Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 05:24

Le cadre se rebiffe…

Pierre LEMAITRE : Cadres noirs.

Au chômage depuis quatre années, Alain Delambre, un ancien cadre de cinquante-sept ans, ancien DRH, s’est résolu à travailler comme manutentionnaire aux Messageries Pharmaceutiques quelques heures par jours. Seulement depuis que Mehmet, un Turc qui se prend pour le calife à la place du calife, est devenu superviseur, il encaisse les rebuffades. Et puis un jour, il a fallu que cela dégénère.

Pour collègues, Delambre n’a que Charly, un SDF qui n’en est pas vraiment un puisqu’il couche dans sa voiture et qui s’imbibe copieusement dès le matin, et Romain, un jeunot qui a raté sa vocation de comédien, qui vit de petits boulots mais est doué en informatique.

Un coup de pied vicieux asséné par Mehmet, et Delambre se rebiffe. Ancien cadre au chômage, d’accord, mais pas mouton. Un coup de boule bien placé, Mehmet est à terre le nez cassé. Delambre ne fera pas de vieux os dans la boîte, il est radié non des cadres puisqu’il l’est déjà, mais du personnel. Seulement l’affaire ne s’arrête pas là. Il doit indemniser Mehmet et son employeur lui fait un procès. Comment faire quand on n’a pas d’argent. D’autant que ses deux anciens collègues de travail ne peuvent ou ne veulent pas l’aider en effectuant une déposition en sa faveur.

Naturellement, il ne se confie ni à sa femme, ni à ses deux filles. Il recherche dans les petites annonces et écrit à une agence qui lui fait passer des tests. Il doit faire ses preuves, en compagnie de trois autres candidats, alors qu’il pensait avoir échoué, en supervisant une mise en scène abracadabrante organisée par une entreprise qui cherche à mettre sur le carreau quelques centaines d’ouvriers en fermant l’un de ses sites.

Des cadres internes seront mis face à une tentative de prise d’otages, et Delambre ainsi que les autres candidats doivent analyser leurs réactions.

Il se rend compte qu’il s’agit d’une vaste manipulation et que théoriquement il ne sera pas sélectionné, l’emploi ayant déjà été promis à la seule candidate présente. Alors de manipulé, il devient manipulateur lui-même.

 

Scindé en trois parties, Avant, Pendant et Après, Cadres noirs montre la galère de quelqu’un privé d’emploi, qu’il soit cadre ou simple manœuvre. Et de quelle façon il essaie de s’en sortir.

Si la première partie est très convaincante, les deux suivantes le sont un peu moins, car peu à peu, Delambre devient un peu le vengeur masqué, se mettant dans des positions impossibles, face aux entreprises qui licencient uniquement pour des raisons financières non justifiées, et la société capitaliste en général. Le pot de terre contre le pot de fer. Mais le pot de terre est plus solide que l’on pourrait le penser et le pot de fer se retrouve cabossé.

A travers le personnage de Delambre, beaucoup se reconnaîtront, mais je suppose que les actions décrites, la violence qui se dégage et les mises en scènes très cinématographiques proposées, peu se résoudront à en venir à de telles extrémités. Seul contre tous, Delambre devient un cerveau actif et réactif, quitte à se brûler les ailes.

Il ne se ménage pas n’ayant pas peur de se mettre en danger pour arriver à ses fins et contrarier les plans de ses ex-futurs employeurs. Il va se muer en maître-chanteur, et malgré les périls encourus par sa famille, il continue, quitte à se retrouver en prison. Et il n’agit pas d’une geôle réservée à ceux que l’on appelle les VIP, comme certains financiers et hommes politiques en ont connu à cause de leurs malversations. Il est considéré comme un détenu de droit commun, avec toutes les vicissitudes internes que cela entraîne.

Si je n’adhère pas aux actions de Delambre, je me dois d’avouer que j’ai lu d’une traite ce roman social, qui débute comme un banal roman policier mais se transforme peu à peu en suspense psychologique puis en ce qu’il est d’usage d’appeler Thriller, quoique ce vocable ne corresponde pas à sa définition première.

L’émotion est présente tout au loin de ce récit même si l’on pense que Delambre va trop loin. La colère est mauvaise conseillère, comme chacun sait et l’on ne peut présumer des réactions que l’on pourrait avoir si l’on était placé dans son cas.

S’il s’agit d’une fiction, ce roman est toutefois inspiré d’un véritable fait-divers, celui de France Télévision Publicité, en 2005. Et il a donné lieu à une adaptation télévisée, Dérapages, déclinée en six épisodes.

 

Les candidats à un poste sélectionnent les candidats à un autre poste : je me dis que décidément, le système entrepreneurial est drôlement au point. Il n’a même plus besoin d’exercer l’autorité, les salariés s’en chargent eux-mêmes. Ici, le coup est assez puissant : avant même d’être embauchés, nous pourrons quasiment licencier les cadres en place les moins performants.
Les entrants créent les sortants. Le capitalisme vient d’inventer le mouvement perpétuel.

Première édition : Calmann-Lévy. Parution 3 février 2010.

Première édition : Calmann-Lévy. Parution 3 février 2010.

Pierre LEMAITRE : Cadres noirs. Le Livre de Poche Thriller N°32253. Parution 2 mars 2011. 448 pages.

ISBN : 978-2253157212

Partager cet article
Repost0

commentaires

Oncle Paul 26/11/2020 16:58

Oui et non. Le côté social est très bien décrit, mais par moments, les actions du personnage principal ne me semblent pas crédibles. Mais ce n'est que mon avis.

Alex-Mot-à-Mots 26/11/2020 11:46

L'auteur dans ses grandes heures.

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables