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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 13:17

N'achetez pas de girouette, adoptez un politicien... !

DARIO : La valise et le cercueil.

Alors que je m'attendais à lire un petit livre humoristique, délassant, ce qui en soi n'est pas rédhibitoire au contraire cela repose les neurones hyperactives, je me suis trouvé confronté devant une histoire digne d'un roman de Didier Daeninckx et d'auteurs ayant marqués de leur empreinte les années cinquante et soixante.

L'inspecteur divisionnaire Fourier doit rencontrer à une heure tardive le ministre de l'intérieur en visite privée en sa résidence de l'avenue Junot. Comme il a du temps devant lui, il décide de se sustenter dans sa cantine habituelle, le Petit-Mulhouse, dont il se délecte à l'avance de la choucroute royale préparée amoureusement et sans le renfort d'une boîte de conserve, par le patron des lieux. Mado, une prostituée qu'il connait et apprécie s'invite à sa table. Elle travaille surtout par téléphone, c'est moins dispendieux en ressemelage d'escarpins, et il a fait sa connaissance alors qu'ils débutaient tous deux, chacun dans leur profession, lorsqu'il lui avait passé les menottes en tremblant. Mais c'est du passé et Fourrier doit honorer l'invitation de Berthier le ministre.

Sa mission, retrouver celui qui vient d'abattre en quelques semaines cinq ouvriers métallos avec un vieux Beretta des années trente. Outre leur métier, ces cinq clampins possédaient en commun d'être des auxiliaires, des porteurs de valise et d'avoir été plus ou moins proches de la rébellion algérienne. Fourrier est prévenu, son enquête va le mener tout droit à patauger dans un marigot dans lequel grenouillent des anciens de l'OAS et autres crapauds sentant le remugle fasciste. Alors Fourrier doit faire attention où il met les pieds et éviter de troubler l'eau stagnante. Toutefois il a le droit de mener ses investigations en compagnie de son adjoint Paulo, ce qui lui retire une grosse épine du pied.

Débute alors une enquête de proximité, le XVIIIe arrondissement c'est son fief, à rencontrer des personnages atypiques, mais d'abord il se renseigne auprès de l'un de ses indics. Lopez d'abord, le coiffeur, un Pied-noir qui déclare L'Algérie, c'est une guerre terminée qui ne finira jamais et raconte la fable du Lièvre et de la Tortue façon oranaise. Puis dans le bidonville installé dans le terrain vague des anciennes fortifications, les Fortifs chères à Auguste Le Breton, Fourrier veut interroger Abdel en Kader, un harki qui parle mal le français et dont le fils sert de traducteur. Puis un syndicaliste et un patron d'entreprise au bord de la faillite qui a employé les cinq décédés à un moment ou un autre. Ou encore un médium, Monsieur Djoko, un ancien footballeur qui était bourré de talent et connu sous son nom de Djokopovic, grâce aux conseils avisés de Mado. Il ne prédit pas l'avenir, Monsieur Djoko, mais il est doué de post-cognition. Il peut grâce à des photos ou des objets décrire des images floues du passé. La mort du père de Fourrier par exemple, ou une dame blanche qui serait à l'origine des meurtres des cinq métallos.

 

L'enquête de Fourrier va l'entraîner plus loin qu'il pensait. Jusque dans les années trente et les arcanes de La Cagoule, Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale, un groupe d'obédience d'Extrême-droite. Un pan d'histoire que va lui narrer Mariani, promoteur immobilier proche de Berthier le ministre et que l'on peut résumer en ces termes :

En ce temps-là, les membres de la Cagoule et ses différentes tendances dont les Croix-de-Feu, groupuscule auquel appartint Jean Mermoz, les Camelots du Roi, et autres, voulaient reverser la IIIe République entachée de scandales de corruption, mais étaient surtout Anti. Antiparlementaristes, anticommunistes, anti Francs-maçons, antisémites et anti-boches. Et c'est bien ce passage qui nous ramène à Didier Daeninckx, et sa propension à rechercher les failles de l'histoire. L'appartenance de personnages célèbres à cette mouvance est connue : Pierre Michelin, Louis Renault, Eugène Schuller créateur de l'Oréal, et son gendre Bettencourt, François Coty créateur des parfums du même nom et propriétaire du Figaro, et quelques autres dont François Mitterrand qui a su changer à chaque fois de veste afin de toujours porter des vêtements propres. Je me liais avec un autre jeune déraciné, un Charentais qu'on appelait Dracula à cause de ses canines pointues... Dracula, vous le connaissez mieux sous le nom de François Mitterrand, ex-ministre de l'Intérieur, ex Garde des Sceaux...

 

Mais rassurez-vous, je n'ai pas tout dit, pas tout écrit, pas tout dévoilé, je vous laisse le plaisir de découvrir cette remontée dans le temps, alors que la Guerre d'Algérie vient de se terminer, laissant de nombreuses blessures qui auront bien du mal à cicatriser. Les revirements des hommes politiques ont de tout temps existés, et entre les déclarations et les faits, ce sont deux mondes différents. Nous en avons la preuve continuellement. Mais pour revenir à cette période, il faut se souvenir, pour ceux qui l'ont connue, la façon dont les Pieds-noirs ont été accueillis en France, et surtout la manière dont ont été traités les Harkis et le sont encore aujourd'hui.

Dario nous propose un petit roman riche d'enseignement et l'on retrouvera au détour des pages, dans les dialogues, les descriptions, les pensées des différents protagonistes, des références cachées mais avouées à Michel Audiard, Alphonse Boudard, Albert Camus et quelques autres qui ont eu apparemment une grande influence littéraire sur notre auteur à l'avenir prometteur. Toutefois cet amalgame provoque des changements de rythme. Enfin j'ai relevé entre les pages 147 et 149 une petite anomalie dans la datation, qui ne prête pas à conséquence, mais qui peut heurter tout lecteur un tant soit peu intransigeant.

Il est même inquiétant quand il vous sourit avec ses chicots crénelés. A croire que son dentiste, c'est le dépaveur de la rue de la gueule.

DARIO : La valise et le cercueil. Collection Sang d'Encre. Editions Les 2 Encres. Parution le 6 aout 2014. 160 pages. 15,00€.

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commentaires

B
Ce roman fait une description de l'Alger des années 60 qui est saisissante de réalisme.
Je le sais, j'y étais.
J'ai lu dans une interview que Dario n'y a jamais mis les pieds à Alger. Il a travaillé sur des témoignages d'époque, des interviews filmées de pieds-noirs, autre autres, pour saisir leur «parlé».
A lire !
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O
Bonjour et merci pour ce complément d'informations.
M
Quelques mots sur ce livre que j'ai lu deux fois : c'est pour moi, une évocation en noir et blanc, d'un Paris et de la France de mon enfance, me rappelant aussi des films (toujours en noir et blanc), une ambiance marquant une époque où j'allais voir mon père à son travail. J'étais petit, et j'écoutais toutes ces personnes parler dans un français que l'on entend plus...
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T
Je peux décrire la valise en carton... mais valise et cercueil restent un mystère !
Ou une énigme ou il y a un suspense jusqu'au bout avec dans un style décomplexé et complexe de l'auteur... qui font son originalité.
Le milieu pied noir Belleville, Clignancourt ... on y apprend avec les détails sur certains porteurs de valises !
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K
Je suis une grosse lectrice. Je ne lis que des romans historiques... ou presque.

A ce titre, j'ai aimé la Valise et le Cercueil. C'est un bon livre... bien qu'il soit beaucoup moins épais que les romans que j'affectionne.
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J
Sur Amazon, j'ai acheté le même jour, le roman de Dario auteur quasi inconnu, et un best-seller au titre plein de Cocaïne.
J'ai lu la Valise & le cercueil d'un trait... tout ma plu, le langage, les ambiances et les rappels historiques concernant l'Oas entre autres. Bonne surprise ! J'ai été bien, bien moins speed sur le polar à Cocaïne... encensé par la critique.
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M
J'ai lu ce roman très parisien et populaire avec beaucoup de plaisir et de facilité. Je suis un gros lecteur mais je fatigue dernièrement, du coup c'est exactement le genre de bouquin que je cherchais: agréable et fluide. Je l'ai passé à mon fils de treize ans... pour son apprentissage de l'argot.
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P
J’ai beaucoup aimé ce polar, il est rythmé de bout en bout, les détails sont fouillés, digne d’un Tilliez ou d’un Christophe Grangé. L’histoire a lieu dans des endroits connus de Paris avec toute une atmosphère savamment restituée.
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S
Dans ce polar, le travail sur l'atmosphère est très réussi. Ça continue de s'accrocher au lecteur une fois le livre refermé.
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A
J'ai adoré ce polar dont l'intrigue est solide, les personnages profonds et intéressants. Le style est remarquable, le langage colle aux personnages et à l'époque, il y a une documentation riche qui participe à la crédibilité du récit. C'est une véritable réussite !
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E
Je ne suis pas adepte du polar, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire la Valise et le Cercueil.
Du talent, et mine de rien, une écriture qui ressemble à l'auteur que j'ai déjà croisé.
J'espère qu'il percera...
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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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