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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 13:34

Lorsqu’on entend un essaim de mouches bourdonner, c’est que le garde-manger n’est pas loin !

 

tortuga.jpg


A peine rentré de congés, le Commandant Guillaume Farel est appelé à la rescousse par son adjoint Jean-Baptiste Lucchini. Il sait que celui-ci, même si c’est un dimanche soir, ne le dérange pas pour rien. En effet le cadavre qui git dans l’appartement, situé non loin du parc de la Tête d’or à Lyon, n’est guère présentable. La canicule qui règne en cette fin du mois de juillet sur la cité des Gones n’arrange en rien le corps dont le meurtre remonte au moins à huit jours. L’homme a été trainé puis allongé sur un tapis, les bras en croix, les jambes allongées, les pieds croisés. La tête est placée à l’est, les pieds à l’ouest. Il a la mâchoire fracassée, une balle dans la tempe, et une croix a été dessinée sur son front ainsi qu’un rond dans sa main gauche, avec son propre sang. Une mise en scène, indéniablement. Selon les premiers relevés effectués par les hommes de Farel, il n’y a aucune empreinte dans l’appartement. Juste quelques gouttes d’urine dans l’évier. Dernier détail, l’homme portait une croix autour du cou, une croix protestante, telle celle qu’a légué à son petit-fils le grand-père de Farel. L’homme a connu un parcours de fonctionnaire de l’état, ayant été préfet du Rhône avant de finir hors cadre depuis 1987. Avec le pouvoir nouvellement élu, il avait été écarté du système et avait exercé des fonctions rémunératrices mais privées. Son nom : Joseph Decosterd, septuagénaire.

Son fils, qui a découvert le corps a prévenu la police. Il est effondré mais peut toutefois signaler la disparition d’un ordinateur mais surtout de deux Bibles de grande valeur dont une dite d’Olivétan, et de nombreux méreaux, sortes de jetons de présence en métal utilisés principalement comme signe de reconnaissance par des religieux. Un papier qui se trouvait dans la reliure de la Bible a disparu. Mais des lettres écrites par une femme n’ont pas été dérobées. Le fils s’était absenté durant près de deux semaines et possède donc un alibi.

Dans la boite aux lettres qui déborde, Farel trouve des relevés de comptes bancaires, l’un provenant d’une banque hollandaise et l’autre d’une Tortuga’s Bank. Ce compte est copieusement approvisionné mais après vérification auprès du responsable de l’agence de la banque hollandaise, il apparait des anomalies. Le courtier en charge des comptes aurait largement ponctionné le compte de Decosterd tandis que la Tortuga’s Bank ne serait qu’un établissement fictif. Clauss, le banquier indélicat a disparu et son fils ne peut guère donner de détails. Une autre piste est à vérifier, grâce à un ami journaliste de Farel. Decosterd après ses fonctions préfectorales émargeait auprès d’une entreprise immobilière, Vauclin, le propriétaire ayant la main mise sur tout un empire. Le Mur immobilier étant la dénomination officielle de cette société. Or Vauclin est bien connu pour avoir magouillé avec l’ancien maire, décédé et avec bon nombre d’édiles. Fortement compromis dans différentes affaires louches, mais jamais inquiété. Or la femme de Vauclin d’origine allemande a disparu de la circulation depuis plusieurs jours, suite à une violente dispute avec son mari au sujet d’une Bible. Celle justement dérobée à Decosterd.

Mais en haut lieu, dans un cabinet ministériel, On surveille et On n’apprécie pas beaucoup ce qu’il se trame et surtout les recherches effectuées par Farel. Un policier de son équipe est assassiné en pleine rue, et sa compagne, Maud Chastaing qui est lieutenant à Interpol, en subit les dommages collatéraux. Il n’en faut pas plus à Farel, ancien militaire dans les bérets verts, pour convoquer le ban et l’arrière-ban de ses anciens compagnons.

Cinquante ans ont passé après le vol du premier homme dans l’espace et le début de l’édification du Mur de Berlin. Mur auquel Vauclin se référence lorsqu’il commence à édifier son empire immobilier, lui qui à l’origine était un communiste convaincu, ayant vécu en Allemagne et s’étant marié avec une ressortissante de Poméranie. Depuis ses options politiques ont évolué.

André Blanc, au style froid et sec, décrivant presque de façon clinique son intrigue, met en scène un personnage de policier tout aussi froid et sec. Guère de place aux sentiments, sauf lorsqu’il est en compagnie de Maud. Et de son chat. Chat qui par ailleurs servira par ailleurs, et de façon détournée, à la résolution d’une partie de l’enquête finale. André Blanc construit un peu son intrigue dans le système du marabout d’ficelle. Une première énigme résolue, la mort de Decosterd, une autre se profile, aux conséquences inattendues. Une histoire qui n’engendre guère la bonne humeur, révélatrice d’un système politique, et dont l’épilogue est résolument pessimiste.


André BLANC : Tortuga’s Bank. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. 248 pages. 18€.

 

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commentaires

E
je viens de finir Tortuga's bank. C'est rude, mais quelle belle écriture je l'ai commencé et je n'ai pas pu le lacer; il y a longtemps que j'avais pas lu un truc pareil.
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O


Bonjour Eric


Oui, belle écriture et aussi bon roman qui sort quelque peu des sentiers battus. Mais avec Jigal, on n'est pas déçus, même avec les nouveaux auteurs. Un véritable travail éditorial.


Bonne journée



L
La banque est bien nommée. C'était l'île des pirates ou des boucaniers. En fait il y en a plusieurs, j'en connais une autre au large du Vénézuela où personne n'habite.
Le Papou
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O


Effectivement. Mais il n'y a pas que des tortues, quelques crocodiles aussi...



L
Je le note because Hexapolargone que je n'ai pas encore commencé mais surtout je voudrais savoir pourquoi un titre en anglais et pourquoi Tortuga ?
Le Papou
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O


Euh, je ne l'ai pas dit dans mon article ? Tortuga's Bank, une banque fantôme domiciliée en Suisse. Tortuga's , je crois Ile de la Tortue, proche de paradis fiscaux situés dans les Caraïbes...


Amitiés



A
Ouf, il y a le chat.... Sinon, ce serait bien noir.
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O


La petite touche émotionnelle...



L
je suis en train d'en achever la lecture. J'avoue que j'aime bien ce roman et ce personnage de flic ! amitiés
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O


Et chez Jigal, il n'y a quasiment pas de déchet... Jimmy sait renouveler le genre en présentant des romans différents, non formatés.


Amitiés



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