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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:08

Ma grand-mère a un grenier

plein de toiles d'araignée ;

mais dans les coffres de bois

on y trouve des merveilles... (Claude CLEMENT)

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux.

Mais dans le grenier évoqué dans ce roman, inspiré de faits réels, ce ne sont pas forcément la présence de jouets qui incite l'abbé Henri Tissier à inviter la jeune Clémence à s'y rendre.

Tout commence en 1853, lorsque le curé Georges, de la paroisse de Saint-Maur près de Châteauroux, tombe malade. Il a monté un mur, un beau mur tout le monde l'affirme, sous la pluie, et depuis il tousse à rendre l'âme et ne peut plus se lever. Sa bonne Marie est désolée, d'autant que le médecin n'arrive pas à juguler la maladie.

Le jeune abbé Henri Tissier est chargé par l'évêché de le suppléer dans ses tâches sacerdotales. Il est beau, charmant, affable, l'abbé Tissier et si les paroissiens se désolent de l'agonie du curé Georges, ils acceptent avec plaisir son remplaçant.

Le curé Georges demande à l'abbé d'aller voir Denise Mesure, la femme du garde-champêtre. Elle a la réputation de s'y connaître en plantes médicinales et elle pourrait peut-être lui préparer des potions susceptibles de l'aider à le soulager. Lors de sa visite à cette dame Mesure, dont l'habitation est sise non loin de la forêt, l'abbé Tissier remarque la jeune Clémence, neuf ans. La gamine est elle aussi impressionnée par cet abbé et lorsqu'elle se rend au catéchisme, elle n'a d'yeux et d'oreilles que pour lui.

Clémence est tellement subjugué par cet abbé aux allures de dandy, que lorsqu'à la fin du catéchisme, en cachette des autres enfants, il lui propose de visiter le grenier magique, elle ne refuse pas. C'est l'engrenage infernal qui débute et durera des années.

Clémence devient renfermée, parfois coléreuse, elle refuse même l'Eucharistie. Son père trop occupé à placer ses procès-verbaux ne se rend compte de rien. La mère, elle, se pose des questions, mais elle attribue ce changement d'humeur de sa fille à l'âge ingrat. Les parents confits en dévotion deviennent sourds et aveugles aux tourments de leur fille.

Le curé Georges vit toujours, alité, et l'abbé Tissier reste à demeure. Personne ne s'aperçoit de la transformation physique et psychique de la gamine, tout juste ose-t-on proférer qu'elle est dérangée. Elle doit subir seule son esclavage.

 

Triste histoire de cette fillette qui à l'âge de neuf ans connaîtra le loup comme il était de bon ton de le dire dans les campagnes. Elle va bientôt vivre repliée sur elle, dépendante de cet abbé exigeant, autoritaire envers elle et affable envers ses paroissiens.

Ce qui est le plus désolant dans cette affaire, c'est l'aveuglement des adultes, pour qui un homme de religion ne peut être que bon et aimant, dont les actes ne peuvent être contraires aux principes édictés par la charité chrétienne et dont la morale ne peut être prise en défaut.

Seulement, aujourd'hui encore nous apprenons tous les jours, ou presque, que de telles dérives existent toujours. Et que l'impunité prévaut sauf lorsque la voix populaire se fait assourdissante.

Une fois de plus Viviane Janouin-Bénanti emmène son lecteur dans une trouble affaire exhumée des archives provinciales. Au début on croit lire une histoire telle qu'aurait pu la narrer George Sand, champêtre, pastorale, voire bucolique, mais bien vite on entre dans le désarroi d'une gamine à cause de l'inconscience et le déni face aux comportements de religieux qui, après tout sont des hommes comme les autres avec leurs défauts.

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux. Geste édition. Parution le 30 août 2016. 280 pages. 16,00€.

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:48

C'est le pied !

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive.

En ce début de mois de juillet 1791, la chaleur est étouffante sur Paris, mais pour autant ce n'est pas cette canicule qui échauffe les esprits des Parisiens, mais l'incartade récente du roi Louis XVI.

Le monarque a tenté de rallier l'Autriche en calèche, mais a été reconnu puis arrêté à Varennes. Et cela gronde, d'autant que les diverses factions et associations, mouvements révolutionnaires se déchirent pour ou contre le roi, et surtout quel régime adopter.

Le jeune Victor Dauterive, pas même vingt ans, qui a préféré adopter ce nouveau patronyme afin d'abandonner toutes références familiales, est sous-lieutenant de la Gendarmerie nationale, nouvelle appellation de la maréchaussée. C'est le protégé de La Fayette, mais ce n'est pas pour autant qu'il ne garde pas sa liberté de penser et d'agir.

Des affiches fleurissent sur les murs. Des individus pleins de bonnes intentions les lisent aux badauds illettrés qui n'en perdent pas une miette. En substance ces libelles dénoncent l'impunité royale et ordonnent aux citoyens de ne plus lui obéir. Un vieil homme tente d'arracher celle apposée entre deux échoppes en place de Grève, mais la foule le conspue et le rejette. Victor, en compagnie de quelques gendarmes placés sous son autorité, le protège de ses agresseurs et l'enferme dans une pièce vide de l'Hôtel de ville. Il s'agit d'un aristocrate qui n'a plus toute sa tête. Mais le vieux fou s'échappe et il est écharpé par la foule.

Le commissaire Piedeboeuf de la section du Louvre, est avisé qu'un cadavre a été retrouvé dans la Seine. Il est presque nu. Un escarpin quasi neuf est découvert non loin. Le défunt au visage angélique, presque féminin, âgé d'une vingtaine d'années, porte une trace de coup sur la nuque. Le vol pourrait être le mobile de ce crime mais il importe d'abord de découvrir l'identité de l'homicidé.

Piedeboeuf met son honneur à découvrir le ou les coupables, et en partant de l'escarpin, essaie de découvrir le cordonnier qui l'a fabriqué afin de déterminer l'identité du noyé. Bientôt il découvre que l'homme fréquentait un milieu spécial, des sodomites, une pratique dont il aurait pu faire les frais. Le crime de sodomie entre adultes consentants a été dépénalisé dans le nouveau code pénal, mais ce n'est pas pour autant qu'il est accepté dans toutes les couches de la société.

Le lynchage du vieil aristocrate reste en travers de la gorge de La Fayette qui vire immédiatement, sans arme ni bagage, Victor. Le jeune homme est fort marri, ne comprenant pas et n'acceptant pas non plus cette sanction. Il apprendra un peu plus tard qu'il s'agit d'une manœuvre de la part de son mentor afin qu'il infiltre les rangs des Orléanistes et dénicher quelles sont leurs intentions, et surtout comment ils vont les mettre en œuvre. En effet le Duc d'Orléans, ou plutôt ses proches rêvent d'instaurer une régence, le futur Philippe-Egalité prenant la place de son royal cousin. Choderlos de Laclos étant le principal conspirateur.

Mais Victor n'en a pas fini de ses ennuis car la faction orléaniste le traite d'espion à la solde de La Fayette, et il se demande qui a pu le trahir. Heureusement il trouve soutien et         assistance grâce à un Titi, dont un pied est en vrac, et qui s'incruste dans sa vie, malgré ses objurgations. Mais Joseph, ainsi se prénomme le gamin de dix ans, en reconnaissance d'une bonne action se trouve toujours présent dans les moments délicats.

Car Garat, un ancien planteur de Saint-Domingue, dit Garat l'Américain, assisté de ses séides mettent les bâtons dans les roues de Victor, étant membres de la faction orléaniste. Piedeboeuf et Victor vont se rencontrer dans des conditions désagréables, surtout pour Piedeboeuf, leurs deux enquêtes devenant liées.

 

Un épisode historique qui se déroule du 11 juillet 1791 au 17 juillet 1791, et qui se clôt sur un drame dont parlent certains manuels scolaires. Les personnages réels et de fiction cohabitent et toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est pas fortuite. Ainsi Garat L'Américain est le clone d'un planteur ayant existé, mais sous un autre nom.

Nous retrouvons au détour des pages, La Fayette, Choderlos de Laclos, Danton, Olympe de Gouge, Louise de Kéralio, première femme à être rédactrice d'un journal, politique qui plus est, Fragonard qui prodigue les conseils auprès de Victor qui dessine à ses moments perdus, et autres figures de la Révolution.

Mais avec Garat, l'histoire bifurque vers d'autres possibilités, vers d'autres intrigues et personnages, car le passé du planteur est trouble et le rejoint. Il est entouré d'individus guère fréquentables dont Jean-Baptiste Retondo, surnommé le Professore, un agent provocateur.

Le rôle de Danton, figure historique des Cordeliers puis des Jacobins, en opposition avec Robespierre, est mal défini, et jusqu'à présent il n'a véritablement trouvé grâce qu'aux yeux d'Alexandre Dumas, dans son roman Le Docteur Mystérieux. Un personnage ambivalent, comme la plupart des hommes politiques qui sous couvert de servir la Nation, pensent également à eux, en premier.

Et le rôle du commissaire Charpier, dont on fait la connaissance dans le précédent ouvrage mettant en scène Victor Dauterive est tout aussi ambigu.

Mais le plus attachant de tous, c'est bien le petit Joseph, orphelin, boiteux, intrépide, courageux, fidèle, véritable Titi parisien association de Gavroche et de Poulbot.

Pour écrire son roman Jean-Christophe Portes s'est appuyé sur des références historiques ne souffrant d'aucune contestation, jusqu'à preuve du contraire.

On ne peut s'empêcher de comparer certaines situations de l'époque et celles d'aujourd'hui. Ainsi :

Un grand vent de liberté soufflait depuis 1790 sur les anciennes corporations, ces privilèges qui selon beaucoup de députés freinaient la liberté économique. Les fiacres et autres voitures de louage n'avaient point échappé aux réformes, et c'est ainsi que le monopole détenu jusqu'alors par une certaine compagnie du sieur Perreau avait été abolie.

Ce décret du 19 novembre 1790 prévoyait que n'importe qui pouvait tenter sa chance pourvu qu'il s'acquitte de la taxe de 5 sols par jour et respecte des obligations communes à tous. L'on peut mettre en comparaison aujourd'hui les taxis et les VTC (voiture de tourisme avec chauffeur) qui n'acquittent pas les mêmes taxes et dont le prix des licences est différent selon les catégories de ces moyens de transport. Mais ceci est une autre histoire.

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution le 9 novembre 2016. 432 pages. 19,00€.

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 06:38

Être né quelque part
Pour celui qui est né
c'est toujours un hasard...

Cicéron ANGLEDROIT : Nés sous X. Les enquêtes de Cicéron

Etre chargé de résoudre deux problèmes à la fois, pour Cicéron Angledroit, détective privé de rentrées financières, c'est beaucoup à la fois.

Pour autant, il ne peut se permettre de refuser une manne, même si cela va l'obliger à déléguer la garde de sa petite Elve à sa voisine Félicie, à remettre à plus tard quelques réchauffements climatiques sous la couette en compagnie d'une pharmacienne, voire même à se lever plus tôt que d'habitude.

Son ami René, le spécialiste du rangement de chariots à l'Interpacher, lui demande d'aller le voir à leur café habituel, il doit lui présenter un dénommé Margueron, lequel a une histoire bizarre à raconter.

Margueron, c'est un vieux motard, que jamais, qui a assisté à un hold-up. Curieux, le bonhomme a suivi les malfaiteurs, qui portaient leur butin dans des sacs publicitaires (plus facile à distinguer) jusqu'à un pavillon. Puis ensuite sur un parking où les malfrats ont changé de voiture, enlevant les cagoules qui protégeaient leur incognito. Je résume, j'abrège, je concatène...

Et c'est ainsi que, grâce à un article journalistique qui rendait hommage à deux policiers qui venaient de résoudre des affaires de hold-up, qu'il a reconnu ses deux voleurs.

Cicéron est intéressé par la narration de Margueron et il en fait part au commissaire de sa ville, lequel est fortement séduit par cette histoire. Il commençait à être agacé par les éloges rendus à la brigade d'une commune de l'Essonne et il se dit qu'il a un moyen pour rabattre leur caquet à ces collègues peu scrupuleux montrés du doigt par le ministère comme des éléments fiables et dignes de leur profession.

Le commissaire va même jusqu'à proposer de rétribuer, de la main à la main, en ponctionnant dans une caisse noire, notre détective qui n'en demandait pas tant mais un peu quand même. Cicéron doit démontrer la forfaiture des deux policiers tout en menant de front une autre recherche pour le compte d'un certain Mourad N'Guyen.

Malgré son patronyme, l'homme qu'il rencontre dans une cité rénovée et rebaptisée BHL pour des raisons indépendantes de sa volonté, l'homme ne correspond pas du tout physiquement à son nom. Il explique cette dichotomie par le fait qu'il est un enfant adopté par un couple de Vietnamiens musulmans. Or, un de ses amis lui a montré un article publié dans un journal, encore un, relatant un fait-divers peu banal. Un forcené habitant Maurepas a tiré sur sa famille, sa mère, sa femme et sa fille. Il a été arrêté mais la famille a subi quelques dommages. Ce n'est pas ce qui a attiré l'attention de Mourad, mais le fait que cet homme est son sosie. Il aimerait savoir s'il s'agit d'une coïncidence, ou d'autre chose qu'il a du mal à définir. Il paiera Cicéron en plein de carburant étant donné qu'il travaille à la station-service en face de l'Interpacher. Et au prix de l'essence, ou du diesel, c'est quand même cadeau.

 

Sous des dehors amusants, légers, voire futiles, ce roman est beaucoup plus profond qu'il y paraît et aborde un sujet sensible qui traite de problèmes de société, de comportement humain, de drame conjugal et d'un passé mal maîtrisé à cause d'un manque d'information.

Une double histoire dont celle des flics pourris est là pour mieux enfoncer le clou de l'autre affaire qui se trouve noyée, comme les informations primordiales sont délaissées au profit du sensationnel.

Un court chapitre légèrement érotique, plein de sensualité, les relations de Cicéron avec les femmes, les petites joies qu'il ressent au contact de sa fille, autant d'épisodes qui nous montrent que malgré tout la vie continue, et doit continuer malgré les vicissitudes.

L'auteur s'adresse en aparté au lecteur pour délivrer, non pas des messages, ce serait peut-être prétentieux, mais des notions de bon sens.

Je ne sais pas vous, mais moi quand je bouquine un polar j'aime pas trop les pages qui ne servent pas à grand-chose. C'est soit du remplissage soit un passage à vide de l'auteur.

Au fait, c'est dans ce roman que l'auteur décide de nommer le commissaire, qui devient donc Saint Antoine, un patronyme qui n'est pas sans rappeler qui vous savez.

Cicéron ANGLEDROIT : Nés sous X. Les enquêtes de Cicéron. Editions du Palémon. Parution le 15 novembre 2016. 240 Pages. 10,00€.

Première publication : éditions Publibook, 2005.

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 13:40

Bon anniversaire à Barbara Abel, née le 3 décembre 1969.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux.

Il se fait comprendre quand il veut, Joachim Fallet, jeune drogué en manque et désargenté. Les rares clients de la supérette et le caissier sont stupéfaits et interloqués à cette annonce brutale qui les dérange alors qu'ils déambulent dans les travées.

En ce vendredi midi, il n'y a guère de chalands dans le magasin sis dans un quartier résidentiel. C'est ce qui a poussé Joachim, affublé d'une cagoule, à entrer et braquer le caissier. Il lui faut de l'argent au plus vite afin de s'acheter sa dose.

Une quadragénaire et son gamin de quinze ans, qu'elle a eu du mal à emmener avec elle, lui arrachant sa manette de jeu vidéo et balançant son téléphone portable avant de l'entraîner. Théo n'était pas emballé pour rendre visite à son papy, qui ne se souvient même pas de son nom et l'oublie aussitôt le seuil franchi. Non, Théo aurait préféré rester chez lui les yeux rivés sur son écran à s'abrutir devant un jeu de massacre. Elle l'a traîné presque de force et installé dans la voiture. Pour l'heure il n'est pas encore dans le magasin, il est assis à la place du mort, attaché sur le siège avant du véhicule.

Une vieille dame impotente, posée sur un fauteuil roulant conduit par une sexagénaire, son aide familiale, dame de compagnie, femme de ménage infirmière intermittente. La vieille dame est du genre acrimonieux, toujours à critiquer négativement tout ce qui constitue son quotidien, et surtout à houspiller son accompagnatrice.

Un couple adultère qui vient de passer un bon moment entre les draps défaits d'un hôtel proche. Eux aussi ont la mine défaite d'ailleurs. Et adultère pas trop. Lui il est marié, elle est célibataire. Adultère à moitié donc. Il a fourni à son patron un prétexte fallacieux pour justifier son absence, elle avait une liste de courses à acheter, et ils en ont profité pour comparer leur anatomie et plus si affinité.

Une jeune mère de famille, qui vit seule avec son gamin de trois ans, est descendu précipitamment de chez elle afin de palier un manque d'ingrédients, laissant son gamin scotché devant des dessins animés.

Et puis le caissier qui a remplacé au débotté sa collègue malade, enceinte paraît-il de ses œuvres, le résultat de l'unique fois où ils se sont retrouvés ensemble dans le même lit.

Huit personnes donc face à un homme en manque et surtout face à une arme à feu. Dévaliser la caisse, demander à tous ceux qui sont là, tétanisés, de vider leurs poches, de balancer leurs portefeuilles, et attendre le bon vouloir du braqueur qui se demande maintenant ce qu'il va faire de ses otages. Baisser le volet roulant afin d'empêcher d'autres clients d'entrer, et puis les attacher, et enfin prendre la poudre d'escampette. C'est sans compter sur l'impondérable, ce grain de sable qui n'était pas invité dans cette petite réunion.

D'abord la dame de compagnie qui rend l'âme en même temps que son cœur qui lâche, et d'autres incidents qui bientôt vont transformer le braquage en drame. Surtout quand l'ado, qui trouve que sa mère n'est pas assez rapide et étonné de voir le volet roulant s'abaisser, s'invite dans cette supérette-partie, prenant de revers le voleur surpris.

 

Avec brio Barbara Abel nous délivre un suspense implacable, décrivant tout d'abord les affres de ce drogué en manque, déclencheur de drames, puis revenant quelques moments en arrière afin de nous présenter les différents protagonistes de cet début d'après-midi mouvementé. Avec toutefois quelques cachoteries de bon aloi qui entretiennent le suspense.

Et le lecteur pourrait, à juste raison, penser que cette histoire va se clore avec l'arrivée salutaire de la cavalerie, gyrophares bruyants en guise de trompettes de la victoire. Eh non ! Car Barbara Abel, en romancière perverse (c'est un peu fort comme vocable mais c'est bien pour démontrer tout le talent de conteuse déstabilisante qui l'anime), nous offre une vie après la vie, un enchaînement inéluctable de scènes tragiques teintées parfois d'humour noir.

Car certaines victimes de ce braquage, ou ce qu'il en reste, ne réagissent pas selon des critères bien définis. Les moralisateurs et les technocrates peuvent toujours édicter leurs consignes à respecter lors d'un hold-up, on ne sait jamais quelle sera notre réflexe dans ce genre de situation particulière, le subconscient et le caractère inhérent à chaque individu réagissant parfois différemment à ce qui est programmé.

Un roman beaucoup plus sensible et percutant, à mon avis, Que derrière la haine et Après la fin, dont les prologues dévoilaient trop l'épilogue, ôtant de ce fait le sel de l'intrigue et la montée en puissance du suspense.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux. Réédition Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution 13 octobre 2016. 352 pages. 6,95€.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:36

Hommage à John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre

Lorsqu'Helen Dean, la fiancée de Hugh Prentice, du cabinet d'avoués Prentice & Vaughan, se moquait de celui-ci parce qu'il lisait en cachette des romans policiers, elle était à cent lieues de se douter que la phrase qu'elle venait de prononcer allait devenir réalité quelques instants plus tard.

D'un ton emphatique et dramatique, la jeune fille déclamait : Du brouillard épais surgit un inconnu au visage basané et à l'accent étranger qui déclare : Je suis Omar d'Hispahan. Il te parle d'un cadavre dans une pièce hermétiquement close...

Quelques minutes plus tard, alors que Londres en cette fin d'après-midi du mois de novembre est noyée dans le brouillard, entre dans l'étude un mystérieux inconnu qui dit s'appeler Abu d'Ispahan. Stupeur des protagonistes.

Hugh Prentice qui a rendez-vous avec Patrick Butler, un éminent avocat corpulent dont le point faible est le sexe, justement dit faible, et dont la devise est : Je ne me trompe jamais, Hugh Prentice donc consulte son associé et presque beau-frère James Vaughan.

Pendant ce temps Abu d'Ispahan se fait trucider d'un coup de poignard par... par... par qui au fait ? puisque les deux seules personnes qui se trouvaient dans l'étude à ce moment-là étaient en train de deviser.

 

Si la traduction en Français de ce roman favorise la découverte de l'assassin, sinon le comment tout au moins le par qui, ce roman de John Dickson Carr n'en est pas moins excellent, humoristique en diable et légèrement coquin, style quelque peu inhabituel à l'auteur.

 

En fait le mystère de la chambre close, thème trop cher à J.-D. Carr pour qu'il ne nous livre pas un roman comportant un meurtre apparemment insoluble, n'est que prétexte à une suite d'avalanche de gags, d'aventures loufoques, farfelues, avec un personnage haut en couleur, Patrick Butler, mais aussi quelques jeunes filles dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles cachent bien leur jeu.

Le jeu de l'amour et du falzar en quelque sorte !

 

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre (Patrick Butler for the Defense - 1956. Traduction de Jean-André Rey). Le Masque Jaune N°1926. Librairie des Champs Elysées. Parution juillet 1988.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 16:19

La parole est d'argent mais le silence est d'or...

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes.

Les vacances à Sainte-Maxime, le commandant Tragos les savoure au comptoir son hôtel restaurant.

Un peu plus loin, à une table, deux femmes dégustent leur thé en papotant. Le serveur très prolixe lui confie que le patron les a surnommées les Bavardes, en référence à un tableau de Noëlle Mauret datant de 1989. Effectivement le loufiat montre la toile à Tragos, mais celui-ci n'en n'a rien à faire. Ce n'est pas parce qu'il n'apprécie pas l'art pictural, mais parce qu'il a connu vingt ans auparavant.

Charlotte Visani était médecin légiste à Marseille alors que Tragos venait d'être affecté à l'Evêché au début des années 1990. Il avait travaillé quelques temps avec elle sur certaines affaires, puis elle était partie à l'étranger. Depuis, il est monté en grade mais est toujours en poste à la police judiciaire marseillaise. La compagne de Charlotte, Mélanie, fut également en poste à la Crim, durant dix ans, partie juste avant sa nomination.

Mais ce n'est pas parce qu'il est en vacances que les affaires sont en suspens. D'abord il y a le cas Pavlidis, un truand qui vient de se faire la belle. Il faisait partie en 1980 à une bande appelée les Beaux Gosses, dirigée par Max Germanos et réalisé le braquage d'un fourgon blindé. Les membres de la bande ont été arrêtés, le cerveau de l'opération braquage est décédé dans sa voiture accidentée, et l'argent n'a pas été retrouvé. Mais peut-être y aurait-il eu un des braqueurs qui n'aurait pas été identifié, c'est ce que tout laisse supposer.

Un cadavre est découvert dans le port azuréen. Particularité, il lui manque un bras et la tête. Aucun doute, le coupable voulait dissimuler une marque pouvant l'identifier.

Normalement cette affaire ressort du domaine de la gendarmerie, mais comme Tragos est déjà sur place, et qu'éventuellement ce crime pourrait être mis sur le compte de Pavlidis, il est chargé par son patron de s'atteler à l'enquête. Il se rend à la morgue en compagnie de la toujours belle et sexagénaire Charlotte Visani, qui peut apporter un œil de spécialiste sur ce crime. Tout comme son collègue officiel qui a procédé à l'autopsie, elle remarque que le membre a été découpé dans les règles de l'art.

Tragos, toujours officiellement en vacances, met ses fidèles adjoints sur la piste du meurtrier qui se conduit en Petit Poucet, semant des cadavres autour de Sainte-Maxime mais également dans l'Ariège. Pivlatis est le premier suspecté, lui sur lequel se focalisent tous les soupçons, mais il ne faut pas négliger d'autres pistes, peu apparentes mais réelles.

 

Pour peu que le lecteur lise attentivement le texte, et ne saute pas des lignes ou des passages, si j'en connais qui le font pour avancer plus vite, il se doutera assez rapidement de la solution finale, ou tout au moins de l'identité du coupable. Ou des coupables.

Mais outre l'intrigue, malgré tout bien menée, ce sont les personnages qui gravitent dans cette histoire qui entretiennent l'intérêt. Comme le jeu des acteurs sans qui une pièce de théâtre ne passionnerait pas.

Tragos, policier qui joue parfois avec les règles et n'hésite pas à les enfreindre afin de parvenir à son but, mouillant par là-même ses adjoints, les plaçant dans des positions délicates vis-à-vis des autorités, gendarmerie, procureurs, voire ministère. Vergne, l'ancien, Venot, le jeune, tout est relatif, se voient confier des missions périlleuses. Mais Vergne jalouse plus ou moins son jeune collègue, croyant celui-ci plus dans les petits papiers du commandant, et par ce fait aspirant plus rapidement à une promotion, un grade qu'il pense lui être dévolu vu ses années de bons et loyaux services.

Les Bavardes également, Charlote Visani, l'ancienne légiste, et Mélanie Le Guen, l'ancienne policière, qui interfèrent plus ou moins dans l'enquête et ont été plus ou moins mêlées dans l'affaire des Beaux Gosses trente ans auparavant.

Maud, la jeune journaliste du quotidien local et se comporte en reporter aguerrie, fouillant et n'hésitant pas à donner de son corps pour faire avancer son article. Elle est ambitieuse, certes, mais pragmatique, reconnaissante, et amoureuse.

Sans compter ceux qui sont réduits aux cailloux du Petit Poucet meurtrier, dont on découvre peu à peu les antécédents, et accessoirement les corps.

Pour ses vacances, Tragos a emporté un roman de Linwood Barclay, auteur dont dit Jean-Michel Lecocq en exergue : Un des meilleurs conteurs que je connaisse...

Linwood Barclay, j'en ai entendu parler, mais je n'ai rien lu de lui. Et ce n'est pas près d'arriver, car si Jean-Michel Lecocq effectue de temps à autre un résumé de ce que Tragos vient de lire, le policier ne semble pas passionné. En effet, du 17 juin 2012, au 6 juillet, de la même année je vous rassure, Tragos n'a pas le temps de lire entièrement ce livre. Une hérésie, même s'il a d'autres occupations, car au début tout du moins, il a du temps libre.

 

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 276 pages. 12,90€.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:38

Hommage à Phyllis Dorothy James décédée le 27 novembre 2014 à l'âge de 94 ans.

P. D. JAMES : Sans Les mains.

Adam Dalgliesh, inspecteur de police londonien, rend visite à sa tante sur la côte du Suffolk.

Il veut se changer les idées, les esprits, se mettre au vert, après une enquête particulièrement pénible. De plus il a à résoudre une affaire de cœur : doit-il épouser ou non Déborah ? Mais ces quelques jours qu’il s’octroie afin de faire sa mise au point sentimentale vont être perturbés par la découverte d’un cadavre aux mains coupées, flottant au fond d’un canot.

Il s’agit de Maurice Seton, un auteur de romans policiers. Pourquoi cet assassinat et cette mise en scène morbide ?

C’est l’inspecteur Reckless qui mène l’enquête, enquête que suit de loin Dalgliesh et dans laquelle se trouvent impliqués sa propre tante et ses voisins. Voisins qui d’ailleurs ont tous un rapport avec la littérature, soit comme écrivain, soit comme critique littéraire.

Une enquête qui réservera bien des surprises aussi bien à Dalgliesh qu’à son homologue Reckless lequel ne souhaite aucune intrusion, même de la part d’un célèbre collègue londonien.

 

P. D. James déploie dans ce roman toute la palette d’un savoir-faire aux touches subtiles, délicates, savamment dosées, que ce soit dans la description d’un paysage ou la présentation d’un personnage.

Sans les mains est un suspense psychologique au final cataclysmique !

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

P. D. JAMES : Sans Les mains. (Unnatural Causes - 1967. traduction Lisa Rosenbaum). Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€. Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition format Kindle 16 octobre 2016. 2,99€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:00

Oh Marie si tu savais
Tout le mal que l'on me fait
Oh Marie si je pouvais
Dans tes bras nus me reposer

Denis FLAGEUL : Jagu.

Dix ans qu'il n'était pas revenu à Guingamp, cette charmante cité costarmoricaine qui accueilli durant des décennies les futurs appelés pour effectuer leurs trois jours.

Et en débarquant sur les quais de la gare, Guénolé Le Maout plus familièrement surnommé Guéno, se sent un peu perdu, lui qui sort de deux ans de taule, pour des bricoles non avouables mais qu'il a fini par avouer, dans la capitale. En attendant la correspondance pour Paimpol, le train vert avec ses trois voitures, il s'enfile quelques bières dans un troquet. Pas grand monde dans l'établissement, juste une fille un peu plus loin. Son regard est attiré par ses cheveux bruns courts. Comme s'il l'avait déjà vue, voire connue.

Allez, c'est l'heure de monter dans la micheline. Paimpol, ses mythiques falaises, chantées par Théodore Botrel, le bout du voyage. Et sur le quai, un contrôleur qui l'interpelle. Malard, l'ineffable Malard, un ancien condisciple, dont il a du mal à se débarrasser.

Guéno trouve réconfort et soutien auprès de Serge, un ami, un vrai, qui tient un bar à Paimpol. Serge ne lui demande rien, pas même de raconter ses années de galère. Il lui propose, pour s'occuper, de retaper un appartement qu'il vient d'acquérir et lui prête la maison de ses parents à Guingamp afin qu'il ait un pied à terre où se loger. Marché conclu.

Guéno fera donc tous les jours le trajet Guingamp-Paimpol aller-retour. Ce n'est pas le Transsibérien, celui qui va à Moscou, la ville aux mille et trois clochers et aux sept gares d'après Cendrars, un auteur qu'il lit et relit avec plaisir, mais ce train aux trois voitures va l'emmener dans une aventure mouvementée.

D'abord il reconnait sa belle inconnue lorsqu'elle monte en gare de Traou-Nez, une gare à l'abandon. Les voyageurs qui désirent descendre doivent prévenir le contrôleur, tandis que ceux qui veulent monter font du train-stop. Oui, c'est bien elle, celle qu'il appelait Cousine, comme la plupart de ses condisciples. Cousine, de son prénom Marie-Jeanne, mais plus familièrement Marie tout court.

Il revoit Marie, tous les jours. Marie qui est contente de le voir. Bref ils sont contents tous les deux de se voir, de se revoir, de parler ensemble le temps du trajet, de prendre un pot ensemble, de partager le même lit, chez elle, dans un vieux manoir de Traou-Nez.

Seulement, car bien évidement il existe un seulement, Marie n'est pas seule. Elle a perdu son père et son jeune frère dans un accident, sa mère est décédée ensuite, et il ne lui reste plus que son frère Richard. Mais Guéno ne le sent pas Richard, et encore moins Tino, cet homme aux yeux de poisson mort d'amour qui l'accompagne en permanence mais ne dit rien.

Cherchez la femme disait, ou plutôt écrivait, Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris. Là, Guéno n'a pas eu besoin de la chercher, il l'a trouvée, seulement il a également trouvé son frère et le copain de celui-ci. Et les ennuis qui se profilent à l'horizon, plus rapidement que la micheline qui effectue le trajet Guingamp-Paimpol, vont bientôt s'abattre sur les épaules du pauvre Guéno qui n'en demandait pas tant. Et tous ça à cause d'une histoire de vengeance.

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire comme chantait Michel Fugain. Le lecteur se trouve transporté dans une histoire courte mais intense. Sous cette histoire d'amour se cache une sombre intrigue ferroviaire qui nous ramène au bon vieux temps des déplacements au cours desquels le voyageur pouvait s'intéresser au paysage, et dont les voitures ne sont pas bondées.

Mais cette nostalgie ne dure guère car outre l'aspect touristique pas trop appuyé mais avec des lieux de passage remarquables, comme le château de La Roche-Jagu ou le viaduc du Trieux, ce sont bien les personnages auxquels il faut s'intéresser. Guéno, dont le passé est juste effleuré, Marie dont le passé recèle bien des drames, Malard le contrôleur qui effectue les navettes en réclamant les billets avec une pointe de facétie, et les deux vilains car il en faut bien dans toute histoire noire qui se respecte.

Nous sommes loin de la Madone des Sleepings, quoi que, mais cette idée du Transsibérien qui trottine dans la tête de Guéno nous y fait penser insidieusement. Ainsi que de lire, ou relire Blaise Cendrars. Mais indépendamment de ces deux réflexions, c'est l'ambiance même du roman qui fascine.

Un court roman aux courts chapitres, légèrement déstructuré, avec un épisode qui s'intercale dans la narration du retour de Guéno au pays et cette rencontre avec Marie et la suite. Si au départ, du train, cela peut sembler perturbant, le rythme prend tranquillement sa cadence, et ces intercalaires sont comme autant de stations dans ce voyage dramatique.

Denis FLAGEUL : Jagu.

Denis FLAGEUL : Jagu. Collection Goater Noir N°16. Editions Goater. Parution le 24 novembre 2016. 160 pages. 16,00€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:17

Franchement Berty aurait mieux fait de ne pas regarder à la télé Patrick Bruel jouer au poker.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan.

Car Berty se retrouve sans un rond et à bord d’une vieille caisse, il effectue le trajet Paris Saint-Malo sans vraiment savoir ce qu’il va faire au pays des binious. Si, il doit, afin de garnir son portefeuille désespérément vide à part quelques quittances de dettes, s’improviser tueur. C’est Kolo qui l’a décidé et quand Kolo commande, il vaut mieux obéir. Renseigné sur le parcours à effectuer par téléphone portable, crypté, il arrive donc dans la cité des corsaires, son look de rocker quinquagénaire à la banane défraîchie ne plaidant guère en sa faveur. Il embarque à bord d’un rafiot manœuvré par un ancien d’Indochine affublé d’une une prothèse, Hale-ta-patte.

Le même jour à Rennes, le commissaire Workan réunit ses troupes sur l’injonction de son supérieur. Magouillant avec la DST, il est le policier idéal pour aller enquêter sur les agissements de deux Américains sur l’île de Cézembre. La mission des deux Etats-uniens consiste théoriquement en l’étude de l’écosystème de l’île qui durant la Seconde guerre mondiale a subi des largages de bombes, dont des explosifs au napalm, alors que les Allemands y régnaient en maîtres. En compagnie de ses adjoints, Lerouyer qui possède une embarcation amarrée justement à Saint-Malo et connaît bien Cézembre, de Roberto, Leila et Cyndi, il part à l’assaut des éléments. Car la tempête fait rage en ce 8 novembre et les conditions ne sont guère favorables pour la traversée qui se révèle houleuse. D’ailleurs les deux embarcations s’échouent non loin l’une de l’autre et ils n’ont d’autre solution que de se réfugier au Barge’hôtel.

Habituellement désert en cette période de l’année, le rafiot transformé en hôtel regorge de pensionnaires. Outre les tenanciers, Léon, le grand-père, Marie-Line la fille et Noël le petit-fils de 18 ans, ainsi qu’une famille d’industriels venus en séminaire, les Monsiret, composée de cinq personnes dont la fille, Daphnée. Ils se retrouvent tous bloqués sur ce lopin de terre et les moyens de communications sont défaillants. Les téléphones portables sont inopérants et Berty est le premier à regretter cette lacune : Kolo doit lui transmettre la photo de la personne à abattre et s’il ne réalise pas son contrat c’est lui qui va se retrouver au boulevard des allongés.

La situation est grave mais pas désespérée, pensent-ils tous, sauf que Daphnée qui revient d’une petite promenade affirme avoir vu un Allemand, que des tirs de mitrailleuse se font entendre et qu’un Stuka survole l’île. Un son qui ne peut être confondu avec les rafales de vent. Les mines enfouies lors des bombardements d’Août 1944 ne sont pas toutes neutralisées, les canons se dressent toujours fièrement malgré la rouille, et les bunkers peuvent receler des pièges. Enfin l’ombre de Rommel plane sur ce morceau de terre ainsi que celle d’un nommé Ruhbescht, ancien de l’Africa Korps, décédé le 6 juin 1944 mais qui aurait enterré auparavant des diamants, en espérant peut-être qu’ils fassent des petits. Bref ce qui ne devait être pour chacun des pensionnaires qu’un week-end presque tranquille se transforme en enfer bordé d’eau.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan.

Dans un style percutant et complètement déchaîné, je dirais même mieux démonté comme la mer de Raymond Devos, Hugo Buan nous invite à le suivre sur un terrain miné guère exploré.

Nous sommes en Bretagne, loin des légendes celtiques et des menhirs. L’histoire emprunte à un décor réel et à l’histoire réelle elle aussi, avec soixante ans de recul, d’un épisode de la dernière guerre mondiale. Les touristes qui parcourent les côtes de la Manche ne peuvent guère y échapper, mais Hugo Buan nous mitonne une sorte de huis clos jubilatoire qui dure soixante douze heures. Trois jours durant lesquels les événements, les incidents, les tensions, les drames se succèdent en un véritable feu d’artifice angoissant et grotesque. Mais l’épilogue, même si le roman joue dans le registre des tontons flingueurs et autres farces cinématographiques, est néanmoins fort bien amené et vaut plus qu’un détour. La visite approfondie du livre s’impose, et les sceptiques pourront toujours consulter sur Internet “ Cézembre ”.

Première édition Collection Univers Grands Romans. Pascal Galodé éditeurs.

Première édition Collection Univers Grands Romans. Pascal Galodé éditeurs.

Hugo BUAN : Cézembre noire. Une enquête du commissaire Workan. N°2. Réédition éditions du Palémon. Parution 19 février 2016. 352 pages. 10,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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