Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Dans le port d'Ouistreham, y a des migrants qui meurent...
Divorcé, Martin Mesnil préfère travailler de temps à autre, signant de petits contrats, afin de mieux s'occuper de ses enfants lorsque son ex est en mission professionnelle.
La proposition de travailler de nuit sur le port de Ouistreham à aider et surveiller l'embarquement des camions sur le ferry ralliant les côtes anglaises l'agrée. Il fera équipe avec David qui lui enseigne les principes de base du métier après une réunion avec son nouveau patron.
Son employeur, Novak Borovic, fut un footballeur de bon niveau mais caractériel, chez lui en Salvénie puis en France dans des clubs comme celui du Havre. Heureusement son père Dragan était là pour lui épargner les foudres du corps arbitral lors de distributions gratuites de biscottes (cartons jaunes en langage footballistique). Il faut dire que son père faisait régner l'ordre, ou le désordre, cela dépend de quel côté on se place, en Salvénie lors des affrontements meurtriers qui opposaient les différentes ethnies et religions du pays. Il s'était même fait une spécialité de pendre les terroristes aux branches d'arbres.
Martin Mesnil arrive sur son poste de travail dans une ambiance qui ne prête guère à l'enthousiasme. D'autant que la semaine précédente, un migrant a été retrouvé mort dans d'horribles conditions, accroché à un grillage délimitant le port et empêchant, théoriquement, les migrants de s'infiltrer.
Tandis que David et Martin vérifient grosso modo le passage des camions, des vigiles d'origine salvène, comme leur patron les surveillent, tout en contrôlant les alentours. Et un soir, Martin remarque le manège d'un migrant, mais se garde bien d'intervenir. Mais il n'est pas seul sur place, d'autres personnages, dont les vigiles épient les environs. Martin laisse l'homme s'échapper et recueille une pochette contenant diverses affaires dont de l'argent. Pour les vigiles, il n'a rien vu, rien entendu.
C'est dans cette atmosphère délétère que Martin est amené à travailler, mais à se défendre également contre des individus qui semblent vouloir lui faire la peau. Pourquoi ? Parce qu'il est en possession de cette pochette ? Parce qu'il a fermé les yeux sur les agissements d'un migrant qui ne demande qu'à vivre ?
Martin lui aussi ne demande qu'à vivre, chichement peut-être mais en tout en restant honnête. Son compte bancaire est dans le rouge, rouge sang pour certains, et il se refuse de demander à ses parents la moindre obole qui pourrait le tirer d'affaires.
Nouveau venu sur la scène des émules de Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, Martin Mesnil n'est pas un surhomme. Il habite à Grandcamp-Maisy, un port de pêche près de Caen, et pense surtout à sa famille, ses deux enfants qui constituent son trésor. Ce n'est pas une tête brûlée, loin de là, mais il n'aime pas l'injustice. Il se trouve embarqué, c'est le cas de le dire, dans une histoire trouble qui le dépasse, mais il ne baisse pas pour autant les bras. D'autant qu'il va trouver une alliée en Gisèle, une infirmière libérale bénévole d'une trentaine d'années, belle ce qui ne gâte rien, et qui n'a pas froid aux yeux, prête à s'enflammer pour les bonnes causes, du moins celles qui lui paraissent dignes d'intérêt comme la cause des migrants.
Croit-on qu'en faisant disparaître un camp, on fait disparaître les migrants qui l'habitent ?
Tout le monde aura reconnu en ce pays d'Europe de l'est la Salvénie, représenté par le personnage pas si imaginaire de Dragan Borovic. Et c'est d'après un thème majeur et réel, le parcage des migrants, leur refoulement, que Jean-Noël Levavasseur construit son roman qui traite, gravement, un sujet grave. Mais pour autant il intègre à son récit des personnages pas piqués des vers comme l'on dit communément, comme la paire de truands qui pourraient faire penser à Laurel et Hardy mais n'en possèdent pas la bonhommie.
Ouistreham, tout le monde en a entendu parler, ne serait-ce que par le reportéage effectué par Florence Aubenas sur les conditions de travail des employées chargées du nettoiement des ferries à chaque escale. Mais loin de Sangatte et de Cherbourg, Jean-Noël Levavasseur nous sert de guide dans ce petit port d'embarquement situé près de Caen. Une région qu'il connait bien à cause de ses attaches familiales et professionnelles. Et, entre nous, j'aimerai savoir, mais cela ne nous regarde sûrement pas, s'il existe une ressemblance entre le père de Martin Mesnil et le sien. Le géniteur de Martin dont les manuscrits sont systématiquement refusés par les éditeurs, ce qui le met en colère mais ne le décourage pas pour autant.
Ce personnage de Martin Mesnil est éminemment sympathique, humain même, et ce roman est le premier d'une série, théoriquement. Malheureusement cet opus manque de visibilité sur les étals des libraires et il serait bon que l'auteur ou l'éditeur soient présents lors de manifestations littéraires régionales. Mais ce n'est pas le cas. A Fleury-sur-Orne par exemple, dans le cadre du festival Bloody Fleury qui se tient du 3 au 5 février et dont la une programmation prévue est fort alléchante. Voir le lien :
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Jean-Noël LEVAVASSEUR : Herman dans les dunes. - Les Lectures de l'Oncle Paul
Quand il était enfant, sa mère lui disait "Mange ta soupe, Herman..." Depuis il a bien vieilli, connu des vicissitudes, la guerre, la démolition du mur de Berlin. Installé dans son fauteuil, He...
Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue. Préface de Jean-Bernard Pouy. OREP éditions. Parution le 12 mai 2016. 216 pages. 9,90€.