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18 mai 2019 6 18 /05 /mai /2019 04:02

Le pêcheur au bord de l'eau
Abrité sous un chapeau
Est heureux et trouve la vie belle

Tandis que flotte son bouchon…

Philippe HUET : Une année de cendres.

Et que pêche-t-il le pêcheur ?

Les anguilles dans ce coin de port délabré, abandonné, bien installé sur le quai avec deux cannes trempant dans le bouillon saumâtre. Et en guise d’anguilles, elles se défilent tout le temps sachant que c’est son plat préféré à Bernard, il ramène une sorte de guérite, une caisse qui flotte à la verticale. Et dedans, car il est curieux Bernard, il découvre un corps mort. Strangulé le défunt. Bon va falloir appeler les flics pense-t-il tout en apercevant un paquet accroché qu’il ouvre, découvrant à l’intérieur des billets, des centaines de dollars, et des petits sachets qui n’ont du bicarbonate que la couleur.

Bernard s’approprie sans vergogne le butin, mais pas le cadavre qui ira rejoindre la morgue. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est surveillé à la jumelle par deux hommes. Victor, le tueur à la corde à piano, et son commanditaire, Pascal Antonetti. Il n’y a plus qu’à attendre le résultat de l’enquête policière.

Ange Antonetti et son pote Baptiste Lanzi, qui faisaient partie du gang marseillais des Guérini, ont débarqué trente ans auparavant, en 1946, au Havre, afin de profiter des largesses des soldats américains basés dans les camps-cigarettes. Ils ont trafiqué, s’enrichissant, et développant par la suite un échange de drogue et autres avec les USA. Ils se sont fait leur trou, non pas au soleil, mais dans la cité havraise, et depuis ils règnent en petits rois, avec comme couvertures chauffantes, bars, restaurants, boîtes de nuit.

Mais depuis quelques temps, un autre gang marche sur leurs brisées, celui des Libanais, qui eux aussi se sont bien imposés dans la Cité océane en acquérant bars, restaurants et boîtes de nuit.

Naturellement la presse locale est sur les dents et le jeune localier Gus Masurier est présent sur les quais. Il connait bien le strangulé, un nommé Charoub, avec lequel il a pris plusieurs verres et fait partie du gang des Libanais. D’ailleurs il a des relations très suivies et nocturnes avec Fadia, la sœur d’un des pontifes du gang. La police est elle aussi sur les dents avec la présence du jeune inspecteur de police corse Cozzoli. Lui, il est plutôt, origine corse oblige, attiré par Ange Antonetti et Baptiste Lanzi.

Gus connait fort bien Bernard, le pêcheur, qui fut un ancien typographe au journal dont dépend le localier. Mais Bernard se rendant compte rapidement qu’il vient peut-être de faire une boulette en s’appropriant les sachets et l’argent, en réfère à l’un de ses compagnons de retraite et il décide de se mettre au vert. Comme la couleur des billets.

Débute alors une enquête menée séparément par Gus et son pote le policier corse, mais tout ne va pas comme ils le souhaitent. L’un marche sur les brisées de l’autre, tandis que les Corses ne sont pas satisfaits. Les sachets et l’argent avaient été mis dans la caisse flottante pour piéger les Libanais.

 

Au début, il me semblait entrer un fois de plus dans une sempiternelle guerre des gangs, et je suis entré dans cette histoire avec réticence. Mais au fur et à mesure de ma lecture, je me suis attaché à suivre cette narration qui prend de plus en plus d’ampleur, pour plusieurs raisons.

D’abord le plaisir de retrouver une vieille connaissance dont plusieurs aventures ont déjà été narrées par Philippe Huet, Quai de l’oubli et La Nuit des docks notamment, le journaliste Gus Masurier qui avait un peu plus de bouteille.

Dans ce roman nous assistons à un retour arrière avec ses débuts dans la profession.

Mais c’est également le plaisir de retrouver l’ambiance portuaire du Havre et l’ancienne commune de Sanvic placée sur les hauteurs du Havre. Un endroit qui ravive quelques souvenirs personnels.

Le port du Havre est en pleine mutation, avec l’agrandissement des lieux et le début des transports de marchandises à bord de containeurs, une évolution qui transforme l’attrait touristique. En effet, lors de l’arrivée des paquebots et des cargos, les gens du cru et les touristes pouvaient assister au déchargement des ventres de ces navires, qui étaient le fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, appelée familièrement la CGT, mais étaient moins renommés que Le France. L’Antilles, le Colombie, Le Flandre, le De Grâce... Souvenirs, souvenirs…

Il existe une forme d’humour sous-jacent dans ce roman qui ne manque pas de suspense ni d’action, et s’il s’agit de la guerre des Anciens et des Modernes, c’est également un reportage sur la ville portuaire et sur la façon de fabriquer un journal. Mais sans pour autant s’ancrer dans une forme de documentaire aride.

 

Philippe HUET : Une année de cendres. Collection Rivages/Noir. Editions Rivages. Parution le 13 mars 2019. 350 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2743646288

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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