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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:57

Certains prétendent que les livres de James Patterson sont formatés, écrits pour devenir des best-sellers, c’est peut-être vrai, mais sans une once de talent, un roman neDerniere-escale.jpg pourrait pas se vendre comme des petits pains malgré tout le talent promotionnel des éditeurs. Ecriture facile, oui, mais il est parfois compliqué de s’en tenir au sujet verbe complément et ne pas sombrer dans des digressions sans fin, des phrases à rallonges, des passages oiseux, comme je le fais en ce moment. En réalité James Patterson est efficace, ce qui attise la jalousie de certains. Dès les premières pages, le lecteur est happé et il ne peut plus lâcher le livre qu’avec regret, impatient de connaître la suite. Est-ce pour cela que les chapitres sont si courts, qu’à tout moment dans le métro par exemple on peut arrêter la lecture et la reprendre sans être obligé de revenir en arrière. Et James Patterson ne manque pas d’imagination non plus, un atout supplémentaire.

Katherine, docteur et veuve de son état, décide de prendre deux mois de vacances, afin de se ressourcer et détendre l’atmosphère familial. Deux mois à bord du yacht Famille Dunne, avec ses trois enfants, Carrie, 18 ans limite anorexique, Mark, 16 ans adepte de drogues dites douces et Ernie, dix ans, perpétuel affamé, plus Jake, son beau-frère, le frère de Stuart, le mari de Katherine décédé lors d’une plongée sous-marine. La tension qui règne entre les trois gamins joue sur les nerfs de Katherine qui souhaiterait que cette croisière leur permette de reconstituer la cellule familiale. Les enfants n’ont jamais accepté le remariage de leur mère avec Peter Carlyle, un avocat réputé. Ils ne supportent pas leur beau-père, un sentiment qui envenime leurs relations avec leur mère. L’expédition débute sous de mauvais auspices. Carrie tombe à l’eau, un suicide avorté grâce à la présence d’esprit de Jake. Un incident de parcours suivi d’un autre, moins anodin. Une avarie d’eau dans la salle des machines. Une réparation de fortune est effectuée et la croisière pourrait continuer sans un nouvel incident, cette fois nettement plus grave. Alors que la petite famille batifole dans l’eau, seul Jake étant resté à bord, le bateau explose. Jake est récupéré inanimé, profondément brûlé. Heureusement la caisse de survie flotte et ils peuvent s’installer dans un radeau non sans avoir auparavant été sérieusement inquiété par un requin. Et comme si ces ennuis ne suffisaient pas, la balise de détresse détourne les sauveteurs du lieu de l’accident en fournissant des renseignements erronés. La galère totale organisée afin de les éliminer, corps et biens.

Les rebondissements s’enchainent tels les grains, quelques uns plus gros que les autres, d’un chapelet. Et du départ de la famille pour une croisière qui ne s’amuse pas, en passant par un naufrage sur une ile déserte, jusqu’au procès au cours duquel les avocats s’en donnent à cœur joie dans la mauvaise foi, il n’existe aucun temps mort. Et les différents protagonistes de ce roman ne manquent pas de sel (marin) mais ceux-là je vous laisse les découvrir. Vous ne serez pas déçus.

James PATTERSON : Dernière escale. Traduit de l’américain par Philippe Hupp. Le Livre de Poche Thriller (réédition de L'Archipel).

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:53

Plonger dans l’univers de Serge Brussolo, c’est s’immerger dans un monde étouffant, oppressant, envoûtant, angoissant, c’est aussi se prendre une bonne claque revigorante, façon douche écossaise. On connait les recettes de Serge Brussolo et pourtant à chaque fois il réussit le tour de force de se renouveler. Ainsi dans Ceux d’en bas, le second volet de L’Agence 13, les paradis inhabitables, il alterne réalité et imaginaire, avec sa propension à utiliser une pointe de fantastique dans une mise en scène solide n’excluant pas le côté poétique.Ceux-d-en-bas.jpg

Mickie Katz travaille dans une agence spécialisée dans l’aménagement de terrains en parc de loisirs et de remise en forme. En fait elle est chargée d’embellir d’anciennes scènes de crimes, afin d’effacer les atrocités commises et appâter les éventuels touristes. Sa nouvelle mission consiste en l’étude d’une proposition dans le Montana, à la limite du Canada. Hantée par le souvenir de son père terroriste en fuite, elle vit en marge, fuyant Los Angles pour un coin de désert. Son guide, Trois Griffes, descendant d’Indiens, la met en garde. Late Encounter, l’ultime rencontre, déformation de Lake Encounter, lac de la rencontre, le lieu où ils se rendent, n’a pas bonne réputation. Ses quelques quatre cents habitants vivent quasiment en autarcie, dans un village près d’un lac et sur lequel plane une malédiction. Dans la cabane qui a été attribuée à Mickie, a séjourné Lenora, une jeune femme elle aussi décoratrice, mais son séjour s’est terminé dans le lac en chemise de nuit. Mickie trouve, coincé entre des livres, un petit carnet sur lequel Lenora a consigné ses démêlés dans le village. Mickie aimerait en savoir un peu plus mais tous ceux auprès de qui elle se renseigne se referment, ne lâchant qu’avec regrets leurs révélations. Le shérif Pitman tient sa petite communauté d’une main de fer. Tanner Holt, ancien scénariste de télévision sur le déclin assure les programmes télévisés locaux tandis que Noah Jenson, le chargé de communication, vit depuis quelques années et semble avoir été adopté. Mais tout n’est que façade. L’origine de ce village remonte à deux cents ans en arrière, alors que des chercheurs d’or envahissaient ce coin montagneux du Montana occupé par les indiens Kichawas. Afin d’éliminer les occupants l’un des chercheurs a employé un stratagème subtil, sans effusion de sang et sans gaspillage de munitions. Il a simplement fourni aux autochtones des couvertures ayant servi à envelopper des malades atteints de la variole. Peu après la communauté indienne était décimée. C’est l’une des légendes qui court sur cet endroit, mais ce n’est pas la seule. Un archer énigmatique arrose de trois flèches à intervalles de plus en plus serrés les habitants de Late Encounter, parfois occasionnant des dégâts corporels. Les événements mystérieux se succèdent et à chaque fois Mickie est en possession de deux versions selon ses interlocuteurs. Ceux déjà cités mais aussi Sue Rolden la veuve présumée d’un plongeur hydrographe dont la dépouille n’a jamais été retrouvée et son fils Billy Bob, ou Ron-Russo Wichita, un octogénaire qui vit dans une résidence imposante et luxueuse sur le flanc de la montagne. Démêler le vrai du faux et le faux du vrai, deux rôles qu’endosse Mickie tout en travaillant sur le projet qui lui a été confié. Les révélations, les agissements des uns et des autres, les tragédies qui se succèdent, ses propres initiatives la conduisent dans le lac au péril de sa vie et dans une excavation secrète qui recèle beaucoup plus que ce qu’elle croyait trouver.

Ceux-d-en-basSerge Brussolo joue avec les nerfs de ses lecteurs, entretenant le suspense tout au long du récit qui se déroule sans temps mort, dans une atmosphère d’angoisse de plus en plus prenante, et minutieusement installée dès le début de l’histoire. Si certains n’hésitent pas à le placer près de Stephen King, personnellement je trouve que son sens de l’intrigue et sa virtuosité dans le gravissement progressif de l’échelle de l’angoisse sont plus forts, plus prégnants que chez Stephen King. En effet le maître de l’horreur américain souvent s’englue dans les premiers chapitres, l’histoire ne décollant véritablement qu’au bout d’une centaine de pages. Serge Brussolo instille dès le prologue un climat envoûtant, tout en prévenant son lecteur à plusieurs reprises, instaurant une muraille fictive entre réel et imaginé. Ainsi page 11 il écrit : Aucun de ces romanciers de pacotille qui écrivent des romans d’horreur n’oserait inventer une chose pareille ! Plus loin, il persévère : Personne n’est assez bon pour réussir un coup pareil, sauf au cinéma ou dans les romans. Comme si ce qu’il raconte est issu d’une histoire véridique et non pas une fiction provenant d’une imagination fertile. Il n’y a que dans les romans policiers que tout s’explique à la fin, dans la réalité, des zones d’ombre demeurent, et rien ne parvient jamais à les éclairer, tous les flics le savent. Quant à Mickie, jeune femme décalée, qui aimerait avoir un enfant, en choisissant un géniteur selon son goût, ni trop fade, ni trop musclé, elle est composée de deux éléments antinomiques : Parfois j’aurais voulu être une ménagère modèle vivant dans un joli pavillon d’une banlieue du Connecticut pour cadres huppés, parfois également, je me disais que ce genre d’expérience m’aurait rendue folle d’ennui, et que j’avais beaucoup de chance de tomber sur des cadavres chaque fois que j’ouvrais un placard. C’est bien connu, les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent !

Serge BRUSSOLO : Ceux d’en bas. Editions Pocket (réédition de Fleuve Noir).

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 13:51

Dors min p'tit Quinquin, Min p'tit pouchin, min gros rojin, Te m'fras du chagrin si te ne dors point ch'qu'à d'main.

Et à Lille et ses environs, ce n’est point le P’tit Quinquin qui devrait s’endormir Bob-Dylan.jpgmais tous ceux qui gravitent dans cette histoire échevelée dont les personnages se croisent sans pour autant tous se connaître et dont le destin bascule pratiquement au même moment avec des fortunes ou infortunes diverses.

D’abord il y a Anne, prostituée indépendante. Elle tient à garder son statut malgré les propositions de Pierre Sauveur, un proxénète qui désire l’ajouter à son cheptel. Elle le rabroue vivement. Cet échange ne passe pas inaperçu de quelques clients du café où a lieu l’entretien. D’abord Léon, un vieux poivrot qui passe ses journées à écluser bière sur bière, occupé à écrire on ne sait quoi dans un cahier d’écolier. Sigismond Galade, professeur d’histoire, est attentif à cet échange verbal. Anne rentre chez elle et ses vieux démons l’assaillent. Elle croit entendre sa mère morte depuis des années, un fantôme qui a la malencontreuse idée de se rappeler à elle à tout moment. Galade est un exécuteur qui s’est donné pour mission d’éliminer les prédateurs de l’espèce de Sauveur. Et il ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixée en révolvérisant Sauveur qui surveille l’appartement d’Anne.

Serge Bianey est un jeune homme dont l’occupation principale est de se tourner les pouces, de fumer des cigarettes blondes améliorées au haschich ou à la marijuana. Ses parents sont très riches et lui versent une rente mensuelle ce qui lui permet de vivre confortablement à lire les romanciers de la Beat génération. Son voisin et ami habitant l’étage du dessus se nomme Claude Dane et exerce la profession de journaliste localier. Bianay se rend fréquemment au Lucky, un club qui offre à ses clients, contre rémunération bien entendu, des prostituées qui travaillent sans être sous le joug d’un souteneur. Sa préférée se nomme Carole, une superbe Camerounaise. Mais il aime errer aussi et il rencontre en gare de Roubaix une jeune Allemande qui gagne sa vie avec sa guitare et son harmonica en interprétant des chansons de Bob Dylan. Il lui propose de dormir chez lui. Qu’elle se pique à l’héroïne ne le gêne pas outre mesure. Le seul petit truc qui pêche dans la panoplie de cette chanteuse des rues, le coutelas ensanglanté dans son sac.

Le commissaire Cheminvert et ses adjoints, Roger Fache et Yves Roloff, sont sur les dents. Alors qu’ils travaillent sur des incendies mystérieux, qu’un névropathe assassine des femmes et les découpe en petits bouts, le meurtre de Sauveur et d’autres affaires similaires requièrent leur attention, leur vigilance, leur force, amputant leur temps de repos. Car s’invitent dans cet embrouillamini un raciste qui n’hésite pas à tuer ceux dont le faciès ne lui convient pas, déclenchant par ce fait une guerre entre gangs. Une bourgeoise se livre à la dépravation pour satisfaire le plaisir sadique de son mari. Et si tout cela ne suffisait pas, quelques flics franchissent allègrement la barrière érigée entre légalité et corruption

Tout n’est pas rose dans l’agglomération lilloise en ce début du moins d’octobre 1966. Noël Simsolo nous emmène dans différents quartiers de Lille, à Roncq, La Madeleine et Roubaix, en Aronde et autres voitures de l’époque. Ce roman est construit comme un puzzle dont toutes les pièces seraient éparpillées. Peu à peu les pièces s’emboitent, par petites sections, l’histoire prend forme et lorsqu’arrive l’épilogue, tout est mis en place. Personne n’est oublié, personne n’est épargné. Un roman qui nous ramène à une période qui fleure bon la nostalgie des années 60 et nous renvoie à des auteurs comme Peter Randa et confrères, pour lesquels les truands avaient parfois encore des restes d’humanisme et les flics qui n’étaient pas tous blancs comme neige, peut-être à cause de l’héroïne qui circulait. Bon nombre de ces protagonistes se réfèrent à la Beat génération, Kérouac et autres. Une plongée en apnée dans un monde qui a bien évolué mais ressemble furieusement au notre.

Noël SIMSOLO : Bob Dylan et le P’tit Quinquin. Collection Noir & Polar. Editions de l’Ecailler. 184 pages. 17€

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 14:47

Malgré son statut de religieux, le cardinal Rodrigo Borgia, d’ascendance espagnole, possède maitresse et enfants. Mais comme c’était une coutume à l’époque,sang-des-Borgia.jpg nous ne jugerons pas la moralité de cet homme et découvrons ce destin gravé dans le sang.

Rodrigo Borgia récupère auprès de sa maîtresse du moment, Vanozza, trois de ses enfants, César, Juan et Lucrèce, lui laissant en garde le petit Geoffroi qui tète encore le sein maternel. César est âgé de sept ans, Juan six et Lucrèce trois. Le jeune Geoffroi les rejoindra plus tard. Entre César et Juan, ce ne sont qu’anicroches, les deux frères ressentant l’un envers l’autre une vive antipathie. Les enfants sont élevés avec les meilleurs précepteurs de Rome, entourés par Adriana Orsini, sa cousine veuve et par Julia Farnèse et sa jeune et belle nouvelle maîtresse. Déjà plane sur la famille Borgia les jalousies et les tentatives d’empoisonnement.

Ainsi un jour, alors que toute la famille se prépare à manger ensemble, le cardinal Borgia propose à Juan de goûter son verre de vin. Mais celui-ci est empoisonné. Heureusement Juan n’a fait qu’en prendre juste une toute petite gorgée, trouvant le breuvage amer. Juan est plongé dans l’inconscience durant de longues journées mais il parvient à s’en sortir. Le coupable est rapidement découvert. Il s’agit d’un valet qui était précédemment au service de la famille Rimini. Le cardinal fait venir d’Espagne un sien cousin, Don Michelotto chargé de protéger les enfants.

Après moult tractations, Rodrigo Borgia parvient en aout 1492 à se faire élire pape, en remplacement d’Innocent VIII, sous le nom d’Alexandre VI. La bataille a été rude car d’autres prélats espéraient revêtir la tiare pontificale dont Ascanio Forza de Venise et Della Rovere de Naples. Le nouveau pape est un homme de caractère, et pense à l’avenir de ses enfants. César est nommé cardinal, Juan devenant militaire. Le petit Geoffroi est celui dont il s’occupe le moins, car plus faible de caractère que ses frères. Quant à Lucrèce il envisage de la marier à Giovanni Sforza de Milan, le neveu du More. Giovanni vient de perdre sa femme et il serait un bon parti pour une Borgia. Lucrèce, quoique fort attachée à son père, un attachement fusionnel, accepte ce marché dans l’intérêt des familles. Elle n’a que treize ans et est déjà une belle jeune fille au physique prometteur. Mais auparavant il lui faut apprendre comment coucher avec un homme. C’est César qui est chargé de l’instruire, de lui montrer comment se comporter sous la couette en plumes. Ce dont il s’acquitte volontiers et les enseignements qu’il a prodigué à sa sœur semblent avoir été de bons conseils puisqu’ils récidivent pour le plus grand plaisir des deux partenaires. Malgré son mariage avec Giovanni, Lucrèce continue à avoir des rapports charnels avec son frère.

César se morfond dans son statut de cardinal. Il rêve de devenir militaire, le commandant de l’armée pontificale et ainsi prendre officiellement femme. Le ménage de Lucrèce est bancal et elle obtient auprès de son père l’annulation de son mariage. Pourtant lors de la nuit de noce, trois témoins étaient présents afin de confirmer que son mari avait bien possédé sa jeune épouse et que l’union avait déclarée valable. Alexandre VI accède à la demande de sa fille. Seulement Lucrèce est enceinte des œuvres de son frère et il faut cacher son état de parturiente primipare. Avant d’organiser une nouvelle union, au grand désespoir de son frère.

sangborgia.JPGCocufiages, viols, incestes, guet-apens, empoisonnements, meurtres et tentatives de meurtres, empoisonnements, tortures, prévarications, concussions, trahisons, simonies, alliance, guerres entre royaumes italiens, le tout sur fond de prières, tels pourraient les mots-clés de ce roman dont la première publication en France remonte à 2002. La diffusion à la télévision de la série des Borgia a sûrement influencé l’éditeur de le rééditer, sous une nouvelle couverture, et cela permet de prolonger le plaisir des images. Mario Puzo a longtemps mijoté ce roman qui lui tenait à cœur. Au départ ce n’était qu’une passion historique qu’il a fini par coucher sur le papier. Peu de temps avant sa mort, survenue en 1999, Mario Puzo avait demandé à sa compagne de terminer son œuvre, ne désirant pas que ce soit quelqu’un d’autre qui touche à son manuscrit. Durant des années Mario Puzo et Carol Gino avaient parlé de cet engouement pour cette période italienne, durant des heures, échangeant leurs impressions, de ce besoin d’écrire, de relater la vie des Borgia, laissant macérer, mijoter et enfin se décider à rédiger. Carol Gino était donc à même de peaufiner et terminer ce roman qui comporte quelques longueurs, à mon avis, tant on est happé par l’histoire et qu’on souhaite en connaître l’épilogue au plus vite. On retrouve les figures emblématiques de l’époque, les rois de France Charles VIII et Louis XII dont les troupes font des incursions afin de récupérer de nouveaux territoires, Savonarole, le prédicateur jetant ses anathèmes contre la corruption, Machiavel qui s’inspirera de César Borgia pour écrire Le Prince, et Michel-Ange dont la renommée commence à s’imposer, alors que la Renaissance balbutie.

Mario PUZO : Le sang des Borgia. (The Family – 2001. Traduit de l’américain par Jean-Paul Mourlon). Editions de l’Archipel (première édition 2002). 384 pages. 19,95€

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:30

Imaginez ! Vous entrez dans une pièce plongée dans les ténèbres et heritage-dickens.jpgqui vous est inconnue. Vous connaissez l’emplacement de l’interrupteur, donc vous n’êtes pas plus déboussolé que cela et pourtant. L’ampoule, dite à économie d’énergie, ne commence à diffuser qu’une pâle lueur qui se met peu à peu à rayonner et atteindre sa pleine puissance qu’au bout de quelques secondes. Les ténèbres se dissipent pour votre plus grand plaisir. Entrer dans ce roman fournit à peu près cette sensation d’obscurité qui se dissipe graduellement.

Londres, décembre 1860. Tiny Tim, alias Timothy Cratchit, le héros imaginé par Charles Dickens dans un Conte de Noël et plus précisément dans le deuxième rêve que fit Ebeneezer Scrooge au cours des trois nuits qui précèdent et suivent la Nativité, Tiny Tim se trouve dans un désarroi compréhensible car sa famille est pratiquement décimée avec la mort de ses parents et de la plupart de la fratrie. Son père est décédé six mois auparavant. Il croit le distinguer partout où il se rend, derrière des vitrines, dans la rue, dans des boutiques, mais ce n’est que son esprit qui mène la danse. Il n’a pas vu son frère Peter qui marié tient un studio photographique, depuis cette même date, et pour se renflouer financièrement il est soumis à l’obligation de rendre visite à l’ancien employeur de son père, Scrooge, alias monsieur N. ou encore oncle N. auprès duquel il perçoit une rente. De son handicap à la jambe droite, il ne reste qu’une légère claudication et des douleurs qui se réveillent lors des changements de saison. Son attelle a été donnée à un ferrailleur et ses béquilles brûlées dans la cheminée. Ce que regrettait sa mère, qui affectionnait l’humour noir, car disait-elle, c’était bien pratique pour se gratter le dos.

Aussi, ayant eu l’opportunité de trouver un logement, un individu nommé Georges lui ayant obligeamment glissé une carte sur laquelle figure une adresse, il s’installe chez Miss Sharpe, une tenancière de maison close. Officiellement il est employé en tant que comptable mais en réalité il est précepteur, enseignant l’alphabet à la maîtresse de maison, lui apprenant à lire dans le roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Ce qui permet à celle-ci d’extrapoler sur les relations entre le naufragé et Vendredi.

Lors de ses pérégrinations dans la capitale britannique, Tim aperçoit sur la chaussée le cadavre d’une gamine entre deux policiers dubitatifs. L’épaule de la gosse est tatouée d’un G. Ses journées sont fort occupées, et le soir il aide volontiers le vieux capitaine Gully à repêcher des cadavres dans la Tamise. Le plus souvent ce sont des animaux. Rarement, ils ont la chance de remonter à la surface celui d’un être humain, et dans ce cas, la menue monnaie et les bijoux deviennent leur bien. Seulement cette fois c’est celui d’une gamine, tatouée elle aussi, qu’ils draguent dans leur filet. Tim aperçoit une autre fillette, sauvage, qui s’enfuit à son approche, mais semble souvent se trouver sur son chemin. Une de ses déambulations lui font rencontrer Colin, surnommé le Mélodieux à cause du charmant filet de voix qu’il possède. Colin est un gamin d’onze ans, effronté, hardi, solitaire, amusant, collant parfois, téméraire, indépendant, débrouillard. Colin lui présente alors Philomela, en abrégé Philly, et Tim parvient peu à peu à l’apprivoiser. Seulement d’autres personnes paraissent attachées à Philly. Une bonne sœur dont la cornette se dresse sur son chef telle une tente de camping, et déambule une Bible sous le bras. Elle veut absolument prendre en charge Philly et l’envoyer dans un refuge, au grand dam de la gamine. Puis c’est un homme qui essaie de l’enlever et de l’enfourner dans un cabriolet armorié, dans lequel se cache un homme au visage chafouin.

héritage dickensSi Louis Bayard, un Américain comme ne l’indique pas son nom chevaleresque, n’est pas fidèle au style et dans la forme mais il respecte le fonds des romans de Charles Dickens. Par exemple Charles Dickens a toujours mis en scène des enfants dans ses histoires, des gamins en prise avec les vicissitudes de la vie. Oliver Twist, bien évidemment, David Copperfield, La petite Doritt, Barnaby Rudge, De Grandes espérances, Nicholas Nickleby, et Timothy Cratchit dans Un chant de Noël connu également le titre de Conte de Noël. Des enfants, souvent orphelins, issus d’une famille pauvre, cherchant à s’élever sans tomber dans la voyoucratie malgré les tentations et perversions auxquels ils sont confrontés. Et si l’on retrouve, dans cet Héritage Dickens dont le titre français met l’accent justement sur l’œuvre du grand écrivain britannique, Timothy, le « héros » de Un chant de Noël, ce sont bien les enfants qui l’accompagnent dans ses pérégrinations qui prennent le pas. Les gamines dont la vie misérable, pour ne pas dire misérabiliste, est sujette à la concupiscence d’adultes dévoyés. La référence à Dickens apporte un regain d’intérêt, d’abord par l’aura dont jouit toujours cet auteur, mais également historique par la description des mœurs et des docks londoniens. Il est évident que Louis Bayard aurait pu placer son intrigue de nos jours, dans des lieux semblables, ou en l’exportant dans des pays réputés pour l’accueil réservé aux adultes qui recherchent des sensations procurées des corps juvéniles. Cela n’aurait peut-être pas eu la force et l’attrait que cette histoire possède en la transposant au XIXème siècle.

Je vous invite également à lire  mon article concernant la biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre-Ohl

Louis BAYARD : L’héritage Dickens. (Mr Timothy – 2003. Traduction de l’américain par Jean-Luc Piningre). 400 pages. 21€.

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 13:17

Prononcer le nom de Charles Dickens nous renvoie aussitôt à notre enfance, avec la lecture de David Copperfield, d’Oliver Twist, des Contes de Noël et autres ouvrages dickens.gifpubliés dans des éditions jeunesse parfois abrégées. Ces versions condensées ôtaient à ces romans, sans que dans notre esprit encore juvénile nous soyons vraiment interloqués. Mais relire aujourd’hui ces romans nous entraineraient sans aucun doute à des réflexions plus profondes et Jean-Pierre Ohl nous y incite par le truchement de cette biographie qui éclaire sous un jour nouveau ces œuvres beaucoup plus sociales et engagées qu’il y parait.

Charles Dickens est né le 7 février 1812 près de Portsmouth d’un père petit employé à la paierie de la marine qui en 1814 est nommé à Londres. L’enfance de Charles Dickens est ponctuée par les vicissitudes pécuniaires parentales. John Dickens est dispendieux, pourtant il veut tenir un rang au dessus de ses moyens. De nombreux déménagements ponctuent la jeunesse et pour subsister le ménage est contraint de vendre argenterie, objets précieux et livres à des prêteurs sur gages et un libraire. La mère de Charles est contrainte d’ouvrir un pensionnat, mais à cause de ses dettes, notamment auprès d’un boulanger, John Dickens est emprisonné à la Marshalsea. Une incohérence car être enfermé dans une prison pour dettes empêche toute entrée de revenus. Le jeune Charles le jour anniversaire de ses douze ans est obligé d’interrompre ses études et de travailler dans une fabrique de cirages. Il fixe des étiquettes sur les boites. Le trajet qu’il emprunte pour se rendre à l’entrepôt est particulièrement mal famé et il en garde une vision qui le marque à jamais. L’argent qu’il gagne sert à nourrir la famille. Son père libéré il peut enfin reprendre ses études malgré les réticences de sa mère. Ce déni maternel s’ajoute à une déjà longue liste de reproches à son encontre et il voue à sa mère un ressentiment qui perdurera longtemps. C’est à cette époque qu’il ressent les premiers maux rénaux qui le feront souffrir sporadiquement toute sa vie. Il fréquentera durant trois ans la Wellington School Academy, un bien grand nom pour un établissement en bois, puis deviendra coursier aux écritures dans un cabinet juridique. A l’instar de son père qui a appris la sténographie, il apprend cette écriture des signes ce qui lui permet d’entrer comme sténographe au tribunal ecclésiastique. Mais le jeune Charles possède un don, celui de comédien et il s’amuse à mimer les personnes qu’il côtoie pour le plus grand plaisir de ses camarades. En 1830 il s’éprend d’une coquette et belle jeune fille, Maria Beadnell, fille d’un banquier. Mais cette relation ne plait pas du tout au père de Maria et il est obligé de cesser toutes relations. En 1832 Charles Dickens devient journaliste. Il a déjà écrit de petites pièces de théâtre, des pastiches, mais ses premiers pas littéraires s’effectuent au Monthly Magazine auquel il propose de courts textes, des esquisses signés du pseudonyme de Boz. Possibilité lui est donnée de participer à une nouvelle aventure, début 1835, au supplément du soir du Morning Chronicle er de réserver ses nouvelles esquisses signées Boz. Le rédacteur en chef est George Hogarth qui deviendra son beau-père. Le célèbre dessinateur Robert Seymour suggère aux éditeurs Chapman et Hall de publier les aventures du Nemrod Club, en livraisons mensuelles. Ceci se passe en 1836 et Charles Dickens qui possède une énergie à toute épreuve et un caractère trempé se révèle pugnace, et impose ses idées. Ce sera le début des aventures de Pickwick et de l’épopée littéraire de Charles Dickens. Les succès s’enchaineront mais le mariage avec Catherine Hogarth connait plus de bas que de hauts, malgré les naissances multiples.

dickensCe qui relie tous les romans et contes écrits par Dickens est cette envie de montrer, et combattre avec sa plume, les injustices sociales. Il est indigné surtout par les conditions de travail des enfants mais aussi par d’autres injustices. Il emprunte à sa période d’adolescence les portraits des personnages qu’il va mettre en scène, décrire ce qu’il a vu, connu, sous couvert de fiction. Il visite en 1838 les grandes usines textiles des Midlands et plus particulièrement celles sises à Manchester. Il écrit à sa femme Kate : Je n’ai jamais vu une telle masse de saleté, de ténèbres et de misère. Et il confie au journaliste Edward Fitzgerald : J’en ai vu assez, et ce que j’ai vu m’a écœuré et étonné au-delà de toute expression. J’ai l’intention de frapper le coup le plus violent en faveur de ces malheureuses créatures ; mais je n’ai pas encore décidé si je le ferai dans Nickleby ou si j’attendrai une autre occasion. Jean-Pierre Ohl apporte son analyse à travers différentes études, écrits et lettres. Ainsi se référant au voyage en Amérique, voyage au cours duquel Dickens s’insurge contre le piratage éhonté de ses romans par des éditeurs américains et sur lequel il ne touche aucun dollar : Le voyage a confirmé une de ses intuitions profondes : tous les maux de l’humanité, ou presque, reposent sur l’appât du gain et sur l’égoïsme qui en découle. L’impression générale que lui laisse l’Amérique est celle « d’un vaste office de comptabilité ». Si l’esclavage discrédite totalement le système en vigueur dans les Etats du sud, l’astuce mercantile des Yankees, leur dévotion au « tout puissant dollar » lui semblent tout aussi méprisables. En 1849, après de nombreuses expériences qui se sont toutes révélées frustrantes, Dickens crée un nouveau journal. Household Words abordera avec franchise et intransigeance tous les problèmes sociaux de l’Angleterre, en commençant bien sûr par les principaux chevaux de bataille de Dickens : l’éducation des pauvres, les problèmes de logement, les conditions de travail des ouvriers. En ce milieu de siècle, la révolution industrielle n’est plus en marche, elle court littéralement, laissant derrière elle les indigents et les déclassés, broyant, au sens propre comme au figuré, les travailleurs.

Pourtant, comme le souligne Jean-Pierre Ohl dans son avant-propos, tout le monde lisait Dickens : la reine et ses ministres, le petit peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l’Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes – Marx, Engels, Tolstoï, Dostoïevski, Henry James, Georges Sand, Eugène Sue. A se demander si Dickens n’a pas influencé certains de ces philosophes et romanciers. Mais si la société huppée se délectait de la lecture des romans et contes de Dickens, il est étonnant qu’elle ne se rende point compte des reproches qui étaient adressés à une société industrielle qui privilégiait les finances au détriment des travailleurs. Mais comme on peut le constater, de nos jours les pratiques n’ont guère changé.

Jean-Pierre Ohl nous permet donc de mieux découvrir l’auteur et surtout son œuvre dans une biographie vivante, claire, précise, subtile, riche d’enseignements, avec passion et amour. Il écrit simplement, rognant le style ampoulé et abscons des universitaires, ce qui rend cet ouvrage attachant, donnant envie de lire ou relire toute l’œuvre disponible de Dickens, une œuvre que l’on pourrait assimiler au genre roman noir. Dickens fut l’Indigné du XIXème siècle.

Jean-Pierre OHL : Charles Dickens. Collection Folio Biographie n°84. Inédit. Editions Gallimard. 320 pages. 7,80€

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:30

Il est des titres qui enivrent le lecteur avant même que celui-ci ait débouché lavin-maure.jpgbouteille, pardon, ouvert le Livre. Ainsi Le vin des Maures, jeu de mots avec le vin des Morts ? Lors d’une répétition théâtrale, la comédienne Josy Pan n’en fait qu’à sa tête, changeant les répliques, ce qui n’est pas du goût de l’auteur de la pièce, Emilien Noailles. Quant à Béatrice, préposée à la mise en scène, elle a bien du mal à canaliser Josy dans ses débordements déclamatoires et scéniques.

Léo, le régisseur qui cumule les petits rôles, Rachid, Louis Rozier, comédiens, Freddie, comédienne, Maryse la costumière et amie de cœur depuis des années de Josy, et Jo, le narrateur, complètent la distribution. Mais la comédie boulevardière et vaudevillesque se transforme en drame lorsque Josy régurgite un jet de salive laiteuse. Beurk ! Cela non plus n’était pas prévu dans la mise en scène. Bon sang, mais c’est bien sûr ! La date du jour est un 1er avril. Une farce qui n’en est pas une car il faut bien se rendre à l’évidence, Josy vient de trépasser, et il ne reste plus à tout ce petit monde qu’à s’adresser à la police. D’autant qu’une lettre anonyme adressée à Josy est découverte : Tu dois payer pour tout le mal que tu as fait.

Comble d’ironie, c’est la capitaine Florence Thomasson, nouvellement promue dans ce grade, qui est en charge de l’enquête. Flo héberge Jo à titre gracieux en échange de quelques travaux d’entretien. Il est comédien en recherche perpétuelle de contrats et qui à la suite de diverses affaires dans lesquelles il a été impliqué, souvent à son corps défendant, envisage de se reconvertir en tant que détective privé.

Josy avait eu souvent recours lors de la répétition fatale, à une bouteille de vin des Maures et après analyse du flacon, il en ressort que le breuvage avait été agrémenté d’arsenic. Mais pas n’importe quel arsenic. Un vieux produit qui n’est plus sur le marché depuis des années. Sur la bouteille figurent toutes sortes d’empreintes, mais cela ne donne pas le nom du coupable pour autant. Alors tout le monde est soupçonné, sauf Jo, pour des raisons personnelles que Flo ne cherche pas expliquer. Et peu à peu, la véritable personnalité de tous les participants se révèle, se déchire comme un emballage usé, et les raisons de se débarrasser de Josy peuvent être attribuées à n’importe qui et à tout le monde.

Jo s’est retrouvé embarqué dans cette galère suite à la défection d’un comédien. Béatrice l’avait contacté et c’est tout le passé de Jo qui lui remonte à la tête. Son esprit devient de la lave en fusion. Pensez donc ! Jo et Béa n’avaient que quinze ans environ et Jo reluquait les filles, surtout les belles, les intouchables, celles qui se promènent toujours en compagnie de boudins susceptibles de mettre en valeur leur beauté. Et Jo et Béatrice avaient mis en pratique le simulacre de la reproduction, un soir, sur la plage. Une seule et unique expérience, mais quelle expérience, et quelles conséquences !

Sylvie Callet, qui situe son intrigue à Toulon, nous entraîne dans un univers qui mêle les genres. Une ambiance qui s’apparente aux vieux romans d’énigme, avec le poison adéquat, l’arsenic, et qui lorgne sans vergogne du côté d’Agatha Christie. Ce qui n’est pas une mauvaise référence puisque la bonne dame de Torquay avait su jouer avec ses lecteurs en les lançant sur de fausses pistes et dont l’épilogue était parfois improbable, tout en étant savamment agencé. Mais en même temps Sylvie Callet, dont le héros est un homme, se prend pour un auteur machiste avec délectation. Sous des dehors légers, l’humour enveloppe l’émotion et l’on ne peut se détacher de ce roman prenant. Evidemment, les lecteurs qui ne jurent que par le roman noir social et politique, débordement d’hémoglobine et violence à la clé, n’y trouveront pas leur compte. Et pourtant ! Sylvie Callet n’hésite pas à émettre via son narrateur quelques vérités qui dérangent.

Sylvie CALLET : Le vin des Maures. Editions Presses du Midi.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:27

Le Moulin à vent du titre pourrait nous faire penser à Alphonse Daudet, moulin-a-vent.jpgil n’en est rien. La reproduction d’un moulin est en arrière-plan mais en premier plan, que trouve-t-on ? Un ballon de rouge, sûrement ce fameux Moulin à vent issu du Beaujolais, un grand cru avec le Fleurie, le Morgon et quelques autres éclipsés par le trop médiatique Beaujolais nouveau. Joël-Marie Bianco, plus familièrement appelé Jo, comédien au chômage et détective amateur, jardinier de Flo qui lui prête un cabanon, vient d’hériter de son ami Bèbe, barman de son état et décédé dans de tragiques circonstances, d’un boui-boui, d’une garçonnière miteuse et d’une vieille R5 toujours vaillante. Il ne garde que la relique sur roues et brade le reste afin de payer les frais de succession. Et la voiture justement il va en avoir utilité car sa belle-sœur, Mathilda, d’origine de petite noblesse, lui téléphone afin de lui apprendre que son frère Louis-Edouard vient d’être agressé et est à l’hôpital dans le coma. C’est plus par charité que par amour de la fratrie que Jo se rend dans le beaujolais où il est accueilli assez sèchement. Il est vrai que les deux frères ne s’entendaient pas très bien et même qu’ils ne s’étaient pas vus depuis un lustre. La gentilhommière, possession ancestrale de la famille de Mathilda, est extérieurement à l’abandon. Quant à l’intérieur, c’est un vrai labyrinthe aménagé en gîte rural. Les retrouvailles entre Jo et Mathilda manquent de chaleur. Franck, le cousin germain de la châtelaine genre brute épaisse et Jean-Noël, le fils dont les conduits auriculaires sont assaillis par les décibels belliqueux issus de son baladeur, n’ont guère l’air d’apprécier cette intrusion. Seule Maryanne, la gamine délurée de sept ans qui ne pose pas de questions sur l’arrivée de cet oncle qu’elle ne connaissait pas, et Luna, la servante du château, lui font comprendre que ce débarquement inopiné est une sorte de récréation dans leur quotidien. D’ailleurs Luna, dont la fille et le gendre vignerons produisent du Beaujolais l’initie à ce breuvage. Sans oublier les pensionnaires de ce gîte rural. Les Delaunay, un couple riche mais pingre, dont le mari a prêté de l’argent à Louis-Edouard, lequel conseiller fiscal est dans la panade, et Jambon, pardon Verbaurin, poète qui emprunte volontiers à ses illustres ainés des citations toutes faites et dont la prose orale n’est pas piquée des vers. Enfin Sylvio, le neveu de Luna, qui entretient un contentieux avec Franck. Jo ne tarde pas à comprendre qu’il a mis le pied dans un nid de vipères plus ou moins lubriques et l’enquête qu’il entreprend afin de définir qui s’est amusé à agresser Louis-Edouard s’avère pour le moins mouvementée.

Ce qui prime dans ce court roman, ce n’est pas tant l’intrigue, pourtant bien amenée, que l’humour lexical dans lequel il baigne. Jo est un personnage atypique, que son passé de comédien, « intermiteux » du spectacle comme il se définit lui-même, aime à appeler à la rescousse des comédiens célèbres qui l’apostrophent afin de le remettre sur les rails lorsqu’il dévie, ce qui lui arrive très souvent. De plus, c’est un homme qui aime non seulement la bonne chère mais également la chair fraîche, passion qu’on lui pardonnera volontiers, car ses bonnes fortunes ne sont pas réticentes à ses charmes. Une petite récréation guillerette dans une production qui actuellement joue trop souvent dans le pessimisme, le sanguinolent, les conflits de banlieue, la drogue, le chômage et autres affaires politiques qui polluent notre quotidien, même si l’on ne doit pas se leurrer car c’est la réalité.

Sylvie CALLET : Moulin à vent. Editions Les Presses du Midi.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:20

Comédien de seconde zone, cabotin, Jo, malgré un trou dans son compte en banque presque aussi profond que celui de la sécu, aime se prélasser au soleil dans le parc de sa copine Flo. Il vit dans un cabanon, non loin de l’habitation de sa logeuse, une policière qui fut petit-jaune.jpgson amante, mais sans grande conviction. Ils sont restés amis, et c’est très bien comme ça. Souvent il se rend chez Bèbe, un cafetier dont le bar est retiré et n’accueille que de rares clients. Son havre de paix est perturbé un soir par une jeune fille, Tristane, qui s’est fâchée avec son petit ami, D. Joyce, de son vrai nom David Lajoie, surnommé aussi Chien Fou. Il traficote, se cachant dans une cave de l’immeuble où il habite lorsque les choses se gâtent. Tristane se confie à Jo, révélant que si son père est riche, elle gagne sa vie comme hôtesse dans un centre d’appel pour âmes en manque d’affection. Le Sexhôtel. Elle est en conflit avec ses parents, surtout sa belle-mère. Bref elle est déboussolée, seulement Jo interrompt brutalement les confidences lorsqu’il se rend compte que le trouble qu’il ressent, c’est à cause de la voix de Tristane, une voix qui ressemble étrangement à Héloïse, sa demi-sœur décédée d’une absorption démesurée de poudre blanche. Il rentre chez lui, avale deux somnifères et dort sans se douter que la nuit sera tragique. Tristane a été retrouvée morte sur la plage, assassinée à coups de couteau. Flo est chargée de l’enquête mais Jo ne désire pas raconter sa soirée. D’autant que son répondeur regorge d’appels de la jeune fille, appels qu’il n’a pas entendus à cause de son batifolage dans les bras de Morphée. Alors, il décide d’enfiler son imper de détective privé, se grime, accumule les erreurs, retombe sur ses pieds à chaque fois, se retrouve dans des situations scabreuses et fait d’étonnantes rencontres.

Avec maîtrise Sylvie Callet narre une histoire dans laquelle l’humour est toujours présent, grâce surtout à son personnage quelque peu bouffon mais humain, décrivant les situations avec verve, la tragédie se substituant au comique sans à-coups, dans des transitions subtiles. Toulon et l’arrière pays pour le décor, mais sans ostentation, sans ressembler à des cartes postales ou guides touristiques, des personnages bien campés, et une écriture fluide font de ce petit roman (160 pages) un agréable passe-temps. Et si Jo ne parvient pas à lire un roman de Fred Vargas, ce n’est pas le talent de l’auteur qu’il remet en question, au contraire, c’est parce que les émotions qu’il ressent prennent le pas sur l’intérêt de l’histoire. Et puis que penser de cette déclaration : « Je n’avais rien contre les pros du ciboulot, mais il était hors de question que je leur livre à la fois mon fric et mes secrets les plus intimes. A tout prendre je préférais le confessionnal. C’était gratuit et on pouvait y broder tout à loisir. Pour ma part, je trouvais que la réalité gagnait à être enjolivée ».

Sylvie CALLET : Un petit jaune. Les Presses du midi.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:55

L’année de l’impressionnisme avec comme chef de file Claude Monet vient de s’achever avec un succès auquel les organisateurs ne s’attendaient peut-être pas. Et afin de clore en beauté cette manifestation qui s’est déroulée au Grand Palais à Paris, mais également dans Nymphéas2de nombreux sites normands dont évidemment Giverny, Michel Bussi nous offre un roman hommage à Monet, aux impressionnistes, aux fameux nymphéas et bien évidemment à Giverny, ce petit village de l’Eure coincé entre Normandie et Ile de France, niché dans un méandre de la Seine.

Quel point commun peut relier Fanette, la gamine de onze ans, qui fréquente l’école de Giverny, douée pour la peinture et dont les camarades de classe se nomment Paul, Vincent, Camille et Mary ; à Stéphanie, la belle institutrice aux yeux nymphéas, séduisante, mariée à un agent immobilier et vivant dans une mansarde au dessus de l’école ; à la Sorcière, le Fantôme, cette vieille femme octogénaire tout de noir vêtue, marchant péniblement avec une canne et qui passe quasiment inaperçue dans les rues de Giverny, logeant dans le donjon du Moulin des Chennevières. Peut-être un meurtre, celui d’un ophtalmologiste dont le cabinet est situé à Paris dans les quartiers chics de la capitale et dont la femme, Patricia, se morfond à Giverny, rue Claude Monet. Jérôme Morval ne rentre pas tous les soirs, à cause de son travail bien sûr, ce qui ne l’empêche pas de séduire de nombreuses femmes, au contraire. Son corps est retrouvé dans un ru de l’Epte, un bras détourné de la rivière qui alimente l’étang aux Nymphéas du jardin de Monet. Il aurait été poignardé, avant d’avoir la tête écrasée par une grosse pierre, puis noyé dans le ru. Non loin du cadavre est retrouvée une carte d’anniversaire qui apparemment ne lui était pas destinée. Pour le jeune lieutenant Laurenç Sérénac, un Occitan muté à Vernon qui remplace le commissaire parti en retraite sans en avoir véritablement le grade, c’est la première grosse affaire à laquelle il est confronté. S’il possède des connaissances en art pictural, il a travaillé à la Brigade des Arts, son adjoint Sylvio Bénavides est plus calme, plus posé, presque maniaque, adepte du classement des archives. Un expéditeur anonyme envoie, histoire d’aider les policiers dans leur quête du meurtrier, cinq photos représentant le défunt en compagnie de femmes. Cinq maîtresses supposées dont certains clichés ne laissent guère de doute quant aux relations charnelles qu’elles pratiquent à l’œil. Normal quand on a un ophtalmo dans ses relations. Des photos annotées au dos par des numéros sur lesquels Sévérac et Silvio se cassent les dents. A part la belle Stéphanie que l’homme de l’art dentaire tient chastement par la main, les autres femmes sont inconnues au bataillon. A force de recherches les identités seront bientôt dévoilées, presque, mais cela ne les avancent guère. Sévérac est persuadé que le mari de Stéphanie ferait un coupable idéal, d’ailleurs son alibi, une partie de chasse privée, est démoli par sa femme. Le matin du meurtre elle aurait couché avec lui, mais n’est-ce que provocation envers Sévérac ? Cela se pourrait car tous deux ressentent une forte attirance l’un pour l’autre. Fanette rejoint, l’école terminée, un vieux peintre américain qui lui prodigue ses conseils. Sous l’impulsion de l’institutrice, elle devrait participer à un concours organisé par la fondation Théodore Robinson. La Vieille arpente les rues de Giverny ou surveille du haut de la tour les mouvements du village, après avoir enterré son mari. Il avait été transporté à l’hôpital de Vernon suite à un malaise, et elle a subrepticement débranché les perfusions. Neptune, le chien, se contente de suivre tout ce petit monde, suivant les uns et les autres ou se reposant sous le cerisier dans la cour du bief du moulin. Sylvio, s’il ne possède pas le flair d’un chien de chasse retrouve dans archives une histoire ancienne remontant à 1937, un meurtre perpétré dans des conditions similaires.

Nymphéas2Ce ne pourrait être qu’une banale enquête située dans un lieu prisé par les touristes depuis l’ouverture de la maison et des jardins de Monet en 1980. Le Clos Normand, le Jardin Japonais, et bien entendu l’hôtel Baudy et tous les lieux qui constituent le charme de Giverny, ses ruelles fleuries, son église, sa prairie, ses champs de blés, sont décrits avec la palette d’un peintre impressionniste. Si l’ombre de Monet plane sur ce roman, celle d’Aragon est aussi présente, par le truchement d’un livre, Aurélien, qui trône sur une table de chevet. Mais Michel Bussi ne s’est pas contenté d’une simple visite guidée, et d’une intrigue semi-classique, il a reconstitué une ambiance, des images, introduit des faits divers réels, jouant à l’illusionniste avec un jeu de miroir à trois faces, des reflets qui se répètent et pourtant ne sont pas identiques. Il parsème son intrigue de petits indices que peut relever le lecteur attentif, et son épilogue est subtil tout en étant logique. Une cascade temporelle jonchée de Nymphéas, de rumeurs souvent savamment entretenues concernant des toiles qui auraient existées, qui n’auraient pas toutes été recensées, d’ultimes peintures du maitre, lequel atteint de la cataracte aurait imaginé reproduire des nymphéas noirs, des personnages qui se retrouvent placés en pleine lumière avant de s’évanouir dans la nature, d’amours enfantines, de jalousies, de dénis, d’enquêtes parallèles. Et une voix s’élève dans une narration à la troisième personne, le Je de la sorcière s’immisce dans le récit, tirant les ficelles d’une toile dans lequel l’esprit s’égare, noyant un peu plus le poisson. Et malgré les illusions, les effets d’optique, tout est astucieusement et rigoureusement agencé et lorsque la vérité sort de l’eau, le lecteur ne peut que s’écrier, tel Raymond Souplex dans son interprétation du commissaire Bourrel : Bon Dieu, mais c’est bien sûr !

Michel BUSSI : Nymphéas Noirs. Presses de la Cité

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