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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 07:16

Vertiges ou vestiges de l’amour ?

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort.

Continuant sa série de romans aux titres empruntés à des chansons, Un avion sans elle, Maman a tort, On la trouvait plutôt jolie, le nouveau livre de Michel Bussi nous invite à revisiter le succès d’Alain Bashung. Il nous incite surtout à prendre l’avion en compagnie de son héroïne, Nathalie dite Nathy, hôtesse de l’air quinquagénaire sur des vols longs courriers, qui a une hirondelle tatouée sur l’épaule.

Elle est mariée avec un menuisier-ébéniste qui se prénomme Olivier, un prénom de circonstance, possède deux filles, Laura et Margot, et vit en Normandie à Porte-joie, une ancienne commune de l’Eure qui jouxte la Seine. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si une succession de coïncidences ne venaient interférer avec son prochain déplacement prévu pour Montréal, du 12 au 13 septembre 2019.

Mais sur sa liste des prochains vols prévus à la suite les uns des autres, outre Montréal, figurent Los Angeles et Jakarta. Commence un calcul de probabilités difficile à résoudre. Car c’est exactement le parcours qu’elle a eu à effectuer vingt ans auparavant. Mais avant de partir, elle se rend compte que son tiroir secret a été fouillé, ses papiers et une pierre du temps qu’elle garde précieusement depuis cette date, chamboulés. Une chanson est diffusée par son autoradio, Let it be. Et lorsqu’elle se positionne devant la porte d’embarquement, la M, comme par hasard, elle retrouve son amie Florence, hôtesse de l’air elle aussi, qui va voler en sa compagnie, de même que le commandant de bord, Jean-Max Ballain, qui approche de la retraite et est connu pour ses nombreuses conquêtes féminines. D’ailleurs de petits malins ont quelque peu détourné son patronyme en Jean Ballain Max !

Bref, la petite équipe est reconstituée comme vingt ans auparavant. C’est tout ? Non, se rendent également à Montréal Robert Smith et ses musiciens. Le groupe The Cure qui vingt ans auparavant avait fait frissonner Flo, toute pétillante de côtoyer de telles célébrités.

Parmi le personnel navigant, Nathy retrouve deux autres collègues qu’elle connait bien et Charlotte, une stagiaire. Manque à l’appel Ylian, le musicien à la guitare et à la casquette écossaise dont elle avait fait la connaissance à cette même porte M et avec lequel elle avait découvert Montréal, puis qu’elle avait retrouvé à Los Angeles puis à Barcelone et enfin à Jakarta. La première fois était un hasard mais pas la suite. C’était l’appel du cœur et des sens qui la poussait à le retrouver ou à le rechercher.

Non franchement, il y a trop de coïncidences, car à Montréal, d’autres faits se produisent, comme si quelqu’un s’attachait à vouloir lui faire remonter le passé du cœur dans la tête. Elle revit des événements, des émotions qui l’avaient bouleversée vingt ans auparavant, qui ne s’étaient jamais vraiment effacés mais seulement dilués au cours des années et de la vie familiale.

 

Toutes ces coïncidences mises bout à bout ne relèvent pas du hasard, mais elles ont été programmées par une main malveillante, Nathy s’en persuade de plus en plus. A moins qu’en présence d’un puis deux faits qui nous ramènent en arrière, on a le sentiment d’être assailli par des coïncidences, alors qu’inconsciemment on crée, on recherche des concordances. Et ceux-ci passeraient peut-être inaperçus dans d’autres circonstances. Non, ça ne marche pas comme ça se dit-elle.

C’est à elle personnellement que cette main manipulée par une tête pensante diabolique en veut. Elle s’en persuade et bientôt toutes ces concordances lui donnent raison. Pour quelle raison ? Dans quel but ? Et comment interpréter cette agression à San Diégo alors qu’elle venait de visiter Tijuana, comme elle l’avait fait vingt ans auparavant. De même qui peut s’amuser à lui prendre et remettre sa pierre du temps qu’une commerçante inuite lui avait donné à Montréal alors qu’elle parcourait la ville lors de son précédent voyage avec Flo et Jean-Max Ballain ?

Un manipulateur malin (ou une, il ne fait exclure personne) qui s’arrange pour perpétrer ses forfaits à son insu et le lecteur tente de mettre un nom sur cette personne malveillante. Mais celui ou celle auquel il peut penser ne se trouve pas forcément à l’endroit où elle évolue. A moins de posséder des accointances, des complices, mais comment étayer ces suppositions, ces conjectures ?

Et lorsque, enfin, le lecteur, moi le premier, découvre la vérité, il se dit que Michel Bussi une fois de plus nous a entraîné dans une histoire qui n’a rien de fantastique, que tout est logique, et particulièrement bien construite. Avec son lot de surprises et un retournement final particulièrement détonant, comme un déferlement.

Un roman musical, qui nous transporte au-delà de nos rêves, en compagnie d’Alain Bashung, des Beatles, des Cures et de combien d’autres.

Un roman d’amour et de passion, émouvant, qui prend aux tripes, et qui démontre que le don de soi n’est pas un vain mot.

Un roman qui se décline entre hier et aujourd’hui, entre 1999 et 2019. Et le lecteur ne peut se perdre dans les dates, entre ces différents chapitres, car un repère distingue, sur le haut des pages de droite, les deux périodes. Une hirondelle pour 1999 et un petit empilement de galets pour 2019. Mais chut, je ne vous ai rien dit.

 

Quand on enterre un être, combien d’amours secrètes enterre-t-on avec ? Combien de passions jamais avouées, happées par le néant, disparaissent comme si elles n’avaient jamais existé ?

 

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort. Editions Presses de la Cité. Parution le 28 février 2019. 480 pages. 21,90€.

ISBN : 978-2258162839

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