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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 09:14

Mais pas Nuit câline !

 

 

NuitdeChine_couv.jpg

Dépensier, Fernand, qui aime s’habiller de costumes issus de chez les meilleurs tailleurs, amateur de grands vins millésimés, se retrouve un beau jour, qui ne l’est pas pour lui, confronté aux exigences d’un huissier. Comme panier percé, il se pose un peu là, et quelque peu cossard aussi d’ailleurs, parce que pour lui « le travail était une activité surestimée et très fatigante pour un résultat souvent aléatoire ». A part ça c’est quelqu’un de très gentil et il n’a « d’autre ambition dans la vie que d’avoir une tranquillité royale, de pouvoir s’empiffrer et boire à son aise avec les copains, tout en travaillant le moins possible et le moins souvent ».

Mais la tranquillité il l’a perdue en même temps que ses meubles. Et pour se remettre à flot, il pense que subtiliser l’argent affecté aux paiements des mandats destinés à régler les pensions des petits vieux, serait d’une facilité enfantine. Il se trompe lourdement et en désespoir de cause il fait appel aux ressources intellectuelles de ses deux amis Gérard et Emile, et à leurs épouses. Emile est représentant en vins et spiritueux et il n’hésite pas à payer de sa personne pour vanter ses produits. Gérard est responsable en chef dans une quincaillerie, spécialiste du boulon de 8, et bricoleur à l’occasion. Quant aux femmes, elles ont leur caractère, pour ne pas dire du caractère. Antoinette ne peut toucher à la vaisselle sans la casser, et par là même casse aussi les pieds de son mari, sans vraiment casser des briques. Solange, la femme d’Emile, est d’une jalousie extrême ce qui ne l’empêche pas d’aguicher les hommes et de passer à l’acte sans barguigner. Mireille, l’épouse de Gérard, est bavarde et lorsqu’elle n’a rien de spécial et d’intéressant à dire, ce qui lui arrive souvent, elle parle de tout et de rien, avec une nette préférence pour le n’importe quoi.

Leur réunion au sommet lors d’un repas, pratique mensuelle, qui se clôt aux aurores, débouche sur une décision qui devrait permettre à Fernand de se renflouer sans coup férir. Le musée des Beaux-arts de Lille, aurais-je omis de vous préciser que notre joyeux trio habite à Roubaix, capitale de la filature et pourtant il n’y a guère plus de détectives qu’ailleurs, le musée des Beaux-arts de Lille donc est en réfection et selon un ancien gardien de ce temple de la peinture et de la sculpture, le système de protection laisse à désirer.

Ils visitent donc le musée et tombent d’accord pour dérober une peinture sur bois attribuée à Jérôme Bosch. Avant de passer à l’étape principale, il leur faut trouver un débouché pour écouler leur larcin. Ils pensent à Oscar, ancien condisciple d’école et nouveau riche qui place l’argent acquis sur le dos des autres dans des œuvres d’art. De toute façon ils n’ont aucun scrupule à s’emparer d’une peinture même si elle est répertoriée, car comme le déclare Gérard « Quand je pense que l’Etat considère comme faisant partie du patrimoine les œuvres de gens qu’il a laissé crever de faim toute leur vie, vous avez raison, il n’y a pas de cadeaux à faire ».

Pour mener leur projet à bien ils attendent l’époque favorable, celle où la maréchaussée sera sur les dents et tous les fronts à la fois. Et la meilleure période est celle au cours de laquelle la braderie de Lille se déroule, les étals étant montés non loin du lieu de convoitise, et la pagaie qui règne alors ne pouvant que favoriser leurs desseins.

 

Si l’intrigue aurait pu se réduire à une nouvelle, ce sont l’atmosphère, les personnages, les situations qui en font le plat de résistance. L’atmosphère des années 1960 à Roubaix, avec ses ouvriers assujettis la plupart du temps aux filatures, dépendant des filatures car ils logent dans des maisons appartenant aux filatures. Ils ne gagnent pas tripette, il faut des années pour pouvoir posséder une voiture tant les délais de livraison sont longs et les véhicules chers, mais ils savent s’amuser d’un rien. Et leurs vacances se déroulent en bons pères de famille ne roulant pas sur l’or.

En ce temps là, avoir un verre de trop dans le nez au volant n’était pas forcément répréhensible, au contraire leur état d’ébriété leur attirait l’indulgence des policiers qui ne rechignaient pas non plus sur le vin mis en bouteille étoilée. Les personnages, outre notre trio et leurs compagnes mais tous ceux qui gravitent dans le champ de l’action, sont hauts en couleurs dans un paysage gris brume et fumée. Et les situations décrites me font penser à ces moments de drôlerie irrésistibles narrées par des auteurs comme Henri Viard, l’auteur de La bande à Bonape, à Charles Exbrayat, celui de Roméo Tarchinini et d’Imogène, de Charles Dickens et des aventures de monsieur Pickwick, et de quelques autres, dont le fer de lance est l’humour. Mais attention, pas l’humour vulgaire. Non l’humour fin, travaillé, subtil, tout en nuance et vérités premières sans l’once de grossièreté qui prévaut aujourd’hui. Deux petites remarques, innocentes : l’action se déroule de mai à septembre 1960, or Lény Escudéro qui a enregistré Pour une amourette en 1962 et le Kasatchoc qui date de la fin des années 60 début 70, auraient du être inconnus de nos héros.


Bernard THILIE : Nuit de chine. Polars en nord. Editions Ravet-Anceau. 160 pages. 8€.

 

challenge régions

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commentaires

Lystig 01/04/2013 22:48

;)
biz

Oncle Paul 02/04/2013 10:13



Itou



Lystig 30/03/2013 20:42

oui !
en France ou à l'étranger, émis par une banque française : lettre-chèque en France et mandat-lettre pour l'étranger !

Oncle Paul 01/04/2013 14:15



Je suis complètement déconnecté depuis que je suis un postier en retraite


Amitiés



Lystig 30/03/2013 19:13

mais je connais les lettres-chèques....
(j'en ai à mon boulot !!!!)

Oncle Paul 30/03/2013 20:02



ça existe encore ?



Lystig 30/03/2013 17:11

pour le Papou : je connais, mais je suis plus jeune...
pour Oncle Paul : je suis comme toi, je remarque...

Oncle Paul 30/03/2013 19:02



C'est vrai que tu es toute jeunette... et tu as l'esprit affuté...



Lystig 30/03/2013 17:07

quel truc utilise-t-il pour piquer les mandats ? je suis curieuse...

Oncle Paul 30/03/2013 19:01



C'était en 1960 et à cette époque existaient les mandats-lettres. Ces mandats qu'on envoyait dans une lettre et le destinataire se présentait avec au bureau de poste pour les toucher. Une petit
rectifictaion dans le nom et le tour était joué !


Amitiés



Le Papou 29/03/2013 15:24

J'ai oublié : Pour Leny, c'est bien dommage !
L.P.

Oncle Paul 29/03/2013 15:39



Leny, oui, et quelques autres. Il fut un temps, dans les années 60, j'écoutais assidûment Georges Chelon... Qui s'en souvient, à part nous autres et quelques anciens...



Le Papou 29/03/2013 15:24

Là tu pinailles Tonton ! Qui se souvient de Leny (à part nous deux) et du Kasa machin (Id).
Amitiés
Le Papou

Oncle Paul 29/03/2013 15:38



Oui, j'aime bien pinailler ! Ce qui prouve, non pas aux lecteurs, mais à l'auteur que j'ai lu son livre...



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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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