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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 09:09

Ce n'est pas parce que je ne suis pas un numérique pratiquant, que je dois passer sous silence des rééditions intéressantes. Dont acte.

Patrick ERIS : Le Chemin d’ombres.

Un coin de verdure dans la campagne anglaise, un manoir d’architecture victorienne, tel est l’endroit rêvé pour accueillir en toute sérénité des congressistes. Loin du tumulte londonien consécutif aux prises de décisions gouvernementales, des restrictions budgétaires imposées par l’ère Tatchero-Blairienne, le climat social est tendu. La sécurité dite sociale est menacée : des fonctionnaires en moins c’est des voix en plus !

Pourtant Marion Darras a préféré exercé son sacerdoce de psychologue dans un immeuble du Welfare, l’aide sociale, plutôt que de s’installer en praticien libre. Elle reçoit une convocation l’invitant à participer à une tentative de thérapie nouvelle sur trois volontaires, des patients qu’elle a déjà eu l’occasion de soigner lors de ses jours de garde à la clinique. Elle retrouve quelques confrères dont David Holder avec lequel elle a vécu des relations charnelles six ans auparavant. Puis ils se sont quittés, en affirmant comme d’habitude qu’ils vont se téléphoner, prendre de leurs nouvelles, le genre de promesses pieuses non suivies d’effet. Elle connait de vue les autres participants mais ce qui la dérange le plus c’est l’expérience tentée sur les patients.

Les trois cobayes, s’ils sont différents physiquement, possède un point commun en dehors d’être soigné pour des raisons mentales. Sandy est grande, mince, filiforme, et sans être belle possède un charme troublant. Marion l’avait surnommée Ophélie en référence au personnage de Shakespeare. Sandy vit dans un monde gothique, entretenu par ses lectures, principalement Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Brian est obèse et quoiqu’il fasse, il ne perd pas un gramme. Une boulimie encouragée et entretenue par sa grand-mère durant son enfance. Kenneth, qui s’était adonné à la drogue, est en période de rémission, mais il est agressif et solitaire. Tous trois ont perdu un ou plusieurs être chers dans des circonstances douloureuses, des événements tragiques qui les ont marqués à vie, créant des fractures mentales.

L’expérience envisagée est de prouver qu’il est possible de pouvoir connecter les rêves de trois personnes en même temps. Il n’est donc pas question de lire les rêves mais de comparer les trois graphiques afin de vérifier s’il y a conjonction. Pour cela les trois patients vont ingurgiter une mixture avant de s’endormir. Ils seront reliés à un écran d’ordinateur par trois encéphalogrammes, des plots étant apposés sur leurs têtes. Mais toute expérimentation nouvelle est par essence sujette à des résultats inconnus et l’on ne peut préjuger des acquis positifs, ou négatifs de ces essais. Or comme dans bien d’autres domaines de la recherche scientifique, cette expérience attise les convoitises des instances militaires, qui peuvent éventuellement adapter les résultats obtenus à des fins belligérantes. Alfred Nobel, en son temps, n’avait pas imaginé que l’invention de la dynamite aurait des répercussions moins pacifiques que celles auxquelles son produit avait été conçu : réduire la pénibilité des mineurs par exemple.

Le roman est axé autour du personnage de Marion, et c’est en sa compagnie que le lecteur suit l’intrigue, sauf lorsque Patrick Eris nous entraine dans l’inconscient, les rêveries ou les cauchemars des trois cobayes.

Mais c’est aussi l’occasion de pointer du doigt la déficience du gouvernement anglais en matière de protection sociale. Londres, la capitale, puis d’autres grandes villes du Royaume-Uni sont en proie à des mouvements sociaux, des émeutes de plus en plus virulentes et violentes. La finance aura toujours le dernier mot, et le service public sera de plus en plus bafoué. Le côté fantastique réside dans le résultat des connections mentales des trois patients, mais sur ce point je n’en dis pas plus, ne voulant pas déflorer l’intrigue. Toutefois on peut supposer d’un jour, les progrès de la science sont tellement rapides et inimaginables sauf pour les scientifiques et pour les romanciers, que ce qui est décrit pourrait en partie se réaliser.

Ce roman a fait l’objet d’une première publication en janvier 1989 sous le titre éponyme dans la collection Anticipation du Fleuve Noir et signé Samuel Dharma. C’était dans une version abrogée et Patrick Eris, qui entre temps a pris ce nouveau pseudonyme, a entièrement revu sa copie, réécrivant son texte, l’enrichissant de nombreux détails et surtout en proposant un début et un fin différentes. A l’époque il n’avait que vingt-trois ans, avec déjà à son actif quatre ou cinq ouvrages publiés, mais la fougue de la jeunesse s’est estompée pour offrir un travail plus rigoureux.

Patrick ERIS : Le Chemin d’ombres. Mythologica. Parution juillet 2015. Version numérique : 2,99€.

Première Edition : Lokomodo. N° 32. Parution Janvier 2013. 256 pages. 6,50€.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 14:36

Dallas, ton univers impitoyable...

Muriel MOURGUE : Montego Bay.

Eclopée de la vie, Thelma Vermont se nourrit de jazz. Pas parce que son second amoureux était un pianiste de jazz éliminé par la Famille, mais parce qu'elle aime ça presque viscéralement.

Et si Billie Holiday fait partie de ses chanteuses préférées, il en est une qu'elle porte au pinacle : Dana Raise. La chanteuse Noire, qui est en cavale depuis que son mari et impresario, un Blanc brutal s'est malencontreusement fracturé le crâne en tombant, vient d'enregistrer un nouveau disque dans une cave new-yorkaise. Et depuis que son ami Benny lui a offert ce vinyle, c'est-à dire la veille, Montego Bay, le titre phare, passe en boucle sur son électrophone. Benny c'est sa béquille, Abraham complétant la paire. Eux aussi ont subi les avanies de la vie, mais ils s'entendent bien et se soutiennent moralement.

Benny demande à Thelma de lui rendre un petit service. Ou plutôt c'est sa sœur qui aimerait que Thelma enquête pour le compte d'une amie. Première nouvelle. Benny possède une sœur. Petites cachoteries entre amis qui ne prêtent pas à conséquence. Chacun respecte la vie privée de l'autre et si l'un désire garder pour lui certains pans de son histoire, cela n'entache pas leur amitié. Mais pour l'instant faisons comme Thelma et avant de nous rendre à Dallas, où vit Linda, la sœur de Benny, débroussaillons cette requête.

Le frère de l'amie de Linda a disparu. Il habite depuis quelques années en France, ayant connu durant la guerre une jeune femme avec laquelle il s'est marié, et réciproquement. Il était revenu au pays avec Juliette mais la jeune épouse ne s'était pas habituée à la vie américaine et ils étaient repartis chez elle à Montmédy. Ayant un peu le mal de son Texas natal Ted avait eu un coup de blues et au bout de six ans il avait souhaité revoir sa sœur et le mari de celle-ci. Il s'était donc embarqué en avion, l'appareil a bien atterri mais Ted n'était pas à bord. La dernière fois qu'il avait été aperçu, c'était en gare de Montmédy. Le vingt-cinq octobre 1958.

Thelma et Benny se rendent donc dans la banlieue de Dallas et rencontrent Linda qui leur parle de Ted Richmond, de Jill sa sœur inquiète et de leurs connaissances. Elles se téléphonent souvent, et participent toutes les deux à des ventes de charité. Linda n'est guère charitable envers Juliette qui n'appréciait pas le style de vie américain. Ensuite direction Sunrise, un ranch immense qui ne cesse de s'agrandir, l'exploitation agricole de Jill et son mari.

Munis de renseignements précieux glanés auprès de Jill et Bradley, de l'adresse de Peggy-Sue, la première fiancée de Ted, d'une certaine aversion envers Lee, le contremaître du domaine, Thelma et Benny se rendent en France, tous frais payés et même plus.

Leur visite à Juliette les laissent mitigés dans leur appréciation. La jeune femme est versatile, bipolaire, dans ses propos et son comportement. De même, un ami de Ted, un Canadien qui travaille comme lui sur une base militaire près de Montmédy, est plutôt réservé sur le couple que forment Juliette et son mari. Ou que formaient.

 

Dans une ambiance délicieusement rétro de la fin des années 1950, ce roman lorgne du côté des romanciers américains, tels que pouvaient en écrire Day Keene, Henry Kane, Harry Whittington et quelques autres.

Thelma Vermont ingurgite, parfois plus que de raison, le Bourbon et fume comme une cheminée d'usine, comme elles pouvaient en dégager à cette époque. Une époque révolue, comme si ces usines obéissaient à la loi anti-tabac. Et elle est marquée, Thelma Vermont, par les accidents de la vie qu'elle a subi, tout comme ses amis Benny, Abraham et deux ou trois autres.

Thelma Vermont narre cette aventure, Muriel Mourgue n'étant que la consignataire de cet épisode. Mais apparemment Thelma Vermont a une propension très nette à se mélanger les pédales avec les prénoms des personnes qu'elle côtoie. Ainsi elle parle aussi bien de Dana que de Diana Raise, cette chanteuse dont elle est entichée. Et la première fiancée de Ted Richmond, qui se prénomme au début Peggy-Sue, comme le titre d'une célèbre chanson interprétée notamment par Buddy Holly, devient Peggy-Lee, comme la chanteuse américaine.

Plus surprenant, Thelma Vermont se rend de temps à autre dans un célèbre restaurant fréquenté par les célébrités de l'époque. Et il n'est donc pas anodin qu'elle aperçoive Marylin Monroe en compagnie d'un certain Henry Miller. Mais là encore, peut-être à cause du Bourbon, elle confond Henry Miller, l'écrivain auteur de La crucifixion en rose, trilogie comprenant Sexus, Plexus, Nexus, avec Arthur Miller, autre écrivain et dramaturge qui fut justement l'époux de la vedette cinématographique.

Mais quoi qu'il en soit, ce roman sympathique est agréable à lire et l'intrigue rondement menée, réservant quelques belles surprises.

 

Muriel MOURGUE : Montego Bay. Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution le 21 janvier 2016. 136 pages. 12,00€.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 11:07

Bon anniversaire à Jean-Louis Touchant

né le 14 février 1929.

Jean-Louis TOUCHANT : Le train vert-de-gris.

En gare de Lyon-Perrache, en cet été 44, les voyageurs affluent sur les quais, même si les trains annoncés ne sont pas sûrs de circuler.

Les Allemands sont sur la brèche. Après le débarquement de Normandie, ils ont peur d’un nouveau débarquement sur Marseille. Parmi les candidats au voyage, René, seize ans, dont ce sera le premier grand déplacement en solitaire, sans papa ni maman.

Il doit rejoindre une vague cousine dans le Nivernais. Il s’installe dans le wagon, déjà occupé par un prêtre. Bientôt un jeune couple, Andrée et Paul qui ressemble à un acteur de cinéma puis une mère et sa fille, Solange, du même âge que René s’installent. Enfin, un gros homme rougeaud et un garçon sans bagage, renfrogné.

Le départ se fait attendre puis le convoi quitte enfin la gare. Les arrêts sont nombreux, les voyageurs ont le temps de faire connaissance. Lors d’un contrôle des papiers, le jeune homme sans bagage est arrêté par les Allemands. Les commentaires vont bon train.

René dessine, croquant ses compagnons, ce qui attire l’attention de Solange, sa voisine. Elle est pas mal Solange ! Andrée non plus d’ailleurs. Le gros homme propose des victuailles qu’il sort d’un panier de paysan. Et le convoi continue doucement sa progression malgré les problèmes qui peuvent surgir à tout moment. Un monsieur a remplacé celui qui a été arrêté. Il écrit, pour le plaisir, attirant l’attention des occupants du wagon. Un périple qui bientôt sombrera dans le drame.

 

Cette histoire, écrite par Jean-Louis Touchant, auteur d’une remarquable étude sur Moselli, est un quasi vase clos dans lequel les protagonistes, obligés de se côtoyer, échangent avec sourires ou énervement des propos sur tout et rien.

L’auteur accapare l’attention en narrant ses pastiches Holmésiens ou des histoires à la façon d’Agatha Christie. Chacun donnant son avis. Le cinéma aussi est évoqué. Les sujets de conversion ne manquent pas, chacun se laissant aller plus ou moins à son thème favori.

Un microcosme dans lequel des affinités se révèlent, des tensions larvées risquent d’exploser, et qui pour quelques heures pourrait croire que la guerre, malgré la présence constante des Allemands, est restée au bord du quai.

Mais c’est sans compter sur le doigt du destin qui souligne toujours d’un trait rageur qu’il peut rattraper à tout moment les erreurs et les fautes, les crimes et les trahisons.

Jean-Louis TOUCHANT : Le train vert-de-gris. Collection Rail Noir N°9. Editions La vie du rail. Parution novembre 2004. 118 pages.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:08

Ayerdhal est décédé le 27 octobre 2015 des suites d'un cancer. Mais ses romans lui survivent...

AYERDHAL : Bastards.

Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

Il a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deux hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

Ceci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

AYERDHAL : Bastards. Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller. Parution 10 février 2016. 648 pages. 8,10€.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 09:00

Un Bon petit Diable ?

Gilles BORNAIS : Le Diable de Glasgow.

Août 1887. Joe Hackney, ancien loubard des bas-fonds londoniens et promu détective à Scotland Yard, est envoyé à Glasgow par son patron, “ l’incapable en chef ”, afin de résoudre sa première énigme.

Une banale histoire de cambriolage qui a laissé sur le carreau un lord et son domestique. Toutefois il existe entre ce double meurtre et celui commis deux ans auparavant une analogie. Les blessures sont identiques, perpétrées par un poinçon, avec des traces de rouille sur les plaies, produites par un mouvement circulaire inhabituel.

En fouillant les archives, Hackney et Buchanan, le constable qui lui a été attribué comme partenaire, découvre que d’autres meurtres, dont l’assassin n’a pas été identifié, ont été exécutés quelques années auparavant. Dix ans, vingt ans et même plus. Toujours les mêmes stigmates. Les témoins ou proches des victimes donnent le même signalement d’un homme susceptible d’avoir réalisé ces crimes. Un certain Hogg, dont l’un des membres supérieur est atrophié. Seulement, impossible de mettre la main dessus, et qui plus est, il existe une incompatibilité sur l’âge du présumé meurtrier.

Hackney aura bien du mal à résoudre cette enquête, d’autant que Buchanan est grièvement blessé au cours d’un voyage destiné à recueillir des renseignements, que son patron le réclame à corps et à cris dans la capitale et que le chef constable de Glasgow ne met pas vraiment du sien pour l’aider, au contraire. Et s’il ne s’agissait que de tracas d’ordre professionnels ! Hackney est amoureux d’une fille facile qu’il aimerait oublier tandis que sa mère garde en reliques les affaires que son père, un cafetier, portait lorsqu’il a été assassiné.

 

Un roman noir qui nous plonge au cœur de l’époque victorienne, dans les brumes écossaises et celles occasionnées par la bière, avec une trame historique et un épilogue fantastique.

Un heureux mariage des genres qui nous faisait espérer, lors de la parution de ce roman, une suite rapide des aventures de Hackney, un souhait heureusement concrétisé.

Gilles Bornais avec cet ouvrage damne le pion aux maîtres britanniques du genre.

 

Gilles BORNAIS : Le Diable de Glasgow. Collection Le Masque Poche N°72. Editions du Masque. Parution 10 février 2016. 350 pages. 7,50€.

Première édition Collection Pique rouge. Atout éditions. Mai 2001.

Réédition Pocket février 2004.

Réédition Collection Grands Détectives. Editions 10/18. juillet 2008.

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:45

Pas étonnant avec l'augmentation du prix des péages...

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16.

Dès la première page, le ton est donné : « Mais comme on est dans un polar sérieux, je ne vais pas m’abaisser à écrire toutes ses répliques en petit rosbif. Faites juste un léger effort d’imagination ».

C’est un peu comme du…. Continuons.

Virginia Valmain, célèbre détective de la région Nord, basée à Dunkerque, a une pile de dossiers et d’affaires à traiter, mais elle se laisse séduire non pas par la cliente dont le fondement a du mal à être absorbé par un fauteuil en cuir et qui lui fait face, mais de la demande de recherche qu’elle lui propose. Que le mari de madame Slatter ait disparu, vu la dégaine de sa conjointe serait un acte pardonnable, sauf que le dit époux est camionneur, qu’il transportait de la farine destinée à l’alimentation du bétail, qu’il n’a pas donné de ses nouvelles depuis six mois, et surtout que la dernière fois où il a été aperçu c’est à Saint Folquin.

Or il semblerait que ce patelin, et ses environs, serait le nouveau triangle des Bermudes du Nord, dans lequel se seraient volatilisées quatre autres personnes, deux Français dont une femme, un Belge et un Allemand. Du pain béni pour la réputation de Virginia selon Mère-Grand, alias la tante de notre détective et dont Lao-Tseu partage le point de vue.

Attardons nous quelque peu sur ces deux nouveaux personnages qui entrent dans le décor. Mère-Grand, c’est 1,60 m à peine, pour près de 100 kg dont 15 au moins de nibards, deux sacs à farine en guise de poitrine, la petite cinquantaine bien marquée sur le visage, et dont la consommation d’alcool avoisine la demi bouteille de Bourbon. Si vous ne me croyez pas, lisez le livre, c’est Virginia qui décrit sa tante en ces termes. Et encore, je n’ai pas tout dit, ou écrit.

Quant à Lao-Tseu, de son vrai nom Sidi Coulibaly, géant noir d’origine malienne, il doit son surnom à sa propension à citer le philosophe chinois, capable de mémoriser tout ce qu’il lit et limite autiste. Des personnages à la Dubout, et la galerie en comporte bien d’autres sur lesquels je fais l’impasse, sinon vous échapperiez au charme de la lecture. Je poursuis.

Voilà donc Virginia en pleine enquête à Saint Folquin, accompagnée d’un troisième larron, Curly, ainsi appelé à cause de la ressemblance de son appareil supposé reproductif qui n’est guère plus conséquent que ce gâteau apéritif.

Le village est envahi par des touristes voyeurs venus s’imprégner de l’atmosphère trouble de la bourgade et ils retrouvent avec un plaisir mitigé Adam Bathany, un policier qui a déjà goûté aux faveurs de Virginia. Les relations entre notre quatuor d’enquêteurs et certains villageois soulèvent des vagues. Les membres des familles des disparus, que rien ne raccorde entre eux, ne sont pas forcément perturbés par les disparitions, sauf lorsque leur vie privée et familiale subit des désagréments.

 

C’est un peu comme du…, écrivais-je en début de présentation de cette chronique. Je suppose que vous avez deviné que je parlais de San-Antonio, mais première époque. Calembours, interpellations au lecteur, notes en bas de pages, descriptions caricaturales des personnages, un humour omniprésent, tels sont les ingrédients qui composent ce roman agréable à lire, que dis-je à déguster.

J’ai relevé pour le plaisir quelques sentences édictées par Lao-Tseu : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » ou encore « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ». Des pensées que bien des hommes politiques, et d’autres, devraient mettre en application.

J’allais oublier de préciser que Maxime Gillio, spécialiste de l’œuvre de Frédéric Dard, est membre de l’association Les Amis de San Antonio, et qu’il est (ou était, je ne sais plus) le rédacteur en chef de la revue Le Monde de San Antonio. Il n’a pas écrit une parodie, ou un pastiche, mais plutôt une forme d’hommage.

Dernière précision : la détective narratrice se nomme Valmain, comme Frédéric Valmain, auteur de romans policiers qui signait également James Carter, et dont certains affirment qu’il ne s’agirait que d’un des multiples pseudo de Frédéric Dard. Mais ceci est une autre histoire.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16. Collection Thriller N° 11261. Editions J'ai Lu. Parution le 3 février 2016. 286 pages. 5,00€.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:12

Mais quelle petite demoiselle ? C'est un secret...

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle.

Alors qu'il est en train d'honorer sa belle-sœur, son mari étant parti pour affaires, Ernest Hornes, qui pallie ainsi la défection de son frère pour la plus grande satisfaction de sa partenaire, est dérangé par le coup de sonnette d'un jeune télégraphiste qui lui remet un pli le mandant de suite et immédiatement.

Besoins talents. Malo-les-Bains. Urgent. Decoopman.

Une invitation laconique qui ne déstabilise pas Hornes. Et peu après il est fin prêt, et débarque en gare de Dunkerque en ce mois de juillet 1903. Les retrouvailles avec Decoopman sont celles qui régissent les rapports entre deux amis. Aujourd'hui homme de confiance du maire de Malo-les-Bains, station balnéaire en plein développement touristique sise près de Dunkerque, Decoopman travailla dans une autre vie au ministère de l'Intérieur, quant à Hornes, son passé est plutôt trouble aussi nous ne nous attarderons par dessus.

Deux personnalités influentes de la cité, ou de sa grande sœur Dunkerque viennent d'être découvertes mortes. Le premier s'était pendu et le dernier en date a été retrouvé noyé. La version officielle qui a été donnée en pâture aux journalistes. En réalité Thébord avait été enseveli dans le sable, seule la tête dépassant. Toutefois quelque chose relie ces deux morts : des roses blanches ont été déposées chez les victimes. Une signature qu'il convient de déchiffrer.

Hornes, ou plutôt Darras, selon les vrais faux papiers en sa possession, s'installe dans un hôtel coté malouin, et lorsqu'il voudra rencontrer son ami, il lui suffira d'emprunter le véhicule hippomobile conduite par Marcel, le cocher, sur la plage, près des cabines de bains.

Leberghe, le pendu, et Thébord l'ensablé noyé, avaient l'habitude de jouer en compagnie d'autres personnages au casino, et Hornes, qui se prétend auprès du directeur comme dirigeant d'une petite fabrique de porcelaine près d'Arras, s'y rend afin de pouvoir infiltrer ce groupe. Il souhaite, prétend-il, faire la connaissance d'hommes d'affaires, afin d'étendre ses activités, et le directeur le présente à ces joueurs assidus dont une femme, Félicie Duval. Les premiers contacts sont cordiaux et le charme d'Hornes-Darras opère sur Félicie (aussi !) et il va jusqu'à la raccompagner chez elle, une grande villa malouine, et on les laissera sur le pas de la porte.

Il repère le manège de deux individus qui rôdent près de chez Félicie, les met en fuite en fuite, et puis s'enquiert de leur identité. Il fait également la connaissance de Denise, la jeune bonne de l'un des membre du groupe d'habitués du casino, des investisseurs. Mais un autre membre est assassiné, et Hornes recueille l'une des fleurs blanches afin de la faire analyser par l'un de ses amis horticulteurs et d'en déterminer la provenance.

L'hécatombe continue et lui-même se trouvera à plusieurs reprises dans des situations périlleuses et délicates. Et ce n'est pas parce qu'il pratique la savate et le Jiu-jitsu qu'il annihile du premier coup les coups bas à bas coût de ses agresseurs.

 

En cette année 1903, le ressentiment envers l'Allemagne est encore très profond. Et les investisseurs qui vitupèrent contre l'ancienne Prusse qui a annexé l'Alsace et la Lorraine ne sont pas les seuls à s'exprimer véhémentement et même à souhaiter une revanche prompte, rapide et efficace.

Parmi les rencontres de Darras-Hornes, un jeune adolescent de treize ans, ayant plus la dégaine d'une asperge que une endive, avec lequel il s'affronte à la nage dans la Mer du Nord. Un gamin sportif qui passe ses vacances en compagnie de ses parents et qui plus tard fera parler de lui : Charles de Gaulle.

Si les roses blanches jouent un rôle primordial dans cette intrigue, il ne faut pas croire qu'à cette époque cette célèbre chanson misérabiliste interprétée par de nombreux artistes, dont Berthe Sylva, était une rengaine sur toutes les lèvres puisqu'elle n'a été écrite qu'en 1925 par, pour les paroles, Charles-Louis Pothier et, pour la musique, par Léon Raiter.

Mais quelle est donc cette demoiselle dont il est question dans le titre ?

Une jeune fille qui aurait disparu ? Une grosse crevette qui est également appelée demoiselle dans certaines régions ? Un avion construit par Santos-Dumont ? Un insecte type libellule ? La carcasse d'un canard ou le grain de maïs qui servait en cuisine pour les pop-corn ? Une pièce de bois utilisée par les paveurs, appelée aussi hie ou marquise ? Ou encore autre chose ? La réponse est bien évidemment dans l'épilogue !

Roman historique, comprenant de nombreuses références, ce roman policier est aussi un roman d'espionnage, habilement troussé, Félicie aussi, et avec Un Américain sur la Côte d'Opale de Jean-Christophe Macquet dont je publierai sous peu la chronique, ce roman donc inaugure de belle manière la nouvelle collection Belle époque des éditions Pôle Nord, éditions qui avaient fait une entrée remarquée avec sa collection 14/18.

 

L'amour est l'apprentissage de la souffrance, et le chagrin une armure pour affronter la vie.

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle. Collection Belle époque N°2. Pôle Nord éditions. Parution 15 janvier 2016. 184 pages. 9,00€.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 14:05

Bon anniversaire à Horst Bozetsky, dit -Ky,

né le 1er février 1938.

-Ky : Pour le Roi de Prusse

Le commissaire Hans Jürgen Mannhardt est dans une phase de profonde déprime.

Sa femme l'a quitté et ses enfants le déçoivent. Au bout de trente ans de métier, il est complètement désabusé. Alors il se terre dans une cabane de jardin située dans la banlieue berlinoise et passe des heures à lire des ouvrages des deux plus grands poètes allemands, Théodor Fontane et Heinrich Von Kleist.

Le reste du temps il sombre dans la morosité, se réfugiant dans les brumes éthyliques en compagnie de Blaubacke, sémiologue convaincu, et de deux jeunes femmes, Tolldu et Suppenhuhn.

Contrarié, dépressif, il n'arrive même plus à concrétiser son envie de relations sexuelles.

Son supérieur, le docteur Weber, le convoque pour enquêter sur la mort du sénateur Boese. Sa gouvernante a découvert l'homme politique baignant dans son sang, chez lui, alors qu'un jeune homme farfouillait ses poches.

Le commissaire Mannhardt refuse cette enquête mais Weber est à court d'effectif, et il doit s'atteler à cette tâche, bon gré mal gré. Le commissaire, entre deux lampées à sa flasque et en se référant à de nombreuses reprises au code du parfait enquêteur, va tenter de débrouiller cette affaire dans laquelle se trouvent impliqués des adolescents ou de jeunes hommes.

Mannhardt passe d'un suspect à un autre comme une boule de billard renvoyée par les bandes. En même temps, conseillé par Tolldu, il consulte le docteur Junge, spécialiste des maladies psychiques par la thérapie de la réincarnation.

C'est ainsi que le commissaire Mannhardt revit une expérience antérieure en tant que Joachim Ernst von Mannhardt, chambellan et ami de Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand. Et cette introspection dans le passé lui fournira, peut-être des éléments de réponse.

 

Avec ce roman, Horst Bozetsky, plus connu sous le nom de Ky, aborde le domaine du fantastique tout en jetant un regard dénué de complaisance sur l'Allemagne des années 1980, empruntant à ses souvenirs d'enfance pour construire son intrigue et se référant à des faits réels pour l'étayer.

Un roman écrit en 1985 dans une certaine ambiance, avec un certain état d'esprit comme le précise Ky dans sa préface. C'était avant le démantèlement du mur de Berlin, événement qui l'aurait empêché d'écrire par la suite ce roman. Pourquoi ? Il ne le précise pas.

Une œuvre forte et parfois déroutante.

 

-Ky : Pour le Roi de Prusse (Friedrich der Große rettet Oberkommissar Mannhardt - 1985 Traduction de Jean-Paul Schweighaeuser). Editions de l'Atalante. Parution septembre 1991. 256 pages.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:53

Mais c'est Dieu qui l'a créée ! Il parait...

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme

Dans la série Moi j'aime le cinéma, incontestablement on ne peut passer sous silence, et je m'en voudrais de le faire, de passer sous silence donc, les romans de Stuart Kaminsky.

Du moins ceux qui mettent en scène le privé californien Toby Peters. Je ne veux pas dire pour autant que les autres sont moins intéressants, loin de là, mais j'ai comme qui dirait un faible pour ce mec qui a toujours mal au dos. Peut-être une forme inavouée de symbiose.

Revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Un des romans de Stuart Kaminsky porte le titre français de Moi, j'aime le cinéma, et qui s'en plaindra, contant l'une des aventures de Toby, l'homme qui enquête dans les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1940 et se retrouve à chaque fois fauché, malgré la qualité de ses clients qui, soit dit en passant, pourraient se fouler un peu plus le poignet en versant l'obole qu'il a largement mérité.

Je sais, j'utilise abondamment des adverbes, surtout en ment, et alors, c'est défendu ? Il me semble qu'ils sont dûment répertorié dans les dictionnaires de bon aloi. Et Bernard Pivot à qui un journal littéraire avait posé la question s'il était pour la suppression des adverbes se terminant pas ment, avait répondu évidemment !

Vous remarquerez que je ne me prive pas, comme les scénaristes ou les feuilletonistes qui divergent afin de faire durer le suspense, à moins qu'ils se trouvent bloqués dans une situation inextricable et demandent à un de leurs copains de leur souffler la suite du texte qu'ils doivent écrire, de prendre des chemins de traverse et d'allonger la sauce.

Dans Et le Diable rencontra la femme (le veinard !), Toby est contacté par le mari de Bette Davis. Il travaille pour un bureau d'études non gouvernemental, s'occupant de recherches aéronautiques confidentielles, et dont le résultat pourrait influer sur la prolongation du conflit modial (je rappelle que cette histoire se déroule en 1943, mais vous le saviez déjà peut-être). Un inconnu lui a téléphoné, le menaçant de créer un énorme scandale, d'enlever sa femme, affirmant posséder un enregistrement dans lequel Bette Davis... (Toby ne veut pas en savoir davantage), bref de lui fournir certains renseignements, notre détective devant assurer la transaction.

Toby accepte le mission, c'est à dire protéger la vedette, et fait appel à ses amis, Gunther le nain, Sheldon le dentiste, Jérémy le poète. Persuadé que le premier mari de Bette Davis ne peut qu'être le maître-chanteur, il décide de s'octroyer également les services d'Andréa Pincketts, le détective le plus louche du monde, avec qui il avait fait équipe à ses débuts quelques années auparavant.

Pinketts se souvient fort bien de l'incident de l'enregistrement, auquel Toby avait lui aussi participé n'étant pas au courant du travail peu ragoûtant qu'il devait alors effectuer et les conséquences qui en résulteraient.

Pinketts et Toby avaient procédé à la demande du premier mari de Bette à un enregistrement des relations charnelles entre l'actrice et un troisième larron, de la conversation explicite échangée et des bruits non moins explicites. Le mari bafoué, je sais dit comme ça cela fait un peu tiré par la queue, avait récupéré l'objet compromettant ignorant que Pinketts en avait réalisé un autre, échangé quelques semaines plus tard contre une coquette somme d'argent.

Toby tente de remonter la filière, mais des tueurs se dressent sur son chemin et il se fait enlever en compagnie de celle qu'il doit protéger. Pas bon pour son image de marque !

 

Cette aventure inédite de Toby Peters, qui a toujours mal au dos et entretient avec sa logeuse des relations non équivoques, d'ailleurs cela ne le tente pas, est un véritable régal aussi bien pour les cinéphiles que pour les autres. Le lecteur découvre une facette de l'actrice qui porte mal son prénom, facette qu'il ne connaissait peut-être pas.

Celle d'une femme qui, malgré son statut de star, n'hésite pas à remonter le moral des troupes, proposant par exemple un lieu de rencontres, de spectacles, aux soldats en permission ou en instance de départ pour le Pacifique. Ou encore, récitant un poème lors d'une soirée organisée entre gens de la petite société.

Un roman qui nous change des serials killers à la mode et donne envie de retrouver le charme des films en noir et blanc.

 

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme (The devil met a lady - 1993. Traduction de François Loubet). Collection Grands Détectives N°3011. Editions 10/18. Parution novembre 1998. 240 pages.

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