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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 07:54

Moi aussi j'ai toujours aimé sa ma la femme !

Gilles BORNAIS : J'ai toujours aimé ma femme.

Il existe un subtil distinguo entre J'ai toujours aimé ma femme et J'aime toujours ma femme. De même que ce mot laissé sur le comptoir dans la cuisine et sur lequel est déposé un Laguiole : Je ne rentrerai pas. Faut-il le prendre au sens de Je ne rentrerai plus (du tout) ou Je ne rentrerai pas (ce soir) ? Et le couteau est-il un symbole de séparation ?

Le narrateur, Jean-Baptiste Rolant, ne s'embarrasse pas de problèmes grammaticaux en découvrant ce vendredi soir ce message laconique et lapidaire Je ne rentrerai pas. Mylène et lui sont mariés depuis vingt-quatre ans, ont deux enfants, fille et garçon, et il n'a pas souvenance d'accrochages, de scènes de ménage, d'assiettes cassées.

Alors il tente de la joindre sur son téléphone portable, en vain. Il laisse des messages, des interrogations. Il téléphone également à son ami Max, son copain de toujours avec qui il a fondé une boite de communication qui a réussi à s'imposer dans la jungle des publicitaires. Mais Max n'a aucune nouvelle de Mylène. Jean-Baptiste est perdu dans cet appartement vide d'Issy-les-Moulineaux, les minutes passent et toujours pas de nouvelles. Il téléphone à Jessica sa fille qui est mariée et vit en Irlande. Pour l'heure elle ne sait rien. Quant à Jonathan le fils, il est trop occupé avec ses copains, ses pizzas, pour s'inquiéter.

Le seul moyen de se changer les idées, c'est de se rendre au journal où travaille Mylène. Elle est journaliste et peut-être a-t-elle un article à finir de boucler impérativement. Il préfère revenir à Paris, retourner sur les lieux qu'ils ont l'habitude de fréquenter, de poser ici et là une question, Avez-vous vu ma femme ?, enfin il entre au Café des Sciences, où Mylène prend régulièrement un café ou autre boisson. Il aborde deux femmes qui d'après leurs propos appartiennent à Paris Monde, le canard où Mylène est reporter.

Elles ne connaissent pas véritablement Mylène qui n'est qu'une collègue parmi tant d'autres. Pourtant elles essaient de le faire parler, de s'intéresser à son problème matrimonial. Jean-Baptiste est peut-être un peu trop imbu de lui-même car il n'hésite pas à déclarer que sa femme a des copines mais pas d'amies, pas de confidentes. Son confident, c'est moi depuis vingt quatre ans. En continuant d'explorer les possibilités, les probabilités, les endroits où Mylène aurait pu se réfugier, chez ses parents peut-être, à Etretat où ils ont acheté et retapé une maison, à Deauville que Mylène préfère à Etretat à cause des falaises trop dangereuses et pour les peintres aussi, car Mylène peint, mais sûrement pas là où Caroline, l'une des jeunes femmes, suggère : Mylène n'a pas d'amant.

Jean-Baptiste traîne sa solitude tout le week-end, explore son ordinateur, lit les messages qu'elle a reçu, fouille ses comptes bancaires, à l'affût du moindre indice. Découvre qu'elle se rendait chez une psy, obtient ou plutôt quémande un rendez-vous, mais cette rencontre ne le satisfait pas. Alors qu'il attendait des réponses il repart avec des questions. Il va même à Deauville sur les traces du professeur de dessin de Mylène mais avait-il besoin d'aller si loin.

Car ce qui le turlupine est sous ses yeux. Il est vrai qu'il est myope, 3 à chaque œil. Mais pour lire en lui-même, point n'est besoin de lunettes, ou de lentilles. Simplement de se regarder en lui, courageusement, sans faux-fuyants, sans concession, en enlevant sa carapace d'homme imbu et d'explorer vingt-quatre années de mariage. Une route de la vie empruntée ensemble mais il a peut-être oublié qu'il avait une passagère avec lui.

 

Le titre qui pourrait faire penser à un roman destiné à une collection dite à l'eau de rose, résonne comme un mantra tout au long du livre. Comme si le narrateur voulait absolument se persuader et persuader son entourage, et le lecteur par la même occasion, qu'il aime effectivement, réellement sa femme et qu'il l'a toujours aimé. Ce qui est vrai, certes, mais n'est-ce point qu'une façade destinée à cacher ce qu'il ne veut pas s'avouer, ce dont il pourrait éventuellement avoir honte, s'il plongeait en lui-même, s'il s'auto-psychanalysait, s'il s'autopsiait, s'il voulait être véritablement sincère avec lui, engoncé qu'il est dans son petit confort égoïste. Il ne s'agit pas de disséquer la vie d'un couple qui sort de l'ordinaire, mais bien d'un ménage banal, comme nous en formons tous plus ou moins, avec ses petits travers, et de les mettre en valeur, disons plutôt sous la lumière, comme un entomologiste qui essaie de comprendre, d'analyser le comportement de deux insectes qui crapahutent alors que nul aspérité semble se dresser sur leur chemin.

Ce roman est destiné à tous ceux qui veulent éclaircir le mystère du couple, solide en apparence mais fragile de l'intérieur, c'est à dire nous tous même si j'entends des dénégations par-ci par-là.

A lire également du même auteur : 8 minutes de ma vie, Le trésor de Graham ou encore Le diable de Glasgow.

Vous pouvez retrouver également l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense

Gilles BORNAIS : J'ai toujours aimé ma femme. Editions Fayard. Parution le 27 août 2014. 256 pages. 18,00€.

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commentaires

A
Non, cela fait trop de titres à noter dans un seul billet.
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O
Mais non Alex, tu peux ne retenir que le dernier. Les autres, c'est un petit, tout petit rappel de l’œuvre de Gilles Bornais mais également de mettre en valeur toute sa diversité de romancier
Bonne soirée
L
Après 50 ans de mariage (l'an prochain), il me semble que je dois le lire pour éviter un petit mot fatigant.
Le Papou
Répondre
O
Bonjour Papou
Un roman à s'offrir en cadeau de mariage ?
Amitiés
C
Merci pour le lien, Paul
Ah, les rapports de couples, c'est toute une histoire.... et c'est ce que nous raconte avec subtilité Gilles Bornais. Amitiés.
Répondre
O
Mais de rien Claude
Et je t'avoue que je ne me suis pas reconnu dans ce roman ! Et comme tu dis les rapports de couple, c'est toute une histoire, j'ajouterai que ça se passe au lit...
Dans ce roman je retrouve toute la subtilité qu'il y avait dans Le serin de Monsieur Crapelet chez Atout éditions. Cela date déjà de 2002.
Amitiés
Z
ça titille mon envie, même si je n'ai jamais aimé ma femme !
Répondre
O
je comprends fort bien que cela te titille Zazy, de lire le livre évidemment. Pour le reste, cela relève de ta vie privée :->

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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