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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 10:27

L'infortune de Fortuné.

 

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"Je remercie d'abord mon cher confrère d'avoir exposé ses griefs avec beaucoup de mesure et de courtoisie. Vives et sérieuses sur le fond, ses attaques sont modérées par la forme, et dans ces termes d'honnêteté, la discussion est toujours acceptable."

"D'abord, s'il s'agit de politique, êtes-vous sûr que la politique soit un aliment très sain pour l'esprit des masses ? M'est avis, au contraire, qu'elle ne s'impose que trop par le temps où nous vivons, et qu'il n'est pas nécessaire de pousser encore le peuple dans cette voie périlleuse."

Ces deux citations sont extraites d'une chronique parue le mardi 26 septembre 1871 dans le journal la Petite Presse, signée Robinson, et qui répondent à une attaque d'un journaliste auteur d'un article dans le Journal de Falaise. Robinson s'érige en défenseur de la presse populaire et stigmatise dans un plaidoyer courtois mais ferme ceux-là même qui jettent l'opprobre sur la publication de romans feuilletons populaires. Or à la même époque, paraît dans le rez-de-chaussée de La Petite Presse un feuilleton, "La bande rouge", dû à la plume fertile de Fortuné du Boisgobey. Mais Fortuné du Boisgobey et Robinson sont les deux facettes d'un même homme, Abraham Dubois.

Qui se souvient encore aujourd'hui de Fortuné du Boisgobey, le Gaboriau méconnu ?

Né à Granville le 11 septembre 1821, Abraham Dubois, son véritable patronyme, reprit pour signer ses œuvres le nom de ses ancêtres, nom perdu dans la tourmente de la Révolution. Issu d'une ancienne famille de magistrats, Fortuné du Boisgobey, féru d'histoire et passionné par les affaires judiciaires, après de brillantes études à Paris, est nommé Payeur Adjoint à la Trésorerie de l'Armée d'Afrique. En 1842 il signe un texte, "Lettres de Sicile", sous le nom d'Abraham Dubois. Mais cet homme brûle la chandelle par les deux bouts. Grand amateur de "grisettes" et joueur impénitent, il dilapide l'héritage familial et à 47 ans, il se trouve fort dépourvu. Il se lance dans l'écriture et avec près de soixante dix œuvres à son catalogue et parues d'abord en feuilletons, à l'inspiration éclectique puisqu'il écrit aussi bien des ouvrages judiciaires (on ne parlait pas encore à l'époque de romans policiers) des romans populaires et des récits historiques, il est considéré comme un auteur majeur. Aujourd'hui son nom a sombré dans un anonymat quasi complet et injuste. Fortuné du Boisgobey est décédé le 26 février 1891 à Paris.

Le Rocambole, bulletin de l'Association des Amis du Roman Populaire, tente de réparer cet oubli en proposant un dossier dont le seul mérite ne réside pas dans l'inventaire complet des parutions dans les journaux d'époque, parisiens ou provinciaux, dates et numérotations à l'appui, ou leur réédition chez divers éditeurs, Dentu principalement. Y figurent également quelques chroniques signées du Boisgobey, un texte inédit datant de 1869, plus quelques autres curiosités dont un texte inconnu de Paul Féval. Le Rocambole œuvre pour le Salut Public d'une génération d'écrivains tombés en désuétude mais qui ne manquent ni de charmes ni d'attraits.


Dossier Fortuné du BOISGOBEY. Revue le Rocambole n°1, AARP N°1. Printemps 1997. 144 pages.

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