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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:07

Hommage à John Dickson Carr décédé le 27 février 1977.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Les aventures, ou plutôt les enquêtes du colonel March, enquêtes pour la plupart traduites en France dans diverses revues, entre 1958 et 1973, enfin réunies en un volume.

Le colonel Perceval March fut interprété à la télévision britannique dans les années 1956/1957 par Boris Karloff pour vingt-six épisodes de vingt-six minutes chacun. La plupart de ces épisodes ont été diffusés sur les petits écrans durant l'année 1961. Des petits films, dont leur petit air désuet, qui seraient les bienvenus en rediffusion, le samedi ou dimanche soir par exemple, sur la Trois, en remplacement de Zorro dont les aventures tournent en boucle depuis des années et deviennent répétitives.

Pour en revenir au Service des Affaires Inclassables, ces nouvelles sont toujours agréables à lire ou à relire, car contrairement aux adaptations télévisées, elles n'ont pas pris une ride, ou presque.

L'écriture magique de John Dickson Carr probablement.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Le colonel March est le responsable d'un service spécial, une section à part dans Scotland Yard : le département des causes bizarres.

Lorsqu'une enquête piétine, car la solution en est particulièrement difficile à résoudre, le colonel March est appelé à la rescousse. Et il faut l'esprit subtil de ce policier pour découvrir le mystère des empreintes de pas sur une haie qui supporterait difficilement le poids d'un chat, ou encore comment a pu être réalisé un meurtre par des mains sans corps, ou même découvrir la cachette renfermant vingt-trois mille livres sterlings, alors que tout a été passé au peigne fin.

En prime aux sept enquêtes du colonel Marche, le recueil renferme quatre autres nouvelles, dont une inédite en français, ainsi qu'une postface fort intéressante de l'érudit Roland Lacourbe, spécialiste de John Dickson Carr et de son œuvre, et des textes de mystères en chambres closes en général.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables (The Department of Queer Complaints - 1940) Le Masque N°1919. Librairie des Camps Elysées. Parution mai 1988. 288 pages.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 14:33

Hommage à Jack Ritchie, né le 26 février 1922.

Jack RITCHIE : Papa météo.

Parmi les grands nouvellistes américains de littérature policière, Jack Ritchie peut être classé au niveau des meilleurs, des très grands, aux côtés de William Irish, Fredric Brown, Edward D. Hoch et quelques autres.

Pourtant son nom est souvent omis des bibliographies, études et autres ouvrages traitant de la littérature policière. Un oubli d'autant plus regrettable qu'il a écrit environ cinq cents histoires, destinées pour la plupart à des magazines spécialisés (il fut l'un des auteurs fétiches d'Alfred Hitchcock) et que les anthologies semblent incomplètes si son nom ne figure pas au sommaire.

Jack Ritchie n'a écrit qu'un roman - L'île du tigre publié en France chez Pocket en 1992 - et s'il est méconnu, en France tout du moins, faut-il y voir une relation de cause à effet.

Jack Ritchie était - il est mort en 1983 - un véritable orfèvre, un artiste dans son genre, et ses nouvelles sont de petits bijoux, des miniatures dont les dénominateurs communs sont l'humour noir et la machination.

La machination, la manipulation l'arnaque, semblent être le principal souci, la principale obsession de ses personnages, qu'il s'agisse pour eux de trucider leur femme, l'empêcheur de tourner en rond ou d'amasser rapidement et sans fatigue un joli petit pactole, de constituer pour l'avenir un doux matelas rembourré de billets de dollars.

Mais le bel ordonnancement par Jack Ritchie ne serait rien ou si peu s'il n'était assaisonné d'une pointe d'humour noir féroce. L'histoire prend toute sa saveur le plus souvent dans l'ultime phrase, décompressant le lecteur dans un retournement de situation parfois déconcertant.

Les Héros, bons ou méchants, ne sont pas décrits physiquement mais moralement, la plupart du temps par l'intermédiaire de dialogues percutants.

Jack Ritchie ne s''embarrasse pas de détails oiseux, ce qui en fait sa force et l'intérêt de ses histoires.

L'emploi systématique de la première personne du singulier invite le lecteur à entrer dans la peau du narrateur machiavélique. Une façon comme une autre, guère répréhensible mais jubilatoire, de s'investir dans l'habit peu reluisant d'une crapule ou d'un joueur d'échecs particulièrement retors, jonglant entre les bons et les mauvais sentiments.

 

Au sommaire de ce recueil :

Papa météo (The Weather man. Traduction de Jane Guyon). Publié en français sous le titre Papa météo, dans le recueil Histoires de machinations, Pocket no 3232, 1990.

Degré d'innocence (Degree of Guilt - traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Degré d'innocence, Paris, Opta, Choc Suspense no 2, juillet 1967.

Une fille s'en va (You Should Live So Long - traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Une fille s'en va, Paris, Opta, Choc Suspense no 3, octobre 1967.

Le chantage fantastique (The Crime Machine - Traduction de Michel Demuth). Publié en français sous le titre Le Chantage fantastique, Paris, Opta, Anthologie du Suspense no 4, 1966.

L'œil tranquille. Signé Steve O'Connell (The Quiet Eye - Traduction de Catherine Grégoire).

Le cœur de l'homme mort. Signé Steve O'Connell (Sund Alibi - Traduction de Pierre Caillet).

Tableau de chasse. (Kill Joy - Traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre Tableau de chasse, Paris, Opta, Choc Suspense no 2, juillet 1967.

L'époux de la minette (Devil Eyes - Traduction de Michel Deutsch). Publié en français sous le titre L'Époux de la minette, Paris, Opta, Choc Suspense no 3, octobre 1967.

Dix dollars en trop (The Enormous 10 Dollars - Traduction de Nicolette et Pierre Darcis). Publié en français sous le titre Dix dollars en trop, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 26, juin 1963 ; réédition dans le recueil Histoires de mort et d'humour, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3007, 1988.

Au petit matin blême (Good-by, World - Traduction Marcel Battin). Publié en français sous le titre Au petit matin blême, Paris, Opta, Choc Suspense no 4, janvier 1968.

Adieu, mémoire ! (Good By Memory - Traduction Denise Hersant). Publié en français sous le titre Adieu, mémoire !, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 12, avril 1962 ; réédition dans le recueil Histoires à n'en pas revenir, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3002, 1988.

Sous la lumière des réverbères (Under Dim Street Lights - Traduction Christine Lauffray). Publié en français sous le titre Sous la lumière des réverbères, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 33, janvier 1964 ; réédition sous le titre À la pâle clarté des ténèbres, dans le recueil Histoires piégées, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3005, 1988.

Tendre assassin (The Green Hart - Traduction de Michel Beauquey). Publié en français sous le titre Tendre Assassin, Paris, Opta, Alfred Hitchcock magazine no 32, décembre 1963 ; réédition dans le recueil Histoires riches en surprises, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche » no 3006, 1988.

Jack RITCHIE : Papa météo. Collection Blême N°2237. Editions 10/18. Parution novembre 1991. 240 pages.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 10:32

Fantastique fantastique !

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET.

La littérature fantastique possède ses sous-genres et donc ne se réduit pas à une forme définie mais englobe plusieurs composantes comme le fantastique animalier, le fantastique d'horreur, d'irrationnel, de rêves, d'événements maléfiques, d'apparitions spectrales ou tout simplement se décliner au quotidien comme la superstition et l'imputation de phénomènes non expliqués à des sorciers qui peuplent en général les campagnes. Elle peut se révéler diffuse, étrange, violente, mettre en scène une faune issue de l'imaginaire, ou se traduire par l'apparition de démons, d'objets devenant animés par la volonté d'un être aux pouvoirs étranges et souvent malveillant.

Tout ceci, et plus, est abordé et amplifié dans ce volume, et les précédents, par la volonté d'auteurs dont l'imaginaire fécond ne connait pas de limites. Un mélange d'horreur, de merveilleux, d'humour noir, d'impertinence, de psychologie (il en faut parfois), de causticité...

Le mieux, peut-être, est de vous présenter rapidement quelques-uns des textes figurant dans cette anthologie qui n'est pas axée sur un thème unique, mais pas tous car la découverte est encore plus intense lorsque l'on ne sait pas quel est le sujet traité.

 

Sylas : 3 kilogrammes.

Elle a fait un bébé toute seule. A trente-huit ans, il était temps. Trop grosse, elle n'avait trouvé personne à sa taille. Pourtant elle a fait un bébé toute seule (sur les conseils de Goldman peut-être). Une aimable variation sur le principe des vases communicants.

 

Béatrice Coudière : Le Voleur d'Ange.

Venise. La pluie. Tout est prêt pour la cérémonie d'ouverture du Carnaval. Laura devait incarner Marie en effectuant du haut du Campanile le Vol de l'Ange. Julia est perdue, hagarde dans la foule, à moitié folle, recherchant sa sœur dans les ombres, sous les masques, dans les flaques d'eau.

 

Elisa M. Poggio : L'imbricorioniste.

Le monde a changé, n'est plus comme avant. Tout est soumis aux appréciations et les bulletins d'imbricorion sont des rapports émanant d'un ministère, détaillant tout ce qui compose la vie des individus. La narratrice vient de recevoir le sien. Dans le même temps elle observe le manège de son voisin, vérificateur, qui récupère toutes sortes d'objets, de détritus dans les poubelles pour reconfectionner des robots ménagers ou autres. Lui aussi a reçu son rapport, dans l'inévitable enveloppe jaune poussin.

 

Xavier-Marc Fleury : Les rescapés du Gigantik.

Au début du siècle dernier au sud de la pointe africaine. Un navire attaqué par une pieuvre géante a dérivé durant trois semaines et est sur le point de sombrer. Seuls vingt-cinq passagers peuvent être récupérés, dont des enfants et une femme qui affirme être l'épouse du consul chargé de représenter les Indes en Afrique du Sud. Le commandant Prétorius, responsable de la base invite la jeune personne à sa table puis se permet quelques privautés à son encontre. Un texte qui lorgne du côté de Lovecraft et de ses monstres.

 

Véronique Pingault : Bessie et Jessie.

Deux femmes, Bessie et Jessie sont à bord d'un véhicule qui emprunte le tunnel sous la Manche puis traverse l'Angleterre et se dirigent vers un loch écossais en effectuant quelques détours. Bessie est plus âgée que sa passagère, et c'est elle qui tient le crachoir. Car Jessie ne parle jamais même si Bessie répond à ses questions, ses doléances ou ses avis.

 

Eric Vial-Bonacci : Lloupa rouge.

Une sympathique et astucieuse variation sur Le Petit Chaperon Rouge.

 

Thierry Jandrok : Dette de sang.

Hiver 1943. Hôpital de Bucarest. Marcus Radu est infirmier, tout comme son collègue Dragomir. Ils travaillent dans un pavillon spécial dirigé par le professeur Ionescu et sa femme Andreaa, neuroanatomiste de renom. Des cadavre étêtés traversent les couloirs sombres des souterrains qui communiquent avec le centre hospitalier tandis que des bocaux, disposés sur des étagères et emplis de formol, accueillent les têtes des défunts.

La science a ses exigences que les citoyens ordinaires ne peuvent comprendre.

 

Barbara Cordier : Scène de chasse ordinaire.

Disparu depuis plus d'un an et demi, le cadavre de monsieur de Cherval vient de réapparaître sous la forme d'abord d'une main découverte par un chien puis de reliquats d'os. Le narrateur assiste à l'inhumation. La famille lui précise bien que même étant proche de monsieur de Cherval, il n'aura rien ou presque. Tout gamin le narrateur aimait se rendre chez son vieil ami qui lui racontait des histoires et l'avait pris sous son aile tutélaire. Rien, il n'hérite de rien, sauf d'une tapisserie murale représentant une scène de chasse.

 

Suivent

 

Milora : Alice.

Pascal Malosse : La fuite.

NokomisM : Le collectionneur de plumes.

Kevin Kiffer : Mais quand vient le mot Fin ?

Olivier Jarrige : La dame du lac.

Anthony Boulanger : Sans terminus ?

Emilie Querbalec: Lisse, le cordon.

Alain Doré : Le chevrier.

Sarah Dunkel : Anguille.

Marie Latour : Le chat de Schrödinger.

Guillaume Suzanne : Cherchez l'Intrus.

Yves-Daniel Crouzet : Le chant de la harpie, le soir au fond des bois.

Dominique Lémuri : Externalisé.

 

En tout vingt-deux textes dont certains sont de véritables petites perles, à mon goût qui n'est pas forcément celui de tout le onde, chacun appréciant selon sa propre sensibilité. Des textes ardus, parfois un peu abscons pour ma pauvre petite cervelle de presque septuagénaire qui préfère l'action aux méandres psychologiques.

Nonobstant ce petit aparté, tous ces auteurs possèdent une plume, d'ailleurs nombreux ceux qui ne sont pas à leur coup d'essai, alliée à une imagination foisonnante, et je ne serai pas étonné de les retrouver dans quelques temps dans un programme plus ambitieux, un recueil de nouvelles à leur actif quoique ce soit un genre souvent délaissé par les lecteurs, ou un roman chez un éditeur exigeant, ce qui ne veut pas pour autant dire un éditeur parisien. Je pense à, outre Malpertuis bien évidemment, aux éditions Rivière Blanche ou encore Critic.

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET. Collection Brouillard. Editions Malpertuis. Parution 24 mai 2015. 260 pages. 16,00€.

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:10

Lorsque l'élève dépasse le maître !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

Ni parodiste, ni pasticheur, ni imitateur, ni copieur, Brice Tarvel est avant tout un continuateur créateur de rêves.

Et son quatrième volume, composé de deux romans, consacré aux dossiers secrets du Sherlock Holmes américain, nous démontre que non seulement Harry Dickson n'est pas un héros démodé mais que de plus Tarvel possède un imaginaire digne de Jean Ray.

D'ailleurs Brice Tarvel ne peut en aucun cas être considéré comme un pasticheur de Jean Ray puisque le grand auteur de fantastique belge lui-même avait écrit les aventures de Harry Dickson en traduisant à l'origine des fascicules hollandais dus à la plume d'auteurs allemands anonymes, et les trouvant fort médiocres les avaient retravaillées ou réécrites en se fiant aux couvertures d'origine.

 

Au sommaire de cet ouvrage deux nouvelles aventures :

 

Le Polichinelle d'argile.

En galopin turbulent et indiscipliné, Victor prend plaisir à exterminer les insectes et à martyriser les chats et les chiens. Kitty, la jeune bonne d'enfant, a eu beau le mettre en garde, lui prédisant :

Un jour, un troll, un géant, te donnera un coup de talon comme tu le fais à la gent trotte-menu.

Un soir Kitty est agressée par un gnome à la face de terre cuite, un nez crochu, coiffé d'un bicorne rouge, une fraise entourant son cou et un pourpoint chamarré ne cachant ni son ventre proéminent ni sa gibbosité. Si elle parvient à se débarrasser du gnome, Victor, lui, est enlevé. Elle a juste le temps d'entendre un homme signifier à son acolyte, c'est bon, Punch, regagnons l'auto en vitesse, et d'apercevoir le véhicule s'enfonçant dans la nuit. Tucky, le fils du pharmacien et trop timide amoureux de Kitty, alerté, découvre sur la route une main d'argile.

D'autres gamins sont portés disparus, et la police nage dans la panade. Le superintendant Goodfield se confie à Harry Dickson qui est fort intéressé par cette affaire fort étrange dont il a entendu parler par des rumeurs. Un polichinelle serait en cause. Muni de la main d'argile il se rend chez un célèbre et éminent minérographe qui après analyse donne son verdict. La terre qui a servi à mouler cette main provient d'Australie, et plus précisément de Pinjarra. Dickson va d'autant plus s'impliquer dans cette enquête qu'un de ses informateurs en culotte courte est lui aussi kidnappé.

Cette recherche va le conduire dans un moulin, en compagnie de Tom Wills, son fidèle assistant, dont une légende dit qu'il abrite un trésor viking. Et Harry Dickson va passer de sales moments par la faute d'un homme en noir borgne passionné de pratiques magiques aborigènes.

Une histoire qui ne laisse pas de pierre.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

La chambre effroyable.

Tout le monde aimerait vivre le plus longtemps possible, en bonne santé bien évidemment, mais quelles pourraient être les conséquences de cette immortalité ?

Un petit groupe de commerçants et de banquier ont imaginé annihiler la mort. Ils se sont regroupés et ont fondé le Cercle sombre, ou Dark Circle. Pour cela ils ont demandé à Asuman, un fakir hindou, de la capturer grâce à des manipulations dont seul il a le secret.

La consternation règne à Londres et plus particulièrement au 221b Baker Street. Mrs Crown, sa logeuse, Tom Wills, son fidèle assistant, le superintendant Goodfield, déplorent le décès accidentel de Harry Dickson, le célèbre détective.

Harry Dickson, alors qu'il poursuivait deux malfrats, a été percuté par un train. Voici pourquoi depuis deux jours il est allongé sur son lit mortuaire. Seulement à la grande stupeur des visiteurs venus à son chevet, il se réveille frais, prêt à repartir au combat.

Ce que n'avaient pas prévus les ravisseurs de la Camarde, c'est que s'ils détiennent Atropos, cela supposent quelques conséquences. Les humains ne meurent plus, de même que la faune dont les principaux représentants se trouvent être les rats qui commencent à pulluler.

Une histoire qui ne devrait pas vous faire mourir d'ennui.

 

En apocryphe talentueux, Brice Tarvel possède une double qualité. Outre un imaginaire que Jean Ray n'aurait pas renié, il puise dans le dictionnaire des mots obsolètes afin d'en truffer ses textes, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Des vocables qui le plus souvent collent au plus près de ce qu'il décrit. Ainsi des joues rubescentes. Aujourd'hui, on ne se sert plus que de rutilant, lorsque l'on veut préciser l'état d'une voiture par exemple. Ne lit-on pas : Une voiture noire rutilante. Or l'adjectif rutilant veut dire d'un rouge éclatant. Le français se perd, ma bonne dame.

Bien d'autres mots sont ainsi remis au goût inimitable du français de bon aloi, et au lieu d'aller piocher comme les bobos (bourgeois bohêmes), ou les bonobos (bourgeois non bohêmes), dans la culture anglo-saxonne, nos romanciers devraient suivre la ligne éditoriale de Brice Tarvel, quitte à eux de s'instruire, et utiliser des mots qui ont été créés depuis des siècles pour en faire bon usage, tout en dégustant une tasse de thé dans laquelle gisent quelques effondrilles.

 

Et si vous souhaitez faire un peu plus ample connaissance avec Brice Tarvel et sa production, jetez-un petit coup d'œil sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4. Collection Absinthes, éthers, opium. Editions Malpertuis. Parution décembre 2014. 130 pages. 11,00€.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 13:16

Mais tendres à digérer...

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Il existe des dates incontournables auxquelles on ne peut déroger. Le mois de novembre, par exemple : le 1er, jour de la Toussaint. Le 2, jour des morts. Le 11, signature de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale.

Il y a celles qui affectives, sentimentales, ne doivent pas être oubliées. L'anniversaire des amis, des proches, du mari ou de l'épouse, des gamins. Celles qui peuvent se révéler juteuses financièrement : l'anniversaire de la belle-mère, qui vous couchera sur son testament, de votre patron, qui pourra vous octroyer une augmentation, de votre député, les relations ça s'entretient, du commissaire ou commandant de gendarmerie, ce n'est pas pour des prunes.

Et celle, devenue incontournable, date que vous cochez avec jubilation, impatient que vous êtes, de vous rendre à Lamballe pour le Festival Noir sur la ville.

Et cette date là, vous l'attendez avec fébrilité. Las, cette année, alors que vous vous apprêtiez à boucler vos bagages, cette sympathique manifestation a avorté avant même de naître. En cause certains événements indépendants de votre volonté. Les 14 et 15 novembre, Noir sur la ville a été plongé dans le Noir.

Heureusement, si vous n'avez pu converser avec les invités, nombreux, vous pouvez en retrouver certains grâce au recueil qui, lui, a été édité et au sommaire duquel vous pouvez retrouver les signatures de trois pointures de la littérature policière noire, et celles de trois auteurs en devenir, pour peu qu'ils continuent dans cette voie.

Honneur aux petits jeunes qui jouent dans la cour des grands et pourraient bientôt les égaler, sinon les dépasser. Félicitations aux heureux parrains qui les accompagnent dans ce recueil. Voici donc par ordre d'apparition en scène :

 

T. A... : Médusé.

En 1920, le narrateur décide d'entrer dans la police de Chicago. D'origine irlandaise, il hait tout autant les Chinois, les Grecs, les juifs, les homosexuels et les Noirs. Mais s'il quitte sa famille, une famille industrielle nantie, c'est une forme de rébellion de sa part. Il veut quitter le Ku Klux Klan natal et arrêter les individus qu'il exècre en toute légalité. Sa première enquête consiste à retrouver le meurtrier d'une jeune Noire. Cela ne l'emballe pas, mais le chef a décidé.

La narration en est fluide et rappelle les auteurs du vingtième siècle pour qui l'écriture comptait autant que l'intrigue. Un début prometteur.

 

Marin LEDUN : Quelques pas de danse.

Emilie aime danser, plus particulièrement dans la boîte de nuit qui fonctionne les deux mois estivaux. Et elle a jeté son dévolu sur le videur, un grand Noir de cent vingt kilos. Il en impose mais devant elle il se fait tout petit. Amorena qu'il se nomme, et lorsqu'il la rejoint chez elle à sa demande, il sent des sueurs froides lui dégouliner sur le front. Emilie est gérante d'un chenil mais ne s'occupe guère de ses animaux. Elle vit avec Simon, un braconnier qui passe son temps dans la forêt à relever ses pièges dans une sorte de caravane.

Si cette histoire se déroule entre Pau et Bayonne, elle pourrait très bien avoir pour cadre un coin du Sud des Etats-Unis, ces contrées chères à Jim Thompson, Erskine Caldwell ou Ernest J. Gaines.

 

Elsa MARPEAU : Comme la pierre.

Son mari a offert à Alicia une paire de boucles d'oreilles, en or blanc. Mais Alicia s'ennuie, et ne s'occupe pas de son gamin de quatre ans. La bonne est là pour ça. Son mari est militaire, un changement de caserne se précise, et il se conduit comme une bête en rut. Leur nouvelle demeure, sise en haut d'une colline, permet de voir ce qu'il se passe au dehors. Il gèle, ou il pleut. Un jour son mari invite un petit soldat, qui bientôt va s'installer chez eux.

Insidieusement, ce récit dont le décor s'inscrit dans une guerre qui ne dit pas son nom, m'a fait penser à Raymond Radiguet. Allez savoir pourquoi.

 

Patricia PORTMAN : La mue.

Parfois, on se demande si les parents réfléchissent lorsqu'ils prénomment leurs enfants. Ainsi s'appeler Bahl et affubler leur fille du prénom d'Annie, au départ, cela ne prête par à conséquence, mais quand les gamins se moquent à l'école parce qu''ils regardent à la télé Agence Tout Risque et que l'un des protagoniste se nomme Hannibal, évidemment les moqueries fusent. Alors Annie décide de devenir Marianne. Un secret que promet de garder son amie, la narratrice. Elles prennent un appartement en commun, Marianne choisit d'étudier le droit. Devenir avocat, tel est son destin. Et son destin, elle va le rencontrer en la personne d'un homme qui fricote dans l'union corse, c'est-à-dire la Mafia.

L'histoire se déroule au Canada, une petite pointe d'exotisme ne nuit pas, et narre le parcours d'une jeune femme handicapée patronymiquement mais saura s'élever dans l'échelle sociale, même si ce n'est pas forcément du bon côté des barreaux.

 

Xavier RUGIENS : Portrait d'un rino féroce.

Travailler dans une morgue et voir le sac contenant le cadavre d'un centenaire bouger, il y a de quoi se poser des questions et même ressentir une pointe d'angoisse. Salvatore Antonino Uovosodo, dit Rino, à cent-cinq ans était résident à la maison du quatrième âge La Boccadoro. Avec Viviane Rutledge, un an de moins, ils faisaient la fine équipe, jouant au scrabble tout en devisant en sourdine. Que c'est-il passé, pourquoi le mort a-t-il ressuscité ? Deux questions auxquelles Xavier Rugiens répond avec humour, dans une chute digne de Fredric Brown.

 

Marie VINDY : Tais-toi !

David est âgé de douze ans, mais il en parait dix. Mais ce n'est pas cela qui le distingue. Il est mutique. L'homme qui l'a amené dans cette maison tente de l'intéresser aux travaux divers à entreprendre pour remettre l'habitation en état, à lui proposer des livres, à lui parler de sa mère qu'il a bien connue. Jusqu'au jour où une femme se pointe chez eux, se présentant comme venant de Paris et étant policière, commandant de la brigade des familles.

Une histoire tout en non-dits, en sous-entendus, avec pudeur, dont le rôle principal est tenu par un gamin, et dont le passé est comme enfoui sous des voiles que l'on n'ose pas soulever de peur de rencontrer des cadavres. Le tout enveloppé de réminiscences de textes de chansons de Maxime Leforestier.

 

Trois jeunes pousses encadrées par trois tuteurs, un bon cru qui aurait pu se déguster avec une bolée de cidre et quelques crêpes (de deuil ?), mais que l'on lira avec plaisir au coin du feu.

Et les organisateurs vous donnent rendez-vous à l'année prochaine dans des conditions qu'ils espèrent plus favorables à des rencontres festives et littéraires.

 

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Vous pouvez lire la chronique d'un précédent recueil :

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire. Editions Terre de Brume. Parution novembre 2015. 112 pages. 13,50€.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 08:40

Le poète a toujours raison...

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde.

Est-ce un recueil de nouvelles, de poésies, une compilation de brèves de comptoir, une succession d'anecdotes et de réflexions, des pensées profondes, philosophales, des billets d'humeur et d'humour...?

C'est un peu tout cela et beaucoup plus à la fois. Car l'esprit d'un littérateur ne se repose jamais. Il fourmille d'idées que son propriétaire doit coucher sur le papier, quel que soit l'endroit où il se trouve, sous peine qu'elles s'évanouissent à jamais dans les limbes de l'oubli.

 

Il est donc difficile de résumer cet ouvrage, qui d'ailleurs est la réédition de quatre livres parus chez divers éditeurs, dont Hors Commerce, dans les années 1990 et 2000, aujourd'hui épuisés. Autant les livres que les éditeurs d'ailleurs.

Des textes plus ou moins longs, comme peut l'être une courte nouvelle, d'une demi-page ou d'une trentaine, selon l'inspiration et le besoin de la chute, qui nous plongent dans un univers onirique trempé dans le quotidien d'un monde pessimiste teinté de nostalgie, d'humeur vagabonde, de dérision, d'envies, de besoins, de souhaits, de regrets, et une pointe (?!) d'érotisme coup de blues. Le spleen cher aux poètes suinte de ces lignes comme une rédemption, une panacée peut-être à effet placebo pour un esprit torturé et fébrile, le cynisme parfois cachant la timidité ou la gaucherie.

J'aurais aimé pouvoir vous donner en pâture quelques extraits, de courts textes de quelques lignes, un poème jeu de mot comme j'affectionne, mais sortir des lignes d'un contexte chimérique ou réel, résultat d'un besoin de s'exprimer, de se soulager, de s'épancher, me semble aller au-delà du souhait de l'auteur.

Pourtant les titres peuvent parler d'eux-mêmes :

Je te meurs; Courage, survivons; Pourtant, tous les espoirs semblaient permis; Je te crève tu me tues (poème); Exister relève du prodige...

 

Mais pour bien en comprendre le sens, la finalité, l'amertume qui se cache sous l'ironie, ou le contraire, l'humour désabusé, alimenté de fantasmes au charme vénéneux, il faut se plonger dans ces écrits comme on décortique un calendrier de l'Avent.

Seulement, si au début on se dit qu'on ne va en lire que quelques pages par jour, en dégustateur avisé et sage, on se prend au jeu et bientôt on se rend compte qu'on engloutit le tout en véritable affamé, avide de littérature proche de nous, que l'on ne peut s'empêcher d'avaler les textes les uns à la suite des autres, quitte à revenir en arrière afin d'en savourer tous les parfums qui se dégagent lentement dans nos petites cellules grises.

Ce recueil est composé de

Hymnes urbains; Angles d'attaque; L'endroit le plus fragile du corps de l'homme; Exister relève du prodige.

Hymnes Urbains. Hors commerce

Hymnes Urbains. Hors commerce

Angles d'attaque. Méréal

Angles d'attaque. Méréal

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Quleques chroniques de lecture :

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde. Hors collection. Multivers Editions. Parution décembre 2015. Format ePub et Kindle. 420 pages environ. 4,49€.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 16:01

Avec la mort en libre-service...

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria.

L'univers littéraire de Serguei Dounovetz est noir et ne possède aucune rémission. Ou presque. Les protagonistes subissent les aléas de la vie, ou les provoquent, jusqu'à leur extinction, comme une lumière qui aurait été allumée trop longtemps.

Douze nouvelles, pas une de plus pour ne pas tenter le sort, douze nouvelles, sombres, très sombres, avec quelquefois une lueur d'espoir sous forme de dérision, une éclaircie dans un monde voué au noir, comme douze peintures réalisées par Edward Munch.

Douze nouvelles dont le Languedoc et le Roussillon servent de décor, mais également Paris et peut-être Le Havre. Et bien évidemment certaines de ces nouvelles interpellent le lecteur pour des raisons personnels, sentimentales ou autres qu'il saura plaquer à sa convenance.

Ainsi dans P'tit bob nous entrons dans l'univers d'un amateur de rock, le vrai, celui qui déménage. Roberto est sous le charme de P'tit bob depuis que son grand-père Luigi, docker sur le port havrais, lui a donné en héritage Come and see me, un vieux 33 tours de 1978, et qu'il écoute en boucle depuis qu'il est tout petit et même avant. D'ailleurs c'est le seul qu'il possède. Pas grave. Roberto s'identifie à Little Bob, le chanteur de Little Bob Story, devenu Little Bob Blues Bastards.

Dans Walther, mon meilleur ami, Serguei Dounovetz nous entraîne dans le quartier de la porte de Vanves et d'Alésia. Ce quartier dans lequel vécut Georges Brassens, Renaud et quelques autres qui ont marqué leur époque. Tanguy se rend à un rendez-vous Porte de Vanves avec son meilleur ami, un Walther P38, dans la poche. Il a décidé de s'en débarrasser.

La main du diable nous propulse quelques siècles en arrière, chez les Hurons. Une série de meurtres se propagent dans un petit régiment. Un point commun relie ces exécutions et pour le capitaine Mandrin, les morts n'étaient pas exempts de reproches.

Pirate est un chat, ou plutôt était un chat. Et toute sa vie Pirate aura subi les avanies prodiguées avec une certaine jouissance par les humains et le mauvais sort. Seul Dominique, celui qui l'a recueilli quand il était encore un minuscule chaton, a essayé de l'entourer d'affection. Féline aussi, une vieille chatte. Mais quand le mauvais sort s'acharne, il n'y a rien à faire, sauf peut-être croire en un au-delà meilleur.

Le dernier pour la route, c'est Gonzo, le narrateur, le dernier d'une fratrie de cinq. Et une nuit ses frères reviennent lui rendre une petite visite. En rêve, ou en cauchemar. Ils sont tous décédés, d'une façon différente, mais ils sont bien morts, de même que son grand-père. Mais là ce n'est pas pareil que dans la réalité, celle qu'on lui a toujours serinée.

 

Ceci n'est qu'un petit extrait de l'univers de Serguei Dounovetz, un univers qui vous touche, car parmi ces nouvelles, l'une au moins s'approchera du vôtre, vous renverra dans votre enfance avec des désirs enfouis. Peut-être pourriez-vous être ce photographe au bout du rouleau, l'image d'une ancienne petite amie tournant en boucle dans son esprit, et qui va rendre visite à l'un des anciens professeurs qui s'était ingénié à vouloir le casser pour lui apprendre la vie. Ceci est décliné dans Il joue du piano avec les doigts des autres.

Laissez-vous prendre par la main pour visiter cet univers onirique, noir, sublime, poétique, tendre et violent, comme une douceur qui pétille en gouttes de feu dans votre bouche au fur et à mesure qu'elle se dissout.

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria. AAARG ! Editions. Parution 22 octobre 2015. 148 pages. 13,00€.

 

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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