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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 15:34

Qui aurait pu penser que la dipsomanie d'un chef mafieux russe allait conduire à l'enlèvement de cinq gamins ?

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent.

Dans l'avion qui vole vers Paris, un passager pris de boisson et furieux parce que sa petite amie lui a signifié qu'elle allait le quitter aussitôt arrivés, s'engouffre dans la cabine de pilotage. S'ensuit une bagarre au cours de laquelle pilote et copilote sont mortellement blessés et les commandes de l'appareil bousculées. L'avion livré à lui-même s'écrase.

Dans la prison d'Eiffenseim, Vigo Vasquez dit le Noir, ronge son frein dans une cellule en quartier d'isolement après avoir séjourné dans le quartier disciplinaire. Soudain un bruit de réacteur transperce la nuit, l'espace et les murs.

Trois mois plus tard, cinq enfants sont enlevés dans la même journée. Il s'agit d'Enzo, douze ans, le fils d'Elvio Vittali un cheminot alcoolique, de Camille, huit ans, la fille du juge Tranchant, de Salomé douze ans aussi, la fille de Nathalie Ruiz et de son ancien compagnon Mateo Rizzi, un truand, d'Elisabeth dite Choupette, quatre ans, la fille du commandant Lauterbach, et de Maxime, dix ans, le fils du préfet Rollin, ancien directeur de la Police Judiciaire et actuellement directeur de cabinet du Préfet de Police.

Tous les cinq se retrouvent enfermés dans la même pièce, logés à la même enseigne, et les caractères des uns et des autres se montrent sous leur vrai jour. Particulièrement Maxime, digne fils de son père, qui se montre arrogant, égoïste, ne pensant qu'à sa petite personne.

Les cinq parents, Rollin, Lauterbach, Tranchant, Nathalie Ruiz et Vittali reçoivent chacun un message du ravisseur. Ils se retrouvent tous dans le bureau de Rollin qui lui a été le destinataire d'un DVD. Le juge Rollin est un personnage peu abordable et agréable à fréquenter. Le dru Rollin est un homme infatué et il n'accepte aucune ouverture de la part des autres parents à vouloir s'immiscer dans l'enquête. Ce qui ne les empêchera pas de chercher chacun de leur côté et de faire leur mea culpa. Il a gravi les échelons en piétinant les autres, et il continue à se conduire ainsi, pensant déjà à un futur poste ministériel. Il a eu sous ses ordres le commandant Lauterbach, qui a des problèmes de cachet, mais ce ne sont pas ses émoluments qui sont en cause. Un accident familial qui l'a fortement perturbé quatre ans auparavant.

Sur le DVD le ravisseur s'adresse à tous et ils ne sont pas peu surpris d'être confrontés à Vigo le Noir. Il a réussi à s'échapper trois mois auparavant de la centrale lors du crash de l'avion, dans des circonstances rocambolesques. Il avait été jugé pour des meurtres d'enfants dans des piscines trois ans auparavant mais il a toujours nié les faits. Or Rollin and Co ont tous participé à des degrés divers à son inculpation. Ce n'est pas tant d'avoir été accusé et envoyé en tôle que Vigo leur reproche, mais que l'enquête ait été manipulée, truquée et que le résultat leur a été profitable.

Ils doivent avouer leur forfaiture et faire amende honorable sinon... La vie des gamins est en jeu. Ils ont deux jours pour réfléchir.

Seulement Rollin, Lauterbech, Nathalie Ruiz et son ancien compagnon Matéo Rizzi le truand, et Vittali, tous sont bien décidés à combattre, chacun de leur côté ou parfois en s'alliant, malgré l'interdiction de Rollin qui veut gérer seul la situation. Et pendant ce temps, les cinq gamins regroupés dans la même pièce, cogitent. Si Maxime se montre insupportable, que Camille s'occupe de Choupette, Enzo et Salomé échafaudent un plan devant leur permettre de s'évader.

 

Au début le lecteur se prend une gifle bientôt suivie d'une grande claque violemment assénée, afin de lui remettre les idées en place. Et comme cela ne suffit pas, un grand bac d'eau froide lui est balancé en travers de la gueule. Mais c'est mal connaître la résistance du lecteur qui en redemande et une grosse vague se profile à l'horizon, une déferlante qui nettoie tout sur son passage annonciatrice d'un mascaret bousculant les protagonistes de ce roman et le lecteur. Enfin un maelstrom entraîne tout ce petit monde dans un gouffre dont ils auront du mal à s'extirper.

 

Cette intrigue en appelle d'autres, ou plutôt se greffent le passé, les explications, les motivations, les déficiences, les mensonges, les mystifications, les magouilles dont tous les protagonistes sont coupables et tout s'enchaine inexorablement dans des éclaircissements qui montrent leurs caractères et leurs faiblesses. Personne n'est épargné et parfois l'auteur se complait dans un certain misérabilisme digne des romans feuilletons du XIXe siècle. De même l'emploi de certains clichés nous ramènent au temps des truands à la José Giovanni ou à Auguste Le Breton, dont le nom est cité dans ce roman. Par exemple la mère de famille délaissée qui s'amourache d'un truand. Et dernier petit coup de griffe, quand on aime bien on châtie bien parait-il, je voudrais signaler toutefois qu'à Deauville, ce n'est pas l'Atlantique qui vient lécher les côtes mais la mer de la Manche.

 

Il est amusant de noter que comme souvent en avertissement il est précisé que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait purement fortuite, un personnage, un ancien flic à la retraite qui va être amené à conduire sa propre enquête se nomme René Burma... et d'autres protagonistes, possédant la fonction de juge sont à peine évoqués, les dossiers passant de mains en main. Ce ne sont pas des personnages de fiction mais bien des individus dont les patronymes ne sont pas inconnus des écumeurs de blogs : à savoir Lenocher, Joël Jégouzo, Laherrère, ou encore un certain Maugendre. D'autres clins d'œil sont également adressés, dont à un dénommé Villard qui fait une apparition furtive. Mais je me demande si le nom du commandant Lauterbach est un hommage à la femme de Patrick Raynal, je veux dire Arlette Lauterbach, traductrice de l'italien et coauteur avec son époux du Livre de cuisine de la Série Noire et du Livre des alcools de la Série Noire. On ne peut rêver meilleure compagnie.

 

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent. Collection Polar Jigal; éditions Jigal. Parution le 15 septembre 2014. 328 pages. 19,00€.

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commentaires

L
Je le note mais je vais d'abord aller reprendre des cours de natation.
Je te souhaite Oncle Paul et saine et heureuse année 2015
Le Papou
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O
Pour lire dans la piscine?
Amitiés et Bonne Année 2015 riche en lectures. Et bonne santé pour apprécier les les livres
Y
Bonjour Paul, moins rapide (mais pas moins spectaculaire), plus construit, et c'est donc un autre polar excellent de JOB. J'avais pu y noter quelques références aux patronymes qu'il emploie, mais pas toutes, mais je n'ai pas ta culture polardienne... je m'étais contenté de Maugendre, Le Nocher, Lahérrère et Burma... Comme sur l'un des commentaires précédent, je ne veux plus moi non plus rater un des polars de JOB,
Amicalement
Yves
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O
Bonjour Yv
Nous sommes donc tous d'accord concernant ce roman : une histoire plus épaisse, à la construction sans faille, aux personnages attachants (pas tous) et à l'épilogue bien venu.
JOB a fait le travail, et de menuisier il est passé ébéniste
Amitiés
J
Ha oui, un dernier clin d'oeil pour Arlette Lauterbach dont j'ai lu recemment le Guernica de Lucarelli en SN traduit par ses soins ( acheté au salon TPS de Toulouse), un petit chef d'oeuvre, dans la veine de Brautigan et d'"un privé à Babylone".avec ce côté poétique noir et burlesque ( dans le même style aussi " La ballade des misérables" sorti chez Asphalte tout récemment, une tuerie !)
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O
Je continue, après une mauvaise manip :
Qui sera encore plus mieux meilleur. Quant aux enfants, je ne me suis pas étendu dessus, en tout bien tout honneur, pour justement ne pas trop dévoiler une partie de l'intrigue. Mais ces passages sont particulièrement réussis, car la mise en scène d'enfants, surtout dans des situations telles que décrites dans le roman, c'est un peu casse-gueule. Bravo, merci et à bientôt
Amicalement
J
Merci mon cher Paul pour cette belle et drole chronique, de m'avoir fait pouffer de rire à cinq heure du matin, j'ai adoré ledru Rollin et le flic qui avait du cachet ( ho pardon, un problème de cachet). Pour Lauterbach, chapeau bas, j'ai en effet depuis des années le livre des alcools de la Serie Noire dans ma cuisine avec le nom de sa coauteur qui m'a inspirée, de plus, j'ai eu la chance de la rencontrer à Drap pour lui parler du personnage et honte à moi, je l'avais mis Breton, alors qu'elle m'expliquait que c'était Alsacien ( j'ai donc changé); merci aussi à son compagnon ( l'illustre) Patrick Raynal ( et collègue de Nice) qui m'a conseillé sur le roman lors d'une discussion à ce salon. Pour les chroniqueurs, je voulais rendre un hommage à toutes ces chroniques qui m'ont aidé à progresser et surtout donné des retours qualitatifs et pointus sur mon travail, si vous saviez comme c'est important; malheureusement, je n'ai pas pu mettre tout le monde ( va placer Bob Polar dans un roman, et YV, ou Yvan Sombre ou Ga roupe et j'en passe) et je m'en excuse auprès d'eux. Un petit clin d'oeil à Pierre qui a bien résumé le roman, du divertissement !! Ha oui, une denière chose, le misérabilisme, Victor Hugo, Dickens, la maison qui se transforme en chaumière, le fada qui parle comme au moyen age, je me suis fait plaisir, bien vu la aussi, et enfin, bien sur Burma, à la retraite, avec son côté Maigret, la aussi je me suis amusé. j'espère ( je pense ) que c'était réciproque, et que les lecteurs ont été intrigués par cette belle chronique, alors n'hesitez pas à plonger pour de belles aventures rocambolesques et pleine de rebondissements, de coeur et de frissons, où les enfants sont parfois plus courageux que les parents : ))
JOB
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O
Bonjour JOB
Merci pour se commentaire qui me ravit. Content de savoir que j'ai surfé sur la même vague que l'auteur. Et moi aussi je me suis amusé à écrire cette chronique, dont les sous-entendus ne peuvent être compris que ceux qui ont lu ce roman et par l'auteur évidemment. Pas facile d'expliquer dans trop en dire tout en essayant d'appâter.
Voilà c'est fait et maintenant il ne reste plus qu'à attendre le prochain, qui sera
P
Je plussoie, cher Paul. Je ne veux rater aucun des livres de JOB, car c'est du divertissement haut de gamme assuré, matiné de réflexions sur la justice et la société qui ne sont pas à négliger. Amitiés
Répondre
O
Bonjour Pierre
Oui et je trouve que JOB s'améliore au fur et à mesure. Ce roman est plus construit, offre plus de possibilités de lectures, semble partir dans tous les sens et au final tout est dit et bien dit. Et contrairement à certains feuilletonistes il n'oublie personne en cours de route. Un excellent roman à conseiller pour Noël
Amitiés

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