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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 12:54

Bon anniversaire à Alain Demouzon né le 13 juillet 1945.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre.

Maxime Lehutin est promis à un bel avenir.

Pensez donc, son premier roman, finement littéraire, a obtenu l'un des cinq mille obscurs prix décernés en France par an, et de la presse critique favorable.

Son éditeur pense en vendre mille cinq cents exemplaires et lui ouvre les portes de sa collection policière Nuit Métallique, à condition de pondre trois polars par an.

L'écriture, Max la ressent comme une merveilleuse et douloureuse aventure pleine de désappointement et d'aridité. Mais il l'aime trop pour ne pas tout lui sacrifier par avance. Ce qu'il lui faut : une fenêtre. Regarder par delà la baie vitrée, c'est l'espoir, la contemplation d'un autre monde. L'entrebâiller, c'est l'aspiration vers l'aventure, c'est chevaucher allègrement le grand souffle romanesque, jongler avec les lettres puis les mots puis les phrases. Stop.

Greg Von Bluff, l'éditeur de Max, bouleverse les données, propose un contrat mirifique et bouscule notre écrivain en herbe. Il le lance sur le sentier de la guerre à la recherche d'un temps perdu. Le temps perdu par Marcel Proust à écrire cette prose qui se révèle être apocryphe.

Dur dur pour les maisons d'éditions, ce manuscrit indigeste. Qui dit indigeste dit indigestion. Qui dit indigestion dit pruneaux. La voilà la panacée ! Les pruneaux généreusement offerts par le Syndicat, avec en prime un revolver, le tout délicatement posé dans une boîte à chaussures. Il faut absolument que Max retrouve et fasse disparaitre de la circulation l'auteur de cette thèse selon laquelle Marcel Proust ne serait pas l'auteur des écrits proustiens.

Proust alors ! Le pavé dans la mare.

 

Partant de cette donnée simple, Demouzon rêve, extrapole sur ce qui pourrait être un cauchemar éditorial, lance son héros sur les pistes de l'imaginaire, égratignant, griffant, s'ébrouant, piaffant, ruant, pataugeant allègrement, faisant feu de tout bois, tirant dans les coins.

Il parodie, il blasphème, il vitupère, il vilipende, il surprend, il ironise, il raille, il mord, il pique, il se gausse, il se moque, il joue. L'impertinence faite homme.

Un régal, une jubilation, une récréation pour le lecteur. Une véritable macédoine de petites phrases que le chroniqueur amoureux de littérature qui, comme moi, ne se prend pas au sérieux, ramasse, glane, emmagasine, engrange, puis offre en un bouquet chatoyant et vénéneux au lecteur abasourdi.

Et tout le monde y passe, tout le monde en prend pour son grade. Le monde de l'édition bien sûr, mais également les auteurs, les découvreurs de talents, les critiques, les lecteurs aussi.

Demouzon possède une machine à écrire transformée en moulinette.

N'importe où avec une fenêtre, c'est un pamphlet, une satire, une réjouissance, une récréation, une bouffée d'air pur, une profession de foi, une Bible.

Pour souligner mes propos, je vous propose un florilège, quelques extraits savoureux qui, j'en suis persuadé, vous incitera à découvrir cet ouvrage iconoclaste, franchement hilarant et pourquoi pas moralisateur.

 

Je viens de gagner 18 000 francs dans l'édition, sans écrire une seule ligne. Me voilà un écrivain authentique.

Voyons, les gens ne lisaient pas Proust ! Non, mais ils l'achetaient.

Je n'ai pas lu votre livre, mais je l'admire beaucoup. Sincèrement.

Ne soit pas méprisant : tous les romans sont à suspense !

Un sacré bosseur, celui-là, prêt à tout, ponctuel et efficace. Un vrai professionnel. Restera inconnu et méprisé.

Alain DEMOUZON : N'importe où avec une fenêtre. Editions Seghers. Parution Mars 1990. 304 pages.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 13:50

Polar mode d'emploi et une enquête brillamment construite.

Paul FOURNEL : Avant le polar.

Le lieutenant Maussade ne l'est pas tant que ça, ce qui n'est pas un anachronisme comme le fait remarquer justement, finement et aimablement l'auteur puisque la corpulence du commissaire Maigret n'était pas en adéquation avec son patronyme.

Une gamine est retrouvée morte dans le parc Montsouris, dans le quatorzième arrondissement parisien, avec une mise en scène macabre dont je passe les détails puisque tout est précisé dès les premières pages. Un meurtre non signé, même si une culotte Petit-Bateau blanche avec des cœurs roses est retrouvée non loin.

La démarche consistant à recueillir les premières informations sur la jeune Clémentine auprès des parents d'icelle revient à Maussade. Il rencontre donc la mère qui répond volontiers à ses questions. Le père ? Parti depuis trop longtemps. Ils ne se parlent plus. Clémentine était, je cite, une jeune fille très régulière, bonne élève, travailleuse, sans histoire. Donc rien de spécial à signaler, sauf qu'elle regardait depuis un certain temps plus souvent la photo de son père bien mise en évidence, se renseignait sur son mode de vie, qu'elle n'allait plus à la messe depuis quelques semaines, qu'elle connaissait un garçon plus vieux qu'elle et qui lui écrivait des poèmes. Bref une petite vie d'adolescente de treize ou quatorze ans que connaissent bon nombre de jeunes filles de son âge.

Il ne reste plus à Maussade qu'à enquêter justement auprès des fréquentations de Clémentine, le jeune homme, ses copines d'école, le collège La Bruyère Sainte Isabelle, et quelques autres. Et la sage Clémentine était-elle si sage qu'il y paraissait ?

 

L'intérêt de cette intrigue ne se niche pas dans le déroulement de l'enquête menée par Maussade, de sa déception du départ de Mathilde, celle qui partageait sa vie avant de vivre ailleurs, de sa relation avec la mère de Clémentine. Non, car ceci n'est pas qu'un roman c'est un mode d'emploi.

Polar, mode d'emploi pourrait être le sous-titre de cet ouvrage, car l'auteur, qui est le troisième président de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), met en place les principes qui régissent à la construction d'un roman policier sous forme de notes.

Ainsi peut-on lire en début de la Note 1 : Trouver une entame. Placer le crime. Après avoir longuement regardé la scène, le lieutenant Maussade ferma les yeux comme pour l'imprimer.

Note 2 : Fixer le héros. Le lieutenant Maussade. Brun, grand, la trentaine, plutôt élégant.

Note 4 : Un peu de documentation. Sous son aspect domestiqué, le parc Montsouris est le territoire des ombres.

Et ainsi de suite jusqu'à la Note 99, chaque note équivalent à un chapitre plus ou moins court.

Des conseils qui se résument à comment aborder un roman, mettre en place les personnages, laisser planer le doute, et éventuellement réfléchir à un avenir possible en adaptation télévisée :

Note 16 : Si ce polar doit faire un téléfilm un jour, ou mieux encore une série ("Lieutenant Maussade") il est indispensable de mettre un personnage noir ou handicapé.

Donc des notes utiles à un débutant désirant se lancer dans l'écriture d'un roman policier, lui fournissant des conseils, des trucs et astuces, des balises, tout en racontant sous forme d'exemple l'enquête de Maussade et ses différentes interventions. En laissant soin au lecteur parfois de combler quelques trous, de lui suggérer certaines scènes, de l'amener à participer lui aussi.

Un exercice de style réjouissant qui ne pourra laisser indifférent.

Paul FOURNEL : Avant le polar. 99 notes préparatoires à l'écriture d'un roman policier. Editions Dialogues. Parution 19 mai 2016. 78 pages. 15,00€.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 14:28

Ma sorcière bien-aimée...

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf.

La vie est dure pour une jeune sorcière, surtout lorsqu'elle débute comme Hamamélis et qu'elle vient de quitter sur un coup de tête sa mère et sa sœur.

Elle est diplômée en sorcellerie et compte bien exercer ses talents à la Lagune brune, un territoire composé d'îlots. Un aimable gondolier, naviguant gaiment, lui propose de l'emmener, qui plus est gratuitement. Seulement, au bout de dix jours, l'officine d'Hamamélis gentille sorcière, reste désespérément vide. Pas trace de client.

Seul le chat Pristi lui rend visite chaque jour, lui offrant un bouquet de fleurs. Et des fleurs elle en a plein les vases et par-dessus la tête. Le père Duchêne aussi vient lui dire un petit bonjour amical, et lui rapporte les rumeurs, les ragots de clients potentiels. Hamamélis possède trop d'atouts qui jouent contre elle. Elle est trop jeune, trop jolie, trop gentille, inexpérimentée, bref elle est comme de nombreux jeunes qui voudraient s'installer mais ne peuvent le faire pour des raisons fallacieuses. Passons.

La nuit porte conseil a déclaré le père Duchêne. Hamamélis décide de se vieillir, de changer de nom, et surtout de prouver à tous qu'elle n'est pas manchote, mais mulote, en s'adonnant à quelques tours de magie avec la complicité du chat Pristi. Elle s'installe dans son échoppe après avoir changé de raison commerciale : Witchazel, la plus grande sorcière.

Les badauds qui ont pu assister à ces quelques exploits commencent à affluer et une file indienne de quémandeurs de sorts s'aligne sur le chemin menant à son antre, fort agréablement aménagé et lumineux.

Parmi ces nouveaux clients, certains n'hésitent pas à lui formuler des sollicitations particulières. De plus elle apprend par le chat Pitau, le cousin de Pristi, que celui-ci est emprisonné dans le tronc des Soupirs, accusé d'avoir volé la baronne des Trois-crics. Ni une, ni deux elle rend immédiatement visite à son ami, est arraisonnée par des policiers dont je ne définirai pas le comportement, et le commissaire, un client, lui propose d'élucider cette affaire en contrepartie de la liberté de Pristi.

 

Frais, réjouissant, ce conte animalier dont le décor emprunte à Venise, un lieu cher à Darnaudet, joue sur les situations et vous l'avez déjà deviné, les jeux de mots et de maux.

On pourrait penser à Benjamin Rabier, à Maurice Cuvillier le créateur de Sylvain et Sylvette, à Cécile et Jean de Brunhoff créateur et illustrateur de Babar, mais sans les personnages humains qui évoluaient dans leurs histoires, pour cette aimable fable dans laquelle apparaissent Maître Hibou Deficelle, notaire, un serpent à sornettes, un canard déchainé, et autres sympathiques, ou prétendus tels, personnages comme la Pie Lélectrique.

Et Hamamélis devenue Witchazel, la gentille mulote qui veut aider ses concitoyens par la bonté grâce à ses sorts et ses potions, va résoudre pour le mieux cette intrigue bon enfant qui n'est pas uniquement destinée justement aux enfants. Les adultes vont se délecter à lire et regarder ses aventures tout comme ils aiment se replonger dans celles de Tintin, des Pieds Nickelés, de Lucky Luke. Grâce aux dessins d'Elric, on entre dans le charme de cette fameuse ligne claire de l'école belge, tout en y dérogeant car il possède son style déjà établi dans le précédent album réalisé avec François Darnaudet : Harpignies.

Les deux auteurs, François Darnaudet et Elric se complètent et nous livrent ce premier tome d'une nouvelle série à suivre, sans oublier la coloriste Laure Durandelle.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel et le sort du Wlouf. Witchazel 1. Editions Kramiek/Paquet. Parution 29 juin 2016. 48 pages. 10,00€.

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 12:27

Du grisbi à Neuilly...

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos.

Délaissant le mot Rififi, qu'il avait créé en 1942 à Nantes avec son pote Gégène de Montparnasse et devenu quelque peu galvaudé, Auguste Le Breton a préféré utiliser un vieux substantif argotique tombé en désuétude pour titrer son nouveau roman.

Une incursion joyeuse à prétexte policier chez les représentants de la Haute qui vont démontrer que l'aristocratie n'est pas uniquement constituée de snobinards, fils à papa, comme certains aimeraient à le faire croire. Que nenni !

Mais avant de continuer, peut vaut-il mieux vous présenter quelques-uns des personnages qui gravitent dans cet opus. Ils ont pour patronyme le comte de Mesroustons, le duc et la duchesse de Sifilo, le marquis et la marquise de Couillemol, le baron et la baronne de Chéquenbois, le vicomte et la vicomtesse de La Pinepercée, Mr Braquemard et le sire de Moudevot. Dernière petite précision : Roseline de Chéquenbois est à la tête d'une maison particulière dite close ouverte aux portefeuilles garnis et soumet une partie de son cheptel à se faire tondre les poils du Mont de Vénus afin d'accéder au désir de certains clients étrangers.

Touchez à un cheveu d'un des leurs et vous sentirez le vent de leurs soufflets. Car ce ne sont pas des ramollis du bulbe, des atrophiés du muscle. Ils savent se lancer sur le pied de guerre lorsque le besoin s'en fait sentir. Bon chic bon genre au dehors, les Aristos de Le Breton recèlent en eux des chromosomes actifs de leurs pères, de leurs ancêtres, de ceux qui se défendaient avant qu'on les attaque, de ceux qui ont participé aux diverses croisades, de ceux qui jouaient innocemment avec de l'huile bouillante, de ceux qui troussaient hardiment les servantes et les femmes de leurs copains et qui ripaillaient à pleines bouches sans penser à leur taux de cholestérol. Après eux le déluge.

Bien entendu, comme dans toutes les couches de la société, la jalousie, la perfidie, les entrainent à se rencontrer en duel, mais que l'une de leur descendante soit prise en otage par de vulgaires bourgeois issus de la grande bourgeoisie dégénérée, et le ban et l'arrière-ban rappliquent en quatrième vitesse.

Qui s'y frotte s'y pique et tant pis pour les négociants du cartel de Medellin, ils n'avaient pas à vouloir jouer à l'héroïne. Les Aristos se shootent au Dom Pérignon, pas à la poudre de Perlimpinpin.

Dans un style rabelaisien et san-antonionesque, Auguste Le Breton en mettant en scène des personnages à la Dubout, nous offre un roman drôle, paillard, humoristique, égrillard, font la trame pseudo policière fait place parfois à des digressions pseudo-psychologiques non exemptes de bon sens.

Par exemple ces quelques pages dans lesquelles Dieu se doit de résoudre un problème kafkaïen. Après la tornade blanche et nucléaire qui a détruit toute vie sur Terre, Dieu doit-il laisser la vie sauve au misérable poisson, seul et unique survivant, afin qu'il redémarre la longue lignée des bêtises humaines, ou doit-il le noyer et continuer à jouer à la pétanque avec Saint-Pierre en toute tranquillité ?

Les amoureux de l'argot vont se régaler à la lecture de cette histoire empruntant bon nombre de mots à la langue verte, une langue imagée, savoureuse et truculente. Les autres n'auront aucun mal à décrypter, le contexte se suffisant à lui-même pour traduire les mots qu'ils ne connaissent pas encore, les quelques noms et verbes pas encore popularisés ou entrés dans le langage familier.

 

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 298 pages.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 08:34

Hommage à Michel Lebrun décédé le 20 juin 1996.

Michel LEBRUN : Sex-voto.

En 1939, dans Esquisse d'une psychologie de cinéma, André Malraux concluait : Par ailleurs le cinéma est une industrie. Cela a-t-il vraiment changé ? Pour Michel Lebrun, en 1975, cette affirmation était toujours de mise.

Et pourtant, Simon Malaterre, producteur, est à la recherche d'une forme d'esthétisme dans le cinéma qu'il finance. De l'art et d'essai plutôt que de lard et d'essais. Il prône un cinéma moralisateur, vertueux, et a même l'intention de réaliser un film ambitieux sur sainte Thérèse de Lisieux. Seulement il n'a que les yeux pour pleurer car il lui manque une grande partie du financement.

Pourtant il a déjà prévu des grandes vedettes pour participer à ce film. Marlène Jobert et Charles Bronson dans les rôles principaux. Il ne leur pas demandé leur avis, mais il est persuadé qu'ils ne manqueront pas de signer à l'annonce d'un tel projet. Seulement il faut de l'argent, car la vedette coûte cher, n'est-ce pas Mère Denis ?

Des retombées sur des films précédents sont promises à condition de commencer un nouveau tournage avant les trois mois. Il y aurait bien une solution, demander aux collaborateurs, le metteur en scène et l'auteur, de différer leurs défraiements, mais ils sont égoïstes. Ils refusent. Et Simon Malaterre est vraiment en colère, lui qui peut se vanter d'avoir obtenu un Oscar, le Grand Prix de l'Office Catholique du Cinéma, et quelques autres trophées prestigieux. Et il ne peut s'empêcher de vitupérer contre les pratiques administratives.

 

Je vais donner un coup de semonce à tous ces fossoyeurs. Je vais pondre un article soigné que je ferai passer dans le Cinémato. Nous allons reprendre la liste de tous ces films merdiques qui ont obtenu des avances sur scenario et des primes à la qualité, ça fait toujours rire. Puis je vais parler de mon projet, et leur mettre le nez dans leur caca. L'Etat subventionne des films contestataires, scatologiques, voire pornographiques comme La grande bouffe et autres saloperies, et quand un producteur entre mille ose préparer une vie de Sainte-Thérèse, on lui rit au nez !

Un repas d'affaires en compagnie d'un autre producteur spécialisé dans des films Q, devenus X, tourne au vinaigre. L'homme veut bien lui prêter de l'argent mais à condition que Malaterre se tourne vers des films moins cultes et plus cul. Malaterre refuse et s'obstine, ce qui fait que les ponts sont coupés entre les deux hommes, et les fonds aussi.

Si Malaterre manque d'argent, il n'est pas dénué de ressources et d'idées. D'abord confier le nouveau scénario à un ami, qui grenouille dans les Lettres, même s'il n'a jamais écrit pour le cinéma, et comme il lui a sauvé la vie, quelques décennies auparavant, de le pistonner auprès de la commission qui attribue les aides à la création. Après tout cet ami est membre de cette commission, alors un petit coup de pouce de sa part, ce serait un juste retour des choses.

Seulement, outre ses problèmes financiers, Malaterre connait quelques désagréments à cause de l'attitude de sa fille. Et acculé, il acceptera, à contrecœur de tourner un film, dérivé de Sainte Thérèse et le monde interlope, dans lequel les scènes de sexe seront simulées. Les attributs masculins n'apparaitront pas à l'écran. Bref un film avec une introduction, un développement et une conclusion. Seulement, les scènes dites osées, explicites, seront réservées pour la revente du film à l'étranger, afin de satisfaire à des exigences provenant de pays qui ne rechignent pas à admirer la beauté de jeunes hommes et filles batifolant ensemble.

 

C'est bien l'hypocrisie cinématographique que Michel Lebrun dénonce ici avec humour, ironie et causticité dans une trame policière. Il suffit qu'un film soit catalogué comme un véritable chef d'œuvre pour qu'il soit encensé et que le réalisateur peut tout se permettre. Les Galettes de Pont-Aven, Les Valseuses et plus tard 37.2 le matin ou encore L'amant bénéficient d'une aimable tolérance, tandis que les films catalogués X sont relégués dans des salles dont la réputation en pâtit.

Michel Lebrun connaissait bien le monde du cinéma et de la télévision, ayant œuvré comme scénariste ou dialoguiste pour des films impérissables tels que Estouffade à la Caraïbe, Ces dames s'en mêlent, La dernière bourrée à Paris, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !, La tête du client... et pour la télévision quelques épisodes de la Série Les cinq dernières minutes ainsi que pour Le sang des Atrides.

Alors ce microcosme du cinéma, Michel Lebrun le écrit avec réalisme et humour féroce, car le dieu Argent règne en maître et que sans lui, opérateurs du son, éclairagistes, cameramen, metteurs en scène et acteurs ne pourraient vivre. Seulement pour réaliser un film, il faut accepter quelques compromissions.

 

Mon problème est un problème d'éthique. Durant toute ma carrière, j'ai réussi, seul sur la place de Paris à garder mon nez propre. Je n'ai jamais un film pour gagner de l'argent facilement en flattant les goûts du public, et cette politique s'est avérée payante sur la longueur. Je me sens avili, crasseux, d'entrer dans le système, dans l'épicerie.

Michel LEBRUN : Sex-voto. Editions Presses de la Cité. Parution 1er trimestre 1975. 254 pages.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 12:50

Georges Brassens était vraiment un anticonformiste. Pour preuve...

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens.

Venir de la Haute Saône afin de se recueillir sur la tombe de Georges Brassens au cimetière du Py à Sète, et se retrouver devant une sépulture vide, telle est la mésaventure qui arrive à Marguerite Huon, qui n'est pas huée mais en tombe de saisissement.

Elle alerte immédiatement le gardien qui flânait dans le quartier, et aussitôt le premier adjoint au maire, le directeur du complexe funéraire, le commissaire de police se retrouvent tous devant ce sépulcre où ne résonne pas la voix de Georges Brassens chantant Elégie pour un rat de cave. Les caves, ce sont eux, et il faut faire quelque chose. Mais quoi ?

Le monde politique, le monde médiatique, le monde tout court en reste pantois. Il est vrai que les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux. Et Georges Brassens qui sort de sa tombe est un fait peu commun. D'accord il a été aidé, il faut maintenant découvrir par qui et pourquoi.

Pour calmer l'opinion, Sophie Lavigne, policière de trente trois ans et fille de policier, est chargée de mener l'enquête, associée à Arnaud Rivière de la Botté, quinquagénaire oisif fin connaisseur de l'œuvre de Georges Brassens. Une homme, une femme, qui au premier abord ne sont guère fait pour s'entendre, mais il leur faut mettre de l'eau dans leur vin, et peu à peu les relations tendues vont se distendre et même va naître entre Sophie et Arnaud une forme de complicité.

Ce qui pourrait être un canular ne fait pas rire tout le monde. D'autres, des petits malins sans aucun doute, à moins que ce soit les mêmes qui désireraient monter une collection, tentent de subtiliser le cercueil de Gilbert Bécaud. D'autres chanteurs célèbres, à textes bien évidemment, vont-ils attiser la cupidité de ces énergumènes ?

 

Dans un contexte policier, il s'agit pour Jean-Paul Sermonte de rendre un hommage à un poète qui défiait dans ses chansons la Camarde. Une quasi vénération de la part d'un érudit fondateur de la revue Les Amis de Georges, lui-même auteur-compositeur et interprète.

Hommage appuyé mais avec une certaine dérision, et l'on croit voir l'ami Georges Brassens, toujours aussi pétulant, les yeux pétillant de malice, rire dans sa moustache, un sourire moqueur au coin des lèvres, et chantonner Les croque-morts améliorés.

Qui va permettre aux braves gens
De distinguer les funéraires,
Les anciens croque-morts ordinaires,
Des galopins un peu folâtres
Qui se mettent en deuil exprès
Les croque-morts améliorés !

Si le croque-mort s'en va sifflant
Les joyeux couplets à  vingt francs,
C'est un honnête fonctionnaire,
C'est un croque-mort ordinaire.
Mais s'il écoute en idolâtre
Les disques des be-bop cassés,
C'est un croque-mort amélioré !

 

Le lecteur, même jeune, qui ne connait que de nom Georges Brassens et seulement deux ou trois chansons, lestes et paillardes comme Gare au gorille ou Quand Margot dégrafait son corsage, sourira à ce texte empreint de bonhommie, qui nous change des déférences laudatrices et compassées.

Sans vouloir l'affirmer, il me semble qu'il s'agit ici d'une réédition de Brassens ou la tombe buissonnière, publié en 2006 aux éditions Didier Carpentier.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens. Editions du Moment. Parution 4 mai 2016. 182 pages. 14,95€.

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 08:26

Du vent dans les pales...

Max OBIONE : Barouf.

Après avoir été localier pour un journal de Fécamp, avoir suivi des études de journalisme à Lille puis sévi dans des rédactions parisiennes et en avoir eu marre, Bob Mougin a créé au Havre son propre journal en ligne. Le EWE, Excelsoir Web Edition. Trois mille huit cent cinquante huit abonnés au compteur, à 2,50€ par mois, disséminés dans toute la France et même ailleurs, c'est un joli score qui permet à Bob de vivre presque raisonnablement et d'embaucher Fati, sa secrétaire stagiaire en CDD. C'est ce que l'on appelle un auto entrepreneur qui ne roule pas en voiture mais en Motocyclette bleue, 350cm3, ce qui est gonflé.

Bob s'est fait un copain de Gaston, un goéland rapide, et se nettoie les dents au troquet en bas de chez lui à base de café Robusta qui lui remette les neurones en place le lendemain de soirées un peu trop arrosées. Normal me direz-vous qu'au Havre les soirées et mêmes les journées soient arrosées. La pluie en Normandie, c'est la marque de fabrique. Mais ce n'est pas de l'ondée bienfaisante à laquelle je pensais, vous non plus d'ailleurs.

Il reçoit des lettre anonymes bien sûr, la plupart du temps injurieuses comme il se doit, des mails et autres bricoles susceptibles de lui fournir des indications précieuses pour des enquêtes de proximité de préférence. En lisant Le Libre, traduction Le Havre Libre, car il ne dédaigne pas pour autant s'informer quotidiennement sur support papier, Bob s'intéresse à un entrefilet.

En parlant de goéland, un plaisantin de mauvais goût a déposé un volatile la tête tranchée sur le parvis de la mairie. Une étiquette était attachée à l'une de ses pattes portant l'acronyme LPH. Une info à mettre au frais de même que ce laridé désargenté. Mais une autre mission attend Bob Mougin dans le pays de Caux, et plus exactement dans la vallée de l'Egoine.

Enfourchant hardiment sa fidèle Rosalinde, sa motocyclette reçue en héritage, Bob se rend donc à Drancourt où des mécontents ont bloqué la route en forme de protestation contre le projet d'implantation d'un parc d'éoliennes. Il se restaure et prend une chambre chez Arlette, tenancière d'un troquet épicerie, spécialiste des abats, puis rencontre le maire, et surtout un sculpteur-soudeur, Denglais, membre d'une association de défense contre l'invasion de ces structures enlaidissant le magnifique paysage normand. Le préfet a délivré un permis de construire, mais l'on sait tous que les préfets sont des valets de l'Etat.

Denglais en sculpteur émérite cisèle sa diatribe et ses propos de façon professorale, circonstanciée, claire, précise, passionnée, et Bob Mougin enregistre ces déclarations pour l'édification du petit peuple et surtout ceux qui une fois de plus vont se faire gruger par ricochets c'est à dire les contribuables. Et l'enquête conduite par Bob semble contrecarrer les plans d'individus mal intentionnés puisqu'il manque être écrasé par un tracteur urbain genre 4X4.

 

Avec un ton sérieusement humoristique ou humoristiquement sérieux, Max Obione nous place devant un cas de conscience : l'éolienne est-elle nécessaire pour l'avenir de l'homme ? Est-elle sans danger pour l'environnement, pour la santé, pour le confort et le bien-être de ceux qui vivent à proximité ? Est-elle rentable ? Autant de questions cruciales que devraient se poser les édiles avant de refuser ou d'accepter, souvent sous la contrainte ou par appât du gain, l'implantation de ces sculptures mobiles et modernes.

Un sujet plus grave qu'il y paraît, un fait de société narré avec une certaine malice et quelques clins d'œil envers des personnages de la mythologie blogueuse et des tenants de la chronique littéraire. Je ne m'étendrai pas plus sur ce sujet, je vous laisse apprécier, d'autres sujets et personnages étant nettement plus importants.

En effet, il me semble, et l'auteur me contredira si je me trompe, que le choix du nom de journaliste un peu Tintin dans ses démarches, Bob Mougin, n'a pas été choisi au hasard. De 1948 à 1962 un certain Robert Grandmougin plus connu sous le nom de Jean Grandmougin officiait comme journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef à Radio Luxembourg devenue RTL. Ses propos en faveur de l'Algérie Française et ses relations n'ayant eu guère l'honneur de plaire au gouvernement de l'époque, il a été prié de démissionner. Moralité, quelque soit le gouvernement et son bord politique, gauche ou droite, si l'on ne plait pas on débarque et on dégage.

Quant à Bob Mougin, il a décidé de ne plus employer à tort et à travers son juron favori, qui se réfère à la prostitution, et de le remplacer par des noms de femmes historiques connues pour leur propension à coucher avec des personnages hauts placés et de préférence rois et nobles de cour en échange de faveurs. Ainsi profère-t-il à satiété Récamier, Pompadour et autres délicieuses personnes sans toutefois tomber dans la facilité d'user de patronymes actuels.

Max OBIONE : Barouf. Editions In8/Court Circuit. Parution le 2 mai 2016. 188 pages. 12,00€.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 14:13

Bon anniversaire à Jean Mazarin né le 27 mars 1934.

Jean MAZARIN : Sus aux pointus.

Sus aux pointus est le dixième roman consacré à la saga de Frankie Pat Puntacavallo, le détective niçois surnommé le Privé au soleil, sur les douze titres qui constitueront cette série.

L'on retrouve avec plaisir les habituels protagonistes : Muriel Kerdah, sa secrétaire depuis peu, René-Charles (clin de l'auteur au véritable prénom de l'auteur) agent immobilier, Ange Culculnacci, commissaire de police de son état, Gisou, le repos du docker et d'autres, ainsi que la famille Puntacavallo composée de Marylin, la sœur chanteuse dans une boîte de nuit, et les parents, le père, un peu de l'autre côté de la barrière et la mère expansive, protectrice, la Mamma par excellence.

En réalité, lorsque l'on plonge dans un livre ayant Frankie Pat comme héros, l'histoire, la trame, l'énigme deviennent secondaires, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, loin de moi ce propos. Les avatars subis par ce détective naïf, que ce soit dans sa vie familiale ou professionnelle, valent en eux-mêmes que l'on ouvre le volume.

Têtes de chapitres, dont le style rappelle curieusement celles employées par Charles Dickens dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club, renvois, notes, notules, tout concourt pour nous livre un roman extrêmement jubilatoire.

Et je ne parlerai pas du délire verbal employé par Jean Mazarin dans ce qu'il appelle ses romans de détente. Romans qu'il s'amuse à écrire et que le lecteur s'amuse à découvrir dans ces aventures puntacavalliennes.

 

Dans ce volume se dégagent un petit air de réalisme, de nostalgie, de mélancolie. De nombreux faits troublent Frankie Pat, le narrateur-héros. Le décès de son père, la diatribe relativement douce-amère de Muriel Kerdah concernant ses possibilités inductives et déductives ainsi que sa renommée.

Alors virage ? Changement de cap ? Frankie Pat ne sera-t-il plus dans ses prochaines aventures le sympathique naïf ayant Humphrey Bogart comme idole et image de marque ? Espérons que si et qu'il vivra de nombreuses aventures qui lui laisseront certes un arrière goût d'amertume comme à l'habitude mais réjouiront le lecteur. C'est ce que j'écrivais dans une chronique datée de 1985.

Mais ce n'était qu'un vœu pieux puisque, au bout de douze aventures, Frankie Pat tirera sa révérence.

 

Titres composant la série Frankie Pat Puntacavallo, tous dans la collection Spécial Police :

 

1642 : Un privé au soleil

1665 : Ormuz, c'est fini

1678 : Adieu les vignes

1754 : Monaco morne plaine

1772 : Basta C.I.A.

1824 : Catch à Cannes

1838 : Un doigt de culture

1881 : Touchez pas la famille

1913 : Camora mia

1982 : Sus aux pointus

2013 : Nocturne le jeudi

2069: Canal Septante.

 

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