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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:06

Ne le restera pas longtemps, quoi que...

Jean-François PAROT : L'inconnu du pont Notre-Dame.

L'affaire du collier de la Reine, dans laquelle est impliqué le cardinal de Rohan, n'a pas fini de faire des vagues lesquelles se prolongent jusqu'au Vatican. Nicolas Le Floch, commissaire aux affaires extraordinaires au Châtelet a même dû effectuer un voyage à Rome, rencontrer le pape Pie VI, afin de représenter diplomatiquement le roi Louis XVI. Le cardinal Bernis en profite pour lui remettre deux médailles, destinées l'une à madame Louise, la prieure du Carmel de Saint-Denis, l'autre à une personne qui est chère à Le Floch, marquis de Ranreuil. Ce qui ne manque pas de le plonger dans de profondes conjectures.

De retour à Paris, Nicolas Le Floch est invité à se rendre à une réception organisée par le Duc de Dorset, ambassadeur de la couronne d'Angleterre à Paris. Il y retrouve, outre un personnage dont il se méfie, Lord Aschbury, le chef des Services secrets anglais, le vieux Lord Charwel, lequel est accompagné de sa femme. Le Floch est estomaqué car il reconnait en la charmante épouse Antoinette, dite La Satin, agent du Secret français à Londres, et mère de son fils Louis de Ranreuil. Heureusement Antoinette, qu'il n'avait pas revue depuis des années, ne bronche pas. Elle est devenue plus flegmatique que les représentants de la perfide Albion.

 

Le lendemain, 16 mai 1786, il se rend à la Bibliothèque du Roi, dirigée par Le Noir, son ancien supérieur au Châtelet qui depuis est devenu bibliothécaire du roi. Le Noir déplore la disparition de Halluin, le conservateur au cabinet des médailles, depuis quelques jours. Mais aucun vol ne serait enregistré, apparemment. En compagnie de son subordonné et ami, l'inspecteur Bourdeau, Le Foch va s'atteler à la tâche, mais il doit partager son temps avec d'autres affaires qui le requièrent.

Toutefois il se rend en compagnie de son adjoint au domicile du garde des médailles. Et si l'appartement est fort bien rangé, il comporte quelques anomalies. Dans la penderie sont accrochés des vêtements féminins, et des pots de parfumerie et de soin de la peau sont visibles. La portière, causante comme une concierge mal lunée, ne tarit pas d'invectives envers son locataire, ainsi qu'à l'encontre d'un barbier, le merlan comme elle l'appelle, qui lui rend visite de temps à autre. Pour Nicolas Le Floch et son compère, Halluin est un personnage ambigu dont il serait bon d'approfondir la personnalité.

 

Le transfert des inhumés au cimetière des Innocents agite la populace, tandis que la démolition des maisons érigées sur le pont Notre-Dame est entamée au grand dam de nombreux Parisiens. Or le cadavre d'une femme vient d'être découvert dans les ruines du troisième étage d'une de ces habitations. Le Floch et Bourdeau se précipitent. Le visage de la femme est écrasé et donc inidentifiable, seulement, après vérification par Sanson, le bureau qui fait office également de légiste, cette femme est un homme. De plus cet individu n'a pas été trucidé, poignardé sur place mais il a été transporté. Dans une doublure de ses vêtements gît une facture relative à des pots d'onguent, comme ceux découvert chez d'Halluin.

Comme si les choses n'étaient déjà pas assez compliquées comme ça, Sartine, ancien lieutenant général de police et ancien ministre, demande à ce que Louis de Ranreuil, le fils de Nicolas Le Floch, serve de garde rapprochée à Antoinette Godelet, devenue Charwel, la Satin (le S est important !), une mission pour le moins délicate, car comment se déroulera l'entrevue entre la mère et le fils, sans que chacun des personnes mises en présence l'une de l'autre ne dévoile leur parenté. Antoinette serait à même de déjouer un projet visant Louis XVI et la royauté en général. Une guerre larvée et diplomatique qui serait préjudiciable à la France.

 

Une médaille à la Méduse réapparait inopinément et c'est ainsi que Le Floch, Bourdeau et Le Noir se rendent compte que celle enfermée dans une vitrine du cabinet des médailles, n'est qu'un faux, une reproduction en cire, parfaitement imitée. Une médaille convoitée par la Reine afin d'orner un meuble. Et des plans des Champs Elysées sont retrouvés de-ci de-là, mais pour le moment il leur est impossible de comprendre leur signification même auprès de Federici, le gardien de cette promenade possédant une mauvaise réputation malgré les efforts consentis pour son aménagement.

 

Les investigations de Le Floch le mèneront dans un Paris qui sans être comparable à la cour des Miracles est le fief des receleurs et des maisons de jeu, jusqu'en rade de Cherbourg que Louis XVI doit visiter, un projet qui ne doit pas tomber à l'eau.

 

Les intrigues de cour sont le terreau des romans historiques, épicés de dangers disséminés aussi bien dans les tréfonds d'une ville soumise à la perdition ainsi qu'au lucre, à la tentation et à la trahison. Les voyous de basse extraction côtoient les bourgeois et gentilshommes, dont les buts sont différents mais complémentaires.

Et dans ces arcanes qui passent rapidement de la lumière à l'obscurité, Le Floch va devoir naviguer pour mener à bien son enquête qui est rongée par la révélation étonnante et surprenante de sa naissance. Le tout est enrobé d'un voile de complots et d'intrigues de cour et de basse-cour, comme Dumas (et ses complices) savait si bien les écrire et les mettre en scène. D'ailleurs les références à Dumas ne manquent pas, ne serait-ce que cette appétence à décrire les banquets et les recettes de cuisine, dont certaines rapportées d'Italie par Le Floch. Les drames couvent, et des pointes d'humour surgissent, comme par exemple l'entrevue entre La Paulet, tenancière de maison dite close mais ouverte à toutes les bourses, et devineresse au langage fleuri et approximatif.

Et comme dans le roman de Jean-Christophe Portes, L'affaire des Corps sans tête, Jean-François Parot nous présente en Louis XVI un roi différent de celui qui était décrit dans les manuels d'histoire scolaires, pour autant que je m'en souvienne. Ce n'est pas à un roi fade, sans réelle envergure auquel le lecteur est confronté mais à un personnage qui réfléchit, ne dépense pas sans compter, et dont les projets, s'ils avaient pu être menés à bien, auraient pu en faire un monarque influent et considéré. Mais comme toujours, c'est son entourage qui entrava ses velléités de réformes.

 

Jean-François PAROT : L'inconnu du pont Notre-Dame. Les enquêtes de Nicolas Le Floch. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 14 octobre 2015. 448 pages. 19,00€.

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 13:22
Pierre FORT : Le mec à l'eau de la Générale.

Le Poulpe se mouille !

Pierre FORT : Le mec à l'eau de la Générale.

Le Poulpe s’intéresse de près à la mort supposée accidentelle d’un toubib, fondateur de Médecins des Hommes et qui depuis quelque temps s’était retiré pour exercer son art dans les Alpes, non loin de Grenoble.

L’homme vivait dans un petit village et menait le combat avec les écolos contre la construction d’un barrage dans un site protégé ou encore contre les intégristes anti IVG.

Il avait reçu des lettres de menace, des inconnus avaient tagué des inscriptions stigmatisant l’avortement, mais de là à le supprimer...

Pourtant Gabriel possède la conviction intime qu’il s’agit bien d’un meurtre. L’enquête va déboucher sur des magouilles politico financières, des pots de vin pour des seaux d’eau minérale.

Or chacun sait que l’eau est très difficile à digérer (d’ailleurs ne dit-on pas que l’eau bue éclate ! ), et le Poulpe a intérêt à ménager ses os.

 

Toute ressemblance avec des affaires ou des personnages ayant existé est évidemment fortuite et Pierre Fort fait œuvre de fiction, cela va de soi.

Un bon Poulpe, mené avec un certain humour, dont le livre de chevet est un ouvrage de Pierre Desproges, et qui égratigne par ci, par là.

La télévision, exemple :

 « je suis journaliste, pas présentateur TV ! »

ou encore

« ... des infos qui n’étaient jamais passées à vingt heures dans les émissions de variétés encore appelées journaux télévisés par nostalgie »,

enfin la petite dernière

« Autant chercher une lueur d’intelligence dans l’œil d’un animateur de TF1 ».

C’est pas moi qui l’écrit, c’est Pierre Fort, et entre nous, il a raison.

 

Pierre FORT : Le mec à l'eau de la Générale. Le Poulpe N°148. Editions Baleine. Parution janvier 1999. 182 pages. 8,00€.

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 10:58

Angoisse, mystère et suspense...

Georges-Jean ARNAUD : Une si longue angoisse.

Après avoir rédigé de très nombreux volumes pour la série La Compagnie des Glaces, la plus grande saga de science-fiction écrite par un romancier français, série parue dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, et un admirable roman récit inspiré de la vie de son grand-père dans Les moulins à nuages, chez Calmann-Lévy, Georges-Jean Arnaud revenait au roman policier avec Une si longue angoisse.

Fidèle à lui-même, Arnaud a écrit un roman intimiste, de mystère de suspense.

Répondant à la convocation de leur sœur aînée, Patricia, Romain, Julien et Odile accompagnés de leurs compagnes ou compagnons respectifs, vont se réunir pour la première fois depuis des années.

Le motif de cette réunion familiale consiste en l'avenir de la maison, du parc et de l'usine désaffectée, héritage de leurs parents. Doivent-ils et peuvent-ils vendre cette immense demeure ainsi que ses dépendances à une société immobilière qui se chargera de tout démolir et de faire construire à la place des appartements ?

Mais un doute place sur cette maison. Lors d'une boum, un crime y a-t-il été commis ? Et si oui, Noël, leur frère débile, en a-t-il été l'auteur ? Mais alors qu'est devenu le corps ? Et qu'adviendra-t-il si au cours des travaux des ouvriers le découvrent ?

 

Ce roman est construit comme un huis-clos, avec des personnages qui réagissent différemment selon leur sensibilité, leur appartenance à la famille, selon qu'ils se sentent concernés ou non.

L'on retrouve les thèmes chers à Georges-Jean Arnaud, la maison-piège et la tribu, le clan constitué entre frères et sœurs.

Mais ce clan est-il réellement soudé ? Patricia aimerait le croire, et en même temps soupçonne un peu tout le monde d'un crime hypothétique. Plane sur le groupe une pénible sensation de doute, d'inquisition, de méfiance qui met les nerfs à vif.

Une angoisse sourde qui étreint les participants de cette réunion familiale à quelques jours de Noël, une angoisse qui est savamment distillée par un grand maître de la littérature populaire.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:57

Les animaux sont moins bêtes

que certains humains...

BOILEAU-NARCEJAC : Le contrat.

Avant d'être tueur à gages, G. se produisait dans les cirques, les music-halls, et autres endroits où le spectacle est roi.

Un as de la gâchette dont le talent était par vraiment trop mal payé, mal reconnu, mal récompensé.

Jusqu'au jour où Monsieur Louis le remarque et l'engage afin d'éliminer ceux qui pourraient être une entrave à la réalisation de certains de ses projets.

G. ne s'est jamais posé la question quand au bien fondé de ces contrats. Pourtant une vie bien rangée, bien agencée, paisible en apparence, n'est jamais à l'abri d'un quelconque dérèglement.

Ce grain de sable va se matérialiser dans l'existence de G. sous la forme d'un attentat auquel il participe en tant que témoin et non comme auteur. Puis il est sollicité pour un contrat en province, dans la cité thermale de Châtelguyon. Une main légèrement défaillante et G., s'il remplit son contrat, n'est pourtant pas fier. Il a blessé un chien, un chien-loup.

Et cet homme qui n'avait aucun scrupule, aucun remord, dans l'exercice de ses fonctions, va recueillir cette bête à laquelle il s'attache.

C'est le début d'une traque et d'une amitié.

Monsieur Louis ne peut se permettre de laisser G. en vie alors qu'une enquête de routine peut démolir toute une organisation.

 

Boileau-Narcejac nous livrent une fois de plus un admirable roman de suspense, mais également une histoire d'amour entre un homme et un chien. Un homme qui n'a jamais connu l'amour, ou passagèrement, et qui se découvre un potentiel de tendresse, un besoin de prodiguer sa protection envers un animal blessé par sa faute.

Thomas Narcejac aime la littérature, et dans le roman policier ce qu'il préfère, c'est le roman d'énigme. Et comme on dit, le roman noir n'est vraiment pas sa tasse de thé. Chacun sa façon de voir et d'apprécier une littérature qui reflète souvent les angoisses, les problèmes ressentis par toute une génération déboussolée.

Mais comme monsieur Jourdain s'exprimait en prose sans le savoir, Thomas Narcejac, avec son compère Pierre Boileau, vient pourtant d'écrire un véritable roman noir.

Plus que l'intrigue, un peu faible à mon avis, ce sont les angoisses, la tendresse, la souffrance, les joies qui relient cet homme et son chien, face à des adversaires qui n'ont qu'une solution, les éliminer.

Et mon tout est un roman poignant. Une communion entre deux êtres solitaires s'instaure, une communion de pensée, une communion de sentiments.

 

Première édition : Editions Denoël. Parution octobre 1988. 192 pages.

Première édition : Editions Denoël. Parution octobre 1988. 192 pages.

Réédition Collection Folio N°2180. Parution 12 septembre 1990. 224 pages. 6,40€.

Réédition Collection Folio N°2180. Parution 12 septembre 1990. 224 pages. 6,40€.

BOILEAU-NARCEJAC : Le contrat. Réédition collection Folio Policier N°782. Parution 13 novembre 2015. 208 pages. 6,40€.

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 15:19

Chicago sur Rhône...

François JOLY : Chicagone.

Jordi, le neveu de Pedro, a été assassiné dans la banlieue lyonnaise.

Le vieil anarchiste, fabriquant de faux passeports pour le Poulpe, pense tout de suite à alerter son ami. Ce n'est pas le premier assassinat, ni le premier faux-suicide qui se déroule dans cette banlieue chaude.

Le Poulpe ne se pose pas de question. C'est l'amitié qui prime, et s'il ne se sent pas la vocation d'un détective privé, il s'érige en redresseur de torts populaire, en justicier libertaire.

Après avoir épluché les notes amassées par Pédro, analysé les coupures de journaux, il se rend à Vénissieux, à Saint Priest, et commence une quête parmi la faune locale dont la principale occupation est de pointer au chômage. Au commissariat local, il ne glane que des broutilles, même si l'un des inspecteurs semble vouloir lui laisser la bride lâche.

Les responsables ou animateurs des Maisons de la Culture qu'il rencontre ne lui sont en général pas de grand secours. Pourtant des malabars, surnommés les frères Karamasov se dressent sur son chemin. Bientôt il se rend compte qu'il s'agit de deux sortes d'assassinats, et donc qu'il pourrait y avoir deux assassins potentiels.

 

Bien ficelé, comme un saucisson de Lyon, ce roman permet à François Joly d'exprimer une certaine colère envers des pratiques qui vont à l'encontre du but recherché.

Ainsi de la façon de procéder de la part du gouvernement ou des instances régionales qui prônent le sport mais oublient de distribuer les subsides promis; dans la façon même de gérer les Maisons de la Culture et de la vocation ou de l'aptitude de leurs éducateurs et directeurs; de la condition féminine des adolescentes, principalement celles qu'on appelle les beurettes, dans des banlieues surpeuplées et déshéritées...

Tapie en prend plein son grade et il n'est pas le seul. Au delà d'une nouvelle aventure du Poulpe, il s'agit de procéder à une analyse sociale, et François Joly y réussit avec malheureusement aucun remède à proposer. Mais après tout ce n'est pas son rôle, c'est celui des politiciens qui pensent plus à leur destin qu'à celui de leurs concitoyens.

 

François JOLY : Chicagone. Le Poulpe N°34. Editions Baleine. Parution 15 octobre 1996. 168 pages. 8,00€.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 13:49

Las de t'attendre dans la rue

J'ai lancé deux petits pavés

BOILEAU-NARCEJAC : Les Nocturnes.

Mai 1968. Les étudiants jouent allègrement avec les CRS et les gardes mobiles, leur balançant de petits cadeaux sous forme de pavés.

C'est le printemps, l'hiver a été long, les études sont fastidieuses, tout est bon pour trouver prétexte à se défouler.

De petits incidents sont bien à déplorer, et dans les rangs des deux équipes quelques blessés sont à dénombrer, mais cela fait partie des aléas, des risques inhérents à toute action légèrement agressive et virile.

C'est ainsi que Lamireau est amené à soigner Tamara blessée au pied. Lamireau, étudiant en médecine, fils d'ouvriers tirant le diable par la queue, est devenu communiste plus par le cœur, par révolte, que par connaissance de l'idéologie. En réalité, c'est un aspirant bourgeois. Mais la rencontre avec la jeune femme va sceller son destin.

Tel le loup de Tex Avery, il n'a d'yeux que pour cette envoyée du KGB, en mission en France, et, tombé amoureux, il se livrera pieds et poings liés en victime consentante. Il accepte de changer de nom, de s'improviser docteur, de diriger une clinique privée à Vichy dont les patients sont des artistes, des intellectuels, des industriels. Son rôle ? Epier et rédiger des rapports.

Vingt ans après, devenu le docteur Molyneux, il est recherché par la police. Il se cloître dans une chambre d'hôtel. Dans la chambre contigüe deux hommes surveillent ses allées et venues. Mais un homme traqué n'est pas forcément en proie à la panique, dénué de toute réflexion, de tout sang-froid. Il en est persuadé.

Alors il épie lui aussi ses voisins, par de petits trous dissimulés dans la cloison, œuvre d'un voyeur en quête de sensations fortes. Pour soulager sa conscience et expliquer ses faits et gestes, se déculpabiliser à ses propres yeux, Lamireau relate dans un cahier d'écolier son parcours d'agent secret, de taupe recrutée par Tamara, dont il n'a pas de nouvelles depuis fort longtemps.

 

Dans ce roman, Thomas Narcejac, qui garde par fidélité et par amitié le nom conjoint de Boileau-Narcejac, nous entraîne une fois de plus dans un suspense psychologique.

Une histoire à mi-parcours entre le thriller politique et la fiction psychanalytique. Lamireau est-il atteint de paranoïa, d'un délire de la persécution, ou bien, malgré le début de l'effondrement de régime de l'Est, est-il poursuivi par des agents du KGB dont la seule mission est de le soustraire à la justice française en le faisant disparaître de la circulation ?

Une spirale infernale à la limite du fantastique et du croyable. Pourtant tout y est minutieusement agencé, comme chronométré, et l'épilogue tombe comme un couperet.

 

Première édition : Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 janvier 1992. 192 pages.

Première édition : Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 janvier 1992. 192 pages.

BOILEAU-NARCEJAC : Les Nocturnes. Editions Folio. Collection Policier N°783. 192 pages. Parution 13 novembre 2015. 6,40€.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 09:20

Un philosophe, c'est un peu un détective

de la pensée?

Didier DAENINCKX : Nazis dans le métro.

C'est ce qu'affirme Gilbert Gache, professeur de philosophie, à Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe, lequel enquête sur la bastonnade dont a été victime l'un de ses écrivains favoris, André Sloga.

Depuis Sloga gît dans le coma à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. Et si Le Poulpe réfute l'appellation de détective privé et encore plus celle de justicier, il accepte d'endosser cette étiquette pour la bonne cause. D'ailleurs il avoue à un journaliste, rédacteur en chef de la Voix du Marais, à Fontenay le Comte, s'être embauché lui-même. Lequel lui rétorque avec emphase et peut-être un brin de nostalgie Détective privé, mais c'est le rêve de tout journaliste qui se respecte.

Le Poulpe n'a pas besoin d'encouragements pour mener à bien la mission dont il s'est investi.

André Sloga, 78 ans, a été laissé pour mort dans un parking souterrain, et Le Poulpe n'accepte pas que celui qu'il considère comme l'un romanciers majeurs de sa génération, même s'il n'a pas été reconnu comme tel à cause sans aucun doute de ses tendances anar pacifiste, ne soit pas vengé.

Il lui rend visite mais le vieil homme ne sait que murmurer Max, le banc, le haut-parleur de la place. Une litanie lancinante qui laisse perplexe Le Poulpe.

Il se rend au domicile du blessé et trouve dans ses affaires un manuscrit inachevé ainsi qu'un ouvrage antisémite. C'est surtout ce dernier point qui intrigue le Poulpe car Sloga n'était pas franchement adepte de l'extrême-droite.

Un détour dans le marais poitevin, la promiscuité avec les néo-nazis et d'ex-gauchos, pour Le Poulpe la fange est partout et surtout là où on ne l'attend pas.

 

Didier Daeninckx apporte à sa manière sa pierre à la construction de la saga du Poulpe, et ce n'est pas la plus fragile.

Ancien journaliste, se conduisant en détective, Didier Daeninckx ne se contente pas d'écrire une histoire. Il jette le pavé dans la mare. Mais ce roman est aussi un hommage discret à Jean Amila, dont le parcours ressembla à celui de Sloga.

Réédition. Librio N° 222. Parution 1999 et 2005.

Réédition. Librio N° 222. Parution 1999 et 2005.

Réédition Folio.176 pages. Parution janvier 2007. 6,40€.

Réédition Folio.176 pages. Parution janvier 2007. 6,40€.

Didier DAENINCKX : Nazis dans le métro. Coll. Le Poulpe N°7, éditions Baleine. 164 pages.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:41

Mais il y eut aussi les braves gars de la rade !

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest.

Imaginez que vous entrez dans une salle de réunion? De petits groupes de quelques personnes bavardent, discutent, conversent. Vous vous approchez de l'un puis de l'autre, essayant de comprendre les propos échangés, mais tout cela vous parait fort confus.

Puis à un certain moment vous prenez en oreille un fil auquel vous vous raccrochez. Vous tirez doucement dessus et ce lien ténu en ramène d'autres, comme une dentelle, comme un filet de pêche, une nasse grouillante et vous parvenez enfin à relier tout ce puzzle qui joue avec le temps. Des événements qui se déroulent pour certains à partir de la fin octobre 2011 à Brest et ses environs, pour d'autres en octobre 1943 dans la prison Jacques Cartier de Rennes.

 

Dans un coin, des personnes évoquent la mort de la veuve Le Moign, riche héritière d'un élevage porcin industriel et d'une conserverie de pâtés fort prisés. Elle est décédée dans l'incendie de sa villa de Plougonvelin, seulement à l'autopsie il est démontré qu'elle possède dans le corps un plomb impropre à la consommation. Il s'agit d'une balle provenant selon toute vraisemblance d'une arme ancienne et étrangère. L'affaire est confiée au capitaine Gourmelon, de la gendarmerie territoriale, ce qui n'arrange vraiment pas son ex-femme qui pense qu'il a encore trouvé une échappatoire pour se défiler de la garde des gamins. Et comme le garçon a été privilégié par rapport à la fille, les doutes sont permis sur une éventuelle jalousie.

 

Dans un autre endroit, on parle du corps d'un vieil homme a été ramené dans ses hélices. Un vieil homme âgé de près de soixante-dix ans selon les premières constatations. L'homme était atteint d'une tumeur en phase terminale au cerveau. Un suicide, apparemment par une balle, seulement la balle proviendrait d'une arme à feu ancienne et étrangère. Et comme il est impossible de retrouver l'arme, là aussi des doutes se forgent dans les neurones de Sahliah Oudjani, lieutenant à la gendarmerie maritime. L'affaire n'avance pas assez vite au goût du juge Salaun. Le cadavre est bientôt identifié, il s'agit d'un ancien responsable de la Fraction armée rouge en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970, début 1980, du nom de Hans Schwitzer, qui a passé une vingtaine d'année en prison et n'a été libéré qu'en 2005.

 

Voyons ce qui se dit ailleurs, dans un autre groupe. Il est question de Maryse Dantec, nouvelle retraitée qui a décidé de reprendre ses études d'histoire, de passer un master II, dont le thème est lié à la Résistance à l'Arsenal de Brest durant la seconde guerre mondiale. Par la même occasion elle veille sur son père hospitalisé à Brest, et qui fut durant quelques décennies maire communiste de la ville de Saint-Denis, l'un des fiefs de la ceinture rouge parisienne.

 

Enfin, dans un coin, cachés dans une pénombre prononcée, des silhouettes plongées dans une opacité entretenue, se remémorent Yves, interné dans la prison Jacques Cartier de Rennes. Des fantômes qui ont pour nom Eliane, Robert-Max, Guermeur, Dantec, Morriss, un employé de la préfecture, un nommé Mercier qui fricote avec les Nazis qui tiennent Brest, et le patronyme de Trotski qui flotte comme un étendard, des phrases qui circulent emportées par le vent, La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire, des probabilités avancées, le basculement possible des staliniens, choisir entre une idéologie ou des représentants de la bourgeoisie, Churchill, De Gaulle, des problèmes de conscience, des trahisons...

 

Peu à peu les groupes du capitaine Gourmelon et du lieutenant Oudjani se rapprochent insensiblement, car il est indiscutable que les deux affaires qu'ils ont en charge sont liés.

 

Des souvenirs segmentés, comme incomplets...un lien ténu entre hier et aujourd'hui, qui tire dans sa nasse la bêtise humaine, séculaire, l'aveuglement de quelques dogmatiques qui pensent détenir la vérité, et qui conduisent aux meurtres via une lâcheté stupide et dégénérée. L'histoire se répète, pas toujours dans les mêmes circonstances, pas toujours au même endroit, mais l'on ne peut nier quelques corrélations entre événements d'hier et ceux d'aujourd'hui, celle d'idéologies malsaines, néfastes ou mal interprétées.

Et comme trois avis valent mieux qu'un je vous invite à visiter les liens ci-dessous :

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 208 pages. 10,90€.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 13:33

Normal pour un romancier qui est également artiste peintre...

Patrick MOSCONI : Nature morte.

David Detmer est chauffeur de taxi à Paris.

Mais un chauffeur de taxi qui travaille quelque peu en dilettante. Etant son propre patron, il peut, si ceux-ci ne lui plaisent pas, refuser des clients. Il habite en solitaire dans un duplex aménagé dans un petit immeuble, au fond d'une cour, protégé des agressions des rues environnantes.

Comme seule compagne, Detmer possède Prune. Une chatte. Enfin, quand je dis possède, c'est faux. C'est Prune qui a adopté Detmer et malgré ses balades nocturnes, elle revient toujours au foyer.

Ce serait une vie paisible pour Detmer et sa féline compagne, si tout cela n'était qu'un trompe-l'œil, une couverture.

Detmer est un tueur professionnel, et réalise de temps en temps ce que l'on appelle un contrat, même si après avoir accompli celui-ci, Detmer est malade, moralement. Ce n'est que lorsqu'il a accepté son travail que Detmer connait l'identité de la future victime. Detmer va se trouver engagé dans un engrenage infernal.

Pradel. Tel est le nom de celui qu'il doit abattre. Pradel. C'était aussi le nom de son capitaine lorsque Detmer effectuait son service militaire en Algérie. Après une courte enquête, Detmer a la confirmation de ce qu'il pressentait. L'homme qu'il doit effacer du monde des vivants n'est autre que le fils de son ex-capitaine.

 

Qui sortira gagnant de cet imbroglio ? Pradel père qui n'a en rien perdu de sa verdeur et de son sens militaire ? Pradel fils, qui malgré ses dénégations, est soupçonné d'espionnage industriel ? Cécile, la compagne de celui-ci et qui va tomber sous le charme de Detmer ? Et qui sont ces barbouzes commandés par un certain Lambert ?

 

Patrick Mosconi inaugurait avec un excellent roman cette nouvelle collection intitulée Collection Noire destinée à remplacer la mythique collection Spécial Police du Fleuve Noir.

Les responsables avaient annoncé que le choix des textes serait effectué avec rigueur, et il n'y avait pas de raison pour que le public désaffecte cette nouvelle production. Les bons textes étaient au rendez-vous pourtant Collection Noire passera la main au bout de dix-neuf titres et à peine dix-huit mois d'existence. Mais la couverture blanche et neutre y est-elle pour quelque chose.

 

Patrick MOSCONI : Nature morte. Collection Noire N°1. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1988.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 14:37

Et pourtant, qu'on soit Noir ou Blanc, le sang est toujours rouge...

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang

A la demande de son ex-beau père, l’avocat Mike O’Leary, Renzler, détective privé qui travaille en dilettante grâce à ses gains au turf, accepte d’enquêter sur le meurtre de Cynthia Vreeland, issue de la « haute », et femme de Dwight Robinson, ex-joueur de base-ball dont la carrière prometteuse a été stoppée net par une sombre histoire de marijuana.

Dwight, un être taciturne, nie ce qui pour beaucoup est l’évidence, se targuant de posséder un alibi mettant en cause une personne qu’il ne peut nommer. Mais les faits ne plaident pas en sa faveur. Cette union entre un Noir et une Blanche reste en travers de la gorge de pas mal de monde. Le père de Cynthia ne cesse de vitupérer contre Dwight, de même que son frère Tommy. Seule Terry, la sœur de la victime professe une certaine sympathie pour le meurtrier présumé.

Anna Paslawski et Warren Shepperd, les voisins du couple, accusent Dwight, reconnaissant que Cynthia avait l’habitude de recevoir des hommes en l’absence de son mari, des Noirs principalement. Mais ils sont formels, c’est Dwight le coupable, même si Shepperd le confond avec son frère Dexter lorsque Renzler lui présente une photo. Une collecte est organisée pour réunir l’argent permettant la libération sous caution de Dwight. Le malheureux prétend que le meurtrier n’est autre que Shake Johnson à qui il devait de l’argent. Mais Johnson, un Noir également, est le meilleur ami de Thomas Vreeland.

En compagnie de son ami Nate, un peintre qui lui doit sa notoriété, Renzler enquête auprès des Vreeland et de leurs proches. Et ce que les deux hommes découvrent n’est guère à l’avantage de cette famille huppée. Winchester, le beau-frère de Vreeland père, brigue un fauteuil de sénateur ; son épouse Melody, se saoule consciencieusement à longueur de journée. Et Renzler met au jour une histoire de corruption immobilière dans laquelle Winchester est impliqué, tout comme Thomas Vreeland. Cynthia, elle, avait des relations incestueuses avec son frère Tommy depuis l’âge de quatorze ans, offrant ses charmes au premier venu, sauf à son mari.

Trop bavarde, Melody avoue avoir été, à l’heure du crime, en compagnie de Dwight. Elle est retrouvée morte, un meurtre maquillé en suicide. Une trace de cirage conduit les deux enquêteurs à soupçonner Becker, un proche de Winchester, qui aime se grimer en Noir en se barbouillant la figure.

 

Au delà de l’histoire plaisante à lire et rondement menée, Paul Engleman brosse un portrait peu flatteur du New-Jersey, de ses habitants et de sa police.

Mais surtout il dénonce les actes d’antiracisme primaires qui empoisonnent la société américaine, et toutes les sociétés en général. Pour tous, à deux ou trois exceptions près, le meurtrier de Cynthia ne peut être que Dwight, puisqu’il est Noir.

Toutes les turpitudes lui sont attribuées, l’argent servant d’œillères. L’argent mais également la jalousie, la malveillance, le racisme, la convoitise, la prétention, le désir d’évoluer dans un monde de nantis, la prévarication.

Mais Paul Engleman ne tombe pas dans les excès, les outrances. Les « bons » et les « méchants » se retrouvent dans les deux races, chacune d’elles possédant sa ou ses brebis galeuses.

 

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang (Murder in Law - 1987. Traduction de Annie Hamel). Polar USA N°50. Parution janvier 1991. 256 pages.

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