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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:00

Bon anniversaire à Sandra Scoppettone née le 1er juin 1936.

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ...

Qui pourrait penser que ce petit bout de bonne femme de 1m57 est détective privé, qui plus est ancienne du FBI !

Lauren Laurano n'en est pas moins féminine et les petites rides qui se dessinent aux coins des yeux l'agacent. Mais une nouvelle affaire l'attend, proposée par Jill, une amie. Lac, qui doit son prénom à des parents baba cool et humoristiques, puisque leur nom de famille était Huron, Lac a été violée par son petit ami.

En réalité il s'agit d'une homme dont elle venait de faire la connaissance par le biais de petites annonces. Lauren doit retrouver la piste du goujat. Seulement Lac se suicide. Enfin c'est ce que son meurtrier aurait voulu faire croire. Il s'agit bel et bien d'un assassinat. Lauren se pose la question primordiale, à savoir : le meurtrier et le violeur ne font-ils qu'une et même personne ?

Et la voilà obligée de se mettre à l'informatique, elle qui a horreur des micro-ordinateurs. Ce qui perturbe quelque peu son ménage avec Kip. Kip, diminutif de Christine. Lauren est lesbienne et comme dans tous les ménages, les anicroches, les tensions, les réconciliations sur l'oreiller existent et peuvent même amener sinon à la résolution des problèmes, au moins sur une piste fiable.

 

Entre Lauren Laurano, l'héroïne, et Sandra Scoppettone, l'auteur, les points de ressemblances sont nombreux. Faut-il s'en étonner ? Un auteur se met plus ou moins en scène, se projette inconsciemment, donnant la part belle à son propre clone de fiction. Il enjolive peut-être mais se dévoile en même temps. Lauren la détective se montre fragile et pugnace à la fois, tributaire dans sa vie privée et tenace dans sa vie professionnelle.

Un personnage attachant, peut-être plus que le Brandstetter de Joseph Hansen, dont l'homosexualité s'affiche certes, mais dont la sensibilité est moins évidente.

Sandra Scoppettone ne manque pas d'humour et même si l'épilogue se révèle un peu longuet et tiré par les cheveux, son roman vaut autant par la qualité de l'intrigue que par l'analyse psychologique - qui n'est pas forcément un plaidoyer - de la société américaine et surtout de l'intolérance envers des communautés dites marginales.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

Réédition Pocket 7 septembre 2000.

 

Sandra Scoppettone s'est fait connaitre sous le nom de Jack Early à la Série Noire :

Sandra SCOPPETTONE : Tout ce qui est à toi ... (Everything You Have Is Mine - 1991. Traduit de l'américain par Christophe Claro). Collection Les Noirs. Editions du Fleuve Noir. Parution 3 octobre 1995. 406 pages.

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 05:35

Ainsi font font font les jolies petites menottes, ou les bienfaits des dictées...

Frank KLARCZYK : Mort point final.

Si votre copine, ou votre femme, vous attache les poignets aux montants du lit avec des menottes, ne croyez pas forcément qu'il s'agit d'une nouvelle figure du kamasoutra...

Paul Catard, lorsqu'il se retrouve enchaîné par sa maîtresse Mélanie Vasseur, lieutenante de police, croit assister à une séance inédite alors que la nuit avait déjà été mouvementée. Les draps s'en souviennent encore. Mais Mélanie s'éclipse, le laissant scotché, les poignets menottés. Après de nombreux efforts il parvient à se libérer du sparadrap collé sur la bouche et à ameuter le voisinage.

Les policiers n'en reviennent pas, et lorsque le capitaine Vigeois, du commissariat d'Antony, recueille le récit du jeune homme c'est pour se demander s'il n'est pas en face d'un affabulateur, d'un mythomane. Pourtant Paul Catard est formel, tout ce qu'il a à déclarer est véridique.

 

Quelques années auparavant Mélanie a vécu une expérience douloureuse alors qu'elle était dans un lycée à Brive.

La journée aurait pu débuter normalement, comme d'habitude, avec les sempiternels accrochages entre élèves, les petites jalousies féminines, les réflexions désagréables dans la cours de récréation, avant de rejoindre les bancs de la classe de Deuxième C.

Leur professeur de français semble abattu, et pour Maryline, ce sont deux heures mortelles qui se profilent. Elle ne pensait pas si bien dire. M. Bernard, dont la vie familiale s'est réduite à sa plus simple expression depuis son divorce et le départ de son garçon lorsque celui-ci a atteint sa majorité, vit seul et n'a pour unique viatique que sa passion pour la langue française et ses livres. D'ailleurs ce matin-là, il entame son cours avec une référence à Marche ou crève de Richard Bachman, alias Stephen King. Mais la dictée qu'il leur propose sera un passage du livre de Dante, et c'est bien l'Enfer qui se profile.

La référence à Marche ou crève n'est pas anodine. Tout de suite les élèves savent qu'il ne s'agit pas d'une partie de plaisir : une faute, un avertissement. Deux fautes, et le, ou la, récidiviste sera abattu au sens littéral du terme. Et pour bien faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'une figure de style, M. Bernard sort de son cartable un revolver muni d'un silencieux.

Deux heures qui vont être longues, pénibles, stressantes, mortelles...

 

En ce matin donc au cours duquel Vigeois auditionne les révélations sur sa lieutenante qui malgré son traumatisme a réussi à intégrer les effectifs de police, une information qui leur parvient tend à confirmer les propos de Paul Caltard. Cela ne fait que trois ou quatre mois qu'il connait Mélanie et il en est amoureux fou. Peut-être est-ce pour cela qu'elle s'est confiée en partie à lui. Mais il n'est plus question de débattre de leurs ébats, car la situation est grave. Pas encore désespérée mais cela ne saurait tarder si Vigeois et ses hommes ne prennent pas le taureau par les cornes. Un attentat est programmé au parc de la Légion d'honneur à Saint-Denis, et la cible serait une personnalité importante, très importante même. L'heure n'est plus à la discussion mais à l'action.

 

En un peu plus de 180 pages, là où il en faut 400 à 500 à Stephen King, Frank Klarczyk parvient à instiller une atmosphère d'angoisse parfois insoutenable, un suspense parfaitement maîtrisé pour une intrigue habilement décrite et écrite. Les passages constituant la demi-journée tragique avec M. Bernard en chef d'orchestre meurtrier, s'insèrent dans les quelques heures entre lesquelles Caltard est découvert nu sur le lit et le dénouement qui laisse au lecteur le soin de se forger lui-même son propre épilogue.

C'est tout le système de l'éducation nationale qui est mise en cause, ou plutôt les décisions, souvent aberrantes, qui sont prises en haut-lieu par des personnes qui n'ont jamais travaillé dans cette institution mais se permettent d'en changer les règles selon leur bon vouloir et surtout afin de laisser un nom avec de nouvelles réformes qui de toutes façons seront probablement abandonnées lors d'un nouveau gouvernement.

Et pendant ce temps ce sont les enseignants, et bien entendu les étudiants, les scolaires en général qui en subissent les conséquences.

Mort point final, d'accord, mais point de temps mort dans ce roman enlevé, prenant, dramatique, et oserais-je écrire, éducatif.

 

Frank KLARCZYK : Mort point final. Collection Plumes noires N°3. Editions Lucien Souny. Parution le 6 mai 2017. 190 pages. 6,50€.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 09:15

Il faut toujours se méfier des idées préconçues et des conclusions hâtives !

Thomas FECCHIO : Je suis innocent.

Ni céder aux sirènes du passé qui veulent absolument qu'un ancien coupable est obligatoirement un récidiviste.

A six heure du matin pile, les policiers conduits par le capitaine Germain s'introduisent en force dans la chambre de Jean Boyer. Sans explication aucune, l'homme qui vit seul dans une dépendance de ferme, est emmené au commissariat de Reims. Mais si les explications manquent, les coups pleuvent, assenés par le lieutenant Chevron, surnom donné à Martinelli à cause sa propension à ne posséder que des Citroën, et ses deux adjoints, des brutes épaisses au cerveau ramolli.

Boyer est donc accusé du viol et du meurtre d'une jeune femme dont le corps a été découvert enfoui partiellement en forêt sous un tumulus, à quelques kilomètres de l'endroit où il loge. Une mise en scène signée pour les enquêteurs qui n'ont pas mis longtemps à supposer que Boyer est le meurtrier.

En effet, Boyer avait déjà été condamné en 1968 pour un fait similaire, puis au milieu des années 1980 pour viol, non suivi d'homicide sur d'autres jeunes femmes. Il n'est sorti de prison que depuis quelques semaines, et en cette fin d'année 2006, l'obligation de résultat prévaut. Boyer a beau affirmer, jurer, clamer qu'il est innocent, rien n'y fait. Il a tout de même le droit d'avoir un avocat commis d'office. Une jeune avocate, qui débute et n'est pas trop à l'aise. Tout comme le capitaine Germain d'ailleurs dont c'est la première grosse affaire, tandis que Chevron est un vieux de la vieille.

Certains éléments sont troubles et il n'est pas persuadé de la culpabilité de Boyer. D'ailleurs il s'en remet à son ami le juge Forlain, la trentaine comme lui, qui doit instruire l'affaire. Certains faits ou éléments plaident en la faveur de Boyer. D'abord celui-ci possède un alibi, ayant dormi ce soir-là chez une quinquagénaire en mal d'affection habitant à Soissons. Ensuite un sac à main a été retrouvé sur un tas de détritus au fond du jardin. Or cet objet qui est neuf, avec aucune empreinte dessus, n'était pas présent lorsque Germain avait visité les lieux. Toutefois au bénéfice du doute Boyer est relâché sous conditions.

Boyer comprend qu'il doit se défendre pour prouver son innocence, mais les obstacles nombreux se dressent devant lui. Car tout est fait pour l'accabler, mais qui peut lui en vouloir ? Le père de la dernière victime qui s'introduit chez lui nuitamment ? Un père manipulé par un individu qui se réclame de la police par téléphone. Et le juge Forlain qui passe la main à une confrère, question d'antériorité parait-il car justement les parents inquiets avaient déposé une main courante, n'ayant pas de nouvelles de leur fille.

Quant au capitaine Germain, il est obligé de composer avec son passé. Une mère à qui il rend visite régulièrement ce dont il se passerait bien et un père, notaire, assassiné alors qu'il était encore jeune. Enfin, un assassinat qu'il n'a découvert que beaucoup plus tard, croyant que son géniteur était décédé d'un accident de la route.

Dans sa quête de la vérité, Boyer va se montrer peu fiable, effectuant quelques dérapages qui ne plaident pas en sa faveur. Toutefois le capitaine Germain se demande s'il n'est pas lui aussi le jouet d'un manipulateur. Seulement par qui et pourquoi, telles sont les deux questions qui commencent à le tarauder.

 

Le dénouement est digne des romans américains formatés avec multiples renversements de situations, fournissant au lecteur un sentiment d'oppression.

Mais pour l'auteur, ce qui prédomine, c'est bien la pression dont sont accablés juges, souvent orientés, et enquêteurs. Placer cette intrigue fin 2006 pour se poursuive début 2007 n'est pas innocent. Pour autant certains policiers se montrent obtus, la présomption d'innocence s'effaçant devant leur persuasion de la culpabilité d'un prévenu qui porte derrière lui un lourd passé.

La nature des délits ou l'importance des affaires n'entraient plus en ligne de compte du moment que les chiffres évoluaient dans le bon sens. Mais lorsqu'un crime particulièrement horrible avait un retentissement médiatique, le ministre harcelait soudain les enquêteurs pour exiger des résultats rapides.

Il est vrai que ce ministre ne pense pas uniquement au résultat dans un sens de justice. Les journaux sont à l'affût, certains plus complaisants que d'autres qui eux essaient d'analyser sereinement les faits et les déclarations, et il lui faut se concilier les bonnes grâces des médias et surtout des potentiels électeurs pour montrer qu'il maîtrise la situation.

Il [le ministre de l'Intérieur] déroulait un plan sécuritaire qui serait un tremplin électoral formidable pour la présidentielle de 2007. Ses principaux leviers : plus de pouvoirs aux policiers et des peines planchers pour éviter tout laxisme de la part des juges, surtout avec les récidivistes.

 

Ce roman pose également une question primordiale et pernicieuse. Doit on croire un individu ayant déjà été condamné pour viol et pour meurtre, qu'il a avoués, et qui déclame son innocence dans une nouvelle affaire ? Ne s'agit-il pas alors de la poudre aux yeux de la part de policiers désirant régler au plus vite une affaire, même si les doutes subsistent. D'autant que certains personnages peuvent se montrer manipulateurs dans l'ombre.

Thomas FECCHIO : Je suis innocent. Collection Polar en Nord N°221. Grand format. Editions Ravet-Anceau. Parution le 2 février 2017. 304 pages. 14,00 €.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 05:39

Un commissaire qui s'accroche à ses enquêtes !

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5.

Pour parodier une journaliste critique de cinéma sur France 3 qui affirmait sans vergogne Ce film m'a appris quelque chose que je ne connaissais pas, je pourrais déclarer qu'à la lecture de ce roman j'ai appris quelque chose. Et si j'ai appris, c'est bien parce que je ne connaissais pas, mais bon, passons rapidement au vif du sujet qui est un lithopédion.

Un lithopédion est un fœtus calcifié, ou fossilisé, et cet objet d'origine malgache va être le clou de l'exposition organisée au Centre d'Art contemporain de Quimper en ce mois de novembre 2015. Benoit Syl, fils du fondateur des Antiquités Syl et qui a repris la succession n'est pas peu fier de montrer et prêter le petit corps fossilisé dans son sac. Madame Nielsen, la commissaire de l'exposition en est toute retournée d'extase.

Si Benoit Syl est le propriétaire de cet objet, il le doit à son ami Jimmy Quévélé, brocanteur et revendeur-fournisseur d'objets d'art à l'antiquaire. Et ses trésors, il va les chercher directement sur place, étant grand voyageur, et sachant dénicher à petit prix des œuvres qu'il négocie avec une marge bénéficiaire assez importante. L'un de ses fournisseurs est Jean-Philippe, dit J.P., archéologue et ami des deux hommes, depuis leurs études communes.

Lorsqu'une affaire bretonne requiert les bons offices de la Criminelle sise encore au 36 Quai des Orfèvres (et non quai d'Orsay comme étourdiment placé dans le roman), le commissaire Velcro est immédiatement désigné pour se rendre sur place. Il vient d'arriver à Quimper, sur les ordres de son supérieur afin d'enquêter sur les agissements d'un certain Hennéque, militaire mais surtout négociateur louche auprès de gouvernements non moins louches. Il fournit, ou plutôt fournissait, des bricoles notamment à Jimmy, lequel vient d'être découvert assassiné dans son dépôt-vente. Théoriquement, Velcro doit enquêter sur Hennéque mais l'effet boule de neige l'amène à s'intéresser au meurtre du brocanteur.

Tout en se promenant dans la vieille ville, s'intéressant aux curiosités locales comme la faïencerie, Velcro parvient au dépôt-vente. L'enquête sur la mort de Jimmy est théoriquement dirigée par le commissaire divisionnaire Le Goff, un vieux briscard, et à son adjoint le tout jeune commissaire Le Goff, du commissariat de Quimper, et naturellement l'intrusion du policier parisien venant marcher sur leurs brisées ne plait guère aux flics du cru. Après avoir effectué ses repérages, Velcro est conduit au commissariat où est déjà présent Benoit Syl, qui a découvert le corps de Jimmy.

Myriam, la légiste, après examen du corps, peut donner la cause du décès du brocanteur. Une injection de tanghin mêlé à des sucs de feuilles de grande cardamone, une piqûre placée au dessus de l'omoplate gauche l'atteste. Un poison que l'on ne trouve qu'à Madagascar. Et sur les lieux du crime, car maintenant il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un crime de sang, une empreinte de pied nu a été relevée.

Ensuite Velcro se rend à l'inauguration de l'exposition au Centre d'Art Moderne. Et il est le témoin de quelques scènes qui ne manquent pas de piquant, à des altercations entre des personnages qui possèdent des liens, forts ou distendus. Pratiquement tous les protagonistes qui évolueront dans ce roman sont présents mais Velcro se rendra compte par la suite au cours de son enquête que les amitiés de façade recèlent de profondes lézardes.

 

Dans cette intrigue que n'aurait pas désavouée Agatha Christie, l'histoire et les relations entre les personnages sont mis au service d'un plaidoyer pour le respect des civilisations qui nous sont étrangères, et qui parfois existent depuis plus longtemps que celle dans laquelle nous vivons.

Les bienfaits de la colonisation contre la culture ancestrale, un thème porteur qui divisera toujours surtout lorsque les hommes politiques s'en mêlent et s'emmêlent, et pourtant en France, combien des fêtes de villages, de revues, d'associations font la part belle aux traditions.

Mais roman policier ou non, les valeurs morales telles que l'amour, l'amitié, et leurs corollaires sont de mises, avec pour arme la vengeance.

 

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5. Editions du Palémon. Parution le 28 mars 2017. 224 pages. 10,00€.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 05:39

Billie, je suis morgane de toi...

Joolz DENBY : Billie Morgan

En préambule de cet ouvrage, cette petite phrase donne le ton :

Ce récit constitue mes mémoires; la vérité, telle qu'elle existe dans mon souvenir.

Et la reviviscence des épisodes malheureux de la jeunesse de Billie Morgan, la narratrice, s'inscrit plus comme un récit, quasiment autobiographique, que comme un roman. D'ailleurs ce mot, Roman, n'est jamais écrit, aussi bien en couverture du livre qu'à l'intérieur.

Et plusieurs pistes peuvent laisser supposer qu'il s'agit d'une histoire réelle, vécue, prégnante dans une mémoire toujours vive. Ainsi le premier chapitre débute par : A vrai dire, je ne sais pas pourquoi je fais ça. Pourquoi j'écris ces mots, pourquoi j'immortalise cette histoire à la con en noir et blanc, en caractères Times New Roman taille 14. Peut-être ai-je besoin de me confesser, comme on le fait dans les mauvais films.

Plus loin, l'auteure ou la narratrice, l'une étant la copie de l'autre, complète son propos par ces mots : Ah, ah, et ça me fait encore mal maintenant, alors que j'écris ce... cette... je ne sais pas ce que c'est. Cette histoire ? Cette confession ? Ce journal ? Ça fait mal et des larmes s'écrasent sur le clavier alors que je martèle les touches d'un seul doigt, le cœur gros.

Oui, le lecteur a l'impression indicible de pénétrer dans un univers non fictionnesque, dans une confession qui peut mener à une rédemption, une expiation, un vomissement d'une enfance et d'une adolescence marquée par une ambiance matriarcale lourde et dénuée d'amour, dans une ville de la province anglaise, Bradford dans le Yorkshire.

Billie n'a quasiment pas connu son père parti avec une autre femme alors qu'elle n'avait que cinq ans et décédé quand elle en avait neuf. Elle a été élevée par sa mère, Jen sa sœur plus âgée qu'elle de huit ans et Liz l'amie de sa mère, qui habitait dans un autre appartement mais était quasiment tout le temps fourrée chez elles.

Son père était une référence, normal pour une petite fille qui cherche des repères, mais sa mère s'ingéniait à briser toute tentative de rapprochement. Billie écrivait des lettres qui aussitôt étaient déchirées par sa génitrice. C'est dans cette atmosphère délétère que Billie a grandi, timide et rebelle à la fois, cherchant à se démarquer et à trouver sa voie. Avec ses copines d'école, c'est presque à qui se maquillerait le plus outrageusement, à porterait des vêtements qui, pour l'époque, choquaient les bonnes âmes, tandis que de nos jours être affublés de pantalons savamment balafrés est pratiquement une mise obligatoire, pour les jeunes s'entend.

C'était l'époque, fin des années 1960, de la libération sexuelle. Mais pas pour tout le monde. En fait, la pilule n'a pas libéré les femmes, mais plutôt les mecs. Ça voulait dire qu'ils n'avaient plus à se soucier de mettre une nana en cloque. C'était sa responsabilité à elle. Et ils ne vous demandaient jamais si vous la preniez, non, pour eux c'était un fait acquis, parce qu'en ce temps là, on ne posait pas ce genre de question, c'était gênant.

C'était l'époque aussi où Billie a commencé, non pas à faire l'amour, il n'en était pas question, mais à ressentir le besoin d'émancipation. Elle est inconsciente et commence à fréquenter les pubs mal famés, pour faire comme ses copines. En mieux si possible et elle se laisse entraîner à devenir porteuse de drogue. Elle-même en use mais si elle accepte de devenir transporteuse de trips, c'est dans la secrète intention d'être acceptée par les Grandes Personnes. Elle aurait fait n'importe quoi.

Elle fait la connaissance de Terry, peut-être le plus malsain de ses fréquentations, et il la viole. Mais elle préfère cacher sa honte et sa peine et si elle se détourne d'une partie de son entourage, elle tombe amoureuse de Mike, un motard qui essaie d'intégrer une bande comparable aux Hell's Angels, les Devil's Own. Ils vont même finir par se marier, dans l'indifférence générale de la famille.

Billie suit des cours aux Beaux-arts, sa passion c'est le dessin, et elle se débrouille bien. Mais un soir que Billie est en manque elle demande à Micky de faire quelque chose. Il y a bien une solution, se rendre chez Terry, qui habite dans une bâtisse située dans un lotissement promis à la démolition. Micky n'est pas en forme, pourtant il accepte de l'accompagner. C'est le drame.

Terry vivait avec Jasmine, une paumée nantie d'un gamin dont il était le mère, Natty. Et Billie va s'occuper de Jas et de Natty. Les années passent et Natty monte en graine, Tata Billie étant son phare, son refuge, son repère. Billie est devenue boutiquière, avec Leckie, qui est également sa meilleure amie. Jusqu'au jour où Natty tombe sur un article journalistique, avec photos en première page, qui s'interroge sur le devenir de personnes disparues. Et Terry y figure en première page. Natty est persuadé qu'il va retrouver son père dont personne n'a plus entendu parler depuis des années.

 

Un livre prenant, dérangeant, pudique, dans lequel Billie se dévoile, intimement, dans fard.

J'ai été quelqu'un de violent. Je n'ai jamais prétendu le contraire. Etant donné que c'est moi qui écrit cette confession, j'imagine que je pourrais me donner le beau rôle. Si je le souhaitais, je pourrais me présenter comme une mère Teresa bis. Je pourrais justifier tout ce que j'ai fait, tracer le portrait idyllique d'une pauvre demoiselle qui a fricoté avec des gens qu'elle aurait pu éviter et... Mais ce n'est pas là mon but. Ce que je veux, c'est dire la vérité.

Et cette vérité, elle s'étale sur le papier, en forme de rémission, peut-être pour l'édification des lecteurs, mais surtout avec l'espérance d'apaiser, de soulager.

Le lecteur ne peut s'empêcher de vibrer à cette histoire, et pour les plus anciens, il retrouvera une époque, celle qui paraît aujourd'hui comme une incursion dans la liberté, dans l'insouciance, dans une forme de délivrance, mais qui n'est qu'un épisode où les hippies prônaient l'amour, mais qui étaient aussi entourés de haine. La drogue, l'alcool, le refus des convenances, étaient comme un soufflet jeté à la figure des personnes campées dans des certitudes morales, religieuses, ancrées dans une époque qui désirait se débarrasser d'un carcan.

Une évocation sans complaisance de la société anglaise des années 1970, période que l'auteure a bien connue puisque Joolz Denby, de son vrai nom Julianne Mumford, est née en 1955. Poétesse, romancière, artiste peintre et photographe, tatoueuse professionnelle, personnalité de la scène punk anglaise depuis les années 1980, elle vit à Bradford, autant d'éléments qui se rattachent à son personnage de Billie Morgan.

Joolz Denby en 2006

Joolz Denby en 2006

Joolz DENBY : Billie Morgan (Billie Morgan - 2004. Traduction de Thomas Bauduret). Editions du Rocher. Parution le 26 avril 2017. 392 pages. 21,90€.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 05:33

Huître ou ne pas huître, telle est la question !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon

Obligé d'assister à un séminaire pour justifier une promotion, Georges Dupin apprécie durant sa pause les évolutions des manchots dans l'enceinte de l'Océanopolis de Brest. Il traîne des pieds, rechignant à rentrer dans le centre des séminaires lorsque son téléphone vient le perturber, comme d'habitude.

En réalité, il est plutôt content car la nouvelle que lui transmet Labat, l'un de ses inspecteurs, va lui permettre d'échapper à cette corvée. Un homme a été retrouvé allongé près du parking d'un restaurant de Port Bélon, couvert de sang. C'est une vieille dame qui a aperçu le cadavre et elle a immédiatement prévenu la gendarmerie de Riec-sur-Bélon.

Le problème se pose lorsque les autorités arrivent sur place : il n'y a plus de cadavre ! Envolé l'inconnu ! Dupin se rend donc à Port Bélon où il rencontre la vieille dame, qui n'est pas indigne, qui a, la première et apparemment la seule, aperçu le corps volatilisé.

Qu'elle n'est pas la stupéfaction de Dupin, et son immense plaisir, de rencontrer une de ses idoles de cinéma, la belle et talentueuse Sophie Bandol. D'accord, elle n'est plus aussi fringante que dans sa jeunesse, mais avec ses quatre-vingts printemps, c'est toujours une femme agréable avec laquelle il fait bon discuter. Malheureusement elle commence à perdre la mémoire, et elle ne se souvient plus très bien des détails.

Une double déception pour Dupin qui attendait plus de cette rencontre. D'autant que Sophie Bandol n'est pas Sophie Bandol, mais sa sœur jumelle, Armandine, créatrice de mode. Et à part un ou deux amis proches, tout le monde dans la région est persuadé qu'il s'agit de Sophie. Et Zizou n'est pas là pour confirmer ou infirmer. Zizou c'est le chien de Sophie, enfin je veux dire Armandine.

Un autre cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, et l'identification est rapidement effectuée. Il s'agit d'un Ecossais qui possède dans son village une huitrière et sur le bras un tatouage représentant le Tribann, symbole d'une association druidique. C'est un mideste pêcheur qui effectue les saisons à Riec et Port Bélon. Ce pourrait-il qu'une corrélation exista entre les deux cadavres, et surtout qu'un rapport pourrait être établi avec les producteurs et affineurs bretons de Riec-sur-Bélon de ces délicieux mollusques.

A moins que, d'autres possibilités s'offrent au commissaire et à ses deux adjoints, Le Ber et Labat. Le Ber s'est entiché depuis quelques temps de culture bretonne mais surtout celtique et il est incollable sur les légendes, les diverses traditions, les associations druidiques existantes dont d'ailleurs font parties quelques membres de la profession ostréicole locale. Nolwenn, la précieuse assistante de Dupin, est elle aussi une adepte de la celtitude qui passionne bon nombre de finistériens. Quant à Labat, il est plus terre à terre, s'inquiétant des ravages que peuvent provoquer des voleurs de sable sur les côtes du sud Bretagne. Pas les vacanciers avec leurs petites pelles et leurs petits seaux. Non des industriels qui pillent l'estran la nuit avec des camions, et qui revendent leur manne aux constructeurs peu délicats. Et Labat risque de s'enliser dans cette affaire qu'il mène en solitaire.

Tiraillé entre trois potentialités, Dupin mène son enquête entre Riec et Port Bélon, les Monts d'Arrée, et Concarneau, son fief, enquête qui s'étant jusqu'à Cancale et en Ecosse, voire jusqu'à Quimper, mais pour des raisons non professionnelles. Car sa Claire, sa fine de Claire, a décidé de quitter la région parisienne et elle vient de trouver une place en cardiologie à l'hôpital de Quimper.

Outre Nolwenn et ses deux assistants, Dupin va devoir composer avec les autorités locales et les légistes. Et comme dans toutes relations professionnelles il existe des atomes crochus ou pas, ce qui n'entrave pas l'enquête, ou peu. Et surtout il doit subir les acrimonies du Préfet, qui s'emporte vite et a tendance à récupérer les lauriers récoltés par Dupin pour s'en coiffer.

De très nombreux animaux jouent les personnages secondaires : des manchots, un requin pèlerin, une oie grise, un chien nommé Zizou, des fruits de mer en abondance et surtout des huîtres, que Dupin déteste cordialement et qu'il ne mange jamais à cause d'une forme d'appréhension non contrôlée.

C'est surtout l'occasion pour Jean-Luc Bannalec, qui n'est pas Celte mais Allemand, de son vrai nom Jörg Bong, de s'étendre longuement sur les aspects touristiques, de décrire la région, de développer les racines de certains us et coutumes bretons et plus précisément celtes en concordance avec les puristes qui ne reconnaissent que six régions celtiques, c'est à dire, l'Ecosse, l'Irlande, le Pays de Galle, l'île de Man, la Cornouaille et la Bretagne. Il s'intéresse également à l'histoire et à la culture de l'huître et aux maladies qui ravagent actuellement les naissains, au grand dam des ostréiculteurs et par voie de conséquence des dégustateurs. Un roman pédagogique qui sera peut-être superflu pour des Bretons, quoique, mais présente de façon attractive cette province du bout de la terre aux touristes et à ces compatriotes teutons qui s'arrachent ses romans.

Ce suspense est à rapprocher des ouvrages façon Agatha Christie, et d'ailleurs Armandine Bandol ne manque pas de déclarer à Dupin : Vous êtes un véritable détective. Peut-être pas aussi bon qu'Hercule Poirot, mais vous vous débrouillez. Vous aller éclaircir ce mystère !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon (Bretonisches Stolz - 2014. Traduction par Amélie de Maupeou). Une enquête du commissaire Dupin. Collection Terres de France. Editions des Presses de la Cité. Parution 13 avril 2017.464 pages. 21,00€.

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 05:30

Le Poulpe aime les boissons gazeuses.

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS.

Gérard, le patron du Pied de Porc, pour une fois accueille Gabriel Lecouvreur de façon un peu trop servile pour être honnête. C'est qu'il a un service à lui demander.

L’oncle et la tante de Maria, les époux Binet (la femme de Gérard pour qui ne connaîtrait pas encore les personnages récurrents de cette saga) ont été abattus à Alicante, lui dans son magasin de confiseries pulvérisé par une bombe, elle dans son bungalow détruit par des explosifs. Vengeance de gangsters, c’est vite dit, et d’abord quel serait le motif ?

La cause en est peut-être dans cette somme d’argent léguée à Gérard et sa femme par des époux, qui franco-espagnols, (Franco étant le mot exact) sont des réfugiés pieds-noirs ayant eu des accointances avec l’OAS, comme le découvrira Le Poulpe en prenant connaissance des documents enfouis dans un coffre-fort d’une banque située à Andorre.

Gabriel est plongé au cœur d’une vieille histoire datant de près de quarante ans. L’OAS de sinistre mémoire, avec comme protagonistes Salan, Susini et un certain lieutenant Le Pen. Les morts s’accumulent parmi les réfugiés ayant appartenu à un groupe Delta et le commissaire qui enquête sur cette affaire n’est pas loin d’inculper Gabriel comme le fauteur de trouble.

Les habitués de la Série Noire retrouveront avec plaisir Martin Brett, de son nom Ronald Douglas Sanderson, qui fournit quinze romans à la célèbre collection dirigée par Marcel Duhamel, avant de voir un de ses manuscrit refusé, jugé comme trop politiquement engagé.

 

Roman écrit par un Espagnol, traduit par Georges Tyras, Oasis pour l’OAS est composé principalement de documents écrits par Binet, de coupures de journaux, qui éclairent l’activité des membres de l’OAS et fournissent une piste sur l’attentat du Petit-Clamart, ou tout du moins offrent une alternative sur cet attentat manqué.

C’est un cas Binet (merci, elle était facile) et ses rejetons par alliance, Maria et Gérard, ne sont guère, dans ce roman, à la hauteur de leur réputation. L’appât du gain les submerge et on les connu meilleurs, plus humains, plus proches de l’idéologie poulpienne.

Un dérapage dans leur comportement mais ne leur en tenons pas rigueur, ils sauront n’en doutons pas, rattraper cette évolution qui ne leur sied guère.

 

Mariano SANCHEZ–SOLER : Oasis pour l’OAS. Traduction de Georges Tyras. Le Poulpe N°206. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 168 pages. 8,00€

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 05:35

Bon appétit, bien sûr !

Pascal GRAND : De sucre et de sang.

Installé depuis quelques mois à Orléans, Antoine Léonard Toussaint est un jeune chirurgien juré, une profession à l'origine des médecins légistes.

Il a fait ses études à Rouen, mais pour des raisons qui lui sont propres, il a été obligé de changer de région. Depuis, il enseigne et dissèque les cadavres, quand il y en a, évidemment. Des morts suspectes comme celui de cet inconnu qui est retrouvé dans une bascule, c'est à dire un tonneau empli d'eau dans lequel les pêcheurs sur la Loire glissent leurs prises afin de rentrer au port avec une cargaison encore frétillante.

Toussaint a fait son trou dans la bonne société, fréquentant plus ou moins les édiles, parfois par obligation, mais surtout le libraire Couret de Villeneuve auprès duquel il achète des ouvrages de La Mettrie, médecin libertin, dont il apprend par cœur des passages. L'un de ses ouvrages de référence est intitulé l'Art de jouir, tout un programme. Il n'est pas indifférent aux jeunes filles de la bonne société, ni aux autres d'ailleurs, mais il est affligé d'un problème, pour le moment insoluble : il a l'aiguillette nouée.

Au cours d'une séance organisée de mesmérisme animal par Louis-Amédée Soupault, riche négociant en produit divers, Toussaint fait la connaissance de la belle et jeune Hortense, fille de la famille Marotte dont il ne reste plus que la mère, le père étant décédé, et un oncle, Etienne. Et Hortense, dont il apprécie la conversation, le mande bientôt chez elle afin de soigner un sien cousin qui a été blessé. Toussaint n'est guère convaincu par les liens de parenté, mais après tout, ceci ne le regarde pas.

Toussaint vit dans un petit logement que lui a conseillé Grostête, lieutenant à l'administration des Turcies et Levées, organisme qui est en charge de la construction et de l'entretien des digues édifiées le long de la Loire. Et l'histoire du tonneau ne plait pas du tout à Grostête, cette affaire pouvant jeter le discrédit sur les pêcheurs.

La mère d'Hortense est l'héritière d'une des nombreuses raffineries sucrières orléanaises, et elle dirige son entreprise d'une main de maître. Seulement, des jeunes femmes sont retrouvées égorgées et les pistes suivies par le commissaire Cerisier, qui mène l'enquête en compagnie de Toussaint, semblent converger vers cette raffinerie.

Toussaint, Cerisier et Grôstête qui apporte son aide, ses connaissances des lieux et son soutien par amitié, vont devoir mener une enquête difficile, contrariée et contrecarrée par le lieutenant général de police Miron de Pont le Roy, et surtout des représentants royaux de la justice. D'autant qu'une directive émanant de l'intendant du roi demande à ce que l'enquête sur le cadavre de la bascule soit considérée comme affaire classée.

 

Toussaint et ses compagnons sont confrontés à des affaires et des enquêtes qui s'intercalent les unes dans les autres, comme un imbroglio dont il est difficile de démêler les différents fils. Le cadavre de la bascule, les femmes égorgées, la faction des Illuminés de Bavière, les expériences de mesmérisme animal, le cousin blessé, les dissensions entre les différents service de police et de justice (déjà !), les tentatives de meurtres envers Toussaint et Hortense, des anciens galériens, une faune qui vit dans les bouges sur les ports d'Orléans et des environs, tout un amalgame admirablement maîtrisé par Pascal Grand qui restitue avec vivacité l'Ancien Régime.

En ce mois de mars 1785, la France et ce petit coin du Val de Loire, ne sont pas plongés dans une léthargie lénifiante. La Révolution approche, mais ce sont surtout les innovations qui se profilent grâce à des jeunes promis à un bel avenir et qui désirent se démarquer de leurs anciens confits dans leurs certitudes. Ainsi Toussaint, ce chirurgien juré, dont les attributions sont les prémices de la médecine légale, peste contre les manquements de ses confrères, contre leurs méthodes désuètes et mortifères.

Plus qu'une histoire policière, Pascal Grand nous offre une reconstitution historique à la Dumas, comme dans le Docteur Mystère, mais sans nous plonger au cœur de la Révolution. Cela viendra peut-être si l'auteur daigne poursuivre les aventures de ce chirurgien et de ses amis, Grostête et Cerisier.

 

Si vous introduisez des femmes dans les loges, les maçons, qui aiment à se dire des hommes libres, deviendront des libertins.

Pascal GRAND : De sucre et de sang. Editions Pavillon Noir. Parution le 18 avril 2017. 320 pages. 14,00€.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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