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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Vous aimez Hubert Haddad ? Vous aimerez Hugo Horst !

Hugo HORST : Le confesseur.

Jeannot, alias Saint-Chrême, alias le Confesseur, est un tueur ainsi surnommé par son protecteur, un ancien d'Algérie comme lui à cause de sa propension à recueillir les confessions de ses victimes avant de les abattre.

Mais son ami, le Préfet a été rayé de la carte des vivants et il en garde une certaine amertume. Il vient à peine d'achever sa besogne en cours qu'un nouveau contrat lui est proposé par un truand nommé Ceruto.

L'heureuse élue s'appelle Elise et comme à son habitude Saint-Chrême fait sa connaissance à la terrasse d'un café avant d'entamer le travail proprement dit. Une nouvelle rencontre est programmée, seulement elle n'aura jamais lieu.

Il apprend par les journaux qu'Elise a été abattue et qu'il est activement recherché par les flics comme meurtrier présumé, un quidam ayant eu la bonne idée de le prendre en photo alors qu'il discutait avec la jeune femme à la terrasse du bar.

Il ne lui reste plus qu'à filer à l'anglaise. Destination l'Afrique, dans un petit village de vacances, puisque apparemment Elise devait y passer quelques jours, ayant égaré un prospectus vantant les mérites de ce club. Il embarque donc, sous une identité d'emprunt, mais ne s'intègre pas au groupe formé par ses compagnons de voyage.

Pourtant l'une des hôtesses lui montre une affection particulière. Tout va bien jusqu'au jour où Elise débarque en compagnie d'autres touristes. Elise qui affirme être Sophie. La révolte vient à gronder et bientôt le club de vacance est transformé en Fort-Alamo, les autochtones se rebellant contre le gouvernement en place.

 

Malgré un épilogue décevant, un peu tir‚ par les cheveux, ce roman mi-noir, mi-aventures exotiques se lit avec plaisir.

Le "héros" peu banal, puisqu'il ressent le besoin de lier connaissance avec ses futures victimes avant d'accomplir son contrat, pourrait, presque, être sympathique.

Hugo Horst ne plante pas le décor africain, il se contente de brocarder un certain type de villages vacances pour touristes aisés.

De quoi vous dégoûter à jamais des voyages organisés et vous inciter à rester à la maison, en compagnie d'un bon livre d'aventures. Par exemple.

 

Au fait, le lien entre Hubert Haddad et Hugo Horst ? C'est le même auteur !

 

Hugo HORST : Le confesseur. Editions Zulma. Parution 22 janvier 1998. 254 pages. 9,20€.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:02

Cela mettrait ce livre à 5$36... Y'a un truc...

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne.

Homme de principes, Falcon ne veut pas être qualifié de tueur à gages mais tient à l'appellation d'assassin professionnel. Et effectivement, il ne joue pas dans la cour des amateurs, des bricolos qui sabotent le travail qui leur est confié.

Ainsi, à Caracas, où sa mission l'a conduit, il a maquillé son boulot de tireur isolé en attentat laissant sur place assez d'indices pour induire les policiers en erreur. Il quitte les lieux la conscience pas vraiment tranquille. Non pas qu'il regrette son geste, il a été payé pour, mais parce qu'il sent qu'il a omis une petite vérification qui pourrait lui être fatale.

De plus, il commence à vieillir, l'âge de la retraite va bientôt sonner pour lui, et les tueurs à gages, principalement issus d'Europe de l'Est arrivent sur le marché en cassant les prix. D'ailleurs il n'a pas touché la totalité de la rétribution qui lui est due, et, homme de principes, il n'accepte pas ce manque à la déontologie. Et il rencontre aux USA son commanditaire, ou plus exactement le représentant de commanditaires texans. Ce n'est pas Dallas, mais ça sent bien le pétrole.

 

Agent analyste de la CIA, Lucy Chan, d'origine chinoise mais Américaine à part entière, elle sait le préciser lorsqu'on la titille sur la couleur de sa peau et sur son nom, Lucy Chan donc, surnommée Lady-Lee, survole l'Atlantique pour une mission au Nigéria. Après Lagos, elle se rend à Port Harcourt, et là aussi ça sent le pétrole, à plein nez, jusque dans ses bottes dont elle a eu soin de se prémunir. Elle rencontre le chef d'antenne de la base locale de la CIA, qui entretient quelques préjugés sur les femmes et leur capacité à mener à bien leurs missions. Elle le détrompe rapidement. L'agent West a alerté la CIA à cause de la tension actuelle et de la chute des cours du pétrole, ce qui est préjudiciable à tout le monde.

Un message crypté attend Lucy Chan lui demandant de se rendre au Nord-Kivu, dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo. A Goma, l'un des résidents, un major parait-il, lui explique que les avions qu'elle entend voler au dessus d'elle sont chargés de cassitérite, provenant des mines exploitées manuellement par les locaux travaillant dans des conditions dangereuses pour un coût extrêmement bas mais qui à la revente grimpe à des prix d'or. Elle approche un Chinois faisant partie d'un groupe de visiteurs appartenant à un conglomérat guère préoccupé d'écologie ou de recherches zoologiques.

 

A Londres un opérateur de marché surveille jour et nuit, sur les quatre écrans disposés devant lui, les cours des actions et des matières premières, des fluctuations régies selon l'offre et la demande.

 

Pendant ce temps, un individu qui se cache sous l'alias de Mister K. envoie des mails, des newsletters, plus ou moins subversifs prétendant éclairer les masses en divulguant les scandales de la spéculation boursière. Une pratique que n'apprécient pas la CIA et d'autres services d'état. Pour un courtier en immobilier, il ne s'agit que d'un emmerdeur qui peut déranger les esprits faibles et agiter ceux des crétins complotistes. Il est vrai que montrer du doigt certaines pratiques financières en jouant avec de l'argent virtuel, peut déstabiliser les marchés boursiers.

 

Sérieux, détaillé, documenté, précis, ce roman est toutefois nimbé d'un humour subtil et Jean-Hugues Oppel se montre même persifleur par intermittence, lors de certaines scènes.

Et le final pourrait paraître baroque, emprunter au non sens, se révéler comme une immense farce, sauf que ce genre de pratiques s'établit en coulisses, sans que le commun des mortels soit dans la confidence. Le maquillage au nom du secret et de la raison d'état et surtout des financiers.

Et ce n'est pas tant l'histoire en elle-même qui n'en est que le support, mais le fond de l'intrigue qui interpelle (c'est un mot à la mode !), mais qui devrait donner froid dans le dos des petits épargnants. Il ne s'agit pas d'une leçon d'économie pour les Nuls, mais de montrer en évidence quelques pratiques peu avouables, et d'ailleurs peu avouées. Et tant pis pour ceux qui se laissent prendre les doigts dans le pot de confiture, ou dans le paquet d'actions achetées et revendues en quelques secondes, empochant ou perdant quelques millions de dollars ou d'euros. La Bourse n'est qu'un immense jeu de Monopoly.

 

Il faut toujours se méfier des pays qui croient nécessaire de mentionner démocratique (ou populaire) dans leur nom.


- Savoir dépenser pour économiser, ne pas hésiter à commencer par perdre pour gagner ensuite, de sages préceptes que trop de grands patrons négligent ou méprisent. Vous connaissez la différence entre un producteur de cinéma américain et un producteur de cinéma européen, surtout français ?
- Allez toujours, je sens que ça va être hilarant.
- Le producteur français se demande toujours combien va lui coûter un film, l'américain combien il peut lui rapporter. A méditer, mon vieux.

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 2 mars 2017. 256 pages. 16,90€.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:47

La devise des Chiens de guerre !

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie.

Les hommes politiques, souvent par démagogie, regrettent souvent le nombre élevé de fonctionnaires et leur principale préoccupation est d'en diminuer le nombre. La plupart du temps pour des motifs cachés, des conflits d'intérêt, car le travail, quel qu'il soit, doit être assuré et dans ce cas, il faut passer des marchés auprès d'entreprises privées avec lesquelles ils entretiennent quelques accointances, souvent financières.

Ancien légionnaire reconverti comme mercenaire, Maxence Stroobants a créé sa petite entreprise de sécurité avec son ami Blaskó, qu'il connait depuis toujours ou presque. Ils étaient sur tous les fronts et continuent. C'est leur vie. Ils aiment et ils assument.

Pour l'heure, nous sommes en janvier 2014 à Falloujah en Irak. Stroobants et son équipe ont été engagés afin d'assurer la sécurité de l'ambassadeur des Emirats arabes. C'est l'une des premières missions confiées à la Stroobants Secure SA, dont Stroobants est le président et Blaskó le vice-président, et il ne faut pas se louper. Les Américains ont plié bagages depuis quelques semaines et les insurgés sont proches. Il faut exfiltrer l'Ambassadeur qui ne se rend pas compte du danger imminent.

C'est une réussite qui appelle d'autres contrats. La petite structure prend de l'importance, les missions se suivent mais ne se ressemblent pas. Presque pas. A Bagdad, Stroobants et consorts doivent réceptionner à l'aéroport des colis légers, une métaphore pour désigner des passagers. Deux hommes en costume cravate et une jeune et belle femme aux yeux verts. Une gendarme nommée Grace Battilana. Stroobants est troublé par l'apparition de cette jeune femme à l'air déterminé.

Grace Battilana a été affectée en Afrique pour des raisons personnelles, une forme de repentance. Et Grace, femme libre, n'invite dans son lit que celui qu'elle veut. Par exemple, son supérieur hiérarchique qui lui met la main sur le genou et la cuisse dans la voiture qui les emmène à une destination quelconque. Elle le rabroue sèchement devant des témoins gênés. Evidemment cette réaction ne plait pas non plus au commandant Frey-Lefèbvre. Mais avec Stroobants, les atomes crochus se sont immédiatement déployés, et une part de tendresse les lie au lit.

Stroobants a décroché un marché au Niger dans la région d'Arlit, auprès de la société Areva. Toujours la sécurité à assurer, les mines d'uranium sont trop précieuses pour les laisser entre les mains de n'importe qui. Les coins périlleux ne manquent pas pour Stroobants et Blaskó, qui se trouvent sur tous les fronts avec leurs hommes. Il faut déplorer des pertes, ce sont les inconvénients de la guerre.

A cause de son incompatibilité d'humeur avec son commandant, Grace est mutée dans une gendarmerie en Bretagne. Stroobants vient la rechercher et lui offre un poste de vice-président, conjointement avec Blaskó. Elle sera chargée de la partie financière, et grâce à une connaissance elle parviendra à effectuer un montage financier qui devrait leur assurer leurs arrières.

Mais la roue tourne et pas toujours dans le sens souhaité. A cause d'un parlementaire aux dents longues, parlementaire d'opposition est-il besoin de le préciser.

 

Roman de guerre, de politique-fiction, de géopolitique, roman noir et de gangsters, Le monde est notre patrie est tout cela à la fois et même un peu plus. C'est également un docu-fiction fort intéressant qui nous plonge dans les soubresauts des pays du Moyen Orient et de l'Afrique, rongés par les conflits religieux et ethniques.

Stroobants, l'homme à l'oreille coupée, un géant qui mène ses hommes au combat avec charisme, est un mercenaire comme les décrivait Jean Lartéguy dans son roman éponyme :

" A ma connaissance, aucun mercenaire ne répond plus à la définition qu'en donne le Larousse :"Soldat qui sert à prix d'argent un gouvernement étranger". Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde -mais mal, car ils ne touchent pas de retraite- et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes."

Son indéfectible ami Blaskó, l'Albinos, lui est tout dévoué et quasiment immortel. C'est l'homme de terrain sur lequel Stroobants peut compter lorsqu'il doit se rendre dans un autre endroit chaud ou négocier des contrats.

Grace Batillana, tout comme Stroobants et Blaskó, possède ses fractures qui ont du mal à cicatriser. La vie n'est pas un long fleuve tranquille pour cette femme aux nerfs à fleur de peau.

D'autres personnages apparaissent peu à peu dans cette galerie, comme ce jeune député aux dents longues, élu d'une modeste circonscription provinciale avec seulement quelques voix d'avance sur son adversaire politique, nommé président d'une commission parlementaire chargée de contrôler les finances de structures indépendantes comme Stroobants Secure S.A. S'il n'avait pas été dans l'opposition mettrait-il autant d'ardeur dans ses recherches ?

 

Au départ, je n'étais guère chaud pour lire ce roman, les lieux et les événements décrits ne m'inspirant pas, les journaux et magazines, la radio et la télévision s'étendant largement sur les épisodes sanglants et meurtriers qui secouent l'Irak, la Syrie et autres parties du monde pour des problèmes religieux et ethniques.

Mais j'ai été entraîné, à mon corps défendant, par ces personnages qui tout en étant des chiens de guerre défendent une certaine idée de la liberté face à des bandits de grands chemins réunis en bandes organisées brandissant le Coran pour légitimer leurs exactions. Du moins c'est ce que l'on voit du côté occidental.

 

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie. Collection Goater Noir N°17. Editions Goater. Parution le 21 novembre 2016. 480 pages. 20,00€.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:51

L'effet qui se coule ?

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine.

Nouvelle aventure pour l'ami Cicéron peu de temps après avoir retrouvé puis perdu son père. Et comme l'on dit quand quelqu'un décède, c'est la vie !

L'installation de caméras vidéos à la gare de Vitry perturbe sérieusement la vie du commissaire Saint Antoine, car les images qu'elles enregistrent lui posent un problème. Il demande l'aide de Cicéron, contre gratification puisée sur une caisse noire, naturellement, mais lorsque le détective qui rien d'autre en chantier entame son enquête, c'est trop tard. Le commissaire a obtenu une explication de la part de la SNCF, ou plutôt des informaticiens chargés du programme, et Cicéron se retrouve une fois de plus les poches vides. Et même qu'il a dû mettre la main à la poche pour surveiller une femme qui figurait sur les photos, quotidiennement, mais dont l'apparence changeait à chaque apparition.

Un problème administratif mais la vie continue, avec ses aléas. Les problèmes administratifs, Momo y est confronté lui aussi, car manchot depuis un attentat, il vend devant l'Interpascher ses Belvédères, un journal de réinsertion, mais la COTOREP, dans sa grande bonté a décidé que comme il n'avait plus qu'un bras, il ne pouvait pas vendre et récolter le pognon en même temps. Le voilà donc sur la touche.

Cicéron a hérité de son père un petit pavillon à Villejuif, et la clerc de notaire qui a réglé la succession lui demande de déjeuner avec elle. Cicéron aurait-il fait une touche ? Non, pas lui mais son commissaire qui se retrouve avec un noyé retrouvé dans la Seine, et dont il ne sait que faire. Mais j'anticipe.

Sandrine, la clerc très claire de notaire, n'a pas invité notre détective pour ses beaux yeux, mais parce qu'elle n'a plus de nouvelles de son mari, disparu depuis deux ou trois jours. Et cette défection conjugale l'alarme. D'autant que Gérard, son époux qui se nomme Manvussa, est un producteur de Téléréalités pour une chaîne câblée, et qu'il lui téléphone tous les jours, non pas pour s'enquérir de sa santé, mais afin de savoir s'il a du courrier. Or Laurence, la secrétaire de Gérard, n'a pas de signes de la part de son patron, et ça c'est inquiétant.

Cicéron accepte d'enquêter, et il emmène avec lui Momo pour prendre accessoirement l'atmosphère des Studios de Brétigny qui sont placés sur Arpajon, simple détail géographique, mais surtout pour rencontrer et interroger Laurence qui confirme l'absence de son patron. Une absence qui l'inquiète (je l'ai déjà dit ? Pas grave, car Laurence double ses phrases, alors ça balance) d'autant qu'il lui avait semblé que la dernière fois qu'elle a vu Gérard dans son bureau, celui-ci paraissait attendre un appel téléphonique ou un message important.

J'ai oublié de préciser qu'entre temps, durant le week-end, Cicéron a rendu visite à son ex-belle-mère, enfin pas vraiment belle-mère puisque son père ne s'était pas marié avec Jocelyne, et à son frère Jérôme, beaucoup plus jeune que lui, qui n'est pas utérin mais consanguin. Vous suivez ? De toute façon, ceci n'interfère pas dans l'enquête que Cicéron doit mener.

Donc, comme je l'ai écrit un peu vite tout a l'heure, enfin il n'y a pas si longtemps que cela, le commissaire Saint Antoine s'est retrouvé avec un noyé sur les bras. Eventuellement, et cela arrangerait Cicéron, si le noyé était Gérard, tout le monde serait content, les deux enquêtes seraient bouclées, et on pourrait passer à autre chose. Mais non, l'aspect physique ne correspond pas. C'est ce qui ressort d'une conversation entre Saint Antoine et Cicéron. Et Saint Antoine, pas bégueule, propose une transaction à Cicéron.

Il a appris que Gérard possédait des relations, notamment avec Le Mahousse, le patron de NRV14, La grande chaîne de télévision, lequel est en relations avec des ministres, et donc Saint Antoine accepte d'enquêter sur la disparition de Manvussa, tandis que Cicéron, officieusement et sans se mouiller, se penchera sur son noyé, en compagnie de Vanessa R'Messa, lieutenante de police, et accessoirement amante, pas religieuse, de Cicéron.

Et voilà Cicéron engagé dans une enquête où il fera de la figuration intelligente, tout comme Momo et René, lequel pris de boisson, comme cela lui arrive souvent, se retrouve en accident de travail à cause d'un accident de cave. La sienne, de cave, précisons-le, mais comme il n'est pas si cave que ça, il s'arrange pour être indemnisé.

 

 

Si les références à San Antonio sont nombreuses et justifiées, notamment lors de sa production dans les années 1950/1960, j'en ajouterai une autre qui peut-être semble moins évidente car cinématographique. Il y a du Charlot, du Charlie Chaplin, là-dedans. Les gags, l'humour, mais la tendresse également, un petit côté naïf et fleur bleu, imprègnent les aventures de Cicéron, avec un brin de désabusement envers la société.

Cicéron n'est pas avare de ses prestations auprès de la gente féminine, mais il pense également à sa famille. Enfin celle qu'il vient de retrouver, car quoique fauché la plupart du temps, il n'est ni pingre ni égoïste. Et avec ses deux compagnons il incarne un célèbre trio, plus respectueux de la loi, mais dont les démêlés sont assez vaudevillesques, les célèbres Pieds-Nickelés, un manchot remplaçant un borgne.

 

Quelques scènes amusantes mériteraient d'être adaptées en sketchs humoristiques telles la leçon de conduite par René dont le permis de conduire a rejoint les archives de la préfecture, ou l'obstination de Brigitte, la pharmacienne préférée de Cicéron, à lui faire ingurgiter des pullules destinées à pallier une éventuelle DSLA (déficience sexuelle liée à l'âge) alors qu'il lui prouve, ainsi qu'à Vanessa, combien son système érectile bénéficie d'une vigueur que personne ne peut remettre en cause. Heureusement pour lui et pour ses partenaires.

Voilà, je vous ai tout dit, ou presque. Et si vous trouvez que mon billet est quelque peu décousu, c'est la faute à Cicéron, ou plutôt à la lecture de ses aventures, des pérégrinations et des situations qui reviennent hanter mon esprit durant la narration et qui me fait parfois perdre le fil. Mais bon, le mieux est peut-être de vous plonger dans ce livre, et non pas dans la Seine.

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine. Les enquêtes de Cicéron N°6. Editions du Palémon. Parution le 23 février 2017. 266 pages. 10,00€.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:41

Avoir un bon copain...

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin.

Mais parfois, cela entraîne le dit copain dans une galère dont il aura du mal à se dépêtrer.

Ainsi le capitaine Jean-Pierre Fortin, Jipi pour les intimes, policier au commissariat de Quimper, ne pensait certes pas que le coup de main qu'il donne à son ami Béjy va se retourner contre lui.

Fortin réglait en compagnie de Béjy, qui outre être pompier est également président du club d'archéologie sous-marine, un problème de moteur sur le bateau du club, lorsque son copain reçoit un appel téléphonique de sa femme. Leur fille Fabienne, âgée de quinze ans, vient de faire le mur, montant à bord d'une voiture de sport. Le conducteur n'est autre que le fils du chirurgien, bien connu des services de police car il s'amuse à revendre de la drogue au lycée. Le père a écrasé le coup grâce à ses relations, mais pour Fortin Fabienne est sûrement embarquée dans quelque chose qui ne sent pas bon. Pas bon du tout même.

Et Fortin se rend immédiatement en compagnie de Kermanach, où est située la villa du chirurgien. Une vingtaine de voitures de sport sont déjà garées dans le parc et la fête bat son plein. Une fête consciencieusement arrosée comme il se doit, entre jeunes filles et jeunes gens de bonnes familles qui s'adonnent à ce que dans le grand monde autrefois on appelait une soirée libertine, de nos jours une partouze et dans certains quartiers une tournante. Mais toutes les jeunes filles, et gamines comme Fabienne, ne sont pas d'accord, mais que peuvent-elles faire sous la loi du nombre. Crier ? Oui, et ce sont justement ces cris qui alertent Fortin et Béjy lorsqu'ils arrivent devant la demeure.

Une bagarre éclate entre Fortin et Béjy, et quelques membres mâles de cette petite sauterie. Ils sont pris à partie par un gros bras qui veut montrer qu'une batte de base-ball n'est pas uniquement un instrument pour taper dans une balle. Fortin reçoit un verre d'alcool en pleine figure ce qui ne lui éclairci pas les idées, et la bagarre devient générale. C'est à ce moment que surviennent les gendarmes et qu'au cours de leur perquisition ils découvrent allongée mollement dans la baignoire d'une des salles de bain de l'étage une femme défunte d'une trentaine d'années. Et cette mort est suspecte.

Donc, outre un agent de sécurité, un programmateur de musique (disc-jockey en français), dans ce gentil tohu-bohu il y avait donc cette femme qui après vérification d'usage de son identité s'avère être Germaine Durant plus connue dans le petit monde des nuits parisiennes sous l'appellation de Jessica Baccara, répertoriée comme hôtesse d'accueil. Pour une partie fine entre adolescents, cela fait quand même pas mal de trentenaires, et pas des meilleures relations.

Fortin convaincu d'agression, et de plus son corps dégageant quelques effluves d'alcool, est arrêté par les Bleus. Et son statut de capitaine de la police n'y fait rien. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Et son commissaire ne peut rien faire sauf que de le suspendre, voire le révoquer. Et ça le lieutenant Mary Lester ne veut pas en entendre parler. Alors elle prend la défense de son ami Fortin, et enquête sur les brisées de la gendarmerie, ce que n'apprécie pas l'adjudant-chef Cotten. Un gars borné, pour qui le règlement est la Bible sacrée du gendarme, sa tacata-tactique, à laquelle il ne faut déroger sous aucun prétexte.

 

Mary Lester est une battante qui sent qu'un coup fourré s'est préparé insidieusement et dont Fortin se trouve être la victime. Elle se doute d'où cela peut venir mais pour cela elle doit mener ses investigations. Et elle sent que Bejy n'est peut-être pas net dans cette affaire. Peut-être.

Elle va demander la coopération de Passepoil, un policier spécialiste de l'informatique et non pas l'un des compères de Lagardère, afin d'effectuer des recherches, s'adjoindre, en remplacement de Fortin, Gertrude, une forte femme dans tous les sens du terme. Mais une autre jeune femme décède dans des conditions qui demandent une enquête, et cela conforte Mary qu'elle se trouve sur la bonne piste. Elle va notamment se rendre du côté de Châteaulin dans une ferme, obtenir l'aide d'un ornithologue amateur, faire jouer quelques relations.

 

Déjà trente-neuf romans (ne pas se fier à la numérotation car il existe des volumes doubles) que Jean Failler a consacrés à Mary Lester et je n'en avais encore jamais lu un. Une carence que je vais combler car j'ai été conquis par, non seulement cette histoire, mais également par Mary Lester, et le côté humaniste de l'auteur. Et les quelques références placées ici ou là dans l'ouvrage à propos d'affaires précédentes m'y incitent fortement.

Si le personnage de Mary Lester est attachant, c'est le côté humain qui prédomine. Outre les antagonismes existant entre les Bleus et les policiers sont particulièrement intéressants, le côté strict des uns mettant en valeur le côté plus indiscipliné pour la bonne cause des autres. Enfin pas tous, car il y a quand même quelques réticences de la part des supérieurs de Mary Lester, et tous les gendarmes ne sont pas bornés, étroits d'esprit comme Cotten.

Sont mis en évidence également les difficulté des paysans, des agriculteurs bretons, par le biais d'une famille qui se retrouve ruinée, pour des agriculteurs j'aurais pu écrire fauchés, obligés de s'endetter pour mettre leurs installations aux normes. Le paysan n'a pu faire face à la crise, de la chute des cours des prix, n'a pas pu bénéficier de la largesse des banques qui ne prêtent qu'aux riches, et ce fut la dégringolade, le refuge dans l'alcoolisme.

Rien de misérabilisme, mais une vision impartiale et poignante de ce que peuvent vivre de nombreux cultivateurs et éleveurs, dans un marché tourné vers l'international, et qui ne marche que par une productivité à outrance pour peu de bénéfices. Quant il y en a. Ce n'est pas un réquisitoire, mais un constat amer.

Un roman agréable à lire et à méditer, et je sais que bientôt je vais retrouver Mary Lester dans des aventures précédentes puisque je possède quelques ouvrages que je n'avais pas lus, pour des raisons que je ne saurais préciser.

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin. Collection Mary Lester N°45. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:23

Si, un peu quand même...

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur.

La pêche au gros est pratiquée, en général, en milieu marin pourtant il est des endroits improbables dans lesquels on peut s'adonner à ce sport physique.

Un mort vient d'être retrouver dans les eaux du Lower lake, un lac de Crystal Palace, quartier situé au sud de Londres. Mais il ne s'agit pas d'un mort ordinaire. Lynn Dunsday est journaliste au Bumper, un média en ligne et elle vient d'être informée de l'horrible découverte par une auxiliaire du journal dont le métier est de traquer les informations susceptibles de constituer le corps d'un article sensationnel.

Lynn se rend donc sur place et retrouve Trevor Sugden, vieil ami et journaliste lui aussi au Broadway News, journal papier à faible diffusion mais dont le format est original. Et sur place, ils s'aperçoivent immédiatement que ce fait-divers devrait passionner les lecteurs à cause de la mise en scène qui l'entoure.

Un palan vient de retirer des eaux du lac un siège baquet sur lequel est attaché un cadavre. Le corps porte autour du cou une pochette bleue, un peu comme en sont dotés les passagers d'un avion. Et des traces de peinture bleue dégoulinent délayées par l'eau.

Les deux journalistes sont refoulés par les policiers qui forment un barrage délimitant l'endroit où le corps a été repêché, mais la télévision est sur place. Lynn et Trevor enragent de ne pouvoir compléter leur reportage, mais rien n'y fait. Toutefois ils possèdent déjà assez d'éléments pour écrire leurs articles.

Andy Folsom est un policier attaché au service des homicide et il est chargé en compagnie de son responsable d'enquêter sur cette macabre découverte. Il sort depuis quelques temps avec Lynn, des rendez-vous amicaux dans des bars ou restaurants, et il aimerait bien que cela devienne plus fusionnel. Lynn n'est pas encore prête à engager une relation amoureuse mais il ne désespère pas. Il peut apporter un peu plus de précision sur ce cadavre pour l'heure encore inconnu.

Avec Trevor, Lynn se lance dans la recherche d'informations plus concrètes. La mise en scène lui rappelle quelque chose, ainsi qu'à Trevor. Et c'est le déclic. Un accident d'avion qui s'est déroulé quelques dizaines d'années auparavant, le 10 décembre 1967. Le Beechcraft à bord duquel le chanteur, alors âgé de vingt-six ans, s'est écrasé dans le lac Momona, Wisconsin. Son corps avait été repêché alors qu'il était encore attaché à son siège baquet. Détail macabre, l'un de ses bras avait été congelé dans les eaux du lac. Or le cadavre possède la même particularité.

Cette mise en scène démontre que l'assassin joue avec les policiers. De plus le meurtrier vient de poster sur Internet des vidéos le montrant exécuter son forfait. Bien sûr il n'est pas reconnaissable mais c'est l'acte de mise à l'eau qu'il a filmé.

Lynn obtient des détails par son ami Andy, malgré les mises en garde de ses supérieurs, tandis que Trevor possède lui aussi ses sources de renseignements, dont il ne veut dévoiler la provenance mais qu'il partage toutefois en partie avec la jeune journaliste.

Un jeu pour le meurtrier, une provocation également. Et un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'une femme, dans une mise en scène tout aussi macabre qui rappelle une autre affaire.

 

Plus que l'enquête en elle-même, une intrigue construite avec rigueur, menée par les policiers d'un côté et les deux journalistes de l'autre, sans que jamais ou presque apparaisse l'assassin, ce sont les parcours des trois protagonistes principaux, Lynn Dunsday, Trevor Sugden et Andrew Folsom qui forment la colonne vertébrale du roman. Chacun d'eux ou presque sont des fracturés de la vie. Et le journalisme est leur rédemption. Mais jusqu'à quand ?

Mais un autre problème est évoqué, celui de l'information partagée que l'on subit chaque jour plus ou moins consciemment et dont le contenu se veut agressif et intrusif afin de capter l'attention du maximum de lecteurs. Dégotter l'information le premier, tel est le mot d'ordre des rédacteurs en chef, et plus particulièrement celui du Bumper, mais pas n'importe quoi. Du sensationnel, des citations, des témoignages. Et comme le déclare Grant, le patron de Lynn :

Un bon papier, c'est quand les gens le lisent et ont envie de raconter l'histoire qu'ils viennent de lire à tous leurs copains.

Pour autant, il ne veut pas entrer dans le système du voyeurisme, dans le genre de sites qui comme Bestgore diffusent des vidéos sordides, d'horreur, de petits films tels que la dégustation par un individu taré de morceaux de viande prélevés sur son copain (véridique!). Ou des viols, des meurtres, tout ce qui plait à une population qui se délecte du visionnage de ces reportages tournés dans un but inavouable. Des photos et des vidéos non bricolées, non retouchées, partagées, car les gens ont le droit de connaître la vérité, d'après le créateur de ce site malsain. Et il en existe d'autres.

Car tous se retranchent non seulement dans le droit mais dans le devoir d'information, la soif de vérité et la lutte contre les prétendues censures du Net. Et la frontière entre information et voyeurisme est floue.

C'est tout cela que Michel Moatti dénonce dans ce roman, car au-delà de l'intrigue bien ficelée mettant en scène un assassin qui justement aime faire de la mise en scène, dans un but bien précis, ce sont les médias toujours à l'affût du sensationnel qui sont visés. Et la mise en ligne de vidéos n'est plus seulement affaire de professionnels, mais d'amateurs qui sur Youtube, par exemple, mettent n'importe quoi pourvu que cela choque et attire des visiteurs. Le poids des mots, le choc des photos, slogan cher à Paris-Match, est détourné au profit de ceux qui veulent faire de l'audience, à n'importe quel prix.

Mais Michel Moatti, tout en apportant quelques descriptions, ne joue pas dans cette cour vénéneuse, et les images que le lecteur peut se représenter, il se les forge mettant son imaginaire au service du suggéré. D'ailleurs le rythme est rapide, les chapitres sont courts, presque comme des articles journalistiques, et l'ennui, qui pourrait insidieusement s'insérer consécutif à de trop longues descriptions, n'a pas le temps de s'installer que déjà on passe à une autre image, comme une lecture kaléidoscopique.

 

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur. Editions H.C. Parution le 16 février 2017. 474 pages. 19,00€.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 06:41

Un héritage pas forcément convoité...

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur.

Le commandant Workan n'apprécie pas d'être dérangé au téléphone, même si c'est une dame qui le demande. Mais lorsque sa correspondante lui précise que ce qu'elle a à lui confier concerne, entre autre, sa mère et qu'elle lui donne rendez-vous au Décollé, son intérêt est immédiatement éveillé.

Deux affaires distinctes qui pourtant possèdent un vague rapport, d'après ce que Workan comprend.

Sa mère a été assassinée de nombreuses années auparavant dans des conditions mal définies, et il en garde une trace indélébile. Mais le Décollé, ou Pointe du Décolé, le ramène quelques semaines en arrière, à Saint-Lunaire près de Saint-Malo. Une enquête qui avait été confiée à son adjoint le capitaine Lerouyer mais qui s'était soldée par un échec et transmise à la gendarmerie locale.

Le lendemain en fin d'après-midi il se rend donc à Saint-Lunaire et rencontre madame Drummond, une vieille dame, enfin pas tant que ça puisqu'elle n'est que septuagénaire, dans sa villa. Bien entendu la conversation débute par le rappel de l'assassinat qui s'est déroulé sur la personne d'une jeune femme, une prostituée d'après madame Drummond, l'affaire non résolue, mais il s'agit de tout autre chose dont elle veut entretenir Workan.

Elle lui révèle, sous le sceau du secret, qu'elle n'a pas d'enfant, possède une sœur, Jessica, mais plus important et plus effrayant, qu'elle est l'arrière-petite-fille de Russel Stablehorse. A première vue, ce nom ne dit rien à Workan, mais lorsqu'elle lui précise que Russel Stablehorse est plus connu sous le nom de Jack l'Eventreur, le commandant de police en reste sur le cul. Heureusement qu'il est assis.

Tout d'abord il pense à une affabulation mais elle possède des documents, des feuillets écrits de la main du tueur qu'elle a photocopiés, les orignaux étant placés dans un coffre, selon lesquels le fameux Jack dit l'Eventreur auraient perpétrés plus de crimes que ceux recensés puisqu'il aurait également sévi en Indes où il a résidé quelques années pour son travail d'architecte. Or il semblerait que le meurtre en 1999 de la mère de Workan, Ewa, serait signé par un individu agissant de façon similaire que le célèbre tueur britannique. Une méthode utilisée envers la jeune morte découverte à Saint-Lunaire.

Madame Drummond pense que le copieur pourrait être Terry, le fils de Jessica, internée dans une clinique psychiatrique de Dinan, dont elle n'a plus eu de nouvelles depuis des années. Quant au frère de Terry, Harry, il est supposé mort dans un affrontement militaire en Afghanistan au début des années 2000. Or Terry est le premier descendant mâle de Russel Stablehorse et la corrélation entre les deux hommes de la famille semble évidente.

Et Workan se trouve plongé à nouveau dans ce drame familial qui le perturbe quotidiennement, l'assassinat non résolu de sa mère. Il tient absolument à s'investir personnellement, malgré le refus de son patron, le commissaire divisionnaire Prigent, et de la procureure Sylviane Guérin, qu'il ne porte pas dans son cœur. Et c'est réciproque. Mais une autre affaire le requiert, l'agression d'un chirurgien-orthopédiste d'une clinique rennaise. Or l'homme de l'art est l'ami d'un député qui brigue un poste ministériel, donc il faut tout mettre en œuvre pour découvrir l'agresseur, rapidement et sans faire de vagues.

Workan se renseigne auprès de monsieur Cochet, un résident de Saint-Lunaire, qui avait hébergé la défunte de l'été précédent. L'homme reconnait volontiers avoir accueilli la jeune femme, une nommée Yuliya Svyrydiuk, originaire d'Ukraine. C'est un homme serviable que ce monsieur Cochet qui offre asile à ce que pudiquement on appelle une escort-girl. Yuliya a été remplacée par Cathia, qui pourrait être originaire des Balkans mais l'est tout prosaïquement de Clermont-Ferrand. Cette brave môme va connaître le même sort que sa prédécesseuse.

Workan refile l'affaire du chirurgien à ses adjoints Leila et Roberto. Leila est accessoirement sa maîtresse, et Roberto ne se montre pas futé. Alors évidemment ça patine et Workan est obligé de mener de front les deux enquêtes, l'officielle et l'officieuse, en ménageant la chèvre et le chou. C'est-à dire la procureure et le commissaire.

 

Workan est un policier qui use de l'humour à froid, grinçant, voire acerbe, et ses réparties cinglantes, avec notamment Sylviane Guérin, la procureure, donnent une note humoristique dans une intrigue qui lui tient personnellement à cœur. Et dont le résultat pourrait le libérer d'un poids qu'il traîne depuis quinze ans comme un boulet. Un souvenir dont il ne peut se défaire, ravivé tous les ans par la réception d'un morceau de tissu ensanglanté.

Workan, on a déjà pu s'en rendre compte dans les précédentes aventures dont vous pouvez retrouver les chroniques ci-dessous, est un policier bourru, agissant comme un électron libre. Il circule à bord d'une vieille Bentley, son côté provocateur.

Le côté humoristique est complété par ses relations avec Leila, et surtout par les bévues de Roberto, l'adjoint qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas prendre d'initiatives.

Mais le plus important dans ce roman, c'est bien le côté personnel auquel Workan est confronté. Ce retour en arrière sur le décès de sa mère. Et Hugo Buan joue avec brio sur le présent, les mortes de Saint-Lunaire, le passé proche, l'assassinat de la mère de Workan, et le passé plus lointain, ce retour en arrière sur les traces de Jack l'Eventreur. Bien entendu, tout en apportant une thèse sur l'identité de cet assassin, Hugo Buan reste fidèle à l'Histoire du Ripper tel que décrite par les spécialistes.

Amusant parfois, émouvant souvent, ce nouvel opus des enquêtes de Workan est une réussite. Avec une porte ouverte sur une nouvelle affaire. Seul petit point noir, Harry, le frère supposé décédé en Afghanistan, est prénommé en fin de volume Andy.

 

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur. Commissaire Workan N°8. Editions du Palémon. Parution le 22 septembre 2016. 304 pages. 10,00€. Version numérique 5,99€.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 11:35

Hommage à Paul Gerrard, né le 21 février 1910.

Paul GERRARD : La Javanaise.

Si les jeux des adultes et ceux des enfants parfois se ressemblent étrangement, il faut bien constater néanmoins que ceux des adultes sont toutefois plus meurtriers et moins ingénus.

Si Sandri et ses petits camarades se frottent à la bande des frères Peyraud, Les Rouquins comme ils les ont surnommés, en réalité cela ne va jamais bien loin.

Enfin pas jusqu'à mort d'homme ! Ce n'est pas comme les adultes qui n'ont aucun savoir vivre.

Pour un malheureux colis qu'ils s'arrachent, les voilà qu'ils défouraillent à tout va. Même que les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Surtout pas pour le pauvre Sandri, le pauvre, qui récolte des pruneaux alors qu'il ne demandait rien à personne. Juste un peu d'amour et de compréhension.

Mais, et si on envisageait l'hypothèse, saugrenue je vous l'accorde, que le jeune Sandri était celui à qui étaient destinées les projectiles ?

En ce cas on serait en droit de se demander ce qui avait nécessité de telles mesures expéditives. Les morts gratuits, cela existe, et comme dit son père, Je suis le plus insignifiant des hommes et mon fils n'avait que le capital de sa jeunesse.

 

Un roman policier qui débute un peu comme un ouvrage destiné à la jeunesse mais qui devient très rapidement pathétique, avec un regard sans complaisance jeté sur des parents, des adultes cyniques.

D'ailleurs Paul Gerrard, né sous le patronyme de Jean Sabran, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de Paul Berna dont l'immortel : Le cheval sans tête, qui a reçu le Grand Prix de littérature du salon de l'enfance en 1955.

De temps à autre on redécouvre Paul Gerrard et il serait bon de retrouver quelques rééditions de bon aloi, ne serait-ce qu'en volume Omnibus. Il le vaut bien. Même si des Intégrales ont été publiées par le Masque à la fin des années 1990, mais cela est bien loin et les ouvrages ne sont plus disponibles.

La Javanaise, un roman dur, émouvant, poignant, avec cependant quelques touches d'humour, histoire de mieux se replonger dans la triste réalité.

 

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Paul GERRARD : La Javanaise. Collection Le Masque Jaune N°1964. Parution 5 juillet 1989.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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