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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 13:18

Mais des morts, il y en a tous les jours...

Thomas CERVION : Jour des morts.

Arrivé à la quarantaine, Maxime Servin peut s'estimer heureux.

Sa peinture commence à être reconnue, il est marié avec Simone, qui a dix ans de moins que lui, depuis trois ans, et il vient de réaliser un portrait de son modèle préféré dont il est particulièrement fier. Ils ont quitté Paris où il ne se sentait plus à l'aise et se sont installés à Toulon.

En fin de cette fin de journée du 2 novembre, le Jour des Morts qui ne portera jamais si bien son nom, il convie ses amis Paul et Marcelle Lecomte à venir découvrir sa dernière œuvre en date et à souper. Puis il rentre chez lui pour annoncer la nouvelle à sa femme... qui est absente. Elle a laissé un petit mot lui annonçant qu'elle part rejoindre son amant.

Abattu, Maxime remâche son désespoir lorsque Simone, contre toute attente, rentre à la maison. Maxime est au comble de la joie, il va pouvoir recevoir Paul et Marcelle dans la sérénité retrouvée. Tandis que Simone vaque à ses ablutions, Maxime décide de fumer une pipe. Zut, plus d'allumettes. Simone a bien un briquet dans son sac à main. Au lieu d'aviver sa flamme, son geste l'éteint. Il découvre une lettre adressée à Simone, avec la suscription d'un hôtel et le numéro de chambre.

Le texte est assez éloquent. L'amant, que Simone avait rejeté trois ans auparavant, lui signifie qu'entre eux c'est fini. Elle avait préféré la richesse à l'amour, tant pis pour elle. Aujourd'hui elle est enceinte d'un bâtard, et elle n'a qu'à retrouver son mari. La catastrophe tombe sur la tête de Maxime qui entre dans une rage folle. Il enfonce la tête de Simone dans l'eau du bain, puis lorsqu'il est sûr qu'elle est morte, après une petite mise en scène, il la met dans le coffre de sa voiture et la plonge dans la mer dans le port marchand.

Au revoir Simone.

En rentrant chez lui, Maxime organise une nouvelle fois une petite mise en scène pour l'édification de ses amis. Il enfile quelques cachets de véronal, médicament dont il use de temps à autre afin de trouver le sommeil, juste ce qu'il faut pour tomber dans le néant sans trépasser, et il n'y a plus qu'à attendre. Lorsqu'il sort de son évanouissement, il entouré de Paul et Marcelle, et du toubib. S'invite alors un nouvel invité inattendu, le commissaire Paron. Le corps de sa femme a été repêché dans les eaux du port marchand.

Il faut procéder à la reconnaissance du corps, ce qui n'est pas toujours facile, et laisser le temps filer, avec toutefois une idée en tête. Seulement, à l'autopsie, le légiste démontre qu'il ne s'agissait pas d'une suicide, mais bien d'un meurtre. Les poumons de Simone sont gorgés d'eau douce et non d'eau de mer.

Maxime a mis un doigt dans un engrenage infernal. Il veut retrouver l'amant de sa femme, le tuer et laisser des preuves afin de le désigner comme coupable. Mais le doigt ne suffit pas au destin implacable. Bientôt c'est la main qui est entraînée : un individu a vu Maxime balancer à la baille le corps de Simone. Un maître-chanteur qui grippe la belle mécanique. Ajoutez à cela le cadavre d'un homme que Maxime prend pour l'amant de sa femme, de faux billets et de Marcelle qui s'entiche de Maxime, voilà de quoi passer quelques heures de lecture réjouissante dans une ambiance de suspense psychologique habilement narré.

 

Thomas Cervion, dont c'est l'unique roman publié dans la collection Spécial Police, n'est pas un inconnu des amateurs de littérature policière, puisqu'il fit les beaux jours de la collection Crime Club puis Sueurs Froides chez Denoël sous le nom de Louis C. Thomas.

Le commissaire Paron, joue les seconds rôles car le personnage principal sur lequel l'attention du lecteur se focalise est bien Maxime Servin. Toutefois on pourra reconnaître en Paron une parenté avec Maigret et Columbo, complété avec un zeste de Bourrel. Ce qui n'est pas étonnant, même si Bourrel n'était pas encore le commissaire des Cinq dernières minutes. En effet Louis C. Thomas a signé quelques épisodes de cette série qui était suivie par des millions de téléspectateurs, Raymond Souplex incarnant le fameux commissaire.

Quant à Maxime Servin, son premier réflexe, celui de tuer sa femme, l'entraîne dans une suite d'épisodes tragiques, le noyant inexorablement dans un bourbier inextricable.

 

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Thomas CERVION : Jour des morts. Collection Spécial Police N°41. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1953. 224 pages.

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 13:51

Bon anniversaire à Gilbert Picard, né le

1er novembre 1927.

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire.

Malgré la mise en garde de l’auteur, on ne peut s’empêcher de mettre un nom et un visage sur le personnage de ce roman.

Ses initiales, sa description physique, ses antécédents, ses prises de position et son parcours politique sont précis et transparents. Les événements décrits dans cet ouvrage sont trop proches de ceux relatés par les médias depuis quelques mois (lors de la parution du roman) pour ne pas les superposer aux avatars niçois.

Maire d’une ville florissante de la Côte d’Azur, dont le nom n’est jamais cité, mais ne peut abuser personne, Joël Modane gère sa cité d’une façon paternaliste, confondant ses intérêts avec ceux de sa municipalité. Ses relations affables avec ses concitoyens en font un homme estimé de tous, parfois même idolâtré. Les menus services qu’il rend, pour démagogiques qu’ils soient, forcent la sympathie et la popularité.

Cependant chaque médaille comporte son revers. Celui de Joël Modane se nomme Robert Gallois, gérant d’un supermarché. Gallois ayant refusé de signer un contrat publicitaire avec un journal local dépendant d’une société créée par le maire, celui-ci n’entérine pas la demande d’extension du supermarché, favorisant l’implantation à proximité d’une grande surface concurrente.

Ruiné, Gallois décide de se venger et porte des révélations au Canard enchaîné sur la fortune de Modane qui sent peu à peu s’effriter autour de lui les fondations de son petit empire. Son allié, le préfet, est relevé de ses fonctions, premier d’une série de coups durs pour le maire qui pense déjà à l’exil. Après la Société varoise d’éditions, une autre de ses sociétés est dans le collimateur du président de la Chambre régionale des Comptes : la Sodéfinco, société financière chargée de renégocier les taux d’intérêts des emprunts de la municipalité, et qui aurait versé des commissions à deux autres sociétés dont il est le président.

 

Tribun à la dialectique féroce et à l’éloquence aisée, Modane a tendance parfois à s’emporter, ne se contrôlant plus dans ses déclarations. Habilement décortiquée de son contexte, une de ces phrases se révèle comme une bombe amorcée par les infos régionales puis nationales, mettant en émoi le monde politique.

L’affaire Modane dépasse les frontières françaises et le père de Suzy, banquier scrupuleux, enquête sur les agissements de son gendre et l’implantation de ses sociétés américaines, mettant sa fille en garde. Traqué, Modane se réfugie derrière ce qu’il pense être une porte de secours. Si l’on continue à le persécuter, il se fait fort de dévoiler certaines magouilles de ses adversaires politiques.

Mais, dans l’ombre, Robert Gallois continue d’alimenter en informations la presse satirique. De tous les côtés, les partis politiques lâchent le maire, ne voulant pas être mêlés, de loin ou de près, au cloaque financier dans lequel Modane s’embourbe.

 

 

Le personnage de Modane, que tout un chacun aura reconnu, oscille entre le cynisme et la naïveté.

Persuadé d’avoir œuvré en toute légalité pour l’expansion de sa ville, il s’inscrit en marge des lois. Cet homme est adulé par les humbles qui le reconnaissent comme leur maître et leur dieu. Un mélange de paternalisme et de féodalité.

Gilbert Picard, tout en le montrant souvent sous son plus mauvais jour, lui accorde quelques excuses implicites. D’ailleurs ne fait-il pas dire à Me Lauteri, expliquant la situation à son ami : « On trouvera bien un journaliste, de préférence de la région, qui écrira un livre plutôt complaisant à votre égard. »

 

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire. Collection Saga. Editions Hermé. Parution avril 1991. 294 pages.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 12:59

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux, né le 29 octobre 1958.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux.

Dans une allée située à l'écart des flonflons de la foire du Trône, des skinheads abattent froidement, pour le plaisir, Alvaro Peirera qui s'amusait en compagnie de Yanissa, sa sœur, et de quelques copains, beurs ou fils d'émigrés comme lui.

De l'autre côté du périphérique, à Charençon le Plomb, dans le quartier rupin des Bartavelles, des coups de feu ont été tirés afin de faire diversion. Yanissa s'enfuit dans la nuit.

Le Poulpe, alias Gabriel Lecouvreur, fidèle à ses convictions, se sent investi du devoir de retrouver les coupables. Il se lie avec un clochard, Joël, qui connaît fort bien les lieux et ses habitants. Cendrine, la meilleure amie de Yanissa, lui narre un épisode survenu un an auparavant : deux flics leur ont fait subir des brimades et Yanissa en est restée traumatisée.

Un mystérieux hôtel particulier, situé aux Bartavelles et surveillé par des policiers municipaux, retient l'attention du Poulpe. Il s'agit de Rosciolli, artiste peintre et surtout ami de Cerisay, le maire de Charençon.

Dans un café, refuge des opposants au premier édile de la cité, Gabriel tient une conférence avec des journalistes underground qui dénoncent la gestion du maire et ses prises de position politiques pour le moins contestables.

Le Poulpe a du pain sur la planche, et cela ne lui déplaît pas, lorsqu'il faut courir au devant de la veuve et de l'orphelin, ou châtier les vers qui rongent la société.

 

Sa virulence, sa hargne envers les comportements racistes, sectaires, anti sociaux placés sous le signe de l'intégrisme, Jean Jacques Reboux réussit à la canaliser dans l'écriture.

Il n'accepte pas les débordements de certains démagogues qui brossent dans le sens du poil. Mais comme il n'a pas la faculté de s'exprimer à la télévision, il le fait par romans interposés, se défoulant allègrement, pour la plus grande joie de ses lecteurs.

On ne trouvera surement pas ses livres dans certaines bibliothèques, quelques municipalité se sentant visées, à tort ou à raison, et surement plus à raison qu'à tort, mais tant qu'on peut se les procurer en librairie, ne boudons pas notre plaisir.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux. Le Poulpe N°12, Editions Baleine. Parution septembre 1998. 196 pages. 8,00€.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 14:54

En piste pour le quadrille...

Michel QUINT : Fox-trot.

La foule est en effervescence, des hommes principalement arrachent des bancs, brandissent à bout de bras des grilles d'arbre, dressent des barricades. Des camions de troupes sont stationnés au bout du Pont de la Concorde qui justement ne règne pas, devant l'Assemblée Nationale, et des silhouettes casquées prêtes à charger.

Nous ne sommes pas en mai 1968 mais le 6 février 1934. L'affaire Stavisky vient d'éclater, éclaboussant les hommes politiques. La droite, l'extrême-droite, des associations d'anciens combattants, les Croix de feu, les Ligueurs prônant le retour de la monarchie et du Duc de Guise, manifestent violemment contre le limogeage du Préfet de Police Chiappe qui entretient des amitiés avec les factieux. Le gouvernement Daladier est sur la sellette.

Dans ce brouhaha, à la sortie de l'hôtel Crillon, Lisa Kaiser, danseuse et trapéziste dans la troupe de Max Rivers, aborde Rita Georg, la grande vedette des cabarets du moment. Elle aimerait que celle-ci l'aide à trouver une place dans une revue. Rita attend un homme qui doit lui remettre quelque chose, mais au moment où celui-ci, qui débouche de la sortie de métro la reconnait et lui fait un signe, il tombe à terre. Dans la bousculade, nombreux sont ceux qui entourent le blessé par balles. Lisa s'empare d'une enveloppe épaisse, et au revoir la compagnie, elle prend le train pour Lille, un retour au pays qu'elle a quitté alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Dans la grosse enveloppe sont glissées deux pochettes plus petites, une contenant des papiers d'immatriculation de véhicules, l'autre une importante somme d'argent.

 

Au même moment, à Lille, la même fièvre que celle qui agite Paris règne et Nelly, modiste et trentenaire florissante se trouve bousculée, un homme lui tient la poitrine, c'est pour la retenir, l'empêcher de tomber à terre, peut-être se faire écraser. Il existe d'autres façons, plus subtiles de faire connaissance, mais Charles Bertin, instituteur, à la petite moustache d'acteur de cinéma, est tout de suite pardonné. Elle en tombe même sous le charme et la modeste modiste se montre amoureuse experte.

Lisa arrive en gare de Lille et elle se fait indiquer l'adresse d'un hôtel grâce au kiosquier qui approvisionne Charles Bertin en journaux. Elle s'installe à l'hôtel de Lyon, sis juste en face de la gare, hôtel qui vient de connaître un drame. Une ressortissante belge s'est fait trucider et ses bijoux se sont évaporés dans la nature. Ceci ne concerne pas Lisa qui a en tête autre chose.

Le lendemain alors qu'elle sort de la gare après avoir acheté au kiosquier un journal, elle manque dégringoler et Charles Bertin qui passait par là la retient de justesse en lui plaquant une main sur la poitrine. Décidément, cela devient une habitude surtout pour Charles qui devient pataud devant les femmes. Puis elle remet à Gustave Noblet l'enveloppe contenant les papiers mais garde devers elle l'argent. Elle obtient un engagement au Sphinx, un cabaret, et se produit dans un numéro particulier de trapéziste.

Charles et son amie Nelly assistent au spectacle que reluque une nombreuse assistance médusée. Lisa pratique ses jeux de barres entièrement nue ! Malheureusement elle est découverte peu après, assassinée, le bas-ventre lacéré comme si on avait voulu la dépiauter, et le piano est éventré.

Tout comme à Paris, la rue est en effervescence. Les différentes associations et partis politiques de droite et extrême-droite manifestent violemment. Le suicide de Stavisky, et le scandale qui continue à alimenter les journaux et les embarras de la classe politique, est à l'origine de ces émeutes. Et rien pour éteindre le feu de l'antisémitisme et du racisme.

C'est dans ce contexte que le commissaire Demeyer demande à son neveu Charles Bertin de se fourvoyer dans ces groupuscules, Croix-de-Feu, Alliance française et autres, et de se comporter en taupe de Roger Salengro, le maire socialiste de la cité nordiste. Un véritable cas de conscience pour ce jeune instituteur qui s'est bagarré avec un de ses collègues justement parce que celui-ci se montrait arrogant en déclarant sa flamme aux idées d'extrême-droite. Un conflit qui vaut à Charles Bertin de se retrouver éloigné de l'Education Nationale pour quelques semaines, étant l'agresseur et malgré son bon droit.

 

La montée de l'extrême-droite, l'antisémitisme et le racisme, dont le liant est la précarité de l'emploi, cela nous ramène à une époque actuelle. Pourtant tout ceci se déroule en 1934, alors que venant d'Outre-Rhin et en Italie les noms de Hitler et Mussolini dépassent les frontières.

Dans ce contexte historique nauséeux, qui prend son origine dans des magouilles financières, l'histoire se répète, se greffe une intrigue policière fort habilement menée. Les personnages secondaires prennent autant de place que les rôles principaux car Michel Quint sait mettre en valeur ces représentants du peuple, dont les idées de gauche sont humanistes, les truands qui traficotent, mais également ceux qui profitent des situations, des opportunistes, sans oublier ce couple de médecins légistes qui officient sur les cadavres sans pour autant négliger la chair fraîche.

Et dans ce petit monde qui gravite, signalons cet brave homme qui a gagné le gros lot à la loterie et vient avec une brouette chercher son gain, le couple de bistrotiers qui ont vendu le billet gagnant ou encore Jojo, le kiosquier qui ne comprend pas le retournement de veste de son ami Charles Bertin.

 

Michel Quint fut professeur de propédeutique théâtrale. Et comme dans pratiquement tous ses romans, le spectacle sous toutes ses formes prend une place importante dans l'intrigue. Dans Fox-trot, le théâtre est représenté avec Charles Bertin l'instituteur qui monte des pièces de théâtre avec ses élèves, mettant en scène un épisode de la Révolution Française. Mais le spectacle produit par Lisa est très visuel, réservé aux adultes naturellement. Et bientôt c'est Carnaval qui va investir les rues de Lille tandis qu'au théâtre est jouée l'opérette l'Auberge du Cheval blanc.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Michel Quint qui retrouve la verve des Grands Ducs ou des Joyeuses, dans un contexte historique proche de Veuve Noire.

 

Michel QUINT : Fox-trot. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution 8 octobre 2015. 336 pages. 20,00€.

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 13:53

Bon anniversaire à André Besson né le 27 octobre 1927.

André BESSON : Les randonneurs.

Renouant avec la tradition familiale, les frères Borel, Léon et Jean-Luc, vivent de la contrebande. Ils vivent aux Rousses dans le Jura et passent fréquemment en Suisse. Pendant la guerre ils ont convoyé des clandestins et passer du courrier.

Après la Libération ils ont été contactés par un ancien chef de réseau de la Résistance reconverti dans la pègre pour aider des repris de justice à se rendre en Suisse et transporter des marchandises illicites.

Léon doit passer en fraude une coquette somme d’argent mais il est pris dans un guet-apens. Leur correspondant Suisse avertit Jean-Luc que son frère ne s’est pas présenté au rendez-vous comme convenu. Jean-Luc reçoit un mandat expédié par son frère et Anne-Marie, une jeunette peu farouche, lui affirme que Léon lui a téléphoné. Il reste toutefois inquiet, d’autant que trois malfrats viennent aux nouvelles, le fameux colis n’ayant pas été livré. Fini l’exotisme.

 

Besson campe son intrigue dans un décor qu’il connaît bien, le Jura. Comme dans bien des romans il veut faire tomber certains tabous puisqu’il met en scène deux frères, l’aîné amoureux d’une aubergiste, mère d’une jolie rousse émancipée qui couche, entre autres avec le cadet.

Les personnages sont parfois un peu stéréotypés, notamment ceux des truands, mais l’histoire est prenante même si l’épilogue est un peu téléphoné.

On pourra regretter que sacrifiant à la pagination, André Besson n’ait pu s’exprimer pleinement pour planter d’une façon plus approfondie le magnifique paysage qui sert de décor.

André BESSON : Les randonneurs. Spécial Police N°1209. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1975. 224 pages.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 13:13

Une réédition poche de fort bon aloi !

Laurent WHALE : Goodbye Billy.

Dans chaque légende, existe toujours une part de vérité.

Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Kerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite sur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

Laurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Réédition Folio Policier N°780. Parution 8 octobre 2015. 658 pages. 9,00€.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 13:11

Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient sans esprit...

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête.

Déjà que trouver un cadavre dans la Seine n'est guère réjouissant, en harponner un qui ne possède plus sa tête, il y a de quoi perdre la sienne.

L'enquête sur ce meurtre, la découverte de l'identité du cadavre et celui de son coupeur de tête est confiée au brigadier Picot, de la brigade de Nanterre, un sexagénaire averti et pugnace. Bouvreuil, le chirurgien-barbier ami de Picot, procède à l'autopsie.

Cette découverte a été effectuée le 21 février 1791, au petit matin.

Le même jour, le lecteur surprend une conversation entre deux hommes, dont un dénommé Talon, conversation dont l'objet réside en une demande pour le moins farfelue émanant d'un certain Danton. Celui-ci réclame cent mille livres pour le remboursement de sa charge d'avocat.

Le soir même, le sous-lieutenant Victor Dauterive, de la Gendarmerie Nationale, investit une imprimerie assisté d'une quinzaine de gardes nationaux. Il est chargé de procéder à l'arrestation du sieur Marat, le rédacteur belliqueux du journal L'Ami du Peuple, dont les écrits appellent à prendre les armes contre une possible et éventuelle fuite du roi. Mais Marat, comme à son habitude, sentait le vent de la maréchaussée, renommée gendarmerie nationale, venir et justement il n'était pas venu, évitant soigneusement la maréchaussée.

Dauterive est le protégé de Lafayette, il n'a que dix-neuf ans et est sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale. Il vient de Bourgogne, après des démêlés avec son père et espère bien se faire une place dans la capitale. Sa mission est donc d'arrêter Marat qui appelle au meurtre des aristocrates, seulement cette mission est contrariée à cause des questions qu'il pose ici et là. Il attire sur lui l'attention du commissaire Charpier, du quartier du Théâtre Français, et de quelques personnages inquiétants. Mais il va être aidé par des personnages du petit peuple qui vont se révéler habiles auxiliaires dans ses démarches.

Lafayette lui fait remettre par Talon, lieutenant civil qui lui sert de secrétaire, une bourse de deux milles livres, somme destinée à soudoyer quelques personnages. Mais rentrant chez lui, il croise une jeune femme fort avenante, et ne rend pas compte immédiatement qu'elle vient de lui subtiliser sa bourse (celle qui lui a été remise, je précise). Pourtant il aurait dû se méfier, car des locataires de son immeuble se sont plaints de petits vols, de disparitions bizarres et lui ont demandé d'enquêter. Mais il a tant à faire.

Il enquête dans différents clubs et lieux de réunions dans lesquels Danton et consorts haranguent leurs troupes. Au club des Cordeliers par exemple, ou aux Jacobins, et il découvre que tous ces révolutionnaires ne prêchent pas forcément les mêmes idées, et que leurs propos ne s'accordent pas toujours avec leurs actes. De plus il apprend l'existence d'un mystérieux Comité de liquidation des dettes chargé de récupérer et rembourser des créances.

Seulement il découvre que trois créanciers, qui devaient récupérer cent cinquante milles livres chacun, ont disparu. Le lecteur, futé fera immédiatement la liaison avec les trois corps retrouvés dans la Seine. Car deux autres cadavres ont été retrouvés et les enquêtes sont confiées au brigadier Picot.

Dauterive fait la connaissance d'un archiviste du Châtelet, De Gastine, lui-même en relation avec Bouvreuil. Or Picot est assassiné et Bouillon en est fort marri d'avoir perdu son ami. Par De Gastine, Dauterive est amené à faire la connaissance de Bouvreuil, et il retrouve la trace de sa petite voleuse, une nommée Suzanne. Bouillon, De Gastine et Dauterive vont joindre leurs efforts pour découvrir qui a assassiné Picot et leurs ennuis commencent. Le commissaire Charpier, protecteur de Marat, et deux Volontaires de la Bastille sont à leurs trousses, et les trois hommes sont devenus des lapins pour ces trois chasseurs à l'affût de mauvais coups.

 

Avec ce roman, nous découvrons un nouveau et jeune détective de dix-neuf ans qui fait son apprentissage dans la Gendarmerie Nationale, nouvellement crée en remplacement de la Maréchaussée. Le parcours de Dauterive, un nobliau de province qui s'est échappé du carcan familial, et dont on apprend peu à peu les origines, sera semé d'embûches.

Mais s'il s'érige en personnage principal, d'autres protagonistes parcourent le récit. Danton, Marat, Lafayette, et bien d'autres révolutionnaires qui ne s'entendent guère entre eux, à cause de conflits d'intérêts. L'ombre du Comte d'Artois, le frère du roi, flotte sur cette intrigue, tandis que Louis XVI se montre moins falot que ce monarque décrit dans les manuels d'histoire. Et par dessus tous ces personnages réels ou fictifs, s'élève la grâce, le charme, la combattivité, le féminisme d'Olympe de Gouges.

C'est surtout pour Jean-Christophe Portes l'occasion de décrire un pan de la Révolution, alors que le comité travaille sur la rédaction de la Constitution, et de montrer que la plupart des Révolutionnaires œuvrent principalement pour leur chapelle et que souvent ils agissent en paranoïaques.

L'intrigue se situe entre février et fin juin 1791, et on ne peut éviter d'établir une corrélation entre la situation qui existait alors et celle qui prévaut de nos jours.

 

Ces coquins de financiers ont provoqué la Révolution en endettant le Royaume. Maintenant, ils mènent le pays à sa perte ! s'écria Duperrier, scandalisé. Ah ! quelle belle Révolution !!

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution 30 septembre 2015. 400 pages. 19,00€.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 12:44

Hommage à Brice Pelman, décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : Attention les fauves.

Patrick et Marieke, les jumeaux de onze ans, n’ont pas du tout envie d’aller en pension. Ils n’envisagent pas cette possibilité une seconde, quel qu’en soit le prétexte.

Depuis le décès de leur père deux ans auparavant ils vivent seuls avec leur mère qui pour des raisons d’économie a loué une petite maison dans l’arrière pays niçois. Afin de subsister elle effectue des traductions pour une maison d’édition parisienne. Alors, lorsque ce matin-là en se levant ils découvrent leur mère décédée, ils décident de ne rien dire, de ne rien faire, de gérer leur emploi du temps en se conduisant comme la veille et les jours précédents.

Doria, leur mère, est allongée sur son lit, sa langue est noire. Aussitôt Patrick avance l’hypothèse de la peste. Mais comment pourrait-il savoir que la veille au soir, alors qu’il dormait, tout comme sa sœur, leur voisin, Jourdain, est venu rendre visite à leur mère sous un prétexte futile. Et devant cette jolie femme, lui qui est frustré sexuellement, sa femme étant sujette à des migraines quotidiennes, il a perdu la tête. Il a violé Doria et afin d’empêcher la jeune femme de crier, il l’a étranglée.

Patrick et Marieke avalent leur petit déjeuner et empruntent le car scolaire comme si de rien n’était. Et ils vont vivre pendant quelques jours ainsi, effectuant quelques achats afin de se sustenter, préparant leurs repas selon leurs maigres possibilités culinaires, fermant à clé la chambre de leur mère.

Mais Jourdain se demande bien comment il se fait que personne n’ait réagi, et puis dans son affolement il a perdu la petite culotte de Doria qu’il avait empochée. Madame Josépha, la grenouille de bénitier du quartier, est-elle aussi surprise de l’absence de Doria mais les enfants ont une bonne raison à invoquer. Toutefois elle se pose des questions sur les mœurs de sa jolie voisine lorsqu’elle trouve la culotte dans un fourré.

La catastrophe survient sous la forme d’une lettre émanant de Tante Françoise qui a décidé de passer quelques jours chez sa belle-sœur. L’oncle Paul, son mari polytechnicien est en déplacement au Mexique, alors, passer quelques jours au soleil lui semble une bonne initiative. Pour les enfants c’est tout le contraire, d’autant que la tante Françoise est une fouineuse. Et lorsqu’elle ouvre la chambre avec une clé de rechange, les enfants ayant jeté la première, et découvre Doria, c’est le drame qui s'amplifie.

 

Issu d’un fait-divers, l’un des rares utilisé par Brice Pelman qui nous raconte dans l’entretien qu’il m’avait accordé, la genèse de cette histoire, ce roman nous entraîne dans l’univers des enfants qui se prennent pour de grandes personnes, par la force des événements mais également par peur d’être envoyés en pension.

Des enfants qui veulent forger leur destin, à la place des adultes. Leur imagination, leur rouerie presque, leur permet de s’affranchir temporairement mais il ne faut pas se leurrer, ils seront obligés de se conformer à l’autorité. Dans quelles conditions, et comment l’histoire se dénouera, c’est Brice Pelman qui nous donne les clés.

Et il ne faut pas chercher une quelconque moralité dans ce roman qui parfois joue avec les nerfs, tant on se sent proche de ces enfants qui veulent préserver leur liberté, et pourtant on voudrait les morigéner parce qu’ils ne se conforment pas à une attitude considérée comme normale, c'est-à-dire se conduire en enfants.

Et puis que penser de ces personnes, ces voisins qui s’ingénient à vouloir connaître ce qui se passe chez les autres, des curieux éhontés pour certains car leur comportement est à tout le moins indiscret. Mais lorsqu’un drame vient de se dérouler, on reproche justement à ceux qui ne se sont pas inquiétés de se montrer indifférents. Alors quel comportement adopter ?

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Brice PELMAN : Attention les fauves. Collection Spécial Police N°1641. Editions Fleuve Noir. Parution 1981.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 12:16

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Séance de rattrapage !

Pour tous ceux qui n'auraient pas lu ce roman en version papier lors de sa sortie, une séance de rattrapage est proposée en version Epub et Kindle sur le site de l'éditeur Multivers.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-son, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

 

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Epub et Kindle chez Multivers Editions. 3,99€.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:43

Hommage à Bob Leuci, décédé le 12 octobre 2015.

Bob LEUCI : Captain Butterfly

Depuis dix-neuf ans, Marjorie Buttera, surnommée Captain Butterfly, est dans la police, et après avoir fait ses classes sur le terrain, elle est actuellement à la DAI (Division des Affaires Internes), la police des polices. Marjorie prend son boulot à cœur, n’hésite pas à braver des inspecteurs chefs comme Janesky qui règne en véritable petit potentat outrepassant ses droits et ses devoirs tant dans son quartier de Red Hook à Brooklyn que sur ses hommes.

Marjorie veut une police propre, responsable, soucieuse de son éthique. Elle en fait un acte de foi, et combat, insensible aux retombées possibles. Charlie Rose, son amant, journaliste, tente toutefois de la temporiser, la mettant en garde contre de possibles dangers. Marjorie n’en a cure. Elle sait que Janesky et ses hommes sont coupables de corruption, qu’ils violentent et torturent les criminels, les truands qui leur tombent sous la main. Mais son intime conviction ne suffit pas, il lui faut apporter des preuves afin d’évincer ces brebis galeuses.

D'autant que pour tous, seuls les résultats comptent. Elle se sert d'indicateurs qui travaillent au sein même du commissariat sur lequel elle enquête. Ken Malloy mis provisoirement hors course, elle jette son dévolu sur Franck Bosco, flic intègre mais qui préfère garder les yeux fermés sur ces exactions. Franck vient de vient de perdre Murray, son coéquipier en qui il avait toute confiance, même s'il traficotait par-ci, par-là. C mais il en veut pas voir la réalité en face. Sa femme et sa fille sont en Floride et il attend avec impatience sa retraite. Surtout il ne veut pas d'éclaboussures qui lui feraient perdre le bénéfice de sa pension alors qu'il n'a plus que six mois à tirer. Cependant, certaines choses le révoltent. Ainsi Ronnie, la jeune fille dont il s’est entiché, se pique et il se promet de la sauver.

 

Marjorie se dresse en purificatrice de la police. Sans peur et sans reproche, elle combat les traîtres à la profession, ceux qui dérogent à la déontologie. Elle est animée d’une foi presque intégriste. Mais elle ne se rend pas compte qu’elle flatte en même temps son ego et que son intransigeance risque de tout balayer sur son passage.

Elle entraîne sous son étendard des hommes fatigués, usés, qu’elle parvient toutefois à exalter. Elle s’apitoie légèrement sur le sort de Franck, blessé au cours de la dernière algarade, mais Franck mort, elle eut été tout de même satisfaite d’avoir mené à bien sa mission.

Une mission qu’on lui avait confiée et qu’elle s’est appropriée.

Bob LEUCI : Captain Butterfly (Captain Butterfly. Traduction de Annie Hamel). Rivages Noir N°149. Parution mars 1993. 304 pages. 9,15€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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