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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 13:11

Hommage à Ellis Peters née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Trafic de reliques

Les romans policiers historiques nous offrent une bouffée d'air pur et vivifiant, remontant le temps, alors que nous sommes tranquillement installés dans un fauteuil accueillant.

Par exemple projetons-nous quelques siècles en arrière et atterrissons au Pays de Galles en pleine période médiévale.

 

Les jardins de l'abbaye de Shrewsbury sont le domaine exclusif de frère Cadfael et il se plait tant à soigner ses plantes que toutes ses pensées sont tournées vers la naissance, la croissance et la fertilité de ses protégées. L'idée de devoir rentrer pour la messe et le chapitre qui suit l'ennuie un peu, regrettant le temps volé à ses légumes. Mais il faut bien s'acquitter de ses obligations, n'est-ce pas ?

Aussi profite t'il de ces quelques moments de répits pour s'évader et dormir un peu. Non, je me trompe, il ne se repose pas, il médite.

Pourtant ce jour là, le chapitre est quelque peu mouvementé par les révélations de frère Colombanus. Celui-ci aurait eu une apparition ! Une vierge martyre, Sainte Winifred, recherche une abbaye comme dépositaire de ses saints ossements, ce qui arrange bien le prieur de Shrewsbury qui aimerait posséder des reliques afin de relever l'honorabilité, la notoriété de son abbaye et attirer des fidèles.

Une délégation de six moines, dont frère Colombanus et frère Cadfael, se met en route pour le Pays de Galles. Les tractations avec le seigneur du village où repose Sainte Winifred sont ardues, celui-ci ne désirant pas se défaire de la dépouille de sa sainte. Mal lui en prend car le hobereau est découvert assassiné.

Les soupçons se portent sur le soupirant de sa fille Sioned, pensez-donc, c'est un étranger ! Mais frère Cadfael, en bon Sherlock Holmes avant la lettre qu'il est, va enquêter et démasquer le coupable.

 

Dame Ellis Peters, célèbre Outre-manche, commençait enfin à se faire connaitre en France à la fin des années 1980 et ce n'était que justice.

Dans la même collection nous avons pu lire Un cadavre de trop, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Frère Cadfael, ex-croisé, ex-homme d'armes reconverti comme moine.

Trafic de reliques est nettement supérieur et possède une fraîcheur, une vivacité, un humour qui savent séduire même les plus irréductibles ennemis du roman policier et ne laissera pas indifférent les athées et agnostiques.

 

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Trafic de reliques (A morbid taste for bones - 1977.. Traduction de Nicolas Gille). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°1964. Première parution 1989.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:39

Un Dard qui pique toujours...

Frédéric DARD : Toi qui vivais.

Pour une fois, événement assez rare pour être souligné, si Bernard Sommet rend visite à Stéphan dans sa grande propriété en banlieue parisienne, ce n'est pas pour lui emprunter de l'argent.

Bernard, Bernie dans les bons jours, est entrepreneur en bâtiment, et il doit déjà huit briques, pardon huit millions de francs* à son ami. Quoique, à bien y penser, ce n'est pas vraiment son ami, mais l'argent crée parfois des liens qu'il défait aussitôt. Stéphan aimerait pouvoir récupérer ce qu'il a prêté, augmenté des intérêts bien entendu, et il offre même à Bernard de s'expatrier en Afrique, où il possède des mines de manganèse, et celui-ci pourrait se renflouer en construisant des bâtiments, des routes, n'importe quoi pourvu qu'il éponge ses dettes.

Bernard le détrompe rapidement, il a des projets, des appels d'offre qui devraient se concrétiser rapidement, il pense même le rembourser rapidement. Non, il a une main handicapée, pour preuve le pansement qu'il arbore, et il voudrait que Stéphan rédige une lettre à une jeune femme à sa place, sans préciser toutefois de prénoms, ni celui de la destinataire et bien entendu de l'expéditeur. Stéphan accède volontiers à la demande de Bernard, le charriant quelque peu sur une supposée liaison.

Bernard, muni de cette précieuse lettre a toutes les pièces en main pour mettre son projet à exécution. Il feint partir en déplacement à Angers où il doit signer un marché public à la préfecture, s'étant auparavant muni de son revolver, puis téléphone à Stéphane lui demandant de passer le voir muni des reconnaissances de dette, provoque un accident de voiture dont il se sort indemne près d'Etampes, et après avoir prévenu la préfecture d'Angers, rentre chez lui en train et abat sa femme Andrée et Stéphan qui sont tout étonnés de le voir surgir. Il organise une mise en scène, insérant dans un tiroir la lettre compromettante soi-disant destinée à sa femme, se débarrasse des reçus dans les toilettes avant l'arrivée des policiers.

Bien entendu il affirme aux policiers puis au juge avoir surpris les amants en pleins ébats, et dans un moment d'emportement les avoir tué. Une avocate est commise d'office et Bernard pense s'en sortir à bon compte, le mari cocu s'attirant en général la compassion du tribunal. Seulement le juge ne mord pas à l'hameçon, persuadé que Bernard a tout manigancé. Quant à l'avocate, petite souris grise démodée et naïve dont c'est la première véritable affaire d'importance dont elle est chargée, elle s'apitoie sur le sort de Bernard. Celui-ci n'est pas tiré d'affaire, loin de là mais il pense compter sur Sylvie, sa commise d'office qu'il enjôle.

 

Peu de personnages dans ce roman intimiste de Frédéric Dard qui date de 1958. Presque comme un vaudeville qui tourne au drame. Et parfois le lecteur peut, s'il oblitère le titre et le nom de l'auteur, penser qu'il lit un roman de Simenon. Une histoire resserrée qui en moins de deux cents pages montre un homme qui imagine un scénario où il a tout prévu, ou presque, au sein d'un trio Femme - Mari, et faux Amant puis la confrontation dans un nouveau trio Coupable avéré mais se défendant âprement, Juge fauché mais au raisonnement infaillible et une Jeune Avocate pas très sûre d'elle mais amoureuse et qui va apprendre rapidement. Le genre de romans dont devraient s'inspirer nos auteurs actuels qui délayent trop, perdant de vue que l'efficacité ne s'élabore pas dans des ouvrages à rallonge.

Ecrit à la première personne, Bernard étant le narrateur, Toi qui vivais met en scène un homme qui s'est fait tout seul, mais criblé de dettes, et rongé de jalousie vis à vis de Stéphan qui est riche et plus jeune. Son idée de se séparer définitivement de sa femme et de Stéphan par la même occasion lui est venue lors d'un accident sans gravité alors qu'il était en voiture avec Andrée. Il s'est rendu compte alors qu'il n'aimait plus son épouse, voire qu'elle était un fardeau.

C'est un homme issu de la terre, et même s'il est devenu un entrepreneur, il garde profondément ancrées en lui ses racines paysannes. Tout le ramène à cette terre nourricière, mais comme dit la chanson, écrite bien après, on dirait que ça te gêne de marcher dans la boue, tout en se référant constamment à cette origine qui le guide. C'est un être retors, mais il trouvera plus futé que lui.

 

*année 1958, je précise. A titre de comparaison, un roman de la collection Spécial Police du Fleuve Noir valait à l'époque 250F.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Frédéric DARD : Toi qui vivais. Collection Noir. Editions Pocket. Parution le 23 septembre 2015. 192 pages. 6,30€.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 12:09

Vaines... Haineuses ?

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses.

Il est des pratiques éditoriales qui m'indisposent, qui m'insupportent, qui m'énervent, qui m'exaspèrent, qui m'horripilent, qui me désolent.

En effet rééditer un ouvrage, surtout lorsque celui-ci est très bon, pour ne pas dire excellent, n'est pas rédhibitoire, au contraire. Mais le rééditer en changeant le titre et en omettant de prévenir le lecteur en omettant le copyright, c'est pour le moins trompeur. Mon petit coup de gueule effectué, intéressons-nous à ce roman que je vous conseille, si vous ne l'avez pas déjà lu dans sa première édition.

 

Elle s'y attendait depuis un certain temps mais cela fout un choc quand même. Et quand un matin de janvier brouillardeux, Fanny reçoit un appel téléphonique en provenance de l'Institut-médico-légal lui demandant si elle est madame Giraudet, elle pressent la mort de son compagnon Vincent disparu depuis huit mois environ. Ils vivaient ensemble depuis une douzaine d'années, avaient une fille Lisa, mais ne s'étaient pas mariés, la première et richissime femme de Vincent ayant refusé le divorce.

Concepteur-maquettiste, Vincent avait été viré de sa boite plus de deux ans auparavant à cause d'une addiction à la drogue et l'ambiance à la maison étant plutôt tendue, Fanny l'avait donc viré. Et c'est ainsi qu'il a été retrouvé dans la rue, mort comme un chien abandonné. Fanny vit difficilement financièrement, car elle vient de perdre son emploi de caissière dans un cinéma de quartier.

Lors de l'inhumation, Michèle Giraudet, qui porte encore le nom de son époux, arrive en pleurs et Fanny se demande si c'est du cinéma, afin de montrer à la galerie combien elle était attachée à époux malgré son infidélité. Michèle s'intéresse également à Lisa, ne l'ayant vu que rarement, parfois chez les parents de Vincent qui n'ont accepté Fanny qu'avec réticence et elle lui demande de venir la voir de temps en temps. Lisa est le portrait craché de son père et Michèle déclare que cela permettra de compenser son deuil.

Fanny retrouve aussi dans le cimetière Diane Forestier, secrétaire chez Hyperbole, la boite où travaillait Vincent. Diane est également la maîtresse du patron, mais ce n'est pas ça qui importe, c'est ce qu'elle déclare à mots couverts : Michèle est la responsable de la déchéance de Vincent.

Fanny se rend le lendemain chez Hyperbole et est reçue par Vermorel, le patron de la société, qui lui jure que Michèle n'est pas actionnaire de la boite. Ce qu'infirme Diane lorsqu'elle la retrouve un peu plus tard dans un café. Deux jours plus tard Fanny reçoit une enveloppe contenant des preuves que Michèle possède des parts dans Hyperbole depuis au moins trois ans. Le petit message qui y est joint la trouble : il y aura une suite !

Pendant ce temps, Michèle a pris sa décision. Elle se requinque, alors qu'elle se laissait aller, et commence à préparer son piège envers Fanny. D'abord s'attacher Lisa, à qui elle offre de sortir, d'assister à des spectacles, lui offre des jouets, lui propose de dormir dans une chambre qu'elle a fait spécialement aménager. Cela évidemment ne plait guère à Fanny. Un jour alors qu'elle se renseigne auprès d'une amie caissière de cinéma susceptible de quitter sa place et à laquelle la jeune femme pourrait succéder, Fanny est abordée durant la projection par un individu qui lui fait les yeux doux. Il est beau gosse, gentil, pas trop entreprenant, mais ne cherche pas à la revoir. Du moins en apparence. Car elle le reverra, par hasard. C'est ce qu'il affirme.

Alors qu'elle doit revoir Diane chez elle, à une heure précise, elle assiste à son suicide par défenestration.

 

Jean-Pierre Ferrière monte habilement une manipulation mettant aux prises deux femmes, la légitime délaissée et la maîtresse jamais acceptée. Entre elle deux, Lisa, la fille de l'homme déchu et de la maîtresse jamais acceptée par les parents du mari. Il est vrai que la légitime est riche, pourvoyant aux besoins financiers des parents de Vincent, et donc considérée comme une malheureuse subissant une trahison.

L'ambiance délétère entre ces deux femmes monte en puissance au fur et à mesure que l'action progresse. Elle révèle la noirceur d'âme de Michèle, les combinaisons machiavéliques dont elle est capable d'imaginer, se cachant derrière l'intérêt qu'elle porte à Lisa. Fanny n'est pas naïve mais elle est loin de penser que Michèle porte ses attaques en forme de coups bas, pouvant déstabiliser Lisa.

Nous sommes en présence de la Méchante Reine face à une nouvelle Blanche Neige dont l'enjeu serait Lisa, une pomme que convoitent les deux femmes. Blanche Neige Fanny détient cette pomme dont la Méchante Reine Michèle veut s'emparer, par n'importe quel moyen, même illégal. Lisa qui compte les coups sans rien dire, ou si peu, et se montre moins ingénue que son âge pourrait le laisser supposer. Un combat âpre s'engage entre les deux femmes, et la douce Fanny devient aussi retorse que son adversaire.

 

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Vous pouvez découvrir également les avis de Pierre F. de BlackNovel1 et de Claude L.N. sur Action-Supense.

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses. Editions du Campanile. Parution 31 juillet 2015. 248 pages. 7,90€.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:03

Ah chat ira, chat ira, chat ira....

André FORTIN : Le chat Ponsard.

Même si l'appellation a changé en directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsart relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

 

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

 

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

 

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.

André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Poche. Réimpression. Parution septembre 2015. 296 pages. 9,50€.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 13:15

Ce n'est pas un nouveau groupe de Jazz !

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans.

Alors qu'il songeait sérieusement à finir de préparer ses bagages et prendre son train pour Miami, pour une nouvelle prestation, l'artiste Walt Gobbler est importuné par un visiteur.

Ce n'est autre qu'un vieux camarade de Havard devenu policier, avec quelques affaires délicates résolues avec succès à son actif. Et Den Borson souhaite utiliser les talents de Walt Gobbler pour mener à bien une transaction dans laquelle sont impliquées deux gamines.

En effet Walt Gobbler est un transformiste à l'égal de Fregoli et ses interprétations de personnages célèbres tels que Mussolini, Hitler, Chamberlain, le président Roosevelt, Lindbergh ou encore Maurice Chevalier enchantent les spectateurs partout sur les scènes où il se produit, étant même surnommé l'homme-protée.

Les filles de Morrimer, un gros industriel surnommé le Roi du béton, ont été kidnappées et la rançon exigée s'élève à deux cent mille dollars. Et Walt Gobbler doit endosser le personnage de Morrimer afin de rencontrer les kidnappers afin de leur remettre l'argent de la rançon sous la forme d'un chèque.

Il devient à s'y méprendre Morrimer et parvient à imiter la signature du Roi du béton puis c'est le début de la grande aventure. Il se rend sur le lieu du rendez-vous où il est réceptionné par une jeune femme qui l'emmène au refuge des truands.

Le grimage est parfait, trompant tout le monde, y compris les fillettes, mais il faut compter sur les impondérables. De petites erreurs de comportement qui ne prêtent pas à conséquence, mais les accessoires ne sont toujours... au poil.

 

En soixante-quatre pages, à la typographie petits caractères, ce qui équivaut au double au minimum d'une pagination actuelle, Jacques Chambon nous emmène dans les environs de la Nouvelle-Orléans pour une histoire simple et plaisante. Certes il n'entre pas dans tous les détails, il ne digresse pas, le quota de pages exigé par l'éditeur lui imposant de respecter un cahier des charges.

Pourtant il met en scène de façon presque parodique des truands, une affaire de kidnapping rondement menée, et les transactions qui s'ensuivent sans s'embarrasser de détails inutiles. Avec bien entendu un retournement de situation auquel on s'attend peut-être mais qui est le bienvenu. Pas de violence, pas de trémolos non plus, juste une histoire policière rondement menée.

Donc pas de musique en général ni de jazz en particulier, pas de descriptions touristiques sauf par moments le Mississipi, ses berges et leurs retenues d'eau afin de planter rapidement le décor, rien de ce qui fait le charme de cette ville et de ses environs ou encore l'ambiance des carnavals. L'intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler en France, dans une petite ville de province.

Il est amusant de constater qu'en juin 1939, date de parution de ce roman, des personnages célèbres pouvaient être copier sur scène et plus particulièrement Hitler ou Mussolini. Quelques semaines plus tard, il est évident que ceux-ci ne provoquent plus l'amusement.

 

J'allais omettre le principal. Sous la signature de Jacques Chambon, ce cache le créateur de Catamount, Albert Bonneau. Vous pouvez découvrir cet auteur dans un ouvrage lui a été consacré et dont la chronique se trouve ici

Et une chronique des aventures de Catamount ici

Jacques CHAMBON : Les kidnappers de New Orléans. Collection Police N°321. Editions Ferenczi & Fils. Parution 12 juin 1939. 64 pages.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 13:54

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut né le 21 septembre 1963.

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond.

Enfermé dans un hôpital psychiatrique pendant sept ans, Alex retrouve une liberté qu'il respire goulûment.

Il s'installe dans un appartement meublé dans une cité où il ne connaît personne et se retranche entouré de ses souvenirs.

Remontent à la surface ses premiers émois sexuels avec Sylvie, sa première relation charnelle, et le dépit, la colère qu'il a ressentis en la voyant avec son père. Il est devenu assassin par chagrin.

Sept ans de sa vie passés derrière les barreaux d'un hôpital et lorsqu'il ressort, il n'a que vingt-cinq ans. Il reçoit la visite d'une assistante sociale, Laure, mais il l'éconduit. Il s'entiche d'un jeune blondinet et lui offre un vélo, rouge. Rouge comme le sang de l'enfant que l'on retrouve dans un terrain vague.

Il est accusé de meurtre par ses voisins et Laure pense lui sauver la mise en lui fournissant un alibi. Seulement cet alibi fait long feu et Alex est emmené manu militari dans un commissariat où il subit la pression d'un policier tenace et agressif.

Il prend en otage son tortionnaire et parvient à s'enfuir en compagnie de Laure dans une maison du Perche dont a hérité la jeune femme.

 

Deuxième roman d'Olivier Thiébaut, Larmes de fond est singulièrement proche de son précédent ouvrage, L'enfant de cœur paru à la Série Noire. L'on ne peut s'empêcher de penser aux romans de Robert Bloch Psychose et Psychose 2.

Olivier Thiébaut met en scène deux personnages différents mais ce pourrait être le même qui traverse deux conflits en continu. En cause, les relations familiales et les traces laissées par une enfance houleuse et une adolescence perturbée. Une constante qui laisse penser que l'auteur est particulièrement attaché à ce problème sans pour cela l'avoir vécu.

Mais il faudrait qu'Olivier Thiébaut qui a toutefois peaufiné son personnage central et imposé celui de Laure, lequel s'avère tout à la fois simple et complexe dans le rôle de détonateur, qu'Olivier Thiébaut change de registre pour confirmer son talent. Ou tout du moins son imaginaire personnel.

 

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond. Instantanés de Polar. Editions Baleine. Parution novembre 1995. 182 pages. 9,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 12:46

Bon anniversaire à Jean-Pierre Andrevon né le 19 septembre 1937.

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou.

L’angoisse, c’est délicieux. Surtout lorsque ce sentiment nous est procuré à la lecture d’un livre d’où surgissent les fantasmes de la peur.

Avec L’amour, comme un camion fou, Jean-Pierre Andrevon continue son exploration de l’angoisse ordinaire.

François Valmont, la quarantaine assurée - il va fêter ses quarante-deux balais - passe quelques jours chez sa mère. Un courrier reçu de son ami Xavier, qu’il n’a pas vu depuis des années, lui sauve ses vacances. C’est ce qu’il pense car arrivé à Caussac, au fin fond de la campagne auvergnate, les déboires commencent.

Des rêves, des apparitions nocturnes étranges qui le réveillent en pleine nuit, des fantômes qui s’obstinent à venir entretenir des cauchemars dont il se passerait bien - mais sont-ce vraiment des cauchemars ou une réalité changeante - perturbent ce séjour qu’il regrette peu à peu, les réminiscences se ressentant plus vives d’heure en heure, la mémoire défaillante dont il est affligé se réveillant peu à peu transformant son univers en catastrophe.

 

Roman noir, roman d’angoisse, L’amour, comme un camion fou est précédé d’une courte préface signée Serge Brussolo. Andrevon reste un maître angoisseur, quel que soit le domaine littéraire dans lequel il évolue. Un domaine bien particulier, étrange, parsemé de petites touches comme une composition à la Vasarely, partant du noir le plus sombre pour aboutir au blanc le plus éclatant, en passant par toutes les gammes du gris mais qui par un effet d’optique inverserait les couleurs.

 

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou. Moyen Format. Le Masque. Parution décembre 2001. 282 pages.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 13:16

Hommage à Loup Durand né le 18 septembre 1933.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes.

Etre traqué, poursuivi, chassé, à la fois par des policiers et des truands, je ne veux pas dire que c'est un cas banal, ni courant, mais quoi, cela arrive encore assez souvent.

Règlement de comptes d'un côté, justice de l'autre, les journaux relatent souvent ce genre de fait-divers. Mais ne pas connaître les causes de cette traque parce que l'on se réveille amnésique, voilà de quoi pimenter la situation.

C'est ce que pense Luis Sahagun en se réfugiant dans une propriété privée du Dauphiné. Avec la complicité d'une jeune femme, Luis Sahagun - mais est-ce véritablement son nom ? - parvient à déjouer les barrages mis en place. Jusqu'à un certain point !

D'abord arrêté par des gendarmes, il ne doit son salut qu'à la complicité d'un policier. Ensuite les truands qui le traquent lui annoncent qu'en fait ils le protègent.

Une cavalcade qui le conduit du Dauphiné en Provence en passant par la France profonde et Paris.

Luis Sahagun, appelons-le ainsi puisque c'est son nom jusqu'à preuve du contraire, se sent l'objet d'une vaste manipulation. Mais de la part de qui ?

Des truands qui essaient de l'occire tout en le protégeant, ou des policiers qui semblent débordés tout en le suivant à la trace ? Si seulement il pouvait se raccrocher à un petit bout de mémoire. Mais non, rien de rien. Pas le moindre fil conducteur malgré les repères qu'obligeamment ses complices lui dévoilent. Complices ou ennemis?

Une question parmi tant d'autres qui taraudent notre héros.

 

Une histoire rocambolesque écrite à cent à l'heure, sans limitation de vitesse, et qui se lit de même.

Loup Durand possède un parcours d'écrivain peu ordinaire. Après avoir écrit sous le pseudonyme de H.L. Dugall pour l'ouvrage La porte d'or, prix du Quai des Orfèvres 1967 (roman coécrit avec Henri Gallissian) puis sous celui de Loup Durand (ce roman date de 1983) on n'en entend plus parler. Puis d'un seul coup c'est la résurgence avec Daddy et Le Jaguar. Pourtant entre deux, il a continué à écrire, mais en homme invisible puisqu'il a collaboré avec Bernard Lenteric pour La nuit des enfants-rois et La gagne, avec Pierre Rey pour la série des TNT sous le pseudonyme de Michael Borgia, ou encore avec Sulitzer mais sans jamais que son nom apparaisse.

Loup Durand est décédé en 1995.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1983.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:11

Tous les trains mènent en Allemagne....

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir.

Marseille, 23 janvier 1943 : le quartier du vieux port de Marseille est investi par les policiers français fidèles collaborateurs officiels de l’armée allemande, une opération surveillée par les SS.

Théoriquement cette intervention musclée et nocturne était destinée à procéder à l’arrestation des truands locaux, caïds de la pègre notoirement connus, mais les membres du Service d’Ordre Légionnaire, qui deviendra la Milice, et les GMR encadrés par les SS, forcent une à une les portes des maisons, des immeubles et arrêtent tout le monde, Juifs principalement, mais ne s’embarrassant pas de détails, et embarquent leurs proies sans distinction, sans ménagement.

Les malheureuses victimes de la rafle seront dirigées à la gare d’Arenc, puis vers Compiègne, ou vers Fréjus, en attendant mieux, ou pire. Parmi les milliers de personnes arrêtées, Robert qui n’a plus de nouvelles de sa femme et de sa fille et Michel accompagné de sa mère. Georges lui a réussi à échapper à la nasse tendu par les policiers français en se cachant dans un placard. Fourrant une valise quelques affaires et l’argent économisé par son père. Mais il est pris lors d’un coup de filet et évite d’être embarqué dans le train maudit en soudoyant un policier. Son nom est biffé et ce seront deux autres personnes qui seront emmenées en captivité. Si Robert est dans la fleur de l’âge, à peine la trentaine, Michel et Georges ne sont encore que des gamins. Robert et Michel et une centaine d’autres sont parqués dans un wagon, l’un des nombreux wagons qui constituent le train noir.

Au cours du voyage, Michel et un autre enfant, aidés par Robert, parviennent à s’échapper en se faufilant par un orifice et rentrent à Marseille à pied. Robert lui sera consigné, anonyme parmi les anonymes, à Royallieu près de Compiègne puis direction le camp de Sobibor. Un camp qui n’était pas de concentration mais d’extermination.

 

50 ans plus tard, le 25 mai 1993, Robert, Michel et Georges prennent le train bleu en compagnie de milliers de supporters de l’O.M., direction Munich, afin d’assister à la finale de la Coupe de football contre le Milan AC. L’atmosphère n’est plus la même. Ça crie, ça hurle, ça chante, c’est la liesse générale, c’est la fête. Les conditions du voyage non plus. Ils ont droit à une couchette et à des provisions. Celles-ci sont cachées dans les toilettes, derrière une plaque de tôle qu’il suffit de dévisser pour les récupérer. Trois P38 qu’ils pourront récupérer, sans inquiétude, à la fin de leur voyage. Car leur but, ce n’est pas la finale, mais la rencontre avec un personnage du nom de Horst, un nom et un visage gravés à jamais dans leurs souvenirs.

 

Les dérives de la Seconde Guerre Mondiale, ces faits passés sous silence ou évoqués avec parcimonie parce que honteux, alimentent depuis quelques décennies les romans noirs car ils est juste, légitime, obligatoire de démontrer les travers d’une frange de la société, affiliée aux idéologies nazies.

Mais Maurice Gouiran, en humaniste lucide, ne s’en tient pas à ce simple bilan, à ce regard porté en arrière, à constater. Il nous propose de mettre en parallèle, comme les protagonistes de sa fiction, deux époques distantes d’un demi-siècle et plus. Un parallèle édifiant. Tout un quartier du vieux port fut démoli, rasé, sous prétexte de purification, d’un nettoyage visant le grand banditisme, un leurre. Comme il se plait à le noter, aujourd’hui on parle de « karchérisation ». Mais derrière ces démolitions à la dynamite, se profilaient les profiteurs immobiliers, français. Des actes qu’il était de bonne guerre d’imputer aux Nazis, cela arrangeait tout le monde, surtout à la Libération.

Maurice Gouiran décrit également les affres des prisonniers dans leur périple, l’angoisse, la fatigue, la faim, l’horreur, ressenties par ces hommes et ces femmes parqués pis que des animaux.

Un roman fort, un roman juste, qui devrait être étudié dans les écoles, et servir de base à des sujets de philo. Et qui devrait être lu aussi par les hommes politiques, lesquels réfléchiraient peut-être (mais est-ce trop leur demander ?) avant de faire des déclarations fracassantes, malvenues, démagogiques, ou énoncer un bon mot pour amuser la galerie, juste pour gagner des électeurs. Et nous en avons malheureusement des preuves quotidiennes proférées par des personnages dont il serait malvenu de citer les noms, ce serait leur faire de la publicité.

A noter ces quelques réflexions pleines de bon sens

Les vaincus n’ont pas besoin d’avoir une histoire, les vainqueurs leur impose toujours la leur.

Quand on voit le fanatisme et la haine que peut déclencher un simple match de foot, on ne s’étonne plus de la stupidité et de la cruauté des guerres.

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir. Collection Polar Jigal Poche; Editions Jigal. Réimpression septembre 2015. 248 pages. 9,50€.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 13:20

Un manuscrit retrouvé dans une bibliothèque de l'Université de Yale, ça fait désordre non ?

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra.

Ayant quitté Londres pour se consacrer à sa nouvelle passion l'apiculture, Sherlock reçoit de temps à autre la visite de son ami Watson. L'amitié qui lie les deux hommes n'empêche pas Watson de tarabuster le détective à la retraite. D'autant qu'il n'apprécie guère que des contradictions ou des imprécisions figurant dans la rédaction de leurs aventures fassent l'objet de moqueries. Ceci est surtout flagrant durant la période 1891/1894 et Watson désire ardemment savoir quelles furent les occupations de Sherlock à ce moment charnière et nébuleux du détective.

Alors Sherlock consent à lui narrer une de ses péripéties, celle qui s'est déroulée à Paris après son passage à Milan. Muni de faux papiers établis au nom d'Erik Sigerson, citoyen d'Oslo, Sherlock s'établit donc dans la capitale française et afin de subsister il s'installe comme professeur de violon. Au grand dam de ses voisins et colocataires.

Il se promène également dans le Paris en transformation, et un soir il décide de se rendre au Palais Garnier afin d'assister à une représentation du Prophète de Meyerbeer, quoiqu'il n'apprécie pas vraiment ce compositeur. Mais il tombe sous le charme de la jeune soprano Christine Daaé, et surtout de sa voix.

En sortant de l'édifice, il est témoin d'un incident provoqué par l'un des violoniste de l'orchestre. L'homme très remonté vitupère contre les agissements d'un supposé fantôme et déclare donner sa démission. Sherlock pense alors qu'il pourrait sacrifier à sa passion, le violon, tout en étant rémunéré. Il s'inscrit au concours d'entrée mais les candidats ne manquent pas. L'audition s'effectue à l'aveugle. Trois jurés sont attablés mais ce ne sont pas eux qui décident. Un homme à la voix bourrue se cache derrière un paravent, et c'est lui qui procède à l'engagement. Le talent de Sherlock s'exprime de façon fort honorable et l'homme lui signifie son embauche. Il s'agit de Gaston Leroux, le directeur musical de l'Opéra de Paris.

Son engagement signé, Sherlock participe aux répétitions et s'entretient avec ses voisins de pupitre lesquels certifient la présence d'un fantôme. Ce ne sont pas les seuls à l'affirmer car les petits rats du corps de ballets sont toutes énamourées rien que d'en parler, et la direction confirme cette présence qui ne semble pas les gêner. Certains entendent des voix tandis que des événements étranges se produisent, des accidents surviennent. Sherlock discute, converse, papote avec les uns et les autres, le régisseur, les machinistes, les musiciens, les danseuses et les chanteuses...

Sherlock remarque qu'une loge, la numéro 5, est souvent vide. Elle serait louée à l'année, selon son nouvel ami le violoniste Ponelle, par le fantôme. Une surprise de taille attend Sherlock. La cantatrice Emma Calvé étant indisponible suite à un malaise, son rôle est repris au pied levé par La Femme, Irène Adler en personne ! Ceci est confirmé par le maître, Gaston Leroux.

Le chef-machiniste, Busquet, est retrouvé pendu. Enfin presque. Ce qui est sûr c'est qu'il est mort de la suite d'une pendaison. Car un bout de corde s'est volatilisé, et Sherlock sent renaître en lui le démon de la détection. Or Busquet était amoureux de la belle et jeune Christine Daaé laquelle est également courtisée par un vicomte. Un des nombreux points à éclaircir pour Sherlock qui s'attelle à une enquête surprenante ne manquant pas de péripéties.

 

Nicholas Meyer nous entraîne dans une intrigue aux nombreux clins d'œil et truffée de références. Outre l'enquête, c'est un voyage dans les arcanes de l'Opéra Garnier qu'il nous propose avec virtuosité. Les parties visibles par tous mais également les coulisses, les sous-sols, le réservoir ou lac intérieur, sont décrits avec recherche mais sans que le lecteur se sente en train de lire une brochure d'architecte. D'ailleurs des plans dus à Garnier et à l'un de ses adjoints sont au cœur de l'action, car ils se révèlent indispensables à Sherlock lors de son enquête.

Le mystère rôde et Sherlock Holmes va se trouver à plusieurs reprises dans des situations périlleuses. Par exemple l'épisode renversant et détonnant avec le lustre de cristal. Mais les scènes d'action, d'émotion, de réflexion, entrecoupées de la petite histoire du Palais Garnier et des innovations dont il fut l'objet, des modifications du quartier et des nombreux accidents qui s'y sont déroulés, s'enchaînent avec bonheur, sans répit.

L'auteur lui-même, afin de mieux perturber le lecteur, s'amuse à écrire des approximations, des erreurs, dans le texte, qu'il corrige par la suite sous forme de notes. Ce qui donne un sentiment de véracité quand à la découverte d'un manuscrit inédit.

Le souffle des grands romanciers populaires anime Nicholas Meyer qui nous livre un roman épique, pur moment de plaisir.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra. D'après les mémoires du Dr John Watson. (The Canary trainer - 1993. Traduction de Pierre Charras). Réédition Archipoche N°122. Parution janvier 2010. 256 pages. 6,50€.

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