Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

Repost 0
24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 12:50

Georges Brassens était vraiment un anticonformiste. Pour preuve...

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens.

Venir de la Haute Saône afin de se recueillir sur la tombe de Georges Brassens au cimetière du Py à Sète, et se retrouver devant une sépulture vide, telle est la mésaventure qui arrive à Marguerite Huon, qui n'est pas huée mais en tombe de saisissement.

Elle alerte immédiatement le gardien qui flânait dans le quartier, et aussitôt le premier adjoint au maire, le directeur du complexe funéraire, le commissaire de police se retrouvent tous devant ce sépulcre où ne résonne pas la voix de Georges Brassens chantant Elégie pour un rat de cave. Les caves, ce sont eux, et il faut faire quelque chose. Mais quoi ?

Le monde politique, le monde médiatique, le monde tout court en reste pantois. Il est vrai que les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux. Et Georges Brassens qui sort de sa tombe est un fait peu commun. D'accord il a été aidé, il faut maintenant découvrir par qui et pourquoi.

Pour calmer l'opinion, Sophie Lavigne, policière de trente trois ans et fille de policier, est chargée de mener l'enquête, associée à Arnaud Rivière de la Botté, quinquagénaire oisif fin connaisseur de l'œuvre de Georges Brassens. Une homme, une femme, qui au premier abord ne sont guère fait pour s'entendre, mais il leur faut mettre de l'eau dans leur vin, et peu à peu les relations tendues vont se distendre et même va naître entre Sophie et Arnaud une forme de complicité.

Ce qui pourrait être un canular ne fait pas rire tout le monde. D'autres, des petits malins sans aucun doute, à moins que ce soit les mêmes qui désireraient monter une collection, tentent de subtiliser le cercueil de Gilbert Bécaud. D'autres chanteurs célèbres, à textes bien évidemment, vont-ils attiser la cupidité de ces énergumènes ?

 

Dans un contexte policier, il s'agit pour Jean-Paul Sermonte de rendre un hommage à un poète qui défiait dans ses chansons la Camarde. Une quasi vénération de la part d'un érudit fondateur de la revue Les Amis de Georges, lui-même auteur-compositeur et interprète.

Hommage appuyé mais avec une certaine dérision, et l'on croit voir l'ami Georges Brassens, toujours aussi pétulant, les yeux pétillant de malice, rire dans sa moustache, un sourire moqueur au coin des lèvres, et chantonner Les croque-morts améliorés.

Qui va permettre aux braves gens
De distinguer les funéraires,
Les anciens croque-morts ordinaires,
Des galopins un peu folâtres
Qui se mettent en deuil exprès
Les croque-morts améliorés !

Si le croque-mort s'en va sifflant
Les joyeux couplets à  vingt francs,
C'est un honnête fonctionnaire,
C'est un croque-mort ordinaire.
Mais s'il écoute en idolâtre
Les disques des be-bop cassés,
C'est un croque-mort amélioré !

 

Le lecteur, même jeune, qui ne connait que de nom Georges Brassens et seulement deux ou trois chansons, lestes et paillardes comme Gare au gorille ou Quand Margot dégrafait son corsage, sourira à ce texte empreint de bonhommie, qui nous change des déférences laudatrices et compassées.

Sans vouloir l'affirmer, il me semble qu'il s'agit ici d'une réédition de Brassens ou la tombe buissonnière, publié en 2006 aux éditions Didier Carpentier.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Première parution supposée aux éditions Didier Carpentier. Parution 4 mai 2006. 110 pages.

Jean-Paul SERMONTE : La tombe buissonnière de Georges Brassens. Editions du Moment. Parution 4 mai 2016. 182 pages. 14,95€.

Repost 0
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 08:26

Du vent dans les pales...

Max OBIONE : Barouf.

Après avoir été localier pour un journal de Fécamp, avoir suivi des études de journalisme à Lille puis sévi dans des rédactions parisiennes et en avoir eu marre, Bob Mougin a créé au Havre son propre journal en ligne. Le EWE, Excelsoir Web Edition. Trois mille huit cent cinquante huit abonnés au compteur, à 2,50€ par mois, disséminés dans toute la France et même ailleurs, c'est un joli score qui permet à Bob de vivre presque raisonnablement et d'embaucher Fati, sa secrétaire stagiaire en CDD. C'est ce que l'on appelle un auto entrepreneur qui ne roule pas en voiture mais en Motocyclette bleue, 350cm3, ce qui est gonflé.

Bob s'est fait un copain de Gaston, un goéland rapide, et se nettoie les dents au troquet en bas de chez lui à base de café Robusta qui lui remette les neurones en place le lendemain de soirées un peu trop arrosées. Normal me direz-vous qu'au Havre les soirées et mêmes les journées soient arrosées. La pluie en Normandie, c'est la marque de fabrique. Mais ce n'est pas de l'ondée bienfaisante à laquelle je pensais, vous non plus d'ailleurs.

Il reçoit des lettre anonymes bien sûr, la plupart du temps injurieuses comme il se doit, des mails et autres bricoles susceptibles de lui fournir des indications précieuses pour des enquêtes de proximité de préférence. En lisant Le Libre, traduction Le Havre Libre, car il ne dédaigne pas pour autant s'informer quotidiennement sur support papier, Bob s'intéresse à un entrefilet.

En parlant de goéland, un plaisantin de mauvais goût a déposé un volatile la tête tranchée sur le parvis de la mairie. Une étiquette était attachée à l'une de ses pattes portant l'acronyme LPH. Une info à mettre au frais de même que ce laridé désargenté. Mais une autre mission attend Bob Mougin dans le pays de Caux, et plus exactement dans la vallée de l'Egoine.

Enfourchant hardiment sa fidèle Rosalinde, sa motocyclette reçue en héritage, Bob se rend donc à Drancourt où des mécontents ont bloqué la route en forme de protestation contre le projet d'implantation d'un parc d'éoliennes. Il se restaure et prend une chambre chez Arlette, tenancière d'un troquet épicerie, spécialiste des abats, puis rencontre le maire, et surtout un sculpteur-soudeur, Denglais, membre d'une association de défense contre l'invasion de ces structures enlaidissant le magnifique paysage normand. Le préfet a délivré un permis de construire, mais l'on sait tous que les préfets sont des valets de l'Etat.

Denglais en sculpteur émérite cisèle sa diatribe et ses propos de façon professorale, circonstanciée, claire, précise, passionnée, et Bob Mougin enregistre ces déclarations pour l'édification du petit peuple et surtout ceux qui une fois de plus vont se faire gruger par ricochets c'est à dire les contribuables. Et l'enquête conduite par Bob semble contrecarrer les plans d'individus mal intentionnés puisqu'il manque être écrasé par un tracteur urbain genre 4X4.

 

Avec un ton sérieusement humoristique ou humoristiquement sérieux, Max Obione nous place devant un cas de conscience : l'éolienne est-elle nécessaire pour l'avenir de l'homme ? Est-elle sans danger pour l'environnement, pour la santé, pour le confort et le bien-être de ceux qui vivent à proximité ? Est-elle rentable ? Autant de questions cruciales que devraient se poser les édiles avant de refuser ou d'accepter, souvent sous la contrainte ou par appât du gain, l'implantation de ces sculptures mobiles et modernes.

Un sujet plus grave qu'il y paraît, un fait de société narré avec une certaine malice et quelques clins d'œil envers des personnages de la mythologie blogueuse et des tenants de la chronique littéraire. Je ne m'étendrai pas plus sur ce sujet, je vous laisse apprécier, d'autres sujets et personnages étant nettement plus importants.

En effet, il me semble, et l'auteur me contredira si je me trompe, que le choix du nom de journaliste un peu Tintin dans ses démarches, Bob Mougin, n'a pas été choisi au hasard. De 1948 à 1962 un certain Robert Grandmougin plus connu sous le nom de Jean Grandmougin officiait comme journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef à Radio Luxembourg devenue RTL. Ses propos en faveur de l'Algérie Française et ses relations n'ayant eu guère l'honneur de plaire au gouvernement de l'époque, il a été prié de démissionner. Moralité, quelque soit le gouvernement et son bord politique, gauche ou droite, si l'on ne plait pas on débarque et on dégage.

Quant à Bob Mougin, il a décidé de ne plus employer à tort et à travers son juron favori, qui se réfère à la prostitution, et de le remplacer par des noms de femmes historiques connues pour leur propension à coucher avec des personnages hauts placés et de préférence rois et nobles de cour en échange de faveurs. Ainsi profère-t-il à satiété Récamier, Pompadour et autres délicieuses personnes sans toutefois tomber dans la facilité d'user de patronymes actuels.

Max OBIONE : Barouf. Editions In8/Court Circuit. Parution le 2 mai 2016. 188 pages. 12,00€.

Repost 0
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

Repost 0
27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 14:13

Bon anniversaire à Jean Mazarin né le 27 mars 1934.

Jean MAZARIN : Sus aux pointus.

Sus aux pointus est le dixième roman consacré à la saga de Frankie Pat Puntacavallo, le détective niçois surnommé le Privé au soleil, sur les douze titres qui constitueront cette série.

L'on retrouve avec plaisir les habituels protagonistes : Muriel Kerdah, sa secrétaire depuis peu, René-Charles (clin de l'auteur au véritable prénom de l'auteur) agent immobilier, Ange Culculnacci, commissaire de police de son état, Gisou, le repos du docker et d'autres, ainsi que la famille Puntacavallo composée de Marylin, la sœur chanteuse dans une boîte de nuit, et les parents, le père, un peu de l'autre côté de la barrière et la mère expansive, protectrice, la Mamma par excellence.

En réalité, lorsque l'on plonge dans un livre ayant Frankie Pat comme héros, l'histoire, la trame, l'énigme deviennent secondaires, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, loin de moi ce propos. Les avatars subis par ce détective naïf, que ce soit dans sa vie familiale ou professionnelle, valent en eux-mêmes que l'on ouvre le volume.

Têtes de chapitres, dont le style rappelle curieusement celles employées par Charles Dickens dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club, renvois, notes, notules, tout concourt pour nous livre un roman extrêmement jubilatoire.

Et je ne parlerai pas du délire verbal employé par Jean Mazarin dans ce qu'il appelle ses romans de détente. Romans qu'il s'amuse à écrire et que le lecteur s'amuse à découvrir dans ces aventures puntacavalliennes.

 

Dans ce volume se dégagent un petit air de réalisme, de nostalgie, de mélancolie. De nombreux faits troublent Frankie Pat, le narrateur-héros. Le décès de son père, la diatribe relativement douce-amère de Muriel Kerdah concernant ses possibilités inductives et déductives ainsi que sa renommée.

Alors virage ? Changement de cap ? Frankie Pat ne sera-t-il plus dans ses prochaines aventures le sympathique naïf ayant Humphrey Bogart comme idole et image de marque ? Espérons que si et qu'il vivra de nombreuses aventures qui lui laisseront certes un arrière goût d'amertume comme à l'habitude mais réjouiront le lecteur. C'est ce que j'écrivais dans une chronique datée de 1985.

Mais ce n'était qu'un vœu pieux puisque, au bout de douze aventures, Frankie Pat tirera sa révérence.

 

Titres composant la série Frankie Pat Puntacavallo, tous dans la collection Spécial Police :

 

1642 : Un privé au soleil

1665 : Ormuz, c'est fini

1678 : Adieu les vignes

1754 : Monaco morne plaine

1772 : Basta C.I.A.

1824 : Catch à Cannes

1838 : Un doigt de culture

1881 : Touchez pas la famille

1913 : Camora mia

1982 : Sus aux pointus

2013 : Nocturne le jeudi

2069: Canal Septante.

 

Repost 0
23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 16:43

Bon anniversaire à Philippe Bouin, né le 23 mars 1949.

Philippe BOUIN : L'homme du paradis.

Internet offre des possibilités inouïes en matière d'information sur la vie privée jusque dans le moindre petit village.

Ainsi Saint-Vincent-des-Vignes, paisible petite commune nichée dans le Beaujolais à quelques dizaines de kilomètres de Lyon, n'échappe pas à ce nouveau système de cafardage malsain. Village en folies, journal électronique sans concession, publie chaque jour les travers des habitants, lesquels ont été prévenus de ce nouveau mode de communication local. On n'arrête pas le progrès !

Prévenu, Archibald Sirauton, au nom prédestiné puisqu'il s'est reconverti comme vigneron, premier édile de la petite cité et ancien magistrat, ne peut laisser faire cet anonymographe perturbateur.

Mais bientôt Archibald va être confronté à une autre enquête, qui le touche de près, puisque Xa, sa chère et tendre Xa, comédienne de profession et amante à temps complet, lorsque sa vocation d'artiste lui en laisse le temps, est accusée de meurtre. Le crime s'est déroulé lors de la répétition d'une pièce de Molière, dans un théâtre lyonnais. Le metteur en scène est assassiné, et comme si cela ne suffisait pas, son remplaçant également.

 

Archibald, heureusement pour lui, ne se prélasse pas dans les Vignes du Seigneur, et cette double affaire va requérir toutes ses facultés d'enquêteur amateur.

Saint-Vincent-des-Vignes est un petit village comme tous les autres, un peu Clochemerle, avec ses habitants qui boivent ensemble des canons, mais qui ne manquent pas de se dénigrer, avec ses bigotes et ses anticléricaux, ses boute-en-train, ses grognons, ses malotrus et ceux qui sont toujours prêts à aider leur prochain.

Parmi ce petit monde, qu'observe d'un œil perplexe le chien de Sirauton, il est à noter qu'entre le curé, le père Goma originaire d'un pays d'Afrique et donc regardé parfois avec suspicion par ses paroissiens, et Archibald règne une entente plus que cordiale, amicale même. Nous sommes loin de l'animosité qui oppose Don Camillo et Peppone, au contraire. Et s'ils ne sont pas cul et chemise, ils se comprennent à demi-mot et se complètent dans leurs démarches.

 

Philippe Bouin, avec ce nouvel opus nous propose une tranche de vie villageoise mais également un aperçu des coulisses théâtrales qui ne manque pas de piquant. Une double enquête, rurale et urbaine, que mènera à bien notre vigneron dont la vêture intrigue ses concitoyens, mais comme l'on dit, ce n'est pas l'habit qui fait le moine.

Placé résolument sous le signe de l'humour, L'homme du Paradis nous plonge dans une atmosphère bon enfant, un peu comme aimait les décrire Charles Exbrayat dans ses romans de terroir situés la plupart du temps dans le Lyonnais. Et comme pour Charles Exbrayat je placerai Philippe Bouin du côté des Epicuriens et non loin de Rabelais qui disait : Pour ce que rire est le propre de l'homme...

 

Je vous propose de découvrir l'excellente chronique d'Yv sur son blog :

A lire de Philippe Bouin dans la même collection et avec les mêmes personnages :

Philippe BOUIN : L'homme du paradis. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 11 juin 2015. 320 pages. 20,00€.

Repost 0
22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 10:56

Méfiez-vous des contrefaçons !

Jan THIRION : Sex toy.

Derrière un roman policier, ou tout autre genre de la littérature dite populaire, se cache un écrivain qui regarde le monde tel qu’il est et l’intègre dans ses intrigues sans vraiment le déformer, juste en apportant sa sensibilité et ses phantasmes. Comme le fabuliste animalier mettait en scène ses contemporains, dénonçant leurs travers avec humour, et clôturait sa démonstration par une morale élégante, Jan Thirion avec Sextoy made in China, titre évocateur qui devrait se passer de commentaires, nous propose de nous plonger dans un épisode qui bizarrement colle à l’actualité.

Alors que Hu Jintao, le président de la République Populaire de Chine, est en visite officielle en France, les rues et les places de la capitale ont été décorées en son honneur. Ce n’est pas toujours de très bon goût, mais les Parisiens, et les Français en général, sont volontiers farceurs et frondeurs. Fayrouz Jasmin, journaliste d’investigation à Trustinfo, site d’informations sur le web, est réveillée brutalement, au sortir d’une nuit amoureuse, par son patron qui lui demande d’aller illico presto rue de la Butte aux Cailles, un attentat supposé venant de se produire. Les autres médias n’en ont pas encore parlé, et Lucas, son patron, est tout guilleret à l’idée de les griller.

Enfourchant son vieux scooter, Fayrouz se rend sur place et retrouve le commissaire Naseau, lequel manque parfois de nez, car il n’a pas flairé des indices laissés sur place par une des victimes. L’une d’elles n’est autre que Marie, la fille adoptive pour les uns, naturelle pour les autres, du ministre Ledamier, et qui joue aux dames. Marie était en compagnie d’une partenaire et l’objet du délit est un olibos en matière synthétique, fluo et vibrant. Fayrous se renseigne auprès d’un commerçant qui lui remet des clés qu’aurait perdues la jeune fille, clés qui justement mettent en marche une petite moto et permettent de découvrir à l’intérieur de la malle arrière un prospectus émanant d’une boutique vendant des articles de compensation à la libido des femmes en manque de satisfaction charnelle. Ni une, ni deux, Fayrous emprunte l’engin à deux roues et afin de ne pas éveiller la suspicion du marchand de succédanés sexuels achète un article du même acabit. Mais elle se fait enlever par quatre trublions masqués qui s’interpellent à l’aide de noms d’animaux.

Les rues que doit emprunter le cortège présidentiel sont très animées, surveillées par moult policiers, et l’ambiance se révèle plutôt électrique. C’est dans ce gentil foutoir qu’évoluent la belle Fayrouz et quelques protagonistes aux agissements pour le moins surprenant. Notamment le brave commissaire Naseau, qui semblait bien esquinté physiquement lorsque Fazyrouz l’a abordé rue de la Butte aux Cailles, ou encore Coralie, une autre journaliste de Trustinfo qui ne manque pas de battant, un inspecteur de l’IGS, une vieille dame qui joue à la Guerre des Etoiles avec les dildos que vend son fils, et les fameux agresseurs qui fomentent quelque chose de pas très net.

 

Jan Thirion nous entraîne dans une intrigue complètement débridée, et qui aurait pu se dérouler lors du séjour de Hu Jintao. Mais ça vous ne le saurez jamais. La réaction de quelques parisiens adeptes du lancer d’objets manufacturés en Asie, elle, ne s’est pas produite, mais je suis persuadé que bon nombre de personnes y ont pensé sans mettre leur idée en pratique.

Première édition : Sextoy made in China.Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. Parution septembre 2010.

Première édition : Sextoy made in China.Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. Parution septembre 2010.

Jan THIRION : Sextoy. Réédition Collection Noire Sœur. Editions SKA. 2,99€.

Repost 0
7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 11:14

Je vous ai apporté des bonbons...

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême.

Le commissaire San-Antonio n'en revient pas. Son collègue aux Services Spéciaux est un traître. Et le Vieux, qui parfois cultive les idées spéciales, signifie à San-Antonio que le meilleur moyen de se débarrasser d'un mouton noir, d'une brebis galeuse, d'un ovin non ovni, est justement de s'en débarrasser. Et le seul qui serait apte à le faire n'est autre que notre commissaire.

Le tout en douceur, sans que les autres, les commanditaires de Wolf, ce loup dans la bergerie, se doute de quoique que ce soit. Le Vieux est persuasif : Il a une façon de présenter les choses qui rendrait baba un ministres des Affaires Etrangères.

Pour accomplir sa mission à bien, San-A rencontre Nez-Creux, un ancien jockey reconvertit dans la brocante et le transport de revues dites porno en Belgique. Il lui achète une arme à feu et lui conseille de se rendre de l'autre côté de la frontière. Ce n'est qu'une mise en scène afin de pouvoir faire arraisonner Nez-Creux à la Gare du Nord et assurer ses arrières.

Puis San-A avance ses pions téléphonant au Vieux afin de lui envoyer un homme pour l'aider dans une démarche. Comme convenu c'est Wolf qui est désigné et en l'attendant il s'enfile au bar, d'où il a passé son coup de fil, sept petits verres, pas moins. San-A fait croire à Wolf qu'ils vont appréhender Nez-Creux et l'emmène dans un hangar, un véritable guet-apens. Il tire sur Wolf, le blesse mortellement. Son ancien coéquipier a le temps, avant d'expirer, de souffler : demain, on va tuer... Orsay...

Un boulot d'effectué, un autre se profile. Et celui-là s'avère nettement plus compliqué et mettant en cause des personnalités politiques étrangères. Car une réunion au sommet entre les quatre grands et leurs représentants doit avoir lieu au Quai d'Orsay. Et une statue, le buste de Montesquieu, pourrait en être le déclencheur. Il ne reste plus à San-A qui n'a pas peur de se fourvoyer dans les pires situations et ne ménageant pas les coups durs, de se lancer dans la bagarre, avec l'aval du Vieux évidemment. Il n'a que vingt-quatre heures pour élucider cette enquête.

 

Ce roman est le cinquième San-Antonio paru dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir et l'on sent toujours de la retenue dans l'écriture de la part de Frédéric Dard. De l'humour certes, de l'ironie, des scènes amusantes, un peu d'argot bon enfant, mais pas ce qui deviendra par la suite une succession de situations cocasses, de jeux de mots, de clins d'œil et de notes en bas de page qui seront une forme de complicité, de connivence certaine avec le lecteur. Le tandem Bérurier Pinaud n'est pas encore présent.

Entre roman policier et contre-espionnage, ce roman s'inscrit dans une veine classique avec toutefois ce petit quelques chose qui promet de grandes envolées lyriques et parfois pessimistes. Les métaphores amusantes sont nombreuses donnant un ton particulier qui sera exploité jusqu'à plus soif.

Le commissaire San-Antonio est un homme comme les autres, ceux des années cinquante. Il ne rechigne pas devant un verre de Beaujolais, quelques fines, même dans la matinée, des verres de vin blanc, et autres liquides susceptibles de caler son estomac et huiler l'engrenage de ses neurones.

Déjà il est intéressé par des rapports féminin-masculin, mais la description de ces relations et liaisons, à même une table, ne tombe pas dans la description évocatrice de ses aventures postérieures.

Toutefois on découvre un San-Antonio méconnu, un homme qui doit faire front et n'a pas de veine. Sans être jugulaire jugulaire, il doit se défendre bec et ongle envers un adversaire coriace. Et le meilleur moyen pour lui faire lâcher prise est de le mordre au cou tel un vampire.

 

Curiosité : A noter que la version numérique est plus chère que la réédition. On n'arrête pas le progrès !

Première édition : collection Spécial Police N°38. 1953.

Première édition : collection Spécial Police N°38. 1953.

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême.

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême. Editions Pocket. Parution 26 novembre 2015. 256 pages. 6,30€. Version numérique 6,49€.

Repost 0
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 17:08

Le nez dans la poussière...

C'est pas la faute à Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde.

Et de la poussière, il en vole dans Paris et plus particulièrement dans l'échoppe d'un apothicaire. Une poudre blanche qui provoque la mort du potard. Pour les policiers arrivés sur place, il ne fait aucun doute, l'homme a été poignardé. Pour le médecin, la situation est plus grave. Le défunt avait contracté la peste. Mais il ne faut pas ébruiter cette information, afin d'éviter un vent de panique qui pourrait se transmettre comme une traînée de poudre. Il ne faut en aucun cas que les Parisiens s'affolent. Dernière petite précision, le pharmacien italien se nommait Sanofo Sanofi, un nom prédestiné.

Pendant ce temps François-Marie Arouet, plus connu des collégiens et des lycéens sous le nom de Voltaire, passe du bon temps à Cirey, propriété de la famille du Châtelet dont une représentante est Emilie, sa maîtresse avouée. La noble demeure tombe en ruines et il a toute latitude pour rénover ce château ancestral. Il ne ménage pas sa peine, ni l'argent. Emilie bientôt vient lui rendre visite. Mais ils ne s'entendent pas sur la disposition des fenêtres, des escaliers, de petits détails.

Des Anglais viennent s'immiscer dans ce bel ordonnancement foutraque. Accompagné de deux personnages qui feraient fortune dans une foire aux monstres, le sujet de la perfide Albion se présente. Hyde, gardeneur, enfin jardinier-paysagiste, baronet of Jek'Hill. Mais les incidents s'enchaînent. Voltaire manque sombrer alors qu'il s'est réfugié à bord d'un canot. Il est sauvé de la noyade par Buffon, qui se promenait dans le quartier, étudiant faune et flore. Il échappe également de peu à une poutre éprise de liberté qui tombe d'un échafaudage. Et un message codé lui est remis, signifiant à peu près qu'il est en danger, qu'il doit regagner Paris au plus vite. Signé un admirateur secret.

C'est le départ pour la capitale mais les soldats rôdent. Hyde lui conseille de se cacher dans une malle capitonnée, lubie à laquelle il se plie volontiers. Enfin presque. La cantine est emplie de ses œuvres tandis que Voltaire qui se doutait d'une manœuvre pas très catholique gagne Paris dans la voiture d'Emilie. Arrêté par les douaniers, il ne peut faire que contre mauvaise fortune bon cœur. Ses charcuteries lorraines, rillettes et saucissons sont taxés hors de prix.

- Mais c'est vu vol, s'insurgea la philosophie maltraitée.
- oui, mais c'est décidé par l'Etat, alors c'est légal, dit le douanier.

Alors que le syndrome de la peste s'est propagé comme une traînée de poudre (bis), Hérault, lieutenant de police, mande à Voltaire d'enquêter sur cette manifestation mettant en péril la vie de ses concitoyens, malgré les gens d'arme qui sont à la recherche du philosophe pour ses écrits séditieux. Voltaire, toujours accompagné de son fidèle secrétaire, l'abbé Linant, s'installe chez son frère Armand, celui-ci supposé vaquer en un autre lieu en province. Il se vêt des habits de son aîné et bientôt il va se trouver confronté à de nombreuses péripéties, en compagnie ou séparément et malgré lui, d'Armand, receveur des épices, ce qui ne veut pas dire qu'il était épicier, mais qu'il était chargé de percevoir la taxe due pour les minutes à l'issue d'un procès par écrit. Ce point d'histoire éclairci, revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Et c'est ainsi qu'entre Voltaire et son frère Armand s'établit un chassé-croisé qui met aux prises les deux hommes à des personnages qui prennent l'un pour l'autre, et inversement.

 

Un livre réjouissant, humoristique, mettant Voltaire dans des situations périlleuses, mêlant personnages de fiction et ceux ayant véritablement existés.

Les rapports entre Voltaire et son frère, qui s'entendent comme chien et chat, leurs démêlés, les incidents, pour ne pas dire les accidents et tentatives de meurtre auxquels ils sont confrontés, l'ambiance qui règne dans un Paris pesteux, et les manigances médicales et autres, les tours de passe-passe, tout ceci fait de ce roman un livre hautement jouissif.

Voltaire est montré sous un jour facétieux, entre Louis de Funés et Rowan Atkinson (mais si, vous connaissez ! Mister Bean !), et pourtant certains épisodes sont véridiques. Pour preuve les différents documents, lettres principalement, qui sont donnés en exemple en fin de volume.

Voltaire est en avance sur son temps et certaines de ses expressions resteront dans la mémoire musicale. Ainsi s'écrie-t-il, alors qu'il est dans une barque en train de couler : Help ! I need somebody ! Help ! Des paroles dont s'empareront quatre garçons dans le vent plus de deux siècles plus tard pour forger un tube mondial, le terme planétaire devenant tellement galvaudé, et qui marquerat toute une génération.

Les petites répliques acides, les remarques non dénuées de bon sens prolifèrent comme autant de piques :

- Les gens ont du mal à comprendre que les livres sont tous différents, surtout quand ils ne les lisent pas.

Et l'auteur, Frédéric Lenormand, ne se prive pas de s'amuser avec l'actualité, qui comme nous le savons, n'est qu'une répétition d'épisodes déjà joués dans les siècles précédents.

- Alors ? Vous avez réfléchi à ma proposition ?
- J'y pense tous les matins en me rasant.
- Tiens ? Vous vous rasez vous-même ?
- Oui, je côtoie trop de raseurs dans la journée.

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde. Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 février 2016. 342 pages. 18,00€.

Repost 0
3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:45

Pas étonnant avec l'augmentation du prix des péages...

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16.

Dès la première page, le ton est donné : « Mais comme on est dans un polar sérieux, je ne vais pas m’abaisser à écrire toutes ses répliques en petit rosbif. Faites juste un léger effort d’imagination ».

C’est un peu comme du…. Continuons.

Virginia Valmain, célèbre détective de la région Nord, basée à Dunkerque, a une pile de dossiers et d’affaires à traiter, mais elle se laisse séduire non pas par la cliente dont le fondement a du mal à être absorbé par un fauteuil en cuir et qui lui fait face, mais de la demande de recherche qu’elle lui propose. Que le mari de madame Slatter ait disparu, vu la dégaine de sa conjointe serait un acte pardonnable, sauf que le dit époux est camionneur, qu’il transportait de la farine destinée à l’alimentation du bétail, qu’il n’a pas donné de ses nouvelles depuis six mois, et surtout que la dernière fois où il a été aperçu c’est à Saint Folquin.

Or il semblerait que ce patelin, et ses environs, serait le nouveau triangle des Bermudes du Nord, dans lequel se seraient volatilisées quatre autres personnes, deux Français dont une femme, un Belge et un Allemand. Du pain béni pour la réputation de Virginia selon Mère-Grand, alias la tante de notre détective et dont Lao-Tseu partage le point de vue.

Attardons nous quelque peu sur ces deux nouveaux personnages qui entrent dans le décor. Mère-Grand, c’est 1,60 m à peine, pour près de 100 kg dont 15 au moins de nibards, deux sacs à farine en guise de poitrine, la petite cinquantaine bien marquée sur le visage, et dont la consommation d’alcool avoisine la demi bouteille de Bourbon. Si vous ne me croyez pas, lisez le livre, c’est Virginia qui décrit sa tante en ces termes. Et encore, je n’ai pas tout dit, ou écrit.

Quant à Lao-Tseu, de son vrai nom Sidi Coulibaly, géant noir d’origine malienne, il doit son surnom à sa propension à citer le philosophe chinois, capable de mémoriser tout ce qu’il lit et limite autiste. Des personnages à la Dubout, et la galerie en comporte bien d’autres sur lesquels je fais l’impasse, sinon vous échapperiez au charme de la lecture. Je poursuis.

Voilà donc Virginia en pleine enquête à Saint Folquin, accompagnée d’un troisième larron, Curly, ainsi appelé à cause de la ressemblance de son appareil supposé reproductif qui n’est guère plus conséquent que ce gâteau apéritif.

Le village est envahi par des touristes voyeurs venus s’imprégner de l’atmosphère trouble de la bourgade et ils retrouvent avec un plaisir mitigé Adam Bathany, un policier qui a déjà goûté aux faveurs de Virginia. Les relations entre notre quatuor d’enquêteurs et certains villageois soulèvent des vagues. Les membres des familles des disparus, que rien ne raccorde entre eux, ne sont pas forcément perturbés par les disparitions, sauf lorsque leur vie privée et familiale subit des désagréments.

 

C’est un peu comme du…, écrivais-je en début de présentation de cette chronique. Je suppose que vous avez deviné que je parlais de San-Antonio, mais première époque. Calembours, interpellations au lecteur, notes en bas de pages, descriptions caricaturales des personnages, un humour omniprésent, tels sont les ingrédients qui composent ce roman agréable à lire, que dis-je à déguster.

J’ai relevé pour le plaisir quelques sentences édictées par Lao-Tseu : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » ou encore « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ». Des pensées que bien des hommes politiques, et d’autres, devraient mettre en application.

J’allais oublier de préciser que Maxime Gillio, spécialiste de l’œuvre de Frédéric Dard, est membre de l’association Les Amis de San Antonio, et qu’il est (ou était, je ne sais plus) le rédacteur en chef de la revue Le Monde de San Antonio. Il n’a pas écrit une parodie, ou un pastiche, mais plutôt une forme d’hommage.

Dernière précision : la détective narratrice se nomme Valmain, comme Frédéric Valmain, auteur de romans policiers qui signait également James Carter, et dont certains affirment qu’il ne s’agirait que d’un des multiples pseudo de Frédéric Dard. Mais ceci est une autre histoire.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16. Collection Thriller N° 11261. Editions J'ai Lu. Parution le 3 février 2016. 286 pages. 5,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables