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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 14:07

On peut très bien être moche et posséder une beauté intérieure, et inversement.

 

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Entre Georgette Vanderbiest et son mari Etienne, règne depuis quelques semaines un conflit qui ne demande qu’à enfler. Pourtant lorsqu’ils se sont mariés, tout allait pour le mieux malgré leur différence sociale. Elle n’est pas vraiment belle, un peu moche même, mais c’est la fille du riche professeur Ingold, lequel préside depuis quelque temps le conseil d’administration de la clinique Sainte-Anne à Anderlecht. Aujourd’hui elle est chef de service en neurochirurgie. Etienne était un sauvageon qui ne s’intéressait à aucun de ses condisciples, mâle ou femelle, et était d’extraction populaire. Persévérant il avait réussi ses études et maintenant il est responsable du service psychiatrique. Seulement depuis leur mariage, pour tous, il est Le Gendre. Les jaloux ne pouvant s’empêcher d’affirmer qu’il doit sa promotion à l’influence de son beau-père.

Lucien Raskin et Martine sont leurs meilleurs amis. Lucien est depuis peu employé en la même clinique comme kinésithérapeute. Martine occupe ses journées à peindre et elle possède un réel coup de pinceau. Mais elle vit dans un fauteuil roulant, handicapée des membres inférieurs depuis une chute de moto. Un accident alors qu’elle était derrière Lucien qui conduisait l’engin.

Tout irait pour le mieux si ce n’était qu’Etienne a surpris une conversation entre Lucien et Georgette qui pourrait s’apparenter à une déclaration d’amour.

Le vendredi soir du drame, car drame il y a, Etienne est de garde à la clinique mais avant que Georgette rejoigne le domicile conjugal, il fait amende honorable. Il lui avoue que depuis quelque temps il se montre injuste et même ignoble à son encontre.

Peu après Georgette est assassinée dans un parking, égorgée. Comme ça elle ne pourra plus effectuer de reproches si elle en avait eu l’intention. Son corps en enfourné dans le coffre de sa voiture.

Etienne, inquiet fait une déclaration de disparition auprès du commissariat le lundi, déclarant qu’il n’a pas eu de nouvelles de sa femme depuis le vendredi soir. Il n’avait pas réussi à la joindre au téléphone et comme il était de garde, il n’était pas rentré chez lui. Mais le policier de faction est intrigué : Etienne est attendu par une belle jeune fille qui lui prend la main.

 

L’enquête est confiée à Lilas Klaus et son supérieur lui propose de lui trouver un adjoint. Il la connait, elle est difficile, parfois ingérable. Seulement il possède quelqu’un dans sa manche, un atout qu’elle ne pourra refuser : Serge Zwanze, ancien commissaire qui s’est mis en marge depuis la mort accidentelle de sa femme Blanche cinq ans auparavant.

Serge Zwanze vit avec ses souvenirs, parlant à sa femme et celle-ci lui répond. Du moins il est persuadé qu’elle communique avec lui lorsqu’il contemple les photos qu’il a soigneusement laissées un peu partout. La proposition d’enquêter en couple avec Lilas lui agrée. Il va même jusqu’à inviter son fils Georges à vivre chez lui, alors que l’ado est couvé par ses grands-parents. George est enchanté bien évidemment. C’est un cauchemar qui a incité Serge Zwanze à prendre cette résolution. Un cauchemar dans lequel il évoluait au cours du carnaval et que des masques importunaient. Pas n’importe quels masques. Des masques grimaçants, vindicatifs, représentant des personnes de son entourage.

Entre Lilas et lui, la relation est affective et la jeune femme accepte, encourage même les conseils, les coups de main de Serge. Celui-ci lui laisse cependant la bride sur le cou afin qu’elle puisse s’épanouir dans son travail. Il n’est engagé que comme consultant, un privilège qu’il doit à son beau-père responsable des forces de l’ordre, mais il l’en remercie. Cela lui donne des responsabilités, le change de son quotidien, et lui permet de retrouver l’estime de soi.

Lilas et Serge forment l’ossature principale de ce roman, chacun évoluant avec ses propres problèmes familiaux. Lilas par exemple a adopté une petite Chinoise et elle est importunée par un député d’extrême-droite depuis qu’elle lui a cédé alors qu’elle ne connaissait pas ses idées politiques et surtout qu’il était marié. Les autres protagonistes ne manquent pas non plus de saveur. Par exemple Melchior le violoncelliste, qui joue le soir la fenêtre ouverte, nu mais ses attributs cachés par son instrument et qui offre au voisinage des concerts impromptus. Il vit avec le souvenir de sa mère et garde précieusement ses partitions. Il s’est lié d’amitié avec Martine, qu’il retrouve parfois dans les jardins du béguinage, l’aidant dans son fauteuil d’handicapée. Mais surtout il a été le témoin privilégié du meurtre. Sans oublier Laure, la belle et jeune bibliothécaire dont Etienne est secrètement amoureux. Et quelques autres qui laissent leur empreinte dans l’esprit du lecteur.

Dulle Griet nous offre un roman policier de facture classique, dans une ambiance quelque peu simenonienne, je rappelle que l’action se déroule à Anderlecht dans la banlieue bruxelloise, mais avec un humour diffus, et des visites guidées fort intéressantes dans le quartier du béguinage, de la maison d’Erasme, la collégiale Saint-Pierre et Guidon. Et de nombreuses références littéraires sont également signalées. Le côté intimiste dissimule la perversité des acteurs. L’auteur parvient à nous rendre sympathiques tous ces personnages et pourtant l’on sait que parmi eux se cache un coupable. L’épilogue à multiples rebondissements permet à tous de déposer les masques et de montrer le véritable visage des protagonistes.

 

A lire du même auteur : Petits meurtres chez ces gens là.


Dulle GRIET : Les fenêtres murmurent (série Les Mystères de Bruxelles). Presses de la Cité, février 2013. 312 pages. 20,50€.

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