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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:17

Lorsque la Grèce bouillonne !

 

ete-grec.jpg

 

Cela aurait pu n’être qu’un banal accident, la noyade d’un jeune homme dans les calanques de Marseille. Du moins rien qui puisse empêcher le Juge de partir avec femme, enfants et bagages vers la Grèce pour des vacances organisées par Billie, son épouse. Pas de quoi l’enchanter le juge ces longs déplacements, mais il faut bien faire plaisir. Ce noyé le turlupine et le Juge a comme l’intuition qu’il pourrait bien s’agir d’un meurtre déguisé, mais ce n’est qu’un sentiment diffus, comme le flair inhérent de quelqu’un qui a l’habitude d’instruire des affaires pas catholiques. Avant sa virée hellène, il a toutefois le temps de recevoir les parents dans son cabinet, séparément, afin de pouvoir mieux analyser les réactions. Le père est conseiller juridique, n’ayant qu’un seul client, l’entreprise de son beau-père, armateur international. La mère est effondrée, on le conçoit aisément. Elle est accompagnée de son père, un Argentin nommé Chaquiri. Le petit doigt du juge lui conseille de ne rien négliger et surtout de ne pas classer le dossier sans suite. Alors il requiert les services d’un commissaire de police compétent mis au placard car considéré comme électron libre, donc dangereux pour certaines personnalités. Ne pouvant lui-même superviser l’enquête le policer délègue un de ses adjoints, Juston, qui ne manquera pas de s’atteler à la tâche avec conscience, et fournira ses rapports téléphoniques au Juge, durant le séjour de celui-ci près de la mer Egée.

Quarante ans auparavant, dans un petit village grec, le jeune Apostolos parfait son éducation auprès d’un vieil instituteur déchu considéré comme gauchiste, pis comme communiste. D’où cette disgrâce. Car Spiros, son mentor, lui révèle les agissements tenus souvent secrets sur les déportations d’enfants en camps ou dans des pays comme la Roumanie, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Des faits tus par le pouvoir en place. Il encourage toutefois Apostolos à continuer ses études dans la capitale. Un peu perdu dans cette grande ville et avec la paperasserie à fournir pour l’inscription à l’université, Apostolos trouve un soutien en la personne de la belle Marina, issue d’une famille bourgeoise, mais qui ne se reconnaît pas dans les opinions politiques familiales. Elle l’entraîne dans des réunions de lambrakistes, du nom d’un ministre prônant des idées démocratiques, ou gauchistes, et peu à peu ils se sentent attirés l’un par l’autre. Jusqu’à ce terrible jour du 21 avril 1967, jour où l’armée prend le pouvoir sous la férule de colonels soutenus par les Etats-Unis, et principalement la CIA.

Ce qui rejoint ces deux fragments d’histoires, le lecteur le découvrira peu à peu, dans ce roman construit comme un mille-feuilles. Un roman qui dépasse le cadre strict du polar dans lequel il est confiné par le nom de la collection dans laquelle il est édité. Il s’agit plus d’un roman noir historique, à l’instar de ceux écrits par Didier Daeninckx comme Meurtres pour mémoire et tous ceux qui se sont engouffrés dans ces brèches de l’Histoire dédaignées par les médias. Souvent le rôle joué par les Etats-Unis, et plus précisément par la CIA, dans l’ingérence des affaires politiques de pays étrangers, européens, africains et autres, a été dénoncé, principalement dans des romans d’espionnage (de même que celui de l’URSS, mais décrit par des auteurs de sensibilité politique différente), mais il est bon de continuer à dénoncer ses agissements, même si l’influence de cet organisme tend à s’estomper. Du moins on aimerait le croire. A cela s’ajoute une histoire d’amour entre deux jeunes gens épris de liberté, de justice, et la vision d’un juge d’instruction français sur ces événements. Car il faut savoir qu’André Fortin, tout comme son narrateur, est lui-même juge d’instruction, et juge pour enfant. Il sait ce dont il parle, ou plutôt écrit. Et outre cette plongée dans le temps, on ne peut s’empêcher de lorgner du côté de la justice française et des tentatives qui sont effectuées pour la bâillonner, ou du moins l’assujettir. Ce qui n’est pas bon dans un pays qui se dit le chantre des droits de l’homme. Mais peut-être n’ai-je pas tout compris de l’actualité.

A lire du même auteur : Requiem pour le juge et Pitié pour Constance.

André FORTIN : Un été grec. Polar Jigal poche, éditions Jigal. Mai 2011. 288 pages. 9,13€.

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commentaires

Z
Les éditions Jigal ne m'ont jamais déçue.... a voir ou plutôt à lire
Répondre
O


Moi non plus, sauf un ou deux titres, et encore



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