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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 10:25

L'humour n'est pas l'épée mais le bouclier...

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines

C'est ce que déclare Dorothy Parker au capitaine Church qui lui reproche ses singeries et ses clowneries journalistiques, ou tout simplement dans ses réparties incisives avec ses interlocuteurs.

Mais pourquoi Dorothy Parker s'exprime-t-elle ainsi face à un policier ? Pour trois fois rien, juste un cadavre sous une table.

En effet, alors que la célèbre journaliste et poétesse s'apprête à s'installer à la table où elle déjeune tous les midis en compagnie de confrères et amis (?), elle découvre des pieds qui dépassent de sous la nappe. Les pieds appartiennent à un inconnu qui ne s'est pas enivré, qui ne dort pas non plus, mais qui est mort.

Pour une fois qu'elle pensait être en avance Dorothy Parker est dans de beaux draps, ou plutôt de belles nappes. Mais où sont les autres convives habituels ? se demande-t-elle à juste raison. Dans le hall de l'hôtel Algonquin, où elle réside, c'est l'effervescence. Alors qu'elle aperçoit Robert Benchley, qui travaille également en tant que journaliste comme elle au Vanity Fair, le seul des compagnons qu'elle apprécie vraiment, un jeune homme l'aborde. Il se prétend écrivain, venant du Mississippi, et lui demande humblement de bien vouloir jeter un œil, et même les deux, sur une poignée de feuilles qu'il lui tend. Il se nomme William Faulkner et est tout tremblant, d'abord de pouvoir enfin rencontrer la célèbre journaliste, ensuite parce qu'il a une envie pressante.

Dorothy Parker narre son aventure à Benchley, sa découverte de l'inconnu assassiné à l'aide d'une stylo-plume planté en plein cœur. Les autres participants au gueuleton quotidien, Dorothy en général se contente d'un œuf dur, arrivent peu à peu, et elle les présente à son nouveau protégé. Sherwood, qui travaille lui-aussi à Vanity Fair, Woollcot, critique d'art au New York Times, Benchley en profite pour signaler qu'il préfère qu'on l'appelle Woolcoït, petite digression de ma part mais qui démontre l'esprit facétieux qui anime Miss Parker et Mister Benchley, puis les autres, que l'on retrouvera d'ailleurs tout au long du roman. Enfin surgit l'inspecteur O'Rannigan, rapidement surnommé Ouragan, et autres petits surnoms tout autant agréables, qui veut connaître l'identité de tous ceux qui siègent dans le hall. Faulkner est présenté comme William Teckel, alias qui ne le quittera pas ou presque.

Seulement William Faulker, déambulant dans le hall en attendant la chroniqueuse, a attiré l'attention d'un serveur, et l'inspecteur O'Rannigan soupçonne immédiatement le futur Prix Nobel de Littérature d'être un possible coupable. Benchley reconnait en le défunt Leland Mayflower, journaliste et chroniqueur de théâtre au Knickerbocker News. Un journal à scandales fort peu prisé des journalistes mais apprécié du peuple qui trouve dans ses colonnes pâture à alimenter les rumeurs. Battersby, le directeur et propriétaire du Knickerbocker, prend la relève de son collaborateur, et est toujours fourré entre les jambes (c'est une image) des membres de la petite troupe.

Commence alors une sorte de chassé-croisé entre Dorothy Parker, qui a pris sous son aile le jeune Faulkner alias Teckel pour tous, et Benchley, d'une part, et O'Rannigan et le capitaine Church d'autre part, et, voyageant comme une bille de flipper entre les uns et les autres, Battersby toujours à l'affût d'une information croustillante.

 

Cavales en taxi, jeu de cache-cache, descente non contrôlée d'alcool dans un speakeasy, et tentatives d'assassinat ponctuent ce roman course-poursuite contre le temps. D'ailleurs on le sait, pour les journalistes c'est toujours la corde raide avec le bouclage des journaux.

Le lecteur suit toutes ces péripéties avec l'impression d'être dans un film au rythme échevelé, noir et blanc bien entendu, mais pas muet, car les bons mots fusent même dans les cas les plus graves, voire dramatiques.

La reconstitution d'une époque, celle de la prohibition ce qui n'empêche pas les protagonistes de déguster des liquides illicites, soit dans les bars pas forcément clandestins soit grâce aux flasques qu'ils trimballent en permanence dans leurs poches. Et l'on rencontre au détour d'un ascenseur des personnages connus, Jack Dempsey par exemple. Quant au final, il restera... imprimé sur les rétines des lecteurs !

 

Les bons mots, qui souvent ne sont que des répliques acrimonieuses enveloppées d'humour, se télescopent, grâce à la verve de Dorothy Parker et de son complice Benchley, et que souvent l'inspecteur O'Rannigan ne comprend pas. Mais il est vrai qu'il est quelque peu limité culturellement. Et derrière tout ça, règne encore le spectre de la guerre de 14-18, que quelques personnages ont connu pour y avoir participer sur le front européen.

Les rendez-vous quotidiens à la Table Ronde de l'hôtel Algonquin, le Cercle des Vicieux comme aime à surnommer ces réunions Dorothy Parker dans l'ouvrage, se sont réellement déroulés, mais pas dans les conditions décrites par l'auteur, comme d'ailleurs cela est précisé en postface. La plupart des protagonistes ont eux aussi réellement existés et l'amitié et les antagonismes prévalaient comme dans toute bonne assemblée qui se fait concurrence. Cet ensemble d'actions parfois surréalistes, farfelues, dangereuses, possède un petit air suranné que l'on ne trouve plus guère dans les romans de littérature policière de nos jours, et c'est dommage, et souvent j'ai eu l'impression d'être plongé dans un roman de P.G. Wodehouse, avec un petit côté Incorruptibles.

- Et ne cessez pas de lire. Moi, en tant qu'écrivain, j'adore ça.
- Moi aussi. Qu'aimez-vous lire en particulier ?
- Une signature au bas d'un chèque. Dommage que ça n'arrive pas plus souvent.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines (Murder your darlings - 2011. Traduction de Hélène Collon). Réédition Folio Policier N°813. Parution 20 octobre 2016. 432 pages. 8,20€.

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 09:49

Quand personnages réels et de fiction jouent aux gendarmes et aux voleurs...

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Vous connaissez tous Arsène Lupin, aussi je ne vais pas m'étendre sur ce héros littéraire. Mais saviez-vous qu'il possédait un frère, prénommé Alfred ?

Il fut même surnommé l'Ennemi public N°2. A son actif, quelques bricoles qui, comme pour son illustre frère, ne portaient guère à conséquence, du moins au quidam lambda. A quelques fieffés coquins possédant pignon sur rue peut-être. Pour la plus grande joie du lecteur.

Mais c'est bien la Marquise Casati, Luisa de son prénom, qui tient le rôle principal dans leur rencontre, leurs au pluriel devrais-je écrire, et qui est dessinée en scénettes indépendantes et pourtant qui sont reliées l'une à l'autre par un fil rouge, une chaînette d'or serait plus juste comme comparaison, pour constituer un tout enchâssé dans un écrin de souvenirs.

dévoile sa véritable nature : du plâtre. Et c'est de cette manière que le photographe et la marquise se lient et qu'il va recueillir les confidences de l'Italienne à la jeunesse tumultueuse.Stampa di Soncino, est toujours aussi extravagante vestimentairement. Ce qui attire immédiatement l'œil du photographe. Mais le spectacle auquel il assiste le laisse pantois. La marquise sort de son sac une pomme, symbole du péché quoique fruit du pommier, lance le projectile vers une statue de bronze qui se casse et Détaillons en premier l'écrin avec la complicité du narrateur photographe qui fait la connaissance de la marquise en 1951 à Londres. Agée de soixante-dix printemps mais ne les paraissant pas, Luisa Casati

L'arrivée de la jeune femme au Ritz en 1908 ne passe véritablement pas inaperçue. Par son allure excentrique et vestimentaire, d'abord. En effet elle est attifée d'affutiaux et d'habits qui ressemblent plus à des haillons en lambeaux qu'à une robe nobiliaire, et aux nombreux bagages qui bientôt encombrent le vaste hall. Elle a le visage blafard, comme enduit de plâtre, les yeux soulignés de khôl et une tignasse rousse ébouriffée. Elle est accompagnée d'une suite composée de Noirs, d'une femme de chambre, d'un secrétaire, l'homme pas le meuble, et d'un chauffeur allemand.

Des cages renferment un guépard et d'autres animaux de compagnie tous aussi doux que le félin tels que perroquet, singe, et un vivarium dans lequel se prélasse un boa. Le directeur de l'établissement est époustouflé mais il doit faire fasse à cette intrusion avec dignité et effarement, cette apparition ayant réservé la suite royale et les appartements pour son personnel.

Mais pour autant la marquise n'est pas une tête-en-l'air, une évaporée, une foldingue. Les apparences sont trompeuses. Elle est observatrice et déductive. Et elle se rend compte qu'il se passe des choses, des événements guère catholiques tout autour de la place Vendôme. Elle n'est pas la seule évidement de s'apercevoir des vols ou des meurtres qui sont perpétrés soit les fameux bijoutiers Van Cleef & Arpels ou qu'un homme a été assassiné sur le toit du Ritz. Le policier Galuchard, du Quai des Orfèvres, est toujours aux premières loges pour enquêter. Et il n'est pas loin de penser que l'arrivée de la trop voyante marquise pourrait signifier une relation de cause à effet. Mais soit un bristol ou autre moyen pour signer le forfait est toujours découvert avec les initiales A.L.

La marquise Casati est également audacieuse, courageuse, voire téméraire, comme lorsqu'elle explore les caves de l'établissement à la recherche d'un hypothétique trésor. Son excentricité est sans borne. Ainsi elle fait teindre en or son petit personnel Noir lors de réception, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention et la curiosité.

Seulement dans ces différentes péripéties qui s'enchainent comme des diamants sur une rivière porté autour d'un cou aristocratique, Alfred Lupin n'est pas toujours le coupable. Il faut se méfier des imitations.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Frédéric Lenormand, délaissant pour le temps d'un roman ses personnages fétiches, le Juge Ti et Voltaire, nous invite à découvrir une nouvelle héroïne qui fit parler d'elle en son temps, mais est toujours présente dans certains esprits.

Elle a marqué de son empreinte le début du XXe siècle mais ses falbalas ont fait et font encore rêver. De grands couturiers, dont dernier en date John Galiano, se sont emparés de sa façon de se vêtir, imposant un style et une mode. Mais insidieusement la rue s'accapare de l'engouement provoqué par une façon de porter les vêtements, et il est sûr que de nos jours Luisa marquise Casati pourrait revendiquer les jeans effrangés, effilochés, scarifiés, aux genoux ou aux cuisses, et délavés artificiellement comme si le temps ne pouvait se charger de tels outrages.

En mettant en scène cette marquise et en la faisant revivre avec à ses côtés des personnages qui ont réellement existés, comme Gabriele d'Annunzio qui fut son amant, et en en inventant, Frédéric Lenormand nous offre un roman composé de scénettes qui se suivent et ne se ressemblent pas mais possèdent un lien pour former un tout agréable.

Comme une récréation pour le lecteur qui veut changer d'ambiance littéraire et se plonger dans une fausse futilité.

Frédéric Lenormand emprunte son ironie parfois grinçante dans l'humour des caricaturistes du début du XXe siècle, lorsque les amuseurs publics savaient distiller leur causticité avec élégance. Une caractéristique qui de nos jours est bien oubliée, la vulgarité prenant le pas sur la raillerie bon enfant et pourtant efficace.

- J'ai remarqué que ce sont souvent les pauvres qui volent les riches, rarement l'inverse !
- Je vois que vous ne lisez pas la presse de gauche, mon cher, dit le comte.

Ce volume est complété de repères biographiques ainsi qu'une sélection intitulée : La marquise Casati vue par ses contemporains.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs. Policier. Editions City. Parution le 5 octobre 2016. 272 pages. 17,90€.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 14:24

On passe le temps comme on peut !

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères

Pour Bernie Rhodenbarr, le métier de bouquiniste n'est plus ce qu'il était. Pour preuve cette cliente qui entre dans son échoppe, regarde un livre sur une étagère, téléphone et déclare qu'elle est intéressée mais ne le prend pas, car elle vient de l'acheter en ligne. Pourtant c'est un ouvrage rare !

Ou encore ce jeune étudiant qui lui achète des livres et les revend avec profit via un site de ventes en ligne, réalisant de beaux bénéfices.

Comme sa profession de bouquiniste le fait tout juste vivre, Bernie réalise de temps à autre de petits extras pour des clients qui savent se montrer reconnaissants, le payant largement pour les risques qu'il prend. Monte-en l'air à ses heures, il accepte une mission pour le compte d'un certain monsieur Smith, patronyme aussi courant que Martin en France.

Bernie est chargé de récupérer dans les archives du Galtonbrook Hall, un musée qui ne connait pas l'affluence mais possède des trésors grâce à l'ancien riche propriétaire qui accumulait les œuvres d'art, Bernie est chargé donc de récupérer un manuscrit de Fitzgerald, surtout connu pour Gatsby le magnifique. Un roman que son client ne tient pas en grande estime. Ce qui l'intéresse, c'est une première mouture de L'étrange affaire de Benjamin Button dont il collectionne les différentes éditions.

Bernie, après avoir repéré les lieux, s'introduit dans la pièce réservée aux archives et s'empare du fameux manuscrit, avec la complicité de son amie Carolyn. Carolyn, avec qui il prend un pot tous les soirs ou presque, avec qui il dine régulièrement, mais avec qui il ne couche pas, d'abord parce qu'il tient à sa liberté, ensuite parce que Carolyn est lesbienne.

Un premier vol pour ce client qui le rémunère grassement et lui propose une autre appropriation car en réalité il collectionne tout ce qui a rapport aux boutons et aux badges. Et cette nouvelle saisie doit s'effectuer chez un riche homme qui détient des cuillères au manche un peu spécial.

 

 

Parallèlement, son ami Ray Kirschmann, inspecteur au NYPD, qui lui a souvent mis, ou tenté de mettre, des bâtons dans les roues lors de quelques cambriolages antérieurs, lui demande un petit service. Il sait que Bernie, la main sur le cœur, a décidé d'arrêter ses activités de cambrioleur, mais cette fois il réquisitionne son ami pour la bonne cause.

Madame Ostermaier, qui vivait dans une grande demeure, est décédée en rentant plus tôt que prévu alors qu'elle assistait à la représentation d'un opéra de Wagner. Elle a été découverte gisant sur le tapis dans son salon, et si elle a cessé de respirer, c'est la seule chose de sûre que les policiers ont à se mettre sous la dent. Pour l'instant. Mais la cause réelle de ce décès est encore à trouver. Kirschmann souhaite que Bernie vienne avec lui étudier les lieux et donner son avis.

Que ne ferait-on pas pour un ami policier ? Bernie accompagne donc Kirschmann et selon toutes les probabilités, un cambrioleur est passé par là. Est-ce cette intrusion qui aurait obligé le cœur de madame Ostermaier à s'arrêter de battre ? Peut-être, mais il existe probablement une autre raison. Car la manière dont les objets sont à terre, le manteau de la victime déposé sur l'accoudoir d'un fauteuil et autres petits indices laissent Bernie dubitatif et il pense à une mise en scène.

Bernie est un grand lecteur. Ce qui tombe bien puisqu'il n'a qu'à se servir sur les rayons de sa bouquinerie. Alors il lit de nombreux romans d'auteurs actuels ou ayant connu une belle carrière au siècle dernier comme Rex Stout, et c'est justement en parcourant un romans policiers que des idées lui viennent concernant l'enquête qu'il doit mener. Et d'ailleurs il convoquera tous les acteurs, ou presque de cette histoire, et les mettra en scène façon L'Homme aux Orchidées.

 

 

Les digressions sont le levain des soufflés littéraires que l'on déguste avec une cuillère.

Et les digressions ne manquent pas dans ce roman, dont le ton et les dialogues font penser à Pelham Grenville Wodehouse. Un humour froid, parfois caustique, ou tout simplement le nonsense britannique qui joue sur la dérision et l'absurde, quel que soit le sujet abordé. Les réparties entre Carolyn, Ray Kirschmann, ou d'autres intervenants, sont ciselées, et certaines scènes valent le détour.

Si Bernie est célibataire, il se laisse parfois subjuguer par des clientes, ce qui lui offre d'heureuses surprises et le plaisir de faire la connaissance d'autres personnes qui l'aideront dans certaines de ses démarches.

Parmi les nombreuses parenthèses qu'effectue l'auteur, celle concernant la préconisation de la lecture d'un roman de Marcel Proust par exemple, beaucoup plus efficace et moins onéreuse et préjudiciable pour la santé que la prise de comprimés de somnifère, ou encore, lors de conversations avec Carolyn, de ses points de vue sur les gays et les lesbiennes, professant des idées de tolérance que de nombreuses personnes devraient mettre à profit.

De même il explique, peut-être un peu longuement, tout ce qui a trait aux badges à épingles, aux boutons, avec des références historiques intéressantes, surtout pour les Américains qui sont les premiers concernés dans ce qui est une sorte d'inventaire.

Et il ne faut pas oublier ses remarques sur le numérique et l'achat en ligne d'ouvrages, anciens ou non, qui mettent l'avenir des bouquinistes en péril. Enfin il ne faut le prendre pour un imbécile, il sait se venger en douceur, et tant pis pour celui qui a voulu le gruger.

 

 

Censuré !

Mona de Pracontal, la traductrice, n'ayant pas apprécié mes réserves quant à la traduction, me l'a fait savoir, comment dire, avec tact et diplomatie. Aussi, afin de ne pas mettre de l'huile sur le feu, j'ai décidé d'accéder à sa demande et ai donc supprimé le passage litigieux.

Ne lisant pas l'anglais, et donc ne pouvant ressentir comme il se doit l'humour qui peut se dégager de la langue de Mark Twain, je n'ai apparemment pas su discerner l'humour subtil de ce passage. Ce que me reproche la traductrice avec... virulence (?). Dont acte. Je vais me mettre à apprendre l'anglais, après tout pourquoi pas malgré ses soixante-dix ans, et donc je pourrais lire en version originale. Et me passer des traducteurs qui se retranchent derrière leur savoir avec suffisance.

Mais vous pouvez toujours lire un aperçu des problèmes de traduction dans La balade entre les tombes via le lien ci-dessous.

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères (The Burglar who counted the spoons - 2013. Traduction de Mona de Pracontal). Une aventure de Bernie Rhodenbarr. Collection Série Noire. Editions Gallimard. Parution le 13 octobre 2016. 352 pages. 21,00€.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 08:26

Une famille décomposée...

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Détective privé, d'argent mais pas d'ambition ni de femmes, Cicéron Angledroit est tout surpris que le commissaire Saint Antoine lui confie une mission.

Ce n'est pas vraiment un ami, tout juste un copain, une relation privilégiée qui lui amène parfois des affaires que ses hommes ne peuvent résoudre, mais là, que le commissaire Saint Antoine lui demande d'enquêter sur la vertu de sa femme, il en reste comme deux ronds de flan notre sympathique Burma de banlieue.

Saint Antoine entretient des soupçons sur la fidélité de sa quinquagénaire d'épouse qui travaille au service relationnel de la mairie. Cicéron ne peut refuser, et il s'attelle à la tâche, pas trop difficile ni compliquée. Il suit la dite gente dame qui effectivement se rend dans des hôtels, le Grabhôtel à Rungis, le Break and Baise d'Alfortville, mais il se rend bien vite compte que ces démarches ne sont effectuées que pour permettre à des personnalités en déplacement de trouver un hébergement. Pour le reste, ceci ne le regarde pas, le commissaire non plus et l'honneur de l'épouse est sauf.

Cicéron n'a jamais connu son père. Un appel téléphonique émanant de Paul Automne, un vieil ami de la famille, va lui donner l'occasion de démontrer ses talents et le plonger dans des affres propres à lui faire tourner le ciboulot. Paul Automne chantait dans les cabarets, un répertoire qui allait de Brel à Perret, mais il a raccroché son micro depuis quelques années. Paul qui venait de temps à autre chez lui, quand il était gamin, et longtemps Cicéron a même cru qu'il était son père. Et puis, les années passant, ils se sont perdus de vue.

Paul Automne, qui est près de l'hiver, lui annonce qu'il est dans la merde (en français dans le texte et sans en changer un mot), mais ce qui tourneboule Cicéron, c'est que le vieil homme l'appelle mon fils. Pourtant il n'est pas curé. L'âge ou l'émotion peut-être. Rendez-vous est pris pour le lendemain dans la matinée. Toujours à l'heure Cicéron, mais c'est pour tomber sur le commissaire Saint Antoine et constater la présence de voitures de police, gyrophares en action.

Paul Automne ne dira pas ce qui le turlupinait. Il est mort d'un excès de courants d'air, une trentaine de balles dans le corps, plus deux dans la tête et le cœur, au cas où. Ce ne peut être un suicide. Donc la thèse du meurtre est privilégiée. Double effet qui secoue, vous savez comme dans la pub pour un soi-disant bonbon, c'est lorsque Cicéron apprend que Paul Automne ne s'appelait pas ainsi mais tout bonnement Angledroit, comme lui. Et ce n'est pas une coïncidence. Automne n'étant qu'un nom de scène. Cicéron hérite donc d'un père, mort.

Comme il est reconnaissant pour toutes les bontés qu'avait pratiquées le chanteur en retraite, Cicéron va enquêter sur le meurtrier, en marge du commissaire Saint Antoine, mais aidé par ses amis, Momo et René.

Débute une histoire tragi-comique, avec quelques scènes croquignolettes dont il serait dommage que je vous en révèle la teneur. Sachez toutefois qu'un autre cadavre va être découvert, que des photos prises à Créteil vont intriguer le commissaire et Cicéron, séparément tout en trouvant ensemble dans le même lieu, et les mettre sur la piste d'objets pieux made in China et autres aventures plus ou moins épiques.

 

Bien entendu, ce roman fait insensiblement penser à l'écriture san-antonienne, mais pourtant il ne s'agit ni d'une parodie, d'un pastiche, ou d'un ouvrage apocryphe. Juste un hommage. Cicéron Angledroit fait de l'Angledroit, même s'il affiche ouvertement ses références livresques. Ainsi, outre le commissaire Saint Antoine, notre détective-narrateur a une petite fille, Elvira Angledroit (Vous avez remarqué le jeu de mot ?), dont la mère est partie et qui est élevée par sa grand-mère, c'est à dire la mère de Cicéron. Une de ses voisines se prénomme Félicie, aussi, quant à ses deux compères, René et Momo, ce sont presque les fidèles reproductions de Bérurier et de Pinaud. Presque car si René est un adepte dipsomane de la bouteille sous tous goûts et couleurs pourvue que son contenu soit alcoolisé, il est employé à l'Hyperpascher comme ramasseur de chariots. Momo, manchot depuis un attentat, vend Le Belvédère, journal des SDF, à la sortie du magasin et il réfléchit plus qu'il parle.

Cicéron vit et travaille surtout en banlieue sud de Paris, dans le Val de Marne principalement. Il aime les femmes qui le lui rendent bien. Ne parlons plus de son épouse, mais de Brigitte la pharmacienne, qui le convie à d'agréables passe-temps, de Monique qui est enceinte des œuvres charnelles de Cicéron mais vit avec Carolina, ayant une tendance déclarée mais non prohibée à sacrifier au rite de Lesbos. Et puis il ne faut pas oublier Vaness' R'messa, l'adjointe de Saint Antoine, qui démontre à notre héros qu'on peut prendre son pied avec justement ce bout extrême de membre inférieur délicatement manipulé (ou pédiculé puisque manipulé c'est avec la main).

 

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Cicéron Angledroit pratique l'humour avec sérieux et inversement proportionnel. Il existe entre lui et le lecteur une connivence de bon aloi qui n'est pas sans rappeler son illustre prédécesseur en littérature. Il s'amuse à évoquer certaines personnalités publiques et à déformer les propos, jouant avec les mots et les situations, surtout lorsque c'est René qui s'exprime. Et comme les grands esprits se rencontrent, tout comme Frédéric Dard, il apprécie Céline, mais aussi Léo Malet (avec un seul L, malgré ce qui est noté en quatrième de couverture et même si avec deux L on s'envoie mieux en l'air). Et il ya bien une légère corrélation avec Burma chez Angledroit, celui de la tendresse et du goût de la liberté, un petit côté ronchon parfois et naïf à la fois. Seulement Angledroit ne boit pas ou rarement, le plus souvent du café sans sucre, il ne fume pas, il ne parle pas pour ne rien dire mais il baise* la vie et les deux mains de ses amies complices et compagnonnes.

Un remède à la morosité dont il faudrait user plus souvent, car ne nuit pas grave à la santé.

* Dans le sens de donner une bise, embrasser étant le plus souvent employé mais dont le sens primaire est tenir dans ses bras. Je ne voulais pas vous laisser croire à une quelconque salacité dans mes propos.

 

Pour illustrer certaines de mes assertions dans l'antépénultième paragraphe :

Comment qu'elles ont pu faire ? Elle a dû se faire faire une infécondation vitrée.

Par exemple, vous connaissez Christiane Boudin, la député intégriste ?
Oui, bien sûr...
Eh ben il lui a inculqué (verbe choisi) la sodomie. Ça vous étonne, hein ?
En effet !
Mais c'est inutile de le mentionner dans votre article. Et Micheline Amiot-Larry, vous voyez qui c'est ?
Oui, l'ancienne ministre.
C'est ça ! Eh ben, elle, il l'a fait se prostituer dans le bois de Meudon. Avec une perruque, elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse. Voilà, c'était ça, Paul ! Un artiste, un conceptuel, un visionnaire !

Du même auteur, dans la même collection :

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne. Les enquêtes de Cicéron N°5. Editions du Palémon. Parution le 9 septembre 2016. 256 pages. 10,00€.

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 13:13

Un auteur de romans policiers qui se mouille !

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime

Il n'y a pas eu un seul foutu auteur de roman policier digne d'être lu depuis que Dashiell Hammett est mort.

C'est ce que déclare, ou plutôt bafouille Roscoe Kane, lui-même auteur de polars, prédécesseur de Mickey Spillane, à une table devant laquelle sont assemblés une poignée de confrères. Une affirmation qui jette un froid, tous les romanciers présents étant honorablement connus et même reconnus, puisqu'ils sont rassemblés pour la cérémonie annuelle de l'Anthony Boucher Convention, la Bouchercon pour les initiés, à Chicago.

Mallory, auteur invité ayant à son actif deux romans, nominé pour un prix, voue à Roscoe Kane une indéfectible amitié et une admiration sans borne. Pour lui le créateur de Gat Garson est l'un des meilleurs représentants de la profession, mais les goûts ont évolués et Roscoe Kane est quasiment oublié. Cela fait plus de quinze ans qu'il n'a pas publié dans son pays d'origine, et ses ouvrages ont continué à être édités à l'étranger durant encore cinq ans.

Mallory accompagne Roscoe Kane, complètement éméché mais remonté comme une pendule, jusqu'à sa chambre. Kane avoue ne pas avoir pensé tout ce qu'il avait proféré, et entre dans la pièce qui lui a été réservée.

Redescendu retrouver ses comparses en écriture, Mallory discute avec Tom Sardini, l'un des plus grands spécialistes du roman policier, lequel lui apprend qu'un manuscrit de Dashiell Hammett va être publié. Un inédit perdu puis retrouvé quelques mois auparavant. L'Empereur secret tel est le titre de cette œuvre que le capitaine Shaw, le grand manitou de Black Mask, aurait refusé, alors qu'il avait auparavant publié en feuilleton La Moisson rouge.

Ce manuscrit sera édité par Mystery House, une maison d'éditions spécialisée dans la réédition de polars "importants", souvent dans des éditions de luxe. Justement Gregg Gorman, le propriétaire de cette maison d'éditions est présent à la Convention. Mais les relations entre Mallory et celui qu'il considère comme un aigrefin, ne sont pas au beau fixe. Cynthia Crystal, romancière œuvrant dans le genre Agatha Christie puis Mary Higgins Clark, qui a écrit une biographie faisant autorité sur Hammett, est également présente. Et il ne faut pas oublier Mae Kane, la troisième femme de Roscoe.

Normalement Roscoe Kane devait retrouver sa femme à la réception mais il a dû oublier car l'heure passe et il n'est pas redescendu. Et il ne redescendra plus jamais, sur ses deux jambes du moins, car Mallory qui a accompagné Mae, le découvre mort dans sa baignoire.

 

Accident, suicide, assassinat ? Toutes les hypothèses peuvent être envisagées, mais la thèse de l'accident est privilégiée par le coroner venu constater la mort de Kane. Mallory penche plutôt pour un meurtre, et il va s'attacher à démontrer que ses soupçons ne sont pas des fariboles.

 

Outre une intrigue policière classique et agréable, Max Allan Collins nous offre un voyage dans les arcanes des rencontres d'auteurs, avec les amitiés et les inimitiés inhérentes à chacun de ces personnages, auteurs adulés, décriés, réels ou fictifs. Et coups de griffes au passage pour ceux qui se prennent pour de petits génies, encenseurs de tout poil ou démolisseurs jaloux de légendes. De petits conseils, des hommages appuyés, de l'humour, tout cela sur fond de vérité, qui peut déplaire à quelques romanciers mais fait la joie du lecteur, embellissent l'intrigue.

 

Mais plus qu'une longue et ennuyeuse digression sur les différents aspects et relations entre tous ces personnages et leurs prédécesseurs, quelques citations choisies au hasard devraient illustrer mon propos avec plus d'intensité et de respect.

Ainsi Kane déclare avec emphase :

J'étais le plus grand nom du livre de poche quand Spillane est arrivé et a secoué le petit monde du poche avec ses polars sanglants. C'était pendant l'après-guerre et les anciens combattants réclamaient des trucs plus virils, et malgré tous ses défauts, Spillane ne l'ignorait pas. Vous ne pouvez pas proposer à un gars qui s'est battu lors de la dernière offensive allemande un bouquin où un type en complet blanc tire un type en complet noir et fait un gentil petit trou bien propre dans son costard de méchant.

 

Cynthia Crystal, romancière et auteur d'une biographie de Dashiell Hammett énonce :

J'ai toujours admiré Hammett, dit-elle. Ce n'est pas un secret. Mon œuvre est une sorte de mariage improbable entre Hammett et Christie, mais le roman noir après Hammett est bien vite devenu d'une niaiserie abyssale. Chandler a quelques mérites, sans doute; mais qui d'autre ? Mickey Spillane ? Ne me gâche pas mon petit déjeuner. Ross McDonald ? A la rigueur.

Quant à Mallory lui-même, le narrateur et auteur de romans policiers, il déclare sans ambages :

Je vais vous expliquer : les petites choses auxquelles les auteurs accordent le plus d'importance dans leurs romans - une métaphore incohérente par-ci, une phrase tarabiscotée par-là, un passage enlevé mais hors sujet - sont bien souvent ce qu'il faut impérativement couper. Mais bien sûr, si je censurais toutes les pages qui me plaisent dans mes romans, je ne publierais plus que des nouvelles.

Donaldson, auteur invité lui aussi, répond par cette déclaration à cette question fondamentale : M. Donaldson, que pensez-vous de Hammett et Chandler ?

Hammett a écrit un très bon livre, un livre valable et trois très mauvais livres. Quoique très supérieur, Chandler était toutefois très limité; après tout il a écrit le même livre sept fois de suite. A mon avis, l'écrivain moderne qui utilise comme véhicule de son art le roman avec détective privé doit remercier ces deux auteurs et s'efforcer d'aller beaucoup plus loin qu'eux.

Un roman jouissif qui devrait plaire à tous ceux qui s'intéressent à la littérature policière, ils y trouveront des clés et ils pourront toujours essayer de découvrir qui se cache, parfois , parfois certains des invités. Ainsi l'un des invités présents se nomme Brett Murtz, et l'on ne peut s'empêcher de penser à Brett Halliday et John Lutz, pour de multiples raisons.

 

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime (Kill your Darlings - 1984. Traduction Jean-Paul Schweighaeuser).Collection Le Masque jaune. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution septembre 1990. 224 pages.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 11:30

Tu ne tueras point, sauf si tu gardes ton calme !

Cicéron ANGLEDROIT : Sois Zen et tue-le.

Les romans humoristiques ou à tendance humoristique sont trop rares parmi la production actuelle pour les oublier lorsqu’un auteur, même débutant, s’y colle.

C’est ainsi que Cicéron Angledroit, auteur et héros de De la part des enfants, devenu Soit zen et tue-le, s’inscrit en marge de l’actualité polardeuse. Son roman avait paru déjà depuis un peu plus d’un an (lorsque j’écrivais cette chronique en 2002, lors de la première édition de ce roman) mais il n’est jamais trop tard pour réparer un oubli.

 

Cicéron Angledroit est donc détective en banlieue parisienne. Divorcé il a une fille à charge, confiée à sa mère (la mère du détective, je précise) et côté finances, ce n’est pas la joie. Entre deux constats d’adultère, il passe son temps avec Brigitte, une pharmacienne mariée mais délaissée.

Une vieille dame lui demande d’enquêter sur la mort de son époux, décès survenu dix ans auparavant d’une crise cardiaque, mais qu’elle juge peu naturelle. Il a pour habitude de prendre son café matinal dans un bistrot d’une galerie marchande et ce matin là, une explosion jette la perturbation parmi les promeneurs. Un SDF qui s’était probablement emparé d’une valise oubliée et tentait de l’ouvrir rejoint le pays des sans logis.

Parmi les témoins René employé pour ranger les caddies et Momo, qui vend le Belvédère, journal des sans abris. Entre l’enquête à lui confiée par la vieille dame et la prolifération d’attentats envers les petits voleurs, jeunes ou vieux, Angledroit ne va perdre son temps et va même trouver quelques heures de libres pour consoler la belle-fille de sa cliente.

 

Ecrit à la première personne, ce roman oscille vers l’humour mais ne vous y trompez pas, l’épilogue est noir.

Parfois on pense un peu à San-Antonio à ces débuts, lorsque l’histoire n’était pas délayée dans une logorrhée verbeuse. D’ailleurs l’un des personnages se prénomme Félicité, presque pareil que la mère du célèbre commissaire. Et l’auteur narrateur s'entretient avec son lecteur de la même façon.

Un roman plaisant à lire et délasse après une longue journée de labeur. Le sourire est omniprésent, pourtant, vous vous en rendrez compte à sa lecture, le sujet est grave.

Et cette réédition est la bienvenue car le talent de Cicéron Angledroit (c'est un alias, vous vous en serez douté !) est indéniable et mérite d'être reconnu, même si ses romans n'entrent pas dans les critères souvent pessimistes des lecteurs. Alors, justement, pour chasser les miasmes de la morosité ambiante, n'hésitez pas. L'humour est présent mais n'oblitère pas le côté humain du sujet.

Certains auteurs écrivent en blanc cassé, d'autres en rouge hémoglobine, Cicéron Angledroit rédige en noir tendresse.

Première édition sous le titre : De la part des enfants. Goutte d’Or productions. Décembre 2000. 256 pages.

Première édition sous le titre : De la part des enfants. Goutte d’Or productions. Décembre 2000. 256 pages.

Cicéron ANGLEDROIT : Sois Zen et tue-le. Enquêtes de Cicéron N°1. Editions du Palémon. Parution 9 septembre 2016. 272 pages. 10,00€. Version numérique : 5,99€.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:26

Bon anniversaire à Peter Lovesey

né le 10 septembre 1936.

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers

Lorsque l'on n'est pas d'accord avec son supérieur, le meilleur moyen de ne plus l'avoir sur le dos est de démissionner.

C'est ce qu'a fait Peter Diamond, héros de Un flic en voie de disparition. Seulement le métier d'enquêteur, Diamond l'a dans la peau. Aussi après avoir résolu avec brio l'affaire Mountjoy dans La convocation, il a repris ses activités et est superintendant à la police criminelle de Bath.

Il s'aperçoit rapidement alors qu'il enquête sur la mort de Sid Towers, un gardien de nuit, qu'il est confronté à un crime en local clos, plus précisément sur une péniche appartenant à Milo Motion, adhérent comme lui à une Société des amis du roman policier, Les Limiers.

Or Motion est en possession d'un timbre-poste qui possède deux particularité : celui d'être le plus cher au monde et d'avoir été volé quelques jours auparavant.

 

Peter Lovesey avec Un flic et des limiers parodie avec humour le roman d’énigme et le problème du meurtre en chambre close sans oublier de nous proposer son point de vue sur le roman policier en général par le truchement de ses personnages, véritables amateurs de littérature policière qui se chamaillent parce qu’ils ne possèdent pas les mêmes goûts.

J’aime que le livre réponde à toutes les interrogations qu’il soulève déclare l’un des protagonistes. Et chacun de se livrer à l’apologie du genre qu’il préfère, dénigrant les autres formes de littérature policière. Rien que ce préambule, dont l’action se passe dans la crypte d’une chapelle, vaut le détour.

Mais il ne faut pas oublier que Peter Lovesey a construit un véritable roman à énigme, dont l’intérêt ne réside pas uniquement sur les joutes orales des protagonistes ou dans la résolution de l’énigme d’un meurtre en chambre close et dont le tout est en fait un véritable petit bijou jubilatoire.

 

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers (Bloodhounds - 1997. Traduction Stéphane Trieulet). Le Masque N° 2369. Edition Librairie des Champs Elysées. Parution 15 avril 1998.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 13:58

Bon anniversaire à Colette Piat, alias Patricia Lumb, née un 6 septembre.

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo.

Il ne faut pas croire que dans les romans policiers, seuls les policiers sont les héros. Les méchants savent aussi se mettre en valeur.

Rappelez-vous Arsène Lupin le facétieux créé par Maurice Leblanc, Fantômas le malfaisant de Souvestre et Allain, Chéri-Bibi de Gaston Leroux, Parker de Richard Stark alias Donald Westlake, ou encore Bernie Rhodenbarr de Lawrence Block.

Patricia Lumb, avec Lady Blood, met en scène un Fantômas en jupon qui heureusement fait moins couler le sang que le mystérieux criminel mais possède des appétits sexuels difficilement rassasiables.

D'ailleurs elle a tout pour plaire. Belle, intelligente, sans scrupule, elle n'est pas dénuée d'humanisme. Entreprenante, cultivée, elle sait jour les naïves, les ingénues, les blondes évaporées.

Cependant elle peut également se montrer sous un jour plus noir. Téméraire, audacieuse, volontaire, hardie, autoritaire, déterminée, et amorale lorsque les circonstances l'exigent.

 

Chez Sotheby's à New-York, la grande attraction est un tableau de Van Gogh, Les Dahlias, adjugé à cinquante sept millions de dollars. Faut dire que la mode est aux Van Gogh et que ceux-ci s'arrachent comme des petits pains un jour de disette.

Ah, s'il pouvait entendre les enchères ce rapin qui ne prêtait qu'une oreille aux contingences matérielles !

Mais se porter acquéreur ne veut pas dire être propriétaire, car entre temps de petits futés subtilisent la toile au grand détriment de l'heureux enchérisseur.

Les transports Glass sont ce qu'il y a de mieux au point de vue convoyage, et pourtant... Le fourgon est retrouvé délesté du tableau convoité, le chauffeur amoché, et son coéquipier incinéré. Quoique...

Dans le même temps, de mystérieux détrousseurs de cercueils réalisent une opération rafle dans un cimetière, lors d'un enterrement. Lady Blood en finesse est maintenant en possession de cette peinture hors de prix.

Il ne lui reste plus qu'à négocier quelques petites transactions bassement matérielles, qui la mèneront jusqu'à Tokyo, en plein repaire de yakusas.

Mais Lippia Citriodora, ne pas confondre avec la Cicciolina, surnommée Lady Blood, aura maille à partir avec des escrocs aux dents longues, des complices taraudés par la jalousie, des membres rapportés de la famille guère complaisants.

Et tout comme Fantômas, elle traîne derrière elle son Juve en la personne de Mac Kenzie, agent du FBI, qui n'en peut mais.

Cette institution américaine n'est plus ce qu'elle était, et ses dignes représentants ont la fâcheuse tendance à se faire marcher sur les pieds.

 

Moins sanguinolent et pervers que je m'y attendais, les critiques des précédents romans mettant en scène cette jeune femme dédaignant le port du slip, à vos souhaits, et révélant une nudité pubienne aussi rose et lisse que le crâne de Yul Brynner (c'est devenu une mode paraît-il), n'ayant guère été élogieuses, j'ai donc entamé ce roman avec une certaine appréhension et une circonspection certaine.

En réalité je me suis franchement amusé à la lecture de ce livre qui est un véritable pastiche, alliant les énormités et les retournements de situations propres aux feuilletons du XIXe siècle, aux aspirations les plus secrètes des dames patronnesses frustrées de cette fin de siècle. Le droit aux fantasmes mais également à leur accomplissement.

Sérieux s'abstenir, amateurs de canulars soyez les bienvenus dans l'univers de Lady Blood.

 

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 17 septembre 1991. 192 pages. 13,00€.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 10:04

Et pourtant si près...

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin…

Avec Si loin, Marie-Pierre Losfeld signait son troisième roman en neuf ans, après Tancrède et Hauts-fonds, mais gardait le même regard pétri d’humanisme envers les marginaux, qui se font la belle, parcourant la France à la recherche d’un Graal inaccessible.

Agil, pickpocket, et Paule, sa compagne, squattent une vieille baraque en attendant mieux. Faut bien s’abriter surtout lorsqu’on a charge d’âme, un petit poussin prénommé Titi. Et puis faut songer à nourrir la petite famille, alors le mieux pour Agil, c’est de travailler dans un endroit passager, dans une fête foraine par exemple.

Les badauds ont autre chose à faire que de surveiller leur portefeuille, attirés par les attractions, occupés à manger des friandises ou à s’embrasser, l’un n’empêchant pas l’autre.

L’esprit occupé ils ne se rendent pas compte qu’Agil les déleste, d’autant que Paule sait accaparer leur attention, profitant des cris du poussin réclamant sa pitance.

Des amitiés se nouent entre les forains et le couple. Avec Tonino, le Gitan, puis de fil en aiguille avec Ferdinand le camelot, vendeur de couteaux qui a plus d’un accroc dans son contrat de mariage, ou encore Robber, l’illusionniste. Bon, il y a bien Alexandra, la femme de Ferdinand, qui n’apprécie pas d’avoir été larguée, et le voue aux gémonies, mais ses interventions ne sont que des entractes dans la vie quotidienne.

C’est la foire, entre potes, c’est la Foire du Trône aussi, et un beau jour l’incendie. Pas celui qui ravage les cœurs, mais celui qui détruit la baraque. Alors la seule solution, c’est de partir sur les routes de France, et de vivre de nombreux avatars.

 

Un livre humoristique, chaleureux, noir, sensible, vivant, qui par certains côtés retrouve la veine des romans feuilletons avec l’aspect épopée aux nombreux rebondissements.

Marie-Pierre Losfeld se fait trop rare et c’est dommage.

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin… Editions Bartillat. Parution septembre 1999. 252 pages. 16,00€.

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 13:09

Vous pouvez remplacer les points de suspension par le vocable qui vous semble le plus approprié...

Stanislas PETROSKY : Je m'appelle Requiem et je t'...

Être curé et s'appeler Requiem, cela pourrait sembler prédestiné, n'est-ce pas ? En réalité notre homme en soutane se nomme Estéban Lehydeux, mais pour un homme du culte, c'est un peu inconvenant de porter un tel nom. Quoique...

Donc Requiem est curé et cumule les fonctions d'exorciste, une activité qui existe dans chaque diocèse, car la sorcellerie est toujours vivante dans les esprits des provinciaux, mais pas que.

Les bigotes du quartier hantent son confessionnal, elles ont toujours quelque chose à se reprocher, mais que Martine vienne le solliciter un matin il ne s'y attendait pas. Faut dire que Martine traîne une drôle de réputation derrière elle. Martine fait son cinéma.

Elle tourne chez elle, ou en extérieur, des petits films jugés X, qu'elle met en ligne sur Internet. Cela intéresse pas mal d'hommes friands de sexe mais ne trouvant pas toujours la satisfaction et l'épanouissement éjaculatoire légitime chez eux. Or elle vient de recevoir un message, photos à l'appui, lui proposant une somme rondelette si elle veut bien participer à des séances spéciales. Avec des enfants. Pour les encadrer une espèce de catcheur ne portant pour tout vêtement qu'une cagoule. Sa virilité est dressée comme le bras de la Statue de la Liberté, et aussi grosse, d'où le surnom dont il est affublé, La poutre de Bamako.

On honore ses saints comme on les aime. Et Requiem les aime beaucoup les... seins de Martine. L'entrée des artistes aussi, mais ne nous aventurons pas plus loin, cela relève du domaine privé. Disons que Requiem et Martine s'adonnent à la pratique du simulacre de la procréation, au grand dam du Patron du curé, celui d'en haut. Dieu si vous voulez que je vous mette les points sur les I.

Ce n'est pas cette séance non prévue dans les missels et les bréviaires qui incite Requiem à s'occuper de cet exorcisme particulier, mais bien parce que des enfants sont en cause.

Requiem propose à Martine de répondre à l'annonce à sa place et comme il manie habilement l'informatique, de suivre son correspondant de son ordinateur, grâce aux codes qu'elle lui délivre. Il se rend fréquemment chez elle, ce qui attise les regards des voisins jaloux et d'une voisine curieuse comme une vieille chatte.

Une partie de l'argent promis est déposée chez la jeune femme, ce qui fait réfléchir notre curé qui n'officie pas forcément chez les nudistes. Celui qui lui a demandé cette vidéo spéciale connait donc l'adresse de Martine. A-t-il péché quelque part ? Il semblerait bien que oui car Martine est retrouvée chez elle, assassinée et ayant subi des tortures avant sa mort et même après. Elle a été crucifiée, et d'autres éléments laissent penser que Requiem est dans le viseur de l'objectif.

Le commissaire Régis Labavure (ça ne s'invente pas !), ami de Requiem, se doute que le curé est au cœur de l'affaire mais pourquoi, comment, jusqu'à quel degré, autant de questions qu'il se pose, et bien d'autres plus tard lorsque des événements mettront l'exorciste en présence d'un des salaces (ça lasse ?) et que l'un des deux restera sur le bitume. Mais s'occuper l'esprit, c'est bien, faut également penser au physique et Requiem va prendre un abonnement dans une salle de fitness.

 

Concentré de Belmondo, Requiem possède la Ford Mustang coupé 1967 qui a servi dans Le Marginal, de Guy Gilbert, le prêtre des loubards avec son perfecto, de San Antonio pour sa verve et ses pointes d'humour assaisonnées d'interpellations au lecteur, et du Poulpe alias Gabriel Lecouvreur, Requiem est un fervent amateur de bières, notre curé atypique se lance dans une aventure à double facette.

Au début, c'est joyeux, mais pas gay, enlevé, saupoudré d'humour parfois potache, puis au fil des lignes et de l'avancement de l'intrigue, l'histoire se pare de couleurs sombres, pessimistes, et la séquence chez le médecin légiste n'est pas une simple documentation puisque l'auteur est lui-même thanatopracteur. Mais chassez le naturel il revient au galop et les références à Frédéric Dard, et à son fils Alix Karol, ne manquent pas, de même que celles destinées à Michel Audiard. Des citations musicales sont également disséminées dans le texte, à rechercher comme s'il s'agissait d'une chasse au trésor de la chanson française.

Après l'émouvant et historique Ravensbrück, mon amour, après le romantique et Au dramatique L'Amante d'Etretat, voici donc le décapant et décoiffant (vous saurez pourquoi en lisant ce roman) Je m'appelle Requiem et je t'...

Stanislas Petrosky est le nouveau Frégoli de la littérature populaire !

 

Stanislas PETROSKY : Je m'appelle Requiem et je t'... Préface de Nadine Monfils. Editions Lajouanie. Parution le 8 juillet 2016. 192 pages. 18,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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