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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 13:49

Las de t'attendre dans la rue

J'ai lancé deux petits pavés

BOILEAU-NARCEJAC : Les Nocturnes.

Mai 1968. Les étudiants jouent allègrement avec les CRS et les gardes mobiles, leur balançant de petits cadeaux sous forme de pavés.

C'est le printemps, l'hiver a été long, les études sont fastidieuses, tout est bon pour trouver prétexte à se défouler.

De petits incidents sont bien à déplorer, et dans les rangs des deux équipes quelques blessés sont à dénombrer, mais cela fait partie des aléas, des risques inhérents à toute action légèrement agressive et virile.

C'est ainsi que Lamireau est amené à soigner Tamara blessée au pied. Lamireau, étudiant en médecine, fils d'ouvriers tirant le diable par la queue, est devenu communiste plus par le cœur, par révolte, que par connaissance de l'idéologie. En réalité, c'est un aspirant bourgeois. Mais la rencontre avec la jeune femme va sceller son destin.

Tel le loup de Tex Avery, il n'a d'yeux que pour cette envoyée du KGB, en mission en France, et, tombé amoureux, il se livrera pieds et poings liés en victime consentante. Il accepte de changer de nom, de s'improviser docteur, de diriger une clinique privée à Vichy dont les patients sont des artistes, des intellectuels, des industriels. Son rôle ? Epier et rédiger des rapports.

Vingt ans après, devenu le docteur Molyneux, il est recherché par la police. Il se cloître dans une chambre d'hôtel. Dans la chambre contigüe deux hommes surveillent ses allées et venues. Mais un homme traqué n'est pas forcément en proie à la panique, dénué de toute réflexion, de tout sang-froid. Il en est persuadé.

Alors il épie lui aussi ses voisins, par de petits trous dissimulés dans la cloison, œuvre d'un voyeur en quête de sensations fortes. Pour soulager sa conscience et expliquer ses faits et gestes, se déculpabiliser à ses propres yeux, Lamireau relate dans un cahier d'écolier son parcours d'agent secret, de taupe recrutée par Tamara, dont il n'a pas de nouvelles depuis fort longtemps.

 

Dans ce roman, Thomas Narcejac, qui garde par fidélité et par amitié le nom conjoint de Boileau-Narcejac, nous entraîne une fois de plus dans un suspense psychologique.

Une histoire à mi-parcours entre le thriller politique et la fiction psychanalytique. Lamireau est-il atteint de paranoïa, d'un délire de la persécution, ou bien, malgré le début de l'effondrement de régime de l'Est, est-il poursuivi par des agents du KGB dont la seule mission est de le soustraire à la justice française en le faisant disparaître de la circulation ?

Une spirale infernale à la limite du fantastique et du croyable. Pourtant tout y est minutieusement agencé, comme chronométré, et l'épilogue tombe comme un couperet.

 

Première édition : Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 janvier 1992. 192 pages.

Première édition : Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 janvier 1992. 192 pages.

BOILEAU-NARCEJAC : Les Nocturnes. Editions Folio. Collection Policier N°783. 192 pages. Parution 13 novembre 2015. 6,40€.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 09:20

Un philosophe, c'est un peu un détective

de la pensée?

Didier DAENINCKX : Nazis dans le métro.

C'est ce qu'affirme Gilbert Gache, professeur de philosophie, à Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe, lequel enquête sur la bastonnade dont a été victime l'un de ses écrivains favoris, André Sloga.

Depuis Sloga gît dans le coma à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. Et si Le Poulpe réfute l'appellation de détective privé et encore plus celle de justicier, il accepte d'endosser cette étiquette pour la bonne cause. D'ailleurs il avoue à un journaliste, rédacteur en chef de la Voix du Marais, à Fontenay le Comte, s'être embauché lui-même. Lequel lui rétorque avec emphase et peut-être un brin de nostalgie Détective privé, mais c'est le rêve de tout journaliste qui se respecte.

Le Poulpe n'a pas besoin d'encouragements pour mener à bien la mission dont il s'est investi.

André Sloga, 78 ans, a été laissé pour mort dans un parking souterrain, et Le Poulpe n'accepte pas que celui qu'il considère comme l'un romanciers majeurs de sa génération, même s'il n'a pas été reconnu comme tel à cause sans aucun doute de ses tendances anar pacifiste, ne soit pas vengé.

Il lui rend visite mais le vieil homme ne sait que murmurer Max, le banc, le haut-parleur de la place. Une litanie lancinante qui laisse perplexe Le Poulpe.

Il se rend au domicile du blessé et trouve dans ses affaires un manuscrit inachevé ainsi qu'un ouvrage antisémite. C'est surtout ce dernier point qui intrigue le Poulpe car Sloga n'était pas franchement adepte de l'extrême-droite.

Un détour dans le marais poitevin, la promiscuité avec les néo-nazis et d'ex-gauchos, pour Le Poulpe la fange est partout et surtout là où on ne l'attend pas.

 

Didier Daeninckx apporte à sa manière sa pierre à la construction de la saga du Poulpe, et ce n'est pas la plus fragile.

Ancien journaliste, se conduisant en détective, Didier Daeninckx ne se contente pas d'écrire une histoire. Il jette le pavé dans la mare. Mais ce roman est aussi un hommage discret à Jean Amila, dont le parcours ressembla à celui de Sloga.

Réédition. Librio N° 222. Parution 1999 et 2005.

Réédition. Librio N° 222. Parution 1999 et 2005.

Réédition Folio.176 pages. Parution janvier 2007. 6,40€.

Réédition Folio.176 pages. Parution janvier 2007. 6,40€.

Didier DAENINCKX : Nazis dans le métro. Coll. Le Poulpe N°7, éditions Baleine. 164 pages.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:41

Mais il y eut aussi les braves gars de la rade !

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest.

Imaginez que vous entrez dans une salle de réunion? De petits groupes de quelques personnes bavardent, discutent, conversent. Vous vous approchez de l'un puis de l'autre, essayant de comprendre les propos échangés, mais tout cela vous parait fort confus.

Puis à un certain moment vous prenez en oreille un fil auquel vous vous raccrochez. Vous tirez doucement dessus et ce lien ténu en ramène d'autres, comme une dentelle, comme un filet de pêche, une nasse grouillante et vous parvenez enfin à relier tout ce puzzle qui joue avec le temps. Des événements qui se déroulent pour certains à partir de la fin octobre 2011 à Brest et ses environs, pour d'autres en octobre 1943 dans la prison Jacques Cartier de Rennes.

 

Dans un coin, des personnes évoquent la mort de la veuve Le Moign, riche héritière d'un élevage porcin industriel et d'une conserverie de pâtés fort prisés. Elle est décédée dans l'incendie de sa villa de Plougonvelin, seulement à l'autopsie il est démontré qu'elle possède dans le corps un plomb impropre à la consommation. Il s'agit d'une balle provenant selon toute vraisemblance d'une arme ancienne et étrangère. L'affaire est confiée au capitaine Gourmelon, de la gendarmerie territoriale, ce qui n'arrange vraiment pas son ex-femme qui pense qu'il a encore trouvé une échappatoire pour se défiler de la garde des gamins. Et comme le garçon a été privilégié par rapport à la fille, les doutes sont permis sur une éventuelle jalousie.

 

Dans un autre endroit, on parle du corps d'un vieil homme a été ramené dans ses hélices. Un vieil homme âgé de près de soixante-dix ans selon les premières constatations. L'homme était atteint d'une tumeur en phase terminale au cerveau. Un suicide, apparemment par une balle, seulement la balle proviendrait d'une arme à feu ancienne et étrangère. Et comme il est impossible de retrouver l'arme, là aussi des doutes se forgent dans les neurones de Sahliah Oudjani, lieutenant à la gendarmerie maritime. L'affaire n'avance pas assez vite au goût du juge Salaun. Le cadavre est bientôt identifié, il s'agit d'un ancien responsable de la Fraction armée rouge en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970, début 1980, du nom de Hans Schwitzer, qui a passé une vingtaine d'année en prison et n'a été libéré qu'en 2005.

 

Voyons ce qui se dit ailleurs, dans un autre groupe. Il est question de Maryse Dantec, nouvelle retraitée qui a décidé de reprendre ses études d'histoire, de passer un master II, dont le thème est lié à la Résistance à l'Arsenal de Brest durant la seconde guerre mondiale. Par la même occasion elle veille sur son père hospitalisé à Brest, et qui fut durant quelques décennies maire communiste de la ville de Saint-Denis, l'un des fiefs de la ceinture rouge parisienne.

 

Enfin, dans un coin, cachés dans une pénombre prononcée, des silhouettes plongées dans une opacité entretenue, se remémorent Yves, interné dans la prison Jacques Cartier de Rennes. Des fantômes qui ont pour nom Eliane, Robert-Max, Guermeur, Dantec, Morriss, un employé de la préfecture, un nommé Mercier qui fricote avec les Nazis qui tiennent Brest, et le patronyme de Trotski qui flotte comme un étendard, des phrases qui circulent emportées par le vent, La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire, des probabilités avancées, le basculement possible des staliniens, choisir entre une idéologie ou des représentants de la bourgeoisie, Churchill, De Gaulle, des problèmes de conscience, des trahisons...

 

Peu à peu les groupes du capitaine Gourmelon et du lieutenant Oudjani se rapprochent insensiblement, car il est indiscutable que les deux affaires qu'ils ont en charge sont liés.

 

Des souvenirs segmentés, comme incomplets...un lien ténu entre hier et aujourd'hui, qui tire dans sa nasse la bêtise humaine, séculaire, l'aveuglement de quelques dogmatiques qui pensent détenir la vérité, et qui conduisent aux meurtres via une lâcheté stupide et dégénérée. L'histoire se répète, pas toujours dans les mêmes circonstances, pas toujours au même endroit, mais l'on ne peut nier quelques corrélations entre événements d'hier et ceux d'aujourd'hui, celle d'idéologies malsaines, néfastes ou mal interprétées.

Et comme trois avis valent mieux qu'un je vous invite à visiter les liens ci-dessous :

Marek CORBEL : Les gravats de la rade. Zone d'ombre sur Brest. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 208 pages. 10,90€.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 13:33

Normal pour un romancier qui est également artiste peintre...

Patrick MOSCONI : Nature morte.

David Detmer est chauffeur de taxi à Paris.

Mais un chauffeur de taxi qui travaille quelque peu en dilettante. Etant son propre patron, il peut, si ceux-ci ne lui plaisent pas, refuser des clients. Il habite en solitaire dans un duplex aménagé dans un petit immeuble, au fond d'une cour, protégé des agressions des rues environnantes.

Comme seule compagne, Detmer possède Prune. Une chatte. Enfin, quand je dis possède, c'est faux. C'est Prune qui a adopté Detmer et malgré ses balades nocturnes, elle revient toujours au foyer.

Ce serait une vie paisible pour Detmer et sa féline compagne, si tout cela n'était qu'un trompe-l'œil, une couverture.

Detmer est un tueur professionnel, et réalise de temps en temps ce que l'on appelle un contrat, même si après avoir accompli celui-ci, Detmer est malade, moralement. Ce n'est que lorsqu'il a accepté son travail que Detmer connait l'identité de la future victime. Detmer va se trouver engagé dans un engrenage infernal.

Pradel. Tel est le nom de celui qu'il doit abattre. Pradel. C'était aussi le nom de son capitaine lorsque Detmer effectuait son service militaire en Algérie. Après une courte enquête, Detmer a la confirmation de ce qu'il pressentait. L'homme qu'il doit effacer du monde des vivants n'est autre que le fils de son ex-capitaine.

 

Qui sortira gagnant de cet imbroglio ? Pradel père qui n'a en rien perdu de sa verdeur et de son sens militaire ? Pradel fils, qui malgré ses dénégations, est soupçonné d'espionnage industriel ? Cécile, la compagne de celui-ci et qui va tomber sous le charme de Detmer ? Et qui sont ces barbouzes commandés par un certain Lambert ?

 

Patrick Mosconi inaugurait avec un excellent roman cette nouvelle collection intitulée Collection Noire destinée à remplacer la mythique collection Spécial Police du Fleuve Noir.

Les responsables avaient annoncé que le choix des textes serait effectué avec rigueur, et il n'y avait pas de raison pour que le public désaffecte cette nouvelle production. Les bons textes étaient au rendez-vous pourtant Collection Noire passera la main au bout de dix-neuf titres et à peine dix-huit mois d'existence. Mais la couverture blanche et neutre y est-elle pour quelque chose.

 

Patrick MOSCONI : Nature morte. Collection Noire N°1. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1988.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 14:37

Et pourtant, qu'on soit Noir ou Blanc, le sang est toujours rouge...

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang

A la demande de son ex-beau père, l’avocat Mike O’Leary, Renzler, détective privé qui travaille en dilettante grâce à ses gains au turf, accepte d’enquêter sur le meurtre de Cynthia Vreeland, issue de la « haute », et femme de Dwight Robinson, ex-joueur de base-ball dont la carrière prometteuse a été stoppée net par une sombre histoire de marijuana.

Dwight, un être taciturne, nie ce qui pour beaucoup est l’évidence, se targuant de posséder un alibi mettant en cause une personne qu’il ne peut nommer. Mais les faits ne plaident pas en sa faveur. Cette union entre un Noir et une Blanche reste en travers de la gorge de pas mal de monde. Le père de Cynthia ne cesse de vitupérer contre Dwight, de même que son frère Tommy. Seule Terry, la sœur de la victime professe une certaine sympathie pour le meurtrier présumé.

Anna Paslawski et Warren Shepperd, les voisins du couple, accusent Dwight, reconnaissant que Cynthia avait l’habitude de recevoir des hommes en l’absence de son mari, des Noirs principalement. Mais ils sont formels, c’est Dwight le coupable, même si Shepperd le confond avec son frère Dexter lorsque Renzler lui présente une photo. Une collecte est organisée pour réunir l’argent permettant la libération sous caution de Dwight. Le malheureux prétend que le meurtrier n’est autre que Shake Johnson à qui il devait de l’argent. Mais Johnson, un Noir également, est le meilleur ami de Thomas Vreeland.

En compagnie de son ami Nate, un peintre qui lui doit sa notoriété, Renzler enquête auprès des Vreeland et de leurs proches. Et ce que les deux hommes découvrent n’est guère à l’avantage de cette famille huppée. Winchester, le beau-frère de Vreeland père, brigue un fauteuil de sénateur ; son épouse Melody, se saoule consciencieusement à longueur de journée. Et Renzler met au jour une histoire de corruption immobilière dans laquelle Winchester est impliqué, tout comme Thomas Vreeland. Cynthia, elle, avait des relations incestueuses avec son frère Tommy depuis l’âge de quatorze ans, offrant ses charmes au premier venu, sauf à son mari.

Trop bavarde, Melody avoue avoir été, à l’heure du crime, en compagnie de Dwight. Elle est retrouvée morte, un meurtre maquillé en suicide. Une trace de cirage conduit les deux enquêteurs à soupçonner Becker, un proche de Winchester, qui aime se grimer en Noir en se barbouillant la figure.

 

Au delà de l’histoire plaisante à lire et rondement menée, Paul Engleman brosse un portrait peu flatteur du New-Jersey, de ses habitants et de sa police.

Mais surtout il dénonce les actes d’antiracisme primaires qui empoisonnent la société américaine, et toutes les sociétés en général. Pour tous, à deux ou trois exceptions près, le meurtrier de Cynthia ne peut être que Dwight, puisqu’il est Noir.

Toutes les turpitudes lui sont attribuées, l’argent servant d’œillères. L’argent mais également la jalousie, la malveillance, le racisme, la convoitise, la prétention, le désir d’évoluer dans un monde de nantis, la prévarication.

Mais Paul Engleman ne tombe pas dans les excès, les outrances. Les « bons » et les « méchants » se retrouvent dans les deux races, chacune d’elles possédant sa ou ses brebis galeuses.

 

Paul ENGLEMAN : Les liens du sang (Murder in Law - 1987. Traduction de Annie Hamel). Polar USA N°50. Parution janvier 1991. 256 pages.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 13:32

Un plat indigeste mais un roman roboratif !

Gérard DELTEIL : Chili Incarné.

Un avocat accuse des militaires chiliens d'avoir monté un trafic de fausses momies fabriquées avec les cadavres des victimes de la police secrète et vendues à des archéologues.

Ce petit entrefilet paru dans le Monde éveille la curiosité de Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe.

Mais ce sont les 100 000 francs promis par un importateur de denrées et objets d'art sud-américains, dont les fameuses momies pour le compte de musées européens, qui le font fléchir.

Il se rend donc tout d'abord à Santiago, où il rencontre le journaliste qui a relaté l'affaire et l'avocat représentant l'homme qui a soulevé le lièvre. Mais celui-ci, un petit truand sans envergure émargeant à la CNI, police secrète de Pinochet, vient d'être retrouvé un poignard dans le dos, à La Paz, en Bolivie.

Tête de liste d'une série d'assassinats sur laquelle le Poulpe aura bien du mal à ne pas figurer. Il sera même recherché comme étant l'instigateur de quelques-uns de ces meurtres. Des militaires chiliens nostalgiques du régime de Pinochet et la CIA seront à ses trousses, mais il est trop futé pour s'en laisser conter au cours de ses pérégrinations qui le mèneront jusqu'au Mexique.

 

Cette histoire pourrait sembler rocambolesque mais l'on sait que la réalité rejoint, dépasse parfois, la fiction.

D'ailleurs Georges Jean Arnaud avait déjà abordé ce genre de faits divers dans l'une des missions confiées au Commandeur dans Les momies de Mexico parue au Fleuve Noir en 1980, ce que rappelle fort justement Gérard Delteil.

Cette aventure un peu inhabituelle pour le Poulpe est narrée d'une façon très journalistique et laisse peu de place à la fantaisie, celle dont font preuve d'ordinaire les auteurs participant à la saga poulpienne.

Delteil connaît bien l'Amérique du Sud, pour y avoir effectué de nombreux voyages-reportages, hors des sentiers touristiques, et cela donne un livre fouillé, carré, où le réalisme l'emporte sur l'imaginaire.

Version grecque

Version grecque

Version allemande

Version allemande

Gérard DELTEIL : Chili Incarné. Le Poulpe n° 16, Editions Baleine. Parution 15 mai 1996. 160 pages. 8,00€.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 16:02

Dernier désir n'est pas forcément Noir désir...

Quant à ce que j'en dis...

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir.

Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin, affirme un dicton populaire. Ce n'est pas pour autant que tout ceux qui se nomment Martin sont des ânes.

Jonathan Martin et sa femme Mina se sont installés dix ans auparavant dans une vieille maison d'écluse près de Neuilly en Dun, sur les bords du canal du Berry. Jonathan s'occupe par-ci par-là, élevant ses abeilles, récoltant son miel, bricolant, surveillant leur fils Romain, à peine dix ans, tandis que Mina assure le rôle de guide-conférencière au château de Lienesse, situé non loin, et s'occupe des conserves pour l'hiver. Une vie reposante après des années de consumérisme francilien effréné.

 

Une jour un visiteur tape à l'huis et se présente : Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J'ai emménager dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m'appelle Martin. Vladimir Martin.

Et c'est ainsi que commence l'histoire. Vladimir Martin s'est installé dans la maison d'éclusier proche de la leur, et leur voisinage débute sous d'heureux auspices. Seulement Vladimir, un homme charmant au demeurant, riche, sympathique, élégant, spirituel, affable, se met à copier insensiblement Jonathan. D'abord il revend sa somptueuse voiture pour posséder la même que Jonathan, même couleur évidemment, mais neuve. C'est une entame dans la similitude, qui se prolonge par une analogie physique. Lui qui portait des cheveux longs, attachés par un catogan, se les fait tailler, une coupe à la Jonathan, et se laisse pousser sous la lèvre inférieure ce petit bout de barbe appelée mouche. Il se passionne soudainement pour le blues, s'enthousiasmant devant la discothèque de Jonathan qui possède une collection incroyable de disques, achetant une chaîne de luxe et plus de cinq cents CD afin de partager la passion de son voisin.

Il rend visite à ses nouveaux amis, ou les invite, offre à Jonathan du whisky de luxe hors d'âge ou amène des bouteilles millésimées, mais lui même ne touche jamais à son verre. Il s'extasie devant la table de ferme que Jonathan a fabriquée et veut la même, offrant une somme rondelette pour sa confection. Il devient de plus en plus intrusif, mais cela ne gêne pas Mina, qui n'y voit rien de suspect. Cependant il offre à Romain des jouets dispendieux, que Jonathan n'a pas les moyens d'offrir à son fils. Il fait rénover sa maison, à grands frais, installant une cuisine identique à celle de Jonathan.

Les semaines passent et Jonathan est de plus en plus intrigué et monte progressivement en lui une pointe d'exaspération. L'ambiance amicale du début se transforme peu à peu en ambiance délétère, du moins c'est ce que ressent Jonathan, qui est bien obligé de faire bonne figure devant Mina et Romain.

 

Le très (trop ?) médiatique libraire-chroniqueur Gérard Collard a déclaré lors de la parution de ce roman : Une histoire extraordinaire entre Poe, Simenon et King. Une merveille !

Une merveille, d'accord, mais pour le reste je suis plus réservé. Effet médiatique, mais que viennent faire Poe et King ? Pour Simenon, je suis assez d'accord, à cause des personnages et de l'atmosphère, mais je serais plus enclin à chercher des rapprochements, des cousinages littéraires avec Max Genève, Franz Bartelt et surtout Pascal Garnier. Peut-être Gérard Collard n'a-t-il jamais lu un de leurs livres, sinon le lien lui serait venu immédiatement à l'esprit. Ou alors il a jugé qu'ils n'étaient pas assez connus du grand public, trop Français, pour établir un parallèle. Il ne s'agit pas d'énoncer des jugements à l'emporte-pièce, mais de coller au plus près de la réalité.

Ambiance et atmosphère bon enfant au départ, Vladimir sachant se montrer sous des dehors abordables, aimables, empathiques avec ses voisins qui s'imprègnent de la douceur de vivre de coin berrichon. Mais peu à peu ce voisinage devient pesant et le suspense est entretenu par une ellipse de l'origine de Vladimir. D'où vient-il, pourquoi s'est-il installé non loin de chez Jonathan et sa petite famille. Sa richesse, il la doit à un héritage, du moins c'est ce qu'il affirme. Mais il étale trop ostensiblement son argent. Et pourquoi vouloir calquer son environnement sur celui de ses voisins. Et bien évidemment, si Mina n'est pas dérangée par cette attitude, Jonathan souffre et cela influe sur son caractère.

Des scènes incluses dans ce roman, qui semblent n'être là que comme des diversions dans l'intrigue, telle cette séance au cours de laquelle Vladimir se rend chez la coiffeuse, montrent combien cet homme possède un ascendant sur les autres. Des épisodes humoristiques, comme celui au cours de laquelle Mina dérape lors d'une prestation conférencière sur les aménagements du château de Lienesse et plus particulièrement sur une toile de Lucien d'Abancourt.

Ou encore cette conversation amenée par Léonard, le frère de Mina, qui passe quelques jours chez eux, et est un écologiste convaincu, installé dans la Drôme et parfois se mélangeant les pédales dans ses convictions.

 

Dernier désir est un roman intimiste, se focalisant sur quelques personnages dont plus particulièrement Jonathan, Mina, Romain et Vladimir, les autres n'étant là que pour accentuer le trouble puis la faille et enfin le gouffre qui va s'opérer entre les divers protagonistes. Catalogué Thriller, ce livre est un suspense qui grandit, enfle insidieusement, et offre un épilogue que n'aurait pas renié Fredric Brown.

Il est précisé en fin de volume, que ce roman est le fruit d'une étroite collaboration entre Véronique et Olivier Bordaçarre. Espérons que certaines scènes ne relèvent que de l'imagination.

 

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir. Réédition Le Livre de Poche Thriller N°33938. Parution 7 octobre 2015. 240 pages. 6,90€.

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 14:27

Moralité en forme de prolégomènes :

ne soyez pas candidat politique en région PACA...

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer.

Une nouvelle mission attend notre ami Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe.

C'est en épluchant le journal au comptoir du café où il prend son petit déjeuner et malgré les sarcasmes amicaux des autres habitués ou du patron, que le Poulpe sent se réveiller en lui le justicier qui sommeille en lui.

Un candidat aux élections municipales de la Seyne sur mer décède d'une indigestion de pruneaux, fruits d'un calibre de 11.43.

Un épisode de plus dans la course au pouvoir qui n'aurait aucun intérêt si le candidat en question n'avait décidé de divulguer les dessous de certaines affaires qui traînaient au fond du marigot politique.

Endossant son habit de chevalier servant, le Poulpe prend sous sa coupe protectrice Camille la frêle jeune fille dont le père flic municipal est décédé parce qu'il savait trop de choses sur les événements et les hommes qui les avaient provoqués. Une enquête tortueuse, pleine de rebondissements, au cours de laquelle il frôlera à plusieurs reprises la mort, ce qui ne l'empêche pas d'avancer contre vents et marées.

 

Cette nouvelle aventure du Poulpe, plus tordue, plus axée dans le quotidien et la réalité, est moins convaincante que la précédente, imaginée et écrite par Jean-Bernard Pouy.

L'attrait du nouveau est passé par là, mais il faut toutefois saluer la performance, et bon vent au Poulpe.

 

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer. Le Poulpe N°2. Editions Baleine. Parution 15 février 1996. 154 pages.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 14:30

Un temps à ne pas mettre un policier dehors !

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien !

Mais que fait donc Bertrand Hilaire Lejeune, dit BHL, comme Bazar de l'Hôtel de Lille, attifé en femme par ce froid boréal qui glace les rues du centre ville de Rouen ?

Depuis quelque temps, de vieilles dames se font choper leur sac à main en pleine rue, et d'après les témoins, les vauriens seraient des jeunes. Aussi le commissaire Chassevent a imaginé BHL patrouillant dans le quartier, habillé dans la tenue adéquate de la chèvre, et prenant ainsi sur le fait le ou les indélicats.

Entre Chassevent et BHL, c'est je t'aime, moi non plus. Et le commissaire a infligé cette enquête à son subordonné comme on filerait une punition à un enfant pas sage.

Mais bientôt une autre affaire va occuper BHL, malgré l'heure indue à laquelle Chassevent lui confie le problème. Il est dix-huit heure, l'heure de regagner ses pénates, et pourtant il doit se rendre à Iscampville, constater le décès d'un Roumain par inhalation de monoxyde de carbone. Pour BHL, malgré la mise en scène, il s'agit d'un meurtre. La soirée pépère qu'il s'était promise est fortement compromise, et pour se réconforter, il s'enfile quelques calvados derrière la cravate. Une façon comme une autre de fêter le premier samedi de l'an neuf.

Toutefois, malgré les réticences de Chassevent, lequel préfère déguster béatement son whisky affalé dans son fauteuil, BHL continue son enquête sur la mort de Tudor Lupu, ne négligeant surtout pas l'aide que peuvent lui apporter Clarisse, agoraphobe se cantonnant dans un travail de recherches bureaucratiques, ou encore Justin son adjoint auquel il remonte souvent les bretelles.

Par Clarisse, BHL apprend que le compte bancaire de Lupu était plus que confortablement approvisionné. Cinq cent mille euros, ce n'est pas une petite somme, même si Lupu fut vingt ans auparavant un joueur de hand-ball renommé et de haut niveau. Et comme dit Clarisse, qui lui rappelle qu'à cette époque, les forçats du ballon touchaient peanuts :

Mais si, souviens-toi, c'était avant que les télés s'emparent du sport et le travestissent en un spectacle pour débiles d'où le bon gros flouze coule à flots.

Donc Lupu était comblé financièrement mais il n'existait aucun signe extérieur de richesses. C'est ainsi que BHL oriente son enquête vers la municipalité qui l'employait à des travaux divers et comme entraîneur de l'équipe locale de hand-ball. Et notamment des conseillers municipaux prospères, qui sont tout ébaubis.

Un autre Roumain est lui aussi retrouvé mort. Mais cette fois le meurtre ne fait aucun doute. Il y aurait-il corrélation entre les deux ? Un commissaire de Paris, vindicatif et arrogant, est dépêché sur place car l'homme n'était que de passage à Rouen, accompagné de prostituées. Du coup Chassevent se hausse du col devant la Fistule, c'est le surnom donné à ce policier imbu de sa personne, et relègue BHL au rôle de petit inspecteur de province ne sachant pas prendre de décisions.

Pourtant BHL, pugnace, tenace, ne veut pas en rester là. Il appréhende un gamin, d'origine portugaise, le prenant sur le fait en train de chouraver un sac à main, fait connaissance de sa mère, une brave dame en manque d'affection, de la chef de bande, une gamine qui se déclare végétarienne et méphistophélique, plus quelques autres personnages hauts en couleur et va se trouver dans des situations plus ou moins plaisantes.

 

Roman ébouriffant, aussi bien dans sa construction, dans son style, dans les scènes parfois épiques qui se glissent dans la narration, dans les petites phrases chocs et dans la description des personnages, Un temps de chien ! fait penser, toutes proportions gardées Pascal Jahouel possédant son propre univers, à un ouvrage qu'auraient écrit en commun Frédéric Dard et San Antonio. Je sais ils ne faisaient qu'un mais leur approche littéraire était très différente.

Dans un mélange de français châtié, à la limite trop fignolé, et d'argot plus ou moins récent, Pascal Jahouel a réussi la gageure d'un roman policier moderne écrit à l'ancienne et dont le style narratif fait parfois passer au second plan l'enquête. Ainsi si vous n'êtes jamais allé dans une jardinerie, ou si vous y aller de temps à autre les yeux fixés uniquement sur l'objet de vos désir, je vous conseille de suivre le parcours décrit par Pascal Jahouel, et vous découvrirez ce magasin avec un œil neuf et circonspect.

Voir également l'avis de Pierre F. Sur BlackNovel1

A découvrir également le précédent roman de Pascal Jahouel :

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien ! Collection Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 28 aout 2015. 240 pages. 18,00€.

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 16:25

Un train peut en gâcher un autre...

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté.

Surnommé Le Poulpe à cause de la longueur démesurée de ses bras, Gabriel Lecouvreur, est une sorte de justicier des temps modernes, quoiqu'il s'en défende.

Il ne se "considère pas comme le vengeur masqué mais comme quelqu'un qui contrebalance la vacherie du monde en tatanant quelques indélicats, en remettant des salauds sur le chemin de la rédemption, en expérimentant une technique toute personnelle de reprise individuelle".

C'est en lisant les quotidiens dans un café proche de son domicile parisien que Gabriel dit Le Poulpe relève les anomalies d'un système auquel il ne collabore pas.

Ainsi lorsque deux adolescents sont retrouvés près de Dieppe, enchainés à des rails, écrasés par un train régional, une lettre de suicide écrite à l'intention de leurs proches laissée près du ballast, il subodore une supercherie et un meurtre déguisé.

Il ne se sentira satisfait et l'esprit en repos que lorsque cette affaire sera résolue. Dans la discrétion, et pour son plus grand profit parce qu'il faut bien vivre.

Pour cela et à l'instar de ses prédécesseurs mythiques et auxquels on pourrait le comparer, de Robin des Bois à Arsène Lupin, en passant par le Saint et quelques autres, il change d'identité et devient tour à tour journaliste, chercheur au CNRS, ou tout autre quidam dont la présence sur les lieux de l'évènement litigieux requiert un incognito en béton.

Il enquête en marge de la police, mais force reste à la justice. Profondément humain, il se positionne politiquement à gauche, combattant l'extrême-droite, un état d'esprit qui reflète celui de ses auteurs. Malheureusement il confond Maurice Leblanc et Gaston Leroux, attribuant la paternité d'Arsène Lupin au second.

 

Un nouveau personnage somme toute sympathique dont les aventures nous seront narrées à visage découvert.

En effet Jean-Bernard Pouy, s'il est l'instigateur de cette série n'est pas seul pour relater les prochains épisodes du Poulpe. Serge Quadruppani, Patrick Raynal et d'autres, se sont attelés à l'écriture de cette saga, chacun dans son style. Tout en respectant une ligne de conduite, une bible, ils apportent leur sensibilité, leur vision, leur humour, sans trop modifier les traits physiques et moraux du héros. A suivre ...

Réédition collection Librio. 1998.

Réédition collection Librio. 1998.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté. Collection Le Poulpe N°1, éditions Baleine. Parution septembre 1995. 158 pages. 5,95€.

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