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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 11:01

Grand Prix de Littérature Policière 1998.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe.

Alors que depuis quelques mois une vague d'assassinats est perpétrée sur des hommes en vue, impliqués dans la politique, la finance, le pouvoir, un journaliste décide de mener sa propre enquête dans un milieu parisien en voie de prolifération, celui des SDF.

Pour effectuer cette plongée dans cette nouvelle couche sociale, il devient lui-même un sans domicile fixe, essayant de s'intégrer, de vivre comme ses nouveaux compagnons, de comprendre, de partager leurs souffrances morales et physiques. Tout en essayant de garder une part de dignité, à l'instar des marginaux qu'il côtoie.

La recherche d'un abri pour se reposer, d'un morceau de pain pour se nourrir, est hasardeuse mais il existe des petits trucs que lui livrent d'autres SDF, plus partageurs que la plupart des nantis. Il fait la connaissance du Breton qui lui donne des adresses d'associations caritatives.

C'est sans compter sur la chasse organisée par la Préfecture de Police et de ses sbires, les Bleus, des vigiles qui se défoulent sur des êtres sans défense. Ramassé lors d'une rafle il se retrouve dans un centre à Nanterre où il retrouve le Breton et fait la connaissance du Musicien et de Fine à qui il trouve tous les attraits, alors que dans d'autres conditions il n'aurait pas fait attention à elle.

La révolte gronde parmi les SDF maltraités par les Bleus, notamment par un surnommé Gants Blancs, véritable sadique qui se retranche derrière sa fonction et son uniforme. Gants Blancs reste sur le carreau et le journaliste s'échappe en compagnie de ses nouveaux amis. L'actualité le rattrape lorsque le directeur du Centre est assassiné.

 

Ce roman est une véritable plongée en Enfer, dans les bas fonds de la Ville Lumière, un livre que n'aurait pas renié Eugène Sue lorsqu'il écrivait les Mystères de Paris.

Certes le style est différent mais la misère actuelle n'est guère plus reluisante que celle qu'il avait dénoncée.

Serge Gardebled a effectué de nombreuses reportages sur le terrain, et si le fil conducteur, l'assassinat de personnalités en vue relève de la fiction, la description des conditions de vie des SDF, elle, est réelle.

Un livre noir, sans fard, avec en filigrane la photo d'un petit Africain agonisant prise par un reporter

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe. Collection Sueurs froides. Editions Denoël. Parution 3 octobre 1996. 240 pages. 13,45€.

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 09:58

Des sachets... très prisés !

Michel LAMBESC : La horse.

Dans le gabion qui lui sert de planque pour la chasse au canards, Auguste, cultivateur de soixante-dix ans, découvre quelques paquets de poudre blanche.

Il fait le guet afin de connaître l'identité de celui qui se sert impunément du refuge pour entreposer de la drogue. Il s'agit de son petit-fils Henri qui travaille à bord du France comme garçon de sonnerie. Une sonnerie de plus à mettre à son actif !

Quinze jours plus tard, lors d'une nouvelle escale du paquebot, Auguste attend Henri, le petit-fils en question, au débarquement et le suit. Henri est accompagné de Loulou, une petite frappe locale et de Wunder, fils de bourgeois. Les trois compères se rendent au gabion mais Auguste les a devancés et a confisqué les paquets entreposés qu'Henri devait convoyer. Il enferme les deux hommes dans le gabion toute la nuit tandis qu'il fait la morale à son petit-fils.

Au petit matin, il libère ses prisonniers qui ne demandent pas leur reste. Wunder alerte les truands parisiens qui organisent une virée punitive. Tandis qu'un groupe tente de violer Mathilde, la fille aînée d'Auguste, Mario et Loulou fouillent la maisonnette de l'éleveur. Loulou en fourgonnant dans l'armoire glisse son bras dans un piège et Auguste met en fuite Mario. Mais rancunier et désireux de retrouver les paquets d'héroïne, Mario n'en reste pas là. Wunder, qui s'était accoquiné avec les truands à la suite de déceptions matrimoniales, décède dans un accident de voiture.

Une grange proche de la ferme d'Auguste est incendiée et sa maison est fouillée de fond en comble. Auguste n'est pas au bout de ses peines. Mario et ses acolytes le relancent jusque chez lui et lui donnent rendez-vous dans un bar du Havre. Les truands l'attendent de pied ferme mais Auguste devance leur velléité de le molester. Il balance les paquets de drogue et l'héroïne s'échappe des sachets préalablement fendus. La confusion est totale et quelques tueurs, dont Mario, en aspirent des bouffées qui les indisposent. Deux soldats américains en bordée achèvent la débâcle des bandits. Auguste n'est pas passé inaperçu dans sa deux-chevaux et son long manteau d'autrefois. Mario et ses complices repartent à Paris évitant un barrage de gendarmerie.

 

Michel Lambesc met aux prises une bande de truands parisiens originaires du Midi et confiants en leurs capacités et un paysan normand rusé, retors et matois. L'éternel conflit entre les citadins et les ruraux, les uns prenant les autres pour des arriérés. Cet antagonisme est accentué en toile de fond par le développement inéluctable de la vie moderne aux dépens d'une tradition séculaire campagnarde.

La construction de raffineries, de routes, ne peut être réalisée qu'au détriment des agriculteurs, des éleveurs qui se sentent grugés, spoliés dans leurs biens.

Un aperçu écologique discret dans un roman qui ne manque pas d'humour et nous ne sommes pas loin parfois des farces normandes et des contes à la Maupassant. Cohabitation réussie entre deux parlers populaires, l'argot parisien mêlé d'expressions méditerranéennes des truands et le patois cauchois employé par Auguste lorsqu'il préfère jouer à l'imbécile devant ses interlocuteurs.

 

Si ma tante en avait, elle serait mon oncle.

Curiosités :

La Horse est le nom donné aussi bien par Auguste que par les truands, à l'héroïne. Ce mot n'est toutefois pas recensé par Jean-Paul Colin dans son dictionnaire de l'argot (Larousse - 1990).

La horse a été adapté au cinéma par Pierre Granier-Deferre en 1969 avec pour interprètes principaux Jean Gabin, un rôle qui lui sied comme un gant, Marc Porel, Eléonore Hirt, Christian Barbier, Julien Guiomar, Pierre Dux, sur une musique de Serge Gainsbourg et Michel Colombier.

 

Série Noire N°1208. Parution juin 1968. 192 pages.

Série Noire N°1208. Parution juin 1968. 192 pages.

Michel LAMBESC : La horse. Réédition Folio Policier N°808. Parution 8 juillet 2016. 224 pages. 7,10.

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:00

Un coup j'te vois, un coup j'te vois plus...

Marie DEVOIS : Gauguin mort ou vif.

C'est ce qu'aurait pu dire aux gendarmes Luc Péron qui effectue sa promenade hygiénique matutinale. Et pour mieux se remettre sur pied rien ne vaut la marche à pied. C'est ainsi que Luc Péron, longeant la falaise du Pouldu, sur la commune de Clohars-Carnoët aperçoit un homme allongé sur le sable, inerte. Il descend, s'approche, met un doigt sur la carotide afin de savoir si elle bat toujours. Rien. L'homme est nu, est entièrement tatoué, jusque sur le crâne. Près du corps, des vêtements, des sandales, un sac à dos, et plus étonnant un plateau de jeu.

Il prévient immédiatement la gendarmerie puis remonte tranquillement et péniblement le raidillon jusqu'au haut de la falaise. A son arrivée, il se retourne, plus de cadavre. Envolé le tatoué. Le témoin et les gendarmes sont bien embêtés, car sans corps comment procéder à une enquête. Et il ne s'agit pas d'une farce de la part de Luc Péron, les objets ci-dessus décrits étant encore présents. L'adjoint du procureur de la République ainsi que le maire sont prévenus, car les gendarmes ne lâchent pas prise.

 

Deux jours auparavant, un vol avec effraction a été commis à Tourch, au centre culturel communal, et un tableau, enfin une copie, prêtée par la conservatrice de Pont-Aven, dans le cadre d'une exposition itinérante a disparu. A la place du tableau une inscription a été placée : Contes Barbares.

D'autres faits se produisent, notamment dans la maison de Gauguin, mais un tatoueur de Quimper va faire progresser sensiblement l'enquête. En effet le promeneur à la santé fragile possède une excellente mémoire et il a pu décrire fidèlement les représentations figurant sur le corps. Le tatoueur était en vacances lors des événements qui se sont déroulés sur l'estran du Pouldu, et en compulsant les journaux lors de son retour, il reconnait immédiatement l'un des clients qui lui avait demandé de procéder à ces décalcomanies corporelles.

A la grande frustration des gendarmes qui avaient conduit l'enquête du départ, c'est le commissaire Paul Magnin de Quimper qui hérite du dossier.

 

Paul Gauguin est l'invité vedette de ce roman et les iles Marquises offrent un décor incomparable en sus des paysages bretons. La présence de Gauguin est toujours prégnante dans ces deux endroits qu'il a marqué de son empreinte durablement.

Outre cette intrigue admirablement maîtrisée, intrigue construite comme un jeu puisque justement c'est un jeu de l'Oie, jeu qui fit les délices de notre enfance avant d'être détrôné par les jeux vidéos, qui est l'une des composantes principales.

Mais le personnage de Paul Gauguin nous livre des côtés obscurs de sa personnalité grâce à Marie Devois qui ne le montre pas forcément comme une figure emblématique de la cellule familiale. Si le talent du peintre n'est pas à mettre en doute, sa vie privée elle est assez fluctuante pour attiser l'attrait d'un auteur qui connait bien les arcanes de l'art pictural, comme elle nous l'avait déjà démontré dans ses précédents romans.

Un roman de suspense et d'énigme tout en étant un roman historique, dévoilant le côté clair-obscur d'un artiste au multiples facettes et un roman-jeu.

Quant au pourquoi de la mise en scène sur la plage, elle est à rechercher dans les arcanes des îles Marquise et des escroqueries d'un couple, mise en scène qui n'atteint pas la personne qui devait en faire la découverte.

Marie DEVOIS : Gauguin mort ou vif. Collection ArtNoir. Editions Cohen & Cohen. Parution 19 mai 2016. 258 pages. 20,00€.

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 11:21

Il est des rendez-vous plus agréables...

Jean CONTRUCCI : Rendez-vous au Moulin du Diable.

S'il est un crime qui soulève l'indignation du peuple dans son ensemble, toutes opinions politiques, religieuses ou morales confondues, c'est bien l'enlèvement d'un enfant.

Alors qu'elle vient de s'installer sur un banc du parc du Pharo la jeune nourrice d'un non moins jeune bambin âgé de deux ans environ, est abordée par une dame vêtue de noir et dont le visage est dissimulé par une voilette. Depuis la naissance du minot Bernadette Arnoux s'occupe ainsi du Petit Paul, le fils du riche entrepreneur de Marseille, Marius Gauffridy, lui portant plus d'affection que sa propre mère qui ressemble à une asperge trop cuite.

Donc Bernadette n'est pas en face d'une vision et la dame lui annonce qu'elle doit rentrer immédiatement car son patron vient de se blesser. Et afin que la soubrette-nourrice accourt au plus vite au secours du sieur Gauffridy, elle lui propose de l'emmener avec sa calèche en compagnie de Petit Paul. Seulement arrivée sur place, non seulement Gauffridy est en bonne santé mais la dame prévenante s'esbigne avec le gamin. Naturellement Bernadette, qui n'est plus très chouette, est effondrée.

Le sieur Marius Gauffridy, qui parti de rien de son arrière-pays, s'est construit un empire florissant dans diverses branches du métier du bâtiment. Mais il est resté un homme frustre, irascible, pensant qu'avec de l'argent tout s'achète et que les billets de banque peuvent aplanir toutes les difficultés.

Evidemment la police et les journalistes sont avertis. Eugène Baruteau, le responsable de la sûreté marseillaise met ses hommes en chasse, tandis que son neveu, le sémillant Raoul Signoret tel un chien de chasse renifle les pistes. Les appels à témoins produisent leur effet : tout le monde a aperçu la dame noire claudicante et l'enfant dans les bras, ce qui pose tout de même un problème pour les enquêteurs, à moins que cette personne insaisissable soit dotée du don d'ubiquité. Les rumeurs vont bon train, des hypothèses sont avancées, car c'est bien le fils d'un homme en vue qui vient d'être kidnappé. Alors entre vengeance d'un concurrent ou d'un ouvrier, enlèvement crapuleux ou drame familial, les suppositions ne manquent pas. Seul bon point à donner à l'actif de l'entrepreneur qui d'habitude ne prend pas de gants pour mettre à terre ses contestataires, il garde à son service la jeune Bernadette éplorée.

Raoul devient l'interlocuteur privilégié entre le père et le ravisseur. En effet Marius Gauffridy lui demande de passer une annonce dans son journal, le Petit Provençal, tandis que le ravisseur lui donne des instructions concernant la rançon par téléphone. Ce qui lui pose un cas de conscience car en aucun cas il doit en avertir les policiers. Or Raoul ne peut se résoudre à mentir par omission à son oncle Eugène, qu'il considère comme son père. Ce serait le trahir et il ne s'en sent ni le courage, ni la volonté. Heureusement Cécile, sa femme infirmière, qui est toujours de bon conseil et l'a aidé dans de précédentes enquêtes, va lui souffler une solution qui devrait ménager tout le monde.

Le rapt d'un enfant a depuis longtemps été un thème abondamment traité en littérature populaire et policière. Mais Jean Contrucci l'aborde avec sensibilité et pudeur. Tout ou presque est narré du côté de la famille et des policiers, l'enfant et son ou ses ravisseurs restant dans l'ombre dans une grande partie du roman. Jean Contrucci ne tombe pas dans le pathos ou le misérabilisme qui était l'apanage des grands feuilletonistes du XIXème siècle mais il ne joue pas non plus sur les descriptions de violence parfois nauséabondes dont font preuve nos romanciers actuels qui axent leurs propos sur le sensationnel au détriment de la retenue et de la nuance. Les non-dits sont parfois plus forts dans un récit car ils encouragent le lecteur à établir sa propre opinion et entretenir son imaginaire.

Mais l'empreinte des feuilletonistes déjà évoqués est présente, dans cette histoire qui ne se termine pas lorsque Petit Paul (pléonasme qui me fait toujours sourire puisqu'on m'appelait ainsi) est retrouvé. Dans quelle condition et dans quel état, je me retranche derrière le droit de réserve.

L'aventure continue et les cadavres sortent du placard, ou du puits, physiquement ou mentalement. Le titre en lui-même évoque le mystère et le récit réserve de nombreux rebondissements. Quant aux têtes de chapitres, qui malheureusement aujourd'hui n'ont plus cours et c'est dommage, elles incitent à prolonger la lecture malgré les aiguilles du réveil qui tournent inexorablement. Je me contenterai de deux exemples :

Chapitre : 2

Où l'on vérifie une règle bien établie dans la presse : le malheur des uns fait le bonheur des journalistes.

Chapitre 3 :

Ou notre héros apprend de la bouche du commissaire central les conditions de l'enlèvement du petit Paul.

Cela donne envie de lire la suite, non ?

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 mars 2014. 358 pages. 18,00€.

Première édition : Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 mars 2014. 358 pages. 18,00€.

Jean CONTRUCCI : Rendez-vous au Moulin du Diable. Réédition Le Livre de Poche. Parution 8 juin 2016. 384 pages. 6,90€.

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 13:06

Un manuscrit renferme toujours une énigme : la pensée de l'auteur...

Elena ARSENEVA : L’énigme du manuscrit.

Le prince Vladimir, accompagné de son fidèle boyard Artem et du collaborateur de celui-ci le Varlet Mitko, de quelques courtisans et de deux enlumineurs, décide de passer deux ou trois jours en la forteresse de Loub, dirigée par le gouverneur Alexei.

On lui a vanté la richesse de la bibliothèque. Plus particulièrement le psautier dit d’Illarion, nommé ainsi d’après le nom du moine grec qui a orné le manuscrit de magnifiques enluminures. Après avoir admiré cet incunable inestimable, tout ce petit monde festoie gaiement tout en appréciant les prestations d’une troupe de comédiens ambulants. Le soir, se promenant dans la cour au pied du donjon, Artem est le spectateur d’une étrange vision.

Une fenêtre s’ouvre à l’étage et une jeune femme tente de se précipiter dans le vide tandis qu’un homme la rattrape in extremis. Or d’après ses premières constatations, il n’existe aucune ouverture dans le couloir de l’étage permettant d’accéder à cette pièce.

S’agirait-il d’un leurre, d’une apparition provoquée par des fumées dues à l’ingestion d’alcool et à une nourriture abondante ? Le cadavre du jeune enlumineur Iakov, qui avait vertement controversé le point de vue de son confrère quant à la modernité de l’imagerie du psautier, et est retrouvé au bas d’un escalier, ne doit rien à un mirage.

La thèse de l’accident est rapidement avancée mais Artem est sceptique, d’autant que d’autres cadavres s’accumuleront au fil du temps. Le prince Vladimir doit retourner en son palais et Artem est chargé de résoudre rapidement ces énigmes. Des meurtres qui seraient liés, selon lui, à ce célèbre manuscrit qui apparaît et disparaît mystérieusement.

 

Ce nouvel opus des aventures du boyard Artem nous fait découvrir qu’avant l’invention de Gutemberg, le livre, ou plutôt le manuscrit, était non seulement un objet précieux mais également une émanation de la culture qui sans se prévaloir d’être indispensable comptait pour beaucoup dans la mémoire des peuples, le reflet d’une civilisation avancée. Et bien évidemment en corollaire, la jalousie qui peut être vecteur de confrontation entre deux êtres ne partageant pas les mêmes dispositions d’esprit. La dualité entre l’ancien et le moderne.

 

Mais au delà de ces considérations il ne faut pas oublier qu’Elena Arsenova a aussi, ou surtout, écrit un roman dont la plongée dans le passé est une façon originale de découvrir les mœurs d’une époque révolue mais pourtant fort avancée malgré les avis d’historiens obtus qui ne voyaient dans l’ensemble de ce que l’on peut appeler le Moyen âge, une époque qui couvre cependant des siècles de découvertes et souvent de tolérance, une page d’obscurantisme dans l’histoire de l’Humanité.

De plus L’énigme du manuscrit devrait contenter ceux qui recherchent l’approche historique ainsi que tous les nostalgiques du suspense et du whodunit.

Elena ARSENEVA : L’énigme du manuscrit. Collection Grands Détectives N°3484. éditions 10/18. Parution 5 juin 2003. 256 pages.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 11:18

Ciel, mon mari !

Paul HALTER : La toile de Pénélope.

Paul Halter, dès ses premiers romans, s’est montré l’égal du maître, John Dickson Carr, avec des intrigues ciselées pour des meurtres en local clos.

Dans son dernier opus en date, La toile de Pénélope, il ne déroge pas à cette règle qu’il s’est constituée et dont il joue avec bonheur.

 

Mauvaise nouvelle pour Ruth qui allait se remarier, et par conséquent pour son futur époux, le mari présumé mort en Amazonie réapparaît du jour au lendemain.

Bigre, du pataquès en perspective. D’autant que l’aventurier a sa place au foyer, même si dans ses bagages il ramène quelques gentilles petites bêtes dont une mygale surnommée Pénélope.

Tiens, comme la nièce hébergée depuis quelques temps ! Comme vous l’avez deviné, un crime impossible va se dérouler, avec principal protagoniste, et principale victime cet Ulysse moderne.

 

Le duo Twist et Hirst vont avoir bien du mal à démêler cet imbroglio, et surtout cette toile patiemment tissée.

Mais nous somme persuadés que ce tandem se débrouillera pour se sortir avec les honneurs, d’autant qu’ayant le roman, et l’ayant apprécié à sa juste valeur, nous pouvons vous dévoiler que c’est un enfant qui les aidera grâce à ses déductions.

Le pauvre, il risquera d’y perdre la vie, mais ne dévoilons point trop l’intrigue et laissons au lecteur le plaisir de la découvrir.

Version italienne. Septembre 2002. Collection Il Giallo Mondadori.

Version italienne. Septembre 2002. Collection Il Giallo Mondadori.

Réédité chez Amazone CreateSpace Independent Publishing Platform. Parution 5 novembre 2012. 13,54€

Réédité chez Amazone CreateSpace Independent Publishing Platform. Parution 5 novembre 2012. 13,54€

Paul HALTER : La toile de Pénélope. Collection Le Masque Jaune. N°2460. Editions du Masque. Parution septembre 2001.

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 13:01

Les bons comptes font les bons amis, les bons contes aussi...

James HOLIN : Un zéro avant la virgule.

Quinquagénaire chauve mais regard pétillant, Lacroix est flatté lorsqu'il apprend par le président de la Chambre régionale des comptes de Normandie qu'il pourrait devenir président de la première section. Une place qu'il brigue depuis de nombreuses années, mais l'occasion ne s'était pas encore présentée.

Mais auparavant Lacroix doit réaliser un petit contrôle, tout ce qu'il y a de plus anodin, au musée de la Sculpture contemporaine de Deauville. Un musée original situé en plein air, selon le président. Seule contrariété ressentie par Lacroix, il sera associé à Eglantine de Tournevire, magistrate à la Cour des comptes. Et Lacroix est bien obligé d'accepter cette collaboratrice qu'il n'apprécie guère. Mais pour le président c'est indispensable, car la directrice de ce musée particulier, Isabelle Bokor, est candidate aux élections régionales sur la liste du maire de Deauville, Koutousov, ancien secrétaire d'état au logement et sculpteur mammaire.

Eglantine de Tournevire est fâchée avec la ponctualité et c'est régulièrement en retard qu'elle se présente à ses rendez-vous. Faudra que Lacroix s'y habitue. Pour l'heure, il rejoindra Deauville en train tandis qu'Eglantine partira de Rouen installée confortablement dans sa Morgan. Et bien entendu ils ne coucheront pas ensemble. Je veux dire qu'ils ne partageront pas le même hôtel. Lacroix possède un portefeuille en peau de hérisson, Eglantine ne lésinant pas sur les dépenses grâce son héritage.

Dans le train, Lacroix fait la connaissance d'un homme bizarre, un incruste qui ne se départ jamais de son mouchoir parfumé à la menthe poivrée, et qui justement se rend à l'inauguration d'une statue réalisée par le père du maire Koutouzov. Une abomination qui va être célébrée grâce à l'amour filial.

Enfin rendez-vous est pris avec madame Bokor, et effectivement elle en a un, un entretien au cours duquel Eglantine démontre ses connaissances en art plastique. Madame Bokor présente aux deux envoyés spéciaux Jean-Guy Bougival, l'agent comptable qui devrait leur faciliter dans leurs recherches et vérifications. Eglantine de Tournevire qui ne manque pas d'à-propos en profite pour demander la possibilité d'assister à l'inauguration. Requête acceptée par madame Bokor avec dédain.

Au cours de cette cérémonie, Bougival avale son bulletin de naissance. Les premières constatations sont effectuées par Koutousov, maire et mammologue tout en étant toubib. Un empoisonnement ne fait aucun doute, mais la substance est inconnue.

 

Le capitaine Arnaud Serano est débordé par les événements car il doit assurer la sécurité des citoyens Deauvillais, le festival du Film américain devant ouvrir dans peu de temps. Un invité de marque doit être reçu avec les honneurs et il serait dommage qu'un incident quelconque plombe cette festivité annuelle. Mais le préfet de la Perruchole le tanne. En plus de son boulot il doit enquêter sur le décès prématuré et suspect de Bougival. Alors la sécurité sera assurée par un militaire et son petit détachement en plus de la municipale.

Eglantine va s'immiscer dans cette enquête qui la passionne, la change de son quotidien de femme récemment divorcée. Une enquête piquante pour Eglantine d'autant qu'apparemment quelqu'un lui en veut. Elle habite sur les bords de Seine, une imposante maison située sur la colline, et reporte son affection sur son chat et son cheval. Seulement son cheval est la victime collatérale de cette affaire.

 

Passons directement aux remarques qui fâchent, on en sera débarrassé et on pourra s'étendre plus longuement sur la partie positive du roman. Il manque toutefois un peu de maîtrise, à moins que ce soit de la faute des correcteurs, dans l'appellation des noms d'habitants. On écrit des Caennais et non Cannais, par exemple. Et je tiens à préciser que dorénavant l'emploi de mots anglais est désormais taxé à la douane puisque la Grande-Bretagne est sortie de l'Union Européenne et doit donc posséder un visa pour s'introduire dans la langue française. Donc, désolé, mais il serait plutôt convenable de ne pas employer le mot Hipster, celui-ci désignant à l'origine de jeunes blancs amateurs de jazz qui adoptaient le style vestimentaire et fréquentaient des musiciens afro-américains. De même il existe un mot français pour désigner un Bodyguard, qui est Garde du corps. Je sais je suis pointilleux et on ne me refera pas. Mon côté vieux ronchon.

 

Mais en dehors de ce qui ne sont que de petits défauts, il est à signaler de belles pages, et parfois un humour presque britannique (ça c'est permis), un peu à la façon de P.G. Wodehouse. Un roman qui allie humour et sérieux.

Des scènes très cinématographiques sont disséminées et par exemple j'ai relevé celle de la baleine échouée dans l'estuaire de la Touque, encombrant le passage. Et bien évidemment tandis que certains préconisent une solution radicale, d'autres tentent de sauver ce cétacé perdu et gonflé.

Ou encore lors de la cérémonie d'hommage rendu au comédien Hollywoodien, John Baltimore. Paul Hector Flambard, dit PHB, le grand intello de la rue de Valois, l'agrégé de philo peine à jouir, l'énarque pisse-vinaigre qui citait du Péguy, s'invite dans la manifestation et tente de porter sur lui tous les regards. On reconnaîtra dans PHB un certain supposé intellectuel dans ce penseur, auteur, éditorialiste, vedette de télévision, philosophe, visionnaire, homme de médias, de lettres et de cinéma, moraliste (j'en passe volontairement) dont il ne manque que la modestie. pas facile mettre un nom sur ce personnage issu du réel ? Avec sa crinière poivre et sel, ses chemises blanches ouvertes sur son persil, ses costumes sur mesure super 13's bleu nuit et ses souliers vernis, cette description devrait vous aider.

A part les deux ou trois petits défauts cités précédemment et qu'il sera facile de corriger par la suite, l'auteur nous propose un roman jubilatoire qui joue avec les mots et les chiffres, car il ne faut pas oublier que nos deux envoyés de la cour des comptes sont là surtout pour travailler et éplucher les factures, les recettes et les dépenses de ce musée de la sculpture contemporaine avec en toile de fond ce festival du film américain annuel. Et se glisse dans l'intrigue un léger ingrédient nommé fantastique qui donne son piquant à cette histoire.

Quant aux différents personnages qui évoluent dans ce roman, ils sont pour la plupart atypiques, ce qui permet des descriptions et des mises en scène particulièrement réjouissantes.

Monsieur Serano, comment trouvez-vous Deauville ?
Sympa mais pluvieux. On a de la chance quand l'été tombe un week-end.

James HOLIN : Un zéro avant la virgule. Collection Polars en Nord. N°211. Editions Ravet-Anceau. Parution 14 juin 2016. 280 pages. 14,00€. Version numérique 10,99€.

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 12:54

Bon anniversaire à Alain Demouzon né le 13 juillet 1945.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre.

Maxime Lehutin est promis à un bel avenir.

Pensez donc, son premier roman, finement littéraire, a obtenu l'un des cinq mille obscurs prix décernés en France par an, et de la presse critique favorable.

Son éditeur pense en vendre mille cinq cents exemplaires et lui ouvre les portes de sa collection policière Nuit Métallique, à condition de pondre trois polars par an.

L'écriture, Max la ressent comme une merveilleuse et douloureuse aventure pleine de désappointement et d'aridité. Mais il l'aime trop pour ne pas tout lui sacrifier par avance. Ce qu'il lui faut : une fenêtre. Regarder par delà la baie vitrée, c'est l'espoir, la contemplation d'un autre monde. L'entrebâiller, c'est l'aspiration vers l'aventure, c'est chevaucher allègrement le grand souffle romanesque, jongler avec les lettres puis les mots puis les phrases. Stop.

Greg Von Bluff, l'éditeur de Max, bouleverse les données, propose un contrat mirifique et bouscule notre écrivain en herbe. Il le lance sur le sentier de la guerre à la recherche d'un temps perdu. Le temps perdu par Marcel Proust à écrire cette prose qui se révèle être apocryphe.

Dur dur pour les maisons d'éditions, ce manuscrit indigeste. Qui dit indigeste dit indigestion. Qui dit indigestion dit pruneaux. La voilà la panacée ! Les pruneaux généreusement offerts par le Syndicat, avec en prime un revolver, le tout délicatement posé dans une boîte à chaussures. Il faut absolument que Max retrouve et fasse disparaitre de la circulation l'auteur de cette thèse selon laquelle Marcel Proust ne serait pas l'auteur des écrits proustiens.

Proust alors ! Le pavé dans la mare.

 

Partant de cette donnée simple, Demouzon rêve, extrapole sur ce qui pourrait être un cauchemar éditorial, lance son héros sur les pistes de l'imaginaire, égratignant, griffant, s'ébrouant, piaffant, ruant, pataugeant allègrement, faisant feu de tout bois, tirant dans les coins.

Il parodie, il blasphème, il vitupère, il vilipende, il surprend, il ironise, il raille, il mord, il pique, il se gausse, il se moque, il joue. L'impertinence faite homme.

Un régal, une jubilation, une récréation pour le lecteur. Une véritable macédoine de petites phrases que le chroniqueur amoureux de littérature qui, comme moi, ne se prend pas au sérieux, ramasse, glane, emmagasine, engrange, puis offre en un bouquet chatoyant et vénéneux au lecteur abasourdi.

Et tout le monde y passe, tout le monde en prend pour son grade. Le monde de l'édition bien sûr, mais également les auteurs, les découvreurs de talents, les critiques, les lecteurs aussi.

Demouzon possède une machine à écrire transformée en moulinette.

N'importe où avec une fenêtre, c'est un pamphlet, une satire, une réjouissance, une récréation, une bouffée d'air pur, une profession de foi, une Bible.

Pour souligner mes propos, je vous propose un florilège, quelques extraits savoureux qui, j'en suis persuadé, vous incitera à découvrir cet ouvrage iconoclaste, franchement hilarant et pourquoi pas moralisateur.

 

Je viens de gagner 18 000 francs dans l'édition, sans écrire une seule ligne. Me voilà un écrivain authentique.

Voyons, les gens ne lisaient pas Proust ! Non, mais ils l'achetaient.

Je n'ai pas lu votre livre, mais je l'admire beaucoup. Sincèrement.

Ne soit pas méprisant : tous les romans sont à suspense !

Un sacré bosseur, celui-là, prêt à tout, ponctuel et efficace. Un vrai professionnel. Restera inconnu et méprisé.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre. Editions Seghers. Parution Mars 1990. 304 pages.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:50

Polar mode d'emploi et une enquête brillamment construite.

Paul FOURNEL : Avant le polar.

Le lieutenant Maussade ne l'est pas tant que ça, ce qui n'est pas un anachronisme comme le fait remarquer justement, finement et aimablement l'auteur puisque la corpulence du commissaire Maigret n'était pas en adéquation avec son patronyme.

Une gamine est retrouvée morte dans le parc Montsouris, dans le quatorzième arrondissement parisien, avec une mise en scène macabre dont je passe les détails puisque tout est précisé dès les premières pages. Un meurtre non signé, même si une culotte Petit-Bateau blanche avec des cœurs roses est retrouvée non loin.

La démarche consistant à recueillir les premières informations sur la jeune Clémentine auprès des parents d'icelle revient à Maussade. Il rencontre donc la mère qui répond volontiers à ses questions. Le père ? Parti depuis trop longtemps. Ils ne se parlent plus. Clémentine était, je cite, une jeune fille très régulière, bonne élève, travailleuse, sans histoire. Donc rien de spécial à signaler, sauf qu'elle regardait depuis un certain temps plus souvent la photo de son père bien mise en évidence, se renseignait sur son mode de vie, qu'elle n'allait plus à la messe depuis quelques semaines, qu'elle connaissait un garçon plus vieux qu'elle et qui lui écrivait des poèmes. Bref une petite vie d'adolescente de treize ou quatorze ans que connaissent bon nombre de jeunes filles de son âge.

Il ne reste plus à Maussade qu'à enquêter justement auprès des fréquentations de Clémentine, le jeune homme, ses copines d'école, le collège La Bruyère Sainte Isabelle, et quelques autres. Et la sage Clémentine était-elle si sage qu'il y paraissait ?

 

L'intérêt de cette intrigue ne se niche pas dans le déroulement de l'enquête menée par Maussade, de sa déception du départ de Mathilde, celle qui partageait sa vie avant de vivre ailleurs, de sa relation avec la mère de Clémentine. Non, car ceci n'est pas qu'un roman c'est un mode d'emploi.

Polar, mode d'emploi pourrait être le sous-titre de cet ouvrage, car l'auteur, qui est le troisième président de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), met en place les principes qui régissent à la construction d'un roman policier sous forme de notes.

Ainsi peut-on lire en début de la Note 1 : Trouver une entame. Placer le crime. Après avoir longuement regardé la scène, le lieutenant Maussade ferma les yeux comme pour l'imprimer.

Note 2 : Fixer le héros. Le lieutenant Maussade. Brun, grand, la trentaine, plutôt élégant.

Note 4 : Un peu de documentation. Sous son aspect domestiqué, le parc Montsouris est le territoire des ombres.

Et ainsi de suite jusqu'à la Note 99, chaque note équivalent à un chapitre plus ou moins court.

Des conseils qui se résument à comment aborder un roman, mettre en place les personnages, laisser planer le doute, et éventuellement réfléchir à un avenir possible en adaptation télévisée :

Note 16 : Si ce polar doit faire un téléfilm un jour, ou mieux encore une série ("Lieutenant Maussade") il est indispensable de mettre un personnage noir ou handicapé.

Donc des notes utiles à un débutant désirant se lancer dans l'écriture d'un roman policier, lui fournissant des conseils, des trucs et astuces, des balises, tout en racontant sous forme d'exemple l'enquête de Maussade et ses différentes interventions. En laissant soin au lecteur parfois de combler quelques trous, de lui suggérer certaines scènes, de l'amener à participer lui aussi.

Un exercice de style réjouissant qui ne pourra laisser indifférent.

Paul FOURNEL : Avant le polar. 99 notes préparatoires à l'écriture d'un roman policier. Editions Dialogues. Parution 19 mai 2016. 78 pages. 15,00€.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 14:23

Roy, mais bientôt Reine...

Sandrine ROY : Lynwood Miller.

A cause d'une tempête de neige qui a endommagé les lignes téléphoniques et électriques, Lynwood Miller qui s'est installé dans une ancienne bergerie est obligé de s'éclairer avec un groupe électrogène. Mais pour que celui-ci fonctionne, il faut du carburant et Lynwood s'aperçoit avec dépit qu'il n'en a plus. Alors qu'il était tranquillement installé à lire un roman de Fantasy d'un auteur Français, Basil Clark. Un excellent moyen pour peaufiner ses connaissances dans la langue de son pays d'adoption, la France, et plus particulièrement les Pyrénées.

Donc, il doit se résoudre à se rendre en pleine nuit jusqu'à la cave d'une cabane de berger sur le chemin du lac, des bidons y étant entreposés. Arrivé près de la bâtisse, il entend une voix féminine appeler Joooohn ! Son véritable prénom. Personne ne le connait et pourtant cette voix le hèle sans aucun doute, et il s'agit bien d'un appel au secours. Il se précipite et délivre une jeune fille que deux hommes séquestrent. Tandis qu'il corrige sévèrement les deux kidnappeurs allemands, déduction effectuée par leurs propos, la gamine, car pour lui c'en est une, s'échappe. Il la retrouve alors qu'elle aborde le lac et commence à se noyer, la glace n'ayant pu supporter son poids. Il la ranime puis l'emmène chez lui où il la soigne. Elle a été violée, en porte les marques sanglantes, et elle est choquée.

Avant de continuer plus loin dans notre relation des faits et de ce qui va arriver, intéressons-nous à Lynwood Miller, pour tous, et John pour Elisabeth dite Eli.

Il est Américain, un ancien des forces spéciales et il est arrivé en France quelques mois auparavant pour se ressourcer. Il a fait la connaissance de Simon, trente-sept ans, célibataire vivant toujours chez Maman, ce qui d'ailleurs désole sa génitrice. Simon et Lynwood se prennent d'amitié et bien naturellement l'Américain fait part de sa mésaventure à son ami informaticien. Car Simon est un petit génie, sans bouillir, de l'informatique et il est très demandé pour dépanner des sociétés étrangères ou françaises. Il s'introduit sans vergogne dans les données secrètes sans pour autant en profiter par malversation.

Les parents d'Eli sont heureux de retrouver leur fille saine et sauve. Kellerman, le père, demande toutefois à un ami, le commissaire Marchand d'enquêter sur les ravisseurs. Ceux-ci, qui ont réussi à fuir pendant l'escapade lacustre d'Eli, ont commis un nouveau méfait. L'un d'eux mal en point a été soigné par un vétérinaire et ils n'ont pas hésité à lui trancher la gorge afin d'éviter qu'il parle.

Kellerman est obligé d'avouer à Lynwood et Simon qui ne lâchent pas l'affaire, Simon par amitié pour Lynwood et Lynwood par attrait pour Eli, qu'en réalité la gamine a vingt six ans et qu'avec sa femme ils ont omis de lui avouer qu'ils l'avaient adoptée. Une information qui ouvre de nouveaux débouchés dans l'enquête menée conjointement pat Marchand, Lynwood et Simon, lesquels sont complémentaires dans leurs recherches et leurs analyses.

Le père géniteur d'Eli est un Allemand, ancien compagnon de Kellerman, et comme les hommes de main étaient de même nationalité, le lien est vite établi. Seulement, lorsque Lynwood et consorts le rencontrent à Berlin, ce père qui a eu Eli hors mariage avec une femme considérée comme atteinte psychiquement, certains journalistes à l'époque n'ayant pas hésités à employer le mot viol, cet homme est malade, en fin de vie, et il narre ce parcours chaotique tout en avouant que sa famille, femme et enfants, était au courant de cet épisode peu glorieux.

Un autre fait significatif est à mettre au crédit d'Eli. Celle-ci est non seulement l'auteur signant sous le pseudonyme de Basil Clark, mais de plus elle possède des pouvoirs surnaturels. Elle peut déplacer à distance des objets et lire dans l'esprit des gens. Elle guérit Lynwood dont un genou est en vrac, séquelle d'une vie d'avant. Mais c'est une jeune fille renfermée, qui préfère vivre en solitaire, agoraphobe et démophobe. Seulement, elle ne peut prévoir ce qui va lui arriver comme incidents, accidents, alors qu'elle peut pressentir ce qui peut se passer pour d'autres personnes, de son entourage ou non.

 

Lynwood Miller est un roman qui mélange les genres et bouscule les codes. Tout autant roman policier mêlant quête et enquête, il aborde le surnaturel et insère une histoire d'amour qui ne veut pas dire son nom, le parcours de Lynwood et celui d'Eli les obligeant à se méfier de leurs sentiments. Surtout de la part d'Eli d'ailleurs.

Action, aventure, amour, amitié, pourraient être les quatre A, ou as, qui sont les points cardinaux de cette intrigue qui, chaque fois, est relancée de façon cohérente tout en partant dans des dimensions différentes. Comme le souligne l'éditeur, Roman policier mais pas que...

Un roman qui pourrait se définir comme une course cycliste par étapes, le Tour de France par exemple, sportivement parlant. En effet, l'intrigue se décompose en étapes de sprint, avec des actions rapides, des étapes de plaine au cours laquelle l'action prend le temps de se développer avec des protagonistes qui veulent échapper au peloton, et des étapes de montagne dans lesquelles les héros souffrent, et l'arrivée en fanfare sur les Champs Elysées ou plutôt le retour au pays, dans le calme et la sérénité, ou presque, avant le prochain ouvrage qui pourrait préfigurer un nouveau départ.

Sandrine ROY : Lynwood Miller. Editions Lajouanie. Parution 10 juin 2016. 304 pages. 19,00€.

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