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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 06:25

Pas pratique pour savoir si on est toujours la plus belle...

Ivan ZINBERG : Miroir obscur.

Journaliste indépendant, spécialisé dans les reportages croustillants sur la vie des personnalités en vue, Michael Singer veut changer, ce qui est une décision louable, d'optique et réaliser des reportages plus consistants, moins volages, en un mot plus sérieux.

C'est ainsi qu'il se rend chez une femme qui a connu l'enfer de la drogue et des bandes de marlous mais s'en est sorti grâce à sa force de caractère. Mère de deux gamins, Marbella Jones, une Noire élevée aux mamelles de la drogue et de la violence veut témoigner des difficultés qu'elle a rencontré au cours de son adolescence, comment elle a réussi à s'échapper des mailles du filet et à devenir nounou pour l'édification de la nouvelle génération.

Après avoir procédé à l'entretien qu'il a enregistré et qu'il en a programmé un autre afin d'affiner son reportage, il rentre chez lui où il a installé son bureau. Sa secrétaire et assistante, Alison Kostas, une ancienne policière qui a démissionné six mois auparavant après vingt ans de service au LAPD de Los Angeles, l'aide dans le montage des vidéos qu'il transmet ensuite à une chaine d'informations en ligne.

Deux policiers l'attendent chez lui afin de l'interroger sur un meurtre qui a été perpétré la nuit précédente à l'encontre d'un chirurgien-obstétricien en retraite. L'assassin a gravé sur le front du défunt le chiffre 1, mais si Michael Singer est impliqué dans cette affaire, c'est parce qu'une de ses cartes de visite a été déposée près du corps. Heureusement pour lui il possède un alibi et s'il est suspect aux yeux des policiers, il peut se justifier.

Peu après, il reçoit sur son téléphone une vidéo qui montre l'assassinat du toubib en direct. Comme il est toujours suspect malgré son alibi, Singer se décide à en découdre (!) avec ce meurtrier qui semble s'amuser avec lui. Et grâce à un propos tenu par le meurtrier, Singer et Alison Kostas vont remonter ce qui leur paraît être une piste fiable.

Mais d'autres crimes de sang sont perpétrés à quelques heures de distance. D'abord sur des sœurs jumelles qui connurent quelques années auparavant leur heure de gloire en posant dans des magazines dits spécialisés pour les hommes. Le procédé est quasi identique car les chiffres 2 et 3 ont été gravés. Une numérotation inquiétante. Et la carte de visite de Singer est retrouvée sur place.

Madden et Gomez, les deux policiers dont on a suivi les précédentes enquêtes, viennent en complément des premiers, et d'autres sont désignés en renfort, car l'affaire devient sérieuse. Et Singer lui profite de l'aubaine pour se constituer un confortable matelas de dollars car il revend à la chaine d'informations les éléments dont il dispose ainsi que les vidéos, n'informant les policiers qu'ensuite.

Il dispose d'un excellent avocat qui le conseille afin de lui préserver les arrières vis-à-vis des possibles retombées policières et judiciaires car il déroge à l'éthique voulant qu'il prévienne d'abord les deux institutions. Et il est aidé dans ses recherches par Alison Kostas qui se montre une auxiliaire efficace et par un jeune surdoué en informatique qui brise allègrement les verrous mis en place par les administrations pour recueillir des éléments précieux dans l'enquête de Singer. Mais tout ceci ne va-t-il pas se retourner contre eux, coincés qu'ils sont entre les mâchoires des policiers et du tueur ?

 

Ivan Zinberg nous entraîne dans une enquête, avec pour décors la ville de Los Angeles laquelle s'étend sur des dizaines de kilomètres, enquête qui s'échelonne sur quelques jours et prend son origine, vingt ans auparavant, d'après les déductions de Singer et compagnie. Ce qui amène le journaliste à faire ressurgir des événements qui ont marqué de nombreuses personnes mais n'en ont guère affectés d'autres manquant de sensibilité et de remords.

Si l'on suit avec intérêt Singer dans ses démêlés, on ne peut apprécier sa façon de procéder, engrangeant l'argent en vendant chèrement ses reportages à un média qui joue sur le sensationnel et y trouve son compte, le nombre de visiteurs augmentant de manière exponentielle, entraînant dans leur sillage des recettes publicitaires et une notoriété non négligeable. Et naturellement ce sont les pratiques de ces médias en ligne et des magazines spécialisés dans le sensationnel, ainsi que leurs visiteurs et lecteurs qui sont dans le viseur de l'auteur.

Ivan Zinberg nous propose parfois trois visions plus ou moins différentes ou complémentaires, ce qui donne un sentiment de répétition, en suivant l'enquête de l'extérieur par Singer, par les commentaires du média auquel il revend ses reportages, mais aussi via le journal du tueur.

Souvent l'auteur d'un roman affirme qu'il se laisse guider par ses personnages. Dans ce cas précis, je pense qu'Ivan Zinberg savait très bien où il voulait aller, connaissait l'épilogue et a construit son intrigue d'après les révélations finales qui ne manquent pas de subtilités et de rebondissements.

Outre Singer et Alison Kostas qui peu à peu prennent de l'importance dans le récit, il ne faut pas négliger non plus le rôle de Léon Nash, l'informaticien qui travaille la nuit, use et abuse des pétards, sent le négligé ne sortant quasiment jamais de chez lui et professant une dévotion aux rastas. Et c'est lui qui me souffle le mot de la fin, s'inspirant de Bob Marley qu'il vénère :

La grandeur d'un homme se mesure à son intégrité.

Mais apparemment ni Singer et compères n'ont compris ce message, et l'on peut étendre cette incompréhension, ou ce je-m'en-foutisme, à bien d'autres catégories professionnelles ou politiques.

 

Pour conclure, un roman à l'intrigue fouillée, prenante, au rythme rapide malgré les répétitions évoquées ci-dessus mais nécessaires, qui accroche le lecteur, aux multiples rebondissements, qui ne laisse pas sur sa faim même si la fin est plus ou moins ouverte.

 

Ivan ZINBERG : Miroir obscur. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 20 avril 2017. 374 pages. 20,00€.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 05:17

Pas facile de vivre avec une femme qui rentrée de couches vous vire de la sienne !

Luc FORI : Vade retro Satanas.

C'est l'expérience que vit William Carvault, ancien policier reconverti comme agent immobilier à Bourges. Faut dire que Heike, sa compagne et commissaire de police quand même, ne s'occupait plus que de leurs fils, et William n'avait pas apprécié d'être délaissé. Alors il était allé voir ailleurs si l'herbe était plus tendre comme le signale le diction qui affirme que changement de pâturage réjouit les veaux. Il s'est trouvé une petite maison en face d'un immeuble allongé comme une barre énergétique.

Tout commence à cause d'un individu guère courtois qui a frôlé la veille son véhicule, a pulvérisé son rétroviseur, sans laisser de coordonnées. Un mec normal quoi. William est abordé par Youssef, un jeune Sarrazin habitant en face de chez lui, qui lui dit qu'il a vu l'accrochage se produire et qu'avec son copain Ahmed ils ont voulu courir derrière le véhicule fautif et que tout ce qu'ils ont réussi à faire c'est de relever le numéro d'immatriculation. Un bon point pour les deux jeunes. Après avoir réglé son problème de rétroviseur, William regarde derrière lui et se rend compte qu'il est toujours amoureux d'Heike. Mais la commissaire de police n'est pas prête à partager sa couche et il n'a plus qu'à attendre que les événements se tassent.

Le lendemain, Youssef vient voir William chez lui, et après quelques palabres tournant autour du rétroviseur, il s'apprête à lui demander quelque chose lorsque Heike s'invite. L'entretien est reporté au lendemain mais ce que lui montre Heike n'est pas piqué des vers, comme dirait le poète.

Elle est en possession d'une clé USB et au visionnage de celle-ci, les cheveux se dressent sur la tête de William. L'assassinat, filmé en direct par le tueur, d'une jeune femme par strangulation à l'aide d'une corde. Le corps a été retrouvé dans une chambre appartenant à une chaîne hôtelière.

Revenons au rendez-vous de William avec Youssef dans la barre en phase de délabrement en face de sa petite maison. Youssef vit avec Djamila, et ils sont inquiets. Le frère de Djamila a disparu et il semblerait que le gamin, Mourad, soit parti pour le Djihad. Un petit film posté sur Youtube montre l'adolescent en compagnie d'un camarade enturbanné dont seuls les yeux sont apparents. Mourad porte une pancarte sur ses genoux sur laquelle est inscrit Mort aux Infidèles, tandis que son compagnon brandit un fusil d'assaut.

Alors William rencontre les parents de Mourad, dont Farid le père pratiquant mais pas intégriste, puis un imam recruteur du nom d'El Zarbi, lequel est effectivement un peu bizarre. Un accrochage oppose l'imam à Farid qui lui tend une photo représentant son gamin. William s'aperçoit qu'El Zarbi n'est pas un Arabe bon teint, mais un Européen converti maniant mal la langue de Khaled. William, assisté de son ami Roger (prononcez Rodgeur comme pour Federer mais qu'il ne faut pas prononcer Fait d'erreur, je sais c'est compliqué), piste El Zarbi, encore plus bizarre qu'il pensait et parvient à lui arracher quelques révélations. El Zarbi reconnait sur la photo l'édifice qui se dresse en arrière-plan. Il s'agit d'une centrale électrique située près de Bruxelles.

Et tandis qu'Heike poursuit l'étrangleur de jeunes femmes, William et Roger (prononcez Rodgeur...) se rendent à Bruxelles, et leur enquête n'est pas véritablement de la petite bière.

 

Avec un ton résolument humoristique, Luc Fori nous emmène de Bourges à Bruxelles puis retour à Bourges, pour une double enquête, qui bientôt n'en fera qu'une.

Mais cet humour, doux-amer, est tempéré, car si l'on peut rire de tout, certaines limites sont difficilement franchissables. Et dans les moments cruciaux, Luc Fori reprend un ton grave, en phase avec les situations.

Ce roman est composé d'événements qui ont réellement eu lieu, comme l'attaque de Charlie Hebdo, mais ils ne servent que de supports à une histoire plus personnelle, celle de la famille de Mourad. Et l'auteur sait faire la différence entre véritables adeptes d'une religion, et les intégristes qui sont aveuglés ou qui ne sont que des arnaqueurs et des charlatans.

Luc Fori construit son récit sur la lame du rasoir, sachant se montrer railleur, tendre, léger, décalé, humoristique ou grave, et offrant un épilogue en pied de nez à la société qui voudrait que tout soit blanc ou noir, mais jamais en demi-teinte.

Mais on vibre également aux aventures de William, et de Roger bien sûr le brave copain qui se montre un peu soupe au lait et vindicatif parfois, ainsi que des relations entre l'agent immobilier qui n'est pas immobile et de sa commissaire de police de compagne, ou ex-compagne, et de leurs relations en dents de scie. William ne se montre pas toujours à la hauteur dans sa nouvelle fonction de père, mais c'est aussi un apprentissage de la vie. Il faut savoir assumer.

 

Luc FORI : Vade retro Satanas. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 mars 2017. 256 pages. 14,00€.

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 07:14

Mais on ne brade pas les toiles... Faut pas rêver quand même !

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre.

Récemment recruté pour être directeur de la Sécurité du Musée du Louvre, Nicolas Lesur, de lui, s'imprègne de l'ambiance des lieux et fait la connaissance de ses collègues ainsi que de sa secrétaire Maryse, qui a longtemps travaillé avec l'ancien responsable qu'elle regrette un peu.

D'ailleurs elle l'appelait par son prénom, André, une familiarité que Nicolas n'envisage pas à son encontre. André a été viré, comme un malpropre précise Maryse, deux mois auparavant et il s'est recyclé dans le mobilier urbain. La première journée, le mercredi 22 novembre 1995 précisément, se passe en découvertes, les différentes salles, les autres responsables, celui des relations humaines (ce qui ne veut pas dire que coucheries existent entre collègues), celui de l'exploitation technique et celui des finances et Nicolas doit attendre le lendemain pour enfin rencontrer le Président, le Grand Patron, surnommé Sa Majesté. Rencontrer est un bien grand mot, juste un appel téléphonique de bienvenue.

Mais ce jeudi 23 novembre, Nicolas Lesur va s'en souvenir, car il est confronté à sa première affaire. Rien de grave, mais sérieux quand même. Un ou des petits plaisantins se sont amusés à dévisser quelques tableaux, au point que ceux-ci sont prêt de tomber. Juste le dernier petit tour de vis qui n'a pas été donné, évitant une catastrophe. Une récidive pour le Dévisseur, ainsi que surnomme Nicolas l'énergumène.

Et Nicolas se promet bien de coincer le Dévisseur, de gagner une bataille personnelle envers le malotru, ne serait-ce que pour gagner une considération à laquelle il se sent avoir droit.

Alors il arpente les couloirs et les salles, et repère une jeune femme qui se consacre à un étrange manège. Elle regarde, observe, prend des notes. En réalité il s'agit d'une copiste qui vient régulièrement au Louvre pour ses travaux. Il la suit et tout étonné s'aperçoit qu'elle rencontre l'ancien directeur dans son antre. Cela sent le mystère à plein nez.

Nicolas n'épargne pas son temps, d'autres vandalismes sont perpétrés, et la nuit, dans les sous-sols du Louvre, là où sont rangées les toiles et les sculptures en attente de départ pour d'autres musées, ou de subir quelques réparations, Belphégor, ou son clone rôde.

 

Nocturne au Louvre est un aimable divertissement qui permet au lecteur de voyager dans les arcanes du Louvre, d'en découvrir les faces cachées, de ne plus être un touriste égaré mais l'un des gardiens du Temple vérifiant le système de sécurité et de chercher qui manie les ficelles et le tournevis.

Roman pour grand adolescent, Nocturne au Louvre se veut une récréation entre deux romans noirs, et offre son petit lot de suspense et de frissons. Avec péripéties à la clé, mais pas ou peu de cadavres, ou de victimes, à part quelques objets précieux, ce qui est déjà pas mal.

Un roman d'énigme qui fait penser à Tintin, d'accord, mais un peu dans le style des Bijoux de la Castafiore, avec une ambiance à la Blake et Mortimer.

Brigitte JOSEPH-JEANNENEY : Nocturne au Louvre. Collection ArtNoir. Editions Cohen et Cohen. Parution le 23 mars 2017. 254 pages. 20,00€.

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 13:54

Ce que l'on appelle l'effet domino !

Gilles VIDAL : De sac et de corde.

Vous avez tous sûrement vu un reportage montrant ces dominos soigneusement placés les uns derrière les autres et tomber par un petit coup de pichenette, s'entraînant les uns les autres dans une course folle franchissant de nombreux obstacles dans un parcours minutieusement élaboré et préparé.

La lecture de ce roman est tout aussi réjouissante, et l'auteur a dû passer un temps fou à assembler ses personnages-dominos, les faire évoluer dans une petite ville de province, avec de nombreux aiguillages, des voies sans issu, d'autres qui se coupent et se recoupent, et les protagonistes s'affaler comme ces briquettes, sans pour autant que la machine infernale s'arrête avant le final programmé.

Le point de départ se situe à Boston (Massachussetts) en 1967. Deux individus interrogent violemment Willard Matthews à propos d'un objet qu'ils recherchent. Il ne se souvient plus très bien mais sous les coups la mémoire lui revient en partie. Munis de leur renseignement partiel, les deux hommes repartent en laissant derrière eux un cadavre.

Le dernier domino franchit un pont et est catapulté de nos jours à Morlane, ville de province traversée par la Meure, qui s'enorgueillit de posséder parmi ses hommes célèbres un poète maudit, Aristide Ridore, vénéré partout dans le monde mais qui fut également un assassin et un brigand.

Tout commence, ou presque lorsque Serge Persigny ressent dans la cage de l'escalier du petit immeuble où il habite comme une odeur de gaz. C'est sa voisine Mademoiselle Juvet, Clara de son prénom, qui a déposé sa tête dans le four de la gazinière. Bonsoir Clara, comme chantait Michel Sardou, direction la morgue.

Ce qui ne gêne en rien Serge Persigny sauf que cela l'a retardé quelque peu, mais il n'est pas aux pièces non plus. Après avoir récupéré une arme à feu, je ne rentrerai pas dans les détails, marque, calibre ou autre, il se rend au rendez-vous fixé par son employeur. Il ne travaille pas aux impôts, mais c'est tout comme, puisqu'il est chargé de recouvrer l'argent prêté auprès de clients récalcitrants. Et le voilà chez Victor Guérin, un vieil homme qui se montre plus malin que l'encaisseur. Et l'encaisseur n'a pas le temps de défourailler son arme qu'il encaisse quelques projectiles en pleine tête. S'il n'avait pas de plomb dans la cervelle, maintenant il est servi.

Victor Guérin, son forfait accompli, après tout il n'avait pas demandé à ce que Persigny vienne l'embêter, part en sous-bois récupérer quelque chose dans un arbre. Arrivé à place, ses coronaires jouent à se faire un sac de nœud, et exit Guérin, affalé sur une branche. Bien mal acquis, et à qui, ne profite jamais. Parait-il.

Un couple s'installe sous la ramure de l'arbre afin de batifoler, et lorsque la jeune fille regarde l'envers des feuilles, elle aperçoit quelqu'un qui les mate, couché sur une branche. Ce quelqu'un, vous l'avez deviné, c'est Guérin, mais ce que vous ne savez pas, c'est que Fred Gomez et sa copine Claudie trouvent dans la besace du défunt une grosse poignée d'argent. Plus grosse que ça même, et sous le matelas de billets, deux armes que seul Fred a aperçu. Allez hop en voiture, et après un repas à base de hamburgers italiens, oui pizzas si vous voulez, un repos digestif à l'hôtel. Et comme Fred n'est pas partageur, il se débarrasse de Claudie, dont il ne connait même pas le nom, à l'aide d'un sac poubelle. Je comprends maintenant pourquoi on veut interdire les emballages plastiques. Mais Fred est un perdant, mais il ne le sait pas encore.

 

Sur ce quittons cet embranchement et allons voir d'autres rangées de dominos qui continuent leur petit bonhomme de chemin. Et parmi ces personnages on retrouve par exemple un policier vénal - si ça existe, désolé de le préciser - ou encore un chirurgien-dentiste digne héritier des arracheurs de dents d'antan qui se fait des pivots, des lingots veux-je dire, en or sur la denture de ses clients en les massacrant, d'où peut-être l'expression des sans-dents. Bref il a les crocs. Comme d'autres personnages évanescents qui arrivent presque tels des cheveux sur la soupe, et repartent aussitôt dans une éclaboussure. Sans oublier un parrain local, ses hommes de main et d'aujourd'hui, un automobiliste qui percute un homme, lequel venait d'échapper aux policiers, qui se fait voler sa voiture, véhicule retrouvé un peu plus tard avec deux cadavres déguisés en charbon de bois à l'intérieur...

Parfois on a l'impression qu'il y a engorgement, un bouchon qui bloque tout, mais que nenni, une briquette se dégage et la route des dominos se scinde, se prend pour une autoroute ou un chemin vicinal, jusqu'à l'arrivée qui est parallèle au point de départ.

Si Gilles Vidal nous propose un roman tortueux, il le fait avec talent, et avec cette méticulosité, cette minutie propre à un artisan qui aime son métier. Il relève plus de l'ébéniste que du menuisier. Tout s'enchaîne inexorablement, les tiroirs multiples coulissent sans à-coups, les cachettes secrètes se dévoilent peu à peu, tout s'emboîte à la perfection, un petit trésor de construction et d'ajustement avec moult péripéties décrites en pleins et en déliés.

 

Gilles VIDAL : De sac et de corde. Collection Crimes et châtiments N°78. Editions des Presses littéraires. Parution le 29 mars 2017. 298 pages. 12,00€.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:48

Instinct basique comme celui de nos

hommes politiques ?

Richard OSBORNE : Basic Instinct

Ex-chanteur de Rock, propriétaire de club et élément majeur dans l'entourage du maire de San Francisco, Johnny Boz est retrouvé assassiné d'une douzaine de coups de pic à glace.

Il a été aperçu la veille en compagnie de Catherine Tramell, romancière à succès. Nick Curran, son équipier Gus Morran et le lieutenant Walker sont persuadés de la culpabilité de celle-ci, conviction étayée lorsque Curran découvre que le meurtre de Boz a été conçu selon un processus décrit dans le dernier roman de Catherine. Celle-ci nie être la meurtrière et propose même de passer un test devant le détecteur de mensonges. Test négatif pour la romancière, qui s'adonne aux plaisirs prohibés par jeu, par provocation, et avoue s'ériger comme une professionnelle du mensonge.

Entre Curran et Catherine s'établissent des rapports malsains. Ils sont tout à la fois attirés l'un par l'autre et en même temps se dressent en adversaires. Catherine n'a eu des relations sexuelles avec Boz que parce qu'elle aime ça et non par amour. Auparavant elle était liée avec Marty, un boxeur, qui s'est fait descendre sur un ring.

Curran vit avec le souvenir de deux touristes qu'il a abattu à la suite d'une bavure. Beth Gardner, la psychologue de la police avec qui il a couché au cours de sa thérapie, a essayé de lui effacer son obsession. Il s'est arrêté de boire, de fumer, de se droguer mais au contact de Catherine il retombe dans ses travers. Beth Gardner a connu la romancière une dizaine d'années auparavant, alors qu'elles suivaient les cours de psychologie à l'université de Berkeley. A cette époque, leur professeur a été retrouvé assassiné à coups de pic à glace.

Si Catherine admet s'être inspirée de cette histoire pour écrire un de ses livres, elle traine derrière elle comme un maléfice. Les personnes qu'elle côtoie, professeur, parents, amants décèdent dans de mystérieuses conditions. Catherine connait les antécédents de Curran et en joue comme avec une allumette. Furieux il comprend que seule Beth a pu divulguer les renseignements. Elle avoue avoir permis à Nielsen, un agent de l'Inspection Générale, de compulser son dossier. S'ensuit une algarade entre le bœuf-carotte et Curren, en présence de leurs collègues. Le lendemain Nielsen est retrouvé mort, abattu d'une balle provenant d'une arme officielle de la police. Les soupçons se portent sur Curren mais ne peuvent être étayés.

Il est mis en congé d'office mais continue malgré tout son enquête. Catherine avec qui il copule furieusement lui parle d'une étudiante, Lisa Hoberman qui l'a perturbée durant sa dernière année universitaire.

 

Entre Nick Curren, le policier qui n'est pas encore désabusé au contraire de son équipier, plus âgé il est vrai, et Catherine Tramell, une romancière qui puise son inspiration d'après des faits divers authentiques ou provoqués, s'engage une partie de chat et de la souris.

Mais ce n'est pas toujours le policier qui mène la danse. Il est fasciné par la jeune femme et peu à peu doute de ses premières conclusions. Catherine Tramell elle aussi est fascinée par le policier mais maitrise cyniquement son attirance et joue un jeu dangereux.

Son personnage est complexe et s'auréole de mystère. Est-elle une véritable meurtrière? Au lecteur de l'imaginer. Tout l'intérêt de cette intrigue réside dans l'étude psychologique des personnages et dans la dualité aversion/attirance qui anime leurs rapports.

Ce roman est l'adaptation du film éponyme de Paul Verhoeven, sorti en 1992, avec dans les rôles principaux Michael Douglas et Sharon Stone.

Richard OSBORNE : Basic Instinct (BASIC INSTINCT - 1992). D'après un scénario de Joe Eszterhas. Trad. de l'américain par Gilles Bergal. Collection Pocket Thriller. Editions Presses-Pocket. N°4066. 188 pages. 1992

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 13:59

C'est une bonne question, merci de l'avoir posée !

Léon VALBERT : Crimes ou suicides ?

Grâce aux conclusions pertinentes du docteur Harifax, médecin légiste, l'inspecteur Bergougnasse boucle en moins de temps qu'ii m'en faut pour écrire cette phrase l'enquête qui lui a été dévolue.

Cette affaire à peine résolue, le commissaire Galinacci lui en confie une autre : la femme du morticole a été retrouvée morte. En dépit de sa douleur, Harifax tient à autopsier lui-même la défunte.

Lorsqu'ils se sont mariés, elle n'avait que vingt ans à peine et lui quarante. Ils s'étaient connus à l'Ecole de Droit alors qu'elle suivait les cours de législation médicale qu'il dispensait. Un véritable roman d'amour qui s' achève tragiquement.

Rien ne prédisposait toutefois à penser qu'un tel drame put arriver. Des traces de piqûres hypodermiques dans la cuisse et sous l'omoplate autorisent deux hypothèses : le crime ou le suicide. Or la seconde piqûre n'aurait pu être faite par la défunte seule. A moins qu'ii s'agisse d'une erreur accidentelle. Ce qui étonne le juge.

Mais le toubib a réponse à tout : Il faut toujours compter avec le hasard... ou la fatalité. Un deuxième cadavre est découvert dans les mêmes conditions, celui du chauffeur d'Harifax. L'homme était un Russe émigré et Bergougnasse demande à son ami l'agent Froc de la brigade politique de se documenter parmi les compatriotes du mort. L'un d'eux a poursuivi de ses assiduités la femme d'Harifax mais il proteste de son innocence dans les deux crimes qui lui sont imputés.

La femme de chambre se présente auprès du juge. Elle déclare avoir trouvé dans le tiroir d'un secrétaire des lettres prouvant l'infortune conjugale du médecin légiste. Bergougnasse et Galinacci ne sont point convaincus par l'inculpation du slave. Bergougnasse imagine donc un stratagème dans lequel tombe tête baissée l'assassin, Harifax lui-même. lequel n'en était pas à ses premiers meurtres. Tout petit déjà il s'ingéniait à faire accuser ses condisciples pour des fautes qu'ils n'avaient pas commises.

 

crimes ou suicides ? Disons-le tout net : dès le départ le lecteur se doute qu'il s'agit bien de crimes que Bergougnasse va devoir résoudre. Et l'entêtement du toubib à pratiquer les autopsies malgré sa douleur est trop sincère pour être honnête. Dès lors le lecteur n'a plus qu'à se laisser porter par les circonlocutions et circonvolutions verbales, dialectiques et ampoulées des protagonistes.

Mais est-ce bien là le moyen employé pour introduire un liquide virulent dans le torrent circulatoire ?

se demande Harifax au cours des explications fournies aux policiers lors de l'autopsie de sa femme.

Et afin de démontrer le sérieux de son roman, Léon Valbert n'hésite pas à citer, outre les références empruntées aux communications faites à l'Académie des sciences, une tirade du Roméo et Juliette de Shakespeare. C'est beau la culture.

Et voilà comment, conclut le détective, en rallumant sa pipe qui s'était éteinte au cours de ce récit... voilà comment, mon vieux Froc-Froc, j'ai reconstitué pour ton édification personnelle, l'histoire complète et authentique, du médecin légiste fou et assassin. Tu avoueras, ajouta t-il, qu'elle dégote de loin les romans policiers les mieux charpentés.

Avis tout à fait personnel que le scripteur de cette notule ne partage pas. Des histoires mieux charpentées il en a lu plus d'une, écrites avant et après que Léon Valbert ait pondu sa prose qui ne restera pas dans les souvenirs.

 

A propos de Léon Valbert.

pseudonyme d'Albert Léon Vavasseur né le 27 mai 1867 - 1947, auteur, journaliste, chroniqueur. Pseudonymes: Léon Valbert, Paméla, Bobèche. Il a collaboré avec Rodolphe Bringer et Albert Verse. Pour plus de renseignements vous reporter aux liens ci-dessous.

Léon VALBERT : Crimes ou suicides ? Editions André Bonne. Parution octobre 1945. 32 pages.

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 08:21

Comme disait ma grand-mère : on ne sait pas par quel bout la prendre...

Patricia RAPPENEAU : Tout ce qu'ils méritent.

La quoi ?

L'histoire ? Ça, ce n'est pas difficile, suffit de commencer par le début puis de dérouler tranquillement jusqu'à l'épilogue. Simple, non ? Sauf que l'histoire est plus compliquée qu'il y parait.

Rose ? Il est vrai que l'on pourrait donner la communion sans confession à Rose, belle et jolie, que dis-je, magnifique jeune fille, qui officie comme bonne du curé Troignon, en la bonne ville de Semur-en-Auxois, département de la Côte d'or, 3500 âmes environ en cette fin d'année 1908. Ange le jour, Démon la nuit, telle est la définition que l'on pourrait accoler à Rose, qui cache bien son jeu démoniaque. Et la nuit elle se transforme en vengeresse.

André ? André est gendarme dans cette même bonne ville de Semur, et lui aussi cache bien son jeu. Car si elle s'appelle André, c'est par un caprice de son père, mais c'est une femme. Seulement les hommes qui composent la petite compagnie de gendarmes ignorent qu'elle n'est pas du même sexe qu'eux, même si, et ils en sont tout étonnés eux-mêmes, ils ressentent à son contact comme un certain trouble. Pas tous, disons les moins niais.

 

Revenons quelque peu à Rose, qui jeune encore a connu les avanies d'une coexistence avec une fratrie incestueuse, et aujourd'hui encore sert d'exutoire génital au prêtre dont est la servante. Elle a ses petits trucs pour échapper parfois à la corvée nocturne. De toute façon le curé a des ressources sous sa soutane et n'hésite pas à prodiguer ses bons soins et offrir ses hosties à ses paroissiennes, même âgées.

Or Rose s'est mis en tête d'éradiquer ces prédateurs, s'érigeant en mante religieuse.

André, sous son uniforme de gendarme trentenaire, cache un passé trouble. Elle a une fille, Lucienne, âgée de sept ou huit ans, gardée par Gilberte, la sœur du géniteur. Et pour toute la petite ville, Lucienne est la sœur de Gilberte, pas même vingt ans, lingère de son état.

André prend son métier à cœur, et contrairement à ce qui se passe en général n'accepte pas le laisser-aller, surtout dans les enquêtes de meurtres. La police scientifique et le travail du médecin-légiste n'ont que quelques années d'existence et André prend soin à ce que ses collègues ne viennent pas placer leurs gros sabots dans des traces éventuelles laissées par le ou les assassins.

 

Et des meurtres, la petite ville de Semur commence à les comptabiliser. Parfois ce ne sont que des accidents, mais quand même, il y a anguille sous roche, et les vendanges mortuaires sont fructueuses. Mais André est pugnace, intègre, inflexible, et elle entend mener ce qu'elle considère come sa mission pour découvrir l'identité du, ou des fauteurs de troubles. Elle trouvera en Léon Dubrueil, le cafetier local qui gère quelques jeunes filles dont la qualité est de réconforter les mâles en mal d'amour, un allié de circonstance auquel elle ne sait pas résister et lui prouvera qu'en plus d'être intelligent, il est un homme qui ne manque pas d'arguments. Mais elle sera également confrontée au géniteur de la petite Lucienne, et à d'autres individus malsains.

 

Patricia Rappeneau joue habilement sur le système narratif, rédigeant à la troisième personne son texte, mais employant la première personne lorsqu'André devient l'acteur, ou l'actrice principale, du récit.

Ce qui permet au lecteur de naviguer dans cette intrigue en connaissant certains faits, et de suivre les tâtonnements, les réflexions, les problèmes et les sentiments d'André. Un montage narratif qui met en phase le lecteur et le héros, l'héroïne, tout en suivant de façon concrète certains événements. Et de vibrer en compagnie d'André lors de scènes houleuses, dangereuses, ou sentimentales. Ainsi que ses relations, parfois ambigües avec ses collègues et son supérieur.

Patricia Rappeneau démontre une maîtrise impeccable dans son intrigue et sa narration et j'espère que nous retrouverons André dans de nouvelles enquêtes tout aussi passionnantes. Car André est un héros attachant, dans son double rôle d'homme-femme et dans ses démêlés sentimentaux et professionnels tout en assumant un rôle de mère.

Pourtant, Tout ce qu'ils méritent n'est pas une bluette, loin s'en faut. C'est un roman fort, âpre, puissant. Patricia Rappeneau dévoile les turpitudes existant dans une petite ville à l'abri des murs, des bois et des fossés. Et si l'histoire se déroule fin 1908, ceci se produit encore de nos jours.

Peut être commandé en version numérique à l'adresse ci-dessous :

Patricia RAPPENEAU : Tout ce qu'ils méritent. Collection Marge noire. Editions De Borée. Parution le 16 mars 2017. 288 pages. 19,90€. Version numérique 9,99€.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 05:43

L'étoile Jan Thirion ne pâlira pas...

Jan THIRION : La compil.

Accrochée au firmament littéraire depuis le 2 mars 2016, l'étoile Jan Thirion brille de mille feux, même si parfois quelques éclipses se produisent.

Et autour de cette étoile, gravitent de nombreux satellites, de petites lucioles constituées de romans, nouvelles et micro-fictions.

Les habitués des Lectures de l'Oncle Paul ont déjà pu découvrir certains textes, les autres ne manqueront pas de se précipiter sur cet ouvrage dans lequel Jan Thirion révèle tout son humour aigre-doux, son ironie, ses pieds-de-nez, et surtout sa tendresse, sa révolte aussi.

Au sommaire, quinze nouvelles qui mettent en valeur toute la palette de l'imaginaire de Jan Thirion, dans des scènes parfois empruntées au quotidien, mais agrémentées à la sauce Jan Thirion, c'est à dire un mélange savant de douceur, de fantaisie, de noirceur, d'érotisme, de poésie, le tout lié dans un style jubilatoire qui lui était propre.

Promenons-nous allègrement dans cet univers et découvrons quelques petites perles semées à l'usage d'un Petit Poucet qui veut voyager dans un univers onirique, parfois cauchemardesque, lumineux ou sombre, un parcours divers mais enchanteur. Ou pas.

 

Par exemple dans Le voyage à dos de cailloux, le narrateur suit une jeune fille qui veut échapper à son destin programmé dans un pays où les femmes ne sont que du bétail. Elle n'est pas la seule dans ses pérégrinations, mais le narrateur s'est focalisé sur elle. Il la suit dans son parcours de fugitive mais quel peut être son avenir ailleurs, dans un pays qui n'accepte les migrants que pour mieux les parquer, ou abuser de leur naïveté. Un leurre. Mais le narrateur ne joue-t-il pas sur ce leurre pour attiser la compassion ?

Une lecture à double entrée, car le narrateur, au lieu de suivre cette femme et ses compagnes dans leur fuite, pourrait être un journaliste ou un écrivain rédigeant un article loin des zones décrites, tranquillement installé dans son fauteuil. L'art de décrire sans se déplacer comme l'avait dénoncé Jean Yanne au début du film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

 

Réussir une séparation est une histoire onirique, émouvante et effrayante à la fois. Un couple, Ma Princesse et Chéri, et leurs deux enfants. Au début tout allait bien entre Ma Princesse et Chéri, mais aujourd'hui, le regard n'est plus le même. Les relations non plus. La tension s'est installée entre eux deux et chacun fait comme si de rien n'était. Ils se préparent à partir, chacun emmenant un gosse dans un sac accroché au dos. Ils sont armés et se dirigent vers la ville haute, eux les habitants de la ville basse.

 

La grande sortie du dimanche met en scène Alias, réfugié avec son copain dans un immeuble délabré prêt à s'effondrer. Alias boit du vin, quitte à se perforer les entrailles, mais comme il n'y a plus guère de nourriture, il faut se contenter que ce qu'il y a. Il donne à boire aussi à des pigeons qui viennent sur le rebord de la fenêtre, principalement l'Empereur. Et comme tous les dimanches, Alias photographie les mouvements de cars dans la rue, la sortie du centre d'hébergement, les gens taiseux qui s'agglutinent dans les cars jaunes, les jeunes une peluche en bandoulière, heureux de vivre apparemment, dans un car vert. Et Alias photographie, comme tous les dimanches le départ vers ailleurs.

 

Dans la nuit, une pierre blanche, que fixe la narratrice. Elle se souvient de ses quatre ans, des nuits couchée dans la paillotte près de sa mère, son père veillant ou faisant semblant de dormir. De ses repas constitués d'insectes. De ce camp d'internement.

 

Quatre textes qui possèdent en points communs la fuite, la guerre civile, l'incarcération, l'exclusion, les enfants. Des textes forts, puissants, loin d'un marivaudage guilleret. Des textes ancrés dans une réalité qui se déroule, là-bas, dans des contrées que l'on ne connait pas, dont on a entendu parler, des exactions, des remises à niveau, la famine, la peur, la violence. Cela pourrait se dérouler hier, aujourd'hui ou demain, dans des pays qui ont pour nom exotique Corée, Cambodge, Somalie, Kosovo, Afrique du Sud...

Jan Thirion écrit (écrivait devrais-je dire mais ses textes sont toujours vivants même s'ils traitent de la mort) comme s'il expulse une obsession prégnante afin d'atteindre la sérénité, apportant un témoignage qui se veut l'espérance d'une vie meilleure en dénonçant des actes de barbarie. Pour autant Jan Thirion ne se délecte pas de la violence qui peut se dégager de ses nouvelles, il la dévoile pudiquement, il la suggère, il l'enrobe d'un humanisme non feint.

 

Sommaire :

Le voyage à dos de cailloux

L'enfant couché à l'aller, au retour

Lac noir

Les échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La grande sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille, auxiliaire de vie

La grande déculottée

 

Quelques nouvelles publiées chez Ska et reprises dans cet opus :

Et pour commander cet ouvrage, une seule adresse :

Jan THIRION : La compil. Nouvelles. Collection Noire Soeur. Editions SKA. Parution avril 2017. 410 pages. 6,99€.

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 08:57

Comme les candidats à l'élection présidentielle ?

Dick FRANCIS : A couteaux tirés

Le jeune réalisateur, Thomas Lyon, en tournage à Newmarket, la Mecque anglaise des courses hippiques, rend visite à son vieil ami Valentine, un ancien maréchal-ferrant atteint d’un cancer. Valentine vit avec sa sœur Dorothea. Il s’accuse d’avoir tué le « môme de Cornouailles » et déclare qu’il a confié le couteau à Derry. Lyon pense que le moribond délire. Valentine décédé, Paul, le fils de Dorothea, veut s’approprier les livres et dossiers que le vieil homme a légués au réalisateur.

Lyon continue le tournage du film, modifiant le scénario malgré Howard, le scénariste et romancier réputé. Il s’agit de la transposition d’un fait divers vieux de vingt-six ans. Un jeune entraîneur, Jackson Wells, a été soupçonné de la mort de Sonia, sa femme, retrouvée pendue. Thèse retenue, le suicide. Selon des rumeurs il couchait avec sa belle-sœur plus âgée. Sa culpabilité n’a pas été prouvée mais sa carrière en a pâtit.

Un entrefilet parait dans un journal à scandales et accuse Lyon de tous les maux. Howard avoue s’être laissé aller à des confidences mal interprétées auprès d’Alison, la nièce de Sonia, et qu’elle est à l’origine de l’article diffamatoire. L’esprit de corps prévaut. Nash, la vedette masculine du film, O’Hara, le producteur et Lyon se serrent les coudes et le tournage peut continuer. Pour Jackson, le livre et le film ne sont qu’histoire ancienne. L’entraîneur est remarié et a une fille de dix-huit ans, Lucy. Lyon les invite à participer au tournage.

Dorothea est agressée et laissée entre la vie et la mort. La maison est sens dessus dessous et les livres ont disparu. La doublure de Nash reçoit un coup de couteau. Lyon poursuit l’individu qui perd son arme. Le cinéaste la récupère et la remet aux policiers. Des messages anonymes invitent Lyon à arrêter le tournage sous peine de mort. Dorothea est soignée à l’hôpital et malgré Paul, un homme, imbu de lui-même, Lyon lui rend visite. Elle lui apprend que les livres ont été confiés à un jeune garagiste du voisinage.

Alison, Rodbury son frère, qui ont tous deux à peu près l’âge qu’aurait eu Sonia, et Audrey, leur mère dont le mari a vu sa carrière politique suspendue suite au scandale Jackson, viennent sur le tournage malgré leur aversion pour la version filmée du drame familial. Malgré les gilets rembourrés que Lyon a enfilés et les précautions prises, il est blessé d’un coup de couteau. Il est soigné par le docteur Gill, le médecin de Valentine et Dorothea. Paul apercevant l’arme blêmit.

Lyon récupère son héritage et demande à Lucy de l’aider à classer les documents. Le toubib lui annonce qu’un des spécialistes en armes blanches se nomme Derry et que Paul a été assassiné. Derry, quoique réticent, montre à Lyon sa collection d’armes dont une, forgée par Valentine. Il glisse dans la conversation que l’impuissance et de l’autoérotisme intéressaient fort le vieil homme.

Bien que la toile de fond des ouvrages de Dick Francis soit toujours les chevaux et les courses hippiques, les intrigues sont à chaque fois soignées et différentes.

L’on ne peut reprocher à l’auteur d’utiliser ce qu’il connaît bien et il apporte régulièrement une trouvaille, des situations nouvelles qui ne manquent ni de charme, ni de piquant.

Le monde du cinéma et de l’hippisme est décrit avec finesse et justesse, du moins pour l’amateur. Quant au mobile du drame qui s’était déroulé vingt six ans auparavant, il coupe… le souffle.

 

Réédition Grands Détectives N°2983. Editions 10/18. Parution septembre 1998. 322 pages.

Réédition Grands Détectives N°2983. Editions 10/18. Parution septembre 1998. 322 pages.

Dick FRANCIS : A couteaux tirés (Wild Horses - 1975. Traduction d'Evelyne Châtelain). Collection Suspense. Editions Calmann-Lévy. Parution avril 1996. 322 pages.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 04:56

A la pêche aux moules, moules, moules...

Daniel CARIO : Trois femmes en noir.

C'est ce que pourrait chanter Chim, s'il n'était autant perturbé par sa découverte sur l'estran, et s'il n'était allé ramasser des palourdes. Il a remonté vite fait la falaise et il rentre chez lui, assez vite mais pas trop pour ne pas se faire remarquer, en marmonnant, geignant, traînant la jambe s'étant foulé la cheville dans sa précipitation à escalader les rochers. Et comme il habite non loin de la gendarmerie, il préfère se réfugier dans un bosquet.

Ce que fuit Chim, abréviation de Joachim, en ce mois de mai 1990, c'est juste un cadavre de jeune femme dont les dessous ont été retroussés. Et ce n'est pas parce qu'elle fut révolutionnaire, qu'elle est sans culotte, mais parce qu'elle a été violée. Guitte et Fanch, deux vieilles pêcheuses de palourdes parties elles-aussi à la cueillette, s'en rendent compte immédiatement et tandis que l'une reste à garder la morte, dès fois qu'il lui prendrait l'envie de décamper, l'autre prévient immédiatement la gendarmerie représentée par l'adjudant Derval.

Près de la défunte, repose le matériel de pêche de Chim, ce qui n'incrimine pas forcément le grand adolescent simplet de vingt-cinq ans qui serait incapable de faire du mal à qui que ce soit, pas même à une mouche. Près du cadavre, une croix a été tracée dans le sable, et des galets ont été posés comme pour écrire un nom, ou ce qui y ressemble. Un L, un O puis un U, l'esquisse d'un I et elle tient encore dans sa main un autre caillou n'ayant pas eu le temps de terminer son inscription.

La victime se nomme Eugénie, une gamine un peu bizarre selon les dires, qui avait des courants d'air dans le clocher, ce qui ne l'empêchait pas de travailler au musée de la Compagnie des Indes, installé dans la Citadelle, au ménage et parfois comme guide. Elle était attirée par toutes les beautés que le musée recèle, notamment une sculpture en buste de la reine Li.

Chim et Eugénie étaient souvent ensemble, main dans la main, deux gamins perturbés dans un monde d'adultes. Et pour tous les habitants de Port-Louis, port de pêche calé dans la rade de Lorient, Chim ne peut être l'agresseur. Simplet mais pas agressif et surtout trop respectueux d'Eugénie, son amie Eugénie.

L'inscription dans le sable pourrait correspondre au prénom Louis, un nom propre commun dans la région, mais la croix amène à penser qu'il pourrait s'agir d'un bateau, plus précisément le Saint-Louis. Or à bord du Saint-Louis, parti comme les autres navires pêcher, le patron et ses deux marins se prénomment Louis. Loeiz, Lili et P'tit Louis. L'un des trois serait-il le violeur, ou les trois, allez savoir.

Les gendarmes, Derval en tête, font leur enquête auprès des trois femmes de marin. Mauricette, la mère de Loeiz, une veuve, Rozenn, la femme de Lili qui tient un bar et Lucie, la jeune sœur de P'tit Louis ne se laissent pas abattre. Seulement, Rozenn, qui d'habitude est en communication radio avec le Saint-Louis ne parvient pas à établir de liaison avec le chalutier. Le Saint-Louis ne répond pas. Et ne rentre pas au port tandis que les autres bâtiments de pêche regagnent le havre leurs filets de pleins de poisson. Personne n'a vu, ni de près ni de loin le Saint-Louis.

Toutes les suppositions, même les plus folles, sont avancées. Et si le Saint-Louis s'était réfugié dans un autre pays, échappant aux recherches ? Mauricette, Rozenn et Lucie ne veulent pas baisser les bras. Cependant dans la commune les langues commencent à se délier. Des rumeurs traînent, alimentées par un ivrogne, Donias, qui insinue, sans preuve, des allégations de son cru, désobligeantes, méchantes, ressassant une vieille affaire au cours de laquelle il a joué un rôle infect.

 

Plus qu'un roman policier, Trois femmes en noir est une étude de mœurs. Colportages de rumeurs, déductions hâtives, conclusions erronées, malveillance, méchanceté, jalousie, s'enfilent comme le vent d'hiver dans les ruelles et ne sont guère faciles à canaliser.

Le combat de trois femmes contre l'adversité, contre les insinuations malsaines, afin de préserver l'honneur de leur fils, mari ou frère, assertions qui pourraient également leur porter préjudice dans leur vie quotidienne et rejaillir sur leur notoriété, leur probité, leur renom et pourquoi pas sur d'autres représentants d'une profession déjà malmenée.

L'enquête se déroule dans une ambiance délétère, parfois confinant au sordide, mais l'épilogue est bien amené.

Le lecteur peut se sentir en empathie envers les trois femmes, mais également envers Chim le simplet qui se trouve frappé de plein fouet non seulement par l'accusation de meurtre parce qu'il pense que tout le monde le croit coupable, mais aussi par la mort de celle qui fut son amie en toute candeur. Par ricochet, la sympathie se transpose également sur Eugénie, victime innocente des pulsions d'un individu dont on ne connaîtra qu'à la fin l'identité mais qui est évoqué toutefois dans le roman. Et le lecteur ne pourra que s'indigner quand Donias jette ses insinuations à la cantonade, comme ça, l'air de rien, sachant que ses paroles sont comme autant de coups de poignard dans le dos.

Daniel Cario sait préserver le suspense, ne dévoilant le coupable que lorsque l'enquête touche à sa fin.

Un univers et des petites gens qui n'auraient pas déplu à Simenon et à son commissaire Maigret.

 

Daniel CARIO : Trois femmes en noir. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 16 mars 2017. 432 pages. 20,0€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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