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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 05:53

Fais comme l’oiseau…

R. & R. BOREL-ROSNY : T’as vu ça d’ta fenêtre !

Pensait-elle que sa carrière allait décoller en se jetant par la fenêtre, rien n’est moins sûr.

La pauvre Gina de Sarlande, jeune chanteuse pleine d’avenir est projetée du cinquième étage et s’écrase sur le bitume. En général, on ne s’en relève pas. C’est Rosette, dite Rosie, qui en voulant baisser le store de la fenêtre de sa chambre d’hôtel sise au quatrième étage, a aperçu le corps tomber alors que deux mains poussait Gina. Du moins c’est ce qu’elle déclare à Maxie les Belles dents, son compagnon qui se prélasse sur le lit en se plaignant de la chaleur de ce mois de juin.

Les policiers, arrivés rapidement sur place, pensent d’abord à un suicide. La porte est fermée de l’intérieur, c’est le taulier, le gardien des clefs, qui leur ouvre. Nouvelle surprise, la fenêtre est fermée ! Le meurtre semble indiscutable. Mais comment à pu réaliser son forfait le meurtrier que nul n’a aperçu. Ni Rosie, entraîneuse dans un cabaret, ni Maxie qui se fait entretenir et entretenait des relations douteuses avec Gina, ni Albert Lepreux, l’hôtelier, ni Zulma sa compagne qui vaquait au rez-de-chaussée. Les complications de ce genre sont réservées à la Criminelle et l’inspecteur Tiburce est chargé de cette enquête.

Il commence ses investigations en s’entretenant avec Rosie, qui a aperçu de sa fenêtre le vol plané, ainsi que Maxie qui était vautré sur le lit. Rosie le soupçonne d’avoir eu des relations avec la défunte, mais il ne peut être coupable puisqu’il était dans sa chambre en compagnie de Rosie, qui est sure de reconnaitre les bras qui empoignaient Gina. Puis Tiburce interroge Albert Lepreux, le patron des Deux cigognes, l’hôtel où s’est déroulé le drame, et sa compagne Zulma, une forte femme. Il est notoire qu’Albert se rendait assez souvent dans la chambre de Gina pour régler certains problèmes, ce qui attise la vindicte de Zulma. Toutefois Albert résout une partie de l’énigme de ce possible meurtre en chambre close.

Il remarque le manège d’une toute jeune fille aux cheveux courts qui traîne dans les environs de l’hôtel puis à la brasserie où Tiburce déguste une choucroute en compagnie de Fredy Marlin, un ami souvent en délicatesse avec les forces de l’ordre. La gamine s’éclipse et Tiburce aimerait lui poser quelques questions aussi charge-t-il Fredy de la retrouver, ce qui n’est guère difficile à cet habitué de Saint-Germain-des-Prés.

La gamine récupérée par Fredy et amenée à la brasserie afin de ne pas l’effaroucher, confie à Tiburce qu’elle s’appelle Pierre – choix de son père poète méconnu et aux idées baroques, surnommé l’homme aux chats puisqu’il en possède neuf qu’il promène souvent en laisse – et sa sœur avait, elle, été prénommée Trujillo. Mais celle-ci avait changé de nom adoptant le nom de scène de Gina de Sarlande. Quant à leur mère, elle est partie dix ans auparavant avec un noir, abandonnant le foyer familial.

Alors Tiburce continue son enquête mais en dilettante, mais comme il est pris par ailleurs il demande à Fredy de le suppléer dans ses recherches, ce que le jeune homme fait avec plaisir et pugnacité. D’autres personnages s’immiscent dans cette intrigue, dont un jeune qui fréquentait Gina mais dont Pierre est amoureuse.

 

Le couple Robert et Raymonde Borel-Rosny propose une enquête qui s’avère simple dans l’esprit du lecteur, qui est persuadé connaître l’identité du coupable. Mais la solution à triple détente offre un épilogue inattendu et bien amené prenant à contre-pied le lecteur.

Saint-Germain-des-Prés du début des années cinquante sert de décor, époque aujourd’hui révolue mais qui génère quelque nostalgie.

Evidemment au moment de sa parution, ce roman n’avait pas ce côté historique, mais plus de soixante ans plus tard il devient un témoignage permettant de se remémorer un pan de la capitale réservé aux artistes en tout genre, même si cela n’est abordé que par la frange sans appesantir le récit. Les auteurs décrivent ce qu’ils observent, le vivant de près.

 

Les cafés grouillaient d’une populace miteuse et ne recélaient rien dans leurs salles enfumées que des tas de petites filles aux pantalons collants […] et des garçons aux pantalons identiques, tout aussi collants sur les fesses. Ce qui différenciait les garçons des filles, c’était la longueur des cheveux. Seulement, les garçons avaient les cheveux trop longs dans le cou et les filles trop courts. Presque tondus, ils mesuraient à peine un centimètre. De quoi déconsidérer à tout jamais le cher J.-P. Sartre, et aussi Gréco qui avait lancé la mode des mèches raides et sales qui descendent jusqu’à la taille.

 

R. & R. BOREL-ROSNY : T’as vu ça d’ta fenêtre ! Collection Le Verrou N°69. Editions Ferenczi. Parution juin 1953. 96 pages.

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