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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 08:31

Le numéro 2000 de la Série Noire !

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Dans un petit cimetière de Normandie le commissaire Gabelou surveille l'exhumation du cercueil du Gamin. Le médecin légiste qui l'accompagne ne peut déterminer avec certitude si la mort a été accidentelle ou le fait du Coupable. De loin l'Emmerdeur, agent d'une compagnie d'assurances, assiste à cette étrange cérémonie. Une énigme qui s'ajoute à celles du Commis Boucher et de la Vieille.

De retour à Paris Gabelou s'enferme dans son bureau avec Léon, le Clodo, l'ami du Coupable. Etrange affaire que celle du Coupable et que doit démêler Gabelou. Le Coupable était instituteur à Altay, ville champignon de la banlieue. Malgré sa jeunesse, c'est un homme effacé, maniaque, propre, prônant les vieux principes de la scolarité. Irène, sa femme, ne lui accorde ses faveurs qu'une fois par an, étant beaucoup plus sensible aux charmes de ses collègues de l'Education nationale. Le Coupable possède une passion : les maquettes de train.

Un jour la coupe déborde. Irène se moque une fois de plus du Coupable qui a encore loupé le concours d'Inspecteur, alors qu'il n'avait pas le temps de le préparer, obligé de faire des heures supplémentaires en garderies, en cours particuliers, afin de satisfaire ses goûts dispendieux. Il tue Irène et cache son corps dans le congélateur. Puis il entasse les sacs poubelle dessus. Bientôt tout l'appartement est envahi de sacs de détritus. Seul le vestibule est épargné. Le Coupable et Léon sont obligés de ramper sous une sorte de tunnel, des planches supportant les sacs qui s'amoncellent dans toutes les pièces.

Tout cela Gabelou l'apprend par des cassettes que le Coupable enregistrait, un journal parlé, ce qui lui laissait les mains libres pour monter les maquettes. Léon pense qu'il sait tout mais il s'enferme dans son mutisme. Dans ses enregistrements le Coupable avoue être le meurtrier de la Vieille, une voisine, et avoir mis en scène un suicide au gaz. Mais pour Gabelou il ne s'agit pas d'une preuve tangible, concrète. Il écoute les cassettes, les réécoute. La deuxième victime est le Commis Boucher qui se rend à l'appartement du Coupable. Peu de temps après, alors qu'il roulait à vélo, il est victime d'un accident de voiture. Le Coupable se vante d'en être à l'origine, mais les premiers rapports démontrent qu'il n'a pu provoquer l'accident avec son véhicule. L'Emmerdeur parvient à prouver que c'était possible. Ensuite le Gamin qui voulait rendre des outils empruntés au Coupable se faufile sur le balcon. Il décède en tombant d'un wagon alors qu'il rejoignait Paris. Le Coupable se vante d'avoir éliminé ces intrus car ils pouvaient raconter ce qu'ils étaient sensés avoir vu. Les mauvaises odeurs envahissent l'appartement, les sacs éclatent et un jus noirâtre s'en échappe.

 

Si dans Mygale (cf SN1949) Thierry Jonquet mettait en scène une vengeance que l'on pourrait qualifier d'extérieure, dans La bête et la belle il nous livre une histoire tout aussi intimiste et dont le thème est toujours la vengeance, intérieure cette fois.

 

C'est une histoire de misérables dans le sens de Victor Hugo, ce n'est pas une histoire de misérabilisme. De même que dans les Misérables, il y a une miséricorde. (Robert Soulat).

Avec Didier Daeninckx, Joseph Bialot, Jean-Paul Demure, Marie et Joseph, Thierry Jonquet fait partie de la relève de la Série Noire. Robert Soulat à l'occasion de la sortie du numéro 2000 avouait qu'il avait le vertige devant cette prolifération d'auteurs français de talent et se demandait si un jour il n'y aurait pas plus d'auteurs français à la Série Noire que de lecteurs.

 

Rester propre, c'est ne pas avoir besoin des autres, ne rien quémander, subvenir soi-même à ses besoins.

Thierry Jonquet déclarait, toujours à l'occasion de la parution de ce livre et des quarante ans de la Série Noire, que cette histoire est issue d'un fait divers. Il a travaillé dans ce genre de collège et de ville de banlieue sordide. De nombreux cas de rétention d'ordures existent, et leurs auteurs en général sont des gens d'apparence respectable.

 

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Thierry JONQUET : La bête et la belle. Réimpression Folio Policier N°106. Parution 15 septembre 2016. 160 pages. 6,50€.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:50

Entre David Goodis et James Ellroy, vous choisissez qui ?

Nicolas DUPLESSIER : Eté pourri à Melun plage.

Heureux les auteurs dont je ne lis jamais la quatrième de couverture avant de me plonger dans un roman et de l'avoir terminé. Car nulle doute que la référence à Ellroy m'aurait fait fuir dès le départ.

Car ce romancier américain, quasi inconnu dans son pays mais choyé en France par les Bobos désireux de s'encanailler à peu de frais et les minettes en mal de sensations, n'entre pas dans mon Panthéon littéraire pour de multiples raisons qui seraient longues à développer ici. Disons que je l'ai rencontré à plusieurs reprises, la dernière fois à Bruxelles en 1991. Passons.

Donc, lorsque j'ai débuté la lecture de cet Eté pourri à Melun plage, j'ai retrouvé avec plaisir l'univers goodisien, avec un perdant (certains chroniqueurs qui aiment étaler leur culture lexicale écrivent loser) dans la plus pure tradition du roman noir américain. Hélas, par la suite j'ai déchanté, les propos et réparties des protagonistes se situant largement au-dessous de la ceinture, et les situations étant quelque peu fouillis comme le dépôt-vente dans lequel travaille le narrateur.

 

En effet, Florian, trente-cinq ans, travaille dans un magasin de déstockage et d'invendus. Entre l'étiquetage, l'inventaire, la caisse de temps à autre et autres bricoles, il bosse sans passion mais il sait qu'il ne va pas se retrouver au chômage pour cause de pénurie de chalands. Le gérant est assez sympa avec lui, mais ce n'est pas à proprement parler un ami.

Ce jour-là du mois de juillet 2014, Florian est en retard, pour une raison propre à son hygiène physique liée à une halte dans la forêt de Fontainebleau. Il pleut sur Melun comme il pleut dans son cœur. Et il est tout étonné de recevoir un appel téléphonique de Roxane. Il en est paralysé du cerveau et s'en remet difficilement. Roxane. L'amour de sa vie. L'ex-grand amour de sa vie.

Roxane lui propose de le rencontrer et bien évidemment il accepte. Les retrouvailles s'effectuent dans la voiture de la belle, oui car elle est restée très belle, plus peut-être que dans son souvenir. Elle a plaqué celui avec qui elle vivait et est revenue à Melun depuis six mois. Et c'est seulement maintenant qu'elle se manifeste. Mais il ne va quand même pas commencer à ronchonner. Elle travaille dans une agence immobilière, mais pas avec son père. Elle s'en voudrait.

Paulo, le gérant, vient d'embaucher Carole, en remplacement d'un collègue de Florian, une jeune femme dont les appas devraient attirer et fidéliser la clientèle. Il a aperçu Florian en train de discuter avec Roxane et il est tout surpris d'apprendre que l'ex de son employé n'est autre que Roxane, la fille de Christian Cotrel, le propriétaire du dépôt-vente et de bien d'autres magasin similaires et d'une agence immobilière. Un notable de Melun.

Florian retrouve donc Roxane chez elle, un petit appartement dans un quartier miteux de la ville briarde. Elle possède pour tout compagnon une chatte, Sardine, et un poisson rouge. Il y a mieux pour la conversation. Et en fait de conversation, après les récriminations d'usage de Florian et les explications de Roxane, après l'écoute de quelques vinyles qui rappellent le bon vieux temps, après quelques verres permettant la décontraction, ils se retrouvent au lit.

Le lendemain matin, Florian se réveille, légèrement pâteux, auprès de Marion. Marion, c'est sa compagne, celle avec qui il vit dans une caravane. Ce n'est pas le grand amour, mais il faut bien une compagnie pour traverser des jours sans joie. Il a encore fait son cauchemar nocturne, un passage de son passé qui le tarabuste, lorsqu'il avait tenté de se taillader les veines. Il couche avec Marion, lui fait l'amour sans conviction et prend plus de plaisir à boire.

Trois jours plus tard, il reçoit un appel de Roxane sur sa boite vocale. Mais ce n'est pas ce qu'il espérait. Elle est en pleurs, annonce qu'elle a des emmerdes, et qu'elle va passer le voir dans sa caravane. Dans sa caravane, c'est risqué, aussi il lui suggère un autre endroit. Un bar avec des musiciens. Il boit, mais cela ne fait pas venir Roxane. Un lapin pense-t-il. D'autant que voulant rentrer chez lui, Marion doit l'attendre et se faire du souci, il découvre sur un parking la voiture de Roxane.

Et lorsqu'un peu plus tard, il veut se rendre à l'appartement de son ex, un homme est à l'intérieur, fouillant les affaires de Roxane.

Roxane a disparu, et pas question d'appeler la police. Roxane, Police, pourtant c'est un concept déjà utilisé.

Si, il va se renseigner auprès de son frère, policier, qu'il ne voit pratiquement jamais ainsi que son père. Policier idem. Ils ne peuvent rien faire pour lui, Roxane étant majeur. Seulement lui donner l'adresse d'un détective privé qui leur est redevable. Même pas besoin de contacter l'enquêteur, puisque c'est celui-ci qui le contacte.

Commence alors une descente aux enfers, pleine de pluie, de boue, de fureur, d'alcool, de bagarres, d'imprévus, d'individus louches et de filles faciles, le tout dans un Melun miteux et d'une banlieue pourrie, avec comme point d'ancrage un entrepôt qui sert de club d'échangisme.

 

Avec cette chronique, je vais encore me faire des amis, du genre Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux... Mais comme disait Coluche, Les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas...

Tant pis, j'assume. Si le début me semblait prometteur, la suite pour moi n'a été qu'un véritable fouillis, dans lequel je me suis perdu. Un quelque chose de pas net, de malsain, dans lequel je ne me reconnais pas. Du Ellroy, sans aucun doute. Seul point positif à mettre au crédit de Florian, il récupère Sardine, la chatte de Roxane, tout en sachant que Marion va se poser, et lui poser, des questions.

 

Si vous désirez un autre avis sur ce roman, un avis plus positif, plus encenseur, n'hésitez pas à découvrir le point de vue de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.

Nicolas DUPLESSIER : Eté pourri à Melun plage. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 15 septembre 2016. 260 pages. 13,00€.

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:57

Un roman de politique fiction qui n'est pas tout à fait une fiction mais est résolument politique...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte.

13 février 2016.

Arno et Julie attendent l'arrivée des copains puis l'heure de la manifestation organisée par le Collectif. Le rassemblement des mécontents doit partir de la Bastille et rejoindre la place de la République où ils se trouvent.

Arno, d'origine italienne, habitant dans l'Oise, connait le marasme comme la plupart des diplômés. Avec une maîtrise d'histoire en poche, il est réduit à travailler comme chauffeur-livreur pour une boîte de la Plaine Saint-Denis. Ce qui ne l'empêche pas de s'imprégner d'un ouvrage de Curzio Malaparte. Julie est vendeuse de produits de luxe et son salaire, c'est vraiment pas du luxe. Alors vendre des sacs de marque pour vivre chichement dans une cité à Goussainville, il y a de quoi regimber. Dans le petit groupe, il y a aussi Adeeb, l'instigateur du Collectif, ou encore Geneviève, la trésorière qui travaillant à la Mairie de Paris est en colère car l'édile ne veut pas embaucher sa fille, malgré ses nombreux bagages.

Ils se sont connus quelques années auparavant, alors que des tracts étaient distribués à la Gare du Nord pour réclamer l'embauche de cheminots et la réfection des rails de chemin de fer. Les retards ne se comptent plus, ça rouspète, et les patrons des entreprises sont prompts à montrer la porte de sortie pour accumulation de prises de service tardives des pauvres voyageurs qui n'y peuvent rien. Le Collectif a gagné sa bataille pour réhabiliter le Transrégional.

Mais en ce 13 février, la manifestation a un tout autre but. Il s'agit de protester contre la décision gouvernementale de baisser le salaire minimum. Et ça, ça ne passe pas du tout.

 

Pendant ce temps, à Bruxelles, Jan Herrero de La Pena, le président du Cartel, doit prononcer une allocution à la télévision. Mais auparavant deux personnalités politiques françaises demandent à être reçues. Un ancien secrétaire général adjoint de l'Union du rassemblement républicain de droite et un ancien ministre social-démocrate congédié (viré) depuis deux ans. Cet Espagnol qui dirige le Cartel d'une main ferme, veut obliger certains pays européens à opérer des réformes en profondeur afin de résorber leur déficit. Et la France est l'une de ces nations en état de crise. Le président Govin a remplacé le président Akni, mais pour autant rien n'a évolué, ou en pire. Le président actuel ne veut pas se laisser monter sur les pieds par le Cartel, et encore moins se faire commander, de se voir imposer des décisions qui sont contraires à sa politique. Mais en coulisses, les tractations sont âpres, et la NSA, en la personne du Colonel Ted Winsley, tente de contrer l'emprise du Cartel.

 

Quelques semaines auparavant, le capitaine Girod qui avait été affecté aux archives du 36 Quai des Orfèvres après un différent avec son supérieur, Langlois dit L'Angle, se voit muté à la BOPMO, un acronyme rébarbatif. Il est en délicatesse avec son fils Thomas depuis sa séparation d'avec sa femme, ce qui le ronge. Il retrouve avec un certain plaisir et comme Chef Madame Raymonde, qui elle aussi avait purgé une peine de placard. Faut préciser que Langlois était le protégé d'Akni, lorsqu'il était président de la République, mais que depuis l'élection de Govin, les chaises musicales ont fait leur œuvre. Tellement bien que Langlois, après avoir été convaincu de corruption, s'est suicidé. Seul point noir dans cette mutation, celle de son adversaire le commandant Daumal dans le même service. Faut dire que le dernier mot revient tout de même à la commissaire Béhar, alias Madame Raymonde, et les embrouilles entre collègues ne doivent pas dégénérer dans le service.

 

Et en ce 13 février, alors que la révolte gronde, tous les éléments se mettent en place pour l'affrontement.

Un climat délétère entretenu en sous main par Herrero de La Pena et ses deux adjoints, Enzo Van Den Huyghen et Ernst Waldman qui s'étaient résignés à faire élire Govin.

Le Président Govin, malgré ses talents indéniables de rassembleur, n'a pas fait prendre clairement position à sa majorité afin de consolider le traité d'intégration.

Herrero de La Pena s'est également attaché les services de trois grosses pointures de l'économie française : Darbot, dit le maçon, premier groupe de BTP européen, contrôlant une dizaine de journaux régionaux; Ramon, qui pilote un des premiers conglomérats mondiaux d'aérospatiale et qui s'est diversifié dans l'édition et quatre chaines de télévision qu'l dirige d'une main de fer. Sans oublier Viguer qui perpétue la tradition familiale de l'armement sous toutes ses formes et poursuit l'emprise croissante sur la presse dite d'opinion. Darbot se justifie auprès de Herrero de La Pena en lui déclarant :

De toute façon, on a rempli notre part du job. L'extrême-droite, la guerre des sexes, la diversité, l'islam on a usé tous les sujets et titres jusqu'à la corde. Il (Govin) n'a même pas été foutu de faire passer la baisse du salaire minimal, durant les trois années ni d'augmenter certaines exonérations, comme il nous l'avait promis les yeux dans les yeux.

Govin doit rendre des comptes à de La Pena, et se justifie comme il peut.

Vous savez, monsieur Herrero, le pays est à bout. Le conseil national du parti se présente comme houleux. L'extrême-droite prospère... J'ai fait ce que j'ai pu.

Et lorsque je vous aurai présenté ce personnage selon une rapide description physique, vous aurez toutes les clés en mains pour mettre des noms réels sur ces personnages fictifs.

La touche d'humour de Christian Govin ne seyait guère à l'embonpoint du président français. Ce crétin trouvait le moyen de faire de l'esprit. La face guillerette du chef d'état blanchit... Govin, levant ostensiblement son goitre naissant...

 

Politique-fiction uchronique, ce roman a été publié en version numérique en2014 et les événements se déroulent en 2016. Or la version papier parait justement fin 2016, et les événements sont donc devenus obsolètes.

Peut-être eut-il mieux valu placer l'action dans une dizaine d'années plus tard, afin de pouvoir se projeter plus facilement dans le temps.

Mais l'auteur a voulu se placer au plus près des échéances électorales et si certaines décisions n'ont pas été prises, la crise européenne existe et la Loi Travail a remplacé la proposition romanesque de l'abaissement du salaire minimum.

Le propos principal est bien de démontrer les tractations en coulisses des dirigeants européens, nul n'est besoin de remplacer Herrero de la Pena par un patronyme espagnol existant, et des décisions politiques prises en totale contradiction avec les programmes de campagne électorale.

Marek Corbel est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, et cela se ressent dans le contexte décrit par le roman, dans ses analyses également. Et le lecteur, qui comme moi ne s'intéresse guère justement à la politique politicienne, surtout lorsqu'elle est commentée par les médias, peut se trouver parfois largué. Pour autant, il ne s'agit pas d'indifférence mais de lassitude et il ne faut pas assimiler cette désaffection vis à vis des partis à l'engouement provoqué par certaines thèses et réduire le tout comme cet antifasciste de salon, ne sachant pas de quoi il parlait, enseignant ou profession libérale vraisemblablement, dont l'appréhension de cette province en proie au labyrinthe du délitement économique, se résumait à une approche assez sommaire, finalement : des émissions de téléréalité consacrant le côté débile léger de ces familles nombreuses  au chômage depuis des lustres. L'alcool, la misère, autant d'éléments qui permettaient d'expliquer le vote crypto-nazi, dans ces terres reculées.

 

Un livre intéressant à plus d'un titre, qui nous aide à nous y retrouver dans les arcanes, dans le labyrinthe, voire la jungle des politiques européennes, pour ne pas dire internationales.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte. Editions La Liseuse. Parution version papier 20 juin 2016. 252 pages. 17,99€.

Parution en version numérique 5 novembre 2014. 2,99€.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:59

C'était la bande aux Bonnot !

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot !

Ils ne sont pas méchants, les Bonnot, mais ils dérangent. Surtout le directeur du supermarché qui veut agrandir son parking, afin d'accueillir encore plus de chalands, et par voie de conséquence, engranger plus d'argent. Naturellement, cette dernière assertion, c'est moi qui l'affirme, mais ce n'est pas innocent, avouez-le.

Les Bonnot sont arrivés un beau jour, venant d'on ne sait d'où, dans une vieille fourgonnette déglinguée, et se sont installés sur le terrain vague à côté du supermarché. Il y a le père et la mère, et une tripotée d'enfants qui ont perdu leurs prénoms et ont été surnommés à cause de leurs particularités physiques évidentes. Ainsi la fratrie est composée de Bonnot-la-Morve, Bonnot-deux-fois (parce qu'il bégaie), Bonnot-Bossu, Bonnot-Boiteuse, Bonnot-Bigleuse...

Thomas, le narrateur, est copain avec Bonnot-Beau, le moins moche des frères et sœurs. Et ils se retrouvent souvent à pêcher ensemble dans un cours d'eau, qu'ils trouvent beau à cause des reflets irisés produits par l'essence qui y stagne. La pêche est souvent fructueuse en boites de conserves, un guidon de vélo, une botte caoutchouc et autres frivolités dispersées par des individus qui n'en avaient plus besoin. De toute façon, les Bonnot sont habitués à récolter ce genre de détritus car pour survivre ils récupèrent des objets en ferraille, en plastique, en carton, et il les revendent à des brocanteurs pour une poignée de dollars, je veux dire d'euros.

Tom, il préfère qu'on l'appelle ainsi car ça fait plus héros, est également copain avec quelques élèves de son école. Et lorsque Bonnot-Beau lui apprend que lui et sa famille vont déménager, le directeur du supermarché venant d'acquérir le terrain vague, il décide de les engager dans la défense des pauvres démunis. Ce sont encore des enfants qui ne pensent pas et ne réagissent pas comme des adultes. Aussi les propositions émanant de Carlos, Maxime, Nadège, Lucas fusent mais ne sont pas toujours adaptées, même s'ils empruntent les idées des grands. Ils s'enchainent aux chariots, brandissent des pancartes "Laisser nous nos Bonnot" (oui, je sais il y a une faute d'orthographe, mais ce n'est pas moi qui ai rédigé l'inscription), ce qui rend le directeur furieux, les chalands embêtés, et la police débouler. Un coup d'épée dans l'eau.

 

Ainsi lorsque Carlos émet l'idée de faire sauter le supermarché avec de la dynamite, Maxime lui rétorque que cela coûtait très cher et qu'on n'en vendait pas aux enfants qui n'étaient pas Corses !

Alors, Tom, qui est plein de ressources, déclare :

Faut faire une manif, comme celles qu'on voit à la télé, on s'enchaine au caddies et on refuse de bouger tant qu'il n'y aura pas eu d'accord avec le patronat.

Seulement il ne sait pas trop quoi répondre à la question qui lui est posée : C'est quoi le patronat ?

Il ne peut que répliquer : C'est des méchants.

Bon d'accord, c'est un peu abrupt comme répartie, mais pas tout à fait inexact. On ne le dira jamais assez la vérité sort de la bouche des enfants.

Amusant, ce roman, certes, mais donnant à réfléchir, et pas seulement qu'aux gamins, même s'il est destiné à une tranche d'âge de dix à douze ans.

 

Le thème du rejet d'une famille, voire plus, par des adultes pour des raisons diverses, incompatibilité d'humeur, racisme, sectarisme, ou ici pour des raisons strictement financières, a toujours été plus ou moins traité par Pascal Garnier dans ses romans pour adultes et adolescents.

Mais il ne le fait pas ici brutalement, en énonçant des faits, mais par la bande, avec humour, corrosif parfois. Il faudra un petit coup de pouce malicieux du destin pour que tout se débloque. Car il faut bien une morale positive dans un roman pour juvéniles. Dans la réalité, ce n'est pas toujours ce genre de morale qui prévaut.

Pascal Garnier, que ce soit pour les adultes ou les enfants, ne s'est jamais trompé de cible, et ses propos ont toujours été empreints de cet humanisme qui souvent fait défaut aux adultes, et principalement aux politiques, aux économistes, et aux financiers dont l'esprit obtus se limite au nombre de voix qu'ils peuvent récolter par leurs déclarations qui vont dans le sens du poil du plus grand nombre, ou qui privilégient le portefeuille de ceux qui en ont déjà assez.

 

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Ce roman est disponible chez l'éditeur au prix de 0,80€ ! Voir ci-dessous :

Une sélection de romans de Pascal Garnier :

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot ! Réédition Editions Lire c'est Partir. Parution 2010. 96 pages. 0,80€.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:33

Nick Carter est immortel !

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Je vous tiens pour un des très rares contemporains qui ont incontestablement des droits à mon estime. Mais il me plait de vous prendre, vous et vos talents, pour vous prouver à vous-même combien vaine et méprisable est l'intelligence humaine, et combien les plus habiles d'entre les hommes sont livrés à ma merci. En conséquence, à partir de ce moment, je vous poursuivrai sans pitié; mais cela ne veut pas dire que je désire, provisoirement du moins, déterminer votre mort. Que vous deviez, tôt ou tard, périr de ma main, cela va de soi, car j'ai décidé de vous choisir pour le jouet de mes caprices, et j'ai définitivement réglé votre sort.

Signé Dazaar.

 

La guerre est déclarée entre l'expéditeur du pli qu'est en train de lire Nick Carter et le détective. Mais qui est ce mystérieux correspondant, qui promet des joyeusetés incommensurables en matière de torture et de jouer avec lui comme le chat avec la souris, et dans quelles conditions cette missive est-elle parvenue à Nick Carter, c'est ce que nous allons tenter d'expliquer.

 

Alors qu'il est en train d'étudier un dossier dans la pièce qui lui sert de bureau, dans son pavillon new-yorkais, Nick Carter est dérangé par sa vieille gouvernante. Un homme du nom de Thompson désire s'entretenir avec lui. Cet homme lui apprend que sa vie est menacée, tout comme celle du détective d'ailleurs. Craintif il regarde autour de lui et débite son laïus :

Il y a actuellement à New-York un homme qui n'inspire tout d'abord que respect et admiration. Il est doué d'une intelligence vraiment surprenante; il possède les qualités de l'homme d'Etat et du diplomate; il s'est assimilé les connaissances qui font l'érudit et le savant, et maintes il m'a fait l'effet d'avoir emprunté à Protée le don des métamorphoses.

Et il continue sa description en affirmant que sous cette noble et séduisante apparence se cache un monstre qui se fait appeler Dazaar et parfois le cheik Adi. A ce moment un poignard se fiche dans la table, ayant traversé et cassé l'un des vitraux de la porte de communication entre les deux salons. Une arme particulière dont la lame est affutée des deux côtés et qui avec la garde représente une croix.

Aussitôt Nick Carter demande à ses deux fidèles amis et hommes de main, Patsy et Ten Itchi, de courir dans la rue à la poursuite du lanceur de dague. D'autres dagues ont été lancées dans l'huisserie de la porte d'entrée et dans la serrure, retardant la sortie des deux hommes. Lorsque Carter revient dans la pièce où il a laissé Thompson, celui-ci est décédé d'une arme similaire plantée en plein cœur.

Après une nuit agitée, Carter reçoit donc la fameuse missive dont il est question au début de cet article.

 

Et c'est ainsi que Nick Carter va connaître une aventure en neuf épisodes contre Dazaar, neuf épisodes mouvementés durant lesquels sa vie sera en danger mais sortant vainqueur des affrontement à chaque fois. Ce qui est normal puisque Dazaar a promis de le faire souffrir et de jouer avec lui le plus longtemps possible.

Le plus étonnant pour Nick Carter est de constater que cet ennemi possède non seulement de multiples identités, de multiples visages, mais qu'il possède le don d'ubiquité. Et que telle l'hydre de Lerne, Dazaar vaincu, emprisonné, voire suicidé, vit toujours, matérialisé en sept individus.

Encore plus étonnant et surprenant, l'apparition d'abord éthérée d'Irma Plavatsky, avec laquelle il devait se marier cinq ans auparavant et est décédée à Paris, enterrée au Père-Lachaise. Plus incompréhensible est de la revoir physiquement possédant une double personnalité. Elle ne se souvient pas de lui puis elle recouvre sa lucidité durant quelques minutes et retourne dans son rêve éveillé, mélangeant la fiction et la réalité. Mais bien vivante est son ancienne gouvernante, qui l'accompagna jusqu'à ses derniers moments, madame Aïra, qui vit dans une maison abritant Irma ou son double.

Les affrontements, les confrontations entre le détective et Dazaar seront donc nombreux et mortifères, surtout pour des connaissances du détective, pour des policiers dépêchés par son ami l'inspecteur McClusky, pour ses amis, dont Patsy qui se trouve souvent en mauvaise position, et les moyens employés sont divers et variés.

Ainsi il assiste, impuissant, à la combustion d'une dizaine de policiers transformés en torches vivantes sous l'impulsion d'un produit qui plus tard se révélera être du radium.

Mais sa faculté de pouvoir se grimer et changer totalement d'allure, d'apparence, quelque soit le lieu où il se trouve, lui permet souvent d'échapper à ceux qui sont lancés à ses basques ou de les suivre dans leurs déplacements. Et heureusement, il peut compter également et surtout sur Ten Itchi, qui ne se contente pas de veiller sur l'intégrité physique de son maître, mais doit résoudre une mission à lui confiée.

Mais qui est Dazaar qui fait trembler tant de personnes ? Selon certains, il serait d'origine tibétaine et posséderait d'étranges pouvoirs mis au service de ses pièges, se montrant un tortionnaire intraitable, cruel, impitoyable. Et ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé l'Immortel Maléfique. Et lorsque Nick Carter et son ami McClusky pensent pouvoir lui mettre le grappin dessus, ils déchantent rapidement. Le dangereux malfaiteur n'est plus dans la maison où il a élu domicile mais dans une autre propriété, de l'autre côté de l'Hudson, deux endroits reliés par un tunnel sous le fleuve. Il est entouré de nombreux séides nommés les Adorateur du Diable.

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Réunis dans ce fort volume neuf histoires qui se suivent et se complètent et qui à l'origine étaient publiées sous forme de fascicules de 32 pages, démontrant l'imagination fébrile, sans faille et inépuisable de l'auteur (ou selon les histoires, des auteurs), imagination qui offre moult péripéties sans traîner en longueur. Les événements s'enchaînent inexorablement, pour la plus grande joie du lecteur, qui peut souffler entre deux épisodes avant de repartir à l'assaut des aventures épiques de Carter et consorts. Ces fascicules étaient hebdomadaires et si le lecteur attendait avec impatience la suite, il pouvait se changer l'esprit en lisant, à la même époque, les aventures de Buffalo Bill alias William Cody, et autres héros de papier ou non. Je me permettrai même d'ajouter que les auteurs actuels, qui aiment à délayer leur prose, n'ont rien inventé en ce qui concerne les aventures rocambolesques dont ils aiment faire profiter leur héros, mais qu'ils devraient prendre modèle sur la concision des textes tout en les truffant de péripéties improbables et palpitantes afin d'entretenir l'intérêt du lecteur.

 

Ces neuf épisodes sont précédés d'une excellente préface signée Francis Saint-Martin, qui développe en une quarantaine de pages la naissance de Nick Carter, puis ses différents avatars jusque dans les années 1980, avec pour les éditions françaises Noël Ward comme scripteur ou côté américain Michael Avallone. Dans sa postface Marc Madouraud, chercheur impénitent et passionné, décrit le parcours des aventures de Nick Carter, à l'écran, avec notamment Eddie Constantine, sur les ondes et sur papier, là aussi en une quarantaine de pages. Ces deux préface et postface sont largement pourvues, tout comme les épisodes, de reproductions photographiques des couvertures des aventures de Nick Carter en fascicules ou en livres. Ne serait-ce que pour ces deux textes fort documentés, l'achat de cet ouvrage, indispensable dans une bibliothèque qui se veut complète, éclectique, représentative d'une culture littéraire populaire, serait amplement justifié.

 

Au sommaire donc:

Préface de Francis Saint-Martin.

La maison des Sept démons. Première publication dans New Nick Carter Weekly N°372. 13 février 1904.

La Reine des Sept. N°373. 20 février 1904

Une empreinte énigmatique. N°374. 27 février 1904.

Les adorateurs du Diable. N°375. 5 mars 1904.

Descente de Dazaar aux enfers. N°376. 12 mars 1904.

Le dernier des mystérieux Sept. N°377. 19 mars 1904

Revenu de la tombe. N°394. 16 juillet 1904.

Un pacte avec Dazaar. N°395. 23 juillet 1904.

Mort de Dazaar. N°396. 30 juillet 1904.

Postface de Marc Madouraud

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique (traduction de Jean Petithuguenin). Préface de Francis Saint-Martin. Postface de Marc Madouraud. Collection Baskerville. Editions Rivière Blanche. Parution septembre 2016. 554 pages. 42,00€.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:26

Bon anniversaire à Peter Lovesey

né le 10 septembre 1936.

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers

Lorsque l'on n'est pas d'accord avec son supérieur, le meilleur moyen de ne plus l'avoir sur le dos est de démissionner.

C'est ce qu'a fait Peter Diamond, héros de Un flic en voie de disparition. Seulement le métier d'enquêteur, Diamond l'a dans la peau. Aussi après avoir résolu avec brio l'affaire Mountjoy dans La convocation, il a repris ses activités et est superintendant à la police criminelle de Bath.

Il s'aperçoit rapidement alors qu'il enquête sur la mort de Sid Towers, un gardien de nuit, qu'il est confronté à un crime en local clos, plus précisément sur une péniche appartenant à Milo Motion, adhérent comme lui à une Société des amis du roman policier, Les Limiers.

Or Motion est en possession d'un timbre-poste qui possède deux particularité : celui d'être le plus cher au monde et d'avoir été volé quelques jours auparavant.

 

Peter Lovesey avec Un flic et des limiers parodie avec humour le roman d’énigme et le problème du meurtre en chambre close sans oublier de nous proposer son point de vue sur le roman policier en général par le truchement de ses personnages, véritables amateurs de littérature policière qui se chamaillent parce qu’ils ne possèdent pas les mêmes goûts.

J’aime que le livre réponde à toutes les interrogations qu’il soulève déclare l’un des protagonistes. Et chacun de se livrer à l’apologie du genre qu’il préfère, dénigrant les autres formes de littérature policière. Rien que ce préambule, dont l’action se passe dans la crypte d’une chapelle, vaut le détour.

Mais il ne faut pas oublier que Peter Lovesey a construit un véritable roman à énigme, dont l’intérêt ne réside pas uniquement sur les joutes orales des protagonistes ou dans la résolution de l’énigme d’un meurtre en chambre close et dont le tout est en fait un véritable petit bijou jubilatoire.

 

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers (Bloodhounds - 1997. Traduction Stéphane Trieulet). Le Masque N° 2369. Edition Librairie des Champs Elysées. Parution 15 avril 1998.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 12:59

L'ouverture d'un testament est toujours un moment crucial !

Bob GARCIA : Le testament de Sherlock Holmes

Le célèbre détective Sherlock Holmes vient de décéder et ses vieux amis ou compagnons d’enquêtes sont conviés par le notaire Holborne afin d’assister à l’ouverture du testament.

Participent à cette petite réunion bien évidemment le bon docteur Watson, le biographe officiel et ami de toujours, Mycroft, le frère de Holmes, ainsi que le commissaire Lestrade, ce policier qui a su prendre à son compte quelques unes des réussites du détective amateur afin d’en retirer tout bénéfice dont celui de la promotion.

Le testament en question est composé d’un manuscrit et d’une enveloppe. Le manuscrit a été rédigé quelques années par Watson et relate quinze affaires qui vont se rejoindre pour ne plus en faire qu’une. Le document comporte pas moins de mille pages et doit être lu d’une traite, toutefois quelques pauses sont permises afin que les quatre personnages puissent satisfaire quelques besoins naturels comme se sustenter.

A l’origine de cette enquête la mort d’un journaliste dans une geôle de l’une des prison les mieux gardées d’Angleterre. Il devait rencontrer un prisonnier mais non seulement celui-ci s’évade mais le journaliste lui aussi disparaît. Pas pour longtemps car Holmes appelé à la rescousse découvrira le corps du reporter.

Seulement peu après le cadavre d’une gamine, les mains sectionnées est découvert sur les quais de Londres. S’enchaînent d’autres meurtres qui ont pour point commun une croix renversée. L’emblème religieux est soit concrétisé par un objet, soit figuré de manière symbolique.

 

Les puristes regimberont peut-être car le Canon de Sherlock Holmes n’est pas vraiment respecté dans cet ouvrage de 400 pages dans lequel l’intrigue foisonne et ne met pas vraiment le détective, sauf lors de l’épilogue, en valeur.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une aventure peu conventionnelle dans laquelle l’auteur et le lecteur s’amusent de concert, tout au long d’une intrigue foisonnante plus rigoureuse qu’il y paraît de premier abord.

Bob Garcia qui n’avait à son actif et à cette époque que deux romans policiers, a réussi à se renouveler entre L’Ipotrak Noir, paru chez E-Dite et cet ouvrage. Même si le lecteur pointilleux retrouvera au moins un personnage apparaissant en filigrane dans le premier roman cité et qui trouve son plein emploi dans celui-ci.

 

Bob GARCIA : Le testament de Sherlock Holmes. Editions du Rocher. Parution 3 février 2005. 408 pages. 20,20€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 08:34

Elle a du boulot...

Hervé JAOUEN. L'allumeuse d'étoiles.

Compagne d'un musicien, Evelyne pousse la romance dans le Nord.

Puis de ses Flandres natales, elle s'exile dans les monts d'Arrée, en pleine Bretagne, goualant dans un dancing fréquenté par les sexagénaires locaux.

C'est là que de blonde aux yeux bleus elle devient Eva, la brune aux mirettes noisette. Elle est remarquée par un poète qui lui donne des textes de chanson. Le poète devient amant, et la vie aurait pu s'écouler tranquille, heureuse même, si un producteur parisien aux dents longues n'avait été subjugué par sa voix.

Il propose l'enregistrement d'un disque, promet une carrière mirifique, lui demande de signer un contrat en béton, se réservant pour lui les picaillons. Alors Eva devient Lyne, et anime les soirées d'un club en Turquie, passant à côté de la gloire et des feux de la rampe.

Eva, la petite boule de flipper chahutée par des Pygmalion de plus ou moins grande envergure, est ballottée, bousculée, renvoyée d'un plot à un autre, débouchant d'un couloir, s'enfonçant dans un trou pour mieux être catapultée jusqu'au tilt final dans un embrasement de lumières.

 

Ce roman à deux voix, dans lequel s'inscrit une partition gigogne, reflète la vision pessimiste d'un auteur sur notre monde clinquant où la fatalité s'inscrit en lettres de feu.

Hervé Jaouen poétise et désacralise. Il brocarde le show-biz et les clubs de vacances soi-disant exotiques, empiète sur la sorcellerie.

Ses personnages traversent la scène d'un théâtre de quatre sous reflétant la misère physique, charnelle, morale.

Solitaire et frustrée, parturiente primipare à l'aube de la quarantaine, nymphomane sexagénaire, voilà l'un des destins qu'Hervé Jaouen nous livre parmi tant d'autres et que côtoiera un ersatz de Patricia Kass.

 

Première édition Denoël. Parution 27 août 1996. 288 pages.

Première édition Denoël. Parution 27 août 1996. 288 pages.

Réédition Folio. Parution 6 janvier 1998. 304 pages.

Réédition Folio. Parution 6 janvier 1998. 304 pages.

Hervé JAOUEN. L'allumeuse d'étoiles. Editions Presses de la Cité. Parution 25 août 2016. 304 pages. 20,00€.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 13:58

Bon anniversaire à Colette Piat, alias Patricia Lumb, née un 6 septembre.

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo.

Il ne faut pas croire que dans les romans policiers, seuls les policiers sont les héros. Les méchants savent aussi se mettre en valeur.

Rappelez-vous Arsène Lupin le facétieux créé par Maurice Leblanc, Fantômas le malfaisant de Souvestre et Allain, Chéri-Bibi de Gaston Leroux, Parker de Richard Stark alias Donald Westlake, ou encore Bernie Rhodenbarr de Lawrence Block.

Patricia Lumb, avec Lady Blood, met en scène un Fantômas en jupon qui heureusement fait moins couler le sang que le mystérieux criminel mais possède des appétits sexuels difficilement rassasiables.

D'ailleurs elle a tout pour plaire. Belle, intelligente, sans scrupule, elle n'est pas dénuée d'humanisme. Entreprenante, cultivée, elle sait jour les naïves, les ingénues, les blondes évaporées.

Cependant elle peut également se montrer sous un jour plus noir. Téméraire, audacieuse, volontaire, hardie, autoritaire, déterminée, et amorale lorsque les circonstances l'exigent.

 

Chez Sotheby's à New-York, la grande attraction est un tableau de Van Gogh, Les Dahlias, adjugé à cinquante sept millions de dollars. Faut dire que la mode est aux Van Gogh et que ceux-ci s'arrachent comme des petits pains un jour de disette.

Ah, s'il pouvait entendre les enchères ce rapin qui ne prêtait qu'une oreille aux contingences matérielles !

Mais se porter acquéreur ne veut pas dire être propriétaire, car entre temps de petits futés subtilisent la toile au grand détriment de l'heureux enchérisseur.

Les transports Glass sont ce qu'il y a de mieux au point de vue convoyage, et pourtant... Le fourgon est retrouvé délesté du tableau convoité, le chauffeur amoché, et son coéquipier incinéré. Quoique...

Dans le même temps, de mystérieux détrousseurs de cercueils réalisent une opération rafle dans un cimetière, lors d'un enterrement. Lady Blood en finesse est maintenant en possession de cette peinture hors de prix.

Il ne lui reste plus qu'à négocier quelques petites transactions bassement matérielles, qui la mèneront jusqu'à Tokyo, en plein repaire de yakusas.

Mais Lippia Citriodora, ne pas confondre avec la Cicciolina, surnommée Lady Blood, aura maille à partir avec des escrocs aux dents longues, des complices taraudés par la jalousie, des membres rapportés de la famille guère complaisants.

Et tout comme Fantômas, elle traîne derrière elle son Juve en la personne de Mac Kenzie, agent du FBI, qui n'en peut mais.

Cette institution américaine n'est plus ce qu'elle était, et ses dignes représentants ont la fâcheuse tendance à se faire marcher sur les pieds.

 

Moins sanguinolent et pervers que je m'y attendais, les critiques des précédents romans mettant en scène cette jeune femme dédaignant le port du slip, à vos souhaits, et révélant une nudité pubienne aussi rose et lisse que le crâne de Yul Brynner (c'est devenu une mode paraît-il), n'ayant guère été élogieuses, j'ai donc entamé ce roman avec une certaine appréhension et une circonspection certaine.

En réalité je me suis franchement amusé à la lecture de ce livre qui est un véritable pastiche, alliant les énormités et les retournements de situations propres aux feuilletons du XIXe siècle, aux aspirations les plus secrètes des dames patronnesses frustrées de cette fin de siècle. Le droit aux fantasmes mais également à leur accomplissement.

Sérieux s'abstenir, amateurs de canulars soyez les bienvenus dans l'univers de Lady Blood.

 

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 17 septembre 1991. 192 pages. 13,00€.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 09:13

Sauf les illusions...

Cloé MEHDI : Rien ne se perd.

A onze ans Mattia a déjà un drôle de passé derrière lui, enfin drôle ce n'est pas tout à fait le mot qui convient. Un passé de bric et de broc, aux nombreuses fractures.

Gabrielle, la copine plus âgée de son tuteur, est à l'hôpital. Elle a tenté de se suicider en se tailladant les veines. Zé, le tuteur de Mattia, n'a que vingt quatre ans, et il est vigile dans un magasin. Il travaille de nuit. Il a obtenu la garde de Mattia quelques années auparavant, avec l'accord de la mère de l'enfant, et de ses frère et sœur, plus vieux que lui. Zé a toujours un livre à la main ou près de lui. Il peut réciter par cœur des passages entiers de Rimbaud, Lamartine et bien d'autres poètes qu'il affectionne.

Il faut dire que le père de Mattia s'est pendu dans sa chambre à l'Hôpital Psychiatrique où il était détenu depuis un épisode qui l'avait complètement chamboulé. Zé aussi était dans le même service. Les deux hommes étaient devenus amis, une amitié d'entraide forgée par des destins quasi parallèles.

Le père de Mattia était éducateur spécialisé. Depuis cet incident tragique, ses neurones avaient court-circuité. La famille s'est éparpillée en morceaux. Mattia ne voit plus sa mère, ou rarement. Son frère, ou plutôt son demi-frère Stephano vit dans les beaux quartiers, il est médecin. Sa sœur Gina est partie courir le monde à la recherche d'illusions perdues. Et Mattia qui n'a que onze ans, vit entouré de Zé, qui essaie de l'éduquer comme il peut, et de Gabrielle qui ne pense qu'à s'échapper de la vie en se donnant la mort.

Depuis un certain temps, des graffitis fleurissent sur les murs des immeubles, des tags représentant Saïd, un adolescent mort quinze ans auparavant. Et Mattia s'aperçoit que deux individus le surveillent à la sortie de l'école, le suivent. Il en fait part à Zé qui ne croit pas trop à ce que lui dit Mattia. Des mensonges édictés par le gamin qui n'apprécie pas l'école. Jusqu'au jour où il est bien obligé de reconnaitre que Mattia n'affabule pas. Sont-ce des policiers ou des truands ?

Gina revient à improviste, serait-ce le début de la réconciliation familiale ? Mattia peut toujours rêver. Et puis il est comme Zé, comme Gabrielle qui a elle aussi fait des séjours en HP. Il a vécu son traumatisme à lui, et il est suivi par une psychologue. Heureusement Nouria, c'est son nom, est sympathique et compréhensive. Seulement Mattia n'aime pas l'école

Je déteste l'école parce qu'elle me vole du temps - un temps considérable. Il y aurait tellement intéressant à faire que d'être là, assis sur une chaise, à attendre bêtement qu'on te remplisse la tête de savoir inutile en chassant tout ce qui est important pour faire plus de place.

 

Mattia est un gamin issu des Verrières, quartier déshérité, aujourd'hui réduit à un vaste chantier. Les barres d'HLM (habitations à loyer modéré) ont été rasées et sur le terrain sur lequel s'élèvent les grues, seront construites des HLD (habitations à loyer dispendieux).

 

Cloé Mehdi écrit en trempant sa plume dans l'encrier de la rage, elle dénonce l'injustice, l'impunité, dont font preuve les forces de police lorsque l'un de ses membres commet, sous couvert de légitime défense, un meurtre. Une diatribe virulente, un réquisitoire, plus qu'un constat.

Cloé Mehdi n'a que vingt-quatre ans, mais elle écrit comme si elle était beaucoup plus vieille, accumulant des expériences vécues et avait connu personnellement ce genre de situation.

Mattia est un gamin de onze ans, beaucoup trop mature pour son âge, dont les réflexions sont celles d'un adolescent déjà aigri par les inégalités.

Pourquoi ton père il a envoyé en taule des tas de gens des Verrières qu'avaient pas fait grand chose, alors que le flic qui a tué Saïd, personne ne l'a condamné.

Mais il n'est pas le seul à regretter cet état de fait. Ce corporatisme à outrance dont devait nous débarrasser la Révolution mais dont on voit et subit tous les jours les outrances.

Depuis que tu es entré à l'école de police, tu ne fréquentes plus que tes copains flics. Tu ne sais même plus comment ça fonctionne le monde au-delà de ton petit cercle de collègues dont la vision des réalités sociales s'arrête au bout de leur képi.

Il y a la parole des témoins, lorsqu'on en trouve, et celle des policiers. Certains s'élèvent contre les matraquages, mais les excuses en faveur des policiers ne manquent pas. Pourtant :

Ils étaient à quatre contre un mais ce n'était pas suffisant apparemment, parce que ce flic lui a défoncé le crâne pour le calmer.. C'est drôle cette tendance qu'ils ont à toujours taper là où ça peut tuer, par erreur.

Ce ne sont que quelques exemples, significatifs, mais devant les médias, les représentants syndicaux de la police vous démontreront, alors qu'ils n'étaient pas sur place, que tout ce qui est arrivé lors d'une manifestation, les bavures, ne peuvent imputées à un policier mais à celui qui reçoit les coups de matraque, ou autre. Des balles, dans le dos par exemple, parce que l'individu les menaçaient.

 

Au début le lecteur est perdu. Comme si Cloé Mehdi avait enfoui son intrigue sous une multicouches de voiles qu'elle soulève peu à peu. Lentement, pour que le lecteur ressente bien qu'elle a des choses à dire, que les révélations vont secouer le lecteur, que tout n'est pas joli dans le passé de Mattia, et même avant.

Malgré l'incompréhension dans laquelle le lecteur (moi en l'occurrence) patauge, il ne peut lâcher ce livre, happé par cette histoire qui se déshabille et prend forme, tout doucement, car le tragique n'en est que plus fort que lorsqu'il se révèle par degrés. Si tout avait dit ou présenté au début, cela aurait fait comme une petite claque et on s'en remet vite. Là, au contraire, c'est une accumulation de crochets au foie, ou au cœur, qui sont assenés, et lorsque l'on sait tout, qu'on a tout compris, on reste groggy sur le tapis.

Plus qu'un roman policier noir, Cloé Mehdi a écrit un roman social, comme pouvait en écrire Emile Zola, Victor Hugo, Eugène Sue et d'autres, mettant en exergue les dérives policières absoutes par l'état et la justice.

 

Ce roman est un coup de coeur pour Pierre de BlackNovel1. Et pour vous ? Quelque soit votre opinion, lisez le sien :

Cloé MEHDI : Rien ne se perd.

Cloé MEHDI : Rien ne se perd. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution 18 mai 2016. 272 pages. 18,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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