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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 06:33

Quoiqu'officiellement disparu, le cougar femelle n'est pas en voie d'extinction... Ouf, on a eu chaud....

Françoise LE MER : L'extinction des cougars.

Retrouver une amie d'enfance un matin sur le marché, trente ans après l'avoir côtoyée sur les bancs de l'école, c'est ce qui arrive à Nathalie Nicette, professeur de Lettres Classiques à Quimper.

A quarante-sept ans, Nathalie vit seule, recevant de temps à autre son fils et sa fille. Son statut de veuve lui convient parfaitement, et elle s'enfonce dans un train-train quotidien douillet que les retrouvailles avec Crista va bousculer, alors qu'elle ne demandait rien, juste être tranquille dans son coin.

Crista lui enseigne à se connecter sur Fakesbox et bientôt elle possède de nombreux amis, dont un Thitrobaud et quelques autres, jusqu'au jour où l'un de ses correspondants anonymement caché sous le pseudo de Xkjim358 l'appelle Ma Nanouche. C'est la première fois que ce Xkjim 358 s'immisce dans une conversation. De plus il l'a appelée Ma Nanouche, un diminutif qu'elle avait occulté depuis des décennies, qui lui avait été octroyé durant quatre ans de sa vie, quatre années qu'elle a balayées comme le pire moment de son existence.

Qui peut bien la relancer ainsi ? Elle en parle à son amie Crista, sa meilleure amie d'adolescente, lui montre les textos qu'elle reçoit, et pour Crista, il s'agit ni plus ni moins que de menaces. Bientôt, avec Marie, elle aussi une ancienne condisciple perdue de vue depuis belle lurette, les trois femmes vont se délurer. Surtout Nathalie, qui entraînée par les deux copines, accepte d'abord de rencontrer Thitrobaud, puis de se rendre dans une discothèque pour danser et éventuellement effectuer quelques nouvelles connaissances mâles.

Les trois quasi quinquagénaires se rendent donc à la discothèque accompagné par Le copine. Un copain qui ne s'y rend que pour danser, et non pour draguer, sa femme préférant rester à la maison. En arrivant sur le parking, Nathalie se gare un peu à l'écart afin de ne pas être embêtée, et Crista et Marie retrouvent une autre habituée du lieu. Comme il est interdit de fumer dans l'enceinte, Nathalie prête ses clés de voiture à cette nouvelle relation afin que celle-ci se serve dans le paquet de cigarettes laissé dans le véhicule. Quand on vous dit que fumer tue, pour une fois c'est vrai. Cette fumeuse qui avait besoin de sacrifier à son besoin est retrouvée morte, assassinée, le lendemain, dans un fossé.

Le Gwen et Le Fur, les personnages fétiches de Françoise Le Mer vont enquêter sur ce meurtre, car l'une de leurs collègues du commissariat de Brest a reconnu dans le journal le portrait de la défunte.

 

Il fut un temps, pas si lointain, où les mères, fières de leurs fils, avaient coutume de dire, rentrez vos poules, je lâche mon coq. Et les garçons de se pavaner au bal populaire, cherchant la gaudriole auprès de quelques donzelles qui, accompagnées de chaperons, désiraient danser, voire plus si affinités. De nos jours, la liberté de mœurs a relégué ces entraves aux oubliettes, mais les femmes qui recherchent des compagnons pour une nuit ou plus sont toujours regardées de travers par les bonnes âmes bien pensantes, tandis que les hommes mûrs tenant à leurs bras de gentilles jeunes filles ou femmes ne font pas l'objet de telles opprobres.

Françoise Le Mer met le doigt où ça démange et gratte afin de montrer qu'il existe encore des à-priori, des réticences, des préjugés tenaces alors que les femmes, des quadragénaires et quinquagénaires libérées, qui veulent empiéter, avec raison, sur un domaine prétendument masculin, devraient bénéficier des mêmes avantages sexuels que les hommes afin de rompre leur solitude. Et en filigrane, cette adolescente qui joue les respectueuses (ou prostitution étudiante) dans le but de se payer des études et de subvenir aux besoins familiaux.

Le côté vécu du roman réside dans les discussions, sur le lieu de travail, entre collègues, les échanges verbaux, les réparties vives, humoristiques, acrimonieuses parfois, ou les relations avec les élèves, reflètent la réalité quotidienne professionnelle, puisque Nathalie professe dans le même collège que l'auteure. De même les promenades dans Quimper permettent de mieux découvrir la cité bretonne et surtout la Vieille ville, et sa fabrique de bols avec le travail des peinteuses qui dessinent les personnages ou fleurs ornementaux dans le récipient qui seront cachés puis découverts peu à peu par l'absorption du café matinal.

 

Mais derrière ces deux aspects de la vie, s'en profile un autre, plus grave, plus délétère, celui des amis recueillis sur Fakebox, un réseau social qu'il n'est point besoin ici de donner la véritable signification. Un engrenage infernal, avec des correspondants anonymes qui peuvent se cacher sous n'importe quel pseudo ou sexe, des soi-disant amis dont le but est parfois de jouer au corbeau.

Un roman fort intéressant par une auteure que je redécouvre et qui n'œuvre pas dans la mièvrerie sans être pour autant dévergondée. Tout est dans la mesure des propos, et dans leurs descriptions. Les traits des côtés humains, sociaux, ne sont pas forcés mais décrits avec justesse.

 

Françoise LE MER : L'extinction des cougars. Série Le Gwen et Le Fur N°17. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 272 pages. 10,00€.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:13

JE est un autre...

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city.

Délaissant son héros récurrent le commissaire Workan qui s’est illustré durant plusieurs enquêtes, Hugo Buan décide de tourner (provisoirement ?) la page et de nous présenter un nouvel héros : Leonard, chasseur de primes et selon les circonstances tueur à gages.

Lorsque Leonard nait, il a déjà seize ans. Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille. Leonard a seize ans lorsqu’il nait. En réalité, c’est arbitrairement que cet âge lui est attribué.

Il a été retrouvé gisant dans une rue de Beckenra city, en coma léger, amnésique, près du salon de coiffure « chez Leonard ». D’où ce nom qui lui a alors été donné. Parlant couramment la langue du pays, devenant fils adoptif du Roi. Car dans ce pays, qui pourrait être situé en Amérique Latine et dont la capitale est éloignée de plus de quatre cents kilomètres de Beckenra, ainsi sont appelés les pupilles de la Démocratie Royale, ou Monarchie Démocratique.

Beckenra est une grosse mégapole enchâssée dans une vallée bordée de montagnes, puis de marécages et qui donne sur la mer. La cité est traversée par le fleuve Immonde, des eaux sales, tumultueuses descendant en torrent des hauteurs et qui se jette dans la mer comme un vaste égout. La cité, bien que bordée par la mer ne possède pas de port, la configuration géographique ne s’y prêtant pas. C’est une ville verticale, les gratte-ciel s’érigeant comme des piquants sur un hérisson. Sur une petite bordure de la ville vivent les privilégiés, dans de somptueuses villas, mais vers la montagne les marais prédominent.

Des LSL, logements sociaux localisés y ont été construits, souvent sur pilotis, et les habitants sont des Noirs, des Jaunes, des Arabes et autres rejets de la population de Beckenra. Car Beckenra est une ville propre, du moins elle se targue de l’être, une ville blanche, réservée aux Blancs, dont de nombreux émigrés, Allemands et autres qui côtoient les Latinos. La monnaie est le Markados.

Leonard est mis dans un orphelinat dispensant l’instruction dont il a besoin, quoi qu’il sache lire, écrire et compter. A dix-huit ans il s’enrôle dans les Forces Royales Spéciales et effectue des barouds là où on lui demande d’aller, gagnant les galons de capitaine. Au bout de quinze ans, il prend sa retraite, mais celle-ci est trop maigre pour qu’il puisse vivre décemment. Alors il devient mercenaire, offrant ses services un peu partout dans le monde, principalement au Moyen-Orient. Trois ans de ce régime lui suffisent et lorsqu’il rentre au bercail, il devient chasseur de primes. Son principal commanditaire est le juge Laupper, l’un des juges qui règnent sur la cité divisée en comtés. Il doit retrouver des évadés, des malfrats, des assassins, mais cela ne le contente pas car le juge Laupper, afin d’expédier plus rapidement sa justice, ou évincer quelques personnes dérangeantes, le rétribue pour les effacer de la population.

Le juge Laupper propose un nouveau contrat à Leonard : rectifier Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra, mariée à un chirurgien spécialisé en réparation esthétique. Un gros morceau, pas physiquement, mais socialement et politiquement. Habitué à obéir, Leonard accepte, mais les événements viennent contrarier sa préparation. Dans un bar proche des LSL il provoque une algarade avec des loubards menés par Gilet de cuir, surnom qu’il donne au chef de bande à cause de ses attributs vestimentaires, et qui malmènent une jeune fille. Il gagne son combat puis s’aperçoit peu après qu’une voiture le suit dans ses déplacements. Mais Gilet de cuir et ses sbires lui mettent la main dessus et l’enferment dans une cave près des marécages où gît déjà une jeune femme. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de son ami Castro, amitié datant de ses années dans les Forces Spéciales. Mais il pense surtout à honorer son contrat, il a donné sa parole, ce qui ne va pas sans provoquer de nombreux heurts et cadavres.

 

Hugo Buan nous propose un nouveau personnage, antipathique certes mais moins que les autres protagonistes auxquels il est confronté au risque de sa vie. Le ton n’est plus badin comme dans les romans consacrés à Workan. Si le pays n’est pas défini géographiquement et nommément, on peut penser à un pays similaire l’Argentine.

L’action est concentrée à Beckenra, et aussi bien la voyoucratie que le monde des puissants se ressemblent, la différence se situant dans le rejet de la population d’un côté et la possession du pouvoir et de l’argent de l’autre.

L’épilogue est presqu’une fin ouverte, des zones d’ombre subsistent et je ne serai pas étonné de retrouver un jour ou l’autre Leonard dans de nouvelles aventures et peut-être même des révélations concernant les seize premières années de sa vie.

Hugo Buan change de ton avec cette intrigue mais il démontre une rigueur surtout dans l’élaboration de certaines scènes d’action.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city. Editions du Palémon. Parution 13 janvier 2017. 336 pages. 10,00€.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 07:06

Au programme vaudou et musique cajun...

Sacha ERBEL : L'emprise des sens.

Animée par un besoin de changement, la belle Talia prend l'avion pour La Nouvelle-Orléans, vers des vacances de rêve pense-t-elle.

Lors du vol, elle est même surclassée et se retrouve en première. Elle est sous l'emprise d'un cauchemar issu de la lecture d'Autant en emporte le vent, mais les images sont détournées, violentes, putrides. Ce n'est pas la première fois qu'elle est ainsi sujette à de telles images. Le steward est charmant et comble du bonheur elle est invitée dans la cabine de pilotage. Son charme naturel agit sur le pilote qui lui offre un sourire avec de nombreux sous-entendus.

En sortant de l'aéroport afin d'héler un taxi, elle aperçoit une femme qui pointe le doigt vers elle, semblant la désigner. Un camion passe, Talia craint l'accident, mais lorsque la voie est dégagée, et qu'elle peut traverser pour rejoindre le trottoir d'en face, l'inconnue s'est évaporée.

Talia réside dans une petite maison d'hôtes charmante, de style colonial, mais elle veut visiter la ville. Elle se promène dans le quartier français puis au détour d'une rue elle aperçoit l'enseigne, sur laquelle est inscrit Baron's shop, d'une boutique consacrée à la vente de souvenirs vaudous. Elle entre et tandis qu'elle examine les divers objets qui s'y trouvent, bijoux anciens, amulettes, statuettes, elle est interpellée par une femme à la peau d'ébène, vêtue d'une tunique aux couleurs chatoyantes. Talia discute aimablement avec Azaïa jusqu'au moment où la boutiquière lui affirme qu'elle possède un lien ancestral avec la religion vaudou. Talia est interloquée surtout lorsque la femme lui déclare que dans ses veines coule sang d'une prêtresse.

Cédric, le pilote, lui donne rendez-vous dans un bar branché en début de soirée, et Talia en est tout émoustillée. Mais cette rencontre s'avère assez décevante aussi elle rentre dans sa chambre où, une fois encore elle est en proie à un cauchemar sanglant. Elle distingue une main tenant un couteau, des éclaboussures de sang, une pierre sur laquelle est inscrit un nom : Marie Laveau. Lorsqu'elle se réveille et se regarde dans le miroir, elle s'aperçoit que son visage est en sang.

Alors qu'elle se promène dans le cimetière Saint-Louis, lieu fréquenté par les touristes, Talia distingue un attroupement. Un cadavre, en position assise, nu, les bras le long du corps, la figure maquillée de façon ridicule, plus quelques blessures sur le torse, adossé à une tombe sur laquelle le nom de Marie Laveau est gravé. Les policiers sont sur place. Louis Lafontaine en compagnie du médecin légiste, Basil Pembroke, procèdent aux premières constatations morbides. Les organes génitaux de la victime lui ont été enfoncés dans la gorge.

Le mort n'est autre que Cédric, le pilote. Le rêve, ou plutôt le cauchemar de Talia est effacé comme il est coutume de dire. Commence alors une histoire dans laquelle Talia devient l'héroïne, mais une héroïne malgré elle. Elle fait partie prenante de cette enquête, ne pouvant se résoudre à en être une spectatrice. Car la magie vaudou, bénéfique ou maléfique est partout présente. D'autres victimes sont à dénombrer, torturées selon le même processus. Et cela ressemble furieusement à d'autres meurtres perpétrés douze ans auparavant, alors que Louis Lafontaine et Basil Pembroke étaient en place à Bâton-Rouge. Comme si le sort les rejoignaient. Mais cette fois, c'étaient des femmes qui s'érigeaient en victimes.

En incrustation le lecteur suit le parcours d'un nommé James, rejeté dès sa naissance par sa mère. Elle le maltraite, le bat, mais lui n'est qu'adoration envers sa génitrice. Jusqu'au jour où les événements se précipitant, il décide de franchir la barrière.

 

Ne vous y trompez pas, si l'identité du meurtrier y est partiellement dévoilé, il ne s'agit que d'une manipulation démoniaque de la part de l'auteur.

La description de la Nouvelle-Orléans, l'évocation du jazz et de la musique cajun sont des éléments indispensables mais pas primordiaux et donc n'alourdissent pas le récit. De même la pratique du vaudou est décrite mais sans plus. L'auteur s'attache plus aux personnages qui gravitent dans cette histoire aux multiples rebondissements.

Parfois puéril et naïf au départ, le personnage de Talia prend peu à peu de l'épaisseur, de la consistance, ses cauchemars récurrents la tenaillant. Elle devient le personnage clé d'une enquête à laquelle elle est intimement liée. Ses traumatismes ressurgissent, mais elle n'est pas la seule à être sous l'emprise du Baron samedi. La peur devient envoûtante, et s'imprègne insidieusement dans l'esprit du lecteur. Le final est bien amené et est prometteur malgré un début guère convaincant.

 

Sacha ERBEL : L'emprise des sens. Editions La Liseuse. Parution 14 novembre 2016. 246 pages. 17,99€ version papier. 2,99€ version Kindle.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 06:58

Comme moi, enfin presque...

Frédéric H. FAJARDIE : Un homme en harmonie.

Cruel dilemme pour le colonel Leroy-Clementi, chef incontesté de l’OSM, « Organisation Secrète Militaire » du Sud-ouest : doit-il et peut-il renseigner l’ennemi afin de sauver la vie de cinq cents de ses hommes, de cinq cents résistants ?

Un marchandage-bras de fer entre un homme qui, reniant son passé, son enfance bourgeoise, se cherche un peu, et un officier SS qui, par son flegme et son horreur affichée de la violence, de la torture, sape moralement son prisonnier. Un compromis entre le jeu d’échecs et le poker.

Leroy-Clementi possède une vision bien à part du rôle de la Résistance et méprise quelque peu les planqués, les parachutés londoniens qui le jalousent. Son code de l’honneur l’entraîne à préserver des vies humaines au détriment de l’armement, mais cela est mal vu, mal ressenti par ceux qui préfèrent les coups d’éclats.

Et les huit mois qui jalonnent son arrestation et le débarquement seront huit mois de souffrances morales, de reniements de certains de ses compagnons, de ceux qui considèrent les faits d’arme comme un mal nécessaire.

Mais Leroy-Clémenti ne doute jamais ni de lui ni du bien-fondé de ce qui est considéré par certains comme une trahison, une collusion avec l’ennemi.

Fils de bourgeois ayant connu la richesse, l’aisance puis la dégradation, la déchéance, Leroy-Clémenti ne renie pas son honneur, ses principes, contrairement à ceux qui, pour une parcelle de gloire, sont prêts à le désigner à la vindicte générale. Mieux, fidèle à sa ligne, il ne déroge pas, n’accepte aucun compromis tandis que dans son camp, par jalousie, par soif de gloriole, on lui jette l’opprobre…

 

Ce roman est composé de deux parties qui s’imbriquent. La première est constituée d’extraits du journal de Leroy-Clémenti, lequel se met à nu, racontant sa guerre, ses choix, sa jeunesse, dans une période datée du 25 juillet au 2 août 1944.

L’autre partie est composée d’annexes, d’extraits de procès-verbaux datant de 1947 à 1957, surtout des interrogatoires entre un juge d’instruction et le préfet Monnier, « Euclyde » dans la clandestinité, et qui s’avère se poser comme le principal rival de Leroy-Clementi.

Une page d’histoire orchestrée par trois hommes : l’Allemand, le SS, qui joue avec la torture morale ; Leroy-Clementi, le pur, qui sera blâmé, méprisé, honnis et Euclyde, le méprisable qui sera honoré grâce, ou à cause, de ses déclarations, de ses actes sournois.

Frédéric Fajardie abandonne depuis quelque temps le roman noir, policier, dur, par lequel il s’est fait connaître, pour effectuer une incursion dans le roman noir historique : la Guerre d’Espagne avec Une charrette pleine d’étoiles et la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale avec ce roman, deux ouvrages édités chez Payot.

Ce n’est pas l’action pure et dure qui préoccupe Fajardie dans ces deux cas, mais bien les retombées psychologiques face aux événements qui dépassent un peu ses héros. Des héros parfois anonymes, qui ne veulent accorder aucune concession à leurs convictions. On est loin des scénarios de David Lansky.

Première édition Payot. Parution 1990.

Première édition Payot. Parution 1990.

Frédéric H. FAJARDIE : Un homme en harmonie. Réédition Collection Folio n°2337. Parution en février 1992. 256 pages. 8,20€.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 06:57

La fille de l'inventeur de la machine à écrire ?

Jean Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington.

Avec Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington, Jean-Jacques Reboux nous plonge dans l’univers ambigu et alambiqué de l’écrivain en proie aux affres de la feuille blanche, et qui pour exorciser ses démons vient de tuer une femme qu’il nomme Laetitia.

Ayant déjà signés plus d’une trentaine de romans de frayeur ou de gore, Willy est en panne d’inspiration.

Est-ce pour cela qu’il décide de tuer une blonde avec un piercing accroché au nombril. A moins que ce ne soit parce que son éditeur a arrêté la collection dans laquelle Willy s’était illustré à maintes reprises. Ou parce qu’une éditrice lui propose de lancer une collection consacrée à l’analphabétisme.

Bref, Willy est l’objet d’une idée fixe qui se solde par un véritable combat entre lui et ses démons intérieurs.

 

Parabole sur le dur métier de l’écrivain, sur les aléas de l’édition, Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington est aussi un labyrinthe étonnant avec pour dédales la complexité d’un esprit voué au dédoublement. Jean Jacques Reboux, griffant ici et là, nous offre une œuvre originale, profonde, ironique et caustique.

Des universitaires pourraient vous analyser, vous psychanalyser en cent pages ou plus, ce héros qui sort de l’ordinaire, un écrivain pensez donc, un homme qui écrit c’est-à-dire un marginal en quelque sorte que l’on vient voir sur les stands dans les foires aux livres comme un animal apprivoisé enfermé dans une cage.

Moi je me contenterai de dire qu’il s’agit d’un excellent Reboux et que j’en redemande.

 

Petites précisions, émanant de Jean-Jacques Reboux lui-même, concernant les déboires de ce roman :

Commandé par Andréa Japp pour une collection qui s'arrêta (ma grande spécialité), il devait s'appeler "Pourquoi j'ai tué Lætitia CASTA" mais le papa de ladite, qui est aussi son agent et le gestionnaire de la "marque déposée à l’INPI", menaça l'éditeur d'un procès. Je me rabattis donc sur "Pourquoi j'ai tué Lætitia GAINSBARRE", mais les éditions du Masque me firent comprendre que la famille Gainsbarre risquait de porter plainte. Et voilà comment ce roman, paru sous ce titre un peu naze, sortie repoussée deux fois, aucune promotion, fut voué aux gémonies, me faisant presque regretter… de ne pas être moi-même analphabète.

 

Ce roman, que vous ne trouverez peut-être pas en librairie, peut être commandé directement sur le site dont le lien se trouve ci-dessous :

Quelques titres signés Jean-Jacques Reboux :

Jean-Jacques REBOUX : Pourquoi j’ai tué Laetitia Remington. Collection Grand Format. Editions Le Masque. Parution août 2001. 268 pages. 12,00€.

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:06

Un roman à dévorer !

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal.

Alors qu'il a été invité au mariage d'une cousine éloignée, Luc Mandoline remarque dans la salle d'honneur de l'hôtel de ville d'Agen une jeune femme callipyge. Il ne pige pas pourquoi Agen a été transféré dans le Gers mais il pige tout de suite qu'il est attiré par la belle.

C'est lors des festivités qui s'ensuivent qu'il a l'occasion de faire plus amplement connaissance de Laura Auriol. Elle se débarrasse d'un chevalier dansant mais guère servant, un peu éméché et beaucoup entreprenant, d'un coup de boule. Elle est plutôt énervée la belle, néanmoins grâce à sa courtoisie naturelle, Mandoline parvient non seulement à calmer Laura, mais à lui proposer de la ramener chez elle à Toulouse.

En cours de route ils échangent quelques propos. Elle est archéologue, spécialisée dans la préhistoire. Au moins ils possèdent un point commun, ils travaillent tous les deux sur des morts, puisque Mandoline, comme chacun sait mais il est toujours utile de le préciser, thanatopracteur. Et comme Mandoline ne possède pas de point de chute à Toulouse, ce n'était pas prévu comme ça, Laura l'invite chez elle. Tirons les rideaux, ce qui suit ne nous regarde pas, à moins d'être voyeur et de s'immiscer dans la vie des gens lorsqu'ils veulent vérifier si leurs os sont bien enrobés de chair.

Entre Mandoline et Laura l'échange de phéromones se passe si bien que comme Mandoline momentanément est en rupture de travail, qu'après avoir procédé au simulacre de la reproduction ils se dévoilent un peu plus. Mandoline n'a aucune attache particulière tandis que Laura est fiancée à un nommé Néandertal, un vieux compagnon dont elle dépoussière les os.

Ils continuent à se voir, Mandoline cherchant des remplacements dans la région toulousaine et trois mois plus ils sont encore ensemble, périodiquement car ils ne se voient que tous les trois à quatre jours, chacun devant continuer à s'occuper de leurs morts. Trois mois plus tard, au mois de juillet, Mandoline devant profiter de ses vacances, il s'installe dans un camping municipal à Pescart, non loin du site archéologique où Laura travaille quasiment sept jours sur sept.

Arrivé sur place, la première chose que fait Mandoline est de se rendre sur le camp de base de Laura près du hameau de Lavoisin, mais la jeune femme est prise ailleurs. Un rendez-vous manqué, d'autant que le téléphone cellulaire capte mal à cause des montagnes environnantes. Mais Laura arrive enfin et les retrouvailles sont programmées pour le soir même au camping. Mandoline fait la connaissance des autres résidents, dont un couple de jeunes femmes dont l'une d'entre elle est gendarme ce qui n'est pas rédhibitoire, et un couple d'Allemands déjà âgés, Birgit et Jurgen Haas. Ils font du rafting ensemble afin de s'occuper et c'est ainsi que Mandoline apprend que Jurgen est un ancien militaire, un ancien légionnaire, tout comme lui. A cause de la différence d'âge ils n'ont pu se croiser durant les diverses opérations qu'ils ont menées, mais ils sympathisent. Jusqu'au jour où, lors de la visite d'une ancienne bastide à Mirepoix, Jurgen disparait. Mandoline enquête, c'est dans sa nature, sur cette disparition, en compagnie de Mylène la gendarmette, et bientôt ils apprennent qu'un autre ancien légionnaire ami de Jurgen a disparu lui aussi quelques semaines auparavant.

En épluchant le téléphone portable Mandoline et Mylène découvrent un numéro d'appel émanant d'un vieux monsieur, un notaire de la région. Mylène doit rejoindre sa compagnie de gendarmerie, les vacances étant terminées pour elle. Ce n'est pas pour autant qu'elle abandonne Mandoline qui reste sur le terrain. De fil en aiguille, Mandoline remonte à la source et découvre que des extrémistes, ou d'anciens extrémistes de droite ont une corrélation avec une vieille affaire qui remonte à trente ans en arrière, qu'un député aujourd'hui de droite qui a légèrement infléchi son parcours politique est également au cœur de l'affaire. Plus quelques gros bras.

 

Outre l'enquête, menée principalement par Mandoline, il est intéressant de noter que l'effet Haine inspire les auteurs de romans noirs et policiers. En changeant quelques patronymes, situations, le lecteur pourrait presque se croire dans une enquête menée par Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe. Mais Mandoline se comporte en digne filleul de ce redresseur de tort qui travaille le plus souvent en marge des forces de l'ordre, à ses risques et périls.

Dans cet opus, Mandoline va pouvoir peaufiner ses connaissances sur l'homme de Néandertal et celui de Cro-Magnon, apprendre quels étaient leurs différences, leurs relations, à quelle époque ils vivaient et de qui nous sommes les descendants. Mais également nous découvrons une ethnie d'exclus, les cagots. Réfugiés dans les montagnes des Pyrénées, les cagots ont vécu comme des parias pendant des siècles. Peuple maudit, on l'accusait de tous les maux et de porter la peste. Dans un enrobage haut en couleur, on glisse peu à peu vers le gris et le noir, le rouge également.

Il ne s'agit pas pour l'auteur de sonner une charge, de procéder à un réquisitoire, mais d'établir une constatation amère sur l'exclusion et la différence de l'autre.

Un roman frais et charmant, avec parfois quelques particules de croustillant, au début, car par la suite, les particules, élémentaires, deviennent nettement plus rances, voire morbides. Ah Grotte alors....

Jean-Christophe MACQUET : Mandoline vs Neandertal. Collection L'Embaumeur. Editions Atelier Mosesu. Parution 5 décembre 2016. 222 pages. 8,95€.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:16

Plus dure sera la chute ou Un blues vertigineux

Denis ZOTT : La chute du cafard. Jeux dangereux en Berry.

Préfecture de l'Indre, Châteauroux est une petite ville provinciale comme bien d'autres. Pourtant sous ses airs tranquilles, la cité connait de nombreux remous.

L'opération programmée par différentes brigades de gendarmeries au petit matin du 5 juin 2012 et destinée à s'emparer des Winterstein, des Manouches soupçonnés dans divers cambriolages affectant la région, s'avère être un fiasco, ou presque.

Dans la ferme abandonnée, les gendarmes découvrent de très nombreux enfants, attachés par des chaînes placées sur leurs chevilles, dans un état de saleté et de dénutrition impensables. Des femmes également, mais les Winterstein se sont fait la belle. Le gros gibier est passé entre les mailles du filet. Le commandant de gendarmerie Stéphane Lanson est dépité et prévient son frère Didier qui lui est commandant de police, numéro 2 du commissariat de Châteauroux. Ils sont tous deux persuadés qu'une fuite s'est produite et immédiatement ils soupçonnent Yann Lespoir, commandant lui aussi dans le même commissariat.

Les frères Lanson sont des Berrichons pure souche et ils sont respectés, voire plus, par la base, des policiers issus de la région. Lespoir lui est un intrus, et donc mal vu de la plupart de ses collègues. Il n'est pas accepté et de nombreux litiges l'opposent aux frères Lanson. Heureusement la commissaire Kieffer essaie de calmer le jeu, sans véritablement y parvenir toutefois.

Trois ans auparavant, alors qu'il venait d'être muté dans la cité berrichonne, un mendiant l'avait prévenu. Il devait faire attention à ses os et se méfier des jeunes qui s'ennuient. Il est resté et actuellement il prépare le concours de commissaire. Sa femme est avocate et souvent elle doit se rendre à Bourges. Quant à son fils François, il ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant. Et l'adolescent reste enfermé la plupart du temps dans sa chambre, occupé avec ses jeux vidéo, entretenant envers son père une rancune tenace.

La chute d'une gamine obèse, âgée de treize ans, surnommée le Cafard, va bousculer le petit monde castelroussin. Elle est grièvement blessée et son pronostic vital est engagé. Le problème réside dans le fait qu'elle est tombée du balcon du studio de Stéphane Lanson, juste devant son nez. Suicide, accident, ou autre ? Elle était nue sous le drap dont elle s'était enveloppée. Ce studio n'est qu'un pied-à-terre pour Stéphane Lanson, le refuge de ses amours passagères. C'est un séducteur impénitent, mais ce que découvrent les policiers arrivés sur place, Lespoir en tête, les laissent sans voix.

Sur l'écran de l'ordinateur s'affichent des photos de la gamine dans des positions qui ne laissent guère de place au doute, concernant certaines de ses occupations.

D'ailleurs, au collège où Anita, oui elle se prénomme ainsi et vous ne savez pas tout, Anita était donc la risée de ses condisciples, masculins et féminins. Pour plusieurs raisons, son obésité d'abord, mais à cause de photos détournées, envoyées sur les portables avec la mention "La reconnaissez-vous ?". Le problème réside dans le fait qu'Anita est la fille d'un notable de la cité. Et que ceci se produit en période électorale.

Une affaire assez importante pour qu'elle relève du domaine de la SRPJ d'Orléans et de la commissaire divisionnaire Jézabel Declercq qui arrive en compagnie d'une jeune commissaire stagiaire. Or entre Jézabel et les frères Lanson un vieux contentieux existe là aussi.

Et pendant ce temps quelqu'un qui signe Greg s'amuse à taguer les édifices publics. Le dernier en date : jesuisdunautrepaysquelevôtre. Une énigme que ce graffiti qui bientôt révèle sa provenance mais pas la véritable identité de son auteur. Il s'agit d'une référence à une chanson de Léo Ferré.

 

Une intrigue complexe et touffue que cette Chute du cafard, avec de très nombreux épisodes qui auraient très bien pu fournir à eux seuls de longues nouvelles, ou des départs pour d'autres romans. Pourtant tout se tient, s'imbrique petit à petit. Les scènes, les descriptions, les personnages sont vivants, et cette impression de tourner en rond, de longueur n'est en réalité que ce qu'il se passe dans la vie réelle, avec les à-côtés d'une enquête, les dissensions entre des individus du même bord, et ceux qui interfèrent au cours des recherches de témoins, de présumés coupables, de renseignements utiles ou futiles et des sentiments de jalousie qui s'exaspèrent.

Le tout baigne sous l'auspice d'Hubert-Félix Thiéfaine, chanteur poète révolté que Lespoir écoute en boucle lorsqu'il conduit son véhicule.

Et parmi ce qui se déroule en marge de l'enquête, ce coup de projecteur jeté sur Lespoir, pivot central de cette histoire.

Alors qu'il a des doutes sur la fidélité de sa femme, Lespoir ne se gêne pas pour lorgner sur la psychologue scolaire et la commissaire stagiaire, voire de leur faire du gringue !

J'ai peur qu'après ce solide roman dans lequel Denis Zott semble avoir jeté toute son imagination, l'auteur ne puisse plus entamer un autre roman sans se répéter. Qu'il ne soit l'auteur que d'un roman, comme cela arrive souvent. Ce n'est que mon avis personnel, que je partage bien évidemment, mais je préfère les romans plus courts, dans lesquels on retrouve certains personnage, avec l'évocation d'autres histoires narrées par ailleurs, dans des volumes précédents ou à venir. Et je pense que cela fidélise les lecteurs. Mais cela reste néanmoins un excellent roman qui augure, si l'auteur veut bien canaliser son imagination, d'une belle carrière.

Denis ZOTT : La chute du cafard. Jeux dangereux en Berry. Collection Le Geste noir. Geste éditions. Parution 12 avril 2016. 600 pages. 16,90€.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 11:00

Visitez les sous-sols parisiens, ça vous changera des stations de ski !

Alain BRON : Le monde d'en-bas.

Certains couchent sous les ponts, sous des cartons, encoignés dans des porches d'immeubles, sur les grilles des bouches d'aération du métro... Ettore Bisulli vit dans un refuge, interdit au public mais ignoré de tous, dans le sous-sol parisien transformé en emmental, à cause des nombreux souterrains qui le traversent.

Ettore Bisulli est un ancien des Brigades Rouges, ceux qui ont défrayé la chronique italienne dans les années 1970, mettant en péril le régime politique. Il faisait partie de la branche Douze, et participait à des agressions, des hold-up et autres manifestations illégales. Il a vécu avec ses compagnons dans les sous-sols milanais puis appris en prison le métier d'électronicien-informaticien.

Aujourd'hui il vit dans un local désaffecté du métro, il s'est aménagé un coin presque douillet, grâce aux bons offices d'un compatriote, originaire comme lui d'Emilie-Romagne. L'homme lui a fourni des clés et des vêtements d'ouvriers, et il peut ainsi se déplacer sans être importuné dans les diverses galeries qui parcourent le sous-sol parisien.

Mais des hommes sont à sa recherche. Notamment Gianfranco Caselli qui fut l'un de ses compagnons dans les Brigades. L'homme tire sur lui, mais à cause d'un faux mouvement, il tombe sur les voies. Impardonnable lorsque qu'une rame déboule. Il ne reste qu'un cadavre de son agresseur. Tant pis fallait pas venir le chercher pense Ettore.

Le commissaire Berthier du 36 Quai des Orfèvres est chargé de cette affaire, ne sachant pas s'il s'agit d'un meurtre, d'un suicide ou d'un accident. Malavaux, son adjoint, et Paule, la secrétaire, vont l'aider dans ses recherches, audition des témoins, renseignements à récolter auprès des employés du métro, visionnage des vidéos grâce aux caméras placées sur les quais.

Philippe Néret a de qui tenir. Son père est éditeur germanopratin et lui-même a créé sa propre maison d'éditions. Pour le moment il reçoit surtout des manuscrits, mais n'a pas encore de titre à afficher à son catalogue. Pourtant, le manuscrit qui lui est parvenu peu de temps auparavant retient son attention, et celui de sa secrétaire à tout faire. Un roman qui est également un récit, celui d'un ancien brigadiste italien. Mais ce manuscrit n'est que partiel et il attend la suite avec impatience. Et comme cela ne vient pas assez vite à son goût, il va se lancer à la recherche du rédacteur, entrainant dans son sillage la belle Octavia qui prend de plus en plus de place dans sa vie, et sur son canapé.

Berthier et ses adjoints ne mettent que peu de temps pour identifier celui qui se cache dans le métro, à cause d'empreintes digitales découvertes sur une porte donnant dans le tunnel, juste en face de l'endroit où Caselli à embrassé les rails. Mais encore faut-il le dénicher. Et revient à la surface une autre affaire dans laquelle un Italien était impliqué. Lui avait embrassé le bitume, chutant du toit du Conseil d'Etat ou d'un immeuble proche de cet édifice.

Alors qu'Ettore déambule dans les couloirs du métro afin de rejoindre la surface, une naine le reconnait et le met en garde. La police le recherche. Elle l'emmène dans une des caches où sont entassés des SDF, des migrants pour la plupart, auxquels elle apprend à s'exprimer et à quémander en à peu près bon français.

Mais un nouveau larron est à la recherche lui aussi d'Ettore. Federico, le quatrième mousquetaire à avoir participé à l'attaque d'un fourgon blindé. Federico est lui aussi recherché par Berthier qui l'a reconnu alors que le commissaire embarquait pour un voyage en Italie, tandis que Federico débarquait. Berthier dont la mémoire visuelle est quasiment sans faille, mais qui avait eu l'impression de connaître l'homme qu'il venait de croiser, une impression fugace qui s'est réveillés dans les locaux de la police italienne. Tandis que Berthier et consorts le cherchent dans les hôtels, Federico vit chez un ami et passe ses après-midis aux Archives Nationales, compulsant des documents sur les souterrains parisiens, égouts, galeries du chauffage urbain, métro et autres.

Le filet se resserre autour d'Ettore qui toutefois continue à écrire son manuscrit, en réalité d'un tapuscrit rédigé sur un ordinateur, relatant ce qu'il a vécu entre 1970 et 1978; et même après, lors de son arrestation, son jugement, ses années de prison. Il se pose en idéologue, sentiment dont beaucoup de brigadistes se prévalaient, tandis que d'autres n'étaient que de fieffés truands.

 

L'occasion pour Alain Bron de revenir sur les années de plomb, de décrypter les événements, de mieux cerner les hommes, sans les absoudre mais sans non plus leur jeter l'opprobre. D'ailleurs pour Octavia qui lit, relit, corrige le manuscrit, ce roman décrit des idéologues à la ramasse qui en arrivent à s'aliéner le peuple pour lequel ils disent se battre.

Outre ce témoignage qui a dû demander de longues recherches de la part de l'auteur, afin de remettre les faits dans leur contexte, sans tomber dans l'outrance de certains homme politiques, italiens ou français, de journalistes qui ne vérifient pas toujours leurs sources obéissant aux arcanes du pouvoir en place, cette histoire est également l'occasion pour Alain Bron d'égratigner le paysage éditorial germanopratin, mais pas que. Néret ne manque pas de cynisme puisque selon lui seul l'argent compte, pratiquant ainsi une forme d'éthique dont s'entourent la plupart des éditeurs. Une posture éminemment caustique.

Quant aux relations, professionnelles et charnelles, qui lient Néret et Octavia, elles évoluent lors de leur quête de l'auteur du manuscrit que Néret veut absolument publier, non pas tant pour la valeur du témoignage mais parce qu'il sent qu'il tient une pépite susceptible de lui rapporter beaucoup d'argent, surtout si cela débouchait sur une proposition cinématographique. Mais il faut qu'Octavia réécrive une partie du texte.

Une prise de position de la part d'Alain Bron, qui n'a pas dû plaire à quelques éditeurs, lesquels auraient pu et dû publier ce roman riche d'enseignements. Mais le thème abordé n'a-t-il pas tenté des éditeurs trop frileux ou vexés des coups de griffes assenés à leur encontre. Seule la vérité blesse. A moins que ce fut un choix délibéré de la part d'Alain Bron de ne pas passer par un éditeur traditionnel, afin de garder l'intégrité de son texte, de ne pas être obligé d'opérer des coupures, de garder son indépendance d'auteur.

 

Les personnages ne manquent pas de saveur et par exemple le commissaire Berthier, qui n'a eu des nouvelles de sa femme Anne, partie sans sommation, que brièvement, est tout étonné non seulement de la revoir mais d'entendre la requête qu'elle lui adresse.

Tout comme monsieur Jourdain s'exprimait en prose sans le savoir, Malavaux pratique l'humour pince-sans-rire sans s'en rendre véritablement compte. Lorsque le commissaire Berthier lui certifie qu'ils vont aller manger un poulet bio élevé au grand air, il rétorque :

On s'en fout pas mal que le poulet soit élevé au grand air; de toute façon on mange pas les poumons !

Le genre de roman dont on ne peut pas sauter des pages, sous peine d'en perdre la saveur et, de la part de certains critiques ou chroniqueurs, d'émettre des propos dissonants quant au contexte et au contenu.

Et vous qui aimez la justice, la liberté d'expression, les livres remarquablement écrits, abordant des thèmes peu souvent développés avec impartialité, n'ayez pas peur de lire Le monde d'en-bas qui est un triple reportage sur les sous-sols parisiens, les années de plomb et les méthodes éditoriales.

Et on ne peut pas s'empêcher de penser à Cesare Battisti, qui a toujours nié avoir du sang sur les mains, même s'il fit partie des Brigades rouges, mais condamné à fuir. Et les hommes politiques reniant la parole de la France, des journalistes leur emboîtant le pas, de dénoncer sans preuve, de vouloir l'extrader, juste pour faire plaisir à des amis italiens qui eux-mêmes ne sont pas sans reproche. Mais ceci ne nous regarde pas...

Alain BRON : Le monde d'en-bas. In octavo éditions. Parution 19 août 2015. 332 pages. 20,00€.

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 07:14

Terre brûlée au vent
Des landes de pierre,
Autour des lacs,
C'est pour les vivants
Un peu d'enfer,
Le Connemara.

 

Hervé JAOUEN : Connemara Queen.

Après sept ans d'exil volontaire, de vadrouilles en Angleterre où il a roulé sa bosse comme manœuvre et ouvrier, Tom Walsh revient au pays, aussi pauvre qu'auparavant mais riche d'espoir.

L'Irlande, son immensité verdoyante, ses pubs enfumés et bruyants, ses Irlandais bourrus et amicaux, ses Irlandaises blondes aux yeux couleur de ciel et d'espace émeraude.

Justement Tom, après ses sept années de tribulations, va retrouver Claire qui durant tout ce temps l'a attendu. Lorsqu'il est parti elle était jeunette, aucun serment n'avait été échangé réellement, mais c'est la confiance qui guide ses pas.

Le passé va rejoindre Tom, s'accrocher à ses basques, et la confrontation avec les habitants de Castlehill, Francis Costello et sa sœur Nora, va perturber ce retour aux sources aux visions idylliques.

Une confrontation dont le catalyseur sera Connemara Queen, une chienne lévrier adoptée par Claire et que Tom va soigner avec opiniâtreté. La jalousie se profile, la haine se réveille, les passions s'exacerbent.

 

De ses voyages en Irlande, Hervé Jaouen ne s'est pas contenté de ramener un livre de bord, un Journal d'Irlande paru aux éditions Calligramme en 1984 puis quelques autres édités par Ouest-France principalement.

Il s'est imprégné de l'atmosphère et délivre dans ce roman des images fortes dignes des plus grands auteurs anglo-saxons.

La sauvagerie des lieux, la rudesse virile et amicale des autochtones, les courses de lévriers, le déchaînement des passions, tout est décrit avec justesse, sans mièvrerie.

Le lecteur ne peut s'empêcher de frémir, de trembler, de vibrer, de communier avec Tom Walsh et, pourquoi pas, de participer aux combats, de vouloir lui donner un coup de main, de soutenir le héros dans ses démêlés, dans ses affrontements.

Hervé Jaouen est le chantre de l'Irlande et le barde du roman noir, tant pas son ton, par son démarquage de la production habituelle, par le renouvellement de ses intrigues, de son atmosphère, sans céder à la facilité.

 

Ce roman bénéficie d'une traduction de Sarah Hill pour sa version anglaise, mais je ne doute pas qu'Hervé Jaouen a vérifié cette transposition avant publication. Il manque juste un petit appareil critique, une présentation, mais combien de lecteurs s'intéressent aux préfaces lorsqu'il y en a une ?

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1990.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1990.

Réédition Folio 2483 en 1993, et Folio Policier N°51. 1999.

Réédition Folio 2483 en 1993, et Folio Policier N°51. 1999.

Hervé JAOUEN : Connemara Queen. Editions Coop Breizh. Version bilingue Français/Anglais. Parution novembre 2016. 368 pages. 13,90€.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 13:58

Il ne s'agit pas du regard du patron !

Hugo BUAN : L’œil du singe.

Célèbre paléoanthropologue ayant découvert l’Homo Octavius, un de nos ancêtres néanderthaliens, Maximilien Lachamp en effectuant une randonnée solitaire à vélo en forêt de Rennes est tombé sur un os. Un caillou en réalité mais le résultat est le même.

Il se réveille trois jours plus tard dans une clinique rennaise, atteint d’une amnésie passagère. Certains mots le font frémir mais il n’arrive pas à comprendre pourquoi. Peu à peu la mémoire lui revient et il aurait bien aimé ne pas se souvenir ce qui lui était parvenu. D’autant qu’il n’apprécie guère le petit jeu de questions auquel se livre son neurologue. Il décide de raconter au commissaire Workan l’histoire invraisemblable qui lui est survenue.

Pourquoi Workan et pas un autre ? Tout simplement parce que l’un de ses amis, surnommé la Gélule, pharmacien de son état, joue dans la même équipe de rugby que le commissaire. Ce qu’il pense être une référence, mais il ne connaît pas le bonhomme. Il narre donc cette invraisemblable histoire à son interlocuteur. Alors qu’il pédalait sur son VTT afin de se ressourcer et évacuer les miasmes de ses recherches au CNRS, il a été abordé par deux hommes cagoulés qui l’ont obligé à creuser une tombe et enfouir un cadavre. Sur le chemin du retour, perdu dans ses pensées et traumatisé par cette rencontre, il butte et se retrouve à terre dans le coma. Sa femme inquiète de ne pas le revoir a fait appel à la gendarmerie et depuis il se demande s’il a rêvé, cauchemardé plutôt, ou non. Sur place, il est invité à pratiquer l’opération inverse, mais au fond du trou, rien. Le néant.

Seulement son histoire ne s’arrête pas là. La mésaventure se reproduit une seconde fois et là sous les yeux médusés du commissaire, et des siens évidemment, un emballage plastique git au fond du trou enrobant un cadavre. Mais pas n’importe quel cadavre, celui d’un cochon coupé par moitié.

Une autre affaire enquiquine l’existence de Workan et de ses subordonnés : le capitaine Lerouyer, les agents Roberto, Cindy Vitarelli et Leila Mahir. Et ce n’est pas parce qu’il couche parfois avec Leila qu’il oublie ses prérogatives de supérieur hiérarchique.

En cette fin de mois de juin, alors que la température est caniculaire, est-il normal de retrouver dans un placard frigorifique de la morgue un cadavre non recensé ? Et l’on ne peut même pas dire que ce cadavre dénudé est à poil puisqu’il a été entièrement rasé. Et comme il a été congelé, il est difficile d’appréhender avec exactitude sa date de décès. Seule la cause de la mort est déterminée. L’homme a été assassiné à l’aide d’un os de mammouth porté avec violence sur son crâne. Précision, il s’agissait d’un os prélevé sur un jeune mammouth, sinon, la tête aurait été entièrement pulvérisée.

 

Le commissaire Workan est quelqu’un d’acrimonieux, vindicatif, agressif, soupe-au-lait, et tout autre qualificatif que vous pouvez choisir dans la liste ci-jointe : acerbe, hargneux, rogue, belliqueux, atrabilaire et j’en oublie sûrement.

Il se conduit de façon désagréable tout autant envers ses supérieurs et la juge d’instruction, qu’avec ses subordonnés (sauf en de rares occasions dans lesquelles l’appel de la chair lui fait perdre ses défenses naturelles) et les témoins et supposés suspects.

Parfois il use même de la force physique pour appuyer ses propos et ses ressentiments. Son caractère est comme ça et de toute façon, ayant un lien profond avec le général de Gaulle, il se sent à l’abri de toutes représailles provenant des instances hiérarchiques. D’où lui vient ce caractère de cochon, le lecteur l’apprend dans cet épisode qui, tout comme le commissaire, est légèrement déjanté. Normal, qui se ressemble s’assemble, c’est bien connu.

Hugo Buan nous narre ce quatrième épisode des aventures, des enquêtes de Workan, avec verve, humour, nous dévoilant un peu plus les différentes facettes psychiques de son héros et son passé. Il nous emmène aussi dans l’univers feutré mais pas toujours aimable des scientifiques, univers qui ressemble à la guerre des anciens et des modernes sur fond de jalousie.

Un roman à conseiller lors de déprime passagère, ou simplement pour passer un bon moment de lecture.

Tuer ! Toujours tuer ! Ça lasse à la fin…

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Hugo BUAN : L’œil du singe. Collection une enquête du commissaire Workan. N°4. Editions du Palémon. Parution 6 novembre 2015. 336 pages. 9,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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