Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
Bon anniversaire à Hervé Jaouen né le 18 novembre 1946
Roman du souvenir et de la terre, tel est le propos de Hervé Jaouen dans ce roman, vibrant hommage à ceux qui trimèrent sur la lande bretonne. C’est également la dénonciation des dérives d’une agriculture intensive, de la production porcine à outrance, au détriment de la qualité de vie. C’est aussi la recherche d’un passé trouble.
Anna, enfant de la DASS a été élevée chez les sœurs a trouvé une place comme secrétaire de mairie. C’est là qu’elle a connu celui qui deviendra son mari. Pour pas longtemps. Le temps de lui faire un enfant. Trois années de mariage et le bonheur qui bascule à cause d’un accident de tracteur. Anna va tenir les rênes de la ferme, avec l’aide de son beau-père et malgré les convoitises de son voisin, gros éleveur porcin. Le modernisme pointe le bout de son nez et avec lui les dégradations de la nature.
Un combat que narre avec pudeur mais force et justesse Hervé Jaouen qui entremêle l’existence d’Anna, attachée à sa terre, à la recherche de son identité et les excès d’une agriculture moderne qui ne répond qu’au seul nom de profit, de production intensive.
Quelques pages épiques émaillent ce récit, constat d’une époque qui oscille aujourd’hui entre qualité et productivité, souvent deux entités incompatibles. Le roman de la terre, le roman d’une femme, un roman noir qui ne s’affiche pas comme tel mais qui révèle le combat houleux et quotidien de ceux qui sont et restent attachés à une nature non défigurée, non spoliée, non empoisonnée.
Un livre qui au delà du roman traditionnel fait réfléchir sur l’avenir, d’une façon moins fracassante, moins médiatique mais peut-être plus incisive que les actions d’éclats de José Bové.
Hervé JAOUEN : Que ma terre demeure. Collection Terre de France, éditions Presses de la Cité. Parution avril 2001. 348 pages. 18,30€.