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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 12:51

Hommage à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : La troisième victime.

Dans cet ouvrage, Brice Pelman reprend un thème, ou plutôt un accessoire, largement utilisé dans les romans policiers : Le message anonyme.

L'action se passe à Opio, village des Alpes-Maritimes, département cher à l'auteur et qui a servi de décor pour bon nombre de ses romans.

Suzanne, la protagoniste, est délaissée par son chirurgien de mari. La cohabitation avec sa belle-mère n'est pas signe d'entente cordiale et les époux sont réduits à faire chambre à part, ce qui est frustrant, vous l'avouerez.

Le destin malin va se manifester sous forme de lettres anonymes, des lettres d'amour au style ampoulé.

Bidule, un être simplet qui sert de facteur intérimaire entre la belle Suzanne et son galant, est secrètement amoureux de la jeune femme, sosie de Romy Schneider.

Mais Alexandra, amie de Suzanne, femme du potard local et tireuse de cartes à ses heures, voit dans ses tarots un avenir funeste. Les cadavres viennent confirmer sa prémonition, mais Suzanne n'en a cure, toute réjouie de croire que son épistolier transi se cache sous les traits de l'associé de son mari.

Elle s'adonne sans retenue aux joies de l'amour hygiénique, pour ne pas dire clinique, enfouissant métaphoriquement les cadavres sous le lit conjugal. Suzanne vit un amour obsessionnel dont elle ne peut se dépêtrer.

Brice Pelman était un vieux routier du roman policier, et ce retour au Fleuve Noir fut sympathique. Il avait émaillé la défunte collection Spécial Police de quelques bons titres, je ne pousserai pas la flagornerie pour écrire que tout était excellent, mais des romans comme Le jardin des morts, In vino veritas, Un innocent, ça trompe énormément et quelques autres restent dans les esprits des amateurs.

 

La troisième victime est de cette veine et se lit avec un plaisir non dissimulé.

 

Brice PELMAN : La troisième victime. Collection Crime Fleuve Noir N°30. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1992.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 06:10

Les deux premières aventures de Slimane enfin rééditées...

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane.

Publiées à la fin des années 1990, chez Points, les aventures et enquêtes de Slimane retrouvent un nouveau souffle. L'occasion également pour les lecteurs qui ont apprécié les romans le mettant peu ou prou en scène chez Rivages de découvrir la genèse de cet homme en marge de la société.

 

 

 

Un regrettable accident.

Entré dans la police pour comprendre le meurtre de son père ancien harki, et peut-être découvrir les assassins, Paul Slimane Rahali, surnommé l’Arabe, a démissionné.

Depuis il vit la plupart du temps dans un camping-car, regarde des cassettes vidéo, ou se promène en VTT. Il lui arrive parfois d’exercer la profession non avouée de détective, couvert par une ancienne collègue, Florence, avec laquelle il a des relations épisodiques.

Une jeune femme requiert ses services car elle n’a pas eu de nouvelles de sa fille depuis un an. Pour la mère il s’agit d’un meurtre. Elle veut connaître la vérité. La dernière fois que la jeune fille a été signalée, elle était dans une bourgade royaume des chasseurs. Selon un témoin elle se serait embarquée à bord d’un camion conduit par un chauffeur Turc.

Pour Slimane commence une enquête difficile, à laquelle il ne croit pas trop au départ. Mais peu à peu il se rend compte qu’il se trouve au cœur d’un problème qui ne peut se résoudre qu’avec la découverte éventuelle du ou des coupables, si meurtre il y a.

En réalité, outre le délit de faciès dont il est accablé, il veut comprendre pourquoi son père est mort et il pense qu’à travers cette enquête il parviendra à résoudre la mort d’un père qui n’a jamais réussi à s’intégrer dans une communauté. Lui même vit en marginal, et si son passé le taraude, sa relation ambiguë avec sa sœur n’est pas le moindre de ses affres.

Jean Paul Nozière explore avec tact le registre d’un racisme ambiant dans une ruralité issue d’un dix-neuvième siècle regardant vers le troisième millénaire. Un gros industriel qui pèse sur un village, régissant sa loi, offrant du travail ou mettant à la porte de son usine qui bon lui semble, obsédé par la chasse. Les villageois, eux dépendent du maître et découvrent un bouc émissaire en la personne du fils, un homosexuel, avéré ou non.

Un roman qui en dehors de la personnalité de Slimane, héros tourmenté, demande au lecteur de réfléchir sur les dessous d’une province, de la province en général, qui est au diapason de la ville pour certaines élucubrations écologiques, racistes, mais totalement en décalage dans d’autres domaines.

 

 

 

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Bogart et moi.

Le problème pour un itinérant, c’est de savoir que son véhicule va bientôt lâcher prise, rendre l’âme, toucher les pouces.

Pour Slimane, qui va par monts et par vaux, au gré de son inspiration, l’idée même que son antique C25 Citroën donne des signes évidents de défaillance ne l’aide pas à remonter un moral en dents de scie. Aussi comme il a un vieux copain en Province, copain qu’il a négligé depuis des années, (mais n’est-ce point une occasion en or de le revoir ?), propriétaire d’un auto-casse, il décide de lui rendre une petite visite impromptue.

Donnant-donnant, Luc Cardina veut bien lui trouver une pièce de rechange mais à une condition, démontrer que la mort d’Enrique, qui lui prêtait un coup de main dans les jours de bourre, n’est pas due au hasard. Enrique était dans la région depuis quelques mois et il est décédé dans un accident de voiture jugé normal par la gendarmerie et le docteur chargé des premières constatations. Enrique se serait endormi au volant, affaire classée.

Par pour Luc Cardina qui s’obstine à penser que quelque chose cloche. Alors Slimane prend son bâton de pèlerin et parcourt le pays, c’est ça ou alors il raque pour que son véhicule soit remis à neuf.

Première personne à interroger, Maria Torrès, soupçonnée par le voisinage de pratiques magiques nocturnes. Il est reçu par un gamin méfiant, sauvage, qui se demande si le visiteur est envoyé par la DDASS. Pour Slimane qui supporte mal la présence des cigales, les débuts ne sont guère encourageants. D’autant que Florence, sa copine inspecteur de police, et Yasmina, sa sœur dont il est secrètement amoureux sans vouloir se l’avouer, décident de le rejoindre sur place.

Heureusement qu’il a pour compagnon Bogart, un chien qui lui au moins ne pose pas de questions et est un mélomane averti, surtout lorsque l’Arabe joue du saxo.

Une enquête qui apporte son lot de désagréments, sous forme de petites tombes. Une enquête qui fout le bourdon à Slimane qui trouve comme dérivatifs de longues escapades en vélo dans la montagne environnante, ou la vision de vieux films qu’il passe et repasse à longueur de nuits. Et comme il supporte mal la présence des deux femmes venues lui apporter un soutien qui lui pèse, il enverrait bien tout balader. Seulement il a entamé un travail, il lui faut le continuer, ne serait-ce que par amour-propre. Jean-Paul Nozière avec Slimane, l’ancien flic reconverti comme détective routard, nous propose un personnage (dont la première aventure est parue sous le titre “ un regrettable accident ” dans la même collection) nouveau dans le monde du polar. Slimane dans son rôle de marginal est sympathique, attachant, agaçant parfois, comme tous ceux qui dérangent la conscience, et vous montrent que le monde n’est pas aussi rose que vous voudriez bien le croire.

Jean-Paul Nozière, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, de par son style, de la force de ses intrigues, du ton résolument noir qui enrobent ses histoires, est proche du roman noir américain, un peu dans la mouvance de Jim Thompson.

 

 Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane. Collection Rivages Noir N°1028. Editions Rivages. Parution octobre 2016. 508 pages. 8,90€.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:05

Méfiez-vous des quidams lambdas, ce sont les pires...

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs

Tout jeune, à sa majorité, il avait estourbi et envoyé ad-patres son premier candidat à la mort avec doigté et facilité. Candidat involontaire faut-il préciser.

Il avait écouté et assimilé les leçons prodiguées par son père, un orfèvre en la matière. Puis les avait appliquées dans la plus pure tradition paternelle.

Vêtu d'un survêtement banal, il était entré dans le parc où batifolaient des gamins surveillés par des parents omniprésents. Il s'était caché dans des buissons, puis s'était approché d'un banc sur lequel se reposait un quadragénaire pensif.

Un gantelet en mailles de fer à la main, il avait occis sa cible sans coup férir de deux tapes, nullement amicales, et il avait accroché à son tableau de chasse son premier cadavre. Un inconnu qui ne lui avait rien fait, mais qu'importe. Seul le geste compte et il l'avait réalisé avec brio.

Par la suite il avait enchaîné les contrats et le carnet de commande ne désemplissait pas.

Ce jour là il a pris le train. Il est devenu un quinquagénaire bien conservé même s'il est démuni côté capillaire. C'est un homme passe-partout qui a rendez-vous à Voroy, une commune qu'il connait bien, même si cela fait déjà un bon moment qu'il ne s'y est pas rendu. Et il est joyeux. Allez savoir pour quoi...

 

 

 Avec un humour noir féroce et froid, glacial presque et pourtant empli de sentiments, Gilles Vidal nous entraîne dans le sillage d'un tueur aguerri, qui ne regrette rien. D'ailleurs qu'aurait-il à regretter ? Sûrement pas sa trajectoire professionnelle qui n'a jamais failli.

Tueur est un métier comme un autre, comme ces soldats qui s'engagent parce qu'ils ont envie d'en découdre.

Mais la vie, ou la mort réserve parfois de drôles de surprises, qui finalement ne sont pas si drôles que ça.

Une ode au père qui a tout appris, ou presque.

 

 

 

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution octobre 2016. Version numérique. 12 pages. 1,99€.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 06:12

Enfin mise en lumière...

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres.

A bientôt trente ans, Louise a des envies, pourtant elle n'est pas enceinte.

Quoi que cela se pourrait car elle sort avec Julien, même s'ils n'habitent pas ensemble. Mais ces envies, ou plutôt cette envie, est de tout ordre familial. Elle n'a pas connu son père et elle décide de retrouver sa trace, ses origines. Elle sait qu'il s'est donné la mort en 1999, au pied du phare de la Roque près de Quillebeuf-sur-Seine, en Normandie.

Sa mère, avec laquelle elle ne correspond qu'épisodiquement, ne veut pas parler de cet épisode de sa vie, et elle détourne à chaque fois la conversation téléphonique. Louise s'est rendue sur place, en compagnie de Joshua Pastorius, un détective, mais ils ont été reçus fraîchement par les autochtones, surtout par ceux qui entretiennent le cimetière. Faut dire que Louise avait mis du cœur pour les rendre colériques en piétinant la tombe. Une forme de défoulement pour cacher son désarroi.

Louise rentre à Paris, mais cette quête du père lui tient trop à cœur et elle retourne à Quillebeuf retrouver des traces de son père, Jacques Verdier. Par les voisins et ses rares amis, elle apprend qu'il était capitaine d'une drague, ces bateaux qui nettoient les fonds du fleuve pour permettre aux navires de remonter la Seine. Mais qu'il possède aussi un lourd passé, ayant été condamné pour meurtre au début des années 1980. Et puis il y a cette histoire de navire, une épave du XVIIIe siècle, qu'il aurait découverte en draguant les fonds de Seine, et qui aurait renfermé un trésor.

Seulement il semblerait que les recherches de Louise indisposent une ou plusieurs personnes. Sa chambre d'hôtel est visitée, ses affaires éparpillées et déchirées, une inscription sur le miroir de la salle de bain lui ordonne Tire-toi d'ici salope sinon bientôt ce sera ton tour. Ton tour de quoi ? De finir peut-être comme les animaux qui nagent dans le lavabo. Des têtes de rats, des souris déchiquetées.

 

 

Agathe, bientôt trente ans elle aussi, est journaliste, rédigeant de petits articles dans le Le Havre Libre,, un quotidien régional et comme de bien entendu elle doit couvrir des événements aussi importants que des inaugurations, les repas des représentants du Troisième âge et la galette des Rois ou le Noël chez les pompiers. Pigiste payée à la ligne, il faut en écrire pour toucher le minimum vital.

Un soir elle est contactée par son rédacteur en chef. Un incendie s'est déclaré au Polaris, une boîte de nuit. Elle doit couvrir l'événement. L'homme qui a déclenché l'incendie est retrouvé dans les décombres. Mort évidemment. C'est le commissaire Garrot, une figure locale immuable qui dirige l'enquête.

 

Pastorius et Louise décident de se plonger dans les archives du Havre Libre et à l'époque cette histoire de meurtre, en réalité une algarade, un crime à caractère raciste, dont Verdier fut l'accusé à cause d'un témoin inopiné, a été couvert par Garrot, alors jeune inspecteur de Police. Garrot aurait tout fait, selon l'article journalistique, pour faire tomber Verdier. Et qu'il se déplace pour l'incendie du Polaris laisse Agathe songeuse.

C'est ainsi que Louise et Pastorius font la connaissance d'Agathe, une perle en son genre et que tous trois vont s'atteler à remonter le temps et enquêter sur les deux affaires, l'accusation contre Verdier puis son décès par suicide, et l'incendie criminel de la boîte de nuit. Deux affaires qui possèdent un point commun. Non, plusieurs puisqu'une famille havraise, possédant des pions dans diverses affaires commerciales, dont le Polaris, mais également des entreprises d'Import-export s'immisce dans cette intrigue et que le commissaire Garrot mouille sa chemise dans des enquêtes dont il pourrait fort logiquement se passer.

 

Louise est bipolaire et Pastorius ne tient droit que grâce à l'alcool qu'il ingurgite, pour autant ils forment un couple d'enquêteurs tenant la route. D'autant que Pastorius conduit une Jaguar, mais qu'il est un ancien marin, voire pirate. Mais c'était avant qu'il raccroche. Louise est costumière à l'Opéra Garnier et elle professe envers la peinture, plus particulièrement Georges de La Tour et son tableau Le Tricheur à l'as de carreau, un vif intérêt.

Malgré leurs défauts, ou au contraire grâce à ces travers, variations d'humeur chez Louise, dipsomanie chez Pastorius, ces deux personnages emportent l'adhésion, voire l'empathie du lecteur. Sans oublier Agathe qui se révélera une alliée précieuse.

Yvan Michotte nous propose donc des aller-retour entre Quillebeuf-sur-Seine et Le Havre, plus quelques randonnées à Honfleur et dans le Nord-Cotentin. Peu à peu on découvre les différentes personnalités des personnages, parfois il faut attendre presque jusqu'à la fin de l'histoire, avec des prolongements logiques. La mère de Louise a eu une aventure avec Verdier, aventure concrétisée par la naissance de la jeune femme, et ce sont les conditions dans lesquelles elle a connu le marin qui forment cette intrigue peu banale. Puis la désaffection du marin envers cette amante passagère, désaffection expliquée dans des lettres qui seront remises à Louise.

Il reste toutefois quelques ombres au tableau, notamment comment Louise a connu Pastorius, et pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour s'enquérir de son géniteur ?

Le premier réflexe du lecteur est d'être dubitatif au début de sa lecture. Et au fur et à mesure qu'il progresse, il est conquis. En effet, Yvan Michotte a assimilé les trucs et astuces de grands feuilletonistes et romancier du début du XXe siècle, en incorporant à son récit retournements de situation en nombre, faux-semblants, substitution d'identité et autres thèmes qui firent des succès durables. Les épisodes s'enchainent inexorablement jusqu'à un final... renversant !

Un roman prometteur et un auteur à suivre.

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres. Enquêtes normandes. Editions Le Cargo imaginaire. Parution 16 septembre 2016. 314 pages. 19,00€.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 05:56

A part l'homme peut-être...

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce

Depuis huit ans qu'il végétait en prison, Max Dembo attendait ce moment avec une certaine fièvre et une fébrilité teintée d'angoisse.

Depuis longtemps il s'y préparait, ayant envoyé plus de deux cents lettres. Mais il n'a jamais reçu une seule réponse. Enfin le grand jour est arrivé. Libre ! Libre au bout de huit ans. Libre, mais pas de travail.

Car il est difficile pour un ancien détenu de trouver un emploi et ce n'est pas avec le maigre pécule qu'ils possèdent que les ex-taulards peuvent se permettre de se conduire en rentiers.

Et c'est là que débute le cercle infernal : Tu n'as rien, tu voles. Tu voles, tu vas en prison. Tu sors de prison, tu ne trouves pas d'emploi. Tu ne trouves pas d'emploi, tu n'as rien...

Pourtant Dembo s'était juré de ne plus dévier, de ne plus tomber dans l'engrenage. Mais les premiers pas sur la route de la liberté sont semés d'embûches et l'officier responsable de conditionnelle est trop rigoriste, trop moraliste pour véritablement inciter Dembo à ployer l'échine.

Dembo supplie Rosenthal, ce censeur pourtant issu d'une communauté brisée. Peine perdue. Dembo s'enlise à nouveau dans une facilité de façade. L'exaltation de tenir dans sa main un avenir flou, exacerbé par quelques doses de drogue, d'abord une cigarette d'herbe de provende, puis le comprimé puis la seringue.

Et c'est la dégringolade, le retour aux sources, le retrait des bonnes intentions.

 

Roman autant que récit, Aucune bête aussi féroce est un constat en même temps qu'une dénonciation.

Edward Bunker a passé la moitié de sa vie en prison, et d'ailleurs ce livre a été écrit et publié alors qu'il tuait le temps en geôle.

Plus heureux et plus fort mentalement que son héros, dans ses choix et dans ses résolutions, Bunker enfin libre a réussi complètement sa reconversion littéraire.

Mais il est l'îlot planté au milieu d'un fleuve en cru, et malheureusement rares sont ceux qui s'en sortent. Justement à cause de la carence, de la méfiance, de la répulsion de l'employeur éventuel envers un repris de justice. Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à mettre au banc de l'accusation et le nombre de demandeurs d'emploi étant plus conséquent que celui des offres, le système de réinsertion en peut trouver de panacée.

Cri de désespoir qu'Aucune bête aussi féroce ne pourra pousser sans se faire entendre un jour.

Démagogie direz-vous. Oh que non, triste réalité tout simplement.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce
Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce (No beast so fierce. 1973. Traduction de Freddy Michalski). Collection Rivages Noirs. n°127 (mars 1992). Réimpression 12 octobre 2016. 448 pages. 9,50€.

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 14:22

Un faucheur qui ne récolte pas que du blé...

Françoise LE MER : Le Faucheur du Ménez-Hom.

Lors du décès d’un oncle, le lieutenant de police Quentin Le Gwen renoue avec sa famille délaissée depuis des années.

Il profite de l’inhumation de son oncle Grégoire de Kermantec pour passer une semaine de vacances au château familial, où vivent le frère et la sœur du défunt : le baron Jean-Eudes de Kermantec, Adrienne de Vern, son fils Ghislain et sa belle-fille Brigitte. Plus quelques autres personnages dont Tad Coz, l’homme de confiance, l’homme à tout faire, qui quasiment octogénaire reste bon pied bon œil et veille sur le domaine comme s’il lui appartenait. Kevin Le Drezen, le jeune palefrenier, Rose May étudiante anglaise en villégiature pour approfondir la thèse qu’elle soutient, et les voisins. Thérèse et Eugène Gannec, et leur fils Ronan, célibataire secrètement amoureux de Rose May, Laurent Riou, ancien soixante-huitard et Mado, sa femme, reconvertis dans l’élevage de chiens; Helmut Müller, le ressortissant allemand qui fabrique des jouets en bois.

Les Kermantec, hobereaux fiers mais dont la richesse s’est évaporée au fil du temps, hébergent à la semaine des classes dites de mer, ou de découvertes, et louent leurs chevaux aux touristes. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Quentin ne sentait l’antagonisme régnant entre les familles de Kermantec et les Gannec, si un garçonnet ne disparaissait et était retrouvé au fond d’une faille, mort, son vélo près de lui. Difficile de croire à un accident. D’autant que Tad Coz est lui aussi découvert mourant, effrayé par l’Ankou, le présage de la mort et que Quentin assistait à un étrange conciliabule entre un des petits résidents et le palefrenier.

 

Dans ce roman dit régionaliste, parce que paru à l'origine chez un petit éditeur de province (n’y voyez pas là comme une dévalorisation de ma part, mais simplement le fait que les éditeurs provinciaux souvent ne possèdent pas le système de diffusion efficace des éditeurs parisiens), l’auteur imprègne sa marque de fabrique, mélange d’humour, de noirceur, d’appel à la superstition, au terroir, à l’actualité et aux réminiscences d’un passé plus ou moins proche.

Une œuvre qui au premier abord semble empreinte de légèreté, petit polar gentillet, puis qui peu à peu s’enfonce dans une terrible cruauté morale et physique.

Françoise Le Mer reste toutefois sobre dans certaines de ses descriptions, mais la force d’évocation est présente. Elle nous emmène dans un vagabondage, dans des chemins de traverse, et si le lecteur pense parfois connaître le fil conducteur, il faut avouer que l’épilogue est joliment troussé, si je puis m’exprimer ainsi.

 

Première édition : Collection Enquêtes et Suspense aux éditions Alain Bargain. Parution 2001

Première édition : Collection Enquêtes et Suspense aux éditions Alain Bargain. Parution 2001

Françoise LE MER : Le Faucheur du Ménez-Hom. Collection Editons du Palémon. Parution 21 novembre 2014. 272 pages. 9,00€.

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 07:59

Hommage à Dominique Rocher

décédée le 13 septembre 2016.

Dominique ROCHER : La nuit des pantins.

Anthony, qui vient de passer quelques années dans les geôles françaises, débarque au Kenya.

Il veut rencontrer, pour une raison qui lui est particulière, le Colon. Pris en stop par un policier anglais, il est déposé non loin du domicile du fermier. Lorsqu’il arrive à l’habitation, il est accueilli par un prêtre, le père Massimo, qui lui annonce le décès de celui qu’il désirait rencontrer. Un meurtre perpétré quelques heures auparavant.

Surgit alors une jeune femme, Elizabeth Leclerc, Canadienne, qui elle aussi aspirait à rencontrer le Colon. Pour des raisons personnelles elle aussi. Selon le père Massimo, le Colon devait recevoir la visite d’un certain monsieur Forrest, qui se fait attendre.

Le prêtre, atteint d’un accès de paludisme est soigné par Anthony. Lequel n’est pas chaud pour rester dans cette ferme isolée mais le réservoir de la Jeep qu’il désirait “ emprunter ” est vide. Enfin monsieur Forrest daigne se présenter.

 Ce n’est autre que le policier anglais qui a aimablement aidé Anthony à effectuer une partie de son voyage. Il est légèrement blessé, une estafilade due à une sagaie lancée par des rebelles Kikuyus.

 Commence une nuit au cours de laquelle Anthony et le policier vont tenter soit de concert, soit chacun de leur côté, de découvrir qui a tué le Colon, et accessoirement pourquoi. Un huis clôt éprouvant pour les participants, dans lequel s’ébauche une histoire d’amour, avec retournements de situations, rebondissements, épilogue légèrement ambigu, disons pour le moins un fin ouverte.

 

Dominique Rocher abandonne l’humour et son personnage de la Rouquine, infirmière dans le civil et détective à ses heures, pour nous conter une histoire plus profonde, plus subtile, plus intimiste.

Les faits se situent au Kenya durant la période de la révolte des Mau-Mau et qui voit le début de la révolte africaine contre les envahisseurs, les colons, britanniques et autres.

Cette révolte sert de décor et de prétexte pour ce roman qui pourrait tout aussi bien, avec quelques aménagements de lieux, de contexte, se passer n’importe où et n’importe quand. Ce sont les relations entre les protagonistes qui priment. Relations qui oscillent entre tension, sympathie, manipulation, faux-semblants.

Et je pense que ce roman pourrait facilement être transposé au théâtre.

Dominique ROCHER : La nuit des pantins.

Dominique ROCHER : La nuit des pantins. Le Manuscrit.com, N°3802. Décembre 2003. Format Broché : 19,90€. Format Kindle : 7,90€.

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 12:56

Méfiez-vous, votre bouquiniste n'est peut-être pas l'homme qu'il est sensé être...

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques

Reconverti bouquiniste, Matthew Coll, « Matt », prend son nouveau métier à cœur.

Il se déplace dans les salles de ventes, décrochant parfois le lot, ou la pièce, convoité par ses clients. Cette fois, il est chargé d’acheter pour le compte d’une bibliothèque universitaire américaine réputée, représentée par Tom Duncan, le journal manuscrit d’Emilia Lanyer, surnommée la Dark Lady des sonnets de Shakespeare.

Coll emporte de haute lutte ce manuscrit et fait, par la même occasion, la connaissance d’une journaliste terriblement séduisante, Charlotte Hesse. Mais le doute s’installe dans son esprit lorsqu’il apprend le décès, dans des conditions pour le moins bizarre, du précédent propriétaire du manuscrit. Et si ce manuscrit était un faux ?

Matt, ex-agent secret, part sur le sentier de la guerre, au grand dam de Duncan, car, si cette hypothèse se vérifie, le renom de son université va s’en ressentir. Grâce à un expert, il contacte les quelques fabricants de papier à l’ancienne encore existants sur le marché. L’un d’eux confirme une commande d’un certain Tarrant. En se rendant à un rendez-vous avec ce dernier, Matt manque de finir ses jours dans une cuve de papier. Plus tard, lors d’une fouille chez Tarrant, il est surpris mais prend le dessus avant de découvrir une photo de Charlotte Hesse.

Duncan lui affirme sa certitude de l’authenticité de l’ouvrage et Matt s’interroge sur le fait que Duncan, à son tour, souhaite l’arrêt de l’enquête. Pour lui, Charlotte doit être l’auteur d’un faux. D’ailleurs bientôt, un courtier lui demande si son client américain serait acheteur d’une lettre ancienne dont le vendeur n’est autre que la jeune femme ! En fait, cette dernière lettre est authentique : on cherche seulement à le discréditer.

Matt charge sa maîtresse, Laura, de devenir intime avec Charlotte pour la surveiller. Et cette dernière finit par avouer à sa nouvelle amie sa liaison avec Forbes, magnat de la presse érotique.

 

 

Dans une ambiance délicieusement rétro et britannique, dans un décor peu souvent exploité, celui des bouquinistes, Roy Harley Lewis construit une histoire classique qui ne manque pas de charme.

Un peu désuet, peut-être, mais au combien reposant. Cependant l’expression « adapté de l’anglais » laisse rêveur. Se pourrait-il que cet ouvrage fût un peu longuet et que la traductrice en ait coupé quelques passages… ennuyeux ? Cela semble possible, car l’épilogue paraît bâclé.

Roy Harley LEWIS : Mémoires maléfiques (The manuscript murder - 1982. Traduction de Catherine Plasait). Collection British N°20. Presses de la Cité. Parution 1990. 212 pages.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 07:39

La forêt qui murmurait à l'oreille du gendarme...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver.

Une semaine parfois c'est long, surtout lorsqu'on attend un événement, de préférence heureux.

Une semaine, ce n'est rien comparé à une espérance de vie de, soyons modeste, soixante-quinze ans. Cela ne représente qu'une semaine sur près de quatre-mille que nous serons sur Terre, et quelques fois dans la Lune.

A sept ans, le narrateur s'est perdu dans les bois, dans le Jura, une semaine à déambuler et vivre en osmose avec l'air, les plantes, les animaux, une communion qui pourrait ressembler à celle qu'a pu enregistrer Mowgli, l'enfant de la jungle de Rudyard Kipling ou Greystoke, le Tarzan d'Edgar Rice Burroughs. Lorsqu'il a été retrouvé et ramené à ses parents, l'enfant a ressenti comme un manque, un vide. Il avait perdu ses amis qu'il s'était forgé durant une semaine.

Les années passent. L'enfant grandit, vieillit, va à l'école, obtient ses diplômes, et entre à la gendarmerie, comme son père, et obtient de rester sur place chez lui dans le Jura. Mais il est différent, ne se sentant pas à l'aise en compagnie, solitaire avec ancré dans l'esprit sa forêt qui lui manque. Il y retourne parfois afin de se vivifier le cerveau.

A la gendarmerie de Clairvaux-les-Lacs, les effectifs sont réduits, Garonne a pris sa retraite deux mois auparavant et il n'a pas été remplacé, réduction du budget oblige. Il ne reste donc que Caro, une autochtone comme lui, et Serge. Le Scooby Gang.

 

Un horrible crime vient d'être découvert dans une petite ferme des environs. C'est un voisin intrigué par une fumée annonçant un début d'incendie qui a prévenu la maréchaussée. La scène de crime est comme une représentation pour le Musée Grévin. Quatre personnes, le père, la mère et les deux adolescents, un garçon et une fille, égorgés, habillés normalement et attachés sur leurs chaises devant la table de la cuisine.

Ce n'est pas le premier massacre ainsi perpétré. Une semaine auparavant, près de Saint-Claude, le préposé à la distribution du courrier, en langage clair le facteur, a découvert une famille, deux adultes et un ado attachés et placés devant la table de la salle à manger. Les coups de couteau assenés ne se comptent plus, ou alors il faut du temps.

Mais qui peut s'intéresser à ces deux faits divers d'hiver, qui se sont déroulés dans un coin perdu de la province française ? Sûrement pas les médias car sévit un jeu à la télévision qui accapare l'attention de la population. Un jeu débile de téléréalité avec des concurrents pas très futés, et cela fait des années que ça dure. Et pour donner du piment à ce jeu, les téléspectateurs peuvent parier sur l'un ou l'autre des rivaux, et naturellement l'appât du gain entretient l'intérêt dans les chaumières, dans les cafés, à la télé, dans les journaux.

Seul le journaliste local suit la progression de l'enquête par les gendarmes livrés à eux-mêmes, car les autorités compétentes et la capitale ont d'autres préoccupations en tête. Economiser dans tous les domaines étant le maître mot. Les ordinateurs rament sauf lorsqu'ils se plantent, le véhicule de fonction devrait être à la retraite depuis longtemps, et la caserne, comme bien d'autres, est insalubre. L'avantage est de pouvoir vivre chez soi, et faire taire les mauvaises langues (si, si , ça existe !) qui considèrent que le logement gratuit était un privilège éhonté et exorbitant.

Il faut au gendarme et ses deux collègues essayer de dénicher le lien entre ces deux, non trois, drames. Car un nouvel assassinat de groupe est signalé près de Macon. Les modalités ne sont pas tout à fait les mêmes, le meurtrier ayant employé une arme à feu à la place du couteau, tout de même moins bruyant.

C'est le journaliste ami du gendarme qui met le doigt sur le lien existant entre ces trois affaires. Du moins le suppose-t-il. Mais le tueur n'apprécie pas que l'on s'occupe de ses petites affaires de meurtres en série.

 

Patrick Eris nous propose deux pistes de lectures dans ce roman. L'appel de la nature, l'appel de la forêt, symbole cher à Jack London, qui scande la vie du gendarme, lequel se rend dans ce refuge boisé afin de se ressourcer, de réfléchir, de se recomposer, de communier en paix.

Mais également Patrick Eris, dans ce roman légèrement anticipatif, la date n'est pas précisée, dénonce la déliquescence, la dégénérescence de la société plus passionnée par un jeu de téléréalité que par les affaires graves qui la secoue.

Les moyens octroyés pour enquêter sont réduits au strict minimum. L'on ne peut même pas parler de portion congrue, puisque la définition de portion congrue est quantité de ressources versées mais qui est à peine suffisante pour vivre. Dans ce cas, les ressources financières et les aides en logistique et en matériel sont réduites à néant.

Laisser pourrir pour ensuite obtenir sans trop de remous ce qui a toujours été le but du jeu est une vieille tactique à laquelle les politiciens sont rompus.

L'auteur aborde également un sujet d'actualité, touchant de nombreuses communes françaises. La Poste et son désengagement dans le courrier. Il n'y a qu'à lire les compte-rendu dans les quotidiens locaux actuellement.

Ce facteur que les décideurs des villes voudraient voir supprimé au nom de la modernité.

Et bien entendu le problème de l'information mâchée, formatée, est abordé.

La forêt est la parabole du silence, de la quiétude, de la paix, de la sérénité, du retour vers des choses moins frelatées que la politique (par exemple). Le gendarme y retourne souvent avec en tête les variations Goldberg qui lui permettent de se déconnecter d'une réalité trop anxiogène.

 

Retrouvez les avis de deux amis, spécialistes qui plus est...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver. Meurtres en série dans le Jura. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 214 pages. 12,90€.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 08:26

Une famille décomposée...

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Détective privé, d'argent mais pas d'ambition ni de femmes, Cicéron Angledroit est tout surpris que le commissaire Saint Antoine lui confie une mission.

Ce n'est pas vraiment un ami, tout juste un copain, une relation privilégiée qui lui amène parfois des affaires que ses hommes ne peuvent résoudre, mais là, que le commissaire Saint Antoine lui demande d'enquêter sur la vertu de sa femme, il en reste comme deux ronds de flan notre sympathique Burma de banlieue.

Saint Antoine entretient des soupçons sur la fidélité de sa quinquagénaire d'épouse qui travaille au service relationnel de la mairie. Cicéron ne peut refuser, et il s'attelle à la tâche, pas trop difficile ni compliquée. Il suit la dite gente dame qui effectivement se rend dans des hôtels, le Grabhôtel à Rungis, le Break and Baise d'Alfortville, mais il se rend bien vite compte que ces démarches ne sont effectuées que pour permettre à des personnalités en déplacement de trouver un hébergement. Pour le reste, ceci ne le regarde pas, le commissaire non plus et l'honneur de l'épouse est sauf.

Cicéron n'a jamais connu son père. Un appel téléphonique émanant de Paul Automne, un vieil ami de la famille, va lui donner l'occasion de démontrer ses talents et le plonger dans des affres propres à lui faire tourner le ciboulot. Paul Automne chantait dans les cabarets, un répertoire qui allait de Brel à Perret, mais il a raccroché son micro depuis quelques années. Paul qui venait de temps à autre chez lui, quand il était gamin, et longtemps Cicéron a même cru qu'il était son père. Et puis, les années passant, ils se sont perdus de vue.

Paul Automne, qui est près de l'hiver, lui annonce qu'il est dans la merde (en français dans le texte et sans en changer un mot), mais ce qui tourneboule Cicéron, c'est que le vieil homme l'appelle mon fils. Pourtant il n'est pas curé. L'âge ou l'émotion peut-être. Rendez-vous est pris pour le lendemain dans la matinée. Toujours à l'heure Cicéron, mais c'est pour tomber sur le commissaire Saint Antoine et constater la présence de voitures de police, gyrophares en action.

Paul Automne ne dira pas ce qui le turlupinait. Il est mort d'un excès de courants d'air, une trentaine de balles dans le corps, plus deux dans la tête et le cœur, au cas où. Ce ne peut être un suicide. Donc la thèse du meurtre est privilégiée. Double effet qui secoue, vous savez comme dans la pub pour un soi-disant bonbon, c'est lorsque Cicéron apprend que Paul Automne ne s'appelait pas ainsi mais tout bonnement Angledroit, comme lui. Et ce n'est pas une coïncidence. Automne n'étant qu'un nom de scène. Cicéron hérite donc d'un père, mort.

Comme il est reconnaissant pour toutes les bontés qu'avait pratiquées le chanteur en retraite, Cicéron va enquêter sur le meurtrier, en marge du commissaire Saint Antoine, mais aidé par ses amis, Momo et René.

Débute une histoire tragi-comique, avec quelques scènes croquignolettes dont il serait dommage que je vous en révèle la teneur. Sachez toutefois qu'un autre cadavre va être découvert, que des photos prises à Créteil vont intriguer le commissaire et Cicéron, séparément tout en trouvant ensemble dans le même lieu, et les mettre sur la piste d'objets pieux made in China et autres aventures plus ou moins épiques.

 

Bien entendu, ce roman fait insensiblement penser à l'écriture san-antonienne, mais pourtant il ne s'agit ni d'une parodie, d'un pastiche, ou d'un ouvrage apocryphe. Juste un hommage. Cicéron Angledroit fait de l'Angledroit, même s'il affiche ouvertement ses références livresques. Ainsi, outre le commissaire Saint Antoine, notre détective-narrateur a une petite fille, Elvira Angledroit (Vous avez remarqué le jeu de mot ?), dont la mère est partie et qui est élevée par sa grand-mère, c'est à dire la mère de Cicéron. Une de ses voisines se prénomme Félicie, aussi, quant à ses deux compères, René et Momo, ce sont presque les fidèles reproductions de Bérurier et de Pinaud. Presque car si René est un adepte dipsomane de la bouteille sous tous goûts et couleurs pourvue que son contenu soit alcoolisé, il est employé à l'Hyperpascher comme ramasseur de chariots. Momo, manchot depuis un attentat, vend Le Belvédère, journal des SDF, à la sortie du magasin et il réfléchit plus qu'il parle.

Cicéron vit et travaille surtout en banlieue sud de Paris, dans le Val de Marne principalement. Il aime les femmes qui le lui rendent bien. Ne parlons plus de son épouse, mais de Brigitte la pharmacienne, qui le convie à d'agréables passe-temps, de Monique qui est enceinte des œuvres charnelles de Cicéron mais vit avec Carolina, ayant une tendance déclarée mais non prohibée à sacrifier au rite de Lesbos. Et puis il ne faut pas oublier Vaness' R'messa, l'adjointe de Saint Antoine, qui démontre à notre héros qu'on peut prendre son pied avec justement ce bout extrême de membre inférieur délicatement manipulé (ou pédiculé puisque manipulé c'est avec la main).

 

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Cicéron Angledroit pratique l'humour avec sérieux et inversement proportionnel. Il existe entre lui et le lecteur une connivence de bon aloi qui n'est pas sans rappeler son illustre prédécesseur en littérature. Il s'amuse à évoquer certaines personnalités publiques et à déformer les propos, jouant avec les mots et les situations, surtout lorsque c'est René qui s'exprime. Et comme les grands esprits se rencontrent, tout comme Frédéric Dard, il apprécie Céline, mais aussi Léo Malet (avec un seul L, malgré ce qui est noté en quatrième de couverture et même si avec deux L on s'envoie mieux en l'air). Et il ya bien une légère corrélation avec Burma chez Angledroit, celui de la tendresse et du goût de la liberté, un petit côté ronchon parfois et naïf à la fois. Seulement Angledroit ne boit pas ou rarement, le plus souvent du café sans sucre, il ne fume pas, il ne parle pas pour ne rien dire mais il baise* la vie et les deux mains de ses amies complices et compagnonnes.

Un remède à la morosité dont il faudrait user plus souvent, car ne nuit pas grave à la santé.

* Dans le sens de donner une bise, embrasser étant le plus souvent employé mais dont le sens primaire est tenir dans ses bras. Je ne voulais pas vous laisser croire à une quelconque salacité dans mes propos.

 

Pour illustrer certaines de mes assertions dans l'antépénultième paragraphe :

Comment qu'elles ont pu faire ? Elle a dû se faire faire une infécondation vitrée.

Par exemple, vous connaissez Christiane Boudin, la député intégriste ?
Oui, bien sûr...
Eh ben il lui a inculqué (verbe choisi) la sodomie. Ça vous étonne, hein ?
En effet !
Mais c'est inutile de le mentionner dans votre article. Et Micheline Amiot-Larry, vous voyez qui c'est ?
Oui, l'ancienne ministre.
C'est ça ! Eh ben, elle, il l'a fait se prostituer dans le bois de Meudon. Avec une perruque, elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse. Voilà, c'était ça, Paul ! Un artiste, un conceptuel, un visionnaire !

Du même auteur, dans la même collection :

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne. Les enquêtes de Cicéron N°5. Editions du Palémon. Parution le 9 septembre 2016. 256 pages. 10,00€.

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