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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:34

La vie mode d'emploi ?

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Trois tranches de vie qui pourraient relever d'un quotidien banal mais qui, à cause d'une distorsion, se voient sublimées ou au contraire se révèlent mesquines, grotesques.

 

Tout le monde veut changer de vie.

Alex, le narrateur, a quitté la vie parisienne pour se ressourcer dans un coin perdu en Ardèche. En accord avec Nadège, sa compagne, il a décidé de retaper une vieille bâtisse et de la transformer en gîte rural. Seulement il rénove tout, tout seul, car les fonds ne lui permettent pas d'employer des ouvriers du bâtiment. Nadège assure leur pitance et les matériaux en travaillant, quelques semaines par-ci, par-là, dans des restaurants des environs.

Cela n'avance pas vite car Alex commence tout et ne finit rien, une façon de procéder qu'il assume. Mais il ne faut pas l'ennuyer, le déranger pour des broutilles. Comme Christophe dont l'appel téléphonique arrive comme un cheveu sur la soupe, une invitation pour le mariage d'une amie de Nadège. Pas grave si Alex ne vient pas, la présence de Nadège suffira. Alex ressent une pointe, grosse comme un pieu, de jalousie lui perforer l'esprit et rembarre l'importun.

Jusque là, rien que de très insignifiant, même si les relations entre Nadège et Alex sont parfois tendues. Non, tout bascule lorsqu'un individu, fagoté trimardeur, frappe à sa porte et lui demande de lui rendre un petit service. Rien de bien méchant, même si l'homme possède des arguments dissuasifs de rébellion et de refus. Une arme dans la main, une coquette somme d'argent dans l'autre, il exige qu'Alex l'accompagne dans son tracteur urbain, genre 4X4, afin de creuser un trou au fond des bois.

Et parfois il faut attendre sept ans pour voir s'esquisser un retournement de situation !

 

Les plus belles victoires se forgent au cœur de la défaite.

La narratrice revient sur un événement qui a compté dans la vie de son mari, lui qui s'entraînait tous les jours dans une discipline sportive ingrate en prévision des jeux olympiques.

Une page d'amour et une attention de tous les jours, un encouragement constant, pour juste arriver à un exploit qui peut sembler minime en soi, mais important, en regard d'une consécration aurifère. Une prouesse qui ne sera jamais célébrée par une remise de récompense mais qui change la vie d'un homme. Une leçon de courage.

 

Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Titre éponyme de ce recueil, cette nouvelle met en scène un homme qui aurait aimé être mais n'y est jamais parvenu. Il aurait voulu par exemple devenir un grand guitariste, de rock de préférence, mais n'a réussi qu'à exécuté Jeux interdits, la base à une corde. Depuis il a rempli soixante-sept classeurs de coupures de presse sur ses idoles, celles des années 60/70, des groupes devenus mythiques auxquels il s'identifiait. Son problème ne réside pas dans cette insignifiance, mais dans l'ascension, le talent, la renommée acquise par son cousin Thomas.

Tout ce qu'il avait voulu entreprendre devenait mesquin, tandis que Thomas possédait une notoriété, une célébrité, une aura sans conteste. Sa femme est obèse, ses enfants traînent des boulets derrière eux, tandis que Thomas est marié à un mannequin qui a défilé sur toutes les scènes internationales. Et ce n'est qu'un tout petit exemple. Thomas qui a joué avec les plus grands, aux Etats-Unis ou accompagnant Johnny lors d'un concert parisien.

Alors forcément, quand Thomas est présent à une fête familiale, il accapare l'attention. Tous les yeux sont tournés vers lui. Mais Jean-Louis, petit employé municipal aux espaces verts, possède un talent caché qu'il saura exploiter le temps venu et incidemment.

 

En écrivant ces trois textes à la première personne, l'auteur oblige le lecteur à s'identifier à ces antihéros du quotidien, à se mettre dans leur peau, et à ressentir les mêmes affres, les mêmes désillusions, les mêmes angoisses, les mêmes déceptions.

Reprenant la célèbre phrase d'Andy Warhol, À l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale, Eric Scilien nous offre trois portraits de personnages qui ne sont pas forcément inconsistants, mais espéraient mieux de la vie et des efforts qu'ils, et leur entourage, avaient consentis. Ce n'est pas vraiment une renommée mondiale dont ils ont besoin, mais bien d'une reconnaissance de leur talent, de leur obstination, du travail qu'ils ont effectué avec opiniâtreté. Une reconnaissance de leur présence.

Dans la première de ces nouvelles, on ressort complètement vidé, et l'on voudrait pouvoir la continuer et aider le narrateur. Dans la deuxième, on ne peut que s'incliner devant la persévérance d'une femme qui veut à tout prix que celui qu'elle aime s'en sorte, aidée par une tierce personne. Quant à la dernière, humoristique et jouant sur la nostalgie, on s'aperçoit qu'il suffit de peu pour se dépasser et devenir une célébrité sinon mondiale disons de son quartier ou de son village, mais surtout de retrouver confiance en soi.

La nouvelle n'est pas le genre littéraire prisé par les Français, et c'est dommage. Car Eric Scilien mérite mieux qu'une publication confidentielle. Ah, s'il avait écrit un roman de 500 pages, peut-être qu'un éditeur germanopratin se serait penché sur sa prose !

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star. Bookless éditions. Parution 16 novembre 2016. 132 pages. Broché 8,44€. Numérique 4,99€.

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 14:35

L'Octopode a neuf (?) bras pour écrire

neuf histoires...

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours...

Qui l'eut cru, lorsque Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal et Serge Quadruppani ont créé ce curieux personnage anar et libéral, justicier moderne, que Gabriel Lecouvreur, ainsi surnommé à cause de ses bras démesurés, allait connaître une destinée et une longévité littéraire populaire ?

Aujourd'hui il a cinquante-six ans, d'après son état-civil, mais peut se targuer d'avoir vécu vingt et un ans d'aventures périlleuses. Et comme le festival Noir sur la ville fête également son anniversaire, vingt ans de bons et loyaux services envers le roman noir, il suffisait d'un concours, non pas de circonstances, pour mettre notre céphalopode à la sauce armoricaine et au jet d'encre sympathique en recueil.

Recueillons-nous donc sur les neuf textes proposés par des amateurs doués et des professionnels consciencieux, qui pour une fois dérogent à leur poulpophobie afin de mettre en scène les aventures surprenantes de cet animal, véritable zythologue, brasseur de bras contre les moulins à vent de la bêtise humaine et ses dérives, et dégustateur de houblon fermenté, houblon ou brun d'ailleurs, breuvage appelé aussi bière mais à ne pas confondre avec celles en bois.

Place maintenant aux servants de cette messe littéraire, à laquelle nous ne risquez pas de vous ennuyer, lesquelles apparaissent en procession par ordre alphabétique :

 

François Cariou : What else, Angels ?

Alors qu'il procède à ses activités habituelles au bar du Pied de porc à la Sainte-Scolasse, dégustation du café matinal et lecture du journal, Gabriel est interloqué par le manège d'un client. L'homme boit un pastis, et mord dans son verre. La bouche pleine de sang et de morceaux de verre, l'homme explique que sa femme Malika, préposée au nettoyage de bureaux pour une entreprise privée, vient de passer par la fenêtre de l'immeuble où elle officiait de nuit. Ni l'homme, ni Gabriel ne croient à un suicide. Une enquête qui ne rapportera rien au Poulpe, sinon la satisfaction d'avoir effectué une bonne action.

Pascale Dietrich : Bascoulard !

Gabriel se rend à Bourges, où vit encore sa grand-mère, pour enquêter sur l'assassinat d'un peintre marginal local, Marcel Bascoulard. Il a bien connu l'artiste-clochard qui vivait dans la cabine d'un camion échouée sur un terrain vague. Le peintre aimait se déguiser en femme et il était devenu une figure locale. Alors Gabriel assiste à l'inhumation, repérant quelques figures de notables et d'édiles de la cité berrichonne susceptibles de l'avoir trucidé.

A noter que Marcel Bascoulard a réellement existé et l'on peut lire la notice qui lui est consacrée sur Internet.

Pascale Fonteneau : Les Faux Jetons maltais.

Lors d'une inspection du travail, un demi-cadavre est retrouvé dans des fondations pas terminées sur un chantier. Celui qui s'est débarrassé de ce demi-cadavre, l'autre partie ayant été incinérée, n'a fait son boulot qu'à moitié. Or le défunt, qui portait ses papiers scotchés sur une jambe, n'aurait jamais dû se trouver à l'endroit où il a été découvert, puisqu'il est mort l'année précédente. Cindy, une serveuse de bar qui entend les clients discuter de cette affaire, décide d'en faire part (c'est de circonstance) à son amie Chéryl qui transmettra au Poulpe. Lequel part aussitôt pour Bruxelles, là où cette macabre découverte a eu lieu.

Bernard Granjean : L'abbé Bette du Gévaudan.

Un intrus dépose une coupure de journal devant le nez et les lunettes de Gabriel, tranquillement installé au Pied de porc à la Sainte-Scolasse. De la part d'Alexandre et Alice précise-t-il. Alice, la seule qui aurait pu l'obliger à quitter son statut de célibataire. Ceci ne nous regarde pas, cette information relevant du domaine privé. Mais au nom d'Alice et à la lecture de l'articulet, tendu par cet homme qui est un jésuite en rupture des liens de l'église, Gabriel se rend immédiatement à Marvejols. Il se passe de drôles (enfin pas si drôles que ça) de trucs dans la région. Des personnes ont disparu et le cadavre d'un gamin a été retrouvé égorgé dans l'Aubrac. Nul doute que pour le localier, la Bête est de retour.

Eric Lainé : Poulpe miction.

Ce n'est pas qu'il soit porté sur la religion, mais bien parce que Cheryl le lui suggère pour lui changer les idées, que Gabriel se rend en Belgique, à Maredsous exactement, chez les Bénédictins. Deux moines ont disparu d'un monastère. Et comme tous les monastères bénédictins qui fabriquent des boissons alcoolisées, genre Dom Pérignon ou Bénédictine, celui de Maredsous est spécialisé dans la bière. Un bon prétexte pour aller y mettre son nez.

Jean-Patrick Muller : L'arène des paumés.

Le XIe arrondissement parisien subit la convoitise des nouveaux Bobos qui investissent le quartier, multipliant les rénovations, ôtant l'âme de ce quartier populaire, avec la bénédiction de la municipalité, et la rapacité des promoteurs immobiliers. Gabriel assiste à une scène au cours de laquelle Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte-Scolasse manque s'étouffer. Deux clients attifés clowns, c'est à la mode parait-il, osent demander deux pink killer. Deux bières blanches au pamplemousse, en bon français. Et voilà Gabriel parti sur le pied de guerre, conforté dans sa mission lorsque de la cour d'un établissement nouvellement rénové, il surprend une conversation édifiante.

 

Voici donc les textes des quatre lauréats du concours de cette année ainsi que ceux des deux auteurs féminins qui ont acquis leurs lettres de noblesse et inscrit leurs noms au fronton des Arts et Lettres.

Maintenant il ne me reste plus qu'à vous présenter les deux piliers de Lamballe, des poulpophobes, et le gardien de but.

Jean-Hugues Oppel : Chais et rasades.

Toujours entre deux voyages, deux moyens de transports, Gabriel jette un œil et quelques réflexions sur la situation actuelle de la France. Revenant d'Australie et partant pour Bordeaux, il s'insurge intérieurement sur l'état d'urgence imposé mais qui ne résout rien, sa nouvelle enquête qui l'emmène dans les chais, la vigne produisant des raisins de moins qualité et donc un vin au goût douteux, tout en déplorant l'absence de Chéryl alors que c'est lui qui n'est jamais là. Il (Oppel) revient sur ces débuts en duettiste à la Série Noire.

Jean-Bernard Pouy : Deux êtres se rencontrent et un tombereau de merde s'installe dans leur cœur... Résumé en Je hais le Poulpe.

Franchement notre J.B.national en a marre du Poulpe qui lui a rongé la vie, sinon plus. Le Poulpe l'a absorbé, digéré, vampirisé, et l'auteur n'existe plus derrière sa créature, alors qu'il n'était pas le seul à l'avoir procréé. Tout un pan, le principal, de sa carrière littéraire s'efface derrière l'octopode humain. Un texte acerbe, teinté d'une amertume compréhensible et de désabusement.

Marc Villard : Ce n'est qu'un combat, continuons le début.

Tout comme Oppel, Marc Villard n'a jamais voulu franchir le pas, mais en guise de respect pour les organisateurs du festival Noir sur la ville, il leur devait bien un texte. Aussi, ce faisant il détourne légèrement la Bible poulpesque, et nous entraîne dans un de ses lieux favoris : Paris. Mais il place son histoire dans lors d'une des nombreuses convulsions qui ont malmené la capitale, les événements de Mai, mettant en scène quelques étudiants, dont Antoine Lecouvreur, qui n'est pas le dernier à se révolter, étant fiché à la Sorbonne. Soixante-huitard que jamais.

Au travers de ces neuf textes on découvre un Poulpe vieillissant, dont la santé (non pas la prison) chancelle, mais qui fidèle à son charisme court toujours par monts et par vaux tel le preux chevalier, à la défense de la veuve et de l'orphelin et de ses amis.

Frédéric Prilleux, se dresse logiquement en préfacier humoriste et persuasif tandis que Denis Flageul nous offre sa Ballade du Poulpe.

 

Un numéro collector du Poulpe que vous pouvez vous procurer sans inconvénient et avec la bénédiction de l'association La Fureur du Noir et la Médiathèque de l'IC au prix de 11,50€, frais de port (hallal) compris, via le bon de commande que vous trouverez ci-dessous si vous cliquez sur le lien proposé :

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours... Une production Noir sur la ville. Collection Le Poulpe N°291. Editions Baleine. Parution novembre 2016. 160 pages. 11,50€.

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:51

Les primaires, c'est élémentaire,

mais pas secondaire !

COLLECTIF : Mortelles primaires.

Les flonflons, les majorettes, les applaudissements, les prises de paroles empreintes d'amabilité, les sourires réjouis, les congratulations sincères et cordiales, les poignées de mains franches et énergiques, les accolades, les les jeux télévisés dont il ne sortira qu'une seul vainqueur, tout ça c'est terminé. Pour la Droite.

Mais pour la Gauche, les enjeux sont encore ouverts, malgré une défection récente de taille. Il a lancé l'éponge, mais les affamés de pouvoir se pressent au balcon.

Les auteurs se sont vu attribuer une personnalité politique de gauche susceptible de se présenter aux primaires, mais avec une contrainte. Celle du 49.3 qu'il faut dégainer le plus vite possible, tel Lucky Luke.

Mais ce 49.3 qui peut se révéler parfois une arme redoutable, pas forcément utilisé toujours avec bon escient, peut se présenter sous plusieurs formes. A l'auteur de décider comment il va s'en servir. Dans l'intérêt du lecteur évidement.

Et ils se défoulent les auteurs, avant de pouvoir le faire en glissant délicatement leur bulletin de vote lors de la véritable élection présidentielle. Pour l'instant ce ne sont que les préliminaires, et chacun sait que les préliminaires constituent une phase importante pour sublimer la jouissance émanant de l'éviction d'un candidat qui déplait.

Certains jouent à la baballe, car la coupe d'Europe de foot, c'est sacré. Et c'est un bon moyen pour détourner l'attention des amateurs de la balle ronde, la politique et ses dégâts étant occultés. Mais le stade est aussi un lieu propice pour organiser un gentil petit attentat. Du moins c'est ce que pense Maurice Gouiran.

Les retours en politique sont-ils possibles ? Guère d'hommes politiques n'en ont bénéficié, traînant derrière eux une casserole ou simplement une parole malheureuse à l'encontre d'un adversaire. Ainsi Lionel Jospin, tranquillement installé dans l'île de Ré. Il est agressé, mais les auteurs avaient peut-être les raisons de provoquer un attentat. C'est Pierre Dharéville qui gère.

Si Patrick Fort nous entraîne au Bal masqué, Jeanne Desaubry nous emmène beaucoup plus loin, aux Tropiques, perdant en cours de route sa valise.

Jacques Mondoloni préfère mettre en scène une mini pièce de théâtre, un dialogue entre l'auteur et le Politique qui reste masqué. Une situation qui permet à un nouveau candidat de se déclarer. Ne cherchez pas, les prétendants ne manquent pas.

Chantal Montellier nous propose une définition de la politique, définition que je vous livre sans ambages et dont vous ferez votre profit, je n'en doute point :

Sans la fantaisie et l'imaginaire pour la nourrir et l'ensemencer, la politique est une femme frigide et stérile !

 

Ce ne sont que quelques aperçus rapides et je vous laisse découvrir toutes les perles que referme ce recueil, nul doute que vous allez, sinon vous amuser, du moins prendre du plaisir à voir ainsi nos hommes et femmes politiques chahutés par nos auteurs.

Et Valls...ez petits manèges

 

Sommaire :

ALMASSY Eva : French touch (Arnaud Montebourg)

ARRABAL Diego : Strom clouds Nuées d'orage (Manuel Valls)

BIBERFELD Laurence : Va vers la lumière, Jean-Pierre (Jean-Pierre Chevènement)

BLOCIER Antoine : Moi, président (François Hollande)

DAENINCKX Didier : Jean-Luc et le fantôme de Louise (Jean-Luc Mélenchon)

DELAHAYE Dominique : 1800, 60, 32 (Gérard Filoche)

DESAUBRY Jeanne : Putain de valise (Cécile Duflot)

DHARREVILLE Pierre : Retour en farce (Lionel Jospin)

DOMENGES Pierre : Le sang des estives (Daniel Cohn-Bendit)

FORT Patrick : Au bal masqué (Emmanuel Macron)

GIRODEAU Gildas : Business is business (Benoît Hamon)

GOUIRAN Maurice : Un stylo pour Lolo (Laurent Fabius)

DEL PAPPAS Gilles : Treize reste Taubira (Christiane Taubira)

MASSELOT Philippe : Zapping ! (Stéphane Le Foll)

MONDOLONI Jacques : Politique, mon amour (Anonyme)

MONTELLIER Chantal : Jeannette (Pierre Laurent)

OBIONE Max : Chabichou Payet (Ségolène Royal)

PATERNOLLI Philippe : No, no, no (Martine Aubry)

SAINT-DO de Valérie : Par Saint Georges (Bernard Cazeneuve)

VIEU Marie-Pierre : Radicale Thérapie (Marisol Touraine)

VIVIANT Arnaud : Révolution 9 (Clémentine Autain)

STREIFF Gérard : Résidence (Myriam El Khomri)

COLLECTIF : Mortelles primaires. Editions Arcanes 17. Parution 5 décembre 2016. 286 pages. 20,00€.

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 07:48

Il voyage en solitaire...

Jean RAY : La croisière des ombres.

En chercheur passionné et opiniâtre, Arnaud Huftier a déniché quelques nouvelles qui manquaient dans la précédente édition Marabout, textes qui d'ailleurs étaient englobés dans le recueil Les contes du Whisky.

Des textes qui à l'origine parurent dans des journaux belges comme La Flandre libérale, Les Débats ou encore La Revue belge, entre 1929 et 1935. Des nouvelles et des chroniques qui permirent à Jean Ray de retrouver un lectorat plus ou moins perdu lors d'un séjour en prison de trois ans pour une sombre affaire de détournements de fonds ou, selon une légende, un trafic d'alcools. Toutefois durant ce temps, il continua à écrire, publiant de temps à autre sous le pseudonyme de John Flanders.

Est-ce un effet de son séjour à l'ombre que ses textes, recueillis justement sous le titre de La croisière des ombres, parlent surtout de solitude ? Il se peut.

Ainsi des personnages se retrouvent à boire et à manger dans des tavernes. Mais écoutent-ils vraiment ce que leurs compagnons de table débitent en paroles parfois vaines ? Non, pas vraiment. Dans La Présence horrifiante, nouvelle qui entame ce recueil, quatre hommes, dont le narrateur, sont attablés, écoutant le vent qui cingle au dehors. Soudain surgit un inconnu qui déclare qu'il fuyait. Puis il précise, la tempête. Pour autant, ce n'est pas cette arrivée impromptue qui peut perturber l'un des compères, lequel tient absolument à narrer une histoire de perroquet. Histoire à laquelle lui seul se marre, les autres n'écoutant pas ses digressions. Lorsque cinq coups retentissent.

 

Dans Le bout de la rue, nous suivons dans ses déambulations maritimes le narrateur. Cela commence dans le port de New-York, alors qu'il entend s'entretenir deux marins qui ne débarquent jamais. L'un d'eux affirme Et puis il me restera Jarvis et l'autre bout de la rue. L'autre bout de la rue répond le second comme en écho, et ce qui deviendra un mantra accolé au nom de Jarvis. Les escales se suivent, Paramaribo, Marseille, les Sargasses, à bord de l'Endymion, des forçats qui murmurent, les Açores, Copenhague, et Jarvis. Des spectres et le whisky sont le quotidien des marins et du narrateur. Et au bout... Vous êtes allé à l'autre bout de la rue !

Dans Dürer, l'idiot, Jean Ray règle-t-il quelques comptes ? On peut se le demander en lisant les premières lignes.

Dürer, le journaliste. Dürer, l'idiot. Et un peu plus loin le narrateur enfonce le clou : Un journaliste, Dürer, n'est pas nécessairement un imbécile, c'est un primaire qui a une heureuse mémoire, et un don spécial pour consulter rapidement une encyclopédie, un atlas de géographie ou un planisphère céleste.

Dürer donc est journaliste, mais également un menteur, et le narrateur qui l'écoute narrer pompeusement des aventures fantastiques, au cours de repas qu'ils prennent ensemble, sait très bien que ce ne sont que des affabulations piochées dans des revues ou des romans. Ce qui n'est pas le cas de la jeune étudiante qui dîne tout près d'eux et boit ses paroles plus facilement que du petit lait (entre nous avez-vous déjà essayé de boire du petit lait, ce liquide jaune verdâtre aigre qui reste lorsque la crème a été retirée ?). Il suffit que Dürer dérape dans ses allégations, pour que l'étudiante lui lance un défi. Dürer s'enfuit, il se volatilise dans la nature, et le narrateur pense le retrouver dans une maison qui bientôt est mise en vente. Il l'acquiert mais n'est-ce pas le début de visions spectrales ?

 

Le ralenti de 05h17, qui fait partie des autres textes, ressemble à un conte pour enfant, à la façon des frères Grimm ou d'Andersen. Un prince héritier aime se mélanger à la populace sur le port et sa femme n'est pas bégueule non plus. Un assassin signe une série de crimes crapuleux, fort heureusement il est arrêté et condamné. Le prince aurait pu commuer la peine de mort en grâce en suppliant son père, mais en voyant son regard, il a préféré s'abstenir. Une chute qui aurait pu donner comme titre à cette nouvelle Le Regard qui tue, ou à tout le moins le Mauvais œil.

 

Jean Ray est quelque peu oublié aujourd'hui des jeunes générations qui préfèrent les romans d'épouvante, de fantastique et de frayeur d'auteurs comme Stephen King, Serge Brussolo, James Herbert, Clive Barker, J.K. Rowling dont le personnage de Harry Potter a amené de nombreux enfants et adolescents, et leurs parents, à ouvrir un livre, qui plus est conséquent, Maxime Chattam, Stéphanie Meyers, et bien d'autres.

Leurs ouvrages sont souvent plus violents et sanglants, ou à tendance nettement plus fantastique que ceux de Jean Ray, lequel souvent se contente de jouer sur le frisson, sur l'épouvante, parfois de manière diffuse. L'ambiance des ports, de la fumée des pipes et des cigares, des vapeurs d'alcool sont plus décrites que les scènes de violence. Tout est dans la suggestion et le lecteur se fabrique ses propres images, se les visualise en surimpression, et ne se contente pas d'être un spectateur passif. Il vibre et va au-delà de ce que Jean Ray décrit. C'est le propre de l'écrivain de suggérer de façon diffuse des images que le lecteur se réapproprie.

Des nouvelles feutrées, parfois embrumées comme le ciel de sa Belgique natale, insidieusement perverses, jouant avec les nerfs, distillant l'effroi avec une science incomparable et inégalée.

Pour beaucoup Jean Ray sera un découverte, pour d'autres une redécouverte.

 

Voici le sommaire :

La croisière des ombre (histoires hantées de terre et de mer)

La présence horrifiante

Le bout de la rue

Le dernier voyageur

Dürer, l'idiot

Mondscheim-Dampfer

La ruelle ténébreuse

Le psautier de Mayence

 

... et autres textes :

Le torrent de boue

Le ralenti de 5h17

L'effroyable histoire de Machrood

Ombre d'escale

Poste de police, R-2

L'idylle de monsieur Honigley

La trouvaille de mr Sweetpipe

Au nom de la loi ; Le vent de la hache

Au nom de la loi. Si Scotland Yard

Présentation La croisière des ombre

 

Postface

Bibliographie

Jean RAY : La croisière des ombres. Postface d'Arnaud Huftier. Editions Alma. Parution le 10 novembre 2016. 320 pages. 18,00€.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 13:52

De l'au-delà, Ayerdhal nous donne de ses nouvelles.

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles.

Disparu le 27 octobre 2015, Marc Soulier, plus connu sous le nom de plume d'Ayerdhal, nous revient avec quarante nouvelles dont dix sont totalement inédites. La première, Mat, mat, mat, fut écrite en collaboration avec son frère Bruno en 1986 et neuf autres sont des textes posthumes. Si certaines de ces nouvelles ont connu de nombreuses rééditions dans des recueils, d'autres furent publiées dans des revues plus ou moins confidentielles et donc introuvables pour la plupart des lecteur, à moins que ceux-ci soient abonnés à tous les fanzines existant ou ayant existés.

Un livre de souvenirs, un ouvrage en hommage à celui qui fut l'un de nos meilleurs représentants de la science-fiction. Et quelques heures de détente empreintes de pessimisme mais au bout, peut-être la rémission.

Suivez-moi dans quelques-uns de ses textes :

 

Mat, mat, mat.

C'est le jour de la finale du concours d'échecs et tous les habitants de la métropole se passionnent pour cette ultime rencontre. Alpha est confronté à Bêta. Alpha gagne. Qui perd ? Bêta bien sûr. Mais Bêta n'accepte pas cette défaite et sa réaction est plutôt bêta.

Construite comme un jeu de rôle, cette nouvelle laisse entrevoir toutes les possibilité littéraire d'Ayerdhal mais également son imaginaire et plus insidieuse son sens de la révolte. Et le thème du jeu d'échecs n'est pas fortuit.

 

Lettre d'Anamour.

Publié en 1992, dans Planète à vendre N°14R, Amhan2, ce court texte est une figure de style que s'est imposée Ayerdhal. Sous forme épistolaire, l'auteur construit de nouveaux mots en associant et tronquant des noms. Le lecteur va s'amuser à retrouver ce qui se cache l'un dans l'autre. Le thème en est la solitude, une femme écrivant à son amant qu'elle n'a pas vu depuis de longs mois, envoyé qu'il est en mission dans l'espace. C'est aussi une imploration.

 

Scintillements.

Première publication dans le recueil collectif Escales sur l'horizon, proposé par Serge Lehman au Fleuve Noir en 1998, cette nouvelle, qui donne son titre à ce recueil, a connu de nombreuses rééditions,.

Depuis plus de six-cents ans, les Terriens et les Batiks sont en guerre. La guerre n'est pas une affaire de civils, déclare, avec justesse, le narrateur, le professeur Edgin, xénologue. Ses travaux portent exclusivement sur les communautés descendantes des humains génétiquement modifiés pour la survie en milieu hostile. Et à cause de ce statut il est convié par des militaires pour les accompagner sur Trense 6-14, un satellite de Transe 6, une base des Batiks en phase avancée de terraformation. Equipé pour affronter la légère différence d'atmosphère, Edgin accompagne un colonel dans l'exploration de ce satellite refuge des Batiks. Seulement celui-ci semble désert, ce qui est anormal.

La guerre, l'affrontement entre civilisations différentes, une forme de rébellion, et surtout le besoin de liberté, tels ont les thèmes de cette nouvelle. Et quand on ne peut plus gagner, au lieu d'être réduit en esclavage, il reste encore un solution, un palliatif, une alternative. Celle qui est choisie demande toutefois du courage.

 

Ce que taisent les Miroirs.

Paru uniquement dans Science-fiction - Agenda 1999 par Eden production en 1998.

Cela fait six ans que Lya Sixtine est partie, quittant son amant, son maître, celui l'avait façonnée. Or, lorsqu'elle revient, elle est tout étonnée d'être reconnue par les passants. Une nouvelle qui s'apparente plus au domaine du fantastique mais dont la genèse est évidemment scientifique et fait rêver de nombreux savants, et industriels, mais qui est encore en phase de développement. Cependant, lorsque l'on constate la rapidité de certains progrès technologiques, l'on peut se demander si ceci ne va pas devenir à court terme plus une catastrophe qu'une avancée bénéfique pour la planète.

 

Ayerdahl avait-il un côté visionnaire ? Par définition tout auteur qui écrit de la science-fiction, qui imagine l'avenir, qui extrapole ce qui existe déjà, mais qui dénonce justement les méfaits, pas encore enregistrés mais cela ne saurait tarder, est un visionnaire. Et peut-être est-ce pour cela que les romanciers d'anticipation et de science-fiction sont parfois mal perçus, restant confinés dans un domaine qui semble peu accessible au lecteur lambda. Avant que cela soit à la mode, puis lorsque ce sont devenus des thèmes majeurs, Ayerdhal a évoqué à travers ses textes la colonisation et l'écologie, mais toujours dans un esprit de liberté, de rébellion, un peu côté anar nourri à la colère. Sa prose reflète toutefois une tendresse, parfois diffuse, mais toujours présente.

 

Après une belle mais courte préface signée Pierre Bordage, suivent donc les quarante nouvelles qui composent ce recueil dans l'ordre de leur parution d'origine, plus les inédits, puis, afin de mieux connaître l'auteur, neuf entretiens qui ont été réalisés pour la plus grande partie par Actusf. Des entretiens dans lesquels Ayerdhal se dévoile sans fard, sans langue de bois, sans chercher à choquer mais sans vouloir passer la brosse dans le sens du poil uniquement pour faire plaisir. Ayerdhal était un homme de convictions qu'il assumait pleinement. On peut avancer sans flatterie aucune que c'était un humaniste.

 

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles.

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles. Editions Au Diable Vauvert. Parution 14 novembre 2016. 720 pages. 23,00€. Version numérique : 9,99€.

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 06:34

Y' a des gens qui sont nés à Paris
Y'en a d'autres qui sont nés dans l'Berry
Moi j'suis d'la deuxièm' catégorie
On est d'où on peut, et c'est la vie

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry.

En véritable explorateur de la criminalité provinciale rurale, Serge Janouin-Benanti visite, après l'Anjou, l'Aquitaine et quelques départements dont le Morbihan, une ancienne province englobant le Cher et l'Indre, aux nombreux aspects touristiques dont la Brenne, chère aux ornithologues, et le Sancerrois, un vignoble très apprécié accompagné du p$até berrichon ou du fameux Crottin de Chavignol, et berceau de cette admirable femme de lettres et féministe Georges Sand.

Loin d'une aimable promenade géographique, viticole, gourmande ou littéraire, Serge Janouin-Benanti nous propose de nous plonger dans les arcanes d'affaires criminelles des siècles derniers pour notre plus grande édification.

Sordides, révoltantes, émanant d'esprits imbus ou infatués d'eux-mêmes, ces faits-divers révèlent le comportement égoïste, pitoyable, simplet, machiavéliques d'individus jaloux ou perdus, dont les motivations sont la plupart du temps la pauvreté, et son corollaire le besoin d'argent, la cupidité mais aussi l'attrait exercé par les femmes ou la vengeance.

J'irai pas en prison, Sébastien Daize l'affirme avec vivacité et colère. Travailleur saisonnier, Sébastien a estimé qu'il avait été grugé par son patron lorsqu'il a été renvoyé pour insubordination. Une retenue sur salaire consécutive à une période de maladie. Alors Sébastien, vingt-sept ans, s'est forgé de nombreuses initiatives au cours desquelles son patron lui rendait sous la menace la somme dont il a été spolié.

J'voulais juste changer de femme déclare Jacques Reverdy, quinquagénaire et maire de Crézancy. Il est marié, père de cinq enfants, mais il est ce que l'on appelle un queutard. Et il faut qu'il aille voir ailleurs pour satisfaire ses besoins charnels, et surtout du côté des jeunettes. Il avait jeté son dévolu sur Madeleine, elle lui a résisté pendant de nombreuses années, puis un beau jour, elle a cédé. Mais Madeleine est mariée, et elle culpabilise.

Dans Je suis lamentable, Etienne Crochet cherche un emploi afin de subsister, seulement il traîne derrière lui une casserole. Bâti en Hercule, il avait trouvé un travail comme garçon meunier, mais il a été arrêté pour vol chez son oncle, et il est resté un mois en préventive. L'enquête n'a rien donné seulement son passé ne plaide pas en sa faveur. Alors il part sur les routes, mais cela se passe mal, non seulement il ne trouve pas de travail, mais de plus il commet des actes délictueux.

 

Parce que sa mère voulait que son fils devienne un homme considéré, Athanase a poursuivi laborieusement des études de pharmacien. Il s'est installé dans la maison familiale à Levroux, le rez-de-chaussée ayant été aménagé pour ouvrir son échoppe. Son père est décédé avant sa naissance, et sa mère s'est remariée peu après. Son beau-père l'a emmené lorsqu'il avait dix-sept ans au bordel pour le déniaiser, et c'est ainsi qu'il a ressenti pour les femmes un attrait, un besoin à satisfaire de façon hebdomadaire. Un jour il a voulu coucher avec Marie, la jeune bonne de quinze ans, mais celle-ci s'est défendue. Afin que Marie ne colporte pas partout qu'Athanase a voulu profiter d'elle, la mère a retourné la situation en faveur de son fils. Il était impensable que le fiston se mésallie. Un peu niais et imbu de lui-même, Athanase s'est entiché ensuite de Valentine, sa voisine qui tient également un commerce, une épicerie-mercerie. Mais elle est mariée, et Athanase malgré tout la poursuit de ses assiduités. Telle est la trame du drame intitulé Je cherche ma Valentine.

Dans Je boirai plus, juré ! Edmond Duplaix est emprisonné. Il est en proie à un gros délirium tremens, il délire dans sa geôle, il a des visions et se remémore ce qui l'a amené en prison. Tout ça parce que cafetier il buvait son fond, et qu'il était devenu jaloux, croyant, à tort ou à raison, que sa femme Azoline couchait avec un de ses clients. Une longue descente en enfer, un naufrage éthylique.

 

Si dans les histoires précédentes, la jalousie, les femmes et le besoin d'argent étaient le moteur principal, le ressort qui amenait les protagonistes à commettre leur forfait, dans Je l'ai échappé belle nous abordons un domaine qui s'inscrit dans l'actualité : le rejet de l'autre, de l'étranger ou supposé tel, mais avec toujours à la clé l'argent et les femmes, d'une façon détournée. L'histoire se déroule durant la guerre de 1870 et Louis Arnoux, d'origine vosgienne, est inculpé d'intelligence avec les Prussiens. Tout ça parce que la mission que lui avait confiée son employeur, le comte de Cahen, l'un des fondateurs de Paribas, était de mettre à l'abri en province son fiacre et ses trois chevaux. Mais le voyage s'est effectué en compagnie de deux couples, dont des bouchers qui avaient fait provision d'avoine afin de pouvoir spéculer sur le prix de cette céréale.

En 1915, c'est Ottilie Voss, la seule femme à bénéficier d'une notice, Je suis une espionne, qui est emprisonnée pour connivence avec l'ennemi, c'est à dire les Allemands, et trahison. D'origine germano-batave, Ottilie Voss s'était installée pour des raisons de santé à Agen en 1907, enseignant l'Allemand et l'Anglais, des cours privés qui lui permettaient de subsister, guère plus. Mais à cause de ses origines, à la déclaration de la guerre, elle fut rejetée par la population locale et embrigadée par les Allemands qui la chargèrent de récolter des renseignements. Ce qu'elle fournit à l'ennemi ne valait pas tripette, ou si peu, mais le capitaine qui instruisit son procès et le soldat chargé de la défendre, ayant une antipathie et des préjugés à son encontre firent tout pour qu'elle soit condamnée à la peine maximum.

 

Comme on peu s'en rendre compte, ce sont toujours les mêmes ressorts qui guident la société, paysannerie ou bourgeoisie, la jalousie, l'argent, et les préjugés à l'encontre de personnes qui de par leur origine sont la cible privilégiée d'individus dont les actes de malveillance, parfois, sont plus à blâmer que ceux qui sont traduits devant la justice. Quelque soit l'époque et le lieu.

A noter que toutes ces histoires, dix au total, sont écrites à la première personne, procédé qui donne plus de force à la narration, et plus particulièrement dans Je boirai plus, juré !. Le lecteur s'investit dans le personnage, prend fait et cause pour lui, ou au contraire en ressent encore plus d'aversion.

 

Sommaire :

J'irai pas en prison (Sébastien Daize)

J'voulais juste changer de femme ( Jacques Reverdy)

Je suis lamentable (Etienne Crochet)

Je cherche ma Valentine (Athanase Pineau)

Je l'ai échappé belle (Louis Arnoux)

Je boirai plus, juré ! (Edmond Duplaix)

Ma pitoyable vie (Jules-César Barry)

Je suis une espionne (Otillie Voss)

J'ai fait la guerre, moi ! (Edouard Thomas)

Protège-moi, ma fille ! (Roger Briffaut)

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry. Gestes Editions. Parution août 2016. 296 pages. 19,90€.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 09:32

Vivement que je sois grand !

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands.

Sophie Loubière nous propose un petit recueil de nouvelles courtes, style rafale de mitraillette et dont les chutes valent leur pesant d’euros.

Des situations quotidiennes portées à leur paroxysme, vues à travers la lentille grossissante d’une loupe, et narrées dans un style épuré. Des tranches de vie saignantes narrées en trois coups de cuiller à pot, laissant de côté les détails pour ne s’attacher qu’à l’essentiel, genre synopsis de court métrage.

Un peu comme ces bandes dessinées qui en trois ou quatre planches racontent sobrement une péripétie.

Et ce sont bien les mots de péripéties, d’anecdotes, de petits incidents de parcours qui caractérisent ces nouvelles coup de poing à l’efficacité redoutable ponctuées d’un humour noir ravageur.

 

Et pour enfoncer le clou, ces historiettes sont accompagnées de dessins signés Lefred-Thouron, dessins féroces prolongeant l’épilogue d’un petit plus corrosif dans le trait.

 

Au sommaire de ce recueil :

Compartiment 12.

De façon accidentelle.

La réunion.

Un vilain défaut.

Vernissage.

Ne pas dépasser la dose prescrite.

Cuisine à l'italienne.

Le million.

Ondes de choc.

L'appétit vient en tranchant.

 

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands. Librio N°398. Parution octobre 2000. 96 pages. Réédition version numérique. Parution août 2015. 4,99€.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 11:05

Le bon temps du Fleuve Noir Populaire ! Mais ça, c'était avant...

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk.

Au sommaire de cet ouvrage, une préface signée Daniel Riche, quinze textes soigneusement sélectionnés par le même Daniel Riche (lequel dirigea notamment les collections Gore et Aventures sans Frontière, fut le rédac’ chef de Fiction, d’Orbites et signa des scénarii de cinéma et de télévision), un dictionnaire des auteurs, des illustrations de Fred Blanchard et Fabrice Le Minier.

Parmi les signataires, Daniel Walther, Roland C. Wagner, Michel Pagel, Laurent Genefort, René Réouven, Jean-Marc Ligny, Jean-Claude Dunyach, Christian Vilà, Francis Valéry et de petits nouveaux prometteurs (pour l'époque) tels que Sylvie Denis, Thomas Day, David Calvo, David Prasson, Yves Letort et enfin quelqu’un qui se fait trop rare Michel Demuth. Mais penchons nous un peu plus sur ce beau bébé.

D’abord, que veut dire Steampunk ?

C’est pour l’auteur un exercice dans lequel il doit imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. Il ne s’agit donc pas d’uchronie, qui réécrit le passé dans un monde différent, mais d’allier le futur au passé avec les armes littéraires et scientifiques dont nous disposons à l’heure actuelle.

Tous les auteurs rassemblés dans ce recueil n’ont pas toujours réussi à interpréter cette définition, mais ne boudons pas notre plaisir.

Avec Celui qui bave et qui glougloute, Roland C. Wagner nous entraîne dans un western parodique et farfelu dans lequel évoluent Kit Carson, les Frères Dalton, et quelques autres personnages bien connus, confrontés au mythe de Chtulhu de Lovecraft. Un pur joyau tout comme Âme qui vive de René Réouven qui redonne vie une fois de plus à quelques romanciers du XIXème siècle avec l’érudition et le talent que nous lui connaissons.

Muchamor de Christian Vilà nous emmène dans la Russie alors que le régime tsariste est sur son déclin et que Raspoutine mène la danse. Michel Pagel renoue dans L’étranger, avec une forme littéraire peu souvent usitée, la narration épistolaire dont le contexte spirite permet à l’auteur de confronter dreyfusards et anti dreyfusards.

Le véritable voyage de Barbicane de Laurent Genefort s’inscrit dans les voyages extraordinaires de Jules Verne, le fabuleux De la Terre à la Lune, et Les premiers hommes dans la Lune de Wells. Jean-Claude Dunyach propose une aventure inédite du professeur Challenger, héros créé par Conan Doyle et le fait évoluer à Toulouse alors que Clément Ader s’obstine à démontrer que le plus lourd que l’air peut voler.

Les textes de Sylvie Denis, David Calvo, Thomas Day ou encore David Prasson sont un ton en dessous mais laissons leur le temps de s’affirmer, quand à celui de Daniel Walther, qui reprend le mythe de Mayerling, il m’a quelque peu déçu. Peut-être parce que j’attendais plus d’un auteur confirmé.

Yves Letort nous invite à découvrir Théophile Grandin, un texte servi par les illustrations de Francis Le Minier.

Quant à la préface de Daniel Riche, elle est justement très riche, érudite, et évite l’écueil du pontifiant. En vérité je vous le dis, ce recueil est une véritable bible que doivent se procurer tous les amateurs d’aventures et de lecture populaire.

 

Daniel RICHE présente : Futurs Antérieurs, 15 récits de littérature steampunk. Collection Grands Formats. Editions Fleuve Noir. Parution 21 avril 1999. 624 pages.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:15

Les dossiers provoquent parfois des dos sciés...

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O.

La Cité Bergère, une ruelle qui prend naissance rue du faubourg Montmartre et se termine dans la rue Bergère, abrite le Palace, un grand music-hall réputé où défilent de nombreux artistes.

Face à l'établissement, un salon de coiffure. Et au second étage de l'immeuble abritant l'échoppe du figaro, une plaque annonce la présence de l'Agence O. Les lieux ne sont guère reluisants, mais les clients ne s'attardent pas sur la propreté ou le décor.

Une jeune femme appuie sur la sonnette et c'est un garçon de bureau qui ne paie pas de mine qui l'invite à entrer dans l'antichambre miteuse. Elle veut le directeur.

Elle est reçu par Joseph Torrence, ex-inspecteur de la police judiciaire, reconverti comme détective. L'Agence travaille surtout avec des assurances, résolvant des affaires de vol, ou d'arnaques, voire de meurtres.

Joseph Torrence est un colosse débonnaire, à la quarantaine bien soignée et bien nourrie.

La jeune femme se présente comme étant Denise Etrillard, de la Rochelle. Son père, qui doit se rendre à l'agence dans l'après-midi, est notaire dans la cité surnommée la Porte océane.

Ce qu'elle ignore cette gente demoiselle qui tamponne ses yeux avec un mouchoir, c'est qu'elle est surveillée au moyen d'une glace sans tain, dans une autre pièce, par Emile, un homme d'apparence jeune et roux.

Ce qu'elle ignore également, c'est que Torrence n'est que la devanture avantageuse de l'Agence, le véritable patron étant Emile qui préfère se cantonner dans un rôle subalterne. Emile qui se déplace toujours avec un appareil photographique, et qui dit Patron à Torrence devant les clients ou toute autre personne susceptible d'assister à leurs conversations.

L'édification d'Emile est rapidement faite. Dans son réduit il dispose de nombreux annuaires et Bottins, et d'indicateurs des Chemins de Fer. Ce qui lui permet de vérifier les assertions de la dénommée Denise, assertions qui sont fausses.

Alors il décroche le téléphone intérieur et ordonne à Barbet, le garçon de bureau, dont ce n'est pas le véritable nom et au passé chargé d'habile détrousseur, d'un seul mot : chapeau. Ce qui signifie que Barbet doit suivre la demoiselle lorsque celle-ci va quitter le bureau.

Un rite quasiment immuable lorsqu'une affaire se profile et que l'agence est chargée de résoudre, quel que soit le solliciteur des compétences de l'Agence O.

Ce trio d'enquêteurs masculins ne serait pas complet sans une présence féminine, même intermittente. Il s'agit de mademoiselle Berthe, la secrétaire, qui parfois aide Emile dans ses enquêtes.

Sans oublier une figure tutélaire, celle du commissaire Maigret. En effet Torrence fut l'un des adjoints du célèbre commissaire, pensionnaire du 36 Quai des Orfèvres. Et inévitablement quelques tics, quelques habitudes, des routines se sont imposés à Torrence.

Maigret travaillait volontiers à la bière, ou au gros rouge. Torrence, qui a été son élève pendant si longtemps, travaille indifféremment à tout ce qui se boit, et le bon feu de bûches ne lui vaut rien, ni le fauteuil profond dans lequel il s'enlise (La cabane en bois).

Serait-ce à supposer que Maigret a pris sa retraite ! Mais pas de souci il reviendra dans d'autres aventures, et d'ailleurs ce n'est pas notre propos.

Incidemment, le docteur, à qui l'hôte, chez qui Torrence s'est rendu pour une enquête, propose :

Un goutte d'armagnac, docteur ?

Le docteur répond :

C'est un remède que nous ne mettons pas souvent sur nos ordonnances, mais que nos malades prennent sans nous consulter.

Un toubib de la vieille sans aucun doute !

Si Maigret est omniprésent sans l'être physiquement, un ancien collègue de Torrence va participer à une enquête dans laquelle l'Agence O est impliquée. Lucas a monté de grade, il est devenu commissaire, mais il est toujours aussi petit (on ne se refait pas) et toujours aussi inquiet, et l'intrusion de Torrence l'exaspère. Il n'aime pas se faire monter sur les pieds, même par un ancien collègue, surtout lorsque celui-ci ne fait plus partie de la maison.

La maison. La fameuse Tour pointue !

Le grand et solide Torrence n'était jamais aussi radieux que quand il venait faire un tour à la "maison". Et la "maison", pour lui, c'était celle des débuts, c'était ce Quai des Orfèvres où il avait été quinze ans durant, comme inspecteur de la Police judiciaire, le bras droit du commissaire Maigret.

Pour les collègues, Torrence avait mal tourné, puisqu'il était devenu détective privé. Pour la majorité des gens, il avait fait fortune, puisqu'aussi bien il était, en titre tout au moins, le grand patron de l'Agence O, la plus sérieuse, la plus connue, la plus illustre des agences de police privée.

C'est la nostalgie qui guide les pas de Torrence dans ces lieux poussiéreux, alors qu'une rafle dans le quartier de Barbès-Rochechouart, haut lieu de la pègre, vient de porter ses fruits en la présence d'une soixantaine d'hommes de tout âge, de tout poil, de toute couleur, nus comme des vers.

Et qu'il trouvera incidemment un client, un avocat qui déguisé en clochard pour des raisons professionnelles.

Et tout comme dans certains Maigret, ou dans les nouvelles qui composent le Petit Docteur, Torrence porte-parole d'Emile, se montrera humain. Les enquêtes sont résolues, mais les fautifs ne sont pas forcément remis à la police et à la Justice pour des raisons d'humanisme.

Les quatorze nouvelles qui composent ce recueil ont été écrites en juin 1938, soit immédiatement après celles du Petit Docteur, et ont été publiées en 1941 dans la collection Police-Roman avant d'être réunies en volume en 1943 aux éditions Gallimard.

Seule la première nouvelle changera de titre, La jeune fille de La Rochelle devenant La cage d'Emile.

Sommaire :

  • La Cage d’Émile
  • La Cabane en bois
  • L’Homme tout nu
  • L’Arrestation du musicien
  • L’Étrangleur de Moret
  • Le Vieillard au porte-mine
  • Les Trois Bateaux de la calanque
  • Le Fleuriste de Deauville
  • Le Ticket de métro
  • Émile à Bruxelles
  • Le Prisonnier de Lagny
  • Le Docteur Tant-Pis
  • Le Chantage de l’Agence O
  • Le Club des vieilles dames
Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Douze de ces nouvelles ont été adaptées par Marc Simenon pour une série télévisée franco-canadienne en 1968.

Les interprètes principaux en furent :

Jean-Pierre Moulin: Emile.

Pierre Tornade : Torrence.

Michel Robin : Barbet.

Marlène Jobert : mademoiselle Berthe.

Et au fil des épisodes, apparaissent : Serge Gainsbourg, Chantal Goya, Jean-Roger Caussimon, Noël Roquevert, Pierre Mondy, Pascale Roberts, et bien d'autres dont vous pouvez retrouver la liste ci-dessous :

 

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O. Collection Folio Policier N°807. Editions Folio. Parution 8 juillet 2016. 704 pages. 8,70€.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 13:12

Prescription médicale :

Lire une histoire tous les matins à jeun et une autre le soir avant de procéder à la gymnastique du simulacre de la reproduction...

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

D'avril 1932 jusqu'en 1936, Georges Simenon vécut en compagnie de Tigy, son épouse, à Marsilly, dans la Charente Maritime, puis en 1938 il revint dans cette région, d'abord à La Rochelle, puis à Nieul sur mer où il achète une maison. Mais c'est dans la villa Agnès, à La Rochelle, que ce prolifique auteur écrivit d'abord en mai 1938 les treize nouvelles qui composent le recueil ayant le Petit Docteur comme héros.

Au mois de juin, ce sera au tour des Dossiers de l'agence O, quatorze nouvelles, qui font l'objet d'un recueil publié simultanément chez Folio.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, ainsi surnommé à cause de son physique, âgé de trente ans, pratique son art à Marsilly à une dizaine de kilomètres de La Rochelle. Il ne manque pas de patientèle, tant de jour que de nuit, car à l'époque au cours de laquelle se passent ces enquêtes, un médecin, c'est le seul homme qui se dérange toujours, qui est moralement obligé de se déranger.

Sa carrière d'enquêteur amateur, comme souvent, est liée à un épisode subi par un de ses patients occasionnels. Le titre Le flair du Petit Docteur est à double sens, puisque ce sens olfactif est lié aussi bien au nez du toubib qui va déceler un produit qui ne devrait pas se trouver dans une bouteille de spiritueux, mais en référence au flair du détective à l'affût de la vérité.

Le Petit Docteur est appelé au téléphone par une jeune femme qui lui demande de venir immédiatement à la Maison-Basse, une maison située dans les marais. Seulement quelque chose ne concorde pas dans cet appel. Il est midi et demi, et à cette heure là la Poste d'Esnandes, auquel est relayé la ligne téléphonique, est fermée. Donc soit il s'agit d'une plaisanterie soit l'appel a été lancé d'ailleurs.

Petite digression qui n'est pas inutile mais que vous pouvez passer, je ne vous en voudrai pas : Il faut signaler que la Poste joue un grand rôle et est un réservoir inépuisable d'indices pour les enquêteurs en général. Par exemple, dans Le mort tombe du ciel, le Petit Docteur récolte quelques renseignements précieux auprès de la postière mais également grâce aux timbres apposés sur des lettres. Il est évident que de nos jours, tout autant le téléphone qui ne dépend plus des fameuses demoiselles des standards, que les timbres qui sont oblitérés de façon anarchique et sur lesquels la ville de départ ne figure plus, n'offrent plus les mêmes possibilités indiciaires. Ce que l'on appelle le progrès...

 

Revenons au Flair du Petit Docteur. Lorsqu'il arrive à destination, la demeure est vide. Toutefois, porté par la curiosité, il visite les lieux et comme il a soif, avant de se servir un verre de vermouth, il renifle la bouteille qui est dans la chambre à portée de main. Et stupéfait il se rend compte que du bicarbonate de soude à été introduit dans le liquide. Alors il se souvient que l'homme, le mari ou le compagnon supposé de la femme qui l'a appelé, lui avait demandé des somnifères, et que la jeune femme avait été interloquée lorsqu'il lui avait demandé incidemment si son ami dormait mieux.

Résolvant avec brio cette énigme, le Petit Docteur prend goût à enquêter, et lorsqu'il est en chasse, devient intempérant.

Mais pour résoudre les énigmes qui se présentent à lui, Jean Dollent possède un truc. Les autres, le substitut, le commissaire, à plus forte raison le brave homme de maire, avaient pataugé, et le docteur se disait qu'il devait en être ainsi, qu'il en était fatalement presque toujours ainsi dans une affaire policière. Parce qu'on s'y prenait mal ! Et ce truc, c'est qu'il essaie de se mettre à la place de ses personnages.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Il devient intempérant ai-je écrit quelques lignes ci-dessus. Le vermouth, le pernod, le porto, le whisky, le calvados et autres boissons alcoolisées vont scander ses enquêtes. Ainsi dans La demoiselle en bleu pâle, il commande un porto, se faisant in petto cette réflexion : Etait-ce sa faute si, pour suivre une enquête, on est sans cesse obligé de boire ?

Dans La demoiselle en bleu pâle, le Petit Docteur malgré ses obligations, prend un peu de repos et un dimanche se rend à Royan. Un mois est passé depuis l'affaire précédente, et il se rend au casino afin de se changer les idées. Il remarque une jeune fille qui joue à une table de boule. A un certain moment, alors qu'elle a changé de place, il l'aperçoit saisir une liasse de billets dans le réticule d'une joueuse. Ce n'est pas parce que cette grosse dame est désagréable qu'il faut se conduire ainsi. Il lui sauve la mise, c'est la cas de le dire, en certifiant auprès du croupier puis du directeur de l'établissement, qu'il ne s'agissait uniquement d'un pari conclu avec la jeune fille. Mais cet incident l'incite à enquêter sur les faits et gestes de cette demoiselle qui a accompli son forfait au seul moment qui n'était pas favorable pour le perpétrer. Il faut signaler qu'un indice dû au hasard, mais sciemment utilisé par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale notamment dans le métro pour confondre certains voyageurs, permet au Petit Docteur de résoudre en partie cette énigme. Mais de nos jours, l'usage du port du pantalon change peut-être les réflexes féminins.

Si le Petit Docteur tombe amoureux de la première jeune fille qui se présente à lui, il est toujours célibataire. Aussi pour le ménage et la cuisine il est aidé par Anna. Et Anna, sachant que le docteur s'est entiché à résoudre des enquêtes, lui signale un fait divers s'étant déroulé près de Nevers. Un gérant de station-service a remarqué, alors qu'il servait un client, que deux personnes se tenaient à l'arrière du véhicule. Dont une femme qui au dernier moment a crié, Au secours !... A moi... Il a également pu relever une partie du numéro d'immatriculation. Le véhicule appartient à un avocat honorablement connu, qui avait joué au bridge avec des amis ce soir-là. Il avait garé sa voiture dans la rue puis l'avait récupérée à la fin de la partie. Or selon sa femme, le réservoir était vide la veille mais le lendemain, il reste une quantité non négligeable de carburant. L'enquête piétine et le Petit Docteur s'exclame : Il faudra bien qu'un jour ou l'autre j'aille faire un tour là-bas !. Aussitôt dit aussitôt fait, malgré les patients et parturientes, il a déjà procédé à vingt-trois naissances rien que pour ce mois d'octobre, qui attendent ses bons offices. Heureusement, un confrère assure les dépannages lorsqu'il quitte son village de Marsilly. Il va conduire son enquête en s'immisçant comme un officiel entre le commissaire et le procureur, qui pensent, chacun de leur côté qu'il accompagne l'autre. Ainsi débute cette affaire intitulée Une femme a crié.

Si le Petit Docteur s'intéresse au Fantôme de Monsieur Marbe, c'est bien parce qu'il a reçu une lettre lui demandant son aide. L'expéditeur se réfère au procureur Verdelier, un homme qu'il a connu lorsqu'il était administrateur aux Colonies. Or justement ce procureur Verdelier est le magistrat qui a instruit l'affaire d'Une femme a crié, et entre le docteur et le procureur, une certaine amitié s'est instaurée. Et voilà notre détective amateur qui se rend sur la Côte d'Azur, et pour la première fois de sa courte carrière, un client lui propose de l'argent pour enquêter.

Puis il va retrouver un ancien condisciple qu'il a côtoyé sur les bancs de la faculté de médecine, lequel lui demande de l'aider. Trois semaines plus tôt, le docteur Lourtie se mariait à Boulogne-sur-Mer, et tout laissait supposer que ce mariage d'amour allait continuer sous les meilleurs auspices. Seulement, Lourtie en trois semaines est devenu un homme agité, en proie aux pensées les plus noires. Il a reçu une seconde lettre anonyme lui signifiant : Si vous voulez vous convaincre de la double vie de votre femme, allez ce soir vers onze heures au Tonneau-d'argent, une taverne que vous trouverez sur les quais... Madeleine n'était pas présente mais une photo lui a été remise, montrant la jeune femme attablée dans ce bouge mal famé. Et c'est ainsi que pour aider son ami plongé dans la détresse, le Petit Docteur accède à sa demande, la veille de Noël. Il s'agit des Mariés du 1er décembre.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, va donc vivre treize aventures, treize enquêtes, en ingurgitant, comme s'il fallait fêter ses succès par procuration et anticipation, moult boissons, le rendant plus ou moins dépendant au cours de ses enquêtes :

Boire ! Toujours boire ! A cet instant il se demanda si les policiers officiels avaient un budget spécial pour la boisson, tant il constatait que la tâche de détective entraîne d'obligations dégustatives. Le fantôme de Monsieur Marbe.

Alors je vous invite à le suivre dans ses obligations, dans ses enquêtes, de véritables petites récréations estivales et souvent humanistes.

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Ces nouvelles ont été publiées entre 1939 et 1941 puis réunies en volume chez Gallimard en 1943, sous le titre Le Petit Docteur.

 

Le Flair du Petit Docteur. Publié initialement sous le titre Rendez-vous avec un mort dans la collection Police-Roman N° 76.

La Demoiselle en bleu pâle. Police-Roman N°79.

Une Femme a crié. Police-Roman N°82.

Le Fantôme de Monsieur Marbe. Police-Roman N°85

Les Mariés du 1er Décembre. Police-Roman N°88.

Le Mort tombe du Ciel. Police-Roman N°91.

La Bonne Fortune du Hollandais. Police-Roman N°106.

Le Passager et son Nègre. Police-Roman N°97.

La Piste de l'Homme roux. Police-Roman N°100.

L'Amiral a disparu. Police-Roman N°103.

La Sonnette d'Alarme. Police-Roman N°94.

Le Château de l'Arsenic. Police-Roman N°108.

L'Amoureux aux Pantoufles. Police-Roman N°112.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur. Collection Folio Policier N°806. Editions Folio. Parution le 8 juillet 2016. 624 pages. 8,70€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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