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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 14:28

Avec seulement 206 romans, et une parution couvrant une période de 19 ans, du quatrième trimestre 1955 au troisième trimestre 1974, la collection l’Aventurier arrive en sixième position derrière les collections Anticipation, Spécial Police, Espionnage, Angoisse et Feu, de par sa longévité et le nombre de romans publiés. Ce fut une collection hybride dont les intrigues proposées se situaient sensiblement entre le roman d’aventures façon Arsène Lupin, le Saint et leurs épigones, et le roman policier tel qu’il était construit à l’époque, à la française, oscillant plus ou moins vers le roman noir, à l’intrigue souple, sans véritable complexité, à la psychologie peu fouillée. Les héros étaient des personnages habités d’un sentiment de scrupule élastique, mais attachants comme l’étaient leurs prédécesseurs littéraires.

Elle ne connut pas vraiment le succès de sa grande sœur Spécial Police, la001 différence entre ces deux collections étant trop mince pour justifier une coexistence qui dura toutefois dix neuf ans. D’ailleurs des titres tels que la série consacrée à Sam et Sally, écrite par M.G. Braun, parue en Spécial Police ou des ouvrages publiés quelques mois plus tard dans cette même collection tels les romans de Julien Sauvage ayant pour héros Le Condottiere auraient pu figurer dans L’Aventurier. Une ségrégation qui se répercute chez des bouquinistes spécialisés puisque Jacques Biscéglia dans son Argus du roman policier en 1985 ne cite que quelques titres pour mémoire. L’Aventurier ne bénéficia donc pas de la même aura que la collection Angoisse, par exemple, qui se démarquait plus significativement de sa grande sœur Anticipation.

Quatorze auteurs, en grande majorité français ou francophones, se partagent le catalogue: Jérôme Belleau avec 10 titres, Jacques Blois 24, Ernie Clerk 1, Jean Detis 19, Victor Harter 11, Bert Island 15 (traduits de l’allemand), Hank Janson (traduits de l’anglais) 6, Phil Laramie 4, Irving Le Roy, le plus prolifique, 55, Piet Legay 12, Roger Maury 5, Alain Page 14, Peter Randa 28 et Stève Stork 2. En réalité, le nombre réel d’auteurs se réduit lorsque l’on sait que Jérôme Belleau et Stève Stork ne font qu’un. Sous l’alias de Phil Laramie se cache Xavier Snoeck et sous celui de Victor Harter Gérard Buhr, acteur de cinéma, mais qui aurait pu être aidé par le même Xavier Snoeck. Des romanciers qui pour la plupart ont déjà fait leurs preuves soit dans d’autres collections du Fleuve Noir ou chez d’autres éditeurs, par exemple Irving Le Roy, Alain Page, Roger Maury ou encore Piet Legay, et de petits nouveaux qui débutèrent dans L’Aventurier puis arrosèrent les autres collections proposées par le Fleuve Noir comme Jacques Blois.

Bert F. Island et Hank Janson, qui respectivement sont des traductions allemandes et anglaises, sont en réalité des noms maison qui ne connurent pas la réussite en France alors que dans leur pays d’origine c’étaient de véritables succès. Plus de trois cent-soixante fascicules furent signés Bert F. Island en Allemagne par une équipe d’une trentaine d’auteurs qui rédigèrent les aventures du Kommissar X, Jerry Cotton ou Perry Rhodan. En Grande Bretagne sous la signature de Hank Janson sont recensés plus de deux cent-dix ouvrages, dus à la plume d’une dizaine d’auteurs

En ce qui concerne la couverture, il n’y eut que trois changements de présentation, ce qui est relativement peu. Les premières couvertures ne sont pas signées et illustrent les romans d’Irving le Roy qui fournit les quinze premiers titres d’une série dont le héros porte le patronyme de l’auteur. Sur un fond gris elles représentent à gauche une demi-silhouette de face agitant une sorte de pendule. Sous le titre inscrit en diagonale montante de gauche à droite, figurent une scène ou un lieu de l’action du roman : sphinx d’Egypte, paquebot... coloriés quasi uniformément en bleu, en rouge, en rose... Ensuite les couvertures sont signées Gourdon. Fond noir jusqu’au numéro 134, puis pelliculées avec un fond grisâtre. Sur la deuxième présentation “ verdâtre ”, les emblèmes des héros permettent au lecteur fidèle de retrouver rapidement le personnage dont ils suivent les aventures. Une demi silhouette noire accolée à une demi mappemonde rouge pour Irving Le Roy, les silhouettes d’un couple appuyées sur un T rouge avec tranche blanche pour Turpin de Victor Harter, une rose rouge sur une feuille blanche et un revolver pour les aventures d’Achille Nau de Peter Randa, un O blanc avec une tranche rouge dont l’ombre représente un homme pour les aventures de l’Ombre d’Alain Page, une tête rouge coiffée d’un chapeau de même couleur et barrée d’un X blanc pour le commissaire X de Bert F. Island. Les titres sont en jaune et la couleur verte prédomine dans les dessins. A compter du numéro 135 (janvier 1968), la collection subit une transformation semblable à celle de ses grandes sœurs. La mention Hors série apparaît au dessus de la numérotation, la pagination passe de 224 pages à 256, le prix augmente sensiblement puisque les livres sont vendus 3,80 francs au lieu de 2,40 francs (les vingt cinq premiers titres furent vendus 225 francs, puis de 1958 à 1968 240 francs ou 2,40 avec le passage des anciens aux nouveaux francs, soit aucune augmentation en dix ans !). Enfin si la couverture est toujours illustrée par Gourdon, elle devient pelliculée, avec sur un fond gris, le nom de l’auteur en noir, le titre du roman en vert, et le nom de la collection en rouge. Les repères des emblèmes des héros disparaissent.

Si l’on ne peut parler de chefs d’œuvre, les ouvrages proposés étaient toutefois de bonne facture, plaisant à lire, dont certains furent adaptés au cinéma.

Quelques aventuriers et leurs auteurs :

Irving Le Roy : Qui est-ce ? Un personnage de légende ? Un détective amateur ? 012Un homme du monde ? Un gangster ? Non. Et pourtant… Il force des coffres-forts sans être cambrioleur… Il fait échec aux malfaiteurs, mais n’est pas policier… Il joue des tours aux Services Secrets, mais n’est pas espion… Il est justicier, mais ignore la justice officielle… Il est séduisant, mais n’est pas un “ séducteur ”…Il est imbattable dans tous les exercices physiques, mais n’est champion dans aucun sport… Il triche contre les tricheurs… Il abat sans pitié les tueurs… Il lèse les voleurs…

De tout temps l’Aventurier intelligent, astucieux, champion de l’audace et de la bravoure, généreux avec ses amis et impitoyable pour les lâches, a été votre héros favori. Aussi vous vivrez avec passion les incroyables péripéties qu’incarnera Irving Le Roy dans la nouvelle collection L’Aventurier, et que vous retrouverez avec ferveur dans chacun de ces volumes.

Telle était la présentation de ce nouvel héros. Une profession de foi, une bible dont s’inspireront les autres auteurs de la collection.

Irving LE ROY, l’auteur, de son vrai nom Robert Georges Debeurre est né à Paris juin 1909, faubourg Saint Honoré, en face de l’Elysée sous la présidence de Raymond Pointcarré. Il effectue cinq années d’études médicales et pour payer ses inscriptions à la Faculté, pratique un tas de métiers dont débardeur aux Halles, conducteur de triporteur, imprimeur, électricien et chauffeur de taxi. Il abandonne la médecine alors qu’il allait passer sa thèse et devient comédien par hasard. S’estimant mauvais acteur, il passe de l’autre côté de la caméra et se reconvertit comme assistant metteur en scène de Fritz Lang, G.W. Pabst, Julien Duvivier, Jacques Feyder, entre autres. Puis il tâte du journalisme à Paris Soir et à Gringoire. En 1939, il se trouve embringué dans la “ drôle de guerre ”, à Dunkerque, puis à l’Oflag II D en Poméranie. Officier au 27 bureau de l’état-major puis au 5è bureau de la Subdivision de Marseille il est nommé commandant de réserve à la fin de la guerre. Après un passage comme scénariste et dialoguiste au début des années cinquante dont La femme à l’orchidée d’après Je ne suis pas un enfant de chœur, il se reconvertit dans l’écriture. Son premier roman policier sort en 1952. Il en écrira plus de cent-dix sous divers pseudonymes dont les plus connus sont Susan Vialad, Robert-Georges Méra, Georges Méra, Thomas Walsh, Ergé Hemm, Robert Georg Maier, Andy Knight, Jaime Barbara, Donald Curtiss et bien d’autres d’abord sous la houlette de Roger Dermée puis au Fleuve Noir. Trois fois marié, dont l’une des épouses fut Barbara Val, trois fois divorcé, il est grand-père à trente cinq ans et bisaïeul à cinquante trois.

Très prolifique il s’inspire de sa propre expérience de la vie pour écrire ses romans, qui parfois sont réécrits et réédités sous des pseudonymes différents. L’un de ses personnages les plus célèbres, outre le héros éponyme de la série l’Aventurier est le commissaire Renaudin. Irving Le Roy est décédé début 1972.

***

Achille Nau : Son pseudonyme lui est donné après un malentendu téléphonique par le commissaire Ferrand qu’il retrouvera au cours de ses nombreuses aventures. Âgé002 de vingt-cinq à trente ans, un visage clair aux traits régulier sous des cheveux châtains. Une sorte de nonchalance féline dans l’allure. La lèvre un peu gourmande, retroussée dans un sourire vaguement ironique. Il protège soigneusement son identité, et lorsqu’il agit à visage découvert se fait appeler Arthur, ou tout autre prénom, Durand. Ce qui lui permet aux yeux des policiers de s’opposer à Nau. Né près de Royan, il est fils d’un procureur de la République, une révélation donnée dans le premier roman de la série puisqu’il retrouve une amie d’enfance. Mais ses papiers sont en règle et personne ne peut en douter puisque les registres de l’état civil ont été détruits pendant la guerre. Il s’adjoint, au fil des ses aventures, d’un bras droit surnommé le Balèse

Peter RANDA : Né le 14 mars 1911 à Marcinelle (Belgique) de son véritable patronyme André Duquesne, représente le touche à tout de la littérature populaire par excellence. Il débute sous le pseudonyme de Jehan Van Rhyn chez un éditeur suisse, Perret-Gentil, pour un recueil de poème. Il enchaînera ensuite les romans et les pseudonymes chez divers petits éditeurs avant de signer sous le nom de Peter Randa au Fleuve Noir. Parallèlement il produira pour la Série Noire et la collection Un Mystère sous le patronyme d’André Duquesne et pour le Masque sous la signature de Jules Hardouin. Il alimentera quasiment toutes les collections du Fleuve Noir, excepté Espionnage quoique La nuit de Téhéran (Aventurier N°81) eut pu y figurer. Il décèdera le 10 décembre 1979 dans un accident de voiture après avoir signé près de trois-cents romans.

***

L’Ombre : “ Ce personnage étrange dont tout le monde parlait et que fort peu de monde connaissait. Vingt fois les polices de différents pays avaient cru le tenir, vingt fois elles avaient dû se résoudre à abandonner, sombrant en général dans le ridicule. Omniprésent et cependant insaisissable, il se jouait de tous ceux qui avaient juré d’avoir sa peau. Un jour prince, le lendemain clochard, il avait fini par créer un complexe : on le voyait partout… sauf où il était réellement ”. L’Ombre, habite rue de la Pompe dans le XVIe arrondissement de la capitale, possède une Jaguar, des tableaux de maîtres et l’art de se grimer pour mieux jeter le trouble. Il joue aux personnages secondaires, son ami, comparse et bras droit Alexis, jouant les premiers rôles lors des enquêtes auxquelles ils participent. Alexis est souvent confondu avec l’Ombre ce qui permet à celui-ci d’enquêter en toute quiétude. L’ombre peut aussi bien prendre l’apparence d’un maître d’hôtel aux multiples et élogieuses références que celle d’un invité au cours d’une croisière. Son véritable nom serait Frédéric-Jean Orth et il serait le descendant d’une famille princière. Enfin, l’Ombre n’a pas la réputation de tuer.

Alain PAGE : Jean Philippe Conil, Breton, né en 1930 a débuté en003 littérature en 1955 chez l’Arabesque sous le pseudonyme d’Alain Ray puis il entre au Fleuve Noir où il signera de nombreux romans policiers et noirs en Spécial Police, des Aventuriers et des romans d’espionnage ayant pour héros principal Calone. Toutefois, il doit sa notoriété à deux ouvrages adaptés au cinéma et auxquels il collabora pour les scénarios et les dialogues. Le premier, La Piscine, réalisé par Jacques Deray avec Alain Delon, Maurice Ronet et Romy Schneider en 1968, scénario signé J.E. Conil. Le second, Tchao Pantin, en 1983 avec Coluche, Richard Anconina, Agnes Soral, réalisé par Claude Berri. Le roman paru chez Denoël et malgré l’obtention du Prix du Suspense Français, serait sûrement passé inaperçu s’il n’avait connu la consécration au cinéma. Jeune, Alain Page a pratiqué de nombreux petits boulots dont journaliste, professeur, décorateur, photographe, visiteur médical ou encore chauffeur chez Borniol (2 mois) célèbre entreprise de pompes funèbres. A trente ans il avait écrit trente romans. A trente cinq ans, il pouvait se targuer de posséder une bibliographie de soixante titres plus des pièces radiophoniques. Depuis il a freiné la cadence se diversifiant tout autant dans le cinéma que dans le théâtre et des romans dont la tendance est plus noire que policière.

***

Joi : Jacques-Octave d’Iseran est entraîneur de chevaux à Chantilly, tout comme son frère jumeau, Ami, Arnaud-Mathieu d’Iseran. Joi a les yeux verts, ceux d’Ami sont bleus. Seule différence visible, lorsque les deux hommes sont habillés. C’est Joi qui narre ses aventures dans lesquelles souvent Ami est impliqué, parfois sans en informer son jumeau. 013Quelques clichés émaillent ces pérégrinations. Les femmes, plus belles les unes que les autres, se laissent facilement tomber dans les bras de Joi qui n’en demande pas tant et se gargarise au whisky. Jacques Blois possède un style particulier et plaisant, écrivant à la première personne du singulier, ce qui permet au lecteur de participer aux réflexions intérieures de Joi lequel se pose de nombreuses questions et s’invective lorsque tout ne va pas comme il voudrait. Si les chevaux sont sa passion, et il en vit bien, Joi se montre bon vivant, esthète, cultivé, polyglotte, ce qui ne l’empêche pas de se servir de ses poings ou d’une arme quand l’occasion s’en fait sentir. L’un de ses jurons favori est Charrette. Parmi les seconds rôles, l’inspecteur Phil D’Arcy, un Américain spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de drogue et Le Baron, patron d’un bar à Saint Germain des Prés où Joi possède ses habitudes.

Jacques BLOIS: de son vrai nom Jacques Faucher. Né le 26 mars 1922 à Bonn en Allemagne mais périgourdin d’origine. Après des études classiques et un passage à la faculté de Sciences puis de médecine-chirurgie avec comme loisirs le jazz, le théâtre et le rugby, il connaît les affres de la Seconde Guerre Mondiale. En 1943 il est déporté pour une durée de deux ans avec au bout du compte une condamnation à mort signifiée par la S.D. Il est libéré par un commando Patton et passe deux ans en internat de sana-chirurgical. En 1954 je suis l’un des assistants de l’Abbé Pierre pour la création d’Emmaüs ”. En 1956 il entre dans un grand magasin parisien. Il y reste pendant 27 ans, gravissant tous les échelons. Dans le même temps il se délasse par l’écriture de ses ouvrages pour le Fleuve et multiplie les rencontres au cours de nombreux voyages. Maintenant il vit dans la paix magique d’une forêt templière avec la découverte de la pensée complémentaire de Lao-Tseu. L’écriture “ n’est qu’une branche de l’éventail largement ouvert tout au long de ma vie pour ma plus grande joie ”. Le rugby, l’équitation, le théâtre, le jazz (Hot Club de France) la haute montagne et les voyages dans l’Europe, la Scandinavie et la Chine profonde pour le Tao, le tout lié à ses occupations professionnelles, complètent cet éventail. Mais sa passion principale, c’est La vie sous toutes ses formes..

Toutefois Jacques Blois n’aime pas trop le terme littérature populaire, trop ancré selon lui dans l’esprit du public comme une sous-littérature. Il préfère la formule “ littérature d’action et d’aventures ”, citant volontiers Christophe Mercier : “ ...la littérature populaire est devenu un grand fourre-tout, comme si le fait d’écrire pour un large public, et de lui plaire, était un péché originel et excluait du Parthénon littéraire... ! Les romanciers populaires ne sont pas des primaires, mais des écrivains conscients, des expérimentateurs de forme. L’art pour l’art - hors de toute démonstration - c’est eux ! ”.

 


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commentaires

L
Fichtre ! là je n'ai qu'une chose à dire ! Chapeau bas !!! je suis impressionné par tant de connaissances !! Par curiosité, tu as les 206 exemplaires dans ta bibliothèque? Amitiés
Répondre
O
<br /> <br /> Merci Bruno<br /> <br /> <br /> Hélas non, je ne possède pas tout malgré mes recherches actives dans les vide-grenier et dans les brocantes. Dans certaines librairies ou chez certains  bouquinistes je pourrais me les<br /> procurer mais cela devient prohibitif.<br /> <br /> <br /> Sinon, cela fait longtemps que je m'intéresse au Fleuve Noir et quand on aime, n'est-ce pas...<br /> <br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> <br /> <br />

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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