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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 14:40

Viens dans mon joli pavillon...

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre.

Il n'est guère aisé de travailler dans une ambiance dans laquelle le bruit est roi.

C'est ce que déplore Lionel Fribourg, égyptologue distingué, qui aimerait pouvoir écrire un mémoire sur les religions de l'Egypte ancienne d'après les tonnes de notes qui s'entassent dans un appartement exigu et réceptif à toutes sortes de sons discordants, cacophoniques et assourdissants.

Un mémoire qui lui entrouvrirait les portes du Collège de France et lui apporterait la consécration, et peut-être l'opulence.

Une rencontre inopinée avec Agnès, jeune femme naïve, très naïve, pour ne pas dire plus, lui fait miroiter ce qu'il n'osait plus espérer : un havre de paix dans un pavillon de banlieue.

Ah le calme, la tranquillité !

C'est sans compter sur le destin malin qui semble jouer comme au ludion inaccessible avec ce pavillon tentateur.

 

Fred Kassak est un auteur de roman policiers et romans noirs et, outre une ingéniosité perverse dans ses intrigues, il allie à une trame solide une écriture humoristique très travaillée, proche de celle de Wodehouse ou de Dickens dans les Papiers Posthumes de Monsieur Pickwick ou encore Charles Exbrayat.

L'humour est présent d'une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité. C'est un humour axé sur le descriptif et la situation des personnages.

Ce roman a été adapté en 1963 par Pierre Chenal sous le titre L'assassin connait la musique. Avec dans les rôles principaux Paul Meurisse, Maria Schell (que j'aime) et Jacques Dufilho.

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre.
Première édition Collection Un Mystère N° 570. Presses de la Cité. 192 pages.

Première édition Collection Un Mystère N° 570. Presses de la Cité. 192 pages.

Réédition format Kindle avril 2015. 4,49€.

Réédition format Kindle avril 2015. 4,49€.

Envie de connaitre Fred Kassak ? Cliquez sur le lien ci-dessous :

 

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre. Collection Le Masque jaune N°1981. Librairie des Champs Elysées. Parution décembre 1989.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 10:55

Et envoyez-moi la rhubarbe...

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Tout ceux qui écoutaient religieusement les feuilletons radiophoniques dans les années 1950 se souviennent sûrement de cette annonce : Signé Furax ah ah ah ah... le tout souligné d'un rire méphistophélique.

Signé Pierre Dac et Francis Blanche, ce feuilleton connu deux périodes : 1951/1952 sur les ondes parisiennes de la RTF et une suite de 1956 à 1960 sur les ondes d'Europe N°1.

Ce feuilleton fut également adapté par les auteurs en livres et celui-ci est le troisième tome d'une quadrilogie dont le titre générique était Malheur aux Barbus.

 

Les Barbus, dont le professeur Merry Christmas, qui avaient été enlevés par Edmond Furax et détenus dans le royaume de Sama-Kutra sur lequel règne la Maharané Pauline V, ont été délivrés et doivent regagner la France à bord du Bouc émissaire. Mais à Marseille la déception étreint tous ceux qui se pressent sur les quais, impatients de participer à la fête organisée en faveur des otages libérés.

L'ignoble Edmond Furax a détourné le navire par un procédé malveillant mais efficace et l'a amené bord à bord avec le sien au nom significatif de L'Electro-aimant.

Pendant ce temps, au restaurant de la Tour Eiffel, quelques convives devisent joyeusement mais sérieusement tout en consommant des plats légers, truites en papillotes, morilles à la crème et autres bricoles roboratives. Sont attablés, Fred Transport et sa fiancée Carole, la fille du professeur Merry Christmas, Malvina, qui est toutefois un peu triste car son père Gugumus a été assassiné par Asti Spumante l'homme de main de Furax, le commissaire Socrate et son adjoint Euthymènes, et les inséparables détectives Black et White.

Tous ces joyeux personnages, sauf Malvina qui a du mal à cacher son chagrin, sont satisfaits de l'arrivée prochaine des Barbus à Marseille, ils déchanteront bien vite, et déblatèrent sur le dernier message de Furax adressé à Malvina, un poème chanté de Guillaume Apollinaire gravé sur un disque. Malvina qui était très proche de Furax, son Fufu comme elle aimait à le surnommer, est fortement en colère vis à vis de celui-ci, n'ayant pas digéré, non pas la truite, mais la traitrise de l'infernal.

Bien entendu, mais à l'abri des oreilles indiscrètes, ces sept dîneurs tentent de comprendre ce message énigmatique titré sobrement par son auteur, Guillaume Apollinaire je le répète, Les Saltimbanques, chanté je le précise à toutes fins utiles par Yves Montand sur une musique de Serges Bessières, et les suppositions ne manquent pas. Toutefois, ils savent que Furax est en Amérique, c'est grand l'Amérique comme ne manque pas de le souligner fort à propos White, et de supputations en hypothèses qui ne sont pas forcément farfelues mais parfois tirées par les cheveux que ne possède plus Black, ils parviennent à localiser précisément l'endroit qui se trouverait probablement en Californie.

 

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Fin du chapitre Zéro. En effet le roman débute par le chapitre zéro, ce qui est peu commun, mais ce n'est pas pis que commencer par un prologue qui vous dévoile la fin, ou presque.

 

Ensuite le lecteur ébaubi va assister, littérairement parlant puisqu'il ne voit devant ses yeux que des pages emplies de caractères d'imprimerie, mais son imagination supplée à la description, à une folle équipée dont les pérégrinations se bousculent les unes après les autres comme les petits cochons accrochés sur le plateau d'un manège (si vous préférez chevaux de bois, cela me sied également) et qu'il serait sûrement malséant de tout narrer, ne serait-ce que par respect envers les auteurs qui ont eu du mal à imaginer toutes ces péripéties, que les raconter en bloc et sans préparation aucune serait donc leur faire injure.

Sachez toutefois que Carole se fait enlever et que Black, White, Socrate, Euthymènes et surtout Fred Transport, bientôt rejoint par Jejeeboy, serviteur de la Maharané Pauline V qui quittant le Sama-Kutra leur apporte quelques menus subsides, les pauvres étant financièrement amoindri, ce qui ne les empêche pas de réfléchir, se lancent à sa recherche accompagnés de Mustel de Ponchicatron et de son pendule. Pendule qui s'avère efficace puisqu'il permet de mettre la main sur une, puis deux, puis trois chaussures de Carole, j'allais oublier une quatrième, mais vides des pieds de leur propriétaire qui n'est pas Cendrillon.

Quelques promenades du Centre au Nord-Ouest de la France puis le grand départ pour l'Amérique, quelques tracasseries par l'administration Etats-unienne qui ne badine pas avec les nombreux vaccins obligatoires, et enfin l'arrivée au Ranch de la Betterave Maudite, une modeste ferme de 12 700 hectares située près de la petite ville de Pissaladiéra.

Il serait toutefois injuste d'oublier deux hommes, deux malfrats du nom de Mortimer et Rinaldo, qui se font embaucher par le propriétaire des lieux, un certain monsieur Fraux, en tentant d'exercer un chantage à la fourmi rouge. Ces deux individus patibulaires, mais presque, possèdent la remarquable particularité de se vêtir de vestes réversibles (c'est une image) ce qui leur permet de changer d'opinions selon les circonstances.

Enfin, vous vous demandez sans aucun doute pourquoi ce titre de Mangez de la salade.

Etant comme la cigale fort démunie, quelle que soit la saison, Black et White décident de compenser leur enquête, tout comme les émissions à la Radio, qui à l'époque l'étaient par des produits et non par des marques, (je parle des radios d'état), comme par exemple des endives, le sucre, les pâtes (mangez des pâtes, vous serez moins nouille). Ou encore les manifestations sportives qui étaient soutenues par la publicité, dont la fameuse caravane publicitaire du Tour de France. Donc ayant émis cette idée, ils la mettent en pratique en demandant au Président de la Chambre syndicale de la salade de les soutenir financièrement. Proposition acceptée, voiture non banalisée et couverte de décalcomanies vantant ce légume mise à disposition, charge à eux de porter la bonne parole au cours de leurs déplacements en incitant tout un chacun et même les autres à manger de la salade.

Comme vous l'aurez compris, ce roman feuilleton engendre la bonne humour, à condition d'aimer les histoires loufoques, farfelues, burlesques, saugrenues, abracadabrantesques. Une histoire complètement décalée, déjantée, à vous faire tordre les boyaux.

Moralité : mangez de la salade, les auteurs eux ne nous en proposent pas, du moins pas autant que les hommes politiques...

 

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade (Malheur aux Barbus III). Editions André Martel. Parution novembre 1952. 192 pages.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 09:52

Hommage à John Sladek né le 15 décembre 1937.

John SLADEK : L'aura maléfique

Le spiritisme et le mysticisme ont de tous temps attiré et inspiré les auteurs de romans policiers, à commencer par Conan Doyle lui-même.

Sherlock Holmes ainsi que le Chevalier Dupin, créé par Edgar Allan Poe, sont des détectives repères, des détectives phares et il est de bon ton de s'y référer.

Les histoires de meurtres en chambre close, de meurtres dits impossibles, intéressent d'autant plus le lecteur que le problème proposé parait insoluble alors qu'une fois la solution révélée, une seule phrase vient à l'esprit : Bon sang, mais c'est bien sûr !

L'Aura maléfique de John Sladek contient tous ces éléments propices à l'élaboration d'un bon roman policier, plus quelques autres composantes que je ne vous dévoilerai pas sous peine de vous confier en même temps la clé, ce qui avouez le ôte en grande partie le charme de la découverte et de la lecture.

Autre composante, non pas indispensable mais bienvenue, et que je signale tout de même en passant : l'humour. L'humour léger, subtil, parfois plus ravageur dans le contexte que l'humour à base de jeux de mots, aère le récit, détend le lecteur et la situation parait plus acceptable même si elle est macabre.

 

Thackeray Phin, le Sherlock Holmes des années 1970, infiltré dans une société spirite va assister à des événements étranges, bizarres et parfois tragiques.

Un homme enfermé dans une salle de bain disparait. Un autre, au cours d'une séance de lévitation, va se rompre le cou. Ces adeptes de la communication avec l'au-delà ne sont-ils que de doux illuminés ou des charlatan avisés ?

Une belle brochette que forment un chanteur pop, une jeune fille ravissante dont la principale occupation consiste à rénover les ongles des pieds, un pasteur débonnaire, un membre sceptique, un vrai médium (il en faut !), une jeune femme comptable qui pense pouvoir corriger sa vision par des exercices musculaires, etc.

 

Thackeray Phin attrapera-t-il le meurtrier, si meurtrier il y a ?

L'aura, l'aura pas ,

Un véritable régal dû à John Sladek, un auteur méconnu.

 

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

John SLADEK : L'aura maléfique (Black Aura - 1974. Traduction de Jean-Paul Gratias). Collection Série 33 N°7. Editions Clancier-Guénaud. 286 pages. Parution avril 1988.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 14:33

Comme s'il n'y en avait qu'un à mettre à son actif ! Pour la plus grande joie des cinéphiles...

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock

En 1925, alors qu'Alfred Hitchcock réalise son premier film à Munich, le tournage est émaillé d'incidents divers.

D'abord il aperçoit la silhouette furtive d'un homme au visage tailladé, ravagé, couturé, dont il aimerait faire la connaissance afin d'éventuellement l'engager comme acteur.

Plus grave, Anna Grieban, la script, est assassinée sous sa douche de vingt-neuf coups de couteau. Voilà un tableau qui s'intégrerait parfaitement dans les films que rêve de mettre en scène Hitchcock, des films à suspense au lieu de ces navets cuits au court-bouillon de l'eau de rose.

Ce qu'il préfère, c'est l'action, pimentée d'humour, le tout noyé dans le voile du suspense, du tragique, de l'angoisse.

Mais ce meurtre est réel et Hitchcock est bien embêté. Le tournage du film prend du retard.

Un second meurtre est commis sur le plateau alors qu'un inspecteur de police est en train d'enquêter. Une pure provocation.

Cette fois, la victime est le pianiste, Rudolph Wagner, compositeur d'une charmante mélodie qui trottine dans la tête d'Alma, la fiancée scénariste du cinéaste bedonnant. Hitchcock s'arrache les quelques cheveux qui lui restent.

Onze ans plus tard, alors que la menace nazie est devenue une terrible réalité, le génial metteur en scène se trouve en possession d'un scenario fournit par Fredrick Regner, qu'il a connu à Munich. Il existe des coïncidences bizarres dans la vie. La réalité suit pas à pas le scenario imaginé par l'Allemand apatride. De nouveau les meurtres se succèdent, Alma se fait enlever et Hitchcock est entraîné à son corps défendant dans une sombre histoire d'espionnage.

 

Le Meurtre d'Alfred Hitchcock, roman dans lequel personnages réels et fictifs se côtoient, est d'un humour particulièrement noir, truffé de réparties comiques et de situations cocasses.

La bonne humeur qui se dégage de ce livre n'empêche pas la rigueur d'une trame habilement tissée, et l'on se prend à rêver au film qu'Hitchcock eut pu réaliser d'après cette histoire parfois loufoque.

 

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock (The Alfred Hitchcock Murder Case - 1986. Traduction de Jean Esch). Le Masque jaune N° 2049. Parution juin 1991. 256 pages.

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 14:10

Et pourtant, il parait qu'il vaut mieux avoir de

mauvaises critiques que pas de critique du tout...

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant

Un critique, de romans policiers ou autres, cela aide un auteur à se faire connaître du grand public. Nous sommes d'accord. Mais qu'il dénigre systématiquement la production littéraire d'un romancier, cela va bien un certain moment, mais au bout d'un certain temps l'écrivain ainsi incriminé commence à voir rouge.

Et pour Mallory, romancier qui passe à côté de la célébrité à cause d'un tordu du nom de Kirk Rath, cette situation devient vite intolérable.

Ce n'est pas parce qu'il n'est pas le seul à être dans ce cas de figure, que ses confrères eux aussi sont en butte au même genre de sarcasmes, que cela lui met du baume au cœur. Et s'il ne se contrôlait pas, sûr que Kirk Rath passerait un mauvais quart d'heure s'il avait l'occasion de l'avoir en face de lui.

Invité à une murder-party, espèce de jeu de rôle grandeur nature dans lequel les participants à cette réunion sont les suspects, l'assassin et la victime d'un meurtre supposé, Mallory retrouve quelques-uns de ses confrères qui sont également des amis pour la plupart.

La présence de Kirk Rath porte l'atmosphère à son paroxysme. Heureusement celui-ci n'est là que pour quelques heures, ayant été désigné pour figurer la victime. Une hypothèse que beaucoup de personnes présentes aimeraient bien voir tourner à la réalité.

D'ailleurs Mallory, de la fenêtre de sa chambre, croit assister à l'assassinat de l'odieux personnage. Hélas, ce n'était qu'une mise en scène ! Quoi que...

 

Il y a bien longtemps que je ne m'étais autant amusé à la lecture d'un romans policier. L'humour y est présent à tout instant, et personnages fictifs et réels s'entremêlent habilement.

Max Allan Collins, qui nous avait habitué à la reconstitution des années 1930, de la prohibition, et de la grande époque des Dillinger, Al Capone ou Elliott Ness, a écrit avec Un week-end tuant un excellent roman qui aurait mérité d'obtenir le Prix du Roman d'Aventures 1989.

Mais on peut toujours se demander s'il n'existe pas un fond de vérité dans cette intrigue, et si Max Allan Collins ne désirait pas régler quelques comptes, quelques divergences avec un chroniqueur littéraire.

 

Max Allan COLLINS : Un week-end tuant (Nice Weekend for a Murder - 1986. Traduction de Georgia Etienne). Le Masque jaune N°1966. Parution septembre 1989.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 16:51

Et des vivants encombrés...

Robert-Louis STEVENSON & Lloyd OSBOURNE : Un mort encombrant

La tontine, forme de d'épargne imaginée par l'Italien Tonti sous Mazarin, peut s'avérer payante mais en même temps se révéler source de problèmes pour les souscripteurs, puisqu'elle n'est reversée qu'au dernier survivant.

Lorsque débute cette histoire, il ne reste plus que deux prétendants à la tontine souscrite par le père de la famille Finsbury alors qu'à l'origine, quelques décennies auparavant, ce nombre était évalué à près d'une quarantaine.

Joseph Finsbury, l'un des deux héritiers, a recueilli Maurice et Jean, les deux enfants de Jacob, son frère cadet. Il a aussi accueilli en son foyer Julia Hazeltine, que lui avait légué une vague connaissance. Quant à son autre frère, Masterman, il ne lui a pas donné de ses nouvelles depuis de nombreuses années, et seul son fils Michel, avoué de sa profession, affirme que son père n'est pas mort, sans vouloir donner moult précisions complémentaires.

Maurice prend soin de son père, ayant peur que celui-ci décède de façon inopinée, avec pour conséquence l'envol de la tontine au profit de son cousin. Il le sort afin de lui procurer du bon air pour ses bronches, l'habille chaudement de vêtements adéquats selon les principes du praticien Sir Faraday Bond. Mais Joseph se sent un peu à l'étroit, lui qui était habitué à voyager de par le monde, à donner des conférences sur n'importe quel sujet susceptible d'intéresser une assistance clairsemée et indifférente, voire assoupie. Joseph est un manique des statistiques et trimbale toujours avec lui un carnet et un crayon afin de noter ses judicieuses et  inutiles observations.

Maurice a repris l'entreprise de cuirs de son père, mais celle-ci périclite, et il se demande comment faire face à une pénurie d'argent proche et stressante. De plus il traîne une dette de plusieurs milliers de livres dont il ignore comme il va pouvoir l'honorer.

Lors d'un voyage en chemin de fer, entre Bournemouth et Londres, Maurice ne décolère pas. Son oncle Joseph a mis négligemment dans sa poche un billet à ordre de huit cents livres qu'il devait signer, omettant de le rendre à Maurice. Un incident qui en cache un autre. Les trois hommes, Jean est également présent, ne remarquent pas qu'au dernier moment, alors que le train s'élançait, un homme vêtu pareillement que l'oncle Joseph montait dans un wagon proche. Un accident se produit, cela arrive même dans la perfide Albion, et le drame se précise. Lorsque Maurice et Jean sortent légèrement blessés de leur évanouissement provoqué par la collision entre deux rames, ils découvrent le corps mort et complètement défiguré de l'oncle Joseph, ce qui signifie la fin de leurs espérances de tontine. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées et entreprise de cuirs à remettre à flots. Sauf...

Sauf si le mort n'est pas déclaré officiellement défunt, et inversement. Maurice et Jean s'arrangent donc pour récupérer le cadavre, le plonger dans un tonneau, puis confier le tout à l'administration ferroviaire qui va l'acheminer jusqu'à Londres. Tandis que Jean reste sur place, afin de s'occuper de l'oncle Joseph, du moins c'est ce que déclarera Maurice, le dit Maurice rentre à la capitale afin de récupérer le fût. Seulement, ce qui n'était pas prévu au programme, c'est qu'un individu taquin va s'amuser dans le fourgon à bagages à échanger l'étiquette avec celle d'un container. Et lorsque le dit container est livré à l'adresse sus-indiquée, c'est à dire celle des Finsbury, Julia est là en compagnie d'un ami, Gedeon. Ils ouvrent la caisse, immense et volumineuse, et découvrent à l'intérieur une statue dont ils ne savent que faire.

Le tonneau est acheminé chez un sieur Pitman, professeur de dessin et médiocre artiste, lequel est fort étonné, abasourdi, décontenancé, de recevoir, en brisant l'emballage, de découvrir un cadavre à la place de la statue attendue.

 

Le voyage de l'oncle Joseph, ou plutôt de son suppléant, le lecteur l'aura deviné, ne se termine pas ainsi puisqu'il est trop encombrant et que pour s'en débarrasser il sera placé dans un piano dont on aura ôté les cordes, puis qui voyagera jusque dans une maison-bateau.

Le thème du cadavre voyageur sera par la suite abondamment exploité par les auteurs de romans d'énigmes et policiers, mais de façon plus morbide que dans le roman de Stevenson et Osbourne.

Un agréable divertissement pour le lecteur, moins pour les divers personnages qui gravitent dans cette histoire, conté avec cet humour anglais typique que l'on appelle le non-sens, et que l'on retrouve dans certains textes de Dickens, de Jérôme K Jérôme et quelques autres. Les péripéties sont nombreuses, et les scènes tragiques ou périlleuses, si elles ne déclenchent pas le fou rire, amènent sur les lèvres des lecteurs ce petit sourire révélateur d'un bon moment passé à une lecture boute-en-train.

A quelques reprises le nom du romancier français et contemporain de Stevenson, Fortuné du Boisgobey est cité dans le texte, et l'on peut se demander s'il s'agit d'un hommage ou d'une aimable plaisanterie.

 

Curiosité :

Ce roman a connu plusieurs traductions sous des titres divers :

Sous le titre Le Mort Vivant, paru aux éditions Perrin en 1905.

Sous le titre L'Hercule et le Tonneau, paru au Club français du livre en 1961.

Sous le titre Un mort en pleine forme, paru chez G. P. en 1968 dans une édition illustrée par Jean Reschofsky.

Plus récemment, les éditions Gallimard l'ont fait paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Le Grand Bluff.

Réédition au Livre de Poche Jeunesse. Parution Juin 1999. 346 pages. Une couverture nettement plus accrocheuse que celle de 10/18.

Réédition au Livre de Poche Jeunesse. Parution Juin 1999. 346 pages. Une couverture nettement plus accrocheuse que celle de 10/18.

Robert-Louis STEVENSON & Lloyd OSBOURNE : Un mort encombrant (The wrong box - 1889. Traduction de Pierre Leyris). Editions 10/18. Série L'Aventure insensée. N°1377. Parution juillet 1980. 256 pages.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 14:51

A lire Dard-Dard...

DARD, paire et fils

Sous l'impulsion de Maxime Gillio, L'Atelier Mosesu a décidé de rééditer l'œuvre d'Alix Karol, parue dans les années 1970 dans la collection Espionnage au Fleuve Noir. Une heureuse initiative s'il en est.

 

Ce qui m'a incité de mettre en ligne cet article écrit pour la revue Le Monde San Antonio en 2004.

 

Depuis quelques numéros du Monde de San-Antonio, des lecteurs s’interrogent sur le bien-fondé de la reprise par le fils du personnage créé et immortalisé par le père. Cette question me turlupinant l’esprit, et de bien d’autres aussi, abonnés ou non de la revue qui se sentent concernés par le même problème sans pour autant oser l’écrire, je me suis penché sur l’œuvre du fils avoir de savoir si celui-ci était digne de proroger l’œuvre du père.

En bref une polémique qui m’a poussé à me demander si Patrice se conduisait comme un soudard, pardon un sous-Dard, ou méritait amplement de continuer l’œuvre si bien déclamée par Dard père. Et si je m’exprime ainsi, ce n’est pas pour l’aiguillonner. Bref, une situation dans laquelle les employés d’une usine se demandent si le descendant continuera à marcher sur les brisées du père et saura insuffler une seconde vie à l’entreprise. Question délicate qui demande une réponse circonstanciée. Aussi afin de vérifier si le fils était le mieux à même de reprendre le flambeau, je me suis plongé dans les ouvrages d’un certain Alix Karol, fils spirituel de Frédéric Dard, je les ai disséqué, analysé, et aujourd’hui je peux vous livrer le résultat de mes cogitations, résultat que vous pourrez trouver en fin de cet article.

 

Alix Karol est né littérairement en 1973 avec la parution sous le numéro 1082 de la collection Espionnage du Fleuve Noir de « En tout bien toute horreur ». Avouons-le tout de suite, la trame de ce roman est un balbutiement dans l’œuvre karolienne. Mais ne jetons pas le manche avant la cognée. Donc jetons un coup d’œil sur la quatrième de couverture, souvent révélatrice du contenu. Précisons quand même que la plupart du temps le directeur de la collection, François Richard, demandait à ses auteurs de s’atteler à cette tâche. Cette prose est-elle issue de la plume de Karol, autre question. En voici le texte :

Alix Karol sera sans doute bientôt l’auteur de romans d’espionnage le plus controversé.

Déjà la polémique est engagée.

C’est porno ! s’offusquent quelques esprits chagrins.

Simplement érotique ! protestent les autres.

Certaines scènes relèvent du sadisme pur et simple ! poursuivent les âmes sensibles.

Un réalisme objectif commande d’oser dénoncer l’éternelle violence des hommes ! assurent les défenseurs.

La désinvolture de l’auteur et de son héros (qui sont en fait une seule et même personne) frise la contestation.

Et alors ? Un écrivain de 29 ans n’a-t-il pas le droit de s’enthousiasmer pour les nobles causes ?

N’a-t-il pas le devoir de balayer les grotesques tabous de notre société ?

Les lecteurs qui plongeront le nez “ EN TOUT BIEN TOUTE HORREUR ”, le premier roman de cette série échevelée et tonitruante, se diviseront vite en Karoliens et anti-Karoliens…

Mais soyons sérieux : on ne va pas tout de même recommencer l’affaire Dreyfus autour d’un nouveau héros d’espionnage !

Comme vous pouvez le constater, déjà les mots de controverse, de polémique sont déclinés.

Mais ne nous engageons pas encore dans une voie qui pourrait être sans issue et ouvrons le livre et lisons cet envoi : Les protagonistes de cette histoire sont fictifs. Toutefois, si un ambassadeur se reconnaissait dans l’un des personnages, je n’hésiterais pas à le démettre de ses fonctions pour éviter toute coïncidence. A.K.

Troublant, n’est-ce pas ?

 

Et nous nous laissons donc entraîner à la lecture de ce premier épisode de Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ? Non ? C’est tout simplement le restaurant tenu par Patrice Dard himself au lieu cité.

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karolus et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo-divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail. Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous plutôt à ce qui nous intéresse : la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

DARD, paire et fils

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

 

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

Passons rapidement sur le deuxième opus, non pas qu’il soit inintéressant, mais parce que ne le possédant pas, je n’ai pu le lire et par conséquent le disséquer. Il s’agit de « Assassin pour tout le monde », collection Espionnage n°1093. Passons sans plus attendre au troisième roman de la série et retrouvons nos duettiste Karolus et Bis dans « Suicides par contumace », Espionnage N°1107.

Karolus et Bis sont chargés par l’Inca de jouer la chèvre afin de découvrir pourquoi Hendricks, l’agent de la S.S.T.M. s’est fait descendre par des agents de la C.I.A. Il venait de recevoir un message annonçant une découverte stupéfiante, assez grave pour provoquer la troisième guerre mondiale. Pas de signature. Seule piste, l’expéditeur du dit message doit embarquer sur un avion effectuant la navette New York – Miami. Nos deux compères doivent donc servir de chèvres (je l’ai déjà dit) et découvrir l’identité du mystérieux passager. L’avion est détourné, comme prévu, l’anonymat soulevé, et quelques péripéties plus tard, dont le crash du Boeing, Karolus et Bis atterrissent en Finlande, puis se dirigent vers un camp de Lapons. Signalons juste, pour ne pas déflorer l’intrigue, qu’ils vont être confrontés à un savant qui a découvert comment se débarrasser d’une partie de l’humanité.

Abordons ce qui constitue le sel de cette chronique. D’abord les avertissements aux lecteurs. Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont criants de vérité, que les lieux décrits sont rigoureusement authentiques et que l’histoire qui va suivre s’est réellement déroulée. A.K.

Juste en dessous :

Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont totalement fictifs et que, pour trouver une histoire aussi peu véridique, il faut remonter jusqu’à la Bible. Tout dans cette aventure est tellement imaginaire, que l’auteur lui-même se demande s’il existe. A.K.

Enfin :

Le lecteur est informé que l’auteur souffre manifestement d’incohérence mentale. L’éditeur.

L’auteur montre qu’il possède une certaine culture littéraire puisqu’il cite : La Finlande, cette terre que Dieu oublia de séparer des eaux ! ” disait joliment Chateaubriand, cet intrépide voyageur de l’époque ante-club-méditerranéenne.

 

La description des figurantes (et des figurants, ne soyons pas sectaires !) est imagée : La môme est une canaille rouquine au nez en trompette, menue comme une épingle à chapeau. Elle a un sourire niais, une voix de pintade et l’œil plus vide que les hémisphères de Magdebourg. Un portrait qui aurait pu être l’œuvre du peintre que fut San-Antonio et qui prouve que Alix Karol manie la métaphore avec verve.

Alix Karol sait aussi se glisser dans la peau d’un philosophe et abandonner l’humour pour se montrer plus réaliste : Je tiens le cynisme pour l’attitude la plus noble de l’homme en face de l’adversité. Toutes les lamentations, jérémiades et autres pleurnicheries ne seront jamais que larmes perdues dans le déversoir de l’inutilité. Quelques pages plus loin l’auteur revient à des considérations plus terre à terre, disons corporelles et métaboliques : C’est plus fort que moi. Je ne peux regarder une jolie fille sans que des manifestations intempestives ne se produisent dans mes régions australes. Voilà qui est explicite sans pour autant tomber dans la grivoiserie. Il me doit de signaler que les passages dits érotiques sont toutefois assez nombreux pour contenter le lecteur en manque d’images (et d’actions) croustillantes.

Les notes en bas de page sont au nombre de cinq dont trois font référence aux romans précédemment parus.

Passons illico au quatrième tome de cette série dont le titre se décline ainsi : Et cinquante qui font sang, Espionnage n°1116. De nos petits doigts agiles et fébriles, ouvrons et découvrons l’envoi : A F.D., l’homme le plus intelligent du monde (1). Tendrement. A.K. Note en bas de page : (1) Avec moi, bien entendu ! Tout de suite le ton est donné et l’on devine à qui s’adresse cette dédicace. Mais était-ce clair pour l’époque, sachant que ce roman a été édité en 1974 ? Pas sûr. Peut-être pour des exégètes comme Fred Hidalgo (laudateur de San Antonio et créateur du défunt magazine Chorus), mais pour le commun des mortels, ce fut sûrement une énigme. D’autant que peu de lecteurs prêtent attention aux avertissements, envois et autres hommages. Passons.

Alors que Karolus se défoule en jouant au billard, il est perturbé par l’entrée du facteur. Ce n’est pas le préposé habituel mais un remplaçant. Il doit lui remettre le paquet contre signature mais au lieu de cela, l’homme pointe un pistolet. Maniant la boule avec maestria, Karolus lui en propulse une en pleine tête. Exit brutal de l’agresseur qui brandissait une arme à vide. Le malheureux préposé, qui est retrouvé ligoté dans sa camionnette, se propose de déficeler le colis sans l’aide d’un outil tranchant (il n’y a pas de petites économies !) mais le paquet est piégé. Un peu plus tard, alors que nos deux compères gagnent Paris en compagnie de l’inspecteur Lapôtre, (apparu dans Assassin pour tout le monde), un motard balance dans leur véhicule un serpent qui s’avère inoffensif. Début du roman qui conduira nos amis (considérons-les ainsi) jusqu’au cœur des Andes, dans les ruines du Machu-Pichu. Je passe rapidement sur l’intrigue, car c’est surtout le style qui est le moteur de cet article. Première citation, philosophique (c’est moi qui le décrète ainsi) : Les individus se consolent vite de leurs petits drames à la pensée de l’intérêt et de la jalousie qu’ils susciteront chez les autres, ces malheureux englués dans le quotidien lénifiant ! . Ne me dites pas que cette pensée écrite par le fils ne reflète pas celle du père. Et vous n’avez pas tout lu ! Alix Karol sait souffler le chaud et le froid, et ne perd pas une once de son humour quelques pages plus loin lorsqu’il croque les acteurs secondaires de ses histoires : Il est mignon tout plein, ce cher Lapôtre, en infirmier. En raison de sa gueule persillée de couperose, de sa dégaine rustaude et de l’éclat obstiné de son œil, la blouse blanche lui confère davantage des allures de tripier en gros que d’interne des hôpitaux !  Une caricature à la Dubout ! Ce n’est que mon avis personnel, mais je vous invite à le partager.

DARD, paire et fils
DARD, paire et fils

Frédéric Dard, tout le monde s’accorde à le dire et à l’écrire, sous un humour de façade gaulois, était un profond humaniste maniant aussi bien le cynisme (Je l’ai déjà dit ?) que la causticité, montrant la voie à … (voir ci-dessous), non attendez d’abord la citation d’Alix Karol : Au cours de cet impressionnant périple dans ce monde situé à mi-chemin entre la terre et le ciel, entre l’été et l’hiver, entre le paradis et l’enfer, nous avons pu mesurer mieux que jamais le fossé qui sépare les peuples nantis des populations sous-développées. Un gouffre ! Un abîme ! Et qui ne cesse de s’élargir… Je me suis livré à quelques calculs particulièrement édifiants, pendant que Flora et Bis ramassaient les bidons de lait. Sur l’ensemble des “ producteurs ” que nous avons rencontrés, en tenant compte du rendement journalier d’une bête, du prix du lait et du nombre de personnes par famille, ma statistique était affolante : 350 à 400 soles par individus et par mois pour vivre ! Quarante à quarante cinq francs français ! Soit le prix d’un bon petit gueuleton raisonnable dans un restaurant du quartier latin. Ou trois places cinéma ! Ou cinquante grammes de caviar ! Monstrueux !

- A quoi tu penses ? Me demande Bis en baillant fortissimo.

Je vire mon mégot par la portière.

-Je pense à tous les petits Péruviens que j’ai déjà mangés, digérés, déféqués…

Je rappelle à toutes fins utiles que ce livre a paru dans le courant du 2ème trimestre 1974, et n’a donc rien à voir avec José Bové. Le problème était déjà actuel, la tiers-mondialisation existait, qui en parlait ? Refusant d’entrer dans un débat politicien, ceci n’est point mon propos, je ne peux que constater qu’Alix Karol s’investissait lui (lui est peut-être de trop ?). Dans des romans peut-être, mais il en parlait quand même ! Et ça dérange. Et le problème n’est toujours pas résolu.

DARD, paire et fils

Retournons, comme le faisait si bien San-Antonio, après ses considérations sur la misère humaine, vers l’humour et réalisons une pirouette. Pour terminer en beauté, je m’apprête à tortiller une vieille Anglaise fripée dont le chapeau représente trois pots de géraniums sur une crêpe au Grand Marnier. Ah, j’ai oublié de vous dire qu’Alix Karol s’exprime à la première personne et que ce passage relate un instantané lors de l’une de ses prestations divinatoires en compagnie de Bis, dans un cabaret de Lima.

Meurt et tais-toi (vous remarquerez tout de suite l’analogie avec Mange et tais-toi, titre de San-Antonio n° 565 de la collection Spécial Police) espionnage 1130, possède un dernier chapitre extrêmement court, le XIVème et dernier pour être précis, puisqu’il ne comporte qu’un mot : FIN. D’abord, pour ceux qui n’auraient pas très bien assimilés la philosophie de S.S.T.M ; (Services Secrets du Tiers Monde), Alix Karol nous en rappelle les principes : Je ne suis ni communiste, ni anticommuniste… Disons que je suis tiers-mondiste. [] Nous nous battons pour que les peuples sous-développés puissent un jour partager le gâteau dont les grands se gobergent.

 

Karolus connaît Ecaterina depuis dix ans, et de temps en temps ils se retrouvent, avec plaisir, et procèdent au simulacre de la reproduction. Ce jour-là, Ecaterina est soucieuse. Elle n’a plus de nouvelles de son frère resté à Bucarest. Alors qu’Alix Karol veut se renseigner auprès de Jacobi, le responsable de la section France, celui-ci l’enjoint à mener une mission périlleuse en Roumanie. Il doit, en compagnie de Bis, procéder à une exécution capitale envers un certain Mihai Silescu, qui n’est autre que le frère d’Ecaterina. Evidemment les deux compères n’auront pas la vie facile de l’autre côté du mur et se trouveront une fois de plus entraînés dans une histoire abracadabrante qui se terminera, je ne vous dis pas comment, à Venise.

Alors que certaines scènes composées d’acteurs masculins et féminins, principalement Karolus ou Bis, décrivant le simulacre de la reproduction étaient particulièrement explicites tout en étant jouissives (ai-je eu raison d’employer ce mot ?), lors des précédents épisodes, en voici une qui s’inscrit directement dans la logique san-antonienne :

Instinctivement nous tendons l’oreille.

Et ça en vaut la peine, car de la cabine d’essayages s’échappe un spectacle auditif d ‘une remarquable qualité.

Il consiste essentiellement en un enchaînement de gémissements aux inflexions sans cesse modulées et émanant d’une jeune créature du sexe féminin – d’après l’organe. Elle semble avoir restreint son vocabulaire à deux simples syllabes : Oh et oui.

Mais il faut entendre comment elle les récite, ses oh oui !

Dans toutes les gammes.

Sur tous les tons.

Seule constante, la musicalité de l’ensemble paraît grimper insensiblement vers les aigus.

  • Oh oui… ooh ouii… ohh ououi… ooohhh ouououiii !!!

Quel dommage que la littérature ne soit pas encore sonorisée ! Quelques lettres sur une feuille blanche ne traduiront jamais le superpied vers lequel s’envole la personne.

Ça chavire brutalement à la frénésie. Le rideau de la cabine est agité comme le drap du fantôme de service.

Seulement c’est léger ce genre d’assemblage. Quatre tringles emboîtées à la sommaire et fichées au sommet de quatre tubulures verticales. Autant dire rien, ou pas grand chose en regard du cyclone qui souffle à l’intérieur.

D’un coup la cabine s’effondre livrant ipso facto le couple effréné à la convoitise publique

Jugeons plutôt !

Bis, cabré en arrière, a plaqué ses épaules et sa tête à la longue chevelure d’or contre la paroi du fond. Son poitrail et son bassin, braqués vers l’avant, se trouvent de ce fait presque horizontaux.

Sa partenaire, elle, est une charmante jeunesse d’une frêle trentaine, bâtie tout en longueur et en finesse. Elle porte le cheveu court, une paire de lunettes à monture dorée et un tailleur de chez Chanel.

Du moins la partie boléro, vu que la jupe traîne à terre à côté d’une robe qu’elle comptait sans doute essayer.

Poussée par un sens délicat de la pudeur, elle a gardé son slip… à la main…

Vous aurez remarqué la finesse, la justesse, la sobriété de ce tableau primesautier et vivant.

 

Ceci m’amène à vous parler un peu plus longuement de Bis. Mais qui d’autre peut mieux le décrire que l’auteur lui-même. Laissons-lui donc le soin de nous le présenter :

Bis possède le génie de l’accoutrement.

On pourrait penser qu’il fait de la provocation. Mais non ! C’est plus simple que ça.

Il aime un certain style d’habillement qui ne cadre pas tout à fait avec la tradition vestimentaire bourgeoise.

Pour l’heure, il arbore un bonnet péruvien aux coloris meurtriers, un pull jacquard avec un maxi col roulé qui lui enchâsse la tronche comme une minerve, un pantalon style knickerbockers dans les mauves gueulards, des bottes de cheval et le fameux manteau.

Imaginons une vieille peau de chèvre mal tannée, foulée durant des heures par des sabots crottés, élimée, effilochée, trouée, frangée, percée de deux orifices ménageant le passage des bras. Le tout pestilentiel comme la ménagerie d’un cirque en faillite.

Qui pourrait penser que sous ces dehors clownesques se cache un être doté d’une rare subtilité ? L’intelligence de Bis est la plus éclectique qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Bis parle, outre le Néerlandais qui est sa langue maternelle, une dizaine de langues avec un réel bonheur. De plus son cerveau est très largement ouvert aux choses mathématiques et scientifiques. Plusieurs licences dans des domaines très variés sanctionnent cette universalité d’esprit.

Issu de la grande bourgeoisie d’Amsterdam, Bis est tout naturellement entré dans l’armée à la suite de son père, brillant général d’infanterie et grand résistant de 39-45.

Bis était lieutenant du chiffre lorsqu’il a été contacté par les Services Secrets du Tiers Monde. Comme il ne lui manquait qu’un idéal pour devenir un homme comblé, Bis s’est jeté à corps perdu dans la défense des petits et des opprimés.

Idéal sommaire, peut-être, voire utopiste ; mais idéal qu’il est parvenu à me faire épouser par la suite.

Il en va de son physique comme de son moral : Bis trompe son monde.

Gringalet – un petit mètre soixante-dix pour une petite soixantaine de kilos, tout en os et en cheveux, il est pâle, presque translucide comme les véritables blonds du nord. En dépit de ses trente-deux ans, on le prend souvent pour un adolescent.

Et parfois même pour une adolescente !

Et si vous voulez en savoir plus reportez-vous au roman. Les deux extraits cités ci dessus sont certes un peu long certes mais les connaisseurs apprécieront pour la suavité et la délicatesse qui s’en dégagent. Mais, et c’est là où je voulais en venir (même si je ne le savais pas lorsque je tapais ce texte), Bis n’est pas un Bérurier bis. Il n’a pas été créé comme faire-valoir du personnage principal, même si Béru parfois ne joue plus les rôles secondaires qui lui ont été dévolus à l’origine et tend à prendre une place prépondérante, et ce non pas forcément grâce (ou à cause) de son physique conséquent et à un manque de culture remplacé par une sagesse issue du terroir. Non, Bis est supplanté par l’auteur, lequel est peut-être jaloux, insidieusement, des capacités intellectuelles et physiques (malgré un air de gringalet) de son compagnon. Alix Karol, le rédacteur de ces aventures échevelées, internationales et amoureuses, tire un peu la couverture à lui, ce qui est compréhensible lorsque l’on se met en scène. Ou alors le lecteur crierait au scandale, à la fausse modestie, que sais-je encore. Les mots me manquent tellement je suis outré par les appréciations malveillantes que j’imagine et qui ne seraient pas forcément proférées. Laissez-moi rêver et divaguer. Où en étais-je ? Le moment de placer une citation adéquate :

Je me sens navré comme un type qui a attendu dix ans avant de sauter sa fiancée et qui chope les oreillons la veille des noces.

Et comme je ne suis pas avare, une seconde pour le plaisir :

C’est curieux comme l’homme embarrassé cherche souvent refuge dans la connerie !

DARD, paire et fils

Karolus un peu imbu de lui-même ? Cela lui arrive, quoiqu’il sait aussi reconnaître ses erreurs, ses petits travers, ses défauts, ses gaffes, ses lacunes :

Dans le plus pur style du western-spaghetti, je jongle avec mon revolver, l’expédiant d’une main dans l’autre, puis le fait tourner autour de mon médius et l’inévitable se produit : le pétard m’échappe des doigts et tombe par terre. Il fuse sur le parquet et disparaît sous le lit.

Ou encore :

Sans être particulièrement doué pour les langues, je peux naviguer, sans difficulté, de ma langue maternelle à celle de Shakespeare. A ceci près que si Shakespeare avait causé l’anglais comme moi, il ne serait jamais passé à la postérité !

 

L’épisode suivant, intitulé Garanti sur fracture (Espionnage n° 1148) se déroule en Iran, au temps du Shah. Un Iranien a été arrêté et il révèle à la traductrice un terrible secret si grave qu’elle doit d’abord en référer à son ambassadeur. Alix et Bis ont rendez-vous avec l’un de leur contact qui doit leur donner le contenu de se fameux secret mais l’homme est assassiné. Les révélations de l’Iranien ont été enregistrées sur une cassette mais il leur est impossible de retrouver la bande magnétique. Un envoyé du Shah confirme que celui-ci s’était adressé à la S.S.T.M. désirant connaître les révélations que devait effectuer l’Iranien aux policiers français. Désirant joindre l’utile à l’agréable, cet envoyé propose de déguster une boîte de caviar blanc mais au lieu d’œufs d’esturgeon, le récipient contient les attributs sexuels d’un homme. Et voilà nos deux complices en route pour Bagdad.

Encore une fois Alix Karol joue entre humour et philosophie (de comptoir penseront certains, mais cela ne me chaut guère). Ainsi :

Jeunesse d’aujourd’hui ! ricane-Bis. Jeunesse d’aujourd’hui ! Elle est forcément d’aujourd’hui la jeunesse ! Si elle était d’hier, ça serait de la vieillesse, et si elle était de demain, ça serait des spermatozoïdes !

Je ne vais pas vous abreuver de citations et de descriptions, je pense avoir déjà été assez prolixe mais je tiens toutefois à vous signaler que lors d’une copulation entre Alix et une princesse, leurs ébats sont retransmis via le trou de serrure de la pièce dans laquelle ils batifolent, devant lequel (trou) se sont agglutinés les serviteurs du palais. Mais il ne faut pas croire que notre auteur héros n’est pas insensible à la vue de scènes se déroulant devant ses yeux :

Mon épiderme, qui affiche ordinairement le coloris bronzé des bidets d’hôtel de passe vire au blanc de poulet.

 

DARD, paire et fils

Donc, comme je l’écrivais ci dessus, voir plus haut, je ne vais pas vous bassiner avec l’œuvre complète d’Alix Karol, sauf demande expresse, bien entendu. Voici donc quelques petites notes extraites de Nous avons les moyens de vous faire parler, espionnage 1157, dédié à L’auteur auteur de l’auteur auteur de l’auteur… avec ma tendresse non stop. A.K.

Suit cet avertissement, un peu long, et si vous commencez à fatiguer, vous pouvez le passer, mais ce serait vraiment dommage :

Avis à la copulation ! A l’unanimité de moi-même plus ma voix, j’ai décidé de frapper la seconde partie du présent ouvrage d’une rigoureuse interdiction aux mineurs. Y compris les mineurs de fond, car l’étincelante intelligence de cette œuvre ferait péter le grisou ! Je ne prends bien sûr aucun risque à pratiquer cette autocensure puisque le lecteur qui parcourt ces lignes a déjà acheté le bouquin… Aussi j’annonce la couleur : Rouge ! Rouge sang ! Les sados, les masos, les branlos, les salos, tous les tourmentés de l’hormone vont prendre un méchant panard, j’affirme ! Quant aux autres, les modesty baise, les foutriquets qui crient haro sur le bidet, je les autorise à descendre en marche à la fin de la première partie. Alors on y va ?

Et bien allons-y et pour étoffer cette introduction voyons les intitulés des deux parties :

Des parties comme cette PREMIERE PARTIE vous en avez déjà peut-être déjà vues, mais pas souvent !  Ensuite Des parties comme cette SECONDE PARTIE vous n’en avez jamais vues, ou alors je veux bien être pendu par les C… à un crochet de boucherie !

 

En parlant de boucherie, je ne vous ai pas dit qu’Alix Karol était aussi un épicurien. Il le prouve en dégustant dans un bouchon lyonnais … une salade de pieds de mouton à la crème, un saucisson chaud pistaché, un râble de lapin à la moutarde et une cervelle de canut, le tout noyé du mâcon blanc et de Chiroubles maison. Pour clore ce chapitre, deux petites pensées, sur les enfants et les septuagénaires. Les enfants ne présentent d’intérêt que celui que l’adulte veut bien leur accorder. La haine, la cruauté, le racisme et la veulerie sont profondément ancrés chez l’enfant et, contrairement à ce que l’on pense souvent, tendent à s’estomper avec l’âge. Sauf bien sûr, chez l’adulte non concerné qui se réfugie derrière une autorité suprême. Le plus navrant est, que cette catégorie d’individus se rencontre même au plus haut niveau. Je sais des hommes politiques occupant les tout premiers rangs dont la lâcheté et la soumission n’ont d’égales que la paresse et l’incompétence ! Je connais des septuagénaires aux muscles soigneusement entretenus et au bide plat comme une rédaction de troisième qui font davantage godiller les gonzesses que les jeunes gras-mous aux mentons gigognes qui traînent leur sangle abdominale sur les genoux.

Ouf ! Personne ne se sent concerné et c’est heureux.

 

J’ai omis de vous narrer succinctement cette intrigue, réparons cette lacune sans plus tarder : Envoyés en Savoie, Bis et Alix (et vice versa) attendent un événement. Celui-ci se présente avec la découverte d’un cadavre dans un champ et dans les poches duquel figurent les photos des deux membres des S.S.T.M. sous des noms d’emprunt. Bis est embastillé et le cadavre mis au frais dans une gendarmerie. Alix récupère les deux pour peu de temps. Le cadavre est enfermé dans le coffre d’une voiture qui se volatilise. L’Inca lui confie une mission : convoyer un criminel nazi, Martin Gorman, jusqu’en Espagne. Seulement quelques trublions s’immiscent dans cette histoire : des agents du Shin-Bêt (service secret israélien) plus quelques Teutons, nostalgiques du bon vieux temps ( ! ?).

Je ne peux terminer cet article sans vous allécher avec l’avant-propos qui figure dans l’ouvrage intitulé Objets Violents Non Identifiés, espionnage 1176 :

Parlons-en, puisqu’on en cause.

Les vrais cons, en plus, ils veulent que ça se sache ! Ils aiment se reconnaître entre eux, ils ont besoin de signes de ralliement. Une franc-maconnerie, quoi. Il suffit qu’un important con, dans les colonnes d’un journal, à la radio, à la télévision, ou du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, laisse tomber une redondante expression frappée au coin de la platitude pour que aussitôt tout un chacun la reprenne à l’unisson. La dernière ânerie à la mode consiste à débuter une phrase par un quelconque adverbe suivi du participe présent du verbe “ parler ”. Exemple : quand un type attaque par architecturalement parlant ou énergétiquement parlant, aucun doute à avoir, c’est un con majuscule. Et comme tout con qui se respecte, il manque de confiance en ses moyens de communication. Alors il préfère annoncer la couleur : c’est bien d’énergie ou d’architecture qu’il va être question, pas de topinambours ni de papier-cul. J’ai décidé d’élever cette tournure jusqu’au pinacle de la connerie. Philosophiquement parlant, elle en vaut la peine. Ce qui nous renvoie ipso-facto au livre de San-Antonio, publié en novembre 1973 dans la collection Grands Succès (ou Grands Romans ?) et tout simplement titré : Les Con .

 

DARD, paire et fils

Intrinsèquement parlant, je ne peux qu’opiner du chef avant de vous laisser savourer encore deux ou trois bricoles :

Première partie dans laquelle je ne sais pas encore ce qui va se passer, mais je suis sûr que ce sera très bien.

Ce roman débute par un chapitre Zéro, avec ce petit renvoi : “ Les auteurs avaient pris l’habitude de commencer leurs romans par le chapitre premier. Fini le gaspillage ! En ces temps de restriction, nous débuterons donc la numérotation à zéro.

En conclusion (est-ce nécessaire ?) je laisse les détracteurs soit s’embourber dans leur opinion, soit changer de veste (les moins riches peuvent la retourner) ce que tout un chacun fait lors des variations saisonnières.

Il est amusant de constater (pas forcément pour le portefeuille !) que les ouvrages d’Alix Karol, longtemps boudés par les bouquinistes, deviennent aujourd’hui une denrée à forte valeur inflationniste depuis le départ de Frédéric Dard, les chalands étant appâtés par des bandeaux apposés sur les ouvrages ayant connus de nombreuses manipulations : fils de Frédéric Dard, ou encore fils de San-Antonio. Comme quoi il suffit d’un nom connu pour faire monter une côte qui à l’origine était peut-être sous-évaluée. Mais aujourd’hui j’aurais tendance à dire qu’elle est surévaluée, tout comme les romans de San-Antonio qui sont proposés à la louche sans que le revendeur effectue une différence entre édition originale et rééditions.

L’article « Dard, paire et fils », a paru dans Le Monde de San-Antonio n° 28, printemps 2004, pages 29-33 et Le Monde de San-Antonio n° 30, automne 2004, pages 30-33, et je n’ai procédé qu’à des modifications mineures.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 14:30

Un temps à ne pas mettre un policier dehors !

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien !

Mais que fait donc Bertrand Hilaire Lejeune, dit BHL, comme Bazar de l'Hôtel de Lille, attifé en femme par ce froid boréal qui glace les rues du centre ville de Rouen ?

Depuis quelque temps, de vieilles dames se font choper leur sac à main en pleine rue, et d'après les témoins, les vauriens seraient des jeunes. Aussi le commissaire Chassevent a imaginé BHL patrouillant dans le quartier, habillé dans la tenue adéquate de la chèvre, et prenant ainsi sur le fait le ou les indélicats.

Entre Chassevent et BHL, c'est je t'aime, moi non plus. Et le commissaire a infligé cette enquête à son subordonné comme on filerait une punition à un enfant pas sage.

Mais bientôt une autre affaire va occuper BHL, malgré l'heure indue à laquelle Chassevent lui confie le problème. Il est dix-huit heure, l'heure de regagner ses pénates, et pourtant il doit se rendre à Iscampville, constater le décès d'un Roumain par inhalation de monoxyde de carbone. Pour BHL, malgré la mise en scène, il s'agit d'un meurtre. La soirée pépère qu'il s'était promise est fortement compromise, et pour se réconforter, il s'enfile quelques calvados derrière la cravate. Une façon comme une autre de fêter le premier samedi de l'an neuf.

Toutefois, malgré les réticences de Chassevent, lequel préfère déguster béatement son whisky affalé dans son fauteuil, BHL continue son enquête sur la mort de Tudor Lupu, ne négligeant surtout pas l'aide que peuvent lui apporter Clarisse, agoraphobe se cantonnant dans un travail de recherches bureaucratiques, ou encore Justin son adjoint auquel il remonte souvent les bretelles.

Par Clarisse, BHL apprend que le compte bancaire de Lupu était plus que confortablement approvisionné. Cinq cent mille euros, ce n'est pas une petite somme, même si Lupu fut vingt ans auparavant un joueur de hand-ball renommé et de haut niveau. Et comme dit Clarisse, qui lui rappelle qu'à cette époque, les forçats du ballon touchaient peanuts :

Mais si, souviens-toi, c'était avant que les télés s'emparent du sport et le travestissent en un spectacle pour débiles d'où le bon gros flouze coule à flots.

Donc Lupu était comblé financièrement mais il n'existait aucun signe extérieur de richesses. C'est ainsi que BHL oriente son enquête vers la municipalité qui l'employait à des travaux divers et comme entraîneur de l'équipe locale de hand-ball. Et notamment des conseillers municipaux prospères, qui sont tout ébaubis.

Un autre Roumain est lui aussi retrouvé mort. Mais cette fois le meurtre ne fait aucun doute. Il y aurait-il corrélation entre les deux ? Un commissaire de Paris, vindicatif et arrogant, est dépêché sur place car l'homme n'était que de passage à Rouen, accompagné de prostituées. Du coup Chassevent se hausse du col devant la Fistule, c'est le surnom donné à ce policier imbu de sa personne, et relègue BHL au rôle de petit inspecteur de province ne sachant pas prendre de décisions.

Pourtant BHL, pugnace, tenace, ne veut pas en rester là. Il appréhende un gamin, d'origine portugaise, le prenant sur le fait en train de chouraver un sac à main, fait connaissance de sa mère, une brave dame en manque d'affection, de la chef de bande, une gamine qui se déclare végétarienne et méphistophélique, plus quelques autres personnages hauts en couleur et va se trouver dans des situations plus ou moins plaisantes.

 

Roman ébouriffant, aussi bien dans sa construction, dans son style, dans les scènes parfois épiques qui se glissent dans la narration, dans les petites phrases chocs et dans la description des personnages, Un temps de chien ! fait penser, toutes proportions gardées Pascal Jahouel possédant son propre univers, à un ouvrage qu'auraient écrit en commun Frédéric Dard et San Antonio. Je sais ils ne faisaient qu'un mais leur approche littéraire était très différente.

Dans un mélange de français châtié, à la limite trop fignolé, et d'argot plus ou moins récent, Pascal Jahouel a réussi la gageure d'un roman policier moderne écrit à l'ancienne et dont le style narratif fait parfois passer au second plan l'enquête. Ainsi si vous n'êtes jamais allé dans une jardinerie, ou si vous y aller de temps à autre les yeux fixés uniquement sur l'objet de vos désir, je vous conseille de suivre le parcours décrit par Pascal Jahouel, et vous découvrirez ce magasin avec un œil neuf et circonspect.

Voir également l'avis de Pierre F. Sur BlackNovel1

A découvrir également le précédent roman de Pascal Jahouel :

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien ! Collection Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 28 aout 2015. 240 pages. 18,00€.

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