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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 06:41

Un héritage pas forcément convoité...

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur.

Le commandant Workan n'apprécie pas d'être dérangé au téléphone, même si c'est une dame qui le demande. Mais lorsque sa correspondante lui précise que ce qu'elle a à lui confier concerne, entre autre, sa mère et qu'elle lui donne rendez-vous au Décollé, son intérêt est immédiatement éveillé.

Deux affaires distinctes qui pourtant possèdent un vague rapport, d'après ce que Workan comprend.

Sa mère a été assassinée de nombreuses années auparavant dans des conditions mal définies, et il en garde une trace indélébile. Mais le Décollé, ou Pointe du Décolé, le ramène quelques semaines en arrière, à Saint-Lunaire près de Saint-Malo. Une enquête qui avait été confiée à son adjoint le capitaine Lerouyer mais qui s'était soldée par un échec et transmise à la gendarmerie locale.

Le lendemain en fin d'après-midi il se rend donc à Saint-Lunaire et rencontre madame Drummond, une vieille dame, enfin pas tant que ça puisqu'elle n'est que septuagénaire, dans sa villa. Bien entendu la conversation débute par le rappel de l'assassinat qui s'est déroulé sur la personne d'une jeune femme, une prostituée d'après madame Drummond, l'affaire non résolue, mais il s'agit de tout autre chose dont elle veut entretenir Workan.

Elle lui révèle, sous le sceau du secret, qu'elle n'a pas d'enfant, possède une sœur, Jessica, mais plus important et plus effrayant, qu'elle est l'arrière-petite-fille de Russel Stablehorse. A première vue, ce nom ne dit rien à Workan, mais lorsqu'elle lui précise que Russel Stablehorse est plus connu sous le nom de Jack l'Eventreur, le commandant de police en reste sur le cul. Heureusement qu'il est assis.

Tout d'abord il pense à une affabulation mais elle possède des documents, des feuillets écrits de la main du tueur qu'elle a photocopiés, les orignaux étant placés dans un coffre, selon lesquels le fameux Jack dit l'Eventreur auraient perpétrés plus de crimes que ceux recensés puisqu'il aurait également sévi en Indes où il a résidé quelques années pour son travail d'architecte. Or il semblerait que le meurtre en 1999 de la mère de Workan, Ewa, serait signé par un individu agissant de façon similaire que le célèbre tueur britannique. Une méthode utilisée envers la jeune morte découverte à Saint-Lunaire.

Madame Drummond pense que le copieur pourrait être Terry, le fils de Jessica, internée dans une clinique psychiatrique de Dinan, dont elle n'a plus eu de nouvelles depuis des années. Quant au frère de Terry, Harry, il est supposé mort dans un affrontement militaire en Afghanistan au début des années 2000. Or Terry est le premier descendant mâle de Russel Stablehorse et la corrélation entre les deux hommes de la famille semble évidente.

Et Workan se trouve plongé à nouveau dans ce drame familial qui le perturbe quotidiennement, l'assassinat non résolu de sa mère. Il tient absolument à s'investir personnellement, malgré le refus de son patron, le commissaire divisionnaire Prigent, et de la procureure Sylviane Guérin, qu'il ne porte pas dans son cœur. Et c'est réciproque. Mais une autre affaire le requiert, l'agression d'un chirurgien-orthopédiste d'une clinique rennaise. Or l'homme de l'art est l'ami d'un député qui brigue un poste ministériel, donc il faut tout mettre en œuvre pour découvrir l'agresseur, rapidement et sans faire de vagues.

Workan se renseigne auprès de monsieur Cochet, un résident de Saint-Lunaire, qui avait hébergé la défunte de l'été précédent. L'homme reconnait volontiers avoir accueilli la jeune femme, une nommée Yuliya Svyrydiuk, originaire d'Ukraine. C'est un homme serviable que ce monsieur Cochet qui offre asile à ce que pudiquement on appelle une escort-girl. Yuliya a été remplacée par Cathia, qui pourrait être originaire des Balkans mais l'est tout prosaïquement de Clermont-Ferrand. Cette brave môme va connaître le même sort que sa prédécesseuse.

Workan refile l'affaire du chirurgien à ses adjoints Leila et Roberto. Leila est accessoirement sa maîtresse, et Roberto ne se montre pas futé. Alors évidemment ça patine et Workan est obligé de mener de front les deux enquêtes, l'officielle et l'officieuse, en ménageant la chèvre et le chou. C'est-à dire la procureure et le commissaire.

 

Workan est un policier qui use de l'humour à froid, grinçant, voire acerbe, et ses réparties cinglantes, avec notamment Sylviane Guérin, la procureure, donnent une note humoristique dans une intrigue qui lui tient personnellement à cœur. Et dont le résultat pourrait le libérer d'un poids qu'il traîne depuis quinze ans comme un boulet. Un souvenir dont il ne peut se défaire, ravivé tous les ans par la réception d'un morceau de tissu ensanglanté.

Workan, on a déjà pu s'en rendre compte dans les précédentes aventures dont vous pouvez retrouver les chroniques ci-dessous, est un policier bourru, agissant comme un électron libre. Il circule à bord d'une vieille Bentley, son côté provocateur.

Le côté humoristique est complété par ses relations avec Leila, et surtout par les bévues de Roberto, l'adjoint qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas prendre d'initiatives.

Mais le plus important dans ce roman, c'est bien le côté personnel auquel Workan est confronté. Ce retour en arrière sur le décès de sa mère. Et Hugo Buan joue avec brio sur le présent, les mortes de Saint-Lunaire, le passé proche, l'assassinat de la mère de Workan, et le passé plus lointain, ce retour en arrière sur les traces de Jack l'Eventreur. Bien entendu, tout en apportant une thèse sur l'identité de cet assassin, Hugo Buan reste fidèle à l'Histoire du Ripper tel que décrite par les spécialistes.

Amusant parfois, émouvant souvent, ce nouvel opus des enquêtes de Workan est une réussite. Avec une porte ouverte sur une nouvelle affaire. Seul petit point noir, Harry, le frère supposé décédé en Afghanistan, est prénommé en fin de volume Andy.

 

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur. Commissaire Workan N°8. Editions du Palémon. Parution le 22 septembre 2016. 304 pages. 10,00€. Version numérique 5,99€.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 11:35

Hommage à Paul Gerrard, né le 21 février 1910.

Paul GERRARD : La Javanaise.

Si les jeux des adultes et ceux des enfants parfois se ressemblent étrangement, il faut bien constater néanmoins que ceux des adultes sont toutefois plus meurtriers et moins ingénus.

Si Sandri et ses petits camarades se frottent à la bande des frères Peyraud, Les Rouquins comme ils les ont surnommés, en réalité cela ne va jamais bien loin.

Enfin pas jusqu'à mort d'homme ! Ce n'est pas comme les adultes qui n'ont aucun savoir vivre.

Pour un malheureux colis qu'ils s'arrachent, les voilà qu'ils défouraillent à tout va. Même que les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Surtout pas pour le pauvre Sandri, le pauvre, qui récolte des pruneaux alors qu'il ne demandait rien à personne. Juste un peu d'amour et de compréhension.

Mais, et si on envisageait l'hypothèse, saugrenue je vous l'accorde, que le jeune Sandri était celui à qui étaient destinées les projectiles ?

En ce cas on serait en droit de se demander ce qui avait nécessité de telles mesures expéditives. Les morts gratuits, cela existe, et comme dit son père, Je suis le plus insignifiant des hommes et mon fils n'avait que le capital de sa jeunesse.

 

Un roman policier qui débute un peu comme un ouvrage destiné à la jeunesse mais qui devient très rapidement pathétique, avec un regard sans complaisance jeté sur des parents, des adultes cyniques.

D'ailleurs Paul Gerrard, né sous le patronyme de Jean Sabran, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de Paul Berna dont l'immortel : Le cheval sans tête, qui a reçu le Grand Prix de littérature du salon de l'enfance en 1955.

De temps à autre on redécouvre Paul Gerrard et il serait bon de retrouver quelques rééditions de bon aloi, ne serait-ce qu'en volume Omnibus. Il le vaut bien. Même si des Intégrales ont été publiées par le Masque à la fin des années 1990, mais cela est bien loin et les ouvrages ne sont plus disponibles.

La Javanaise, un roman dur, émouvant, poignant, avec cependant quelques touches d'humour, histoire de mieux se replonger dans la triste réalité.

 

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Paul GERRARD : La Javanaise. Collection Le Masque Jaune N°1964. Parution 5 juillet 1989.

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 10:25

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010.

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone

Perry Stuart est l’un des "Monsieur Météo" de la BBC, quelqu’un qui fait la pluie et le beau temps, à qui bon nombre d’entraîneurs de chevaux de courses viennent demander conseils, pronostics et prévisions météorologiques.

Ami et collègue de Kris Ironside, autre présentateur adulé, Perry ne résiste pas à la tentation de l’accompagner chez des propriétaires de chevaux, dont un protégé en devenir semble mal en point, puis de le suivre jusqu’en Floride afin de scruter, à bord d’un avion, l’œil d’un cyclone dans la mer des Antilles. Ce qui leur permettrait de faire d’une pierre deux coups : visiter en même temps une île lilliputienne qui abriterait ils ne savent trop quoi, le propriétaire de cette chiure de mouche sur une carte maritime n'étant pas prolixe dans ses explications.

L’épopée se déroule contre vents et marées et Perry se retrouve seul sur l’îlot en question, tel un Robinson moderne, survivant grâce à un troupeau de bovidés dont la présence est pour le moins insolite.

Et il va se trouver bon gré mal gré au cœur d’un complot dont l’attrait principal est l’uranium enrichi. Parmi les personnages qui gravitent dans cette histoire assez alambiquée, une accorte infirmière et un duo d’agents secrets, plus un cheval, animal qui pour une fois ne tient pas le rôle principal.

 

Dick Francis est un excellent raconteur d’histoires et le lecteur se laisse prendre à chaque fois dans des mailles plus ou moins grosses mais efficaces.

L’humour sous-jacent est toujours présent et les scènes à grand spectacle ne manquent pas. Et l’on découvrira la prépondérance des prévisions météorologiques, souvent plus importantes que les informations d’ordre général.

 

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone (Second Wind - 1999. Traduction Mona de Pracontal). Collection Thriller. Editions du Rocher. Parution 16 mai 2001. 266 pages.

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 06:48

Une voix dissonante dans un concert de louanges...

Jacques-Olivier BOSCO : Brutale.

En littérature policière, on trouve de bons et de moins bons policiers. Ainsi Maigret a su s'attirer tous les suffrages, engendrant une certaine sympathie, pour ne pas dire une sympathie certaine, voire même une empathie de la part de ses lecteurs. Le côté humain du personnage, sans aucun doute.

D'autres, au contraire ne suscitent que répulsion, antipathie, de par leur comportement violent, agressif, en marge de la loi.

Ainsi, Lise Lartéguy, une lieutenante attachée au Bastion, le nouveau siège du regretté 36 Quai des Orfèvres, est une adepte de la baston, de la violence gratuite. Juste pour faire mal. Pas même comme une Bête, car les animaux attaquent lorsqu'ils se sentent en danger ou pour se nourrir. Non, Lise Lartéguy subit depuis sa tendre enfance des pulsions incontrôlables qui l'obligent à manifester sa brutalité par des exactions envers, de préférence heureusement, des protagonistes guère reluisant. Mais pas toujours et pas que. Parfois c'est un péquin qui s'attire son ire, et elle se déchaîne, malgré les mises en garde de ses supérieurs.

Lise est issue d'une famille de représentants de la loi. Le père, le grand-père, et même avant, émergeaient au Ministère de l'Intérieur. Et quand ils ne sont pas policiers, ils sont gendarmes. Comme son jeune frère Camille élevé au grade de capitaine.

Lorsque le lecteur fait la connaissance de Lise, il est tout de suite mis au parfum comme il était coutume de dire entre truands et flics.

Se rendant dans son bar habituel, elle en profite pour traquer un petit revendeur de drogue lui promettant de joyeux sévices dont elle a le secret s'il n'obtempère pas. Le gamin se débarrasse vite fait de sa marchandise, composée de produits illicites en tout genre. Le tout est étalé sur le bitume et avec un doigt elle en récupère quelques miettes. C'est déjà bien chargée qu'elle entre dans le troquet et pour mieux s'imbiber elle déguste quelques téquilas.

Importunée par un client, elle lui démontre qu'elle connait les principaux moyens de se défendre, en adepte des salles de combats qu'elle est, et l'homme est renvoyé dans ses foyers. Seulement il est accompagné d'amis qui tentent de lui démontrer qu'à plusieurs ils peuvent la mettre à la raison. Peine perdue. Puis elle aperçoit que la bijouterie voisine est braquée par des individus qui se défilent en voiture. Elle les suit à bord d'un véhicule, qui normalement était remisée à la fourrière mais qu'un de ses collègues lui a gentiment prêtée alors que la voiture devait être revendue pour grossir les indemnités de ses supérieurs, et elle se lance à leur poursuite. Les balles volent et font plus de dégâts que celles de ping-pong. Les braqueurs peuvent s'enfuit, l'un d'eux étant toutefois blessé, tandis que Lise reste au bord de la route, son véhicule complètement amoché.

Naturellement son supérieur n'est pas satisfait de sa prestation mais le grand chef, qui se trouve être le parrain de Lise, défend la jeune femme, expliquant que ses actes de brutalité sont à mettre au crédit d'une jeunesse perturbée. Elle est brutale, elle ne contrôle pas ses impulsions, et cela lui plait. Elle ressent même une forme de jouissance à torturer physiquement ses adversaires ou tout simplement ceux qui se mettent en travers de son chemin. Mais elle est sur la bonne voie de la rédemption, d'après lui, car elle se soigne, suivie par un psychiatre.

Lise, malgré une confortable paie est toujours en manque d'argent. Et lorsque son compte est dans le rouge, elle se tourne vers son frère afin qu'il lui débloque quelques subsides, gérant les finances familiales. Elle le rejoint alors qu'il participe à une opération qui requiert la présence de nombreux services de gendarmerie. Ils sont sur les dents, des jeunes filles vierges vidées de leur sang ayant été retrouvées abandonnées dans des lieux déserts. Une affaire dont les ramifications se prolongent en Belgique et en Tchétchénie.

J'ai sauté du train en marche et donc ne peux vous narrer la suite des aventures de Lise et de son frère. Et encore, j'ai édulcoré les scènes d'action qui d'ailleurs auraient pu être décrites avec sobriété plutôt que de manière si complaisante. Et je ne sais pas si certaines incohérences que j'ai relevées au début du récit sont rectifiées par la suite.

Ainsi Camille est le petit frère de Lise. Comme elle a vingt-huit ans, on peut en déduire qu'il est plus jeune. Pourtant Camille a deux enfants dont une fille, Jade, qui fait une crise d'adolescence et possède un portable comme tous les gamins qui entrent en sixième. Donc, Jade a au moins douze ans. Et si je compte bien, dans ce cas, Camille aurait eu sa fille à l'âge de quatorze ans environ. Mais peut-être me trompé-je et qu'une explication simple et logique se cache dans le reste de l'histoire.

La violence, de plus gratuite et inutile comme dans ce roman, ne m'a jamais intéressée. Depuis soixante-dix ans, les conflits ont trop côtoyé mon existence et ce n'est pas le genre littéraire auquel je peux adhérer. On la vit trop au quotidien pour s'extasier devant une histoire qui en fait l'apologie. De plus le cas de Lise n'est pas un exemple, surtout avec toutes les casseroles que se trimbalent les policiers actuellement. A croire qu'il faut être brutal, violent, voire masochiste pour entrer dans ce métier sensé protégé les citoyens. J'ai toujours préféré Arsène Lupin, malfaiteur élégant, à Fantômas, le tueur en série.

Pourtant j'espérais beaucoup de ce nouveau roman de Job, qui pour moi ne l'a pas fait. Il dévalorise une profession dont certains membres se chargent eux-mêmes d'y apporter le déshonneur, persuadés de ne pas être inquiétés à cause d'une impunité à toute épreuve. Non, je n'ai pas aimé, mais je suis peut-être le seul. Et comme je n'ai pas pour habitude de flatter, de faire montre de flagornerie pour me faire bien voir de la part d'un auteur, je n'hésite pas à écrire quand j'aime et surtout quand je n'apprécie pas.

 

Je vous propose toutefois de découvrir l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense, qui se montre beaucoup plus indulgent que moi.

Jacques-Olivier BOSCO : Brutale. Collection La Bête Noire. Editions Robert Laffont. Parution le 19 janvier 2017. 416 pages. 20,00€.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 05:28

Méfiez-vous : le ciel est généreux mais imprévisible !

Francis MIZIO  : Tout ce qui tombe du ciel.

Après La Santé par les plantes, édité par La loupiote puis réédité en Série Noire (la consécration !), après quelques nouvelles de fort bonne facture dont j'aurai sûrement l'occasion de vous en reparler, voici son dernier ouvrage en date : Tout ce qui tombe du ciel aux jeunes éditions Lignes Noires. J'écrivais ces lignes en l'an 2000, déjà ! Depuiq Francis Mizio c'est fait discret, mais ces ouvrages continuent à vivre, et c'est ce que l'on peut demander de mieux pour un auteur.

 

Le village de Château-Carrois est tout bonnement remarquable. C’est un écrin de verdure dans une terre de contrastes ”.

Les habitants pourraient y vivre heureux, comme dans toute monde rural qui se respecte, avec ses jalousies, son hobereau, ses petits commerces, son simplet, sa nymphomane, et j’en passe.

Seulement, Ladislas Krobka, cafetier de son état par la volonté de son cousin qui lui a légué l’établissement sous la condition expresse que Ladislas s’occupât de son animal favori, un poisson carnivore, un frico carmin à canines, lequel ne se nourrit que de gerboises, Ladislas donc s’était acheté une voiture toute neuve, une Bouzoo, dont il était fier à juste raison.

Etait, car ne voilà-t-il pas qu’une météorite, venue d’on ne sait d’où, du ciel probablement, s’est fichée dans la carrosserie, écrasant le véhicule et causant des dommages irréparables. Cette pierre va semer la discorde dans cette petite communauté.

Chacun espère en tirer profit, mais Ladislas se doit de la conserver précieusement car n’est-elle point la preuve tangible, matérielle, des dégâts occasionnés sur sa Bouzoo, alors que l’assurance rechigne (comme toujours) à lui verser des dommages et intérêts.

 

Tout ce qui tombe du ciel est un roman difficile à classer dans un genre défini. Pas vraiment noir ou policier, surtout humoristique, ce livre renoue avec le genre populaire dans le bon sens du terme, qui accroche le lecteur dès la première page et le conduit par les yeux jusqu’à l’épilogue.

Francis Mizio possède un style à nul autre pareil, et c’est un vrai bonheur burlesque, cocasse, où le sérieux, la gravité, le disputent au désopilant, à l’ironie, à la verve malicieuse, voire au sarcasme.

Un ouvrage qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale grâce à ses vertus bénéfiques sur l’apaisement de l’esprit après une dure journée de labeur. C'est aussi ce que j'écrivais en l'an 2000, je ne change rien, et faut croire que cette petite phrase a conquis de nombreux chroniqueurs car je la retrouve souvent au détour d'articles toujours élogieux.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Francis MIZIO : Tout ce qui tombe du ciel. Collection Hélios Noir. Editions Actu SF. Parution 9 février 2017. 392 pages. 9,00€.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 13:28

Le fils du forçat força. C'est fort ça !

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat.

Les méchants sentiments ressemblent aux mauvaises herbes des champs; un brin de racine suffit pour les perpétuer.

Mais monsieur Coumbes, ancien maître-portefaix, comme la plupart des gens, ne se rend pas compte qu'il cultive de mauvais sentiments, à défaut de son jardin.

Pourtant il pensait avoir effectué une bonne action lorsqu'il avait sauvé des griffes de son mari la belle Millette, une Arlésienne, et son fils Marius. C'était au début des années 1830 et il travaillait sur le port de Marseille comme portefaix. Travailleur, économe, célibataire, propriétaire de deux arpents de terre à Montredon, monsieur Coumbes vivait dans un petit immeuble qui abritait également Millette, son fils, et son mari Pierre Manas. Celui-ci, homme violent et alcoolique dépensait dans les troquets le peu d'argent qu'il gagnait, en compagnie de ses copains de comptoir. Il battait sa femme partant du principe que si lui ne savait pas pourquoi, elle, elle le savait. Et un jour, pris de boisson, par amusement éthylique et pour épater un de ses camarades, il entreprit de pendre sa femme.

Monsieur Coumbes, entendant les cris de Millette, lui sauve in extremis la vie au péril de la sienne car Manas n'entend pas que un individu quelqu'il soit lui obère son plaisir du moment.

Les voisins alertés s'en mêlent et Manas, toujours forcené, est emmené en prison. Millette est recueillie par monsieur Coumbes qui l'embauche pour les soins du ménage et la préparation des repas. Le jeune Marius est déclaré comme son filleul. Les semaines, les mois, les années passent.

Monsieur Coumbes fructifie son pécule, le jeune Marius grandit et Millette est toujours attachée comme servante. Pas plus car monsieur Coumbes professe à l'encontre de la gent féminine une certaine méfiance. D'ailleurs il ne verse aucun gages à Millette. Il est déjà assez bon comme ça, pense-t-il, puisqu'il procure le logement et la nourriture, à elle et à son fils.

Au bout de quelques années, la cagnotte amassée est assez conséquente pour que monsieur Coumbes puisse prendre sa retraite et s'installer définitivement dans son petit cabanon à Montredon. Pas le style cabane de jardin, mais une vraie maison, simple mais accueillante avec un bout de terrain ingrat autour et surtout la vue sur la mer. Et pas que la vue. Il peut aller pêcher tous les poissons de roche qui entrent dans la composition de la bouillabaisse, sa spécialité.

Le seul regret de monsieur Coumbes réside que malgré tous les soins qu'il apporte à cultiver ses plantations, celle-ci végètent, dépérissent, en légumes ingrats incapables de lui fournir la moindre subsistance ou en fleurs susceptibles de lui réjouir la vue. Pourtant il s'en donne de la peine monsieur Coumbes, ajoutant de la terre et entretenant ses parterres. Mais rien d'y fait.

Jusqu'au jour où un voisin s'installe sur le lopin contigu et fait construire un chalet. Et son jardin est comme un petit Eden. De quoi alimenter la jalousie de monsieur Coumbes. Si ce n'était que cela. Ce grand jeune homme invite des amis, farceurs comme lui, et déguisés en vampires ou quelque chose d'approchant, ils amènent de nuit une jeune femme afin de lui faire subir d'horribles supplices. Du moins c'est ce que monsieur Coumbes pense dans sa grande naïveté alimentée par la jalousie et l'orgueil.

Ce n'est qu'un malentendu, monsieur Coumbes l'apprendra un peu plus tard, mais le mal est fait. Il a assisté à une grande farce et la jeune femme n'est autre que la sœur du voisin. Une sœur charmante dont s'éprendra Marius lorsqu'il la rencontrera sur le port. Mais monsieur Coumbes ressasse un vif ressentiment. Les événements vont se précipiter lorsqu'un personnage perdu de vue depuis vingt ans reviendra sur scène, dans les calanques de la Madrague, non loin de Montredon.

 

Le fils du forçat est un roman intimiste, dans lequel gravitent peu de personnages et où Dumas déploie tout son savoir-faire narratif. Mais il oscille également entre romantisme et naturalisme avec un fond de roman criminel. Car tentative de meurtre et meurtre sont au rendez-vous..

Ce qui était à l'époque la grande banlieue de Marseille est aujourd'hui intégrée dans le VIIIe arrondissement de la cité phocéenne. La nature avait gardé ses droits, et la Pointe rouge, Montredon, la Madrague, possédaient ce charme sauvage qui n'est plus de nos jours leur apanage. Si la nature est y décrite avec précision, les efforts horticoles de monsieur Coumbes le sont également lorsqu'il se mue en jardinier. Mais un jardinier déçu. D'autant plus que son voisin réussit là où il n'essuie que des échecs.

Tout est axé sur monsieur Coumbes, son égoïsme, son orgueil, la relation ambigüe qu'il entretient avec Marius, son filleul qui l'appelle Papa, et dont il ne dévoile pas l'origine. Ne lui parlant pas de son véritable père qui a été envoyé en prison pour des faits de violence puis deviendra forçat durant deux décennies pour récidive.

Loin des romans historiques et de cape et d'épée qui ont forgé sa réputation Alexandre Dumas s'immisce dans un autre genre littéraire, enrichissant sa palette de la description d'un monde ouvrier et petit bourgeois.

Publié pour la première fois en 1859, ce roman est également titré Monsieur Coumbes, ou Histoire d’un cabanon et d’un chalet, ce qui est tout de même bon à savoir lorsque l'on veut posséder l'œuvre complète de cet auteur immortel.

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat. Une tragédie marseillaise. Collection L'Aube Poche. Editions de l'Aube. Parution le 15 septembre 2016. 296 pages. 11,80€.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 06:44

Disparu, tu as disparu
Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu...

 

Anne-Solen KERBRAT : Evaporé.

S'il me fallait comparer ce roman à une œuvre picturale, nul doute que j'associerai le nom de l'auteur à celui de Seurat mais également à celui de Turner.

Les personnages, les actions, les impressions ressenties sont placés comme de petits points sur la page blanche, puis tout est entouré d'un flou artistique propice à laisser libre court aux interprétations, réelles ou erronées, du lecteur.

Tout commence lorsqu'Astrid, revenue à Rennes après un long séjour au Canada aperçoit Pierre, son beau-frère, sortant d'une agence immobilière. Un fait peu banal qui l'incite à se garer à la première place libre et à se rendre dans la boutique dont elle connait la gérante. La conversation s'engage entre les deux femmes et Astrid apprend, à son grand étonnement qu'elle sait dissimuler, que l'homme voulait vendre sa maison. Une magnifique demeure en dehors de Rennes et comprenant pas moins de sept chambres sans compter le parc arboré. Evidemment c'est un peu cher pour elle, mais au moins elle possède le renseignement. Elle va toutefois se rendre sur place en compagnie de son amie agent immobilier, ce qui lui permet de visualiser les lieux.

Pierre, courtier en assurances, est agacé lorsqu'Astrid lui annonce qu'elle sait qu'il veut vendre sa maison. Elle suppute que Romane, sa sœur, ignore cette cachoterie et donc exige que son beau-frère lui remette la moitié de l'argent provenant de la vente du bien, ainsi que du double des clés. Peu après la demeure est retirée de la vente à l'agence mais figure dans un site de vente entre particuliers. Plutôt bizarre comme démarche. Astrid se rend à nouveau sur place et une homme est présent, examinant lui aussi cette maison bourgeoise.

Un peu plus tard.

Romane est inquiète. Son mari Pierre, en déplacement à Bruxelles pour finaliser la signature d'un contrat d'assurances auprès d'une grosse boîte, n'a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Il devait prendre le train pour la Belgique le lundi matin, et depuis plus rien. Silence total. Alors elle fait part de ses appréhensions auprès du commandant Perrot et de son ami et adjoint Lefèvre, qui sont provisoirement à Rennes en remplacement de deux collègues en congés de maladie.

Ils acceptent de s'occuper de cette disparition inquiétante aux yeux de la jeune femme, plus pour lui faire plaisir que par conviction. Les premières informations recueillies auprès de l'associé de Pierre, qui détient la majorité des parts, et des collègues, comptable et secrétaire, du disparu ne les avancent guère. Pierre aurait téléphoné pour dire qu'il était malade, mais nulle trace de son arrivée à Bruxelles n'est enregistrée. Alors parti avec une jeunette, comme cela arrive parfois, pourquoi pas pensent les policiers qui vont toutefois demander à visionner les enregistrements des vidéos de la gare.

Un autre personnage s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles de Pierre depuis plusieurs jours. Il s'agit de son ami Alexis, propriétaire d'un magasin d'objets de décorations.

Peu à peu tout se met en place, et Perrot et Lefèvre se rendent compte que la supposition d'un départ en compagnie d'une jeunette peut être effacée et qu'il faut éventuellement se tourner vers l'hypothèse d'un enlèvement. Or les renseignements qu'ils récoltent à droite et à gauche manquent souvent de précision ou se contredisent. A moins que, Pierre étant sous pression car les chiffres qu'il récoltait n'étaient pas à la hauteur des attentes de son associé et se trouvant sous le coup d'un licenciement ait préféré se fondre dans le paysage.

L'épilogue clôt le récit comme il a commencé, avec des personnages qui réapparaissent après avoir disparu de la circulation, et je ne parle pas forcément de Pierre, comme en pointillé et en léger flou. Ce final donne l'impression d'avoir été bâclé, mais je ne peux en dire plus sans déflorer le sujet.

Les personnages, des seconds drôles mais dont la présence s'avère primordiale, sont dessinés par petites touches, comme en pointillés, avant que les principaux protagoniste entrent en scène. D'abord Romane, puis Lefèvre et Perrot, Alexis l'ami de Pierre, Max l'associé et ses deux collaboratrices. Le tout dans un flou artistique entretenant le suspense. Sans oublier cette figure qui apparait de temps à autre.

Le tout est bien amené, malgré quelques petites faiblesses que l'on pardonnera, car l'énigme persiste, même si, à condition de ne pas lire en diagonale, des pistes et des indications sont placées ça et là comme un jeu de piste.

Anne-Solen KERBRAT : Evaporé. Série Perrot et Lefèvre N°9. Editions du Palémon. Parution le 7 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 06:00

Le roman policier, ou roman criminel, était à peine né que déjà il était pastiché et parodié.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats ! Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 février 2017. 160 pages. 10,50€.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 06:55

Allez hop, tout le monde à la campagne !

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud.

C'est ce que pourraient chanter les nombreux voyageurs qui s'entassent dans les wagons en cette année 1906.

Parmi ces migrants d'un jour, le jeune Gilbert Petit-Rivaud qui a abandonné son emploi d'archiviste pour devenir peintre. Et il n'a en tête qu'une idée, rencontrer Claude Monet à Giverny. Pour passer le temps agréablement il croque ses voisins de compartiment sur un carnet à dessin.

Le train stoppe à toutes les gares et l'annonce de celle d'Andrésy une femme habillée de mauve s'écrit Raoul et s'évanouit. Enfin l'équipée se termine et nombreux ceux qui descendent à Giverny désirant rencontrer le Maître, mais celui-ci ne reçoit pas. Il est à sa peinture.

Alors que Gilbert se promène dans le village, il est abordé par un individu, qui se nomme Chasseauboeuf, qui semble fort bien le connaître alors que c'est la première fois que Gilbert le voit. Un farfelu sans aucun doute, mais au moins il a des mots qui ne peuvent qu'entretenir l'égo de notre jeune ami puisqu'il affirme qu'il a du talent.

Pour être artiste, Gilbert n'en est pas moins prévoyant et il a retenu une chambre chez les dames Suzé, la mère et la fille, veuves toutes deux et fort aimables. Le lieu charmant, où il pourra travailler en toute quiétude s'appelle le Trou Normand. De sa plus belle plume, il calligraphie à merveille, il écrit un mot au Maître, lui demandant de bien vouloir avoir l'amabilité de le recevoir, et il joint à sa missive quelques-uns de ses dessins, quémandant son avis.

Gilbert, en attendant de rencontrer Claude Monet, fait la connaissance de ses voisins, de peintres qui gîtent chez madame Baudy qui tient un café-restaurant fort fréquenté, de Trapp l'archéologue suisse qui prétend que l'origine du monde se trouve à La Roche-Guyon et le sauve d'une situation périlleuse, de Krlkw l'ingénieur qui s'efforce de faire fonctionner avec l'aide de quelques étudiants une draisienne à vapeur, les demoiselles Soulages surnommées Maman Biche et Maman Crème par Muk leur jeune protégé qui voue une véritable passion pour la fée verte, l'absinthe, ou encore Butler, le gendre de Monet. Mais le parfum de la dame en mauve le poursuit, puisque Lady Blossom, tel est son nom, l'invite chez elle afin qu'il fixe son portrait sur une toile, même plus que son portrait puisqu'elle se présente nue sur un divan.

Mais un incident va accaparer son attention. Un cadavre sans tête au milieu des nymphéas dans un ru pourrait être l'objet d'une peinture impressionniste, mais il s'agit d'une macabre découverte qui va mettre en émoi la paroisse dirigée par l'énergique abbé Toussaint. Un commissaire de police s'empare de l'enquête, en compagnie d'un docteur venu effectuer les premières constatations, et Gilbert Petit-Rivaud qui attend toujours une réponse de Monet, va se mêler de la partie.

Et comme on lui a offert obligeamment un vélo, il se met à parcourir la région, jusqu'à Montfermeil et même un peu plus loin, relevant sur son chemin des pièces de vêtement jetées comme un Petit Poucet aurait pu le faire pour marquer son chemin. Il va même se trouver au milieu de clones de Napoléon, s'encanailler légèrement au Chabanais (maison de plaisirs parisienne fort en vogue à l'époque et fréquentée par de nombreuses personnalités, mais fermée en 1946, ce qui fait que je ne l'ai jamais connue).

 

En lisant ce roman, je n'ai pu m'empêcher de penser que Frédéric Révérend possédait une filiation spirituelle avec P.G. Wodehouse et Jacques Tati. Tout en gardant sa propre personnalité, facétieuse, farfelue et pourtant rigoureuse.

S'il évoque des artistes ayant réellement existé, ce sont les héros de fiction dont il se nourrit. Par petites touches comme lorsque Gilbert avait attendu la seconde séance avec pour seul viatique le parfum de la dame en mauve, une certaine dame Raquin, ou alors de façon prégnante, comme Raoul Andrésy alias Arsène Lupin, ou les descendants des Thénardier. Mais il serait désobligeant d'oublier les personnages politiques de l'époque, dont un espèce de tigre avec des grosses moustaches retombantes.

On suit avec Gilbert Petit-Rivaud dans ses déambulations dans la commune de Giverny et ses environs, puis dans ses promenades à vélocipède jusqu'à Paris avec un regard amusé. Car il se démène ce peintre qui veut absolument rencontrer Monet, et il engrange de nombreuses esquisses. Il pratique le style Impressionniste mais pour autant ne se laisse pas impressionner, et de ce roman on garde forcément une bonne impression.

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud. Editions Lajouanie. Parution le 7 octobre 2016. 240 pages. 18,00€.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 06:48

Une histoire sans peur et sans reproche !

Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise.

Pierre de Terrail, chevalier Bayard, est l’un des héros de l’Histoire de France qui a fait rêver les jeunes têtes blondes et les autres. Souvenez-vous, le célèbre chevalier Sans peur et sans reproche surnommé ainsi pour ses exploits en Italie notamment au pont du Garigliano.

Des faits d’arme qui avaient le don de réveiller des élèves somnolents après un déjeuner pas forcément copieux mais souvent indigeste pris en commun à la cantine scolaire. Mais avant cela, en 1494, le roi Charles VIII est encerclé à Fornoue par une coalition d’Italiens et d’Espagnols, et il ne doit la vie sauve qu’à une poignée de chevaliers emmenés par Bayard lequel n’a que dix-huit ans. Et si Bayard est à Amboise c’est sur l’impulsion du Chambellan Philippes de Commynes, grand diplomate, parfois en disgrâce mais qui sait rebondir sur ses pieds.

Ce jour du début d’avril 1498, se déroule en la cour du château d’Amboise, un grand tournoi de jeu de paume. Le comte de Lusignan, l’un des favoris, vient de se faire battre par un jeune chevalier inconnu, Pierre de Terrail dit Chevalier Bayard, devant les yeux ébaubis de damoiselle Héloïse Sanglar, la fille de l’apothicaire. Une belle jeunesse affligée d’un pied bot. Bayard hérite d’un trophée qui l’embarrasse, fort peu habitué aux honneurs. Il fait don de la cocarde qui lui échoit à cette fort mignonne personne qui n’a d’yeux que pour lui. Le lendemain, il va se confronter à Giacommo Nutti, vainqueur du duc de Nemours, donné pourtant comme favori. Giacommo Nutti est envoyé spécial du duc de Sforza, lequel aimerait s’allier au roi de France pour combattre ses ennemis. Mais ceci est une autre histoire que l’on peut découvrir au travers du roman de Mario Puzo : Le sang des Borgia.

La confrontation opposant Lusignan à Bayard a eu pour spectateurs Charles VIII ainsi que son épouse Anne de Bretagne et son conseiller Commynes qui conversent en le cabinet de travail du monarque. Anne de Bretagne et Commynes quittent le roi, empruntant pour se faire, un goulet menant aux escaliers descendants. Or ce couloir est plongé dans une pénombre qui va s’avérer funeste. A un moment Commynes trébuche et afin de garder l’équilibre s’accroche à la croix pectorale de la reine, croix qui choit à terre. Il se baisse afin de récupérer en tâtonnant le bijou et enfin ils peuvent joindre l’escalier. A ce moment ils entendent un grand cri. Stupeur les gagne et ils retournent sur leurs pas après un moment d’indécision.

Le roi gît là où ils se tenaient peu avant à la recherche de la croix. Nul doute que le front d’icelui a percuté violemment une poutre provoquant sa chute et son évanouissement. Anne appelle les gardes et de retour sur le lieu de l’accident elle apprend qu’elle est devenue veuve.

Un conseil est prévu afin de désigner le nouveau roi, car Charles VIII n’avait pas de descendant et Anne ne peut prétendre à régner. Le seul successeur de la proche parentèle ne peut être que le duc d’Orléans, mais pour cela, il faut qu’il obtienne l’aval du conseil, ce qui n’est pas encore acquis. A la sortie du conseil, Commynes est abordé par Bayard lequel lui révèle en catimini que le roi a été assassiné. Le conseiller ne peut que se rendre à l’avis du chevalier, lequel démontre que la petitesse du roi, petitesse physique s’entend, était incompatible avec la hauteur du couloir et de la poutre. Une réflexion qui sera confortée peu après lorsque le médecin requis constate que dans la plaie qui a peu saigné une écharde est fichée. Or nul morceau de bois est présent dans les parages.

En aucun cas cet accident ou meurtre ne peut être divulgué et annonce est faite que le roi est malade. Plus tard le décès sera déclaré consécutif à maladie foudroyante. La finale du tournoi de tenetz, autre nom du jeu de paume et ancêtre du tennis actuel, doit se dérouler dans des conditions normales. Nutti et Bayard s’affrontent dans la lice et première balle est lancée par l’envoyé milanais. Bayard reçoit en plein front l’esteuf mais sa solide constitution lui permet de se remettre rapidement sur pieds. En observant cet esteuf il constate que celui-ci n’est pas réglementaire mais contient des pierres et de la ferraille, ce qui formellement prohibé. Bayard gagne ce tournoi, ce qui augure de bons auspices sous les yeux énamourés de la belle Héloïse. Toutefois le décès du roi est problème qui trottine dans son cerveau meurtri. Il scrute avec attention le couloir fatal, cherchant à découvrir un passage secret, en vain. Sur les conseils de Commynes il se rend dans la bibliothèque du manoir du Clos Lucé, la résidence d’été de la reine nommé aussi manoir du Cloux, situé à quelques cinq cents verges (ou trois cents toises si l’appellation verge ne vous agrée pas) de la demeure royale.

Bayard se fiant à la sapience du conseiller se rend donc nuitamment en la bibliothèque royale afin de compulser les archives consacrées à la construction et aux aménagements du castel et plus particulièrement à l’étage où s’est déroulé le drame. Il ne trouve rien de spécial mais, alors qu’il a terminé son inspection, un inconnu lui cherche noise. Bayard est un valeureux bretteur et il parvient à échapper à son agresseur tout en remarquant que celui-ci est affligé d’une marque au cou, un angiome disgracieux. Il s’agit du Defeurreur, assassin appointé dont l’identité de l’employeur reste à découvrir.

 

C’est le début des ennuis pour Bayard et pour sa belle ainsi que pour le père d’icelle. Traquenards, tortures, envoûtements et autres guet-apens ponctuent cette aventure qui n’est bien évidemment qu’une fiction, issue d’une supposition, d’une hypothèse qui se veut imaginaire mais somme toute plausible, comme le signifie Eric Fouassier dans sa note historique.

La reconstitution de l’époque est plaisante et l’emploi de mots désuets, obsolètes, fort bien venu. Il ne s’agit pas d’un récit didactique sur cette période qui s’inscrit entre la fin languissante du Moyen-âge et les débuts timides de la Renaissance.

Le lecteur assiste en spectateur à un tournant de l’histoire, un incident de parcours qui comme bien d’autres possède son mystère et que les chroniqueurs de l’époque ne pouvaient relater, soit parce qu’ils n’étaient pas témoins, soit parce que ceux qui étaient présents ne pouvaient narrer la vérité par diplomatie ou confrontés au devoir de réserve.

 

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Parution janvier 2012.

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Parution janvier 2012.

A lire également d'Eric Fouassier :

Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise. Collection Le Masque Poche. Editions du Masque. Parution le 1er février 2017. 350 pages. 7,90€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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