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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 05:32

Sans rature, ni surcharge !

François LANGE : Le manuscrit de Quimper.

En ce début d’année 1858, l’inspecteur François Le Roy croule sous les dossiers et il ne sait pas par quel bout les prendre.

D’abord la vague de cambriolages dont la région de Quimper est victime. Et les spoliés par la même occasion. Son patron, le chef de la police municipale, Victor Montépin, et le préfet, Alphonse Le Mire, ami du ministre de l’Intérieur (il faut toujours soigner ses relations !) le pressent d’aboutir. Les cambriolés sont principalement des bourgeois, des notables de la cité et de ses environs, alors forcément, ça grogne.

Mais un autre événement détourne son attention. Emile Salaün, un riche antiquaire du centre-ville, est sauvagement assassiné, dans l’appartement qu’il occupait dans un hôtel. Pourtant aucun objet de valeur n’a été pris, d’après les premières constatations de François Le Roy et de son adjoint, Brieuc Caoudal. Seule une voisine, une boutiquière dont l’échoppe fait face à l’hôtel de Tromelin, lieu du drame, a aperçu un individu dont le comportement a éveillé son attention, alors qu’il s’introduisait dans le bâtiment.

C’est peu, mais au moins Le Roy tient un début de piste. Il est en poste à Quimper depuis presque trois ans et auparavant il a servi dans les troupes coloniales, tout comme Brieuc Caoudal, des épisodes et des souvenirs qui naturellement les rapprochent, mais aussi durant la guerre de Crimée et à la prise de Sébastopol.

Un manuscrit, dit de Quimper et à l’origine du meurtre de l’antiquaire, convoité par une dangereuse société secrète, la Compagnie du Lys bleu, est au centre de cette enquête qui donne bien du mal à l’enquêteur d’origine bigoudène. Et il faut un coup du hasard pour que les deux affaires, les cambriolages des riches demeures et le meurtre de l’antiquaire se rejoignent. Comme souvent cela arrive même de nos jours, la résolution d’une affaire permettant de trouver la solution d’affaires plus ou moins classées, faute d’éléments d’enquête.

 

Un premier roman captivant et qui devrait être suivi d’autres enquêtes non moins intéressantes et historiques. Seulement, il faudrait que l’auteur se montre plus rigoureux dans la chronologie et la datation de certains épisodes. Si la fin de la prise de Sébastopol, historiquement datée décembre 1855, et que début 1858, François Le Roy est en poste à Quimper depuis près de trois ans, cela pose un petit problème qui pourrait être considéré comme une affirmation prêtant à confusion et induire un soupçon de faux témoignage. De même, il ne peut partager des souvenirs avec Brieuc Caoudal de campagnes menées sous l’Ancien Régime et l’Empire, l’Ancien Régime, si l’on parle du régime social et politique, se terminant officiellement en 1789 et plus précisément dans la nuit du 4 août 1789 avec l’abolition des privilèges. Abolition tout à fait relative par ailleurs.

C’est bien le personnage de François Le Roy qui est prépondérant dans le récit, même si l’intrigue est bien menée. C’est un homme méthodique, qui dans son bureau a placé une carte de Quimper et sa région, et il signale les lieux des cambriolages à l’aide d’aiguilles à bout rouge, un peu l’ancêtre de la signalisation actuelle dans certains sites de géo-localisation. De même il dessine les lieux sur lesquels il intervient, la disposition des meubles, des objets, tout comme le fait la Scientifique en prenant des photos.

Pour le reste, c’est un homme pointilleux, presque, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, ne s’encombrant pas de flagornerie envers ses chefs, sachant ce qu’il veut et menant son enquête avec rigueur. Fañch Le Roy est promis à un bel avenir… littéraire.

François LANGE : Le manuscrit de Quimper. Série les enquêtes de Fañch Le Roy N°1. Editions du Palémon. Parution le 12 octobre 2018. 192 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605342

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commentaires

A
Un premier roman passionnant, plus par son côté historique que policier.
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O
Pour moi aussi c'est le côté historique qui m'a intéressé
F
Merci Oncle Paul.
Effectivement, vous maîtrisez votre matière et savez de quoi vous parlez.
Je garde précieusement vos coordonnées pour plus tard... un historien pointilleux est d'une aide appréciable. Vous n'aurez pas la réponse à votre question sur les états de service de Fanch Le Roy dans "La Bête de l'Aven", qui sortira à la mi-février aux Editions du Palémon. Mais, peut-être dans le 3° roman, en cours d'écriture. Cordialement
François Lange
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F
Bonjour Oncle Paul.
Un grand merci pour cette critique à la fois sympathique et constructive ainsi que de ce retour de lecture encourageant.
J'essaie de la pas trop commettre d'anachronismes, mais je connais mes limites, et un recadrage sur ce point est toujours salutaire... voir indispensable.
Pour votre judicieuse remarque concernant la Guerre de Crimée, je dois tout de même préciser que je n'ai jamais écrit que Le Roy a participé à la fin de l'épisode Sébastopol, ni même à la prise de la Tour Malakoff en septembre 1855. Son ami, le Marocain faisant partie, à l'instar de tous les Africains du Nord, des "Tirailleurs Algériens" perdra la vie lors de l'assaut... mais, nulle mention de la présence de Fanch Le Roy sur place à ce moment précis.
Le Roy pense effectivement à ses campagnes passées, notamment à celle de Sébastopol, lors des constatations opérées chez feu l'antiquaire Salaün. Le premier combat qui eut lieu à Sébastopol date du 5 novembre 1854. Les Anglais furent opposés aux Russes et, à 9h du matin, Lord Raglan demandera au Général en chef Canrobert le soutien et le renfort de l'Armée Française. Les généraux Bourbaki et Bosquet enverront leurs troupes qui se battrons farouchement avec les Russes pour tirer (une fois n'est pas coutume) leurs alliées Anglais d'un fort mauvais pas. Le combat fut sauvage et les tirailleurs et zouaves de Bosquet rivaliseront de courage avec les fantassins de Bourbaki. Il y eut beaucoup de morts. Au terme de l'affrontement le Général Bosquet dira : "Quel abattoir" ; d'ailleurs, depuis, ce coin de Crimée se nomme "L'Abattoir".
Par la suite, le siège durera et après la prise de Sébastopol,8 septembre 1855, la guerre sera gagnée par l'alliance Franco-Anglaise.
J'imagine que Le Roy aura été rapatrié entre les combats du 5 novembre 1854 et la victoire du 8 septembre 1855. Aura t-il été blessé, rappelé sur un autre théâtre d'opération ? Mystère.
Mais le "calendrier" se tient... même si, vous avez raison, il est discutable.
Pour le terme "Ancien Régime", je faisais référence au règne de Louis-Philippe. L'acception est,effectivement, inexacte. Merci de cette rectification que je prends en compte pour la suite.
J'espère pouvoir lire d'autres critiques de ce type pour les autres "polars" ; c'est enrichissant et gratifiant à la fois. Trugarez vras !
Bien cordialement
François Lange
Répondre
O
Bonjour et merci pour ces précisions. En effet on n'est jamais trop précis dans nos écrits et cela peut engendrer quelques confusions dans l'esprit du lecteur, alors que pour le narrateur cela semblait explicite. Je suis atteint d'une sorte de syndrome de la datation, relevant souvent dans des romans des erreurs ou des coquilles. Mais en même temps je me console en me disant que j'ai lu le roman en entier et non parcouru comme certains amis blogueurs. Le mystère reste pour les faits de guerre de Fanch Le Roy mais les prochains romans dévoileront peut-être son passé...
Bien à vous

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