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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 08:21

Une histoire à décortiquer…

Françoise Le MER : Autopsie d’un mensonge

Porter des viennoiseries et une baguette bien cuite un samedi matin à son voisin, le docteur Gauthier, et le découvrir mort, ce n’est pas la meilleure façon d’entamer la journée. Quoique, vu l’heure à laquelle il se lève, le boulanger affiche déjà un bon nombre d’heures au compteur de son labeur.

Le plus souvent c’est son commis qui se charge de la distribution à domicile, mais Jean Le Sueur n’a pas la conscience tranquille. Il s’est emparé la veille d’un ticket de grattage probablement gagnant, le prélevant dans la poche de la veste du toubib qui jouait décontracté au billard. Car cet argent le boulanger en aurait bien besoin afin d’offrir à sa femme un voyage particulier.

Elle aimerait, avant de mourir d’un cancer, aller voir des baleines évoluer en liberté. Mais son geste délictueux taraude le boulanger et il pensait remettre l’objet emprunté à son propriétaire. Découvrir deux cadavres, il y de quoi lui faire passer le goût du pain. Le docteur et sa fille ont été abattus par une arme à feu.

Le commissaire Le Gwen et son fidèle adjoint Le fur, qui est également son ami, en poste à Brest, sont immédiatement prévenus. Ils rendent donc sur les lieux des crimes à Roscoff, ainsi que quelques représentants de la police scientifique. Seulement ils sont étonnés de la non présence de la femme du toubib, qui était psychanalyste spécialiste en hypnose, et de leur fils.

Les premières constations révèlent que les deux cadavres n’ont pas été tués par la même arme, déjà un point litigieux, et second point qui les interpellent, les prélèvements ADN révèlent que le père et la fille n’ont rien en commun.

Une enquête qui se montre compliquée car d’autres meurtres sont recensés dans la région. Apparemment, il n’existe aucun lien entre le drame dans une maison bourgeoise roscovite, et ceux perpétrés dans un penty près de Plouhinec et dans la forêt de Toulfoën près de Quimperlé. Seulement, on ne roule pas Le Gwen, Le Fur et surtout la jolie et pugnace Marisol, dans la farine.

 

Dès le début du récit, le lecteur sait où il met les pieds. Dans une sombre affaire d’enlèvement d’enfants. Je ne dévoile rien c’est le propos du prologue. Mais le traitement de cette intrigue est particulièrement retors pour perdre le lecteur dans le suivi de cette enquête.

Ce roman est construit façon puzzle, les contours étant délimités en premier, puis ensuite des scènes, des personnages sont disposés, au milieu ou sur les côtés, avec méthode, offrant une vision incomplète mais discernable jusqu’à ce que la dernière pièce, qui n’est pas manquante, soit posée.

Des digressions émaillent ce roman, lui apportant un complément d’informations non négligeables et jette sur la société un regard acide. Ainsi, le comportement des ados, ceux qui se liguent contre un de leur copain ( ?) désigné comme tête de Turc parce qu’il cultive une différence physique ou comportementale. Ou encore l’histoire d’amour du boulanger et de sa femme qui prend en contrepoint La femme du boulanger de Marcel Pagnol. Une histoire d’amour qui débute le roman et le clôt. Cela pourrait sembler gnangnan, hors de propos, et pourtant elle apporte une couche d’humanisme englobée dans un thème porteur, fort, qui n’est pas forcément actuel mais au combien intemporel.

Parmi ces digressions, j’en ai relevé une qui devrait intéresser les opposants au glyphosate et aux herbicides en général. Il s’agit de la culture du potager indien.

Pierre-Yves Le Corre leur expliqua que les ethnies amérindiennes s’étaient toujours nourries en associant la culture de trois légumes : maïs, haricots et courges. Les haricots donnaient aux deux autres l’azote dont ils avaient besoin. Les plants de maïs leur servaient de tuteurs et le feuillage dense et ras des courges conservaient l’humidité du sol tout en protégeant les autres végétaux des nuisibles. Ainsi par cette entraide, nul besoin d’insecticide ou d’arrosage trop fréquents.

Les digressions allongent certes le récit, qui est aussi émaillé de métaphores, mais comme dans la vie courante, quotidienne, de petits bonheurs, des moments de joie, d’humour, s’infiltrent dans les drames sans pour cela les occulter.

 

Ne pas être en avance, c’était déjà être presque en retard !

 

Comme tu es jolie avec ton nez rose de petit veau de lait.

 

Arrêter complètement de fumer est un souci de riches. La taxe sur le tabac est un impôt pour les pauvres, qui n’ont que ça comme dérivatif.

 

Françoise Le MER : Autopsie d’un mensonge. Série Le Gwen et Le Fur N°19. Editions du Palémon. Parution le 7 décembre 2018. 270 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605403

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 04/02/2019 10:38

Chic, un roman puzzle qui m'attend dans ma PAL.

Oncle Paul 04/02/2019 10:44

Je suis sûr que tu vas l'apprécier !

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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