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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:13

Aucun rapport avec la Pop-star britannique !

Elton JONES : Tu vas payer !

Vous ne savez pas qu'il ne faut jamais rien dire aux journalistes... surtout quand ce sont des femmes ?

L'homme qui rabroue ainsi Bob Jozan n'est autre que son patron, Raymond Lacy, un détective privé qui commence à avoir une certaine notoriété.

Bob Jozan, gamin mi-Irlandais mi-Français, est bavard, gaffeur. Et s'il possède des intuitions étonnantes, il lui arrive de saboter les enquêtes de Lacy, tout en lui fournissant des révélations qui au bout du compte se révèlent payantes.

Lacy doit quitter Nice, après avoir effectué avec réussite la mission qui lui avait été confiée, et regagner Londres, mais Bob interrompt son travail de rangement vestimentaire dans les valises adéquates, lui annonçant qu'il vient de lui prendre un rendez-vous pour une affaire importante. Lacy se méfie, Bob a l'habitude de lui dégoter des affaires qui sont toujours importantes mais se révèlent banales. Pourtant lorsqu'il apprend le nom de son futur client, le détective décide de sursoir à son départ et d'écouter les desiderata de son assistant.

Le beau-père d'Hervé, un des copains de Bob, a reçu des lettres de menace de la part d'un de ses anciens employés. Il n'en sait guère plus aussi le mieux pour Lacy est de se rendre à Grasse rencontrer Marcellini-Diaz, le destinataire des missives, qui dirige une grosse usine de parfumerie. Comme Lacy ne refuse jamais une possible rentrée d'argent, dès le lendemain direction la ville des parfums à bord d'un autocar. Mais auparavant il se renseigne auprès d'un inspecteur de police et d'un rédacteur en chef d'un journal local.

Roger Téry, condamné à quinze ans pour le meurtre de sa femme en 1947, vient d'être libéré. Il était l'inspecteur des ventes de Marcellini-Diaz mais il a toujours nié être le meurtrier.

Bob, insouciant, ne peut s'empêcher de faire la cour à deux jeunes filles qui voyagent en leur compagnie. Sido est reporter aux Nouvelles Niçoises et sa compagne, âgée de seize ou dix-sept ans, est présentée comme photographe. Elles doivent effectuer un reportage sur les vieux moulins à huile. Sido en profite pour leur demander s'il serait possible d'écrire un papier sur l'usine de parfumerie.

Marcellini-Diaz donne toutes les explications possibles, du moins ce qu'il en sait vraiment, sur cette affaire et sur Roger Téry, un homme aimable, leur montre également les lettres de menaces, et surtout avoue qu'il était l'amant de la femme du meurtrier présumé.

 

Une histoire simple, sans chichis, qui tourne autour d'un drame familial, comme souvent, avec des rebondissements et une chute logique mais pas téléphonée. Pourtant l'auteur, outre la déclaration émanant de Lacy, placée au début de cet article, procède avec un humour involontaire.

Ainsi Sido, la jeune journaliste, à la question de Bob leur demandant :

Votre journal ne vous donne pas de voiture ?

Sido répond en toute ingénuité :

Il faut se mettre à genoux devant le rédacteur en chef, l'administrateur et les chauffeurs pour en avoir une. Nous préférons prendre le car.

Une réponse pour le moins ambigüe qui ferait gloser dans les chaumières de nos jours.

 

Mais qui est cet Elton Jones qui ose mettre de telles réparties dans la bouche de jeunes filles ?

Un écrivain qui a produit de nombreux romans policiers et sentimentaux, sous les pseudonymes de Tony Guilde, Patrick Regan ou encore Gilles Grey, et qui s'appelait Gilette Ziegler, décédée en1981.

Archiviste-paléographe et historienne, cette Niçoise qui fit partie de la Résistance, commença à écrire en 1941 pour diverses maisons d'éditions en zone libre puis chez Ferenczi, Jacquier ou encore Julliard. Son dernier roman policier connu, Le bois du silence parait chez EFR en 1963 puis elle revient à la rédaction d'ouvrages historiques dont Les coulisses de Versailles et Les Templiers.

Malgré son prénom, les romans de Gilette Ziegler n'étaient pas rasoir.

Elton JONES : Tu vas payer ! Collection Mon Roman Policier N°519. Editions Ferenczi. Parution 1er trimestre 1958. 32 pages.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 14:10

Et pourtant, il parait qu'il vaut mieux avoir de

mauvaises critiques que pas de critique du tout...

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant

Un critique, de romans policiers ou autres, cela aide un auteur à se faire connaître du grand public. Nous sommes d'accord. Mais qu'il dénigre systématiquement la production littéraire d'un romancier, cela va bien un certain moment, mais au bout d'un certain temps l'écrivain ainsi incriminé commence à voir rouge.

Et pour Mallory, romancier qui passe à côté de la célébrité à cause d'un tordu du nom de Kirk Rath, cette situation devient vite intolérable.

Ce n'est pas parce qu'il n'est pas le seul à être dans ce cas de figure, que ses confrères eux aussi sont en butte au même genre de sarcasmes, que cela lui met du baume au cœur. Et s'il ne se contrôlait pas, sûr que Kirk Rath passerait un mauvais quart d'heure s'il avait l'occasion de l'avoir en face de lui.

Invité à une murder-party, espèce de jeu de rôle grandeur nature dans lequel les participants à cette réunion sont les suspects, l'assassin et la victime d'un meurtre supposé, Mallory retrouve quelques-uns de ses confrères qui sont également des amis pour la plupart.

La présence de Kirk Rath porte l'atmosphère à son paroxysme. Heureusement celui-ci n'est là que pour quelques heures, ayant été désigné pour figurer la victime. Une hypothèse que beaucoup de personnes présentes aimeraient bien voir tourner à la réalité.

D'ailleurs Mallory, de la fenêtre de sa chambre, croit assister à l'assassinat de l'odieux personnage. Hélas, ce n'était qu'une mise en scène ! Quoi que...

 

Il y a bien longtemps que je ne m'étais autant amusé à la lecture d'un romans policier. L'humour y est présent à tout instant, et personnages fictifs et réels s'entremêlent habilement.

Max Allan Collins, qui nous avait habitué à la reconstitution des années 1930, de la prohibition, et de la grande époque des Dillinger, Al Capone ou Elliott Ness, a écrit avec Un week-end tuant un excellent roman qui aurait mérité d'obtenir le Prix du Roman d'Aventures 1989.

Mais on peut toujours se demander s'il n'existe pas un fond de vérité dans cette intrigue, et si Max Allan Collins ne désirait pas régler quelques comptes, quelques divergences avec un chroniqueur littéraire.

 

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant (Nice Weekend for a Murder - 1986. Traduction de Georgia Etienne). Le Masque jaune N°1966. Parution septembre 1989.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:16

Ne scintille plus...

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Décidément, il ne fait pas bon travailler comme femme de service dans les hôtels américains. Quand elles ne sont pas agressées par un individu lubrique, elles découvrent un cadavre !

Seulement celui qui vient d'être repéré n'est pas mort béatement dans son lit, même s'il a participé à une séance de copulation auparavant. L'homme bâillonné est attaché par les membres aux montants du lit, il a été éventré et émasculé d'une soixante de coups de couteau, l'arme enfoncée dans l'anus. Il existe de meilleurs endroits pour ranger ce genre d'ustensile de cuisine.

Sean Madden, de la section homicide du LAPD de Los Angeles, et son coéquipier Carlos Gomez sont chargés de cette affaire peu banale. Tout d'abord il leur faut éplucher les séquences vidéo provenant des environs de l'hôtel ou de l'établissement même. Ils repèrent une femme blonde accompagnant Paul Gamble, le défunt, mais les images sont floues. De plus cette femme prend soin de cacher son visage derrière des lunettes noires grand format, ne se montrant jamais de face.

Les premières constatations dans la chambre du crime ne sont guère positives, rien n'ayant été laissé au hasard par la meurtrière. Seules quelques empreintes sur la moquette permettent de penser qu'un trépied y avait été installé, afin de procéder à un enregistrement des ébats meurtriers.

Ils se renseignent également auprès de l'épouse de Gamble, un riche entrepreneur qui a monté une start-up informatique qui engrange les bénéfices. Auprès de la secrétaire de Gamble, ils apprennent que l'homme était une bête de sexe, qu'il l'avait violée à plusieurs reprises, ainsi que de jeunes stagiaires, les payant ensuite grassement pour qu'elles se taisent. Toutefois, la secrétaire découvre dans le coffre de l'homme d'affaire un CD montrant Gamble en pleine activité, avec elle mais aussi avec une autre jeune femme dans un endroit inconnu. Elle remet l'objet à Sean Madden et son coéquipier, ce n'est pas grand chose, mais les petites informations, révélations mises bout à bout peuvent faire avancer l'enquête.

Toutefois Sean Madden doit déranger car en sortant d'un cinéma il aperçoit une voiture, une femme blonde à l'intérieur et un tuyau qui dépasse comme s'il s'agissait d'un fusil. Le bon réflexe consiste à se coucher sur le trottoir, à l'abri, ce qu'il fait. Il est sain et sauf, mais une jeune asiatique en subit les dommages collatéraux. Elle n'est que blessée, il appelle les secours et va même lui rendre visite à l'hôpital.

 

La veille de la découverte du corps de Gamble, Michael Singer, un reporter-photographe spécialisé dans la traque des vedettes de cinéma. Il possède de très nombreux informateurs qui lui fournissent d'amples renseignements ou l'aident dans ses démarches, des policiers et un informaticien rasta, genre baba-cool adepte de la fumette notamment. Chasseur de scandales il est rémunéré par la presse à sensation, ce qui lui permet de payer ses indics en conséquence.

C'est ainsi qu'il apprend par un policier que Naomie Jenkins, une vedette d'un journal télévisé, a été kidnappée puis violée. Elle a été droguée et s'est réveillée dans un hangar dans une zone industrielle, mais elle ne se souvient de rien. Cette fois il ne s'agit plus pour Mike Singer d'une affaire croustillante mais bien d'un acte répréhensible et il comprend fort bien que les médias n'en aient pas été informés. Il va mettre tout en œuvre pour découvrir qui sont ses ravisseurs violeurs, touché par la grâce et la dignité de la jeune femme. Il en devient même secrètement amoureux.

En remontant la filière grâce à ses contacts, il va se trouver au cœur d'une sombre histoire de films pornographiques.

 

Deux enquêtes qui vont bientôt converger, des hommes étant retrouvés assassinés dans les mêmes conditions que Gamble, et des femmes ayant subi des viols selon les mêmes méthodes endurées par Naomi Jankins.

Un roman qui débute en mode diésel, avec de très nombreuses digressions, explications, mais qui peu à peu s'emballe pour finir en trombe, comme une course contre la montre en côte.

Sean Madden le policier, et Michael Singer le paparazzi, tiennent une place importante, pour ne pas dire prépondérante dans ce récit, aussi bien dans leurs recherches, leur quête, que par leur charisme.

Ivan ZINBERG : Etoile morte.

Sean Madden, est devenu orphelin très jeune, ses parents étant décédés dans un accident de voiture. Mais s'il s'est retrouvé seul, placé en orphelinat, il a eu la chance, si l'on peut dire, de ne pas être démuni, ses parents étant extrêmement riches. Mais il a décidé de travailler, et le métier de policier l'a attiré pour diverses raisons. Il habite la Chemosphère, une construction d'architecte, mais il ne fait pas étalage de sa richesse. Il vit seul, ayant eu une compagne mais celle-ci l'a quitté. Il ne boit pas d'alcool, ne se drogue pas, un homme normal en quelque sorte.

Michael Singer lui aussi est un solitaire, ne vivant que pour son travail de reporter journaliste. Il a su s'entourer d'hommes et de femmes qui sont devenus des complices, mais dans cette affaire il se prend pour un enquêteur, une sorte de détective privé, attiré sentimentalement par Naomi Jenkins et lui vouant une forme de culte.

Les deux enquêtes, totalement différentes au départ, vont converger avec comme point commun Gamble, car les motivations des différents protagonistes se rejoignent, s'aimantent, comme le Bien et le Mal s'attirent justement à cause de leur antagonisme. Deux aiguilles d'une horloge, placée sur un pivot central érectile, qui au départ vont dans des sens opposés, se rejoignent, se superposent puis reprennent leur course dans le temps.

Si les descriptions sont travaillées, sérieuses, minutieuses, détaillées, parfois de façon clinique, minutées, permettant de visiter les différents quartiers et villes qui composent Los Angeles, les traits d'humour et les allusions ne manquent pas. Ainsi Sean Madden est allé voir Bleu Bell, l'adaptation longue de 37.2 le matin, et en sortant du cinéma il distingue une voiture avec la femme blonde à l'intérieur. Ceci ne vous rappelle rien ? Mais si, le roman de Sébastien Japrisot, La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, adapté plusieurs fois au cinéma !

 

N'hésitez pas a visiter le site des éditions Critic, vous trouverez quelques jolies pépites...

Ivan ZINBERG : Etoile morte. Thriller. Editions Critic. Parution le 5 novembre 2015. 478 pages. 20,00€.

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 12:06

Les médicaments génériques sont-ils

des contrefaçons ?

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh.

En 2008, le jeune Pram Rainsy, voyou canadien d'origine khmère, en délicatesse avec les autorités de son pays, s'associe avec l'Oncle, criminel réputé, afin de fabriquer de faux médicaments. Les chiffres qu'il avance sont sans contestation, il y a de quoi se faire beaucoup d'argent. Ainsi pour une mise de mille dollars, le profit escompté dans le trafic de fausse monnaie est estimé à vingt mille billets verts, tandis que dans la contrefaçon de médicaments, cela peut s'élever jusqu'à quatre cent cinquante mille dollars. Il suffit juste de choisir de fabriquerr un médicament populaire et le tour est joué.

Quatre ans plus tard, les autorités policières, et plus particulièrement la division IV, service luttant contre la contrefaçon de médicaments, est alertée. Des antidépresseurs seraient à l'origine d'une mortalité inquiétante. Un incident mortifère empoisonnant pour l'Oncle qui avait misé sur ce profit en élaborant dans un laboratoire semi-clandestin des médicaments théoriquement inoffensifs, des placebos ou des produits pouvant être utilisés sans aucun impact négatif.

Le général de la police cambodgienne, You Philong, dirige également cette division IV qui possède en son sein quelques éléments extérieurs. Ainsi Alexis Renouart, bientôt quarante ans, policier français travaillant pour l'ambassade de l'Union européenne au Cambodge, en est le conseiller technique. Il est ami avec Sam Sonn, un policier local. Le sexagénaire Bob Farnhost est lui aussi conseiller technique et est payé par un consortium d'entreprises pharmaceutiques américaines. Pour ne citer que les principaux membres de cette division spéciale.

Tandis que les forces de la division IV essaient de remonter la filière de distribution et celle de fabrication des médicaments mortels, Rainsy le neveu et Vorn Vitch, un collaborateur de longue date du contrefacteur, se disputent la prépondérance au sein de l'organisation dirigée par l'Oncle.

 

Est-ce l'influence asiatique exercée sur l'auteur, qui a vécu durant de longues années au Cambodge, mais cette histoire traîne longueur comme les palabres qui s'échangent lors de négociations, de longues heures de discussions pour arriver parfois à pas grand-chose. En réduisant de moitié la taille de ce roman, cette intrigue aurait gagné en puissance.

Dès le début, le lecteur habitué à dévorer des romans policiers se doute de l'identité de l'Oncle, d'autant qu'il n'est pas indiqué dans la liste des personnages principaux. Donc l'un d'entre eux joue un double-jeu.

Le principal intérêt ne réside donc pas dans la construction et la résolution d'une énigme, mais dans la description d'un pays déchiré entre la présence et l'influence encore importante des Khmers rouges, et entre les rapports des Cambodgiens avec leurs voisins chinois et vietnamiens. La trame policière n'est que le vecteur d'une narration géopolitique et socio-économique concernant un pays en pleine mutation.

Mathias BERNARDI : Toxic Phnom Penh. Le Masque Poche N° 67. Prix du roman d'Aventures. Parution le 3 juin 2015. 480 pages. 7,90€.

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 16:17

Et n'oubliez pas de vous essuyer les pieds par la même occasion !

Jérôme ZOLMA : En main propre !

Parfois il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche (ou dans celle de sa copine) avant de prononcer des phrases qui peuvent faire mal, même si l'on n'a pas l'intention de nuire ou de vexer son interlocuteur.

Clerc de notaire chez Maître Bergeaud, à Avignon, Ilyès Janin-Zenati est surpris et agacé lorsque son patron lui dit :

Ilyès ? Vous êtes Algérien, vous, non ?

Le jeune homme lui répond sur le mode poli, mais cinglant, que non, il est Français mais d'origine algérienne par son père. Ce pourrait être un point final, mais le notaire enfonce le clou :

Oui, j'entends bien. Mais vous êtes quand même un petit peu Algérien.

Tout ça pour savoir si un voyage sur la terre de ses ancêtres plairait à Ilyès et s'il parle arabe. Car Maître Bergeaud veut confier une mission à son jeune clerc, une mission dont il n'aura la teneur que le lendemain, lors de l'ouverture du testament Daniel Genovese.

Le défunt ne lègue à ses deux neveux, les seuls héritiers, que des bricoles, le mas qu'il possédait dans les Alpilles devenant la propriété de Noël Ramon dont le dernier domicile connu se situe à Tizi-Ouzou. Et Ilyès est chargé de contacter ce Noël Ramon, sur place, car il ne possède pas le numéro de téléphone et les policiers locaux ne semblent guère intéressés à aider dans ses démarches un notaire Français.

Genovese, soixante-douze ans, se serait tué en tombant d'une échelle. Son héritier est un ancien camarade de régiment, resté sur place après la fin des hostilités en Algérie.

Ilyès est chargé de famille depuis la mort de son père dix ans auparavant. Son jeune frère Nouredine, bientôt quatorze ans, lui cause bien des soucis. Alors qu'il n'avait que onze ans, son instituteur avait découvert du shit dans son cartable, et depuis Nouredine traficote toujours au grand dam de sa mère et d'Ilyès. Pourtant celui-ci aimerait bien que le frérot s'amende, d'autant qu'il fréquente Céline, une jeune fille bien sous tout rapport, sa Gauloise comme disent les jeunes et moins jeunes de la cité. Le père est hypocondriaque, ça se soigne, et surtout il n'aime pas les Arabes tout en affirmant qu'il n'est pas raciste.

 

Il faut remonter quarante trois ans en arrière, en juillet 1962 exactement, alors que Noël Ramon et Daniel Genovese, complices sur le terrain et dans les mauvais coups, avaient spoliés un riche colon, lui barbotant ses lingots d'or, et lui prenant la vie par la même occasion. Daniel Genovese était rentré en France comme un bon petit soldat tandis que Noël Ramon, sur qui les soupçons policiers s'étaient focalisés, a préféré rester sur place, en changeant son nom.

Depuis, ils correspondaient épisodiquement, Daniel Genovese étant le dépositaire de la part de lingots de son copain.

Mais tout ceci, Ilyès ne le sait pas encore, seulement la mort prématurée de Daniel Genovese le tracasse. Il se rend donc en Algérie sur la terre de ses ancêtres, comme lui a dit son patron de notaire. Ses recherches se révèlent ardues, d'autant que peu après il se trouve flanqué du père de Céline, lequel est trop souvent dans ses jambes et le gêne plus qu'autre chose.

 

La guerre d'Algérie, les événements d'Algérie comme il était de bon ton d'appeler cela à l'époque, a provoqué des plaies qui se cicatrisent difficilement, et de temps en temps, cinquante ans plus tard, elles se réveillent provoquant quelques purulences.

Zolma nous décrit avec pudeur et sans parti pris cette histoire, qui oscille entre 1962 et 2005, sans forcer le trait d'un côté comme de l'autre.

Les événements décrits ne sont guère en faveur ni des uns ni des autres. Les Algériens étaient traités de terroristes alors qu'ils souhaitaient tout simplement recouvrer leur liberté, leur autonomie, parfois dans des circonstances extrêmes et avec des moyens belliqueux, tout comme les Résistants français affrontaient les hordes nazies durant la Seconde Guerre Mondiale, employant des méthodes de tortures ne faisant pas partie de l'arsenal guerrier. Mais certains militaires Français, et surtout leurs chefs ne s'embarrassaient guère de scrupules non plus, usant de méthodes similaires proscrites par la déontologie martiale.

Quant aux colons, implantés en Algérie depuis plusieurs générations, si certains essayaient de vivre en bonne intelligence avec les autochtones, d'autres se conduisaient en véritables esclavagistes ne se rendant pas compte qu'ils étaient à l'origine de ce conflit meurtrier.

Mais le parcours d'Ilyès prend également une grande part dans ce récit, plongé dans une enquête riche en péripéties, colportant avec lui ses propres soucis familiaux et se trouvant en butte aux idées préconçues et aux déductions hâtives, comme le décrit si bien le premier chapitre.

Un Zolma grand cru !

 

Voir également l'avis éclairé de Claude Le Nocher sur Action-Suspense :

Jérôme ZOLMA : En main propre ! Editions Lajouanie. Parution 7 mai 2015. 234 pages. 18,00€.

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 10:45

Bon anniversaire à Eric Legastelois,

né le 9 décembre 1958

Eric LEGASTELOIS : Putain de cargo !

Lucas, le capitaine du Kéops, cargo rouillé qui outre ses activités officielles transporte parfois des matières illicites le long des côtes d’Afrique occidentale, se réveille avec un mal de tête dû à une trop grande absorption de whisky, son péché mignon.

Dans les mains le scalp de Camilla, sa maîtresse de Tenerife. Que fait donc cette chevelure entre ses mains ?

Pas le temps de se poser la question, le commandant Kavadias, un Grec avec qui il partage depuis des années ses aventures maritimes, a besoin de lui. Mais pourquoi le cadavre du bosco, qui pour se faire soigner une maladie dite honteuse devait être chez un toubib et rejoindre le rafiot plus tard, est-il retrouvé dans la chambre abritant l’ancre marine, écrasé comme une galette ?

Le commandant Kavadias est réputé pour son penchant énamouré envers les jeunes filles et même plus jeunes, mais que font les passagères clandestines dans les soutes ?

Autant de questions que le capitaine aura à solutionner entre deux bouteilles de whisky, accessoirement deux lignes de coke, histoire de mieux s’embrumer l’esprit et réfléchir après coup (ce n’est qu’une image, quoique…) et quelques cadavres supplémentaires.

 

Putain de cargo ! (d’accord le titre est un peu racoleur, d’ailleurs mon petit-fils qui sait à peine lire voulait le bouquin uniquement à cause du titre, c’est vous dire !) est une œuvre mi-fiction, mi-autobiographie.

Peut-être est-ce pour cela qu’il accroche autant le lecteur, avec une force d’évocation surprenante, qui par certains côtés rappelle l’ambiance étouffante, poisseuse, des romans de Georges Simenon, ou de ses mémoires, qui ont pour décor les côtes africaines.

Mais outre l’ambiance on retiendra cette forme de déchéance, ce lent plongeon vers l’enfer que seul l’esprit d’une femme aimée pourrait oblitérer. Un roman, puissant même si cette déchéance ne paraît pas toujours crédible, le capitaine d’un cargo possédant des responsabilités qu’il doit assumer, l’esprit clair et dégagé.

Réédition J'Ai Lu septembre 2000. 126 pages.

Réédition J'Ai Lu septembre 2000. 126 pages.

Eric LEGASTELOIS : Putain de cargo. Collection Pique rouge. Editions Atout. Parution mai 1998. 170 pages.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 14:55

Aime et rôde...

Marie WILHELM : La petite musique de mort.

Un inconnu s'est infiltré dans l'appartement dans lequel Jonathan joue seul. L'homme est un ogre qui casse tout, vandalise, déchiquète, à la recherche d'un objet.

Caroline vient de finir son service de nuit dans le bar où elle travaille afin de compléter son salaire. Elle est obligée de laisser son fils seul durant quelques heures.

 

Cinq ans auparavant, Caroline vit à la Martinique, où elle est née, son père dirigeant une grosse entreprise d'import-export de fruits. Elle est heureuse, insouciante, du haut de ses quinze ans de magnifique jeune fille rousse. Elle écoute en boucle un vieux CD de Cabrel, Je l'aime à mourir, que lui a prêté son amie Roseanne et en échange elle lui a confié une boîte à musique, à laquelle elle tient beaucoup.

Ce jour là ses parents organisent une fête, comme souvent, mais son père semble soucieux. Elle part se baigner mais un hurlement de terreur retentit. Elle regagne vite le rivage, aperçoit sa mère dans une flaque de sang, égorgée. Son père l'entraîne rapidement vers la maison mais sur le seuil une main se plaque sur sa bouche, perd connaissance tandis que son père est assommé.

Lorsqu'elle sort de son évanouissement, elle est à côté de son père mort. Nouveau choc vite réprimé par une main qui lui enfile une cagoule sur la tête.

Jim, son kidnappeur et auteur du massacre est à la recherche d'émeraudes, une mission que lui a confiée un nommé Pelletier, un trafiquant. Jim se rend compte qu'il a saboté son travail, n'ayant pu mettre la main sur les pierres précieuses. Le calvaire de Caroline va durer plusieurs semaines au bout desquelles elle parvient à s'échapper. Elle plonge à la mer au large des côtes californiennes et est récupérée par un garde-côtes.

Les policiers n'ébruitent pas ce sauvetage, mais cela relance l'enquête dans la tuerie martiniquaise. Caroline, qui s'appelait Lassalle va devenir Caroline Dumaine. Elle récupère sa boite à musique auprès de Roseanne, seul objet précieux qui lui reste, les biens familiaux ayant été vendus pour rembourser les créanciers de l'entreprise de son père. Une grand-tante vient la chercher et l'emmène chez elle à Limoges, ville d'où était originaire sa mère. Mais Caroline est enceinte des œuvres malfaisantes de Jim. Au début elle n'accepte pas l'idée de porter un enfant du meurtrier de ses parents, mais à la naissance elle est émue par ce petit être fragile.

C'est ainsi que cinq ans après, se produit l'incident narré en début de chronique. L'inspecteur Bellevue, un jeune policier de vingt-deux ans, est chargé de l'enquête par le commissaire Méziane. Caroline et son gamin sont hébergés par Mama, une amie, mais elle n'en a pas fini avec ses ennuis. Voulant récupérer quelques affaires elle tombe sur la cadavre de monsieur Tsao, son voisin, un vieux monsieur affable, victime de Jim qui a retrouvé la piste de Caroline alors qu'il la croyait noyée.

Pendant ce temps, la bonne ville de Limoges est secouée par des affaires de disparitions et de meurtres de jeunes filles rousses. Le commissaire Bertrand Savigny du SRPJ est chargé de résoudre cette énigme, et en plus de ses deux adjoints, il est assisté d'une stagiaire, Nathalie Fontenay, qui va se montrer très précieuse dans la résolution de l'enquête qui rejoint, le lecteur s'en doutait, celle dont est chargé Bellevue.

 

Une histoire narrée avec pudeur, sans trop de détails morbides, suffisamment explicite pour que le lecteur se sente ému, touché, consterné parfois, concerné par cette jeunesse maltraitée. Caroline à vingt ans n'est pas encore vraiment mûre ou l'est trop à cause des avanies subies. Malheureusement elle n'en a pas fini avec son psychopathe qui est tombé amoureux d'elle, du moins de son image, et en même temps ressent un sentiment de vengeance envers celle qui a réussi à le fuir.

Deux enquêtes qui se télescopent, menées par des policiers qui ne se prennent pas pour l'inspecteur Harry. Et qui comportent de très nombreuses péripéties mouvementées, tragiques.

Marc Bellevue débute dans la profession tandis que Savigny est marié et père de famille. Il ne rechigne pas au travail et aimerait passer plus de temps en famille. Son rêve, faire une coupure d'une semaine et aller en Jordanie en compagnie de Béatrice son épouse.

Outre les personnages de policiers, n'oublions pas Nathalie et les autres qui tous jouent un rôle prépondérant, chacun à leur manière et selon leurs possibilités, ce sont bien Caroline d'un côté et Jim de l'autre qui accaparent l'attention. Caroline marquée à vie et dont les réactions surprennent, parfois défavorablement. Jim le psychopathe qui incarne le Mal sans espoir de rédemption.

L'une de mes marottes, je n'y peux rien j'ai une petite calculette greffée dans la tête, est de comparer les dates et de relever les incohérences. Ainsi Marc Bellevue est âgé de vingt-deux ans. C'est écrit en toute lettres. Or page 55, on peut lire : La jeune femme (Caroline) qu'il devait interroger avait quatre ans de moins que lui. Sauf que Caroline au début de l'histoire a quinze ans et que cinq ans se sont passés depuis. Si je calcule bien, cela devrait lui faire vingt ans, donc pas quatre ans de moins que Bellevue. Ce n'est qu'un petit détail.

Un autre détail, géographique celui-là, m'a chiffonné. Le commissaire Méziane, dans le cadre de l'enquête téléphone à ses collègues de Pointe-à-Pitre afin d'obtenir des renseignements sur Caroline. Et il est agacé car les précisions demandées ne lui sont pas fournies assez rapidement. Ce qui est normal, Pointe-à-Pitre se trouvant en Guadeloupe et non en Martinique. C'est comme ça que des enquêtes pataugent.

Marie WILHELM : La petite musique de mort. Sous-titré Traque à Limoges. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 208 pages. 10,90€.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:59

Tout dans la tête...

Michel AVERLANT : Rien dans les poches.

En ce dernier dimanche de septembre, la foule afflue dans le bois de Boulogne, en direction de l'hippodrome de Longchamp, afin d'assister, voire parier, à l'une des courses les plus prestigieuses de la saison : le Prix de la Ville de Paris.

Mais ce n'est pas pour placer, la plupart du temps à fond perdu, de l'argent sur un cheval que Marceau Laroche, détective âgé d'à peine trente ans, se rend sur le champ de courses, mais pour rencontrer Henri Maillard, un entraineur côté. Normalement il a rendez-vous le lendemain, chez lui à Maisons-Laffitte, seulement Marceau aime bousculer les conventions, n'agir qu'à sa guise, aussi il devance cet entretien en se rendant sur le lieu du déroulement des courses. Il veut faire la connaissance de son commanditaire afin de se faire une première idée.

Fringale, cheval entraîné par Maillard, est le favori logique et normalement la victoire ne devrait pas lui échapper. Tout le monde l'affirme.

Sa première intention en arrivant sur l'hippodrome est de se renseigner afin de rencontrer Henri Maillard mais c'est sur son fils Didier qu'il tombe. Un jeune homme qui dès le premier abord lui déplait, à cause de sa réaction envers les détectives privés en général, mais lorsque Marceau évoque sa mère, il devient plus aimable et volubile. Didier suit les traces de sa génitrice, Odette, qui fut une artiste, une comédienne incomparable, c'est ce qu'il affirme, avant d'épouser Maillard. C'est un comédien raté, qui monte des pièces de théâtre qui n'obtiennent aucun succès.

Enfin Marceau est en présence de Maillard qui est fort contrarié. Depuis des heures il recherche son premier lad, Ogier, qui a disparu. Mais il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur, la course dans laquelle est engagée Fringale va bientôt se dérouler. L'entraîneur a toutefois le temps de confier au détective que sa femme est dépensière, vivant dans un rêve de gloire et d'argent. Surtout il pense qu'elle est victime d'un chantage.

Bender doit monter Fringale, en tout bien tout honneur, mais c'est un jockey porté sur la boisson. Heureusement une fois en selle, c'est comme si l'alcool bu se dissolvait par miracle. Fringale a un handicap de trois kilos supplémentaires, et lorsque la course débute, elle prend de la distance, caracole en tête malgré les consignes de Maillard. Puis elle se fait rejoindre par l'autre favori, Fandango, les deux chevaux se trouvant à égalité, et alors que le poteau d'arrivée n'est pas loin, Fringale retrouve de la vitesse et gagne haut la main.

Tout le monde est content, jusqu'au moment où une réclamation est portée. Le cheval est disqualifié par les commissaires de course. Les trois kilos de plombs qui devaient se trouver dans les poches du tapis de selle n'y sont plus. Un affront que Maillard a du mal à digérer. Un sabotage. Bender, le jockey, Buchy le gâteux qui s'occupe de la sellerie, les principaux intervenants auprès du cheval n'y comprennent rien, et jurent leurs grands dieux n'être pour rien dans la disparition des poids retrouvés plus tard sur la piste. Les sacoches ont été ouvertes d'un coup de rasoir à leur insu.

 

Le lendemain Marceau arrive à Maisons-Laffitte après s'être entretenu avec Agnès, sa fidèle et dévouée secrétaire, et le pataquès débute, ou continue. Ogier est toujours introuvable, Odette fait une tentative de suicide par empoisonnement, à moins que ce soit une tentative de meurtre, et les événements se succèdent, tragiques, dans une ambiance délétère.

Marceau rumine car deux, voire trois, interrogations se pressent dans sa tête. D'abord concernant le suicide ou la tentative d'assassinat d'Odette. Ne serait-ce pas plus simplement une mise en scène élaborée par l'ancienne comédienne ? Ensuite l'histoire des poches éventrées devant contenir les lingots de plomb. Il est évident qu'à l'arrivée, lors du pesage, la manipulation devait être éventée. Donc logiquement Maillard n'a pas procédé à cette éventration, sauf s'il pensait pouvoir remettre subrepticement les barres afin que son cheval gagne, d'autant qu'il est catégoriquement contre les paris, soit de sa part, soit de la part de ses employés. Enfin quel est le rôle de Maria, cette gouvernante austère et grincheuse, au faciès de fouine noire, dont les rapports avec Odette sont pour le moins ambigus ?

 

Roman policier classique, Rien dans les poches entraîne le lecteur dans l'univers des champs de course. Sans emphase, rigoureusement écrit, Rien dans les poches met en scène un détective qui n'a pas encore la trentaine, mais se montre rigoureux, même dans ses relations avec Agnès, sa secrétaire et assistante, même si celle-ci aimerait bien des rapports moins professionnels.

Ce roman permet également de se rendre compte que par des faits, des événements, des réflexions ou observations émises par notre détective, la fin des années 50 et notre début de siècle est similaire.

 

Ainsi cette description de la banlieue à la fin des années 1950 :

Le soleil avait beau briller, il ne parvenait pas à égayer les mornes avenues de cette banlieue nord-ouest, une des plus sinistres qui soient. Boulevard de la République, boulevard de Verdun, Courbevoie, La Garenne-Colombes, Bezons : une longue succession de façades grises et sales, d'immeubles pelés, de cités ouvrières, de maisons anciennes et de pavillons modernes qui paraissaient déjà bons pour la démolition, d'ateliers, de garages, de bistrots tristes avec des clients plus tristes encore.

 

Ou cette déclaration émanant de Maillard mais qui pourrait être proférée par un représentant des Petites et Moyennes Entreprises de nos jours.

 

J'ai quarante-cinq employés aux écuries. C'est une charge très lourde étant la montée actuelle des salaires, l'argent que nous pompe la Sécurité Sociale et la multiplication des taxes qui nous accablent.

Michel AVERLANT : Rien dans les poches. Collection La Chouette N°80. Editions Ditis. Parution avril 1958. 192 pages.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 15:15

C'était un p'tit bonheur...

Georges-Jean ARNAUD : Le petit bonheur piégé.

Solange Simoni, mère célibataire d’un garçon de trois ans a compris trop tard pourquoi Pierre Lafitte, gérant d’une agence immobilière à Toulon, l’a embauchée.

Il s’intéressait plus à son enfant qu’à elle, même s’il l’a culbutée à quelques reprises sans passion. Seul le besoin que l’enfant l’appelle Papa comptait apparemment à ses yeux. Lors d’une virée, elle s’est endormie dans la voiture. Au réveil elle est seule perdue dans la montagne. Plus d’enfant, plus de patron.

Une disparition orchestrée avec traces de sang et une vieille machette retrouvée par les gendarmes. Suspecte elle passe quelques années en prison. Dix neuf ans plus tard, sortie de geôle et après divers boulots, l’envie de reconstituer son passé, de retrouver au moins Gilbert, la tenaille. Elle s’aperçoit qu’ils n’étaient qu’un leurre.

Philippe, alias Peter Bruckner, était un agent de la Stasi. Pour protéger sa compagne Agnès et ses enfants, il lui fallait s’inventer une famille fictive. Elle interroge Tata Marcelle, la nourrice de Gilbert qui a sombré dans l’alcoolisme, laquelle lui apprend que la propriétaire de l’agence était liée à Peter. Une piste qui semble coupée mais dont elle renoue les liens peu à peu pour retrouver l’oncle de celle qui vivait avec Peter, Alex, un apiculteur, braconnier, sauvage, cupide et libidineux.

Pendant ce temps Agnès est abordée par Michael qui est persuadé retrouver sa mère. Agnès a fui durant toutes ses années par monts et par vaux, retrouvant Peter quatre fois par an, à dates et lieux précis. Jusqu’au jour où Peter est décédé d’un cancer.

Gertrud, la mère de Peter, est, elle aussi, en France. Ancienne nazie, communiste fanatique, elle est à la recherche de documents, remontant le passé de son fils et de son petit-fils qui la déteste. Elle étrangle Tata Marcelle puis tue une belle-sœur d’Agnès. Solange extorque la vérité auprès d’Alex, mais il la maîtrise et l’enferme dans un puits.

 

Le petit bonheur piégé s’inscrit dans la veine du roman intimiste avec lequel Arnaud s’est forgé une solide réputation de chroniqueur de personnages en quête d’identité.

C’est également un retour en arrière, sur les agissements de la Stasi, la police politique Est-allemande, sur la chute du mur de Berlin et des espoirs que la destruction de ce symbole a suscités.

Sans oublier ce goût de la manipulation qui imprègne pratiquement tous les ouvrages de G.-J. Arnaud, avec en point de crête une mise en scène réglée au détail près, la description de sentiments exacerbés, de liens familiaux en déliquescence, une complexité d’intrigue savamment orchestrée, qui font passer en arrière plan et oublier cette distorsion dans le temps et les coïncidences qui amènent les personnages à se mettre en mouvement ensemble au même moment. Une réussite.

 

Georges-Jean ARNAUD : Le petit bonheur piégé. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°50. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1998. 350 pages.

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 16:43

Allumer le feu, allumer le feu...

Patrick S. VAST : Igneus.

En ce 31 octobre 2014, peu avant minuit, alors qu'il s'apprête à entrer chez lui, Aralf, musicien du Groupe ADRIAN, sent derrière lui une présence. Un homme demande à lui parler. Aralf est intrigué, il s'avance, un éclair jaillit, l'inconnu s'enfuit, Aralf n'est plus qu'une torche vivante, morte. Le quartier de Wazemmes à Lille est vraiment pittoresque.

Au même moment, dans un restaurant routier à la sortie de Tournai en Belgique, Jizza attend. Elle ne sait pas trop quoi. Elle a reçu un appel téléphonique lui demandant de se rendre au Trucker, ce qu'elle a fait, et depuis elle attend. A ce moment un homme entre dans le bar, émettant d'une voix tremblante cette litanie : C'est l'heure, oui, c'est l'heure...

Sur l'injonction du cabaretier l'homme s'esquive, désemparé. Une tragique histoire qui s'est déroulée trente ans auparavant, jour pour jour. A l'emplacement du routier s'élevait une discothèque, et dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1984, un incendie s'est déclaré, près de cent cinquante personnes, dont les quatre membres du groupe de rock métal qui effectuaient leur prestation, succombant sous la proie des flammes. En sortant du bar, Jizza est prise en charge par quatre jeunes hommes voyageant à bord d'un minibus. Dans l'habitacle elle entend une chanson qui lui remémore quelques souvenirs, Still loving you des Scorpions, mais légèrement transformée. Elle goûte à une cigarette améliorée que lui tend l'un des quatre chevelus qui portent en bandoulière une croix inversée. Lorsqu'elle se réveille elle est allongée sur un banc lillois.

Pendant ce temps, dans la campagne aveyronnaise, près de Vinérac, un gamin frappe à la porte d'une maison. Il grelotte, semble avoir peur et ne sait que dire au secours. Si la femme veut bien l'accueillir, l'homme le renvoie sèchement. Pour lui le gamin s'est échappé du centre du Ropiac, un lieu à la réputation sulfureuse. De nombreux gamins vivent dans ce centre particulier et comme Lucette, la fille de ce couple, y travaille, l'homme ne veut pas d'embêtement. Le gamin s'enfuit, peu après un coup de feu retentit dans la nuit.

 

Jizza est la guitariste chanteuse du groupe ADRIAN, et le capitaine Legrand, un policier lillois, lui apprend le décès par combustion d'Aralf. Jizza est effondrée, d'autant qu'en regardant une pochette de disque dans la collection de son père, elle reconnait les quatre membres du groupe Wild Mind. Ils ressemblent étrangement aux quatre garçons dans le van qui l'ont prisent en stop la nuit précédente.

A Toulouse, Xavier doit se rendre à Lille pour effectuer une nouvelle mission. Il vient d'en rater une mais son commanditaire exige qu'il renouvelle son expérience. Il possède une liste, sur laquelle figurait Arnaud Delattre, alias Aralf, mais également Jizza et son père. Le guide l'exige.

Lucette est amie avec Oriane, autre membre du personnel du Ropiac. Elle est au courant de la tentative d'évasion de l'un de leurs jeunes pensionnaires. Elles sont au service d'une secte sataniste et Oriane a prévenu Chastagne qui traque justement ce genre de groupuscules dont celle du professeur Soriot qui dirige Ropiac. Chastagne et Oriane ont beau se rendre à la gendarmerie de Rodez, puis s'adresser à un commissaire toulousain, rien n'y fait. Personne ne veut s'intéresser à leur histoire, tout juste si on ne les traite pas de fous paranoïaques.

Charles Manfret, qui dans sa jeunesse a joué dans un groupe punk, The Sox Guns (tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose, pas vous ?), se consacre désormais, toujours à la musique mais comme chroniqueur musical. Il apprend en lisant le journal le décès d'Aralf, ce qui ne l'intéresserait pas plus que ça si les noms de Jizza et surtout celui de Louis Genelli n'y étaient pas accolés. Or Louis Genelli, il l'a connu, beaucoup plus jeune.

 

Dans ce roman tout feu tout flamme, nous retrouvons le thème qui avait été développé dans le précédent ouvrage, Requiescant, celui de la combustion spontanée. Mais le développement est totalement différent, plein de bruit et de fureur, empreint de rock métal, celui qui a bercé nos années 70/80. La musique adoucit les mœurs, parait-il, mais ce n'est pas toujours vrai, lorsque d'autres éléments s'en mêlent.

Ainsi la présence satanique d'une secte n'est pas fortuite et Patrick S. Vast en démontre les dérives dangereuses, morbides, traumatisantes et funestes. Ainsi l'église sataniste créée par Soriot est calquée sur le modèle et les principes édictés par Anton LaVey.

Surtout lorsque des personnes appartiennent en même temps à des associations influentes, à but caritatif, comme la confrérie du Prisme de l'Eveil qui s'infiltre dans l'histoire. Une célèbre association internationale, le Rotary Club pour ne pas la citer, possède comme devise : Servir d'abord. Ce qui est louable en soi. Mais il ne faut pas oublier cette devise secondaire qui dit : Qui sert le mieux profite le plus. Or sous des dehors de solidarité envers les autres, c'est bien la solidarité envers ses propres membres qui prévaut, jusqu'au plus haut de la pyramide sociale. Servir l'intérêt particulier passe avant l'intérêt général. Je parle bien entendu du Prisme de l'Eveil, n'allez pas me prêter de mauvaises intentions.

 

Igneus est un excellent roman qui en deux cents pages narre une histoire foisonnante, musicale, flamboyante, et Patrick S. Vast démontre que point n'est besoin de noircir une multitude de feuillets inutilement pour parvenir au but premier : divertir le lecteur. Il ne s'embarrasse pas de digressions oiseuses et longuettes pour expliquer les faits et gestes des satanistes, il les évoquent tout simplement et cela ne nuit en rien à la narration. Au contraire, celle-ci est plus fluide, plus rapide.

Il est amusant de noter que bon nombre de personnages sont maigres, efflanqués, habillés de noir, et à chaque j'avais l'impression d'être face à des clones de Iggy Pop.

 

Patrick S. VAST : Igneus. Editions Fleur Sauvage. Parution le 10 novembre 2015. 208 pages. 16,40€.

Existe en version Kindle : 9,99€.

 

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