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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:20

Bon anniversaire à Daniel Pennac né le 1er décembre 1944.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Tandis que certains de ces prédécesseurs, et plus particulièrement Jean Vautrin, ont dû changer de boutique pour être acceptés par l’intelligentsia littéraire, Pennac n’a eu que le mal d’effectuer une ascension allègre tout en blanchissant la couverture de ses romans. Mais ne risquait-il point se faisant de se trahir, de perdre l’esprit qui hantait ses deux précédents romans : Au bonheur des ogres et La fée carabine ? Que nenni ! Le plaisir de conter est toujours le même, la narration tout à la fois drôle et poignante, comique et dramatique. Pas de longues digressions, mais des images choc, des métaphores hardies mariant le noir et le blanc en une communion où la littérature se trouve sublimée. La guerre des chapelles n’a plus lieu d’être…

J.L. Babel, alias JLB, auteur à succès de romans sur la Finance — ersatz de Paul Loup Sulitzer — voit ses ventes se stabiliser, pour ne pas dire régresser. Mais l’homme qui se cache derrière cet auteur ne peut, et surtout ne veut révéler sa véritable identité, aussi, à l’initiative de la Reine Zabo, qui préside aux destinées des Editions du Talion, Benjamin Malaussène endosse la défroque de l’écrivain. Mais, comme si ses malheurs de bouc émissaire-souffre douleur ne lui suffisaient pas, Clara, sa sœur de dix-neuf ans, veut se marier avec un directeur de prison, Clarence Saint-Hiver, âgé de cinquante-huit ans. Le jour du mariage, toute la tribu prend le chemin de la prison où doit se dérouler la cérémonie où ils apprennent le décès du promis, assassiné, suite à une révolte.

Le commissaire divisionnaire Coudrier, qui a déjà officié dans les précédentes aventures de Benjamin, n’est pas loin de penser et même d’accuser celui-ci d’être à l’origine de ce meurtre. Pour la sortie du prochain roman de JLB, Zabo a décidé de frapper un grand coup : dévoiler qui se cache derrière ces initiales en propulsant Benjamin sous les feux des projecteurs, le véritable JLB désirant rester dans l’ombre. Julie Corençon, la compagne de Benjamin, ne digère pas ce qu’elle considère comme une exploitation et un avilissement et quitte le domicile tribal en claquant la porte. Le même soir, Clara annonce qu’elle est enceinte.

Benjamin accepte la proposition de la reine Zabo en posant ses conditions. La première financière, la seconde étant de rencontrer le personnage qu’il doit remplacer. Un souhait rapidement exaucé. Il s’agit de Chabotte, un ex-ministre. Commence la campagne de publicité pour la parution du dernier roman signé JLB. Benjamin s’entraîne à répondre aux questions des journalistes, apprenant par cœur son texte. Arrive enfin le jour où Benjamin doit se produire à Bercy. Au cours de sa prestation, il est abattu par une balle de calibre .22. Julie assiste à cet attentat dans la salle. Le commissaire Coudrier, mis dans la confidence, rend visite à Chabotte qui décide de s’éloigner tant que l’assassin ne sera pas sous les verrous. Mais l’appartement est sous surveillance et l’auteur kidnappé. On retrouve son corps dans le bois de Boulogne. Un meurtre suivi de celui de Gauthier, son secrétaire.

Julie, successivement déguisée en Italienne, Autrichienne et en Grecque entame sa vengeance. A l’enterrement de Gauthier, nouvel attentat perpétré sur la personne de Calignac, le directeur des ventes des Editions du Talion. L’ex-inspecteur Thian, qui passe ses journées à servir de nourrice à Verdun, la dernière en date des sœurs de Benjamin, blesse le tireur réfugié dans un appartement. Pendant ce temps, Benjamin est dans le coma, alimentant la haine entre Berthold et Marty, deux chirurgiens, qui le considèrent, l’un dans un coma dépassé, donc cliniquement mort, l’autre dans un coma prolongé, donc vivant à part entière. La tribu campe dans la chambre de Benjamin afin d’empêcher Berthold de débrancher le respirateur.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Dans La petite marchande de prose, coups de griffes et apologie de la littérature font bon ménage, le tout pour le plaisir du lecteur qui reconnaîtra les siens. Résumer ce roman foisonnant ou le burlesque côtoie parfois le pathétique, c’est vouloir transformer un baobab en bonzaï, en lui ôtant toute saveur. Plus qu’une histoire, ce sont des phrases, une écriture à déguster.

En voici quelques preuves :

« Les couloirs des éditions du Talion sont encombrés de premières personnes du singulier qui n’écrivent que pour devenir des troisièmes personnes publiques. Leur plume se fane et leur encre se dessèche dans le temps qu’ils perdent à courir les critiques et les maquilleuses. Ils sont gendelettres dès le premier éclair du premier flash et chopent des tics à force de poser de trois-quarts pour la postérité. Ceux-là n’écrivent pas pour écrire mais pour avoir écrit. »

 

« Un éditeur, c’est d’abord des couloirs, des angles, des niveaux, des souterrains et des soupentes, l’inextricable alambic de la création : l’auteur se pointe côté porche, tout frémissant d’idées neuves, et ressort en volume, côté banlieue, dans un entrepôt, cathédrale dératisée. »

 

Et comme l’humour aura toujours le dernier et bon mot : « Elle est née en colère ; elle dort comme une grenade dégoupillée. ».

 

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose. Editions Gallimard, collection Blanche. 1990. Réédition Folio 3 octobre 1997. 420 pages.

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commentaires

L
J'ai adoré la série des Malaucène. Je n'arrive pas à entrer dans "Journal d'Un corps" Question de saison ou d'ambiance.
Le Papou
Répondre
O
Si cela peut te rassurer Papou, je suis comme toi.
Amitiés
Z
Un régal cette série
Répondre
Z
Je le lui dirai, car elle est déjà repartie loin de nous
O
Puis-je me permettre de lui faire la bise par procuration ?
Z
C'est vrai, tu souhaites les anniv... Petit apparté, hier nous avons fêté les 40 ans de ma fille !
O
Et un plaisir d'en parler à l'occasion d'un anniversaire !

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