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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 10:46

Les limaces adorent la bière, autant que les amateurs foot. Elles sont moins bruyantes, mais pas moins dangereuses quand elles sont en bandes.

Jan THIRION : 20 manières de se débarrasser des limaces.

Sous ce titre énigmatique, se cache la comparaison entre ces petits gastéropodes sans coquilles et les êtres humains. Mais il trouve toute sa justification dans le corps du texte, grâce à quelques digressions et l'épilogue. En général je n'aime pas trop les digressions dans un roman policier, elles ralentissent le rythme de lecture mais ici elles sont fort bien venues et aèrent justement l'intrigue et permettent un final qui pourrait être une parabole.

Et puisque nous parlons de limaces, disposons nos bestioles, qui ne se gênent pas pour courir dans les travées afin de grignoter à notre barbe nos salades cultivées biologiquement, sur un plateau de jeu de petits chevaux ou de l'Oie et attardons-nous sur leurs déambulations visqueuses.

Le premier à s'élancer fougueusement de sa stalle se prénomme Sami, avec un I et non un U. Journaliste fait-diversier il rêve d'écrire un roman qui serait publié. Pour l'instant cette utopie reste en l'état de manuscrit. Il en va de même pour ses collègues et amis, Ben et Santiag. D'ailleurs ils se sont surnommés pompeusement les Ecrivains du Montana, persuadés de leur talent. Ils sont comme Charles Aznavour qui chantait Je m'voyais déjà... Sami a encore son père, un acharné de la chasse à la limace, employant toutes sortes de pièges et d'astuces pour se débarrasser de ces bestioles, mais proprement. Sans utilisation de produits chimiques nocifs à l'environnement. Sami se déplace toujours avec un enregistreur, récoltant les conversations des uns et des autres, et les délires de son père. Conversations qu'il partage au téléphone avec sa sœur Malika et qu'il sauvegarde précieusement dans un coffre-fort informatique. Première digression : La comparaison entre limaces et humains. Deuxième digression les difficultés rencontrées par les pigistes, les localiers et la non reconnaissance de leur statut.

Ensuite s'élance Marc. Il est séparé de sa femme et peut de temps en temps voir ses gamins dans une Maison de l'Enfance. Il leur achète des jouets, mais cela leur fait-il vraiment plaisir, il en doute. Marc n'est pas souvent chez lui, son travail le requiert un peu partout. C'est un tueur à gages qui se déplace souvent. Marc possède son point faible, il est atteint d'apotemnophilie. Je suis content, je suis parvenu à placer ce mot, dont je vous laisse le soin de découvrir la signification dans votre dictionnaire préféré, sachant que je n'aurais guère le loisir de l'employer dans une discussion.

Troisième limace, pardon, personnage, Président. En ce moment il écoute ses deux enfants, des gamins adoptés, jouer du piano. C'est que sa femme, la nouvelle car la précédente il s'en est débarrassé avec une statuette, la nouvelle donc est bien. Elle aime la musique, d'ailleurs il va la regarder traverser Abbey Road, comme les Beatles, pieds nus entourée de trois autres personnes. Président entretient sa jeunesse physique à l'aide d'injections d'HGM, et il se confie à Interlocuteur. Il est un peu parano Président, et il se demande si Blu, qui fut son conseiller et confident, ne va pas le trahir. Il paraîtrait que Blu pencherait vers le parti d'opposition, or Blu constitue une épée de Damoclès sur la tête de Président : c'est lui qui s'est débarrassé du corps de l'ancienne épouse.

Bela est Basque, et elle prépare une mission d'importance qui doit se dérouler à Castets, dans les Landes. Un enlèvement d'enfant, une gamine qui est la fille d'un notable, car Bela et ses amis, ceux qui vont l'aider dans cette opération, ont des revendications. A Mourenx première bavure. Bela et ses sbires abattent deux policiers un peu trop curieux. Ensuite, si l'opération enlèvement est menée de main de maitre, à cause d'une robe rouge et d'une robe bleue le résultat escompté n'est pas au rendez-vous. Il y avait bien deux fillettes, se ressemblant presque comme des jumelles, et bien évidemment Bela et ses lascars se sont trompés de gamine.

Sami participe à un stage de préparation militaire afin de pouvoir entrer dans la presse des armées. Il n'est pas seul, il est accompagné de Ben et de Santiag. Mais les examens tournent en eau de boudin, il sait qu'il va être recalé. La note technique ne va pas être bonne, puisqu'ils n'ont pas réussis à échapper à leurs poursuivants, une guérilla modèle réduit qui tourne en fiasco. Justement c'est le Colonel Blu, responsable du GIGN, qui doit valider les résultats des heureux vainqueurs.

C'est le moment de présenter Isora, l'amie du Blu, qui a réintégré le groupe du GIGN. Elle est devenue sourde et muette à la suite d'une opération qui a tourné en bavure, comme souvent, mais personne ne s'en vante. Surtout pas Hugo, son amant qui a morflé une grenade, grenade dont la déflagration a ôté deux sens à la jeune femme. Elle n'aura plus le plaisir d'écouter le Carnaval des animaux, à la rigueur Danse macabre, d'un certain Camille qui avait ses cinq sens.

 

Le meurtre des deux policiers et l'enlèvement de la gamine sont deux événements qui au départ, dans l'esprit des policiers, sont à dissocier. Mais bientôt ils réalisent que tout se tient, et commence la chasse à l'homme, à la femme dans ce cas, et aux activistes d'une branche séparatiste basque.

Et c'est comme ça que les limaces vont se rencontrer, sans s'être donné le mot, sans se concerter.

Jan Thirion nous livre une fois de plus un roman jubilatoire, ancré dans une certaine actualité, jouant avec les situations, les personnages, leurs défauts, plus que leurs qualités, surtout pour certains d'entre eux, leurs tics, leurs TOC, leurs faiblesses, leur arrogance, le tout englué dans l'humour. Car la parabole de la limace, animal Sans Domicile Fixe contrairement à son cousin l'escargot qui, paranoïaque, se trimbale continuellement avec sa bicoque sur le dos, tient une grande place dans ce roman vertueux. La limace ne sert pas uniquement de ressort pour un titre, ou à des divagations d'un vieillard à la fibre écologique, elle justifie la fin et les moyens.

La dérision et la causticité n'arrivent pas à masquer la gravité du propos et une fois de plus on ne peut que s'ébaubir, s'ébahir et s'esbaudir devant le talent de Jan Thirion.

 

Quelques suggestions de lecture :

Jan THIRION : 20 manières de se débarrasser des limaces. Editions Lajouanie. Parution le 9 octobre 2014. 364 pages. 18,00€.

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commentaires

Pierre FAVEROLLE 06/12/2014 12:33

Salut Paul, je crois que tu as tout dit. Quelle facilité pour passer de l'un à l'autre, quel brio pour monter une histoire noire qui se termine ainsi. Chapeau ! Amitiés

Oncle Paul 06/12/2014 14:33

Bonjour Pierre
Tout dit ? pas tout à fait. J'aurais pu signaler que nos limaces se sont toutes retrouvées, ou presque à La Trappe. L'attrape-limaces ?
Mais Jan Thirion, Hervé Sard, et quelques autres mériteraient un meilleur éclairage sur les étals des libraires.
Amitiés

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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