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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 07:36

Mourir dans son sommeil, c'est bien, mais de façon naturelle, c'est mieux !

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable.

Bientôt nonagénaire, Gabrielle du Breil vit dans son bel appartement sis dans un immeuble cossu des Sables-d'Olonne. D'ailleurs elle ne se plaint pas. Elle vit seule mais reçoit très souvent la visite de sa jeune amie Cécilia. Plus jeune qu'elle car la "jeune" femme est toutefois quinquagénaire (et non cinquantenaire, ce terme désignant l'anniversaire d'un événement célébré au bout de cinquante ans) et travaille comme négociatrice pour une agence immobilière. Et une femme de ménage, Candida, d'origine portugaise mariée à Luis, et mère d'un petit Pedro, vient tous les jours en début d'après-midi pour faire la poussière. Parfois Rodolphe, un promoteur événementiel, accompagne Cécilia dont il est l'amant. Ils en ont l'âge, ils sont encore beaux, et célibataires, et ceci ne nous regarde pas. Sauf que Rodolphe n'est pas toujours disponible, il ne termine pas ses nuits. Cécilia se lasse et elle trouve en André, un client de l'agence, une épaule compatissante et plus présente.

A part ces trois personnes, les visites sont rares, même si une fois, il n'y a guère, un homme a désiré rencontrer Gabrielle mais Candida ne lui a pas laissé la possibilité d'entrer. Ah, j'allais oublier le toubib, un nouveau, l'ancien étant parti vers le Sud, comme la plupart des généralistes.

Cécilia promène parfois Gabrielle, afin de lui changer les idées, marchant à petit pas. Mais en ce mois de juillet, le soleil darde abondamment ses rayons sur la cité balnéaire des Sables-d'Olonne, et les sorties sont écourtées.

De petits faits insignifiants pourtant s'instaurent dans cette vie quiète. Cécilia se rend compte que la vieille dame, qui n'est pas indigne, perdu un peu la tête. Oh, pas grand chose, mais elle a des oublis. Et puis Gabrielle à une tendance de plus en plus manifeste à ingurgiter de petits verres de Porto. Normal quand on a une "bonne" native de ce pays fournisseur de cette boisson légèrement alcoolisée. Mais n'y voyez aucune relation de cause à effets.

Candida est très maniaque, et elle traque les grains de poussière jusque sous les tapis. C'est ainsi qu'elle s'aperçoit que des objets supposés posséder de la valeur ont disparu. Notamment un tableau représentant un visage de face et profil. Un tableau qu'elle n'apprécie guère, mais les goûts et les couleurs, n'est-ce pas...

Mais toutes ces personnes, récapitulons, Cécilia, Rodolphe, Candida et Luis son mari, possèdent un point commun. Des difficultés financières. Surtout Luis, maçon-couvreur, qui vient de perdre son emploi à cause des restrictions de personnel opérées par son entreprise.

 

En ce trois août, Candida découvre sa patronne qui a décédé dans la nuit, et dans son sommeil. A son âge, ce n'est guère étonnant pour la plupart des gens. Seulement, la position inhabituelle de Gabrielle dans son lit lui paraît anormale. Elle n'ose pas dire que la vieille dame, veuve et sans enfants, a été assassinée, mais elle se pose des questions. Et elle cherche une réponse auprès du commissariat des Sables-d'Olonne où officient en renfort le commandant Perrot et son ami le capitaine Lefèvre. Et elle est si convaincante que les deux policiers décident d'ouvrir une enquête. Pourtant le médecin de famille a signé le bon d'inhumation sans barguigner.

Et ce qu'ils récoltent, notamment auprès du médecin légiste, confirme les suppositions de Candida. La vieille dame aurait été étouffée par un oreiller et il est peu probable qu'elle se le soit posé sur le visage, ou alors il s'agirait d'un suicide. La piste n'est pas même évoquée. Des interférences médicamenteuses s'inscrivent dans le processus habituel des enquêtes, et voici nos deux policiers à la recherche d'un criminel. Le nombre des présumés coupables est assez restreint, encore faut-il bien cerner cet entourage. Et des faits cachés se trouvent mis au jour comme s'il s'agissait d'un cadavre dans un placard. Une qui pourrait se mordre les doigts, c'est bien Candida dont le mari est toujours sans emploi et comme ils ne roulent pas sur l'or, il devient le candidat idéal.

 

Après une longue mais intéressante présentation des personnages, le lecteur arrive au point crucial, la page 97, lorsque Candida découvre sa patronne décédée.

Ensuite ce sont les déambulations, les recherches, les supputations, les confrontations, de Perrot et Lefèvre qui alimentent l'intrigue avec posé sur une table de nuit un moustique délateur.

Un roman policier qui oscille sans violence, sans vulgarité, avec une pointe de suspense, et lorgne vers le roman d'énigme à l'anglaise. Parfois cela m'a fait penser à Ruth Rendell avec ces digressions qui ramènent peu à peu le lecteur dans l'intrigue.

Si le passé des principaux intervenants est disséqué, quelquefois après leur mort comme pour Gabrielle, la vie quotidienne des policiers est également évoquée. Perrot soigne sa ligne tandis que Lefèvre est un éternel affamé, ce qui d'ailleurs n'influe pas sur sa surcharge pondérale. Perrot possède sa fracture sentimentale et familiale qui le travaille de temps à autre et il rumine, sa femme et ses enfants lui manquant.

Un roman policier simple et pourtant complexe, dans lequel les chausse-trappes sont placées à dessein afin de happer le lecteur friand d'intrigues bien construites, même si le personnage de Cécilia, quinquagénaire rappelé-je, se conduit parfois un peu comme une midinette adolescente.

 

Anne-Solen KERBRAT : Un simple grain de sable. Série Perrot et Lefèvre N°10. Editions du Palémon. Parution le 8 avril 2017. 368 pages. 10,00€.

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 07:24

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir.

Si le personnage de San Antonio apparait pour la première fois dans Réglez-lui son compte ! en 1949 aux éditions Jacquier, c'est bien dans la collection Spécial Police qu'il prendra véritablement son envol en 1950 avec Laissez tomber la fille en décembre (Spécial Police N°11). Mais en 1952, Frédéric Dard invente un nouveau personnage qui devient le double maléfique du célèbre commissaire, L'Ange Noir, dont les quatre aventures seront publiées aux éditions de La Pensée Moderne créées par Jacques Grancher, avec des couvertures signées Jeff de Wulf.

A noter que Jacques Grancher était le fils de l'écrivain et journaliste Marcel E. Grancher qui édita le premier roman de Frédéric Dard. Aussi on peut supposer que Frédéric Dard proposa ces quatre titres afin d'aider la jeune maison d'édition qui avait débuté sous le nom de La Pensée Nouvelle, et en remerciement au père de l'éditeur.

En 1978, les éditions Fleuve Noir rééditent ces quatre romans en un seul volume sans que soient référencées les précédentes publications. Pas d'appareil critique, juste en quatrième de couverture une présentation par San-Antonio.

 

C'est marrant comme ils sont écumeurs, les Editeurs. Cette manie qu'ils ont, une chose qui marche, de lui racler les os, d'en sucer la moelle et de mettre à bouillir ce qui reste pour en faire du consommé.
Note qu'ils bâtissent notre fortune en agissant ainsi, les chéris. Ils tiennent à ce qu'on ne manque de rien, nous autres z'auteurs; à ce qu'on travaille bien à l'aise dans les conforts productifs. Et ils ont raison : ça incite.
Pour t'en venir leur nécrophagie, je vois, moi, la manière exquise dont ils déterrent de la fosse commune les cadavres de mon époque dents-longues-haleine-fraîche ! La dextérité qu'ils mettent à les ressusciter, à les toiletter, à les farder et à les lancer sur le marché.
Va gagner ta vie, somnambule !
Ainsi de L'Ange Noir.
Du temps que je la pilais, histoire de me dépanner l'estom', j'avais pondu cette prose surchoix.
Un vrai nectar !
Du San-Antonio d'avant San-Antonio en somme.
Tu vas voir, tout y était déjà : la trouduculence, la connerie, le m'enfoutisme, et même le reste.
Surtout le reste!
Sauf que l'Ange Noir n'est pas un policier héroïque mais un vilain massacreur.
Et voilà qu'il a obtenu une remise de peine.
Je le croyais condamné à perpète : mon œil !
Il retourne au charbon, le doigt sua la gâchette.
Fringué à neuf, mon tueur de charme part conquérir un public.
Un conseil, jolie fillette. Si tu l'aperçois, change de trottoir.
San-Antonio.

Comme on peut le lire, San-Antonio alias Dard avait trouvé son double maléfique que San-Antonio présente lui-même, avec cette dérision et cet humour si caractéristiques. Se moquant gentiment des éditeurs qui ressortent des placards dans lesquels avaient été enterrés des œuvres de jeunesse. Mais au moins Dard possède l'élégance de ne pas cracher dessus, on ne renie pas un bébé, quel qu'il soit, beau ou handicapé.

 

De l'Ange noir, on ne sait pas grand chose, que ce que le narrateur a bien voulu dévoiler de lui-même. Il a atteint la trentaine, ressemble vaguement à Tyrone Power, du moins c'est ce qu'une jeunette lui affirme et il est né à l'arrière d'un camion transportant des vélos. Sa mère n'y a pas résisté et il s'est retrouvé comme Moïse au milieu des porte-bagages. S'il y en avait. Bon, on ne va pas faire dans l'humour noir, mais je me demande s'il y a avait des Rustines. De toute façon le camionneur n'avait rien entendu à cause du boucan que faisait son vieux Mac, et que l'Ange Noir était trop petit pour intervenir en urgence.

Donc on ne sait rien de la jeunesse de l'Ange Noir, ni même de son identité. D'ailleurs même le juge ne le sait pas, pourtant si vous pouviez compulser son casier judiciaire, vous sentirez votre cerveau se ratatiner et devenir à peine plus gros qu'une larme de fourmi; si vous avez encore des tifs sur le dôme - ce que je vous souhaite de tout cœur - ils se lèveront tout droit comme si on leur jouait la Bannière étoilée. Ah oui, j'ai oublié de préciser que l'Ange Noir perpètre ses méfaits et ses meurtres à Chicago et sa région.

 

Au moment où on entame la narration de sa première aventure, l'Ange Noir est en voiture en compagnie de son ami-amante Sissy. Elle demande à ce qu'il s'arrête devant une boutique, devant récupérer un paquet. Et quand elle réintègre le véhicule elle signale à son compagnon qu'ils sont épiés. Effectivement ils sont suivis par un cabriolet et l'Ange (on joue les raccourcis) parvient à museler son suiveur. Comme il est pas loin d'une turne qu'il connait, l'Ange emmène son prisonnier et le fait parler, désireux de savoir le pourquoi du comment de la filature. Et comme il est bon prince, une fois que le mec a tout dégoisé, il lui offre des pruneaux dans l'estomac, se moquant comme de ses première couches de savoir si c'est la saison ou pas.

Brèfle, le gars au ventre en passoire lui a dit, avant de clamser, qu'il travaillait pour un dénommé Little Joly. Or quand l'Ange arrive chez Joly, c'est pour se rendre compte que ce n'est pas joli-joli. Il est face à un cadavre et la Maison Poulaga est déjà sur place. Arraisonné, il est placé en prison. Mais c'est sans compter sur son esprit d'initiative, sur celui de son avocat et surtout celui de Sissy la débrouillarde. Et lors de la reconstitution du prétendu meurtre de Little Joly, il parvient à s'évader avec la complicité de Sissy. Tous deux forment un couple à la Bonny and Clyde, sauf que les poulets les poursuivent et que Sissy reçoit une Valda dans la tronche, tout en conduisant, ce qui est fortiche de sa part. L'Ange se retrouve dans la nature, quelques poulets au fesses et il se réfugie dans une bicoque qui transpire le pognon comme un glaçon sous la canicule. Heureusement il est sauvé par la jeune fille de la maison qui lui démontre immédiatement qu'il ne lui est pas indifférent et pour cela elle n'hésite pas à lui faire partager sa douche et sa couche. Suite dans le bouquin qui relate d'autres avatars tout aussi mouvementés.

 

L'écriture est nerveuse, métaphorique et se révèle un antidote à la morosité. Et le mieux est de placer ici un exemple concret au lieu de s'épandre en long, en large et en travers, sur plusieurs pages, ce qui risquerait de provoquer un certain assoupissement du lecteur.

Le contexte : L'Ange Noir et Sissy sont dans une voiture, Sissy tenant allègrement le volant :

L'aiguille du compteur se déplace aussi vite que celle d'un pèse-bébé sur lequel vient de grimper un éléphant. En moins de temps qu'il n'en faut pour éplucher un œuf dur, nous sommes à cent-dix.

Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps, et si vous appréciez San-Antonio dans ses œuvres et ses écrits, n'hésitez pas à vous plonger dans les Confessions de l'Ange Noir, elle ne manquent ni de sel, ni de piquants, ni de justesse dans certains propos. Une récréation à ne pas dédaigner.

 

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Réédition Collection Grands Succès. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1978. 384 pages.

Première édition : La Pensée Moderne.

Première édition : La Pensée Moderne.

Sommaire :

Le boulevard des allongés (1952)

Le ventre en l'air (1953)

Le bouillon d'onze heures (1953)

Un Cinzano pour l'Ange Noir (1953)

Frédéric DARD : Les confessions de l'Ange Noir. Editions Fleuve Noir. Parution 8 juin 2017. 560 pages. 20,90€. Version numérique : 15,99€.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 07:29

Objection votre Honneur !

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Avec 82 aventures papier mettant en scène le célèbre avocat de Los Angeles Perry Mason, de 1933 1970, année du décès d'Erle Stanley Gardner, les six films et les 316 épisodes télévisés, comportant trois séries distinctes, dont seulement la dernière, tournée de 1985 à 1995, fut diffusée en France, la littérature policière d'énigme et de suspense alliée à ce qui fut appelé roman de prétoire, connut un engouement sans précédent.

La prestation de Raymond Burr dans la quasi totalité des épisodes télévisés en est pour une grande partie déterminante dans ce succès, mais pas que. Les intrigues d'Erle Stanley Gardner étaient parfaitement huilées, même si le ressort en pratiquement toujours le même.

Une jeune femme, souvent une starlette en puissance, ou son représentant, se présente dans le cabinet de l'avocat et demande à ce que celui-ci la sorte des ennuis dans laquelle elle s'est fourré, consciemment ou non. Perry Mason va donc enquêter, parfois en marge de la légalité, assisté efficacement de Della Street, sa secrétaire, et du détective Paul Drake dont les bureaux sont dans le même immeuble.

 

Perry Mason se montre retors, prêchant le faux pour connaître le vrai, employant des moyens que les policiers ne possèdent pas ou que la déontologie professionnelle leur interdit de se servir. Et s'il bafoue le code déontologique, c'est toujours dans l'intérêt de sa cliente. Il sort sans barguigner et sans vergogne, lors du procès devant le juge et à la grande stupéfaction du procureur, des preuves ou des arguments qui jusqu'alors étaient tenus secrets, recueillis par des procédés pas toujours honnêtes, comme un prestidigitateur sort un lapin ou plutôt une colombe de sa manche. Et surtout c'est un comédien né qui sait jouer de tous les sentiments.

De plus il connait le code et la loi, il sait s'en jouer, et il ne faut pas oublier que son créateur, Erle Stanley Gardner était lui-même avocat et donc qu'il connaissait toutes les ficelles du métier et la rhétorique face à des témoins, des jurés et les représentants de la justice et de la police en général pour parvenir à ses fins. Mais Perry Mason n'est pas seul et il est secondé efficacement par sa fidèle secrétaire, Della Street, qui n'hésite pas pour plaire et servir les intérêts de son patron au mieux à se lancer elle-même dans les enquêtes lorsque ceci s'avère nécessaire. Et puis il emploie les services de Paul Drake, un détective privé, et son agence pour dénicher les éléments qui lui manquent, pour exercer une filature ou s'introduire dans des lieux car il ne possède pas le don d'ubiquité. Il a parfois recours également à un Bureau d'Enquêtes Coopératif, pour suppléer Paul Drake.

Il ne compte pas ses heures, travaillant, enquêtant, se déplaçant, rencontrant des témoins ou des personnes susceptibles de lui apporter des éléments nécessaires à la résolution de l'affaire, à toute heure du jour et de la nuit. Et cela se termine en général dans l'enceinte du tribunal, alternant les atermoiements, les grandes envolées, les effets de manche, la présentation inopinée de témoins en faveur de son client ou cliente, sachant déceler et contrer les mensonges et hésitations de ceux que présente le procureur.

 

Perry Mason n'est pas misogyne, même si on ne lui connait aucune relation sentimentale, pas même avec sa secrétaire, toutefois la plupart du temps il se décarcasse pour innocenter une jeune femme, celle-ci étant naïve ou retorse. En témoignant les titres de certains ouvrages : La Blonde boudeuse; La Veuve vigilante, La Brunette bouclée; La Nymphe négligente; L'Hôtesse hésitante; La Séduisante spéculative...

Si en général tout se résout dans prétoire, dans certains romans, au début de sa saga, les scènes de tribunal sont inexistantes.

 

Ainsi dans Jeu de jambes, Bradbury, un des principaux actionnaires d'une banque de Cloverdale, en Californie, requiert l'assistance de Mason pour aider une jeune fille, Marjorie Clune, qui a été bernée par un certain Frank Patton, lequel se présentait comme organisateur et représentant une société productrice de films. Marjoris Clune, que le client de Mason pensait épouser, est venue à Los Angeles mais il a perdu sa trace. Quant à Frank Patton, il recherchait soi-disant des jeunes filles pour leur faire signer des contrats de films dans lesquels elles devaient jouer un rôle. Elles étaient susceptibles de devenir de futures grandes vedettes de cinéma. Il prenait en photo les jambes et celle qui était retenue devenant Les plus belles jambes du monde. Il ramassait de l'argent auprès de commerçants locaux et de la Chambre de Commerce. Une mystification rentable et juteuse. Mason accepte l'affaire, et se rend auprès du District Attorney de Los Angeles qui refuse de s'occuper de cette affaire arguant du fait que Cloverdale n'est pas dans sa juridiction. C'est le seul moment où Mason a une entrevue avec un représentant de la justice. Mason va se démener pour retrouver Marjorie Clune et dénouer le meurtre perpétré sur la personne de Patton.

 

En France, un émule d'Erle Staley Gardner se fit un nom dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir sous l'alias de Jean-Pierre Garen, qui à une lettre près était l'anagramme du célèbre romancier américain.

 

Curiosité : Il est regrettable, alors que tant de romans ont été traduits en France et plus particulièrement dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité, que la couverture de cet Omnibus soit la reprise d'un fascicule des éditions Rex consacré aux rééditions des aventures de Fantômas, Le mort qui tue, dans les années 1950, et que l'illustrateur, Michel Gourdon ne soit pas crédité.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

Sommaire :

Cœurs à vendre (The Case of the Lonely Heiress - 1948) Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no67, Presses de la Cité, 1951. 

 

La prudente pin-up (The Case of the Cautious Coquette - 1949). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no53; Presses de la Cité, 1951.

 

Jeu de jambes (The case of the Lucky Legs - 1934). Première édition sous le titre Jambes d'or, Paris, Arthaud, coll. L'Aigle noir no 6, 1949, traduction de P. Ferrieu. Réédité dans une nouvelle traduction d'Igor Maslowski sous le titre Jeu de jambes, Un mystère no 260, 1956 .  

 

L'hôtesse hésitante (The Case of the Hesitant Hostess - 1953). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 148, 1953.

 

Gare au gorille (The Case of the Grinning Gorilla - 1952). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 140, 1953 ;

 

La nymphe négligente (The Case of the Negligent Nymph - 1950). Traduction Maurice Bernard Endrèbe. Collection Un mystère no 206, 1955. 

 

La vamp aux yeux verts (The Case of the Green-Eyed Sister - 1953) D'après la traduction de M. Michel-Tyl. Collection Un mystère no 257, 1956 ;

 

Postface de Jacques Baudou.

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier.

En complément de mon article, vous pouvez lire également sur Action Suspense celui complémentaire de l'ami Claude Le Nocher :

Erle Stanley GARDNER : Perry Mason, l'avocat justicier. Postface de Jacques Baudou. Editions Omnibus. Parution le 15 juin 2017. 958 pages. 29,00€.

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 08:55

Le GAL, l'égout...

Bruno JACQUIN : Galeux.

Mais c'est quoi ça, le GAL, demande Inès, âgée de vingt-deux ans. Elle n'a pas connu cette organisation qui pour combattre l'ETA, s'est comportée comme une faction mafieuse.

L'ETA, Euskadi Ta Askatasuna qui signifie Pays basque et liberté, elle connaît. Trop bien même, car son père fut la victime d'un règlement de compte entre ettaras, entre membres de l'ETA. Elle n'avait que deux ans. C'était en 1985. Sa mère étant morte à la naissance, ce sont ses grands-parents maternels qui l'ont élevée. Surtout son grand-père, Papou, car Nanou, sa grand-mère victime d'un AVC, dommage collatéral de la mort de son fils, est aphasique depuis cette époque. Elle s'est réfugiée dans la peinture.

Vingt ans plus tard, Mai 2005.

Casimiro Pozuelo et sa femme habitent Cergy-Pontoise, Inès fréquentant l'université préparant une licence d'histoire, mais ils retournent souvent lors des vacances à Bassussary, leur maison du Pays Basque. Et alors qu'en cette fin d'année scolaire elle s'amuse dans un club de Cergy en compagnie de son amie Amaia, elle reçoit un message de sa grand-mère indiquant qu'il est arrivé quelque chose à Papou. Si elle parle avec difficulté, Nanou peut au moins tapoter sur son téléphone.

Le grand-père est à l'hôpital de Bordeaux, victime d'un attentat, et son pronostic vital est engagé. Mais ce qui inquiète le plus Inès, ce sont les renseignements qui lui sont fournis notamment par les policiers. Papou a reçu deux balles dont une dans la mâchoire, et s'il vit c'est par miracle. Sur sa voiture un message sibyllin a été tagué : Galeux.

D'où la question qu'Inès se pose et dont elle aura des éléments de réponse par un jeune lieutenant de Bayonne, et quelques autres personnes de son entourage, dont la voisine de ses grands-parents et mère d'Amaia. L'affaire est couverte par un policier de l'Antiterrorisme, un nommé Chaloyard qu'elle rencontre un peu trop souvent sur sa route.

Elle a connu lors d'une soirée en compagnie d'Amaia, à Bordeaux, un jeune Basque du nom de Mikel. Ils se retrouvent de temps à autre, surtout lorsqu'elle est à Bassussary. Mais lui aussi a connu une enfance difficile, mouvementée, par la mort de son père. Mikel doit s'envoler pour l'Argentine et elle tente de le joindre, sans résultat. Il ne répond pas à ses messages et lors de ses connexions sur Skype. Elle va apprendre incidemment qu'il est au Venezuela, et comme ce sont les vacances, elle se rend directement sur place où elle sait qu'elle pourra obtenir des renseignements sur son passé, et celui de son grand-père, par un ancien activiste basque qui s'est réfugié et construit une nouvelle vie près de Caracas.

 

Si l'intrigue repose essentiellement sur les recherches d'Inès, concernant son grand-père et le rôle que celui-ci aurait pu être amené dans l'attentat contre son père vingt ans auparavant, sur ses désillusions, ses appréhensions, ses doutes, ses suspicions, sa colère, sa rancœur, l'auteur se penche sur les exactions et agissements malsains, délétères, voire inhumains de la part du GAL.

Il ne prend pas partie sur les revendications d'Ettarra, sur les attentats provoqués par les indépendantistes basques, surtout espagnols, mais met en exergue les violences perpétrées par les Galeux. Des membres d'une organisation officiellement officieuse espagnole, composée de membres des services spéciaux espagnols, de la Guardia Civil et de la Police nationale. Ceux-ci recourraient eux-mêmes aux services de criminels de droit commun pour leurs opérations, des mercenaires, des fascistes, de franquistes, à laquelle se sont joints d'anciens membres de l'OAS, et des policiers français qui agissaient en toute impunité.

Si le gouvernement français de l'époque avait officiellement dénoncé et condamné les incursions des policiers espagnols sur le territoire français, il ne faut pas oublier que Felipe Gonzáles était socialiste, tout comme le président de la République Française, et qu'ils étaient amis. Et que le rôle de Mitterrand dans cette affaire n'est pas clairement défini. Il existe les versions officielles et celles qui prêtent à interprétations soulevant de nombreuses questions sur son hypocrisie qui s'était manifestée à maintes reprises, durant le conflit de la Seconde Guerre Mondiale par exemple, et bien après. Possédant une formation d'avocat et fin diseur il savait se dépêtrer des situations ambigües. On ne va pas refaire l'histoire même si certains peuvent être choqués par ces propos. Or on connait le comportement de certains hommes politiques qui se revendiquent toujours du mitterrandisme, ou pas.

Les bavures existent, elles ont été prouvées, et si l'auteur les met en exergue, il ne porte pas de jugement tranché, surtout sur les ettarra.

Il faut savoir faire la différence entre terroristes, ceux qui entretiennent la terreur par leurs actions illégales dans un pays qui n'est pas le leur, et les indépendantistes qui revendiquent leur liberté. Ainsi peut-on, selon le parti dans lequel on se place, affirmer que les Résistants étaient des terroristes, cela dépend du point de vue de tout un chacun. Mais les frontières déplacées au gré des guerres, les compromis scindant un pays en deux, rejetant de part et d'autre la population, n'ont jamais amené à un régime de paix. Il n'est pas besoin d'aller en Afrique, avec les rivalités ethniques dues à de petits arrangements coloniaux, pour en fournir des exemples concrets. Et tout dernièrement les soulèvements, les guerres fratricides en Europe Centrale montrent l'évidence de ces propos qui dépassent largement le thème de ce roman. Quoi que...

Et ceux qui sont considérés comme des séparatistes sont en réalité des ré-unionistes, désirant reforger leur pays scindé en deux par des frontières non naturelles.

Au delà de l'histoire, c'est l'Histoire que Bruno Jacquin nous propose de visiter ou revisiter.

Bruno JACQUIN : Galeux. Collection du Noir au Sud. Editions Cairn. Parution le 11 mai 2017. 272 pages. 11,00€.

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 07:38

Composez IN8 et tapez Pécho...

Denis FLAGEUL : Pêche interdite.

Certains marins-pêcheurs ramènent dans leurs filets des cadavres, des containers, des bombes de la Seconde Guerre Mondiale et bien d'autres choses encore qui n'auraient rien à faire dans l'eau salée.

Yvan Kermeur, qui travaille sur le Déjazet, a décidé de ne pas s'embarquer ce matin-là. Alors que le hauturier s'éloigne du port, Yvan se réfugie dans le bar Le Triskel. Sa tête est lourde, emplie de pensées d'avenir, lourde comme le sac qu'il trimbale avec lui. Il fait bien dans les trente kilos, voire plus. Le sac. Mick, son copain, l'aborde, et plein de sollicitude en voyant sa tronche, lui demande s'il a replongé. Yvan ne se méprend pas, ce n'est pas de la mer que s'inquiète son copain, mais de produits nocifs. Mick le met en garde.

Pourtant, c'est bien de la drogue que son sac contient, un volumineux paquet de petits paquets, des savonnettes ça s'appelle, enrobé dans du plastique qu'il a recueilli alors qu'il était au tri des poissons, le chalut remonté. Un ballot qu'il a caché, ne désirant pas partager sa découverte. Seulement Kosquer l'a vu et il essaie de l'alpaguer. Plus rapide Kermeur s'enfuit avec son baluchon, le nez écrasé, mais sain et sauf. Sauf que Kosquer est un être vindicatif.

Joss, la compagne de Kermeur, travaille dans un poulailler industriel, de nuit, dans les plumes, la fiente, la puanteur. Souvent ils ne font que se croiser, comme ce matin alors qu'il rentre chez lui. Elle aussi croit qu'il a repiqué au truc, mais il lui explique vaguement sa pêche miraculeuse, et sa décision de rencontrer un grossiste qui pourrait lui acheter sa marchandise un bon prix et lui permettre de retaper son rafiot à lui.

Seulement, entre les souhaits et la réalité, il faut compter sur les impondérables, nombreux, qui se dressent comme la quille d'un navire lors d'une tempête mais qui s'immerge immédiatement pour disparaître quasi complètement à moins que la houle la fasse réapparaître, et ainsi de suite jusqu'à ce que les éléments gagnent leur partie de cache-cache, ou pas.

 

Laissez-vous embarquer dans cette aventure pseudo-maritime bretonne avec comme guide Denis Flageul, qui en bon Breton qui se respecte aime la mer quoique étant issu de la campagne. Et il en parle mais par la bande, comme un longe-côte, s'intéressant plus aux rivages, aux ports, aux bateaux, aux hommes, et à la pêche.

Des images poétiques qui se bousculent dans un univers de violence, celle-ci s'invitant partout, s'immisçant dans les moindres recoins, alimentée par la drogue, l'alcool, ou autre.

Justement, la drogue. J'ai pensé au début, encore un roman sur la drogue, avec mode d'emploi à l'appui. Non, Denis Flageul évite cet écueil, pour se concentrer sur les personnages, sur leur antagonisme, sur le besoin de rédemption de l'un, la jalousie envieuse d'un autre.

Un court roman reposant, qui ne donne pas le mal de mer, mais fouette quand même comme les embruns lors d'un mascaret.

 

Denis FLAGEUL : Pêche interdite. Collection Polaroïd. Editions In8. Parution 9 juin 2017. 80 pages. 12,00€.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:56

Hommage à Michel Lebrun, romancier, scénariste, essayiste, décédé le 20 juin 1996.

Michel LENOIR : Caveau de famille.

Lorsqu'il écrivit ce roman, Michel Lebrun n'avait que vingt-trois ans, et déjà, non seulement il affirmait un style personnel et une grande maturité d'écriture, mais en connaisseur de la littérature policière, il s'est amusé dans ce texte à donner quelques coups de griffes, qui en subliment la saveur de l'intrigue.

Publié en 1954, année faste puisque pas moins de huit romans, policiers, espionnage et science-fiction, parurent cette année là chez des maisons d'éditions différentes quoique toutes dirigées par le même personnage, Roger Dermée, Caveau de famille met en scène un homme dans la trentaine, dont la vie est réglée comme une horloge suisse. Il est solitaire, veuf depuis peu, ayant sur la conscience trois morts. Trois personnes qu'il a tuées, en toute conscience ou par ricochet. Il ressasse ses souvenirs, les années, les mois qui ont précédé les drames, son implication dans les événements et il rédige sur un cahier tout ce qui s'est déroulé, soigneusement.

Marié avec Georgette, qu'il a connue par hasard, il s'est installé dans le petit pavillon de banlieue que celle-ci a hérité de ses parents. Ils ne roulent pas sur l'or, mais il espère bien grimper dans le hiérarchie administrative de la société qui l'emploie. Un bureaucrate, bénéficiant d'un bureau sans fenêtre, ne recevant la visite d'un garçon de courses que deux fois par jour, à heures fixes. Pas de collègues à proximité, d'ailleurs ceux-ci l'ignorent. Il se nomme Martin, Michel Martin. Un nom banal pour une vie banale. Il a obtenu une augmentation et souhaite que Georgette reste à la maison. Il a écrit deux romans mais les éditeurs auxquels il a proposé ses manuscrits l'ont éconduit.

Une solution serait de sous-louer l'étage du pavillon, trop grand pour eux deux. Mais ils ne veulent pas n'importe qui comme locataires. Ils trouvent la perle en la personne d'un couple, un quinquagénaire marié avec une jeunette de vingt-quatre ans, sans enfant, donc susceptibles de ne pas être bruyants. D'ailleurs, l'homme, un écrivain reconnu, Bernie Deruc, recherche justement le calme et la tranquillité.

Michel Martin confie à son nouvel ami et locataire, qu'il a deux manuscrits et qu'éventuellement il les proposerait bien en lecture. Bernie estime que ces écrits ne sont pas mauvais, qu'ils mériteraient une révision, style et construction, et qu'il les ferait publier, sous son nom, ce sera plus facile, avec un chèque à la clé. Michel accepte, et d'autres collaborations sont envisagées.

Seulement, Annie la jeune épouse de Bernie se jette dans les bras de Michel et tout irait pour le mieux si l'engrenage pourtant bien huilé arrivait à se gripper.

 

Intrigue classique et vaudevillesque de deux couples, dont un qui n'est guère assorti, le mari de l'une devenant l'amant de l'autre femme. Classique mais mené de main de maître et avec subtilité, dont l'épilogue peut surprendre, mais ce n'est pas ce qui importe car Michel Lenoir alias Lebrun pour la réédition, joue avec les codes. Il puise dans son expérience de cafetier quelques scènes, travaillant le jour et écrivant la nuit. Voir à ce sujet l'entretien ci-dessous.

 

On pourrait presque croire, en lisant les lignes qui figurent au début du roman que celui-ci est d'actualité :

Au comptoir, un banlieusard-type, casquette, blouson de cuir, joues couperosées, tonne contre le gouvernement "qui ne pense qu'à pressurer l'ouvrier et l'artisan au lieu de s'attaquer aux gros de la finance".

Michel Lenoir freine les ardeurs d'un jeune écrivain, alors que lui-même était dans cette situation, en mettant en avant que la fortune n'est pas au bout de la plume.

A un ami qui travaille dans l'édition, Michel Martin demande :

Combien peut rapporter un roman à son auteur, son ami précise :

L'auteur touche huit pour cent sur le prix de vente du volume. Plus le tirage est fort, plus ça paie.

Merci, mais quel est le tirage d'un débutant ?

Si le roman est vraiment bon, deux, trois mille. S'il ne casse rien, mille.

Le lecteur est prévenu, ce n'est pas ainsi qu'il roulera sur l'or.

Michel Lebrun dénonce des pratiques malhonnêtes. Bernie Deruc a acheté les droits de romans américains qui n'ont pas encore été publié en France et il propose à Michel Martin de les traduire et les ouvrages seront publiés sous le nom de Bernie Deruc. Cela semble une véritable arnaque, mais cette pratique fut employée, notamment par Charles de Richter et Maurice Dekobra pour la collection A ne pas lire la nuit, les couvertures ne comportant uniquement que les noms des deux traducteurs.

Et pour mieux décourager un auteur débutant, Bernie Deruc prend d'autres exemples, précisant :

Moi, j'ai d'abord vécu et bien vécu. Puis, j'ai raconté ce que j'ai vu. C'est simple. C'est la recette de tous les grands écrivains américains. Regardez Steinbeck, Caldwell, Hemingway. Le tort des jeunes écrivains, c'est d'être jeunes. Au sortir de l'école, on veut écrire. Bien. Mais pour dire quoi ? Le jeune type n'a rien vu, il ne peut donc rien décrire. Alors, il se rabat sur l'étude psychologique. Or, comme il manque de maturité, son étude psychologique est ratée, et lui aussi, par la même occasion ! Une loi devrait exister, interdisant aux moins de quarante ans de pratiquer le métier d'écrivain.

Et c'est un jeunot de vingt-trois ans qui écrit ces lignes. Un vrai coup de pied dans la fourmilière des auteurs vaniteux et imbus d'eux-mêmes.

 

A noter que Michel Lebrun, féru de cinéma, proposait en début de volume une distribution française ayant pour noms : Yves Robert, Andrée Clément, Pierre Brasseur et Françoise Arnoul. Et éventuellement, en cad d'adaptation américaine : Elisha Cook Jr, Barbara Bel Geddes, Sidney Greenstreet et Marilyn Monroe.

 

Curiosité : Ce roman a été réédité sous le nom de Michel Lebrun en 1969, dans la collection Un Mystère, mais remanié, enrichi. L'histoire est englobée dans quelques chapitres nouveaux, dont le prologue et l'épilogue, qui mettent en scène un homme lisant un livre usagé, détérioré, acquis lors d'une vente après saisie. Or peu à peu ce lecteur se rend compte que cette histoire, il la connait.

 

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

Rééditions sous le nom de Michel Lebrun : Presses de la Cité, Un mystère (3esérie) no2, 1969

J'ai lu Policier no2033, 1986

J'ai lu Policier no2033, 1986

Michel LENOIR : Caveau de famille. Collection Le Roman Suspense no1. Editions Ciel du Nord. Parution 1954.

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 07:56

Hommage à Léon Groc, journaliste et

romancier populaire, décédé le 19 juin 1956.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres.

N'ayant pas sous la main son rédacteur scientifique attitré, le chef des informations du journal pour lequel travaille Claude Frimas remet au journaliste un carton d'invitation pour assister à une séance organisée par le professeur Lefort.

Claude Frimas se rend donc à la Maison de la Chimie et est le témoin d'une manifestation qui déborde du cadre programmé. En effet, le professeur Lefort, Membre de l'Institut, doit capter la lumière des astres, en l'occurrence celle de la Lune, et transformer ces ondes lumineuses en ondes sonores.

Parmi les nombreuses personnalités, politiques et scientifiques présentes, Claude Frimas retrouve un ancien condisciple du lycée Louis-Le-Grand. S'il est étonné d'être ainsi en présence de Jacques Couvrigny, qui à la suite d'un héritage tient une exploitation agricole près de Senlis, la raison lui est aussitôt fournie en apercevant Claire Duperrier, fille du célèbre professeur du même nom, et pupille de Lefort. Elle est accompagnée de sa mère, forte matrone aux appas abondants et dont la réputation d'être peu farouche la précède. Et Couvrigny couve des yeux Claire, un amour passionné qui date de leur adolescence.

Lefort subjugue l'auditoire, mettant dans l'ombre, d'ailleurs la lumière est éteinte dans l'hémicycle, son disciple et assistant André Maillane, autre ancien condisciple de Frimas. Tous se sont plus ou moins perdus de vue depuis de nombreuses années, chacun suivant son chemin, différent de celui des autres.

Une mélopée traînante s'élève d'une boîte mystérieuse, un rayon de lune se frayant un passage jusqu'à l'estrade, un son grave puis rapidement aiguë. La vibration d'un projectile se fait entendre et le professeur Lefort s'écroule. Aussitôt la lumière est rétablie, et le professeur est emmené dans une pièce adjacente. Il a reçu dans le cou une fléchette dont la pointe a été enduite d'un poison mortel.

Un commissaire de police arrive immédiatement sur place, et Frimas qui, en sa qualité de journaliste avait pu pénétrer dans la pièce, est immédiatement refoulé. Toutefois, il a le temps d'entendre Maillane présenter Claire comme la fiancée de Lefort. Le statut de pupille s'est donc transformé en celui de fiancée ?

En attendant l'arrivée du Parquet, Frimas retrouve Couvrigny et comme tout le monde est consigné dans l'enceinte, il a le temps de lui narrer les derniers événements, dont la façon dont est mort Lefort. Or, Couvrigny se promène avec une canne qui peut se transmuer en sarbacane le cas échant. Et comme il fréquente une compagnie d'archers dans sa région, nul doute qu'il devient rapidement un présumé coupable; même s'il s'en défend. De plus il possède un mobile, celui de la jalousie, puisque le statut de Claire a évolué. Comme tout le monde est fouillé à la sortie, Couvrigny spontanément signale la particularité de sa canne, et il est embarqué séance tenante.

Frimas, contrairement à ses confrères, relate les faits dans un sens favorable à Couvrigny, avec l'aval de son chef de service, et il va pouvoir suivre l'enquête officiellement. Il assiste à la conférence de presse organisée par le juge, conférence à laquelle assistent Maître Vallon l'avocat et Raymonde sa secrétaire stagiaire. Raymonde est une petite bonne femme énergique et avenante qui remercie Frimas d'avoir défendu Couvrigny, d'autant qu'elle est redevable au présumé coupable d'avoir pu poursuivre ses études à la mort de ses parents.

Raymonde requiert l'aide de Frimas pour se renseigner sur le passé, apparemment trouble, de Lefort. Elle a déjà posé des jalons en passant une petite annonce dans les journaux, concernant un supposé testament rédigé en faveur d'une personne injustement lésée, et une récompense est promise à qui pourra fournir des renseignements fiables. Les réponses ne manquent pas et Frimas est chargé de les trier et de mettre les affabulations de côté.

Il s'ensuit que quelques personnes peuvent témoigner que Lefort était un individu ne s'embarrassant pas de principes. Un peintre, un pur artiste comme il se définit mais qui n'est qu'un rapin raté habitant la proche banlieue, peut témoigner de la malhonnêteté de Lefort dans son domaine scientifique, et c'est ainsi que Sigismond Bricard, Raymonde et Frimas vont mener à bien leur enquête pour définir qui est le véritable coupable et ses motivations.

 

Si au début on peut s'attendre à un roman de science-fiction, L'homme qui fait chanter les astres est un véritable roman policier, de facture classique certes, mais dont l'intrigue est fort bien menée.

Un suspense qui s'inscrit dans le thème de Cherchez la femme, avec des prémices de meurtre en chambre close, en présence de quelques centaines de personnes. L'arme du crime est rapidement découverte, une fléchette empoisonnée, mais ce qui importe réside dans la façon dont elle a été propulsée, et par qui bien évidemment. Le pourquoi étant un des composantes du problème.

Pas de blabla inutile mais des indices qui peu à peu apparaissent, sans pour autant dévoiler la solution qui ne traîne pas en longueur. Comme bon nombre de romans d'énigme et de suspense de cette époque, l'auteur s'attache à son intrigue et ne se perd pas en considérations oiseuses ou en scènes de violence ou de sexe.

Et redécouvrir Léon Groc, c'est possible, grâce aux Moutons électriques qui proposent des rééditions de romans en version EPUB ou comme celui-ci en version papier.

 

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Première parution : collection Le Masque Jaune N°322. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1941.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Réédition collection La Cagoule N°42. Editions La Bruyère. Parution 1948.

Léon GROC : L'homme qui fait chanter les astres. Edition Les Moutons électriques. Version luxe à tirage limité. Parution 24 novembre 2016. 146 pages. 30,00€.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 06:46

Il y a vraiment de quoi perdre la tête !

Serge RADOCHEVITCH : Hôtel Les Embruns.

Comme ce cadavre découvert par deux joggeurs en pleine forêt près de Verincourt. Déjà, découvrir un macchabée n'est pas de la plus grande réjouissance, mais lorsque la tête de celui-ci est fichée sur un piquet, il y a de quoi défaillir soi-même.

Les policiers et le SAMU arrivent rapidement sur place. Les secours pour emmener la joggeuse à l'hôpital, les représentants des forces de l'ordre pour établir les premières constatations.

Le joggeur lui n'a pas perdu la tête, il a pris en photo le spectacle, envoyant les clichés sur son ordinateur. Seulement, le gamin resté à la maison ouvre la messagerie, découvre la scène et en informe immédiatement ses copains sur les réseaux sociaux. Et comme de bien entendu, cette annonce se propage telle une traînée de poudre.

 

Simon Bielik, journaliste, séjourne à l'Hôtel Les Embruns avec sa compagne Amélia qui se produit au théâtre de la ville pour quelques représentations d'une pièce de Shakespeare. Or le décapité n'était autre que le serveur de l'établissement, un jeune homme qui a connu quelques vicissitudes lors de sa jeunesse. Les pensionnaires habituels de l'hôtel sont présentés à Simon Bielik et sa compagne, et entre eux règne une certaine connivence.

Les déclarations malheureuses, les suppositions avancées par le procureur puis par le ministre de l'Intérieur, qui jettent l'opprobre sur des islamistes, mettent de l'huile sur le feu, particulièrement dans le Quartier Nord, un quartier sensible. Simon ne peut laisser passer une telle occasion pour rédiger un papier pour l'organe de presse pour lequel il travaille et se rend donc en taxi sur les lieux. Il parlotte avec le chauffeur qui lui indique qu'un certain Moussa pourrait lui être utile comme guide.

Et en compagnie de Moussa, Simon assiste à des débordements qui ne proviennent pas, contrairement à ce qu'affirment les autorités, des résidents de ce quartier et principalement des habitants d'une barre d'immeubles où vivent des réfugiés et des migrants. Caillassages, incendies de voiture, bagarres de rue, et même quelques victimes à déplorer. Simon va être amené à déposer et sympathiser avec un policier qui non plus ne prend pas les déclarations de ses supérieurs pour parole d'Evangile, ou de Coran.

 

Deux pistes s'offrent à la sagacité de Simon Bielik, et incidemment aux forces de l'ordre. Celle d'islamistes désirant faire un coup d'éclat, ou celle d'anti-islamistes laissant régurgiter leur haine de l'étranger et assoir leur position raciste. A moins qu'une troisième piste se profile, celle d'individus soucieux de profiter des événements pour détourner l'attention de leurs petites magouilles, de leurs trafics, de leurs méfaits, leurs forfaits, leurs crapuleries, pour ne pas dire plus.

Serge Radochevitch joue avec le lecteur, l'emmenant dans des chemins détournés pour mieux le perdre, plaçant son intrigue sur le fil du rasoir, tout en gardant une idée précise de ce qu'il veut insinuer, tout en laissant la possibilité d'extrapoler.

Naturellement, il met en avant les pratiques délictueuses de certains affidés d'Affront National, mais également la propension des responsables de l'autorité et du ministre de l'Intérieur à jeter l'opprobre sur certaines catégories d'immigrés, uniquement dans un but politique, voire électoraliste. Des jugements à l'emporte-pièce.

Le style narratif peut, au départ, déconcerter le lecteur. Les dialogues inclus dans le corps de texte, ainsi que les pensées de certains des protagonistes, obligent à une petite gymnastique qui s'avère pas désagréable du tout, apportant un rythme dénué de platitude.

Retour en cellule. Réfléchir. Il était dans un sacré merdier. Il avait tué un mec. Non, pas un mec, un Arabe, c'est vrai monsieur le juge, je le reconnais, mais c'était pour faire plus propre, parce que, ce Selim, c'était rien qu'une raclure de trottoir, un pouilleux de clodo, y'en a un qui a dit, faut nettoyer au karcher et l'autre, dehors les migrants et tous les musulmans qu'Allah nous envoie, alors moi, je n'ai fait que suivre, comment vous dire, ces recommandations, mais je n'ai peut-être pas bien compris, c'est vrai, j'suis pas très malin, monsieur le juge ! Jackou dans sa cellule, en rigole tout seul en revoyant la tête du juge quand il lui a sorti son baratin.

Serge RADOCHEVITCH : Hôtel Les Embruns. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. Parution le 11 mai 2017. 184 pages. 18,00€.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 14:10

Une réédition bienvenue, en espérant que ce ne sera pas une Fin de série...

Christian RAUTH : Fin de série.

Auteur d’un Poulpe, La Brie ne fait pas le moine, acteur, scénariste, et créateur de séries, Christian Rauth, né le 9 mai 1950, possède plusieurs cordes à son arc. De ses activités comme acteur pour le cinéma on retiendra Rue Barbare ou Omnibus, film dont il est le co-auteur avec Sam Karmann le réalisateur. Pour la télévision, révélé avec Navarro, série pour laquelle il interprète un mulet de Roger Hanin, avec Sam Karmann et Daniel Rialet il créera deux séries : Les Monos avec Daniel Rialet et surtout Père et Maire toujours avec Daniel Rialet.

Aussi le monde des tournages, il connait bien et c’est tout naturellement que ce second roman s’inscrit dans le petit monde des séries télévisées. Lors du tournage d’un épisode de Monti dans les studios de la Capelette à Marseille, une série à succès ayant pour interprète vedette Eddy Ordo, acteur imbu de lui-même et de sa notoriété, la scène 97 vire au drame. Pourtant tout était bien réglé, l’accessoiriste avait tout vérifié, n’empêche que la bavure s’étale en trainées sanglantes autour des deux comédiens qui s’affrontaient en théorie virtuellement mais qui gisent dans les décors préfabriqués.

Au tapis Ordo, mais aussi Lucas Kalou, le jeune acteur prometteur mais trop rare. Lucas, selon les premiers renseignements pris et les conclusions hâtives des policiers dirigés par le lieutenant Plume, aurait abattu Ordo puis se serait suicidé. Lucas se serait vengé après les humiliations et vexations subies de la part de la star et dont Ordo était coutumier.

Rob Marin, qui tenait le rôle de l’inspecteur Garcia dans la série, n’est pas du tout d’accord et décide d’endosser le personnage de Garcia afin de démontrer que Lucas, son ami et son presque frère, n’était pas le tueur désigné, et de découvrir le véritable coupable.

Le dossier est classé trois jours après le meurtre et le pseudo suicide sur les directives de Picot, le directeur national de la police. Le lieutenant Plume n’envisage pas de le rouvrir malgré les insistances de Rob Marin. Mais cet incident a entrainé un dommage collatéral, l’arrêt de la série et la mise sur la touche des acteurs. Rob effectue de nombreux voyages entre Paris, où il possède un appartement et Marseille où il réside pour le tournage de la série. Rob relève certaines incohérences dans la mise en scène du meurtre et dans les déclarations. Et lorsqu’il essuie deux balles en roulant en moto et sort d’un mini coma à l’hôpital, rescapé grâce au port de son casque, il se doute qu’il devient gênant.

Conclusion à laquelle adhère Plume qui va l’aider dans ses démarches, peut-être parce qui lui aussi possède un passé qu’il ne peut oublier. Par bribes, par déduction, avec l’aide d’un spécialiste du laboratoire scientifique de la police, cela commence à s’emboiter tout doucement mais le chemin est long et parsemé d’embûches.

Plume le flic sympa et torturé, Ramon qui est né avec des grains de sel dans la bouche d’où sa perpétuelle pépie qui lui tourneboule les neurones, Galli, le croque-mort qui se déplace en fauteuil roulant et Juliette, l’une des figurantes qui incarnait une fliquette et est hospitalisée depuis dans une clinique psychiatrique, complètent la galerie de personnages qui évoluent dans cette histoire dont on sait que la genèse se trouve en Galicie occidentale en 1944. Je ne vous dévoile rien puisque cette scène figure en prologue.

 

Un excellent roman qui nous entraîne dans les coulisses du tournage des séries télévisées, et l’on ne peut s’empêcher à l’ambiance des Navarro.

Certaines scènes s’inscrivent comme de petits morceaux d’humour, parfois décalé, et les divers protagonistes se montrent sympathiques, sauf quelques-uns, mais je ne vous dirais pas lesquels.

Un bon moment de détente, ce qui n’empêche pas Christian Rauth d’exprimer quelques vérités qui sont bonnes à dire. Peut-être pourra-t-on relever ça et là quelques poncifs, qui ne prêtent guère à conséquence et qui s’inscrivent logiquement dans la trame.

C’est aussi une ode à l’amitié, et l’ombre de Daniel Rialet, disparu trop tôt, plane sur ce roman. Et l’on met à rêver à d’autres épisodes ayant Rob Marin, Galli, Plume et Juliette comme personnages principaux, à moins que cela devienne un jour une série télévisée. On peut rêver...

Première édition : Editions Michel Lafon. Parution mai 2010. 348 pages.

Première édition : Editions Michel Lafon. Parution mai 2010. 348 pages.

Christian RAUTH : Fin de série. Collection Polar. Editions De Borée. Parution le 15 juin 2017. 8,90€.

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 08:37

La curiosité n'est pas un défaut, c'est une qualité, surtout chez un journaliste...

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne.

Il suffit qu'un spectacle annoncé à grand renfort de publicité soit interdit par les autorités municipales et préfectorales pour que le public se presse pour assister à cette représentation devenue privée.

En cette fin d'après-midi du 20 mai 1909, et n'écoutant que son courage, Raoul Signoret se rend jusqu'à Palama afin d'assister dans l'enceinte du domaine de la Soubeyranne à cette exhibition prometteuse de sensations fortes. Car du courage il en faut pour grimper jusqu'à Château-Gombert en bicyclette puis d'affronter la masse compacte des curieux qui se pressent à la grille du château du sieur de Saint-Aubin. Heureusement il retrouve son vieux confrère Robert Bonnefon, l'ancien photographe du Petit Provençal devenu le correspondant du village où il est installé. Le Cirque romain comme si vous y étiez promet des sensations fortes, le combat entre des tigres de Sumatra et des taureaux du cru, importation directe d'Espagne. Passons rapidement sur cette galéjade, dans laquelle s'immisce Fourneron, le commissaire de police du quartier de la Rose venu avec ses estafiers expulser les privilégiés qui ont obtenu des places dans l'enceinte grâce à de bons gros billets émis par la banque de France, et arrêter l'imprésario et l'importateur de fauves, organisateurs du spectacle, malgré l'opposition de Saint-Aubin, le propriétaire des lieux, face aux forces de l'ordre et retrouvons-nous une semaine plus tard sur la route qui mène à la Baume Loubière.

En effet ce petit reportage a ravivé les souvenirs de Raoul Signoret, lorsque, enfant, il avait visité les grottes Loubière, non loin de Château-Gombert, en compagnie de son oncle le commissaire principal Eugène Baruteau qui suppléa son père décédé. En avant Simone et voilà donc la famille Signoret en promenade pour une balade pédagogique. Seulement lorsque Adèle et Thomas, les enfants, Cécile, l'épouse, arrivent en vue de l'entrée des fameuses grottes, elles sont murées. Et d'après Raoul, c'est tout récent, le ciment des joints étant encore à peine sec.

Raoul se renseigne auprès d'un horticulteur-restaurateur qui siège non loin. Effectivement la grotte a été bouchée un peu plus d'une dizaine d'années auparavant, suite à la découverte du corps d'une gamine violée puis assassinée. Raoul avait occulté cet épisode qui n'avait pas trouvé d'aboutissement mais le ciment frais l'intrigue. Il en informe Bonnefon et tous deux accompagnés du garde-champêtre descellent les briques et font une macabre découverte. Deux petits corps n'attendent plus les secours, vu qu'ils sont morts. Immédiatement ils établissent une corrélation avec l'affaire précédente, mais après autopsie, il s'avère que les points de ressemblance n'existent guère. Les deux gamins, garçon et fille, possèdent le type méditerranéen, ont les mains usées, et l'autopsie révèle qu'ils sont décédés d'une absorption de poison provenant de graines d'origine asiatique à effet foudroyant. Personne ne réclame les gamins, personne ne signale leur disparition, comme s'ils n'avaient jamais existé.

Raoul Signoret, fortement intéressé par ce drame assiste à l'enterrement des deux gamins. Bien entendu au premier rang de l'église, Saint-Aubin siège avec quelques compagnons, dont les prometteurs du spectacle avorté. Il a longtemps vécu en Cochinchine où il était diplomate et a magouillé d'où sa fortune. Mais sa femme est absente, d'ailleurs plus personne ne la voit depuis quelques temps. A la terrasse d'un café, Raoul assiste à l'expulsion d'un ivrogne, l'oncle de la première petite victime, qui profère des mots dont le journaliste ne comprendra la signification que plus tard. De même que le mot laissé dans son taudis lorsque le corps de l'homme est retrouvé pendu. Tout concourt à un suicide, mais on ne sait jamais. De même Raoul remarque une belle femme qui se trouve être la lavandière de Saint-Aubin, et qu'il sera amené à suivre lors d'une rencontre inopinée.

 

L'intrigue imaginée par Jean Contrucci n'aurait pas la même consistance, comme dans la plupart des œuvres d'imagination, si elle ne s'inscrivait pas dans des lieux précis et des événements réels ou transposés fictivement. Ainsi le tremblement de terre du 11 juin 1909 à Marseille, appelé aussi séisme de Lambesc, permet à Raoul Signoret de se trouver au bon moment sur le passage de la lingère de Saint-Aubin, un incident qui va favoriser son enquête en partie.

De même la prochaine tentative de Blériot de la traversée de la Manche en avion est évoquée, ainsi que la venue de Sarah-Bernhardt qui doit interpréter le rôle de l'Aiglon, dans la pièce de Jean Rostand, et qui donne lieu à un échange humoristique entre le chroniqueur théâtral et Raoul. Raoul s'esclaffe à l'idée que la comédienne de soixante et quelques années puisse jouer le rôle d'un jeune homme de vingt ans. Un peu comme si aujourd'hui un réalisateur de cinéma demandait à Gérard Depardieu de se mettre dans la peau de James Dean avant son accident de voiture.

Des faits historiques qui donnent du volume à l'histoire concoctée par Jean Contrucci. L'enquête menée par Raoul Signoret l'entraîne dans les milieux italiens, les Babbis, réfugiés napolitains mal intégrés la plupart du temps mais qui sauront s'imposer dans leur nouvelle patrie, s'insurgeant par la suite de l'arrivée d'autres étrangers, mais ceci est une autre histoire comme l'écrivait Rudyard Kipling. Et c'est surtout le rôle des enfants de ces réfugiés, ou importés directement de Naples, leurs familles pensant qu'ils étaient promis à un bel avenir, qui est le moteur de cette intrigue.

Les savonneries, les huileries, les usines de souffre, les filatures qui emploient de la main d'œuvre à très bon marché, des gamins importés d'Italie et réduits en esclavage, c'était ce qui prévalait à Marseille, mais dans d'autres régions françaises. Depuis, les industriels ont évolué et ont délocalisé leurs manières d'engranger de l'argent facilement et de nos jours, de nombreux pays d'Asie ont adopté cette économie de marché. Les patrons en veulent toujours plus, mais cela ne date pas d'aujourd'hui.

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 4 mars 2015. 400 pages. 19,00€

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 4 mars 2015. 400 pages. 19,00€

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne. Série Les nouveaux mystères de Marseille. Réédition Le Livre de Poche. Parution le 14 juin 2017. 416 pages. 7,10€.

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