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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 14:05

Voyagez à petit prix avec Alexandre Dumas...

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Grand voyageur, Alexandre Dumas, tout au long de ses pérégrinations, a su allier l'utile à l'agréable.

En effet, s'il voyagea de par l'Europe jusqu'en Russie et autour de la Méditerranée, ce fut tout autant pour rédiger ses romans et pièces de théâtre loin de la frénésie parisienne, parce qu'il était invité à participer à un périple, ou pour un mariage, comme celui du duc de Montpensier à Cadix, profitant de l'éloignement pour continuer sa route, ou tout simplement pour fuir ses créanciers.

Ainsi il a récolté, de l'Allemagne jusqu'en Tunisie, en passant par la Suisse, la Provence, l'Italie, l'Espagne, l'Algérie et la Russie, des légendes, des contes, des histoires réelles ou imaginaires, les embellissant, leur donnant du volume, des couleurs, leur offrant un écrin avec sa plume si virevoltante et enjouée.

Ces textes, il les compilait dans ses Impressions de voyage, que ce soit Voyage au Caucase, Le Véloce, Une année à Florence, Midi de la France et bien d'autres qui relatent ses différents parcours, les décors et les gens qu'il a connus ou rencontrés, ses impressions justement, ses aventures et mésaventures ainsi que les contes et légendes qu'il écoutait et notait précieusement.

Claude Seignolle a compilé des contes et légendes des provinces françaises, mais Dumas débute ses textes en se mettant lui-même en scène. Et même n'hésitant pas à payer pour que son interlocuteur lui raconte une histoire particulièrement intéressante, comme il l'avoue dans Ponce Pilate, qui se déroule en Suisse.

Il n'hésite pas non plus à s'arrêter en cours de narration pour apporter des explications, qu'il juge utiles, et qui bien entendu le sont. A cette époque, les voyages n'étainet pas de mise comme de nos jours et de plus le commun des mortels n'avait pas accès à des renseignements que l'on puise aujourd'hui allègrement dans des sites Internet. Ainsi au cours du récit intitulé Comment Don Villani prouva sa mort, écrit-il :

Pardon encore de cette nouvelle digression; mais, comme nous marchons sur un terrain à peu près inconnu à nos lecteurs, nous allons leur expliquer d'abord ce que c'est que les pauvres de saint Janvier, puis nous reprendrons cet intéressant récit à l'endroit même où nous l'avons interrompu.

Quant à Don Villani, il s'agit d'un homme qui se fit enterrer quelques jours avant que Dumas arrive à Naples, mais qui vit toujours. Don Villani est un homme impécunieux qui cherche par tous les moyens à se refaire une santé côté finances. Dumas est étonné de l'encombrement qui règne dans la Forcella, la rue des avocats et des plaideurs, et l'explication tient en ces quelques mots : il y a procès entre la confrérie des pèlerins et Don Philippe Villani et ce seigneur a été assigné afin de prouver légalement qu'il était mort. Mais qu'est-ce cette confrérie des pèlerins et pourquoi Don Villani doit-il prouver qu'il est mort, c'est ce que Dumas nous dévoile dans ce qui pourrait être une farce, une pantalonnade à l'italienne.

 

Ce n'est point à bord d'un paquebot moderne, dirigé parfois par un capitaine inconséquent qui fracasse son navire sur un rocher, mais dans un cabriolet ou à cheval que Dumas nous entraîne dans son périple, nous faisant partager ses rencontres.

Trente cinq historiettes sont recueillies dans ce volume et douze d'entre elles concernent l'Allemagne, grande pourvoyeuse d'histoires mystérieuses et ensorcelantes, à fortes connotations religieuses, mais sans prosélytisme, et leur pendant démoniaque avec des personnages ayant réellement existés dont l'aura n'est pas éteinte, ainsi que dans les légendes populaires comme celles mettant en scène fées et ondines.

Parmi celles consacrées à l'Allemagne, Dumas ne pouvait pas échapper à la légende de la Lorelei, La sirène du Rhin, cette nymphe qui attire les voyageurs grâce à son chant et fracasse leurs embarcations contre les rochers. Mais d'autres contes sont plus surprenants par leur origine ou les personnages qui en sont les héros.

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Ainsi dans Saint Goar le batelier, contemporain de Charlemagne qui lui offrit un collier préparé par Merlin, le personnage principal aide les voyageurs à traverser le Rhin en les invitant sur sa barque. Au cours du transfert, il demandait à ses passagers à quelle confession religieuse ils appartenaient. Et lorsqu'il était persuadé être face à un hérétique, il le baptisait rapidement et le jetait à la baille. Une forme catholique d'intolérance religieuse.

Nous retrouvons Charlemagne dans La maison de l'Ange, comme bâtisseur et transplanteur de la vigne d'Orléans sur les terres d'Ingelheim. Non seulement les ceps s'acclimatent sans problème, mais au contraire prolifèrent et offre un vin en qualité et quantité irréprochable. Une nuit, Charlemagne entend une voix qui lui ordonne Charles, lève-toi et vole. Obligé d'exécuter cette requête, au bout de trois récidives, Charlemagne se lève en pleine nuit. Il s'aperçoit alors que quelqu'un vient de lui voler son casque. Il s'agit d'un nain farceur qui lui propose un étrange marché.

Soit il s'agit d'une erreur typographique, soit Dumas s'est emmêlé dans les dates, mais selon le texte la construction du palais d'Ingolsheim aurait été décidée en 868 et la fin de son érection en 874. Or Charlemagne est décédé en 814. De plus il ne fut sacré empereur qu'en l'an 800, et donc cette demeure ne pouvait être qualifiée d'impériale à la fin de sa construction.

Restons encore le temps d'une histoire avec Charlemagne pour aborder celle de son neveu Roland, qui selon les historiens trépassa à Roncevaux. Mais qu'est-il arrivé à Roland, après Ronceveaux, ce preux chevalier qui avait laissé en Allemagne une belle jeune fille, Hildegonde, dont il s'éprit et dont en retour il était également aimé ?

Si Le diable et l'architecte est placé sous le signe de l'orgueil et pourrait figurer comme une parabole issue du Nouveau Testament, dans Les deux bossus le sentiment de jalousie est prédominant. Un conte que les frères Grimm n'auraient pas désavoué.

Mais avant de passer rapidement de l'autre côté de la Méditerranée, arrêtons-nous en Provence, avec La Tarasque, et cette fois encore nous sommes entraînés dans une histoire du Nouveau Testament et historique à la fois, puisqu'elle met en scène Marie-Madeleine, Marthe et Lazare. Une légende qui explique la vénération portée à Sainte Marthe par les habitants de Tarascon, une petite ville chère à un certain Tartarin de Daudet, et dont le nom a pour origine la Tarasque, un animal d'aspect rébarbatif qui pourrait rappeler un dragon. Mais des représentant de cet animal existent encore de nos jours et il n'est donc pas né de l'imagination populaire.

Dirigeons-nous maintenant vers Cadix, en l'an 711. Le roi Rodrigue règne sur l'Espagne, mais à cause de l'amour porté à une femme Doña Florinde et à une mauvaise interprétation d'une prédiction. Et c'est ainsi que les Mores envahirent le royaume hispanique et continuant leur chemin traversèrent les Pyrénées et remontèrent jusqu'à Poitiers. Mais ceci est une autre histoire.

Pour finir ici notre voyage, mais celui du lecteur continue jusqu'en Russie, dernière halte à Tunis avec Le Prince Charmant, qui ne l'était pas du tout. Par dérision et par compassion, ce jeune homme fut dénommé ainsi, dès sa naissance à cause de sa laideur. Le Bey, son père, avait exigé qu'aucun miroir lui soit présenté et ainsi il vécu durant une vingtaine d'années dans cette erreur et ce mensonge. Une historiette qui aurait pu figurer dans les contes des Mille et une nuits.

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Table des matières :

Préface de Francis Lacassin.

Aix-la-Chapelle :

Les deux bossus

La ruelle des lutins

Cologne :

Le diable et l'architecte

Les onze mille vierges

Au fil du Rhin :

Saint Goar le batelier

La sirène du Rhin

La maison de l'Ange

Le rocher du Dragon

Roland, après Roncevaux

Le chemin du diable

Le nain du lac et la dame noire

La fée des eaux

Suisse :

Le pont du Diable

Histoire d'un chien

Ponce Pilate

Comment Saint Eloi fut guéri de la vanité

Provence :

La Tarasque

Le dragon des chevaliers de Saint Jean

La chemise de la Sainte Vierge

Naples :

Le moine de San'Antimo

Comment don Philippe Villani prouva légalement sa mort

Le mariage sur l'échafaud

Cordoue :

Le cigare de Don Juan

Cadix :

Le roi Rodrigue

Tunis :

Les bonnets de coton

La tasse d'argent du bey

Le Prince Charmant

Bône :

Le lion et les Arabes

Constantine :

L'homme au couteau

Russie :

Un spirite

Le quarantième ours

Une légende de la forteresse de Saint-Pétersbourg

Les esprits sont revenus

Mort et résurrection d'Ivan le Terrible

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins. Préface de Francis Lacassin. Collection Omnia. Editions Bartillat. Parution janvier 2012. 378 pages. 12,00€.

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 14:38

Avec un billet d'aller-retour pour le pays

du surnaturel ?

Geneviève STEINLING : Partir pour revenir.

Enfant, j'aimais regarder les flammes dans l'âtre de la cheminée. Cela remplaçait avantageusement la télévision. Une distraction comme une autre.

Mais mon plus grand plaisir, c'était de prendre un livre et de m'enfermer dans mon monde secret, lisant avec voracité romans de cape et d'épée, romans d'aventures et romans ou contes fantastiques. Les aventures concoctées, dans des versions destinées aux enfants et parfois édulcorées, rédigées par Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Jack London, Jules Verne, Charles Perrault, les frères Grimm, Andersen, J.M. Barrie, Hector Malot, Charles Dickens, Erckmann-Chatrian, et bien d'autres, m'entrainaient hors du temps. Il m'arrivait de m'identifier aux héros, partageant avec délices et frayeur leurs aventures.

C'était dans les années 50 (1950, je précise), et depuis mes goûts ont évolués, avec des romanciers plus actuels, mais sans renier les précédents auteurs précités. La soixantaine largement dépassée (mais je ne suis pas en infraction au code de la route) je me régale toujours autant avec les mêmes auteurs et des romanciers ou nouvellistes modernes dans le domaine du fantastique, mais pas que.

Ainsi Geneviève Steinling, auteur de pièces de théâtre pour la jeunesse, a su me captiver avec quatre contes qui n'offrent pas de fées, d'enchanteurs, d'animaux au comportement humain, de manifestations magiques, de diables, de monstres, de spectres, mais offrent des possibilités d'entrer dans la frange du surnaturel tout en restant dans le domaine du quotidien.

Ce recueil est donc composé de quatre contes différents dans leur traitement mais qui abordent plus ou moins les mêmes thématiques.

La poupée qui chantait :

Fonctionnaire de police, Christine vient de cauchemarder. Sa fille en était la protagoniste, et Christine déplore l'absence de Jean son mari. Le lendemain matin, elle se voit confier une mission par son patron le commissaire de police. Alors qu'en général elle est affectée à un travail de bureau, voilà qu'il lui demande d'aller récupérer une lettre chez le nouveau propriétaire d'un domaine situé en dehors de la ville. Seulement Christine avait promis à sa fille qu'elles déjeuneraient ensembles. Tant pis, sur l'insistance de celle-ci, Christine emmène son adolescente avec elle recouvrer la missive qui semble fournir des données importantes pour une enquête pas encore résolue. L'ado veut absolument emmener Pierrot avec elle, Pierrot sa poupée de bois avec une tête en biscuit.

Le cordon est coupé :

Se réveiller dans ce qui semble être une chambre d'hôtel, cela arrive à tout le monde. Mais plus inquiétant c'est de ne se souvenir de rien. Que s'est-il passé la veille, et avant. La femme qui l'a fait émerger du sommeil dit s'appeler Maman Alice et elle l'appelle Zack, lui souhaitant bon anniversaire. Les murs sont blancs, nus, sauf une toile représentant un immeuble, aux multiples fenêtres. Celles-ci sont protégées par des barreaux. Une prison ? Pourtant figure un petit panneau avec un H d'inscrit. Un hôpital ? Le tableau est signé D.I.V.A.D. Qu'est-ce que cela signifie ? La porte est fermée à clef, de l'extérieur. Impossible de sortir. De se renseigner également car le cordon du téléphone est coupé. Pourtant la sonnerie l'a réveillé tout à l'heure, Maman Alice lui a parlé.

Marie-Carotte :

A vingt six ans, Rebecca est auteur d'ouvrages pour des enfants. Son héroïne se nomme Marie-Carotte et elle vit par procuration des aventures imaginées et peut-être vécues par Rebecca.

Dans le petit lotissement où est située sa maison, vivent monsieur et madame Picardo, et d'après cette voisine, le docteur, autre habitant des lieux, est un libertin. Ceci intrigue bien évidemment l'esprit curieux de Rebecca. D'ailleurs, le toubib lui propose de participer à l'une des soirées spéciales qu'il organise, une soirée à thème. Mais Rebecca refuse, n'étant pas intéressée par ce genre de rencontres. Un soir, elle aperçoit une voiture se garant devant la maison du toubib. En sortent une femme portant un loup, tenant en laisse un homme simplement vêtu d'un slip et d'un maillot de corps échancré. Décidément Rebecca préfère se consacrer à son nouveau roman mettant en scène Marie-Carotte. Mais ne voilà-t-il pas que cette jeune enfant envahit l'écran de son ordinateur et l'implore en lui demandant de la laisser grandir.

L'esplumoir :

Curieuse rencontre que celle qu'effectue Victor dans une rue, alors qu'il attend de traverser la rue que le feu tricolore passe au vert. Pour lui bien entendu. En face un homme âgé se démène comme s'il voulait l'interpeller. Une situation qui contente Victor : il est écrivain et il recueille sur des bouts de papier le moindre petit fait susceptible de devenir un épisode pour les histoires qu'il rédige à l'aide d'un stylo-plume intarissable. Lorsqu'enfin il peut traverser, l'homme a disparu mais subsiste de sa présence une montre-gousset. Victor est alors entraîné dans une histoire saugrenue. Un vieillard a investi le studio dans lequel il habite et la montre-gousset qu'il a trouvée fonctionne selon son humeur. Mais peut-être va-t-il avoir l'explication de ce phénomène auprès de déballeurs dans un vide-grenier.

 

Le thème de l'enfant, abandonné, volé, adopté dans des conditions particulière est traité dans les trois premiers textes, mais ce sont bien les interférences temporelles qui guident ces contes. Le retour dans un passé proche ou lointain, imaginé ou réel, comme une réalité virtuelle qui engloutit les personnages, les obligeant à vivre ou revivre des aventures qu'ils ont connues ou subies, à moins que ce ne soient que des cauchemars éveillés.

Un autre thème, sous-jacent celui-ci, s'impose. La solitude des personnages, même s'ils vivent en compagnie, s'ils ont des voisins, avec qui parler, échanger.

Geneviève Steinling nous emmène dans des histoires inquiétantes, de celles que l'on pourrait rêver, mais sans pourtant jouer sur l'épouvante ou la terreur. Tout est diffus et pourtant angoissant. Une conteuse à suivre.

 

Geneviève STEINLING : Partir pour revenir. Editions Mon Petit Editeur. Parution le 10 décembre 2015. 130 pages. 14,95€.

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 13:53

Un recueil en forme de testament...

Boris DARNAUDET : Chroniques cruelles d'hier et de demain.

Il est difficile pour un chroniqueur de présenter un recueil de textes écrits par un romancier et nouvelliste en devenir parti voir si ce qu'il avait imaginé correspondait à la réalité.

Le 30 août 2015, Boris a décidé de rejoindre le paradis des romanciers. C'est son choix que l'on doit respecter. Pourquoi, comment, faut-il vraiment épiloguer sur ce départ ? Il reste ses écrits, et le mieux pour lui rendre hommage, est de les lire.

Personnellement, je ne connaissais pas Boris. J'ai fait sa connaissance en 1997 avec le roman Daguerra cosigné François et Boris Darnaudet. Après quelques autres collaborations plus appuyées, Boris a décidé de voler de ses propres ailes et son premier texte en solo lu est Le projet Obis réédité dans ce recueil. Puis ce fut La colère des Dieux Aztèques chez Amazon. Plus quelques nouvelles dispersées ici ou là dans des revues mais le plus souvent en collaboration avec François son père, figure tutélaire. Sans oublier la saga de Xavi, De Barcelona à Montsegur (volume 2) et Détruire Roma (volume 3 à paraître), une œuvre collective à laquelle ont participé François Darnaudet, Gildas Giraudeau et Philippe Ward et éditée chez Rivière Blanche.

Ce recueil comprend donc trois romans, Chroniques de Don Emilio, Projet Obis et Le cycle du Cube, une novella Nindô qui devait faire l'objet d'un roman mais reste inachevé et sept nouvelles. Trois d'elles relève du domaine de la SF, les quatre autres du domaine fantastique.

Il est à noter que souvent pour ses romans, Boris les construisait à partir de nouvelles qu'il cannibalisait, le tout formant un texte pourtant très compact.

Par exemple la nouvelle Celui qui sème parue précédemment en solo dans le volume Projet Obis a été intégrée dans Chroniques de Don Emilio. Pour mémoire : Celui qui sème nous invite à effectuer un petit voyage en arrière de quelques siècles au moment où les Espagnols tuaient sans état d’âme et avec la bénédiction de la religion les autochtones des nouveaux territoires découverts par les explorateurs intrépides. Mais imposer sa religion par la force, assassiner, exterminer sans vergogne la population locale est sans compter sur les dieux des contrées ainsi conquises. La nouvelle L'argent du voleur, parue dans Lanfeust Mag N° 152 en 2012, constitue le premier chapitre des Chroniques de Don Emilio. Ces chroniques ont été inspirées par la lecture de La conquête du Mexique par Bernal Diaz Del Castillo, et l'univers de cette invasion espagnole au pays des Aztèques lui avait également fourni la trame La colère des dieux aztèques.

Parmi les nouvelles de SF : Le sas qui est une allégorie concernant la surpopulation. Heng est un employé un peu particulier. Il est chargé de procéder à l’élimination par injection des personnes qui désirent se faire euthanasier. La population a été classifiée et ce matin-là se présente un vieil homme, un quinquagénaire, un SDF classé Epsilon. Justement ce sont ceux-là qui doivent mourir en priorité. Mais les candidats à la mort sont nombreux et volontaires. On retrouve peut-être l’influence de Aldous Huxley et de Le meilleur des mondes avec cette classification alphabétique grecque des individus.

Mille Milliards de New-Yorks est à la nouvelle fantaisiste ce que la chanson à texte est à la chanson de variété. Un peu comme La mémoire et la mer de Léo Ferré par rapport à La danse des canards. C'est beau, de la prose poétique qui se veut joyeuse mais m'a semblé légèrement opaque.

 

Le dernier métier est tout aussi dérangeant que Le Sas, et pourtant bien réel car déjà les prémices se font sentir insidieusement. L'univers des jeux vidéos ou plutôt des joueurs qui consacrent leur vie à cette passion qui devient une drogue. X@ndor777 pratique les jeux vidéos, surfe sur la Gameframe comme 99,99% des citoyens. Et il est tout étonné d'apprendre que d'autres individus se réunissent afin de discuter sans être assujettis à cette nouvelle drogue mentale. Il est ami avec Morpheus, un écrivain-scénariste, la dernière profession existante. Tout le reste est effectué par des machines qui fonctionnent de manière autonome. Et l'amour dans tout cela ?

Parmi les nouvelles dites fantastiques, j'ai particulièrement apprécié La nuit du bayou, qui nous plonge quelque peu dans l'atmosphère d'un vieux feuilleton télévisé, et se range dans ce genre quelque peu délaissé, le western fantastique. Tim l'Irlandais et ses amis, le vieux chamane Chactun et le moine guerrier Li, se présentent chez Richmond, le maire de La Nouvelle-Orléans, dont la fille a disparu. Ils se font fort de la retrouver mais d'autres prétendants détectives sont déjà sur place. Notamment Jim South et son acolyte Artemus Goudron. Mais à cette disparition se greffe une autre histoire, celle de documents dont la valeur est jugée inestimable.

Le cinglé est l'un des premiers textes de Boris et tient en trois pages denses. Fred est paranoïaque et schizophrène, qui pense qu'on lui en veut. Il se méfie de tout et de tous, masquant par un bout de scotch la caméra de son ordinateur et suivant des cours de krav maga. Mais qu'en est-il vraiment et sa défiance est-elle justifiée ?

Dans Réflexions sur la vie et la mort, un extrait du journal de Boris est extrêmement significatif des doutes de l'auteur. Et cette phrase ne peut laisser indifférent :

Si notre vie n'est pas due au hasard, la mort permet de connaître la vérité ou tout au moins est le pas suivant vers la découverte de notre vraie nature.

L'on appelle cela de la folie, mais moi, j'appelle cela de la curiosité.

 

Salut Boris ! Je ne te connaissais pas mais j'ai passé d'agréables heures en ta compagnie !

TABLE DES MATIERES:

Préface de Philippe Ward.

 

Chroniques de don Emilio.

 

Nouvelles de sf

-- Le sas

-- Mille milliards de New-Yorks

-- Le dernier métier

 

Projet obis.

 

Le cycle du cube :

-- Gro-mak-gra-che

-- Le dieu venu d'un autre monde

-- Jérusalem

-- La traque sans fin.

 

Nouvelles fantastiques

-- La nuit du bayou

-- Le cinglé

-- Le père Léon

-- Fin de vie

 

Nindô


Réflexions sur la vie et la mort. Extrait de Journal
Biobibliographie
Bibliographie
Postface de Sergueï Dounovetz.

 

Boris DARNAUDET : Chroniques cruelles d'hier et de demain. Hors collection. Editions Rivière Blanche. Parution 1er juin 2016. 312 pages. 18,00€.

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 13:10

Et pour se procurer ces trésors, point n'est besoin de fracturer un coffre-fort !

Les Trésors de Baskerville. Anthologie présentée par Jean-Daniel Brèque.

Il fut un temps où les magazines spécialisés en littérature policière, Ellery Queen Mystère Magazine, Alfred Hitchcock Magazine, Le Saint Magazine, pour ne citer que les plus connus et dont la longévité a parfois dépassé plusieurs décennies, ces mensuels permettaient de présenter aux lecteurs des nouvelles ou courts romans écrits par des pointures ou de jeunes pousses, tout autant anglo-saxonnes que françaises. Et combien ont pu se faire un nom et entrer dans des maisons d'éditions grâce à leurs textes.

Heureusement, il existe encore des passionnés pour non seulement proposer des anthologies mais également des auteurs pour la plupart tombés dans les oubliettes de la littérature populaire, d'évasion, policière, et dont les nouvelles sont de véritables petites perles.

Pour commémorer les 5 ans (déjà !) de la collection Baskerville (2011-2016) et afin de célébrer cet événement, Jean-Daniel Brèque a sélectionné cinq récits introuvables dus à ceux que l'on pourrait appeler les grands précurseurs de la littérature policière, ayant vécu fin du XIXe, début XXe siècle :

 

Grant ALLEN: Le grand vol de rubis.

Riche héritière, Persis Remanet est Américaine. Elle est hébergée à Londres, et participe à de petites fêtes et des réunions huppées, exhibant un magnifique collier de rubis. Elle fait la connaissance d'un Irlandais, Sir Justin. Le coup de foudre de la part de ce soupirant qui la raccompagne jusque chez elle, enfin chez les amis où elle est logée. Dans la nuit, son collier de rubis est dérobé.

Presqu'une parodie de nouvelle policière, humoristique, grinçante parfois, qui se moque gentiment mais ouvertement des Américaines et d'un enquêteur chargé de retrouver le collier.

La vie serait dure pour tout le monde (et en particulier pour les politiciens) si nous étions toujours liés par nos déclarations de la veille.

The Great Ruby Robbery. The Strand Magazine. Octobre 1892.

 

Robert BARR: Le mystère des 500 diamants.

Ancien chef de la Sûreté, durant sept ans, à Paris, Valmont a été obligé de s'exiler à cause d'une affaire dans laquelle il a été impliqué à son corps défendant. Depuis il vit à Londres exerçant la profession de détective privé, ce qui lui convient nettement mieux, financièrement. C'est l'affaire qui déclencha son renvoi que le narrateur évoque ici. Le Collier de la Reine, un collier de diamants découvert au château de Chaumont, portant malheur, selon les croyances, à celui qui le détient et qui entraînera le policier dans moult aventures pour le compte du gouvernement français.

The Mystery of the Five Hundred Diamonds. The Saturday Evenig Post. 4-11 juin 1904.

 

Richard MARSH: Haute finance.

Lorsqu'un boursicoteur (on ne parlait pas encore de trader à l'époque), afin de gagner beaucoup d'argent et même plus, propose à un ami une opération qui devrait leur rapporter une fortune. Mais pour cela, il suffit de fomenter une guerre entre la France et l'Allemagne. L'appât du gain mène à tout.

La Haute Finance. The Windsor magazine, février 1902.

 

Barry PAIN: Smeath le voyant.

Clerc d'avoué, Percy Bellowes désire gagner de l'argent mais il n'a pas encore trouvé sa voie. Il joue du violon, du cornet, danse à l'américaine, a figuré dans une troupe théâtrale, mais sans réel talent. Il se découvre toutefois une prédisposition dans la prestidigitation. Cela va un temps mais il faut trouver autre chose. L'hypnose par exemple. La rencontre avec un personnage dont il décèle des dons de voyance va pouvoir lui permettre de monter son pécule. Mais il arnaque son complice qui lui ne rêve que d'oiseaux.

Une historiette qui devrait ravir les amis des animaux, surtout ceux qui apprécient les hiboux.

Smeath. The London Magazine, avril 1911.

 

Fergus HUME: la danseuse espagnole.

Médecin, débordé par le nombre de patients à soigner, Dick est content de retrouver son cousin Tancred qui revient d'Espagne où il a séjourné durant deux mois. Trancred a la mine défaite, il est décharné, et il affirme être poursuivi par des démons. D'ailleurs, Dick l'entend peu après, un air de guitare retentit d'on ne sait où. Débute alors une étrange histoire dont Séville sert de décor. Dans le quartier gitan, Tandred assiste à une scène étonnante. Une jeune femme nommé Lola danse en jouant avec une tête de mort. Tandred est fasciné mais s'approche un peu de trop près de Lola, ce qui ne plait guère au compagnon de la danseuse. S'ensuit une rixe, et un mort.

Dans un contexte fantastique, cette nouvelle nous entraîne en de nombreux pays d'Europe, et jusqu'aux Antipodes pour revenir dans l'Angleterre des Hauts de Hurlevent. Une nouvelle à en perdre la tête.

The Dancer in Red. 1906. Première traduction dans Ric & Rac, 24 mars 1934 par René Lecuyer.

 

Toutes ces nouvelles sont traduites ou révisées par Jean-Daniel Brèque.

 

Cinq nouvelles dues à cinq auteurs différents et dont la thématique est elle aussi totalement différente. Certaines d'entre elles sont d'actualité, comme quoi nos conteurs, romanciers d'aujourd'hui, réadaptent au goût du jour des situations qui ne sont pas "nouvelles".

Un recueil indispensable, à mes yeux, pour qui veut connaître des conteurs et romanciers, leurs préoccupations et leur imaginaire, auteurs de textes qui n'ont pas vieilli et ont traversé le siècle et plus sans prendre une ride.

Et il faut saluer le gros travail de recherche et de défrichage de Jean-Daniel Brèque qui œuvre en dehors des modes pour notre plus grand plaisir.

Les Trésors de Baskerville. Anthologie présentée par Jean-Daniel Brèque. Editions Rivière Blanche. Parution 2016. 132 pages. 5,00€

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 18:47

Et pourquoi les magazines féminins seraient-ils

destinés uniquement aux femmes ?

Magazine Nous Deux N°3598 du 14 au 20 juin 2016.

Ne serait-ce pas de la ségrégation ?

Faisant fi du ricanement de certains, et sachant que le ridicule ne tue pas, la preuve, je me suis acheté puis ai offert à ma femme le dernier Nous Deux en date.

Pour des raisons simples qui se nomment littérature et découverte.

En effet les magazines, les périodiques qui proposent des nouvelles inédites et variées sont de plus en plus rares. Plus rares que les vulgaires revues consacrées au voyeurisme ciblé stars et politiciens en mal de publicité et qui font tout pour attirer le regard sur eux.

Donc revenons à Nous Deux que j'ai feuilleté, comme il m'arrive souvent de parcourir des revues dans mon hypermarché, que ce soit musicales, historiques ou politiques, de moins en moins ces dernières puisqu'elles ne reflètent que le bon vouloir de leur financier de patron, donc en feuilletant le Nous Deux en question, j'ai découvert qu'au sommaire figuraient deux nouvelles signées par des figures littéraires qui ne m'étaient pas inconnues : Frédérique Trigodet qui est publiée chez SKA éditeur, et Jean-Marie Palach chez Pavillon Noir et Daphnis et Chloé.

Pour 2,10€, je me suis dit in petto, oui je me parle à moi-même parfois ne craignant pas la contradiction, que pour ce prix-là je pouvais me l'offrir, et qu'éventuellement je l'offrirai à quelqu'un d'autre, femme ça je l'ai déjà dit, filles, belle-sœur, voire pourquoi pas mon médecin afin qu'il renouvelle son stock, en ayant soin au préalable de mettre de côté les textes des deux auteurs cités et hypothétiquement d'autres textes qui me sembleraient intéressants.

Pour une fois, je vais essayer de faire court, ça me changera, dans la présentation de ces deux nouvelles, sachant qu'il y en a quatre au sommaire, plus des romans-photos pour ceux qui s'intéressent à ce genre romanesque.

 

Frédérique Trigodet : Le pavillon d'été, catalogué sentiments.

Avoir un master de Lettres et Communication peut être pénalisant, Coraline s'en rend compte et en est fort marrie. Elle est obligée de rabaisser son niveau d'études afin d'obtenir un emploi, loin de Paris, dans le bassin d'Arcachon. Quatre mois sans emploi, quatre mois de repos forcé, et le loyer à régler, Coraline a accepté le statut d'employée polyvalente pour l'été, pour une famille de la bonne société bordelaise. Elle va loger dans un pavillon d'été, un cabanon de jardin, non loin de la mer et de la villa de ses patrons.

Entre divers petits boulots qui lui prennent son temps, au potager, à la cuisine, au ménage, lecture au maître de maison dont les yeux sont défaillants, Coraline n'a guère le temps à batifoler. Pourtant il lui semble bien que l'un des fils, Antoine, le célibataire, charmant et irritant à la fois, la drague. Mais son ton mielleux l'importune.

Une nouvelle romanesque charmante, pleine de douceur, et le personnage de Coraline est attachant et sympathique. Les autres protagonistes, à vous de voir si leur comportement vous agrée.

 

Jean-Marie Palach : Justice céleste. Suspense.

A quelques semaines de son départ à la retraite, le capitaine Didier Virnois est en planque dans sa voiture banalisée devant un hangar désaffecté face à une cité en banlieue parisienne. C'est son collègue le lieutenant Christophe Coton, un gars taciturne, sérieux, cachant jalousement sa vie privée, qui lui a donné rendez-vous. Ils sont sur la piste du Gang des oiseaux, des malfaiteurs qui détroussent les clients des restaurants et hôtels de luxe de la capitale, attifés de masques de volatiles.

Au dehors, la tempête fait rage, les éclairs illuminent par à-coups le parking, le tonnerre gronde, la pluie ne cesse de tomber et le vent arrache des tôles. En attendant une accalmie, Virnois pense, revoit des épisodes du passé, notamment un de ses collègues qui s'est suicidé, des affaires qui remontent à loin, lorsqu'il était jeune et fringuant.

Un suspense habilement maîtrisé et qui réserve son lot de surprises. Aide-toi, le ciel t-aidera, paraît-il. Jean-Marie Palach a dû imaginer son historiette lors d'un orage.

Une petite rectification toutefois : Le théorème de l'uppercut n'est pas le dernier roman en date de Jean-Marie Palach, comme annoncé en marge de la nouvelle mais Du sang sur le tapis rouge dont vous pouvez découvrir la chronique ci-dessous.

Conclusion : Dorénavant et désormais, toutes les semaines, je surveillerai le sommaire de Nous Deux, en solitaire, afin de découvrir si un nom connu ne s'est pas glissé au sommaire des nouvellistes, et en n'oubliant pas que de nombreux romanciers ont fourni à Nous Deux des nouvelles, ne serait-ce qu'André Caroff et d'autres. Malheureusement, souvent ce fut sous pseudonyme, et il est parfois difficile de traquer qui est qui.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:28

A déguster sans modération...

Jean RAY : Les contes du whisky.

Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.

En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.

Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.

Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925 puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.

Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans A minuit, le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :

Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes.

Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.

L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.

Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur.

C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.

On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).

Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?

Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :

Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui.

Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.

Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.

Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre La croisière des ombres, qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans La croisière des ombres, volume pour paraître prochainement.

Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

 

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Jean RAY : Les contes du whisky. Alma éditeur. Parution 12 mai 2016. 288 pages. 18,00€.

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 08:08

Des hommes en noir sur des pelouses vertes, cela doit se voir...

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir.

Ces hommes en noir, ce sont ceux qui ne font partie d’aucune équipe, qui courent sur le terrain comme des dératés, qui s’époumonent le sifflet à la bouche, qui se distinguent en portant des habits qui sont différents des joueurs lesquels folâtrent sur la pelouse, et qui tendent vaillamment, le bras rigide, une biscotte, un carton jaune en langage footballistique, ou pis un carton rouge, signification de l’expulsion.

S’instituant manager sélectionneur, entraîneur, et inspecteur, Frédéric Prilleux a sélectionné dix-sept candidats prêts à se lancer dans la fosse aux lions, je veux dire dans les arènes du football, et officier déguisés en homme en noir qui justement ne le sont plus beaucoup habillés de la sorte.

Ne se refusant rien il requiert également l’assistance d’un ex-arbitre international, Bruno Derrien qui inflige un premier avertissement, histoire de mettre la classe au pas.

En bon entraîneur soucieux des règles Fred Prilleux assène le second avertissement. Bien sûr dans ce contingent les vétérans côtoient les jeunots, tous issus de l’amateurisme. Décortiquons donc cette équipe mixte, l’intention de ces prétendants qui ne se prennent pas toujours au sérieux, leurs valeurs, leur conception du jeu, les débordements qui les guettent, leur faculté de rester neutre, leur prise d’initiative, leurs qualités individuelles et leur volonté à faire respecter les règles tout en essayant de rester calme, voire flegmatique.

Car comme dans tout jeu, il existe des règles à appliquer quel que soit l’enjeu. Les aspirants arbitres ont donc été confinés dans une salle avant l’épreuve pratique sur le terrain afin de tester leur souffle, et ont dû sacrifier à la partie écrite, pas toujours évidente. Car il ne leur suffit pas dans l’exercice de leur fonction de reconnaitre un numéro et de le noter sur un petit carnet, ils doivent connaître les lois qui régissent ce sport. Et afin de tester leurs connaissances, ils planchent devant une double feuille A4, en déclinant la règle qu’ils ont tirée au sort et, afin d’éviter toute tricherie, chacun des postulants s’est vu attribuer une loi différente de celle son voisin.

Dix-sept hommes, et femmes qui comme dans le corps arbitral sont peu représentées, dissertent donc sur la loi qui lui est propre et si leurs copies sont jugées satisfaisantes, ils seront reçus ou éliminés. Etant membre du jury des correcteurs je me suis donc attelé à lire leur prose en toute impartialité, et en mon âme et conscience, je peux vous affirmer qu’ils ont tous réussi leur examen de passage.

Figuraient, par ordre de remise des copies, Marc Villard, Jérôme Leroy, Jean-Hugues Oppel, Michel Pelé, Thierry Gatinet, Denis Flageul, Jean-Luc Manet, Thierry Crifo, François Thomazeau, Pierre Cherruau, Olivier Thiébaut, Annelise Roux, Caryl Ferey, Jean-Marie Villemot, Marcus Malte, Jean-Noël Levavasseur et Dominique Sylvain.

Difficile de pouvoir faire émerger un texte par rapport aux autres car chaque sujet proposé et traité étant différent, la comparaison se révèle difficile. Pourtant j’attribue une mention spéciale à Jean-Marie Villemot qui ne profitera pas de son diplôme, étant malheureusement décédé dans les entre-faits, et qui ne s’est pas contenté d’interprété sa vision de la loi qui lui avait été attribuée : Le coup de pied de réparation.

Cette difficulté qu’il s’est volontairement infligé a été de rédiger son texte en alexandrins. Pas moins.

Pendant ce temps ses petits camarades s’évertuaient à coller une histoire à la loi qui leur avait été attribuée. Parmi celles-ci, je pourrais citer : Le terrain de jeu, le ballon, l’équipement des joueurs, l’arbitre, la durée du match, le coup d’envoi et la reprise du jeu, les fautes et comportement antisportifs, la rentrée de touche ou encore le coup de pied de coin, toutes règles à observer et auxquelles les joueurs doivent se plier.

Seulement, et les rédacteurs l’ont fort bien mis en exergue, tout autant les joueurs que les supporters, n’acceptent pas forcément les décisions prises et parfois cela devient la cacophonie et la confusion aussi bien dans les tribunes que sur les terrains. Les empoignades ne tardent pas à se manifester sous forme de coups de poing et de pied. Expulsions puis vengeances touchent aussi bien les professionnels que les amateurs, lors de matchs de coupes ou rencontres hebdomadaires entre clubs de petits villages qui se crêpent le chignon pour des broutilles.

Et les auteurs nous relatent, nous remettent en mémoire quelques bousculades célèbres, quelques tacles bien appuyés, quelques gestes qui ont défrayé la chronique sportive. Mais quoique l’on fasse, il existera toujours des erreurs d’arbitrage, des fortes têtes, des excités, des revanchards, des pots de vin, et quand même de jolis moments de jeu, de passion, de communion. C’est ce que nous démontrent tous ces auteurs qui effectuent leurs reportages à chaud.

N’oublions pas ces répliques cultes que nous rappelle fort justement Thierry Crifo :

Monsieur l’arbitre a toujours raison, n’est-ce pas Jean-Mimi ?

Tout à fait Thierry…

Je précise que point n’est besoin d’être amateur de foot, d’en connaître les arcanes, pour déguster ce recueil.

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir. Collection Petite noire. Editions les Contrebandiers. Parution janvier 2011. 170 pages. 15,00€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:10

Le roi des détectives, le Sherlock Holmes américain, le détective de l'impossible,

l'immortel Harry Dickson est de retour !

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Tout comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle, Harry Dickson possède ses admirateurs qui en véritables passionnés perpétuent ses aventures dans des ouvrages apocryphes, des pastiches qui ne sont pas parodiques mais entretiennent la légende.

Robert Darvel est de ceux qui perpétuent sa mémoire, tout comme l'ont fait ou le font encore Gérard Dôle et Brice Tarvel.

Mais reste l'examen de passage. Et à la lecture de ces cinq histoires, dont quatre avaient été précédemment publiées sous de très belles couvertures, aux éditions du Carnoplaste, on peut dire que Robert Darvel respecte le fond et la forme tout en imaginant de nouveaux épisodes tout aussi prenants, surprenants, plongeant le lecteur dans une atmosphère digne de ceux écrits par Jean Ray.

Le fond avec cette ambiance fuligineuse qui entoure chacune de ces enquêtes, souvent enrobée de fantastique, et dans la forme avec des phrases élégantes sublimées par l'adjonction recherchée de mots désuets, sans pour cela tomber dans la facilité de la vulgarité. Ce qui nous change d'une grande production actuelle et nous ramène au bon vieux temps où les écrivains avaient du style, et surtout n'utilisaient pas, pour masquer leur méconnaissance de la langue française, des mots issus du vocabulaire anglo-saxon, sans que cela soit justifié. Mais ceci est un autre débat.

Mais explorons un peu cet ouvrage :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le dieu inhabité. Harry Dickson N°185.

C'est Goodfield qui l'affirme, il s'agit d'un crime banal. Mais pour Harry Dickson, qui habite non loin du lieu où s'est déroulé le meurtre, aucun crime ne saurait être qualifié de banal. Une femme aux mœurs légères a été retrouvée égorgée et son corps a été placé dans un broyeur. Pas beau le corps, sauf pour le médecin légiste. Un policier a aperçu le meurtrier mais n'a pas réussi à le rattraper. C'est lui qui a prévenu Goodfield lequel s'est rendu séance tenante chez Harry Dickson. Un autre assassinat est perpétré dans les mêmes conditions, à la différence près qu'il semblerait que le second tueur soit un gamin ayant copié le maître. Les événements se précipitent, Ted Manley est retrouvé décapité, un gamin ayant Auntie Daphné dans la tête est alpagué mais échappe aux policiers dont un qui possède une oreille factice, et des plumes blanches sont retrouvées voletant de-ci de-là. Le gamin s'est défilé mais il a laissé derrière lui une chaussure contenant son pied. Un pied factice lui aussi. Pour Harry Dickson, il faut interroger le fabricant, un artisan ébéniste-prothésiste. Seulement Goodfield a lui aussi été égorgé...

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le secret de la pyramide invisible. Harry Dickson N°183.

Quatre hommes ont rendez-vous à Haggerdale Manor, un château en ruine dans la lande Whitestone Heath, propriété de Augustus Haggerdale qui n'a pas donné signe de vie depuis des années. Le mystère plane et la mort rôde. Deux ingrédients qui ne peuvent qu'inciter Harry Dickson et son sympathique élève Tom Wills à enquêter sur place. Une affaire qui ne va pas les laisser de glace, à laquelle on ajoute des singes, une pyramide incongrue, une tempête fantastique et autres éléments propices à nous plonger dans une aventure dont les stigmates peuvent se lire sur des visages.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La treizième face du crime. Harry Dickson N°202

De retour d'Equateur où il a accompli avec succès un accord portant sur l'importation de satin, George Beetham est importuné sur les quais par un barbier qui veut à tout prix lui faire la barbe. Beetham l'éconduit, il n'a pas besoin de ses services, et il s'éloigne rapidement. John Symond, un collègue de notre voyageur devait lui proposer de l'emmener en cab. Tant pis pour George et comme Symond n'a pu se tenir au courant des derniers événements, il achète au crieur qui passe le journal du jour. La manchette annonce un nouveau crime horrible. Le Barbier Gloussant a encore sévi. Et ce n'est pas fini car George est suivi et même précédé par ce fameux barbier, qui n'est pas de Séville. Alors que le figaro s'apprête à trancher la gorge de George, deux piliers encadrant un porche et représentant deux colosses s'emparent de l'individu et le portent dans une niche où se terre la reine Elisabeth, Première je précise, et le broient. Une affaire qui ne peut laisser indifférent Harry Dickson, toujours accompagné de Tom Wills, et entraînera les deux hommes dans les dédales d'un Londres particulièrement sanglant.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La rivière sans visage. Harry Dickson N°181.

Tom Wills est sous le choc de l'émotion. Son ami Jack Crofton avec qui il a couru de multiples dangers et fait les quatre-cents coups a disparu. Jack Crofton est surnommé Fascicule Jack à cause d'une particularité indélébile : il a le visage tatoué. Mais pas n'importe quels tatouages. Un fatras de lettres et de mots scarifiés par des marins qui ne lui avaient pas pardonné son intrusion dans un schooner. Tom Wills faisait partie de l'équipée mais agile comme une anguille il avait pu échapper aux griffes des matelots vindicatifs. Bref Fascicule-Jack a disparu et c'est inquiétant. Harry Dickson promet de tout faire pour le retrouver et leur enquête sera jalonnée de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres.

L’Homme qui n’avait pas tué sa femme, le détrousseur à l’étalingure et des Six Couples Sanglants, un spirite ambulant et sa charrette à ectoplasmes et bien d'autres phénomènes.

 

Harry Dickson s'amuse. Inédit.

Nouvelle inédite qui clôt avec bonheur cet ouvrage et est suivie d'une postface mêlant fiction et réalité, vécu et imaginaire.

Le modeste jardin botanique de Bridgenorth est clos au public le soir. Les deux gardiens veillent consciencieusement à fermer à double tour les entrées qui sont dans l'autre sens les sorties. Toutefois, dans les bâtiments toute vie n'est pas exclue. En effet des chercheurs travaillent sur des plantes médicinales rares dont Lafolley qui reste tard dans la serre qui leur est attribuée. Redhead et deMars attendent tranquillement dans leur logement que le souper leur soit servi. Les deux hommes aperçoivent une silhouette de femme qui s'approche de la serre où se tient Laffoley et il leur semble qu'il s'agit de leur collègue miss Lafertoe en train de marmonner. Un cri retentit et peu après Lafolley est retrouvé mort.

 

Un ouvrage à conseiller pour tous les nostalgiques d'Harry Dickson et aussi à ceux qui veulent découvrir de nouveaux auteurs qui sortent du lot et reprennent l'héritage des grands anciens avec bonheur.

On y retrouve l'ambiance, l'atmosphère fantastique, fantasmatique même, qui prédominent dans les nouvelles du sieur de Gand, un mélange d'enquêtes policières et de surnaturel, effarantes, surprenantes, ahurissantes, inventives.

Un registre dans lequel Robert Darvel excelle et qu'il est bon de découvrir dans une collection moins confidentielle que les fascicules qu'il édite, même si ceux-ci sont proposés en ligne sur un site cavalier.

 

Pour retrouver toutes les publications du Carnoplaste, rendez-vous ci-dessous :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1. Collection Hélios noir N°49. Editions Les Moutons électriques. Parution le 3 mars 2016. 322 pages. 9,90€.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:07

Mystère ! Vous avez dit Mystère ?...

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU

Reprenant la formule de ses années du mystère parues en Livre de Poche et au Masque Grand Format, Jacques Baudou nous invite à retrouver à travers les textes d'auteurs français et étrangers, l'éclectisme de la littérature dite policière.

L'ouvrage est moins épais, l'appareil critique y est réduit à sa portion à peine congrue, mais subsistent la présentation des auteurs et le tableau d'honneur du compilateur en ce qui concerne la littérature, le cinéma et la télévision.

Jacques Baudou ne se contente pas d'accoler des textes pour le plaisir d'éditer un recueil. Il rend hommage à des auteurs qui confirment leur talent texte après texte, et c'est toujours un plaisir de retrouver Tonino Benacquista dans ses histoires, presque des chroniques, de la vie moderne. Ou Maurice Périsset avec son personnage qui aujourd'hui est au chômage, ce que l'on ne regrette pas. Ou encore Réginald Hill, Harlan Ellison et Lawrence Block que l'on ne présente plus.

Mais c'est également pour Jacques Baudou la possibilité de trouver de nouveaux talents, la plupart du temps anglo-saxons, comme Susan Moody, Lynne Barrett ou Nancy Pickard.

Il exhume également des curiosités, cette année une pièce radiophonique datant de 1946 et due à Pierre Boileau avant son association avec Thomas Narcejac.

Les tentatives éditoriales pour promouvoir la nouvelle ne sont assez souvent couronnées de succès et il faut saluer le courage de ceux qui comme Jacques Baudou s'accrochent pour que le texte court - lequel permet aux écrivains de démontrer tout leur talent dans la concision - ait droit de cité dans les collections.

N'oublions pas que Guy de Maupassant, l'un des rares auteurs français fort prisé par les Américains, fut et demeure un nouvelliste et que ses histoires relèvent de la littérature noire par bien des aspects.

 

Au sommaire de ce volume, après une ouverture orchestrée par Jacques Baudou :

Tonino Benacquista : Le Haïku.

Reginald Hill : Un crime inexpiable.

Lawrence Block : Aux premières lueurs de l'aube.

Harlan Ellison : Le singe doux.

Nancy Pickard : J'ai peur tout le temps.

Pierre Boileau : Crime à distance.

Susan Moody : En amour, tous les coups sont permis.

Maurice Périsset : Un simple geste.

Lynne Barrett : Elvis lives !

Suivent un dictionnaire des auteurs (important !) et le tableau d'honneur pur l'année 1993.

 

Cet ouvrage, même si je le range dans La malle aux souvenirs, est toujours disponible.

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 23 septembre 1994. 252 pages. 13,75€.

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 17:04

Hommage à Jan Thirion qui vient de rejoindre

le Paradis des écrivains...

Jan THIRION : Xotic.

Dans un pavillon vert

Seul avec madame Lotus, Héli ressent les sensations d'un désir attisé par des peintures, des tableaux accrochés au mur et dont la signification est cachée. Pas aux yeux de tous, pas aux yeux de ceux qui savent déchiffrer les messages grâce à leur connaissance des traités d'érotologie chinoise.

Et les sensations qui devraient emmener au ciel la femme, c'est lui qui les perçoit, de tous son corps, de tout son être.

Emporté par le désir, il parle et madame Lotus, tandis qu'elle s'essuie les mains à une serviette chaude, lui demande ce que peut vouloir dire Tilde. Les autres mots, elle les connait, les a déjà entendu proférés par d'autres bouches exhalant l'extase, mais Tilde, ma tilde comme il a dit, elle ne comprend pas.

Alors Héli se rend compte qu'il a évoqué Mathilde. Que répondre à cette demande d'explication sans trop racler les souvenirs, sans se mettre à nu. Il invente.

Extrait de la « Soupe tonkinoise »

 

Au jardin botanique

L'agitation règne au Jardin botanique, les spectateurs attendent, prêts pour le spectacle qui va débuter. Héli attend Mathilde. Enfin il l'aperçoit en compagnie sa cousine, religieuse en habit noir. Il attend l'extinction des feux pour pouvoir se rapprocher d'elle, de Mathilde. Enfin, il se positionne derrière elle, à la toucher presque tandis que sœur Blandine devant eux n'a d'yeux que pour la scène qui va se dérouler bientôt. Alors il sort son couteau...

Extrait de la « Soupe tonkinoise »

 

En pousse-pousse

Héli hélé est étonné. Personne ne l'appelle ainsi, Héli. Sauf Marthe, qu'il a connu tout jeune, mais qui ne jouait pas avec eux, frères et cousins. Marthe qui habite à Hanoï mais il ne s'attendait pas à la rencontrer dans la rue des Vermicelles, dans un pousse-pousse à proximité d'une fumerie d'opium. Il l'aimait, croyait que c'était fini, mais pas de rémission pour la maladie d'amour.

Extrait de « Le Complot des empoisonneurs » Inédit.

 

A la caserne

Héli rêve à moins qu'il joue avec la boîte à souvenirs. Souvenirs entretenus par des images, une mèche de cheveux de Marthe dans un coffret, un foulard encore humide de ses larmes, une lettre arrivée la veille et non décachetée, un livre sur le Tonkin, une arme à feu, un modèle autrichien ancien mais qui fonctionne encore. Il doit rendre son rapport sur des événements survenus la veille. Lorsqu'on lui annonce qu'il a de la visite, une dame...

Extrait de « Le Complot des empoisonneurs » Inédit.

 

Ancré dans le Tonkin, au temps des colonies, ce recueil de nouvelles est empreint d'une poésie érotique, ou d'un érotisme poétique, sage. Tout est décliné en douceur, en finesse, même lorsque les scènes qui pourraient être tragiques se révèlent humoristiques, comme sorties d'un petit film en noir et blanc presque muet.

Jan Thirion vient de partir, mais il restera en nous par ses écrits. Quelque chose en nous de Jan Thirion, pourrait-on presque murmurer... des images, des senteurs, des odeurs, des sensations que l'on perçoit grâce à une force d'écriture qui lui est propre, qui nous emmène au delà des océans, dans un pays qu'il restitue avec charme et lyrisme.

Jan THIRION : Xotic. Nouvelles numériques. Collection Culissime. Editions Ska. 1,49€. Nouvelles tirées de deux romans de Jan Thirion : La soupe tonkinoise (TME) et Le complot des empoisonneurs (inédit).

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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