qui se cantonne à la Normandie et à Champagne-Ardenne. Pensez-vous évoluer vers l’ensemble de la France ?

Ravet-Anceau est un éditeur régional qui vend des livres régionaux. Notre politique éditoriale est liée à notre politique commerciale. Nous publions des ouvrages dans les régions où nous avons des commerciaux. Notre territoire se limite aux régions Nord-Picardie, Normandie et Champagne-Ardenne. Ce serait idiot de faire des bouquins dans des régions où nous n’avons personne pour les vendre. Nous avons tenté l’expérience il y a quelques années en Rhône-Alpes. Ce fut un échec. Donc pas d’évolution au niveau national, même si les libraires de Nice ou Montpellier peuvent commander nos livres en direct.

ravet3.jpgAvez-vous beaucoup de manuscrits en attente ?
En ce moment, il y en a une cinquantaine. Les dix meilleurs seront publiés au cours du second semestre 2012.

Quels sont les critères, en dehors que les intrigues se déroulent dans la région Nord, que vous imposez à vos auteurs ?
Les polars que nous publions doivent parler de la région. Nous faisons de la fiction en décors réels. C’est-à-dire que les intrigues doivent se dérouler dans des lieux existants, pas dans des villes fictives. C’est contraignant, les auteurs doivent faire des repérages, comme des journalistes, pour ne pas raconter n’importe quoi. Ce n’est pas du polar touristique, car la vision que Polars en Nord donne de la région est souvent très sombre et hyper réaliste.

Demandez-vous à vos auteurs de procéder à une réécriture de leur manuscrit ?
Quand il s’agit de modifications mineures, je les fais moi-même. Quand il s’agit de renforcer l’intrigue, de réécrire des chapitres entiers, de supprimer des personnages… c’est l’auteur qui s’en charge. Je travaille avec un comité de lecture qui me fait part de ses remarques. On peut demander à un auteur de réécrire trois ou quatre fois un manuscrit avant de le publier. C’est long, mais nous ne sommes pas pressés. Il vaut mieux peaufiner que bâcler.

Parallèlement à la production de livres papier, vous éditez des livres numériques. Quel est le rapport des ventes entre ces deux catégories ?
Une des sociétés du groupe Nord Compo, Nordsoft est un des pionniers du livre numérique en France. Il y a trois ans, ils ont transféré notre catalogue en numérique, ce qui a fait de Ravet-Anceau un des premiers éditeurs français à proposer des polars en PDF ou au format ePub. Pour l’instant, les ventes sont marginales, mais elles doublent chaque année. Pour un éditeur régional comme Ravet-Anceau, dont les livres sont difficiles à trouver en librairies au sud de Paris, le numérique permet de toucher des lecteurs qui sont loin de notre région d’origine. Tant que certains libraires se comporteront comme des censeurs, le numérique a de beaux jours devant lui…

Avez-vous l’intention d’intensifier votre production ?
Nous publions 20 à 25 polars par an. C’est déjà beaucoup. En 2010, nous avons ravet2.jpgélargi le territoire de Polars en Nord à la Normandie et à Champagne-Ardenne. En 2012, nous allons poursuivre notre implantation dans ces deux régions.

J’ai remarqué que les livres portaient un titre, normal, mais qu’une mention figure au dessus du copyright : Titre original… Pourquoi cette, disons, anomalie et rectifiez-vous le titre choisi par l’auteur ?
Une des contraintes de Polars en Nord, et des collections de polars régionaux en général, est de proposer des livres géographiquement localisables. Cette localisation doit apparaître dans le titre ou sur le bandeau de couverture, c’est pourquoi nous rebaptisons souvent les romans que nous publions. En tant que bibliophile, j’aime bien connaître le titre d’origine du roman que je lis, c’est pourquoi nous mentionnons le titre initialement choisi par l’auteur.

Vous-même écrivez-vous ?
J’ai été journaliste pendant plus de vingt ans. Tous les jours, je devais écrire. C’était laborieux. Aujourd’hui je suis ravi de ne plus avoir à le faire. Peut-être qu’un jour je m’y remettrai, mais pour l’instant je n’en ai ni l’envie, ni la capacité. D’autres le font bien mieux que moi.

Comment passe-t-on de journaliste à directeur de collection, et n'étant pas écrivain soi-même jette-t-on un regard plus impartial sur les manuscrits ?
Le passage de journaliste à directeur d’une collection de polars n’a pas été très compliqué, étant donné que je lis des romans policiers depuis plus de 30 ans. Au contraire, mon expérience de journaliste m’est très utile. J’ai longtemps été secrétaire de rédaction dans la presse magazine et mon travail consistait à remanier les textes des pigistes et des correspondants pour les rendre publiables. Je fais la même chose avec les manuscrits que je reçois. Grâce à cette expérience, il me semble avoir plus de facilités que d’autres éditeurs qui sont incapables de remanier un texte.
Je ne suis pas écrivain, ce qui fait que je juge les manuscrits des autres comme un lecteur de base. Je dis souvent aux membres de mon comité de lecture : « Imaginez que vous ayez acheté ce livre, dites-moi si vous êtes satisfait de votre achat. »  C’est pourquoi j’ai probablement plus de facilité à dire non à un auteur qui ne veut pas qu’on déplace une virgule à son chef-d’œuvre.

ravet1.jpgVos projets ?
Je viens d’avoir 50 ans. C’est l’échéance que je m’étais fixée pour faire une pause. Je quitte Ravet-Anceau à la fin de l’année. En 2012, un auteur de la collection, Maxime Gillio, me succédera à la tête de Polars en Nord. Je pars faire le tour du monde que je n’ai pas pu faire quand j’avais 20 ans, un voyage de quatre mois qui va me mener en Amérique du Sud, en Australie, en Chine et en Afrique du Sud. Après, je verrai… mais je continuerai à lire des polars.

Que retiendrez-vous de ces années passées à la tête de Polars en Nord ?
Tout d’abord la chance d’avoir lancé une collection à succès (une centaine de titres publiés, 250 000 ventes). C’est toujours plus agréable de travailler dans un secteur qui marche bien. Le succès de Polars en Nord a été un pied-de-nez à ceux qui disaient qu’il n’y avait pas d’auteurs, ni de lecteurs dans le Nord. Avoir découvert autant de nouveaux auteurs dans cette région est ma plus grande satisfaction. Certains d’entre eux sont au début d’une carrière prometteuse, et pas seulement au niveau régional.

Côté négatif, l’étroitesse d’esprit et les préjugés d’une frange de polardeux (souvent des auteurs aigris qui ne trouvent pas d’éditeur) me sidère. Pour eux, polar régional rime forcément avec médiocrité. Ils ont de telles œillères que rien ne peut les faire changer d’avis. Face à eux, j’ai l’impression d’être un borgne au royaume des aveugles.

Vous pouvez découvrir le catalogue de la collection Polars en nord ici

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