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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 12:44

Hommage à Brice Pelman, décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : Attention les fauves.

Patrick et Marieke, les jumeaux de onze ans, n’ont pas du tout envie d’aller en pension. Ils n’envisagent pas cette possibilité une seconde, quel qu’en soit le prétexte.

Depuis le décès de leur père deux ans auparavant ils vivent seuls avec leur mère qui pour des raisons d’économie a loué une petite maison dans l’arrière pays niçois. Afin de subsister elle effectue des traductions pour une maison d’édition parisienne. Alors, lorsque ce matin-là en se levant ils découvrent leur mère décédée, ils décident de ne rien dire, de ne rien faire, de gérer leur emploi du temps en se conduisant comme la veille et les jours précédents.

Doria, leur mère, est allongée sur son lit, sa langue est noire. Aussitôt Patrick avance l’hypothèse de la peste. Mais comment pourrait-il savoir que la veille au soir, alors qu’il dormait, tout comme sa sœur, leur voisin, Jourdain, est venu rendre visite à leur mère sous un prétexte futile. Et devant cette jolie femme, lui qui est frustré sexuellement, sa femme étant sujette à des migraines quotidiennes, il a perdu la tête. Il a violé Doria et afin d’empêcher la jeune femme de crier, il l’a étranglée.

Patrick et Marieke avalent leur petit déjeuner et empruntent le car scolaire comme si de rien n’était. Et ils vont vivre pendant quelques jours ainsi, effectuant quelques achats afin de se sustenter, préparant leurs repas selon leurs maigres possibilités culinaires, fermant à clé la chambre de leur mère.

Mais Jourdain se demande bien comment il se fait que personne n’ait réagi, et puis dans son affolement il a perdu la petite culotte de Doria qu’il avait empochée. Madame Josépha, la grenouille de bénitier du quartier, est-elle aussi surprise de l’absence de Doria mais les enfants ont une bonne raison à invoquer. Toutefois elle se pose des questions sur les mœurs de sa jolie voisine lorsqu’elle trouve la culotte dans un fourré.

La catastrophe survient sous la forme d’une lettre émanant de Tante Françoise qui a décidé de passer quelques jours chez sa belle-sœur. L’oncle Paul, son mari polytechnicien est en déplacement au Mexique, alors, passer quelques jours au soleil lui semble une bonne initiative. Pour les enfants c’est tout le contraire, d’autant que la tante Françoise est une fouineuse. Et lorsqu’elle ouvre la chambre avec une clé de rechange, les enfants ayant jeté la première, et découvre Doria, c’est le drame qui s'amplifie.

 

Issu d’un fait-divers, l’un des rares utilisé par Brice Pelman qui nous raconte dans l’entretien qu’il m’avait accordé, la genèse de cette histoire, ce roman nous entraîne dans l’univers des enfants qui se prennent pour de grandes personnes, par la force des événements mais également par peur d’être envoyés en pension.

Des enfants qui veulent forger leur destin, à la place des adultes. Leur imagination, leur rouerie presque, leur permet de s’affranchir temporairement mais il ne faut pas se leurrer, ils seront obligés de se conformer à l’autorité. Dans quelles conditions, et comment l’histoire se dénouera, c’est Brice Pelman qui nous donne les clés.

Et il ne faut pas chercher une quelconque moralité dans ce roman qui parfois joue avec les nerfs, tant on se sent proche de ces enfants qui veulent préserver leur liberté, et pourtant on voudrait les morigéner parce qu’ils ne se conforment pas à une attitude considérée comme normale, c'est-à-dire se conduire en enfants.

Et puis que penser de ces personnes, ces voisins qui s’ingénient à vouloir connaître ce qui se passe chez les autres, des curieux éhontés pour certains car leur comportement est à tout le moins indiscret. Mais lorsqu’un drame vient de se dérouler, on reproche justement à ceux qui ne se sont pas inquiétés de se montrer indifférents. Alors quel comportement adopter ?

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Brice PELMAN : Attention les fauves. Collection Spécial Police N°1641. Editions Fleuve Noir. Parution 1981.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 12:16

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Séance de rattrapage !

Pour tous ceux qui n'auraient pas lu ce roman en version papier lors de sa sortie, une séance de rattrapage est proposée en version Epub et Kindle sur le site de l'éditeur Multivers.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-son, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

 

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Epub et Kindle chez Multivers Editions. 3,99€.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:43

Hommage à Bob Leuci, décédé le 12 octobre 2015.

Bob LEUCI : Captain Butterfly

Depuis dix-neuf ans, Marjorie Buttera, surnommée Captain Butterfly, est dans la police, et après avoir fait ses classes sur le terrain, elle est actuellement à la DAI (Division des Affaires Internes), la police des polices. Marjorie prend son boulot à cœur, n’hésite pas à braver des inspecteurs chefs comme Janesky qui règne en véritable petit potentat outrepassant ses droits et ses devoirs tant dans son quartier de Red Hook à Brooklyn que sur ses hommes.

Marjorie veut une police propre, responsable, soucieuse de son éthique. Elle en fait un acte de foi, et combat, insensible aux retombées possibles. Charlie Rose, son amant, journaliste, tente toutefois de la temporiser, la mettant en garde contre de possibles dangers. Marjorie n’en a cure. Elle sait que Janesky et ses hommes sont coupables de corruption, qu’ils violentent et torturent les criminels, les truands qui leur tombent sous la main. Mais son intime conviction ne suffit pas, il lui faut apporter des preuves afin d’évincer ces brebis galeuses.

D'autant que pour tous, seuls les résultats comptent. Elle se sert d'indicateurs qui travaillent au sein même du commissariat sur lequel elle enquête. Ken Malloy mis provisoirement hors course, elle jette son dévolu sur Franck Bosco, flic intègre mais qui préfère garder les yeux fermés sur ces exactions. Franck vient de vient de perdre Murray, son coéquipier en qui il avait toute confiance, même s'il traficotait par-ci, par-là. C mais il en veut pas voir la réalité en face. Sa femme et sa fille sont en Floride et il attend avec impatience sa retraite. Surtout il ne veut pas d'éclaboussures qui lui feraient perdre le bénéfice de sa pension alors qu'il n'a plus que six mois à tirer. Cependant, certaines choses le révoltent. Ainsi Ronnie, la jeune fille dont il s’est entiché, se pique et il se promet de la sauver.

 

Marjorie se dresse en purificatrice de la police. Sans peur et sans reproche, elle combat les traîtres à la profession, ceux qui dérogent à la déontologie. Elle est animée d’une foi presque intégriste. Mais elle ne se rend pas compte qu’elle flatte en même temps son ego et que son intransigeance risque de tout balayer sur son passage.

Elle entraîne sous son étendard des hommes fatigués, usés, qu’elle parvient toutefois à exalter. Elle s’apitoie légèrement sur le sort de Franck, blessé au cours de la dernière algarade, mais Franck mort, elle eut été tout de même satisfaite d’avoir mené à bien sa mission.

Une mission qu’on lui avait confiée et qu’elle s’est appropriée.

Bob LEUCI : Captain Butterfly (Captain Butterfly. Traduction de Annie Hamel). Rivages Noir N°149. Parution mars 1993. 304 pages. 9,15€.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 11:20

Hommage à Ellis Peters décédée le 14 octobre 1995.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre

De tous temps, et de nos encore, les marchés importants, les foires comme celles de Lessay ou de Gavray dans la Manche, des foires millénaires, ont drainé un nombre impressionnant de visiteurs, d'acheteurs, de marchands, de camelots.

Et pour les cités, cela représente une rentrée non négligeable d'argent.

Sauf qu'à Shrewsbury, lors des trois jours pendant lesquelles se tient la foire de Saint-Pierre, les taxes et autres redevances tombent dans l'escarcelle de l'abbaye.

Les édiles de la cité ont beau envoyer auprès de l'abbé une délégation afin qu'une quote-part soit reversée en vue d'améliorer les fortifications et les rues de la ville, ceux-ci repartent sans avoir obtenu gain de cause.

Alors ce sont les jeunes qui prennent la relève et vont manifester leur mécontentement auprès des forains. Mais comme bien souvent, cela se termine par des rixes. Une bataille rangée qui laisse sur le carreau le meneur, suite à un malencontreux coup de bâtons assené par l'un des commerçants.

Le lendemain, le forain est retrouvé assassiné tandis que le jeune homme, qui cuve une cuite carabinée, ne peut se souvenir avec exactitude ses faits et gestes nocturnes.

Frère Cadfael, notre vieille connaissance, va écouter les uns et les autres, fouiner de ci de là, mener son enquête, l'honneur de l'abbaye étant en jeu.

J'avoue ne pas me lasser de lire les aventures de frère Cadfael.

Dame Ellis Peters possède bien du talent mais le contexte, l'époque dans laquelle elle situe ses intrigues y sont également pour beaucoup.

L'époque médiévale m'a toujours fasciné, mais je ne suis pas le seul. Et le roman historique décliné de cette manière élégante devrait en passionner plus d'un.

 

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre (Saint Peter’s fair - 1981. Traduction de Serge Chwat). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°2043. Première parution 1989.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 12:25

C'est ce que l'on appelle de la Taureau magie ?

Philippe WARD : Danse avec le taureau.

Le 3 juillet 1912, un jeune étudiant Cubain décède dans les arènes de Bayonne. Il assistait à une corrida et le toréador fut malmené par un taureau qui n'appréciait pas vraiment ce jeu de cape et d'épée. Et l'épée, mal enfoncée dans le cou taurin s'envola et vint se ficher dans le cœur du spectateur.

Cent ans plus tard, le 3 juillet 2012, six personnes cagoulées assistent à une sorte de cérémonie dont la mise en scène est assurée par la Grande Servante. Les membres de cette réunion sont conviés à toucher pour la première fois chacun leur tour selon un rite défini une épée cachée sous une tête de taureau. Cette arme blanche possède son histoire et la Grande Servante ne souhaite pas transformer cette célébration en hommage façon secte ou autre. Cette épée, elle l'a reçue en héritage et elle s'apprête à célébrer les cent ans de la cérémonie des sangs.

 

Alain Larrezabal a ressenti un frisson en tenant l'arme contre lui. Il est directeur d'une revue taurine et la corrida a vampirisé sa vie. Il est tout dévoué au taureau et à la tauromachie. Il aimerait pouvoir posséder cette arme et songe comment pouvoir s'en emparer. Alors qu'il rédige un article sur l'Epée pour sa revue, il est interrompu par la sonnette de son appartement. Il ouvre et reçoit un coup violent en plein visage.

Il est retrouvé le lendemain nu, agenouillé devant un mur sur lequel est accroché une photo montrant un taureau. Une corne de taureau a été fichée dans son anus. Pas au taureau mais au cadavre. D'après le légiste une lame aurait été enfoncée derrière sa tête. De plus trois objets ont été dessinés dans le bas du dos, des tatouages représentants une épée courbe, un croissant de lune et une étoile. Du moins c'est ce que croit reconnaître Vincent, l'un des deux policiers chargés des premières constatations. En compagnie de Stéphane, son coéquipier, il hérite de cette enquête pour le moins inhabituelle.

Dans deux semaines doivent se dérouler les séculaires fêtes de Bayonne, et ce meurtre tombe vraiment mal.

Amaia passe ses vacances chez elle en famille à Itxassou, et elle entend bien en profiter pour voir évoluer les joueurs de cesta punta, jeu qu'elle préfère à la corrida. Elle est policière à Lille, les joies de la décentralisation, et elle possède la particularité d'être la première femme analyste-psychologique de la profession. Outre ses parents qui tiennent une auberge dans le village, elle a retrouvé sa jeune sœur Lucie. Bref des vacances qui se déroulent sous d'heureux auspices mais vont être mouvementées.

Car le commissaire de Bayonne requiert ses compétences pour l'enquête sur le meurtre du journaliste amoureux des taureaux. D'autant qu'un autre meurtre va se produire peu après lors de la féria de Pampelune. Cette fois il s'agit d'un agent de toreros qui subit cette frome de châtiment dans les mêmes conditions. La mise en scène est identique et la liste va s'allonger au grand dam des policiers bayonnais qui pour autant ne le sont pas, bâillonnés.

De plus elle retrouve une ancienne amie, Marie-Christine, qu'elle n'a pas approchée depuis des années, pour des raisons qui lui sont personnelles, et qu'elle fréquente sa sœur Julie l'indispose. Seulement son enquête lui prend beaucoup de temps car outre le directeur de la revue et l'agent de toreros, un surfeur, puis un ancien membre de l'ETA subissent le même sort.

 

Au début, ses nouveaux collègues, Vincent et Stéphane, lui battent froid, mais Amaia leur démontre rapidement qu'elle n'est pas née de la dernière pluie et leur prouve ses compétences en matières de réflexion et d'analyse.

 

Une enquête difficile, pour Amaia et ses collègues, dangereuse également, mais qui engendre chez le lecteur un plaisir ineffable. Il participe aux recherches, et côtoie le monde de la tauromachie dans les coulisses.

Car Philippe Ward évite le piège de la description de scènes spectaculaires et sanglantes avec renfort de banderilleros, de picadors, de matadors, de foule en délire. Son propos est plus subtil. Enquêter dans le domaine des corridas, mais par la bande, et mettre en scène une analyste-psychologique policière, la première de la profession et la seule existant en France chargée d'étudier le profil psychologique du meurtrier, sans s'attarder dans des considérations oiseuses, pédagogiques. Il ne prend pas partie pour les aficionados ou les anti corridas, laissant le lecteur seul juge en son âme et conscience. Mais justement il prend soin de mettre en présence deux personnes proches, deux sœurs, Amaia qui n'aime pas du tout ce genre de sport et Lucie qui au contraire ne manquerait pour rien au monde la Féria de Pampelune et les Fêtes de Bayonne, malgré son jeune âge.

Une approche sympathique d'une tradition de plus en plus battue en brèche par les défenseurs des animaux, ce que l'on peut comprendre. Mais comme beaucoup de manifestations folkloriques qui font la réputation d'une région, attirent les touristes, ceci fait partie d'un héritage difficile à éradiquer. Et si Philippe Ward ne prend partie ni pour les uns, ni pour les autres, c'est tout simplement de la tolérance, chacun voyant midi à sa porte, et il faut tenir compte des décalages horaires.

Pour le lecteur curieux, c'est aussi une invitation au voyage dans le pays basque. Bayonne, bien sûr, Biarritz, Pampelune, située de l'autre côté de la frontière, Cambo-les-Bains, Saint-Jean-Pied-de-Port, Itxassou... Mais pour autant Philippe Ward ne s'attarde pas sur des descriptions géographiques ou touristiques, son propos est ailleurs. Connu pour ses romans fantastiques, Philippe Ward délaisse ce genre pour une approche plus policière, avec une nouvelle enquêtrice que l'on aura plaisir à retrouver.

 

Philippe WARD : Danse avec le taureau. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 168 pages. 10,90€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 13:13

C'est pas pire que si c'était moins bien...

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ?

Ils étaient faits pour se rencontrer. L'un se nomme Simon Marechall, sexagénaire sur la pente descente, portant beau physiquement mais malade, songeant à prendre sa retraite de dératisateur en tout genre. L'autre est Bernard Ferrand, vingt-deux ans, un peu benêt, qui vient de se couper deux bouts de doigts de la main gauche. Heureusement il est droitier, ce qui ne l'handicape pas trop. Il travaille et vit à Bron mais il est revenu chez sa mère à cause de son accident du travail.

Donc Marechall et Ferrand se rencontrent lors d'un mariage, auquel ils ne participent pas, juste en spectateurs, à Vals-les-bains.

Marechall s'est arrêté dans la station thermale un peu par hasard, parce qu'à la radio une valse de Strauss sortait des écouteurs alors qu'il arrivait aux abords de la ville. Une coïncidence. Et comme il n'avait rien de spécial à faire entre deux missions, il a trouvé à loger dans un hôtel.

Ferrand habite chez sa mère Anaïs. Des vacances inopinées qu'il entend bien passer le plus souvent en dehors de chez lui. Anaïs n'a pas eu de chance dans sa vie, et toutes ses entreprises pour tenir un petit commerce ont toutes débouché sur un ratage. Alors elle se console avec sa bouteille de rhum et son lampadaire figurant une Noire grandeur nature.

Marechall et Ferrand étaient donc nés, à quelques décennies de différence, pour se rencontrer et Marechall, qui vraiment ne se sent pas très bien et dont l'estomac joue au yoyo, embauche Ferrand comme chauffeur. Un dérivatif à ne pas négliger pense le jeune homme qui accepte immédiatement. Même si sa mère va penser qu'il la néglige. De toute façon ce ne sera pas pire que lorsqu'il travaille loin de chez elle.

En voiture vers l'aventure qui les attend sur la berme d'une route qui les mène vers le Sud. Une femme, qui porte une gamine, se fait tabasser par son compagnon, et Marechall va les départager. L'homme bascule dans le fossé et la jeune femme est recueillie avec sa petiote. Seulement il faut du lait et des couches et dans l'habitacle ça commence à sentir mauvais. Fiona n'a pas d'argent alors Marechall bougon la dépanne. Mais il aimerait bien déposer ses deux passagères encombrantes quelque part mais il n'y parvient pas. Ferrand s'est attaché à Fiona la mère et à sa gamine Violette.

Alors ils s'installent dans un camping, louant deux mobil-home afin de ne pas être dérangés par les cris du bébé lorsqu'il a faim ou pousse des cris uniquement pour le plaisir. Seulement le travail n'attend pas et Marechall sacrifie à quelques petits contrats de dératisation. Or l'un des commanditaires pense pouvoir le gruger et ça, Marechall n'aime pas, mais alors pas du tout.

 

Si le roman débute par la fin, livrant l'épilogue d'une histoire, c'est bien ce qu'il s'est passé avant qui importe et la description des protagonistes.

La rencontre de Marechall et Ferrand, cette forme de complicité qui va unir le vieux monsieur malade qui ne pense qu'à ranger son outil de travail, et Ferrand, un peu désœuvré et conciliant. Et leurs pérégrinations en compagnie de Fiona et Violette, attachées à eux comme une bernique sur son rocher. Un parcours qui comporte quelques scènes fortes et des moments de tendresse.

La tendresse est le thème récurrent des romans de Pascal Garnier, une tendresse bourrue, empreinte de dérision.

Des personnages de tous les jours, ou presque, gravitent dans des romans qui oscillent entre humour cynique et noirceur. Ainsi Anaïs, qui toute sa vie a tenté de s'en sortir, ouvrant et fermant presqu'aussitôt ses boutiques, n'ayant pas fait le bon choix et surtout parce que les centre-ville n'attirent plus les touristes, les curistes et que les usines ont fermé. Alors elle s'est réfugiée dans l'alcool, se forgeant son univers particulier :

On ne peut pas tout faire, boire ou manger, il faut choisir.

Dans le camping où Marechall et ses compagnons de virée, choisis ou imposés, ils font la connaissance d'une dame qui porte allègrement ses cinquante ans.

La dame à la table voisine avait tout d'une petite brioche, le cheveu frisotté, comme si elle s'était coiffé d'une casserole de coquillettes. Elle faisait penser aux bonnes fées des dessins animés.

Les curistes qui déambulent Vals-les-Bains ont entre soixante et cent ans, et cela fout le vertige à Marechall qui est aussi âgé qu'eux. Peu de jeunesse dans les rues et c'est comme un village hanté par des fantômes qui se présente à lui. Il existe comme une obsession de la vieillesse, plutôt que de la mort. Comme le déclare Marechall:

La mort n'est pas un problème, mais l'éternité, c'est autre chose.

En peu de mots Pascal Garnier décrit ses personnages, empruntant aux métaphores avec une jouissance jubilatoire. Une marque de fabrique qui font le charme de ses romans et qui permettent de le différencier de Simenon auquel il est souvent comparé.

 

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ? Editions Zulma. Collection Zulma Poche N°24. Réédition 1er octobre 2015. 192 pages. 8,95€.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 12:31

Coucher avec une autre personne que son conjoint, ce n'est pas le tromper, mais bénéficier d'une

formation permanente.

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver.

Il parait, selon les magazines féminins bien informés, que le nombre de cocus est en courbe ascendante, une inflation galopante, et si cette propension à aller voir chez les autres si c'est mieux que chez soi, était réservé de tout temps aux hommes, les femmes de nos jours n'hésitent à suivre ce précepte : changement d'herbage réjouit les veaux.

Pourtant l'équation Deux plus un = un gros paquet d'emmerdes, tarabuste Sebag qui d'un seul coup (sic !) est confronté à ce problème.

Ce qui le chagrinait depuis un certain temps, ce qu'il supputait vient d'être confirmé, à quelques jours de Noël. Un drôle de cadeau parvenu sous forme de SMS dans le téléphone de sa femme. Claire le trompe. Pourtant, elle l'affirme avec conviction, elle l'aime toujours. D'ailleurs c'est terminé, son amant ayant été muté de l'autre côté des Pyrénées. Un accident de parcours.

Est-ce le fait d'apprendre son cocufiage qui déclenche une réaction en chaine, nul ne saurait le dire. Pourtant c'est bien ce qui se produit.

 

Un homme tue sa femme alors qu'elle venait de terminer une partie de billard avec son amant dans une chambre d'hôtel. L'homme est parti le premier et le mari trompé s'est engouffré dans le nid d'amour abattant sa femme, qui fumait sa dernière cigarette, avec une carabine. Puis il repart dans la nature.

Appréhendé, il ne nie pas, toutefois ses déclarations jettent un trouble dans l'esprit de Molina, de Ménard et de Sebag. Si le meurtre ne fait aucun doute, ils se rendent compte que le mari bafoué avait été prévenu. Or, idée lumineuse, en vérifiant les vidéos des caméras de surveillance placées un peu partout dans Perpignan, il ne pouvait être sur place au moment où l'a déclaré.

Et comme une contagion qui se répand insidieusement, un autre couple va être séparé à cause d'un vol plané par une fenêtre. Mais cette fois, c'est le mari trompé qui se tue en passant par dessus la rambarde. Volontairement.

Un troisième larron ne trouve rien de mieux que de prendre sa femme en otage, précisant à tous ceux qui regardent le spectacle de la rue, qu'il va brûler sa maison, et eux avec par la même occasion. Il ne fait pas dans le détail. Sebag, habile négociateur, parvient à le raisonner, mais ce n'est pas une thérapie pour le policier rongé par la jalousie.

 

Tout autant roman policier que roman sentimental et étude de mœurs, Méfaits d'hiver comporte plusieurs étages de lecture.

Roman policier, bien évidemment puisque meurtre il y a et incitation au meurtre. Et donc enquête avec plusieurs policiers sur le terrain, tâtonnant, conjecturant, soupçonnant, et empruntant de mauvaises directions, persuadés détenir le coupable ou présumé coupable et avoir compris ses motivations.

Roman d'amour ou sentimental, car outre Sebag ce sont tous les protagonistes impliqués qui sont visés par cette fracture du cœur. Ce n'est pas parce que leurs femmes ne les aiment plus qu'elles vont goûter ailleurs si l'herbe est plus tendre. D'un côté l'amour existe toujours, plus ou moins fort il est vrai, les années passant, mais il est présent. De l'autre côté il y a la recherche d'une forme de tendresse, de complicité amicale qui n'est plus aussi prégnante. Le besoin d'une amitiés amoureuse.

Enfin étude de mœurs déclinée par Julie, nouvellement arrivée et qui participe activement à cette enquête. Elle va faire équipe avec Sebag plus particulièrement, selon les besoins et les approches professionnelles des uns et des autres, mais possédant un autre regard qui lui permet de prendre cette enquête sous un angle différent. De plus elle est amie avec Marina, une kiné qui a effectué des études de psychologie, section sexologie.

Sebag va apprendre ou découvrir un pan sociétal sur l'évolution de la sexualité féminine et de son émancipation par rapport à l'homme, le mâle, dominant. La femme devait rester confinée chez elle tandis que l'homme pouvait sans vergogne aller butiner ailleurs. D'ailleurs, l'expression Rangez vos poules je lâche mon coq, édictée par une mère fière de son fils nous montre combien l'homme pouvait tout se permettre tandis que la femme n'avait pas le droit de lever même les yeux sur un individu de sexe masculin. En général car des cas particuliers nous montrent que la femme pouvait également se montrer avide d'expériences nouvelles.

Autant que je m'en souvienne, le plaisir masculin [...] c'est un petit spasme et puis s'en va. Alors que chez nous (la femme), c'est une vague, une tempête, parfois un raz-de-marée. La jouissance féminine a longtemps fait peur, aux hommes et aux femmes également. C'est pour ça qu'on l'a tant réprimée.

Un peu plus loin :

Nous ne connaissons pas qu'un seul plaisir, ni même deux seulement comme on le pense trop souvent, mais des dizaines de variétés de plaisir. Certains comparent le corps d'une femme à un calendrier de l'Avent avec une multitude de fenêtres qui ne demandent qu'à s'ouvrir.

Mais ce n'est uniquement cela qui pousse un homme ou une femme à tromper son partenaire, seulement c'est la face visible de l'iceberg matrimonial.

 

Je ne voudrais pas m'immiscer dans la vie privée de l'auteur, mais il se dégage de ce roman comme une relation d'authenticité dans cette histoire.

 

Le personnage de Julie, lieutenant de police, le lecteur assidu l'a déjà rencontré dans Le paradoxe du cerf-volant. Philippe Georget tisse sa toile en imbriquant les différents personnages de ses romans pour en constituer une saga.

 

Voir également l'analyse de Yv sur son blog :

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 septembre 2015. 352 pages. 19,50€.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 13:59

Chavez le dire à tout le monde...

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas

Journaliste indépendante et grand reporter, Elisabteh W. Parrot signe ses articles sous le nom de Gaya pour différents médias.

Un peu plus de trente ans et un gamin, Pablo, qu'elle a eu avec Paul Delpeuch, un agriculteur, dont elle vit séparée mais en bonne intelligence toutefois, Gaya ne se contente pas de rédiger ses articles. Elle cuisine, elle bricole, pratique l'Aïkido et d'autres sports moins violents, bois et fume avec modération. Elle voyage beaucoup aussi pour son travail et au mois d'avril 2007 elle est contactée par Las Noticias, journal vénézuélien au fort tirage et considéré comme respectant une neutralité politique.

Elle est invitée au Venezuela afin d'écrire pour l'édification des Européens des articles sur la vision européenne sur la grande bataille médiatique qui déchire le pays depuis plusieurs mois et qui doit atteindre son apogée le 27 mai 2007 avec le non renouvellement d'une concession qui avait été accordée vingt ans auparavant à l'importante chaîne de télévision RCTV pour offrir la bande hertzienne à une chaîne publique éducative et populaire.

Elle doit donc se rendre sur place, et autant en profiter, pense Paul, pour enquêter sur la disparition présumée de Jean-Pascal Laborde, agriculteur comme lui, et qui avait entendu dire qu'au Venezuela il pourrait s'offrir pour pas cher des centaines d'hectares de terre aisées à travailler. Il avait demandé à sa sœur de vendre sa ferme et de lui envoyer l'argent là-bas au Venezuela. Ce qui fut fait en bonne et due forme mais depuis des années, personne n'a eu de ses nouvelles.

Gaya se renseigne sur l'état du pays qu'elle doit visiter et ce qu'elle lit n'est guère encourageant. Les conseils destinés aux futurs touristes n'incitent guère à visiter le pays, au contraire. Néanmoins elle reçoit son billet d'avion très rapidement et après avoir sacrifié à quelques formalités, elle peut s'envoler tranquille ou presque.

Dans l'avion une passagère dit la reconnaître et apprécier son travail journalistique. Elle se présente : Alicia Hernandez, attachée aux affaires culturelles de l'ambassade du Venezuela à Paris. Une approche qui alarme quelque peu Gaya, étonnée d'être si connue, même si parfois sa photo figure en tête d'articles. Elle profite d'un moment durant lequel Alicia part se soulager, pour essayer de regarder un dossier placé dans la pochette de l'attachée culturelle mais elle n'en a pas le temps. Pourtant ce dossier paraissait être important et éventuellement la concerner.

A l'aéroport elle doit être réceptionnée par quelqu'un mais personne n'est présent. Si, un chauffeur est bien là brandissant une pancarte, mais au nom de ViVaTV. Elle se renseigne et lui donne son nom. Gaya. C'est bien elle qu'il doit conduire en taxi, mais la pancarte était à l'envers intentionnellement, tout le monde pouvant affirmer qu'il ou elle se nomme Gaya. Un début de paranoïa ou une confirmation.

Elle est dotée d'un accompagnateur, Ricardo, et elle apprend incidemment que celui-ci est Cubain. Ce n'est pas par hasard qu'il est là, Cuba étant proche du pouvoir bolivarien. Elle lui demande s'il peut se renseigner sur son compatriote venu exploiter des terres sud-américaines, Jean-Pascal Laborde. Il promet de faire tout son possible. Gaya va faire la connaissance au cours d'un repas de deux vénézuélien, Mariela Daragon, journaliste à Las Noticias, et Marino Douglas, réalisateur à VivaTV.

Gaya collabore avec Mariela dans les bureaux de Las Noticias, situés dans un immeuble qui héberge de nombreux médias. Mais Marino disparait et Gaya lancée à sa recherche, aidée par un gamin qui la conduit dans une impasse, va se retrouver enfermée dans une sorte de cave. De sa fenêtre munie de barreaux, elle aperçoit un cadavre sur une décharge. Sa pratique de l'Aïkido va lui servir pour s'évader. Ce sont les débuts des nombreuses péripéties.

 

Ce roman, un romanquête comme il est défini en quatrième de couverture, est tout autant un document sur le Venezuela des années Hugo Chavez, celles voyant sa réélection et l'échec de la réforme constitutionnelle. Le peuple vénézuélien est partagé, les pauvres espérant en Chavez un sauveur, les riches le considérant presque comme un usurpateur et un futur dictateur.

Le pays, s'il possède des richesses intérieures comme le pétrole, n'arrive pas à s'affirmer comme une grande puissance, de nombreuses pressions extérieures l'étranglant. L'administration Bush par exemple. La proximité de Chavez avec le régime cubain ne plaide pas en sa faveur.

Règne donc une ambiance délétère, et les médias se déchainent souvent en défaveur de Chavez. Gaya va s'en rendre compte sur place et se demande si son invitation a été programmée afin de donner du crédit aux réformes médiatiques envisagées. Et le lecteur peut s'interroger de l'utilité de savoir lire entre les lignes les articles journalistique, et surtout de ne pas cataloguer un journal dont certains écrits ne sont pas dans la ligne politique gouvernementale comme obligatoirement un journal d'opposition.

Elle va apprendre également que se montrer jambes nues, en short, est considéré comme une atteinte à la pudeur, alors qu'exhiber ses appas mammaires n'est pas provocant.

Rouges, les collines de Caracas est tout autant un roman hybride mêlant aventures, action, espionnage qu'un documentaire sur un pays à un moment donné. Tout ce qui est susceptible d'entrer dans un tel roman est utilisé, que ce soit manipulations, disparitions, assassinats, complots et autres formes de trahison avec bien entendu l'ombre néfaste de la CIA, qu'un document tentant d'expliquer la mutation géopolitique et journalistique d'un pays.

Le départ est poussif, puis l'action venant l'intérêt grandit, mais comme un soufflé cela retombe rapidement avant de reprendre du volume. Une histoire qui alterne avec le chaud et le froid et dont je ressors avec un sentiment dubitatif.

 

Curiosité :

La photo de couverture fait penser à une représentation du Mont-Saint-Michel.

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas. Editions Arcane 17. Parution le 1er octobre 2015. 278 pages. 22,00€.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 16:30

En raccourci, l'Antikons...

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces.

Le personnage du Poulpe ne pouvait laisser Georges-Jean Arnaud indifférent et dans L’antizyklon des atroces nous replongeons dans l’univers politique actuel, miroir d’une époque où l’extrême-droite fasciste était au pouvoir, avec ses nostalgiques du passé rigoriste et sectaire, ses nouveaux prêtres et ses nouveaux officiants, les hommes de l’ombre du gouvernement n’étant pas épargnés.

Alors que des journaux comme Libération ou Le Monde remettent au goût du jour un monstre du Loch Ness par le biais d’articles consacrés à une fuite de gaz en 1944, fuite entre la France et l’Allemagne et évaluée à une tonne de Zyklon B produit par des firmes françaises, un vieux monsieur juif demande au à Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe d’enquêter sur ce qui pourrait bien être plus qu’une rumeur.

Le Poulpe va traîner sa longue carcasse dans l’Oise, plus particulièrement à Bresle patrie de Doriot, et aux alentours.

Des chiens de chasse qui disparaissent, des colombophiles non répertoriés, des pigeons voyageurs lestés de plomb et un vieillard qui a fricoté avec les nazis alors que pour tous il était décédé depuis des décennies, tels sont les ingrédients-personnages de ce roman dans lequel Georges-Jean Arnaud renoue avec le roman dit populaire, se glissant, une fois n’est pas coutume, dans la peau  d’un personnage qu’il n’a pas créé.

Et si on le sent parfois gêné aux entournures, évoluant dans un cadre trop strict, on ressent que le thème abordé par l’auteur lui tenait à cœur et que le Poulpe s’avérait un excellent vecteur pour le développer.

 

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces. Le Poulpe N°113. Editions Baleine. Parution février 1998. 140 pages. 9,00€.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 13:06

Lorsque le G8 se réunit, cela se passe dans une

ambiance chaude et chaleureuse...

Maxime VIVAS : Comme le scorpion, mon frère.

En cette fin de juillet 2001, Renaud et Leslie font la connaissance, à bord du train qui les conduit en Grèce, via l’Italie, de Guillaume et Gros Jean qui eux se rendent à Gênes dans le but de manifester contre le sommet du G8.

Guillaume leur propose de faire escale et de participer à cette protestation qui va réunir Italiens et altermondialistes de l’Europe entière. Renaud n’est pas emballé mais pour Leslie, c’est l’occasion de connaître autre chose que sa petite vie douillette.

Guillaume leur affirme qu’il ne s’agira que d’un rassemblement bon enfant, et donc pas de danger à craindre. Mattéo, qui veut devenir photographe, s’intéresse lui aussi à cet événement qui va propulser sa ville sur les ondes médiatiques.

Il est abordé par Francesco qui le prend sous son aile. Son nouvel ami affirme être docker et vilipende Berlusconi, qu’il qualifie de dictateur. Si la première soirée de Guillaume et de ses compagnons se passe dans le calme, le lendemain, il n’en va pas de même. La police charge contre tout ce qui bouge, même sur les ambulances qui convoient les premiers blessés. La hargne guide les policiers mis sous pression par leurs autorités. Brimades, exactions, tabassages, tortures, et morts d’hommes par balles réelles sont le lot des participants qui ne voulaient que crier leur engagement contre la mondialisation financière des pays les plus riches du monde.

 

Maxime Vivas, en jetant un coup de projecteur sur une petite poignée de manifestants qui se veulent pacifiques, propulse le lecteur dans un roman reportage, dans un documentaire sur un événement qui a fait la une des journaux et qui n’est pas à l’honneur de pays dits civilisés.

On ne peut que ressentir de la sympathie envers les protagonistes malheureux et se poser de nombreuses questions sur les agissements des policiers et de leurs dirigeants.

Un témoignage troublant recueilli auprès de témoins, de photographes, de cinéastes, d’organes d’information traditionnels et de sites Internet. Un ouvrage à conseiller à tous ceux qui désirent connaître une vérité que certains réfutent.

Maxime VIVAS : Comme le scorpion, mon frère. Coll. La Cerise noire, éditions Le Temps des Cerises. Parution octobre 2003. 172 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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