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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 14:02

La parution du nouveau roman d’Alexis Lecaye : Loup y es-tu ? m’incite à vous proposer un entretien avec l’auteur réalisé pour la revue 813 et publié en 1996. C’était à une époque au cours de laquelle Alexis Lecaye était fort occupé par la série télévisée Julie LescautLecaye.jpg dont il est l’heureux papa.

Né le 22 août 1951, cet homme que l'on ne voit guère, pour ne dire pas jamais dans les festivals et autres lieux de rencontre des auteurs de polars - oubli de la part des organisateurs ou préférence de l'écrivain à rester claquemuré dans son antre ? Après une maîtrise d'histoire, quelques petits boulots, une incursion dans le cinéma et la composition de story-boards, a disséqué pour le Monde les parutions de S.F. en tant que chroniqueur. Puis peut-être pour contredire Ky, lequel affirme dans Pour le Roi de Prusse (L'Atalante) que « La plupart des critiques ne savent pas écrire de livres et pourtant ils savent comment faire », Alexis Lecaye s'est investi dans la rédaction d'ouvrages, essayant sa plume tout d'abord en composant un essai "Les pirates du Paradis" qui traite de la SF, bien évidemment, puis dans l'écriture de romans policiers.

D'abord, première question, celle que je posais in petto et en préambule, pourquoi ne vous voit-on jamais dans les festivals ? Pour les raisons déjà évoquées ou par pudeur, par timidité, parce que vous ne vous sentez pas à l'aise au contact de vos confrères ?
Parce que je me sens plus à l'aise devant mon micro ordinateur ou à une réunion de travail avec moins de six personnes.

Si la SF vous intéressait, pourquoi ne pas avoir continué dans cette voie en écrivant des romans de ce genre ?
Parce que j'avais plus de plaisir à en lire qu'à en écrire. Et je n'étais pas mûr pour l'écriture.

Et maintenant cela ne vous tente plus ? La SF serait-elle plus difficile à écrire que le Polar, car ne vous sentant pas mûr pour l'écriture vous vous êtes lancé quand même dans la rédaction d'ouvrages historico-policiers ?
Tout est difficile. Parfois on a envie d'écrire certaines choses, et d'autres fois, on a envie d'écrire d'autres choses. D'autre part un auteur ne peut faire complètement abstraction du public. Y'a-t-il encore des lecteurs de SF ?

dissolution.jpg"La dissolution" est votre premier roman publié. Est-ce le premier écrit ?
Oui

Plus que l'histoire et l'intrigue, était-ce la plongée parmi les militants d'un parti politique qui vous tenait le plus à cœur ?
Oui. Enfin la plongée dans le milieu étudiant des années 70.

Le deuxième roman "Marx et Sherlock Holmes" vous consacre, en tant qu'auteur. Vous vous attaquez à un mythe et en même temps vous plongez dans l'histoire, plongée que nous retrouverons dans d'autres œuvres telles que "Les chemins de Sigmaringen" ou "Les carnets secrets d'Hyppolite Vernet". Quelle place accordez-vous à l'Histoire avec un grand H ?
J'aime l'Histoire. J'éprouve un intérêt particulier pour le 3ème tiers du XIXème siècle.

Outre "Marx et Sherlock Holmes" vous ajoutez à la fameuse saga holmésienne un second roman "Einstein et Sherlock Holmes". Ce personnage vous-a-t-il profondément marqué lors de vos lectures enfantines ?
On peut le dire.

Seriez-vous tenté aujourd'hui de jouer avec d'autres personnages de la littérature policière et lesquels ? Marlowe, l'homme aux orchidées, Miss Marple, Maigret, ou d'autres ...
Non.

Après quelques autres romans vous prenez le pseudonyme d'Alexandre Terrel. Einstein-et-Sherlock.jpgPourquoi ?
A la demande de mon éditeur Claude Durand, chez Fayard, pour ne pas interférer avec mes autres romans.

Votre entrée au Masque s'effectue avec "Rendez-vous sur ma tombe" qui bénéficie d'un lancement pour le moins inédit puisqu'il est adapté avant sa parution en feuilleton et les cassettes sont diffusées sur des radios libres. Le livre a-t-il été écrit avant le feuilleton ou est-ce l'adaptation du dit feuilleton ?
L'adaptation, si mes souvenirs sont bons.

Suivent quelques romans dont "Le témoin est à la noce", "La morte à la fenêtre", etc... puis c'est la saga d'un personnage enquêteur sortant de l'ordinaire : le héros est un croque-mort. Vous lui consacrerez 7 livres. Comment vous est venue l'idée d'un tel personnage et pourquoi l'avoir abandonné ? Fera-t-il l'objet d'une adaptation télévisée ?
L'idée m'est venue par élimination : quel personnage ayant un rapport étroit avec la mort n'avait pas encore été traité dans le polar ? Pour l'adaptation, pas la moindre idée.

Oui, mais pourquoi l'avoir lâchement abandonné en cours de route et au milieu de ses cercueils ?
Lâchement ? On s'est séparés d'un commun accord après sept aventures communes.

"Un Week-end à tuer" parait directement au Livre de Poche sans passer par la filière habituelle, puisque en général, cette collection ne publie (ne publiait à l’époque) que des rééditions. Comment se fait-il? Anachronisme sur la couverture apparait le nom d'Alexis Lecaye, et à l'intérieur c'est Terrel qui est annoncé comme auteur. Erreur d'impression ?
Michel Averlant, mon éditeur au Masque, aimait beaucoup "Week-end à tuer" mais jugeait que le Masque n'était pas encore prêt à accueillir ce genre de thriller. Il s'est battu pour le faire éditer directement au Livre de Poche et l'a repris plus tard. Pour ce qui est des noms, c'est probablement une confusion. Je ne l'avais jamais remarqué...

croquemort.jpgEnsuite vous écrivez d'autres romans dont les personnages pourraient se retrouver dans de nouvelles aventures. Pourquoi ne pas leur inventer de nouvelles péripéties ?
Parce que je n'en ai pas éprouvé le besoin.

Depuis quelques années vous privilégiez l'écriture de scénarios à celle des romans. D'abord l'adaptation de quelques Imogène, personnage cher à Exbrayat. Etait-ce une idée à vous ou une commande ? Pourquoi avoir changé la nationalité d'Imogène et avoir planté le décor en Bretagne ?

Problèmes d'ajustement à une autre forme et à d'autres exigences d'écriture. C'était une commande. Les choix de nationalité et de décor étaient des choix de production, je le souligne. Une série franco-anglaise aurait imposé des problèmes de coproduction quasiment insurmontables.

Qu'avez vous ressenti en écrivant ces adaptations?
Un grand plaisir quand je recevais mon chèque.

Ensuite arrivent Deux flics à Belleville et surtout Julie Lescaut. Comment est née Julie Lescaut. Vous attendiez vous à un tel succès ? Etait-ce pour faire le pendant de Navarro ?
Julie Lescaut est née un peu comme le Croque-mort, de mon désir de trouver un personnage de flic tel qu'on n'en avait jamais vu un, et moderne en même temps. Mais cette fois, à la différence du Croque-mort, avec l'idée que ce flic - cette femme - soit une héroïne grand public. Toutefois je ne m'attendais bien attendu pas à un tel succès, même si je l'avais souhaité. Le succès c'est un mélange de facteurs prévisibles et imprévisibles : l'opportunité, l'adéquation du personnage avec le public, l'affection du public pour la comédienne qui interprète le rôle...

Vous sentez-vous plus à l'aise dans l'écriture de scénarios ?
J'ai mis dix ans à apprendre à écrire des scénarios, ce qui me donne une certaine expérience, mais ne signifie pas que j'ai fait le tour du sujet. J'ai et j'aurais toujours beaucoup à apprendre - des autres œuvres, des critiques, en tirant profit de mes erreurs et de mes insuffisances en respectant le don de scénariste inné du public, en jouant avec lui, en le provoquant et en étant aux aguets des moments où il se détache.

Pourquoi n'avoir publié qu'un roman consacré aux aventures de Julie Lescaut ? Julie-lescaut.jpgLe roman a-t-il été écrit avant ou après les débuts de la série télévisée ?
a) Parce que je n'ai pas eu le temps de continuer.
b) Le roman a été écrit avant. La série en découle.

Vous faites partie des auteurs phares français du Masque avec Paul Halter et Michel Grisolia. Cependant vous jouez dans un registre différent quoique proche de celui de Grisolia. Auriez-vous envie d'écrire des histoires de chambres closes ?
Le jeu à énigme du roman policier m'intéresse de moins en moins, comme lecteur et comme auteur. Les seuls vrais secrets qui méritent pour moi d'être percés sont ceux de l'âme humaine.

J'ai cherché et je n'ai pas trouvé de nouvelles à votre actif. Une lacune de ma part ? Est-ce un genre littéraire qui ne vous inspire pas ?
J'en écris peu et les garde la plupart du temps pour moi.

L'Histoire est l'un de vos thèmes de prédilection, études obligent, mais vous avez également abord‚ d'autres genres comme le fantastique avec "L’île des magiciennes" puis effleuré l'espionnage avec "Le bagnard, la voyante et l'espion". Reviendrez-vous à ce type d'ouvrage ?
Peut-être.

1984 fut une année faste pour vous puisqu'elle se concluait avec deux Prix. Depuis plus rien. (A ma connaissance) Attachez-vous de l'importance à ce genre de distinction.
Ça fait plaisir, mais on s'en passe très bien.

Quels sont vos projets ?
Un gros roman qui se passe en partie à la fin du XXème siècle, et en partie aux deux tiers du XIXème siècle. La suite de Julie Lescaut et bien d'autres projets pour la télé, comédies, comédies dramatiques, aventures...

Heureusement qu'Alexis Lecaye est plus disert dans ses romans ! Il semble faire partie de ces auteurs que la moindre interview rebute, ne se sentant pas à l'aise pour répondre. L'inconvénient d'effectuer un entretien par courrier. Serait-il plus disert devant un micro ? Pourquoi pas. J'ai eu l'impression de jouer le rôle de la jouvencelle extirpant les comédons de son acnéique amoureux. Pardon pour l'image. Il ne nous reste plus qu'à nous replonger dans son œuvre ou à regarder à la télé les aventures de Julie Lescaut la piquante commissaire de police magnifiquement interprétée par Véronique Genest.

Cet entretien a été réalisé en 1996 et publié dans la revue 813.

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commentaires

Pyrausta 11/12/2011 11:43

je n'ai pas l'habitude de commenter sans avoir lu au prealable l'article mais là je ne fais que passer chez ton nouveau chez toi (l'autre blog a disparu?) .De tres gros problemes familiaux m'ont
tenue eloignée du Net mais je vais revenir doucement...
Cette visite juste pour te dire que j'ai bien pris note de ce nouveau blog auquel je m'inscris evidemment.

Oncle Paul 11/12/2011 14:49



Bonjour Pyrausta


Merci d'être passée. L'autre blog ne sera plus consacré qu'au jazz (romans, études, essais...) et celui-ci ne parlera que de littérature populaire.


J'espère que tes gros problèmes  familiaux ne sont trop graves. Si cela était sache que je suis de tout coeur avec toi. N'hésites pas à venir me voir et à t'exprimer, même si cela est hors
sujet.


Amités



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