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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:04

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...

Robin COOK : j'étais Dora Suarez

« Pour moi, c’est une affaire qui sent le coup pourri ». C’est ainsi que définit le meurtre de deux femmes le flic chargé de l’enquête. Un personnage dont les lecteurs assidus de Robin Cook ont déjà pu lire quelques aventures (ou mésaventures) dans On ne meurt que deux fois, Les mois d’avril sont meurtriers, et Comment vivent les morts.

Ce policier solitaire, particulièrement acerbe, acrimonieux, agressif, vindicatif envers ses collègues, ses supérieurs et une grande partie de l’humanité, était en disponibilité, mis sur la touche à cause justement de son caractère et de ses méthodes d’investigation. Mais cette affaire semble dépasser les compétences de l’A14, le bureau des affaires non élucidées, et il se retrouve réintégré d’office pour mener à bien cette enquête. Une enquête dans laquelle notre policier hargneux, teigneux, s’investit complètement. Son mauvais caractère, son agressivité permanente, découlent peut-être de bonnes raisons mais ses façons de faire, de procéder, de s’exprimer ne peuvent que lui attirer rebuffades et inimitiés. Un duel permanent entre lui et les autres qu’il entretient avec une joie sado-maso. Seuls quelques personnes trouvent grâce à ses yeux et à ses sarcasmes. Des privilégiés.

 

Sadisme et masochisme englobent ce récit comme une délectation malsaine dans lesquels semblent se complaire le tueur de femmes mais également l’auteur de ce roman, Robin Cook. Cela dépasse largement le cadre du roman noir.

Un roman en deuil comme le définit si bien l’auteur, dont on connaissait par ses précédentes œuvres la propension à manier le noir, le pessimisme. Un auteur tourmenté, déchiré, obsédé, qui se libère dans ses écrits d’une façon violente.

Avec ce roman Robin Cook arrive presque à un point de non retour, dans des scènes qui parfois sont à la limite du supportable, dépassant les doses d’horreur des romans catalogués Gore. Une escalade malsaine qui peut laisser des traces, moins peut-être chez le lecteur que chez l’auteur, le lecteur se disant qu’après tout ceci n’est qu’un roman à ne considérer que comme une expérience unique.

 

Dans la vie, Robin Cook était à l’opposé de ses écrits, du moins pour ce que j’ai pu ressentir lorsque je l’ai connu puis fréquenté à diverses reprises dans des festivals qui sans être confidentiels étaient conviviaux. « Ah, Pôllll ! » me disait-il en me voyant, articulant mon prénom avec un accent rugueux mi-britannique, mi-aveyronnais, le sourire accroché à ses yeux et son immuable béret vissé sur la tête.

Un homme charmant, le cœur sur la main, gentil au possible dans la vie courante, consensuel, et que j’ai été amené à apprécier lors de nos différentes rencontres. Mais ça c’était dans une vie antérieure.

Robin COOK : j'étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez - 1990. Traduction Jean-Paul Gratias). Réédition Rivages Noirs N°116. Parution septembre 1991. Réimpression avril 2016. 320 pages. 8,50€.

Première édition collection Rivages Thrillers. Editions Rivages. Parution 1990.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 13:37

Faites une économie d'un centime d'euro avec la version numérique !

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe.

Pierre Marescot est avocat, mais il travaille en dilettante.

La fortune familiale est assez conséquente pour lui permettre d'effectuer son métier en pointillé. Mais il a suivi la tradition et comme son père, il a poursuivi des études de droit puis s'est engagé dans la carrière juridique.

Il est materné, couvé par une mère possessive et il se sent à l'étroit dans l'appartement-bureau qu'il partage avec elle.

Alors il se réfugie dans une garçonnière, appartement secret dont l'une des pièces recèle un étrange musée.

Dans une vitrine sont exposés, répertoriés, les fruits de ses rapines dans les grands magasins, principalement les Nouvelles galeries, proches de chez lui.

Pierre Marescot est kleptomane et est saisi par périodes d'un besoin irrépressible de subtiliser un objet au nez et à la barbe (c'est une image !) des vendeurs ou des vendeuses. Un jour il vole un couteau à l'étalage. Un couteau qui semblait le narguer, avec son manche en forme de crocodile. Lorsqu'il peut l'examiner à loisir, Pierre Marescot remarque sur la lame du couteau et sous le manche, du sang et des empreintes de doigts.

Revenant sur les lieux de son larcin, l'avocat est pris dans un tourbillon. La police est là. Une jeune fille a été assassinée à l'aide d'une arme blanche dans une cabine de Photomaton.

Marescot n'a de cesse de découvrir le coupable, qui s'avère être une femme. Une femme qui a agi sous l'emprise de la jalousie.

Ce qui intéresse Marescot, ce n'est pas le pourquoi ou le comment de cet acte, mais la personnalité profonde de la jeune femme pour qui il éprouve une certaine sympathie.

Il est fasciné et s'arrange même pour être désigné d'office comme son défenseur.

 

Boileau-Narcejac, en réalité le seul Narcejac depuis la disparition de son compère Boileau en janvier 1989, Boileau-Narcejac a écrit un roman psychologique sur une double hypnose dont le point de jonction est le fameux couteau.

Une espèce d'envoûtement, d'obsession qui oblige Marescot à voler dans les grands magasins, et la séduction de la femme assassin à travers l'objet dont elle s'est servie pour perpétrer son meurtre.

L'enquête policière est réduite à prétexte et ce sont les motivations, les impulsions de ce couple qui priment dans cette œuvre tout en subtilité.

Boileau-Narcejac n'a pas fini de nous étonner et à chacun de leurs ou de ses romans, réussit à nous entraîner dans un univers différent.

Une exploration qui perdure au travers d'une quarantaine d'ouvrages mais la sonde qui fouille l'âme humaine ramène à chaque fois une parcelle de sentiment, de comportement non encore élucidée.

Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm français diffusé en 2012, réalisé par Thierry Petit, sur un scénario d'Antoine Lacomblez, avec Bruno Todeschini, Anne Azoulay, Marie-Christine Barrault et Natalia Dontcheva.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe. Collection Folio policier. Editions Folio. Parution 7 décembre 1999. 184 pages. 6,50€. Version numérique parution 1er février 2016. 6,49€.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:13

Hommage à Robert Bloch né le 5 avril 1917.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur

Si par son nombre de victimes, Jack l'Eventreur ne peut être considéré comme un recordman, il n'en n'est pas de même en ce qui concerne les études et les romans qui lui ont été consacrés.

Mais quel qu'il soit et quelles qu'aient été ses motivations, Jack l'Eventreur reste un mythe et ce n'est pas Robert Bloch qui le démentira.

A partir d'événements réels, de personnages ayant existé, c'est fou ce que l'inspiration et l'imagination des romanciers peut produire, approchant peu ou prou la réalité.

La connaîtra-t-on un jour cette vérité, il n'en est guère probable, tout au moins personne ne sera là pour la confirmer, mais rendons hommage à des écrivains tels que Robert Bloch qui, sous couvert de littérature, ont essayé d'aborder au plus près l'exactitude des faits et de relater avec impartialité les événements de l'époque.

Une époque trouble certes, mais guère plus que celle que nous vivons actuellement et qui était en pleine mutation idéologique et technologique.

Robert Bloch a essayé de comprendre pourquoi cette histoire dans l'histoire, ce réel qui fascine autant le public.

Certes les crimes et la façon dont ils furent perpétrés, imputés à Jack l'Eventreur, sont abominables. Certes le nombre de suppositions qu'ils engendrèrent concernant l'identité de leur auteur titillèrent l'imaginaire des romanciers, leur permettant les affabulations les plus audacieuses. Certes la vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais Robert Bloch, avec le métier qu'on lui connait, arrive à accrocher le lecteur avec une histoire que tout le monde croit connaitre et il relativise les faits, remet les événements dans leur contexte, en présentant dans les têtes de chapitres des histoires encore plus noires, encore plus ignominieuses et pourtant ignorées la plupart du temps du public.

Après avoir abordé d'une façon tout à fait personnelle l'histoire du Boucher de Chicago, le célèbre Docteur Mudgett, Robert Bloch nous livre sa version du criminel le plus célèbre de ces cent dernières années et parvient une fois de plus à hypnotiser le lecteur avec une histoire que l'on pourrait penser usée jusqu'à la trame. Ce qui démontre le pouvoir de conteur de Robert Bloch, à qui l'on doit le célébrissime Psychose.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur (Night of the Ripper - 1984). Réédition collection Pocket Noir. Editions Pocket N°4028. Parution octobre 1992. 284 pages.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:00

Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur !

Olivier KOURILSKY : L'étrange Halloween de M. Léo.

Encore une opération qui tombe à l'eau, pour Léo, le trafiquant de drogue superstitieux.

L'intrusion de la police le fait paniquer, de même que son complice José, et il a juste le temps de balancer la came dans les waters. Plus de preuves, pas d'arrestation. Sauf qu'il perd une somme conséquente, une bagatelle de cinquante mille euros, et que sa crédibilité envers Marchand, son employeur, est entamée.

Lequel Marchand le convoque auprès du grand Patron. Léo, la tête encapuchonnée afin qu'il ne distingue pas le visage de l'homme, se voit confier une mission d'importance. Une double mission, devrais-je écrire.

D'abord retrouver les cinquante mille euros que Léo lui a fait perdre, ensuite récupérer de la marchandise, en Galles du Nord, près de Liverpool.

La vie ne s'annonce pas rose pour Léo le superstitieux. L'argent doit être remis dans le jour de la fête d'Halloween dans un château en ruines, et la réception de la drogue dans le cimetière de Highgate à Londres, dans la partie interdite au public.

D'abord il lui faut trouver la somme nécessaire. Sachant ou supposant que son ami José, qui a disparu de la circulation, possède un gentil magot, il s'introduit dans son jardin et commence à fouiller. Il trouve le trésor mais est surpris par la compagne de José. Un faux mouvement, dans ces cas-là il s'agit toujours d'un faux mouvement, il la bouscule, elle tombe, sa tête se réceptionne mal, bref la jeune femme est partie rejoindre ses ancêtres. Mais cela ne l'empêche pas de mettre la main, et même les deux, sur un sac bourré de billets. De quoi se refaire une santé et plus. Alors départ pour l'Angleterre, sans tarder.

 

La famille Timsit, composée de David, le père, d'Agnès, la mère, de Pauline, la fille, et de Dylan, le petit ami de celle-ci, a décidé de visiter la Grande-Bretagne, et plus précisément le comté de Conwy, en Galles du Nord. En réalité il s'agit d'un pèlerinage, le père de David y avait été accueilli en compagnie de quelques deux cents autres jeunes réfugiés juifs dans les années 1939-1940.

Et puis cela ne peut que changer les idées à Pauline qui depuis son accident de la circulation a tourné la page, et la petite sage est transformée en gothique, tatouée et percée, et surtout est devenue kleptomane. Un souci pour David et Agnès, qui chirurgiens de renom, n'apprécient pas les nouvelles fréquentations policières de Pauline. Quant à Dylan, le petit ami, c'est un mal obligé qui va peut-être la canaliser, même si sa présence suppose des dépenses supplémentaires.

La visite nocturne du château de Gwrych enchante David et Agnès. Pour Léo, c'est tout autre chose. Il est entouré de masques et ne s'aperçoit pas que l'un de ceux qui viennent de le frôler, un Frankenstein et un Dracula, l'un des deux donc, lui a subtilisé son précieux carnet noir. Or il consigne sur ce petit cahier ses faits et gestes, ses rendez-vous et non seulement cela va lui manquer, mais si bloc tombe entre des mains malveillantes, cela risque de lui jouer un tour pendable. Celle qui a subtilisé l'objet n'est autre que Pauline.

Commence alors un chassé-croisé entre l'adolescente et Léo jusqu'à Paris en passant par le cimetière de Highgate que les jeunes gens ont décidé de visiter nuitament. Il va même essayer de la traquer, mais sera effrayé lorsque celle-ci lui montrera les dents dans la rue : elle porte comme denture un dentier en véritable imitation de vampire et arbore des yeux rouges. Il pense, toujours cette superstition maladive, être en présence d'un vampire.

David et Agnès, surtout Agnès d'ailleurs, requièrent les services de leur ami l'ancien commissaire Maupas, lequel ne peut rien refuser à la jeune femme dont il est secrètement amoureux.

La brigade des Stups et la Criminelle sont de la partie, à cause de la mort inexpliquée de la compagne de José et de la découverte du cadavre de celui-ci pataugeant dans la Seine.

 

Il flotte comme un petit air de fantastique dans ce roman mené tambour battant, peut-être à cause d'Halloween et de certains lieux qui servent de décor, pourtant c'est un vrai roman policier qui nous est proposé. Les scènes cocasses ne manquent, surtout pour le lecteur, car pour certains des protagonistes, ce sont plutôt des épisodes dramatiques qui se jouent.

Habilement construit, ce nouvel opus permet de retrouver des figures connues, dont on a fait la connaissance dans les précédents ouvrages d'Olivier Kourilsky, et ne me parlez pas de coïncidences heureuses, car tout est coïncidences dans la vie. Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné, dans une mise en scène haute en couleurs.

Le personnage de Pauline est attachant malgré, ou à cause, de ce revirement dans son comportement, ayant subi un traumatisme dont il lui est difficile de s'extraire. Quant à Maupas, il se révèle un digne successeur des détectives d'antan, il est vrai qu'il est un ancien policier ayant fait ses preuves sur le terrain, mais l'épilogue est comparable à ces bons vieux romans de suspense qui jouent sur les retournements de situation.

 

Elle avait l'air aussi sincère qu'un homme politique annonçant la fin du chômage pour l'année suivante.

Olivier KOURILSKY : L'étrange Halloween de M. Léo. Editions Glyphe. Parution le 7 mars 2016. 208 pages. 15,00€.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:34

C'est une poupéééeee...

Sonja DELZONGLE : Quand la neige danse.

Qui fait quoi dans cette boîte en carton livrée par le facteur à Joe Lasko ? Sa fille de quatre ans a disparu depuis un mois, alors qu'elle patinait sur le lac en compagnie de la fille de sa garde habituelle. Et la vue de cette poupée gisant dans une boite, simulacre de cercueil, habillée comme l'était Lieserl, aux cheveux longs roux comme ceux de Lieserl, cela ne peut que lui mettre le moral à zéro, et même plus bas.

Il est vrai que la température est plus que glaciale en ce mois de février sur Crystal Lake, dans l'Illinois, grande banlieue de Chicago, mais ce n'est pas ça qui va refroidir son ardeur de père à la recherche de son enfant. Divorcé, sa femme abonnée à la bouteille ayant été déchue de son statut maternel, Joe est médecin et sa fille est tout pour lui. Seulement, trois autres gamines ont disparu elles aussi à quelques semaines de distance.

Joe, qui a créé une association en compagnie des parents des petites disparues, se renseigne auprès des autres familles. Elles aussi ont reçu des envois similaires et les poupées sont des sosies des fillettes. Tous les colis ont été envoyés de Woodstock. Peut-être une piste. Il en informe le chef de la police Stevens.

Ces affaires d'enlèvements ont été à la Une des médias, Joe prenant la parole à la télévision. Les dons et les aides affluent afin de financer les recherches. Mais quelle n'est pas sa surprise lorsque se réveille à son bon souvenir Eva Sportis, détective privée. Eva la petite amie de son grand frère Gabe lorsque celui-ci avait seize ans, et dont Joe était secrètement amoureux. Eh oui, à douze ans on peut aimer la copine de son frère et ne pas se déclarer. Et puis Gabe a laissé tomber Eva, la vie a continué et Joe n'a jamais osé se manifester. Et voilà qu'Eva, plus belle que jamais, lui propose son aide dans la recherche de sa fille.

Cela remue toutefois de mauvais souvenirs dans la mémoire de Joe. Gabe, qui a mal tourné, est devenu un voyou, a fait de la prison, a tué un policier lors d'un braquage, est retourné en tôle. Eva va bientôt avouer que c'est Gabe qui lui a demandé de proposer ses bons services. Et Gabe qui revient voir son frère. Joe ne veut pas renouer, pourtant devant la bonne volonté de son frère aîné, il accepte de l'héberger mais dans une cabane au fond du jardin. Une cabane aménagée pour des amis, je précise.

Eva décide de demander l'aide d'Hanah Baxter, célèbre profileuse et dont elle fut étudiante à la fac. Normalement Hanah ne travaille qu'en dehors des Etats-Unis, mais pour une fois elle déroge à ses principes. Profileuse certes, mais avec un petit truc en plus. Elle ne se sépare jamais de son pendule et commence à effectuer des recherches sur une carte de la région de Crystal Lake. Et le pendule s'affole à un endroit bien précis, dans les bois de Oakwood Hills.

Le pendule ne s'est pas affolé pour rien. Eva et Joe se rendent à l'endroit indiqué, malgré la neige, en compagnie de Laïka, la chienne de Joe. Une horrible découverte les attend. Ils découvrent enfoui au pied d'un arbre un crâne humain, probablement celui d'un enfant. Des ossements également, et une chaîne. Mais un cri déchirant résonne. Laïka est victime d'un piège à loup. Heureusement un garde forestier arrive et détend les mâchoires, libérant la patte de la chienne mal en point. C'est le retour à Crystal Lake avec le trophée macabre dans une musette et Laïka. Le chef Stevens est mis au courant des derniers événements, sauf l'appel à l'aide à Hanah la profileuse.

Chacun de son côté, puis ensembles puisque Stevens à la bonne idée de faire appel lui aussi à Hanah Baxter, ne sachant pas qu'elle est déjà sur l'affaire, vont s'atteler à cette tâche ardue. Et cette enquête va leur réserver de nombreuses surprises, parfois macabres, rencontrer des personnages particuliers, joindre des représentantes d'associations d'enfants en danger, et remonter les années en arrière jusqu'à un asile à Seattle.

 

Ne cherchez pas le nom du traducteur, il n'y en a pas. Ce roman est bien une œuvre de fiction française. Pourtant on pourrait croire qu'il a été écrit par l'une des romancières américaines, Shane Stevens, Mo Hayder ou encore Lisa Gardner par exemple, dont les romans pleins de suspense vous prennent aux tripes.

Soja Delzongle ne se contente pas de raconter une histoire, dont le sujet pourrait sembler banale à force d'être traité, d'enlèvements de gamines dont le final est particulièrement réfrigérant, pour ne pas dire glaçant.

Il lui faut fouiller le passé des différents protagonistes afin de mieux comprendre le présent, leurs faits et gestes. Avec parfois de leur part des troubles obsessionnels compulsifs. Ainsi le chef Stevens a horreur de serrer les mains de ses interlocuteurs, et il se dépêche après ce cérémonial d'en pratiquer un autre : se nettoyer les mains avec un gel antiseptiques. D'autres personnages retiennent l'attention mais je vous laisse le soin et le plaisir de les découvrir.

Tout ce que je pourrais ajouter, c'est que ce roman multiplie les clins d'yeux littéraires. Ainsi le nom de Stevens, le chef de la police, est à rapprocher de celui de la romancière Chevy Stevens. Mais également Gary Bates, comme Norman, le héros négatif de Psychose de Robert Bloch, Gabe le frère surnommé Gabe le Magnifique, comme Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, ou encore Eva comme l'héroïne de James Hadley Chase... Et j'en oublie.

 

Sonja DELZONGLE : Quand la neige danse. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution le 1er avril 2016. 432 pages. 20,90€.

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:51

Mais pas forcément vendu !

Dick FRANCIS : Adjugé

Ex-jockey, Jonas Dereham s'est reconverti comme courtier en pur-sang, mais un courtier honnête, intègre, qui ne veut pas se plier aux exigences et aux façons de procéder de ses confrères.

Les indélicatesses, les pots-de-vin, les surenchères fictives lors des ventes, sont des pratiques de plus en plus courantes. Ce que Jonas n'approuve pas. Il travaille en franc-tireur et ne veut être mêlé à aucune de ces bassesses. Automatiquement, ce point de vue lui attire bon nombre d'inimitiés.

Cela se solde par des brimades, des exactions corporelles, puis matérielles. Notamment, un ou des inconnus ouvrent les portes d'un box, libérant un cheval de grande valeur et dont Jonas avait la garde temporaire. Et si le moindre pépin arrive à ce cheval divaguant, s'en est fini la carrière de Jonas.

Indemne, le cheval n'en provoque pas moins un accident, ce qui permet à Jonas de faire la connaissance de Sophie, jeune femme charmante et indépendante.

Ce qui apporte un rayon de soleil dans la vie de Jonas encombré d'un frère alcoolique. Lorsque ses écuries brûlent, incendie provoqué par des mains criminelles, Jonas décide que la coupe est pleine et qu'il doit, non seulement réagir, mais découvrir qui manipule les sous-fifres, qui est l'instigateur de toutes ces machinations.

 

Dick Francis, écrivain britannique et ancien jockey lui-même, connait bien les milieux hippiques et il les décrits avec réalisme et sans complaisance dans les nombreux romans policiers qu'il a écrit, que ce soit dans Lunettes sans montures, Panique au pesage, A la cravache, et bien d'autres édités à la Série Noire, chez Belfond, Calmann-Lévy ou Le Rocher.

Et comme à chaque fois, il nous livre un roman à la trame solide et aux personnages attachants.

 

Première parution éditions Belfond, 1986.  Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Première parution éditions Belfond, 1986. Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Dick FRANCIS : Adjugé (Knockdown - 1974. Traduction Françoise du Sorbier). Réédition collection Grands Détectives. Editions 10/18 no2497. 1994

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:44

Lorsqu'Adrien Sobra ne s'appelait pas encore Marc Agapit.

Ange ARBOS : La tour du silence.

Ce sont les gens qui disent... rétorque le narrateur à son ami et voisin Julien Delambre qui affirme qu'il vient d'émettre une hypothèse idiote. Et les gens ont vite fait d'échafauder des conjectures non vérifiées.

Il paraitrait qu'un cadavre a été retrouvé dans le parc du pépiniériste, leur voisin, et que ledit pépiniériste aurait tué l'amant de sa femme.

Delambre, afin que son voisin ne s'échappe pas et aille raconter n'importe quoi, l'enferme dans son salon puis entreprend de narrer la genèse de cette découverte macabre. Mais auparavant il lui pose quelques questions concernant cette découverte, notamment si le bahut dans lequel le squelette a été retrouvé était un magnifique meuble sculpté. Si une épée en bois peint reposait à côté du mort et si la tête de celui-ci était ceinte d'une couronne en bois peint également.

Suite aux affirmations de son voisin, il raconte cette histoire édifiante :

Lors d'une réception costumée, alors qu'un diseur accapare l'attention des invités, le majordome informe le maître des lieux qu'il est mandé au téléphone pour une affaire importante. Puis peu après, le majordome revient dans la pièce prévenant le secrétaire du comte que celui-ci l'attendait dans son bureau un quart d'heure plus tard. Le temps imparti étant écoulé, le secrétaire s'éclipse puis revient et parle à voix basse à la comtesse qui sort de la pièce puis réapparait en poussant des cris et s'évanouit.

Dans le bureau situé à l'autre bout du château les invités ne peuvent que constater l'absence du comte, mais relèvent néanmoins quelques indices prouvant qu'un attentat aurait été commis à l'encontre du noble. Des traces de sang, une statuette brisée, des douilles d'arme à feu.

Immédiatement averti le juge d'instruction pose les questions rituelles à la comtesse, une jeune femme d'une vingtaine d'années et mariée depuis peu. Et bien évidemment il s'agit de savoir si le comte possédait des ennemis. Et c'est à partir de ce moment que l'affaire se corse, même si elle se déroule en région parisienne.

Peu avant, Eloi, un vieux serviteur du comte, et sa fille Véronique, avaient été congédiés. Eloi, veuf de bonne heure, avait donné à Véronique une instruction raffinée et celle-ci âgée de dix-huit ans était entrée au service de la nouvelle comtesse comme lectrice. Les deux jeunes femmes n'étaient séparées que de quatre ans, mais, coïncidence troublante, elles se ressemblaient comme deux sœurs. Et Véronique entretint cette ressemblance en prenant la démarche, la coiffure, la voix même de sa maîtresse. Maîtresse qui fut bafouée semble-t-il car Véronique aurait effectué des avances éhontées au comte, d'où son renvoi et celui de son père.

Or Eloi et sa fille Véronique sont partis en Normandie, dans un petit village où le vieil homme possède une demeure. Les enquêteurs interrogent évidemment les voisins, les fonctionnaires dont le chef de gare, et selon tout ce beau monde, Eloi et Véronique ne se seraient pas absentés de leur villa, ou tout au moins du village.

Mais le doute s'installe. La comtesse est-elle celle qu'elle prétend être, ou Véronique aurait-elle pris sa place ? Commence un chassé-croisé qui embrouille les enquêteurs, une sombre histoire de substitution de personnes, et il est difficile de démêler le vrai du faux du faux du vrai. D'autant que selon les circonstances, la comtesse avoue être Véronique, puis se rétracte, revenant sur ses déclarations.

 

Ange Arbos, dont ce roman figure parmi ses premiers écrits, propose un jeu de miroir, proche d'une affaire de gémellité sans en être une puisqu'il s'agit de sosies. Mais le lecteur sait d'avance que les deux femmes se ressemblent, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. Ange Arbos ne sort pas un protagoniste de son chapeau en fin d'intrigue mais la présence de ces deux femmes est toujours constante. A moins que l'une d'elle joue deux rôles.

Dans un registre résolument policier classique, le futur Marc Agapit imprègne toutefois son histoire d'une once de fantastique, avec subtilité, la mise en scène du départ y influent pour beaucoup, de même que l'approche du récit par Delambre.

Le narrateur aperçoit quelques photos dont une de groupe représentant des personnages costumées et une autre le portrait de Jeanne la Folle. Or s'il s'agit de la comtesse et des membres participant à la soirée organisée par le comte, ceci n'est pas anodin. Car le comte était déguisé en Philippe le Beau et la comtesse en Jeanne la Folle, deux personnages historiques. Jeanne la Folle ainsi dénommée suite à la douleur ressentie à la mort de son mari.

Sans oublier les quelques allées et venues du domestique de Delambre lors de la narration de cette affaire, qui jette un doute sur les motivations du conteur vis-à-vis de ce voisin-narrateur pressé d'arriver à une conclusion qui au départ est erronée, puisque puisant dans des rumeurs.

Le sens de la narration est déjà présent, mais trouvera son développement par la suite lorsque Ange Arbos alias Marc Agapit se tournera résolument vers le fantastique et l'angoisse pour ses romans édités au Fleuve Noir, et qui restent des ouvrages de référence recherchés par les amateurs et les collectionneurs.

 

Ange ARBOS : La tour du silence. Collection Police N°155. Editions Ferenczi & fils. Parution 4 avril 1936. 64 pages.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 08:32

Elle a fait un bébé toute seule...

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre.

Et dans les années 1930, c'était fort mal vu. Les mères devaient cacher leur honte et les enfants nés hors mariage en subissait les conséquences. Surtout dans les petits villages ou hameaux comme Saint-Fiacre au sud du Faouët.

Né en 1932, Auguste n'a jamais connu son père. Il a été élevé par sa mère et sa grand-mère, qui ignoraient la tendresse. La "faute" de l'une étant mise au négatif du gamin. Seul le grand-père lui voue une affection sincère mais il est si peu souvent à la ferme, étant de profession couvreur et sillonnant la région.

Auguste est éduqué à coups de taloches et d'indifférence. Il vagabonde et se trouve des compagnons en forêt. Des animaux, parfois en perdition, qu'il soigne. Un oiseau, un renardeau qui finit en renard d'eau.

C'est l'âge des découvertes, bien avant d'aller à l'école. C'est ainsi qu'en vagabondant il fait la connaissance de Daoudal, un ermite volontaire et presqu'obligé de vivre en dehors de la communauté villageoise. Car Daoudal est un rebouteux, un magnétiseur, un radiesthésiste, qui soigne certaines maladies. Mais il est considéré comme un sorcier dont la fréquentation est mal vue. Pourtant, malgré le rejet maternel, la santé d'Auguste, sans être sacrée, importe. Ne serait-ce que pour taire les médisances qui foisonnent à la moindre peccadille. Daoudal va guérir Auguste d'un zona juvénile, affection rare chez un gamin. Et comme on dit, lorsque c'est rare, c'est que cela existe.

A la ferme, il n'y en a que pour le petit frère, né lui après un mariage de la mère. Un enfant légitime dont le père mourra peu après, mais l'important est qu'il eut un père officiel et déclaré. Auguste aimerait bien ce petit frère si celui-ci n'était pas si taquin et rejetait sur Auguste les bêtises commises, se montrant même cafteur. Pourtant Auguste est utile, ne serait-ce que par les poissons qu'il pêche avec des gaules de fortune ou à la main. Un supplément de nourriture qui n'est pas négligeable.

Entre Daoudal et Auguste se lie une forme d'amitié proche d'une relation filiale. L'ombre tutélaire paternelle projeté par le rebouteux sur l'enfant en manque d'affection et de repères.

Les années passent, cahin-caha, Auguste entre à l'école et se montre un relatif bon élève. Surtout il fait la connaissance d'une gamine de son âge, Lise. Entre les deux gamins, c'est une histoire d'amitié amoureuse, telle que deux enfants peuvent vivre et ressentir pleinement et sans arrière pensée. D'autant que les parents de Lise ne sont installés dans la région que depuis peu. Et le regard des villageois sur ces "étrangers", ces "horsains" comme sont définis en Normandie ceux qui ne sont pas du canton, n'est pas tendre. Suspicieux même.

Les années passent et bientôt se profile la guerre, et son lot d'avanies.

 

Le parcours d'un gamin qui ne connait pas son père, qui ne le connaitra jamais quelle qu'en soit la raison, ne laisse jamais indifférent. Surtout lorsque les deux femmes de la famille, la mère et la grand-mère s'érigent en marâtres, non plus dans le sens originel de belle-mère mais bien dans celui de la personne maltraitante.

Et l'amitié entre le vieil homme et l'enfant en est émouvante de par sa simplicité. Et pourquoi Daoudal ne serait pas son père ? C'est ce que peut penser l'enfant.

Ce sont des années d'apprentissage avant l'entrée réelle dans la vie scolaire, puis l'apprentissage de l'amitié, mais lorsque la guerre sévira, que l'envahisseur essaimera dans le pays, ce sera l'apprentissage de la vie au quotidien avec son lot de forfaitures, de jalousies, de mensonges, le tout entrecoupé de petits bonheurs et de grands malheurs. L'apprentissage de la mort, soit à cause de la maladie, soit à cause de la guerre. Une éducation rude qui forge le caractère, et révèle celui des adultes.

Si Les chemins creux de Saint-Fiacre est un roman, il est toutefois un héritage émaillé de souvenirs familiaux.

 

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 3 mars 2016. 416 pages. 19,50€.

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