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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 13:19

Mais on n'en ressort pas forcément vivant non plus !

Frédéric DARD : On n'en meurt pas.

A trente quatre ans, Robert Trajo dit Bob, se sent en pleine forme. Quatre fois champion d'Europe de boxe, il n'a pas l'intention de décrocher et possède une foi inébranlable en son avenir de pugiliste.

Mais Bodoni, son manager et mentor, ainsi que Goldein, qui dirige le Palais de la Boxe, ne partagent pas son enthousiasme. Pour eux Bob est un boxeur en fin de carrière. Il ne s'en rend pas compte mais un autre champion doit prendre la relève et ils songent à Jo Andryx, un petit jeune pétri de talent et qui fait partie de leur écurie. Et ce qu'ils lui proposent n'est pas si déshonorant que ça toute réflexion faite, pense Bob en dégustant une eau minérale au bistrot d'en face tenu par Jérémy, un ancien boxeur. Et Jérémy pense lui aussi que Bob devrait songer à passer la main, à ne pas faire le match de trop.

Bob a été élevé dans un orphelinat, et pour manger il fallait jouer des poings. Ce qui a peut-être influé sur sa vocation. Il a commencé très tôt à travailler, a pris des cours dans un club populaire où il a été remarqué par Bodoni, lequel l'a pris sous son aile tutélaire (j'aime bien cette expression, pas vous ?). Il lui a aussi permis de parfaire son éducation en lui présentant une jeune institutrice, Cathy, qui lui a inculqué les bases scolaires fondamentales puis qui est devenu sa femme.

Lorsqu'il rentre chez lui à Montfort-l'Amaury, non seulement il apprend que Cathy était déjà au courant de la proposition de Bodoni mais que de plus elle a invité Jo Andryx à manger avec eux. Ce que Bodoni et Goldein ont imaginé n'est pourtant pas honteux : Bob doit combattre Andryx une première fois, match nul à la fin des dix reprises puis remettre son titre en jeu et cette fois-là se faire battre, bien entendu à la régulière. Andryx, redoutable combattant sur le ring, sait ce qu'il doit à Bob, lequel lui a mis les pieds ou plutôt les gants à l'étrier, et il est peut-être amoureux de Cathy. Du moins c'est ce que Bob pense lorsqu'il le voit arriver avec un gros bouquet de fleurs dans les mains, et l'œil de velours.

Quelques tergiversations plus tard, le match a lieu, nul comme de bien entendu. Seulement un geste de Jo Andryx attise la colère de Bob et il rumine ce mantra : Je vais le tuer...

 

C'était un temps où la boxe, comme pratiquement tous les sports, n'était pas le réservoir à pognon que c'est devenu de nos jours. Même si les matchs truqués existaient, de nombreux films traitant de cette déviance ont été tournés. Certes les champions pouvaient tirer leur épingle du jeu et s'installer la plupart du temps comme cabaretier, devenir riche comme Bob Trajo, s'ils n'avaient pas tout bu avant. Aujourd'hui c'est devenu du grand spectacle, paillettes et lumières, pompom girls entre les rounds, décisions arbitrales et notations des juges souvent contestables. La boxe, même si ce n'est pas un sport qui a été souvent pris comme thème, a fourni toutefois d'excellents romans, dont l'un des derniers en date reste Le Paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget. D'ailleurs la scène du combat entre Bob et Jo est très visuelle, et point n'est besoin de connaitre les arcanes de ce noble sport pour en comprendre les règles. Mais les coups et les douleurs, c'est un choix à assumer.

Un roman ancré dans son époque certes, à cause notamment de quelques petits détails, comme les opératrices du téléphone car en banlieue parisienne il fallait s'adresser à ces charmantes dames (pas toujours, j'en conviens) pour obtenir son correspondant.

Les anciens apprécieront les petits clins d'œil adressés à Max Favalleli, célèbre verbicruciste entre autre, et Claude Darget, journaliste sportif.

Frédéric DARD : On n'en meurt pas.

Ce roman a paru pour la première fois dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir sous le numéro 122, au cours du deuxième trimestre 1957. Et à part ces quelques petits détails qui ancrent ce texte dans le milieu des années cinquante, il n'a guère vieilli, et nous ramène à une époque qui a changé en bien des points mais dont la thématique, le comportement des personnages est intemporel. Alors pour les seniors (on ne dit plus Anciens, c'est devenu péjoratif !), ce sera une bouffée de fraîcheur assaisonnée de nostalgie, pour les plus jeunes, ce sera le plaisir de la découverte d'un auteur majeur.

 

Les vivants se croient supérieurs aux morts, mais ce ne sont que les morts de demain...

 

Frédéric DARD : On n'en meurt pas. Editions Pocket. Parution le 25 septembre 2014. 224 pages. 6,20€.

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commentaires

C
Salut Paul<br /> <br /> &quot;Quatre boules de cuir tournent dans la lumière<br /> De ton œil électrique, Boxe, Boxe,<br /> Ô déesse de pierre<br /> Quatre boules de cuir, mes poings contre les siens (...)<br /> Quatre boules de cuir sur quatre pieds de guerre<br /> Bombardent le plexus, Boxe, Boxe,<br /> L'angle du maxillaire<br /> Quatre boules de cuir dans la cage du ring<br /> Son crochet je l'encaisse,<br /> Il esquive mon swing...&quot;<br /> Amitiés.
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O
Bonjour Claude<br /> Je pensais justement à cette chanson interprétée par Claude Nougaro en écrivant ma notice. Mais il y a aussi aussi Battling Jo d'Yves Montand...<br /> Amitiés
Z
les bons vieux &quot;classiques&quot;
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O
Eh oui, Zazy... Nostalgie quand tu nous tiens... Et tu as raison. Dard, Simenon, Maurice Leblanc, et quelques autres pour ne citer que des francophones, sont vraiment des classiques que l'on relis avec plaisir.<br /> Amicalement

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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