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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 19:22

 

Qui sont ces deux jeunes gens qui s’attablent tous les matins ou presque avion.JPGau même endroit, en prenant leur café ? Mariam qui officie derrière le comptoir hésite entre deux possibilités. Sont-ils amants ou tout simplement frère et sœur ? Il existe un air de ressemblance entre Marc et Lylie mais une sorte d’intimité amoureuse semble les propulser l’un vers l’autre. Ce matin-là du 2 octobre 1998, alors que l’horloge affiche 08h27, un conciliabule s’établit entre eux. Marc offre à Lylie une croix touarègue, pour son anniversaire, pour ses dix-huit ans. Lylie, c’est nouveau, arbore au doigt une bague de grande valeur, et son cadeau est insignifiant à côté. Mais Lylie ne peut assister à ses cours ce jour-là. Ils sont tous deux étudiants à la Fac de Paris VIII Vincennes Saint-Denis, et avant de le quitter elle remet à Marc une enveloppe que Crédule Grand-Duc a déposé sa boîte aux lettres. Puis elle part signifiant que ce jour là elle sèchera les cours.
Marc se plonge dans le cahier que contenait l’enveloppe tout en essayant de retrouver Lylie. Mais d’abord il doit se rendre chez Crédule Grand-Duc, un détective privé qui s’occupe de l’affaire relatée dans ce qui pourrait bien être son dernier message, son témoignage et son testament. Suivons donc pas à pas Marc dans sa lecture édifiante et dont il connait une grande partie mais pas les aboutissants.
Le 23 décembre 1980, un Airbus s’écrase sur le mont Terrible, dans le Jura, non loin de la frontière suisse. Sont recensés cent-quarante-six morts. Seule un poupon de sexe féminin a eu la vie sauve, elle a été éjectée de la carlingue qui était en flammes. Elle reposait assez loin de l’épave pour ne pas être brûlée, mais assez proche pour bénéficier de la chaleur dégagée afin de ne pas périr de froid dans la neige. Une aubaine pour la journaliste du journal local qui peut griller la politesse à ses collègues, annoncer le drame en exclusivité, photos à l’appui. Là où le bât blesse, c’est que deux gamines du même âge, trois mois environ, figuraient comme passagères et il est impossible aux grands-parents, les parents sont décédés dans l’accident, de prouver la parentèle qui les lie à la survivante. Est-ce Lyse-Rose, petite-fille de Léonce de Carville et de sa femme Mathilde d’origine noble dont il a pris le nom à cause de la particule, gros et riche industriel résidant en Seine-et-Marne, ou Emilie, petite-fille de Pierre et Nicole Vitral, modestes commerçants forains à Dieppe en Seine-Maritime. Les deux familles ont perdu leurs fils et leurs brus dans le crash et ils se déchirent la petite rescapée. Seule Malvina, six ans, sœur présumée de Lyse-Rose, pourrait apporter son témoignage, mais instrumentalisée par son grand-père elle affirme reconnaître le poupon sans convaincre. Un juge désigné par la Chancellerie a la lourde charge de trancher, de rendre un jugement de Salomon. A qui attribuer la survivante qui fut appelée Lylie, contraction de Lyse-Rose et Emilie ? La science ne peut à cette époque se reposer sur les traces d’ADN, et seuls les moyens mis à la disposition des médecins et des enquêteurs sont utilisés. Rien de probant ne sort des différentes analyses. Léonce de Carville tente d’user de ses influences mais le bébé est confié aux grands-parents Vitral.
avionC’est tout cela que Marc Vitral découvre dans le cahier de Crédule Grand-Duc, détective embauché par Léonce de Carville pour établir, démontrer la filiation. Durant dix-huit ans Grand-Duc va rechercher la faille, enquêter, effectuer de nombreux voyages en Turquie, sur le mont Terrible, en Seine-et-Marne, à Dieppe, cela en pure perte, ou presque. Ses rémunérations sont à la hauteur de la tache qui lui est confiée et il se consacre à temps plein à sa mission. Seulement lorsque Marc arrive chez Grand-Duc rue la Butte aux Cailles, c’est pour découvrir un cadavre dans un placard, et ce n’est pas une métaphore.
Fidèle à sa marque de fabrique, Michel Bussi nous entraîne dans une histoire à multiples facettes, un jeu de miroirs, entremêlant le passé et le présent, dans une intrigue foisonnante et riche en rebondissements jusqu’au dénouement final. La quête de Marc, qui se déroule entre le 2 et les 3 octobre 1998, est chronométrée avec rigueur, entrecoupée par la lecture du cahier de Grand-Duc qui elle se déroule depuis le drame sur le mont Terrible jusqu’au 29 septembre 1998, date à laquelle est fixée l’anniversaire de Lylie, date à laquelle elle doit fêter ses dix-huit ans. Et même s’il place ici et là des indices, il parvient à les camoufler avec dextérité, suggérant à peine, ne laissant rien au hasard, jouant avec le lecteur, l’emmenant par la main sur des chemins de traverse. Et le lecteur subjugué se trouve dans une clairière, face à quelques sentiers qu’il peut emprunter comme bon lui semble, mais berné il revient insensiblement à son point de départ. Pas de résolution de l’énigme par un tour de passe empruntant au fantastique comme dans certains romans de John Dickson Carr, mais des évidences, du concret, du solide, du logique. Mais jusqu’où ira Michel Bussi ?

Et c'est tout naturellement que ce roman est placé sous l'aile tutélaire de Charlélie Couture.

Vous pouvez retrouver mes chroniques concernant ses précédents romans : Omaha crimes, Sang famille, le très beau Nymphéas noirs ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

Retrouvez également l'avis de Bibliofractale
Michel BUSSI : Un avion sans elle. Collection Terres de France, éditions Presses de la Cité. 544 pages. 22€.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 10:45

 Ce volume contient deux romans inédits : L’autre côté des miroirs et Teratos suivis par un entretien entre l’auteur et Sébastien Cixous réalisé en 1995.seuilenfer01.jpg
L’autre côté du miroir.
Un héritage inattendu va bouleverser la vie de la petite famille de Marek, Polonais installé en France depuis des décennies. Il a connu sa femme Pascale dans la région d’Avallon, alors qu’il travaillait chez un vigneron. Pascale vivait chez sa tante qui la considérait comme une souillon, une esclave, une Cendrillon. Ils se sont aimés et pour vivre pleinement leur amour ils se sont exilés en région parisienne et ils ont deux filles, Barbara et Monika, dix-sept et dix ans. Mais la vie n’est pas rose. Marek n’effectue que de petits boulots et les fins de mois sont difficiles. Toutefois l’idée d’hériter la maison de la tante de Pascale ne le réjouit guère. Pascale essaie de se montrer convaincante charnellement et verbalement, mais ce sont les gamines qui réussiront à infléchir ses réticences. Une simple réflexion de Barbara suffit : Et si tu retournais chez les Gardiol ? A l’époque, ils t’avaient dit qu’ils étaient contents de toi. Peut-être qu’ils te donneraient un nouvel emploi…
Marek est un peu étonné que Barbara puisse évoquer cette époque, car il ne lui semblait pas avoir parlé de son passé. Mais bon ! Et durant le trajet qui les emmène de la banlieue nord parisienne jusque dans l’Yonne, Pascale détaille la maison dans laquelle elle a vécu à partir de ses quinze ans, ayant été élevée auparavant dans un orphelinat religieux. Puis alors qu’ils arrivent à Avallon, Barbara énumère les curiosités locales, les monuments, comme si elle avait potassé un guide touristique. Même si des prémices de frayeur s’étaient manifestées un peu avant de quitter leur HLM, l’horreur va s’installer progressivement dans cette maison. La mère avait pourtant bien prévenu les deux filles de ne pas visiter la cave, elles n’en ont cure. D’autant que Barbara voit son apparence physique se transformer lorsqu’elle se regarde dans une glace, que des pensées malsaines traversent son esprit et que Monika sa petite sœur se conduit bizarrement avec elle, comme si elle était possédée par une entité incontrôlable. Et une poupée dont la tête est arrachée va engendrer des conflits et des inimitiés entre les deux sœurs, des haine aussi.


Teratos.
Nichée au cœur de la forêt cévenole, une masure est considérée par les habitants du village de Maurvejols comme habitée par le Drac, le Diable. Cela n’a pas empêché un couple de s’y installer. Josif Oarga, Catalina sa compagne et leurs deux enfants, Dimitri et Lavinia. De temps à autre des cris retentissent, s’élevant d’un hangar jouxtant la masure. Le couple et les deux adolescents ne se rendent jamais ensemble dans le village. Ils achètent quelques provisions, sans plus, pourtant les regards des villageois sont attirés par la robustesse de Dimitri et la beauté de Lavinia. Surtout les jeunes du village qui résistent aux superstitions. Pourtant, une vingtaine d’années auparavant, un chasseur n’était jamais revenu de cet endroit maudit. Le drame couve, alimenté par les rumeurs, attisé par les cris qui déchirent les environs, se répercutant jusqu’au village, engendrant la peur et déclenchant les hurlements des chiens. Jusqu’au jour où Hélène et Florent, deux jeunes du village, décident de se rejoindre non loin de la masure afin de procéder au simulacre de la reproduction. Mal leur en prend.


Ces deux romans étaient prévus pour être publiés dans l’éphémère collection Frayeurs du Fleuve Noir, dirigée par Jean Rollin, cinéaste spécialisé dans le fantastique. Cette collection était un compromis en les anciennes collections Angoisse et Gore, ce qui explique les scènes sanglantes qui s’imposent dans les deux ouvrages. L’angoisse est portée à son paroxysme, les scènes d’horreur se heurtent entre fantastique et superstitions, alimentées par la psychologie des personnages en proie à des délires et des accès d’alcoolisme jouent avec les nerfs du lecteur. Si Micky Papoz a lu enfant Poe, Wilde, Shelley et Seignolle, aujourd’hui ses deux romans seraient plutôt à considérer comme des histoires lorgnant du côté de Serge Brussolo, Jean Ray ou Clive Barker tout en y apportant une touche personnelle, poétique, bucolique. Malgré l’aura fantastique qui entoure les deux récits, ils peuvent prendre corps dans des fantasmes alliés à des phénomènes développés par des manifestations rationnelles issues d’un esprit confronté à des forces pas encore complètement expliquées par la science.

Et si vous faisiez un petit tour du côté d'Action Suspense ?


Micky PAPOZ : Au seuil de l’enfer. Collection Noire N° 27.  Illustration de couverture Arnaud Demaegd. Editions Rivière Blanche.242 pages. 17€.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 13:46

Jean-Pierre Ferrière est un auteur atypique dans le paysage de la littératurePapoz.jpg policière française, se distinguant comme un auteur à part parmi la production littéraire et restant en marge de ses confrères, dans les thèmes traités que par sa réticence à les fréquenter. Lorsqu’il débute dans l’écurie Ditis à La Chouette, il propose des romans policiers humoristiques. Lorsqu’il entre au Fleuve Noir, il est l’un des rares à ne pas inclure une enquête policière dans lesquels truands et policiers jouent les premiers rôles, sauf peut-être Georges-Arnaud et deux ou trois autres. Ce qui l’intéresse, ce sont les hommes et surtout les femmes confrontés à la jalousie et il explore à maintes reprises les coulisses du théâtre et du cinéma mettant en scène d’anciennes gloires déchues ou oubliées. Les policiers se contentent de rôles secondaires.
Micky Papoz, après avoir établi une biographie de Jean-Pierre Ferrière, lequel s’est penché avec bienveillance sur son épaule afin d’y apporter ses propres annotations sans diriger la main de la biographe, Micky Papoz dissèque tous les romans par ordre de parution qui composent l’œuvre du natif de Châteaudun. Des résumés plus ou moins longs mais surtout des appréciations, des analyses, de courts extraits, avec bien évidemment les références des ouvrages dans les diverses collections d’origine et de réédition. Ce qui permet au lecteur qui ne connait qu’imparfaitement les romans de Jean-Pierre Ferrière de découvrir son univers littéraire empreint de psychologie. Des gens ordinaires, de tous les jours, confrontés à des problèmes financiers et/ou sentimentaux. Des retraités aux femmes de chambre, des stars oubliées aux artistes au chômage, des femmes d’industriels à leurs nièces ou cousines dépouillées, des secrétaires aux bibliothécaires, tous se heurtent à d’énormes difficultés. Pour y faire face ses héros ont peu d’alternatives. Tout y est, ou presque.

Cet ouvrage a été édité en 2007, donc ne peuvent être recensés les romans ou recueils de nouvelles publiés après cette date. Mais, car il y a un mais, deux rééditions manquent à ce recensement : Le trouble-crime et Le dernier sursaut parus initialement au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police. Les rééditions de ces deux titres en 1996 chez Plein Sud (MC Productions), collection Plume Noire, ne sont pas signalées. Un oubli ? Une méconnaissance ? Lors de mes chroniques antérieures radiophoniques j’avais d’ailleurs fustigé l’éditeur qui avait omis de préciser qu’il s’agissait de rééditions. Mais ce n’est qu’un léger détail qui n’entache en rien le travail de Micky Papoz.
Jean-Pierre Ferrière a eu les honneurs du cinéma, peu et il a participé à l’adaptation de certains de ces films. Il a œuvré également pour la télévision, signant ou cosignant la plupart du temps scénario, adaptation et dialogues. Ainsi que 80 téléfilms de la série Intrigues entre 1988 et 1998. Tout cela nous est résumé dans un style alerte et vif.
Enfin, Jean-Pierre Ferrière, outre 3 pièces de théâtre, a écrit 38 pièces radiophoniques pour l’émission de Germaine Beaumont : L’Heure du Mystère de 1960 à 1975, pièces inédites ou adaptées d’après ses romans. Le bonus de cet ouvrage réside donc en la parution d’une de ces pièces, inédite, dans laquelle nous retrouvons avec plaisir les sœurs Bodin : Cadavre de compagnie.
Ce document, précieux, a été édité par J. P. Moumon des éditions Antarès par souscription, et il mériterait soit une réimpression, soit une réédition chez un éditeur qui puisse le diffuser plus largement car il le vaut bien.

Micky PAPOZ : Les crimes de Jean-Pierre FERRIERE. Editions Antarès. Septembre 2007. 202 pages. 15€.

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 10:20

Les Parisiens et les touristes qui se promenant de la place Denfert-Rochereau tallandier.gifvers le parc de Montsouris en empruntant l’avenue René Coty traversent à leur droite la rue Rémy Dumoncel, un nom de personnage qui leur est probablement inconnu. Et pourtant que d’aventures se cachent sous ce patronyme. Aventures vécues mais aussi aventures de fiction, en tous genres.
Si son passé de résistant dans le réseau Vélites-Thermopyles durant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu’il était maire d’Avon, près de Fontainebleau, son implication dans l’aide apportée à des écrivains juifs pour gagner le Sud de la France et échapper aux nazis, puis son décès en déportation au camp de Neuengamme le 15 mars 1945, n’est pas à mettre sous le boisseau, c’est bien son activité principale qu’il convient de souligner. En effet, gendre de Jules Tallandier, il est directeur de la maison d’éditions entre 1933, à la mort de Jules de Jules Tallandier et 1944, date de sa déportation.
Mais ce n’est qu’un épisode dans l’histoire de cette maison d’éditions qui créée en 1870 existe toujours malgré les vicissitudes diverses qu’elle a subies. Tous les amateurs et collectionneurs de romans populaires, de petits fascicules, d’abonnés à des cercles de lectures, de magazines ont tenu entre leurs mains des ouvrages et des revues éditées par les Editions Jules Tallandier puis plus sobrement nommées Tallandier.
001Je citerai au hasard, Les collections Romans Mystérieux, Grandes Aventures, Cinéma-Bibliothèque, Le Livre de Poche (l’ancêtre du Livre de Poche actuel), Le Livre National, Romans de cape et d’épée, et parmi les nombreux magazines édités Les Veillées des Chaumières, Lisez-Moi, Historia et ses différentes déclinaisons… Une liste non exhaustive bien entendu.
J’aimerai m’attarder sur le périodique Lisez-Moi dont la longévité est assez exceptionnelle, plus d’un demi-siècle, et qui fut proposé ensuite en plusieurs sous-genres : Lisez-Moi Bleu, Lisez-Moi Historia, Lisez-Moi Aventures plus spécialement destiné aux jeunes garçons, Lisez-Moi Science pour tous. Son tirage était de plus de 36 000 exemplaires à la fin des années 1920. Selon les publicités Lisez-Moi était Le Livre d’Or de la littérature française contemporaine, constituant une véritable bibliothèque idéale. Et il est vrai que dans l’optique de ses créateurs ce magazine destiné pour tous représentait une bibliothèque aux délimitations rassurantes, évitant à la fois les écueils de la littérature pointue ou risquée, et ceux de la littérature vulgaire et des fautes de goûts. Ce n’était pas encore de la littérature de consommation, tout en étant de la littérature populaire, accessible à tous, proposant romans-feuilletons et contes ou nouvelles, de la poésie et du théâtre. Des auteurs célèbres ou renommés de l’époque, aujourd’hui quelque peu tombés dans les oubliettes, parfois membres de l’Académie Française et dont on retiendra les noms de Jean Richepin, Madame Alphonse Daudet (qui écrivit la plupart des contes attribués à son mari), Paul Bourget, Henri Bordeaux…
Dans le domaine romanesque ce sont bien les deux collections titrées Le004.jpg Livre National bleu et Le Livre National rouge, créées afin de concurrencer celles des éditions Fayard dont la célèbre collection 65cts, mais aussi les éditions Ferenczi, Rouff et autres. Au catalogue de ces deux collections des auteurs prestigieux entretenaient le rêve de nombreux adolescents et adultes : Paul Féval, Marc Mario, Charles Mérouvel, Jules Mary Michel Zevaco, ou encore Louis Boussenard. Les couvertures illustrées constituées de mauvais papier étaient fragiles, et il est difficile aujourd’hui de trouver ces ouvrages en très bon état. Si ces deux collections phares comportaient une grande fratrie composée de Les Beaux Romans d’amour, Le Livre de Poche, Bibliothèque des grandes aventures, Grandes Aventures, voyages excentriques, alimentées par des auteurs ayant pour nom Georges Simenon ou Jean de La Hire. Ce qui explique la multiplicité des pseudonymes de ces romanciers qui produisaient beaucoup mais également chez des éditeurs concurrents. Attardons-nous sur le cas Simenon : Georges Simenon, qui mène grand train, il est vrai, et parvient à battre un travail peu commun, publie-t-il pour la seule année 1928, 44 ouvrages, la plupart sous forme de « Petits Livres » (mais aussi trois Livres Populaires de Fayard, cinq Tallandier Bleu, un Rouge, etc.), et 35 ouvrages l’année suivante.
Créée en 1871 par François Polo et Georges Decaux cette maison d’édition 002.jpgprend tout d’abord le nom des Bureaux de l’Eclipse puis de La Librairie Illustrée. L’Eclipse était un journal satirique fondé par François Polo. Lorsque celui-ci rencontre au lendemain de la défaite de la guerre contre les Prussiens, Georges Decaux qui était un bibliophile amateur d’art, l’idée germe et est rapidement concrétisée de se lancer dans la publication populaire. Ce côté populaire ne sera abandonné que dans les années 80 au profit des publications uniquement historiques. En 1874, disparition de François Polo. Georges Decaux reprend les Bureaux de l’Eclipse qui deviendra Librairie G. Decaux puis l’année suivante Librairie Illustrée. En 1892 Georges Decaux revend une partie de la Librairie illustrée à Jules Tallandier et Armand-Désiré Montgrédien. En 1901 Jules Tallandier reprend seul cette maison d’édition et la dirigera jusqu’en 1933, année de son décès. Son successeur s’appelle Henri Manhès, qui quittera les éditions Tallandier dix mois plus tard tandis que Rémy Dumoncel prend la direction littéraire. Durant plus de cent-dix ans les éditions Tallandier connaîtront bien des heures de gloire mais aussi des vicissitudes. Rachat ou partenariat avec Hachette en 1931, vente de la moitié des parts de Hachette à Fayard en 1933. En 1944 Maurice Dumoncel est appelé à remplacer son beau-père durant la déportation de celui-ci puis il deviendra administrateur en 1945. En 1965 Hachette revend une partie de ses actions à la famille Dumoncel qui redevient majoritaire. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
003.jpgSi les éditions Tallandier ont connu le succès grâce à leurs publications populaires, elles ont également envahi les foyers par la VPC (Vente par correspondance) : Le Cercle romanesque en 1956, suivi peu après par le Cercle Historia, le Club de Lectures des jeunes, Cercle du Nouveau Livre, Arc-en-ciel, Aventures du monde et bien d’autres qui connurent des destins divers, souvent en partenariat avec une grande maison de vente par correspondance du Nord.
Les séries sentimentales, Floralies notamment, destinées aux femmes ne manquèrent pas, alimentées par des auteurs qui étaient au faîte de la gloire : Delly, Magali, Max du Veuzit, Claude Fleurange qui signait aussi des romans d’aventures sous le nom de Marcel Priollet. J’aurais garde d’oublier, parmi tous les exemples cités, auteurs et titres de magazines ou de collections, des noms qui contribuèrent aussi grandement à l’essor des éditions Tallandier alors qu’elles se nommaient encore La Librairie Decaux puis La Librairie Illustrée, je nomme Albert Robida, Benjamin Rabier et quelques autres.
Les auteurs de ce document, Matthieu Letourneux et Jean-Yves Mollier,005.jpg ont effectué un véritable travail de bénédictin, en réalisant cet ouvrage, grâce à leur patience, leur pugnacité, leur enthousiasme, ainsi que par l’accès facilité aux archives par les éditions Tallandier. Une histoire d’une grande maison d’éditions, narrée d’une façon vivante, érudite, passionnante, fouillée, enrichissante, abordant aussi bien l’édition populaire dans son ensemble, l’histoire d’une famille, les concurrences entre maisons d’éditions, les auteurs qui ont gravité dans cette pléiade de collections, tout en mettant en avant l’aspect pionnier qui longtemps fut la marque Tallandier.
Evidemment cette chronique n’a pas abordé tous les grands et petits moments de cette maison d’éditions, le sujet est trop vaste pour le résumer, le synthétiser, le schématiser, lui donner l’ampleur que mériterait cet ouvrage. Mais en même temps ce serait indécent et prétentieux de ma part de tout dévoiler. Et je vous promets des heures passionnantes de lecture, vous qui aimez la littérature populaire sous toutes ses formes, mais également l’histoire, la découverte, l’aventure, les hommes de lettres.
La revue le Rocambole N°39/40 qui a été consacrée aux éditions Tallandier s’avère le complément indispensable à cet ouvrage puisqu’elle présente quelques collections avec listage complet, des notices sur des auteurs et des articles qui sont les prémices que ce livre développe et affine.

Matthieu LETOURNEUX et Jean-Yves MOLLIER : La Librairie Tallandier. Sous titré Histoire d’une grande maison populaire. Editions Nouveau Monde (1870 – 2000). 624 pages. 29 €.

Scan de couvertures réalisés d'après ma collection personnelle.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 09:18

 Malgré la pression sympathique de quelques amis, je ne dédierai pas ce roman à Nadine Morano, pour le simple motif qu’elle est trop âgée.


Philippe Carrèse, l’un des chantres de Marseille, joue le registre de la dérision, de l’humour, du sordide et de l’humanisme. Le bal des cagolesbal-cagoles.jpg, ce roman en est la preuve. Une cagole, c’est une nana, jeune de préférence, délurée et cible des machos marseillais. Félix, drôle de prénom pour une fille, vit dans les quartiers Nord de Marseille et rêve de devenir une Céline Dion provençale ou une Lara Fabian. Mais elle a pas mal de chemin à parcourir, car sa voix ferait plutôt fuir les auditeurs que les scotcher aux fauteuils des salles de concert. Pourtant elle est persuadée qu’un jour elle réussira. Alors que Léo, son manager, l’avait engagée pour montrer ses atours physiques, plus harmonieux que son filet de voix. Le résultat est qu’elle se casse après avoir subi et rendu une dérouillée au cours de laquelle Léo perd quelques dents et Félix pas ses illusions. Elle va connaître successivement une amatrice de bel canto, qui se révèle être un homme, puis Ludovic, un beau blond qui l’emmène en Belgique sur les traces d’un patron de multinationale. Enfin la galère surtout lorsqu’elle se rend compte qu’elle est enceinte.


Roman à deux voix puisque outre les avatars de cette pauvre Félix, le fœtus se met de la partie en narrant ce qu’il ressent, donnant son opinion sur les faits et gestes de sa future mère. Des moments dans lesquels l’humour le dispute au sordide, la galéjade au misérabilisme, sur fond de soleil et de nuages. Un roman qui montre la détresse d’une certaine génération issue de quartiers défavorisés, avide d’accéder au bonheur, avec en toile de fond l’intégrisme, l’amitié, les désillusions et pourtant le désir de s’en sortir coûte que coûte.


Philippe CARRESE : Le bal des cagoles. Editions de L’Ecailler. (Réédition de Fleuve Noir moyen format. Octobre 2000). 260 pages. 17€.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 13:55

chambre51.JPGCélébrité locale, Emma Graham, âgée d’à peine douze ans, rédige de petites chroniques pour le Conservative, journal de la région. Elle est attirée par les mystères qui jonchent ce coin retiré du Maryland, non loin de la Virginie Occidentale. Et si elle a acquis cette petite renommée c’est parce qu’elle a démêlé quelques affaires de meurtres qui ont eu lieu dans la région et dont elle a failli être victime. Mais en ce moment, ce qui la turlupine c’est l’enlèvement non résolu d’un bébé vingt ans auparavant dans une chambre de l’Hôtel Belle Rouen, surnommé depuis Belle ruine à cause de son aspect délabré, de ses décombres.


L’enfançon de quatre mois, appelé Fay par ses parents Imogene et Morris Slade, a disparu et Emma tente de remonter à la source, se renseignant à droite, à gauche, auprès de personnes qui ont eu un lien avec cette disparition. En premier lieu sa grand-tante Aurore Paradise, est une nonagénaire à la mémoire intacte et qui apprécie les cocktails fortement alcoolisés imaginés par Emma. Elle vit à l’hôtel Paradise, où travaille la mère d’Emma en tant que cuisinière, Emma comme serveuse pour les déjeuners, son frère Will à la réception, lorsqu’il disponible. Car Will et son ami Mill ont transformé le grand garage en théâtre où ils répètent des pièces qu’ils écrivent au fur et à mesure de leur inspiration, en compagnie du petit Paul toujours perché sur une poutre. Emma glane ses renseignements aussi auprès de monsieur Root qui passe son temps à éduquer les frères Wood qui ont de sérieux problèmes d’élocution. Elle importune sans en avoir l’air les piliers de bar du café local ainsi que l’adjoint du shérif, qui est le petit-fils de l’ancien shérif qui avait eu en charge ce mystère de disparition. Et aussi l’ancienne baby-sitter et son amie qui lui avait téléphoné juste au moment ou l’enfant avait disparu. Disparu vraiment ? Kidnappé ? Cette hypothèse n’est pas du goût de tous. D’ailleurs il existe des divergences entre certaines dépositions. Selon certains Fay aurait eu quatre semaines, selon d’autres quatre mois. Une différence de taille. Et puis les parents n’ont pas réellement emboîté le pas au postulat de l’enlèvement. D’ailleurs depuis ils ont disparu.


Emma parcourt la région, allant de La Porte où elle réside, à Spirit Lake, Hebrides, Crystal Spring, Cold Flat Junction et autres petites localités à bord d’un taxi qu’elle paie sur ses propres fonds. Elle se délecte de beignets au chocolat glacé recouvert de vermicelle qu’elle achète dans les bars qu’elle fréquente régulièrement ainsi que des milkshakes que lui offre généreusement la serveuse. Accessoirement elle aide sa mère à l’hôtel qui héberge deux vieilles dames à temps complet. Emma se défoule sur l’une d’elle en ajoutant par exemple des piments dans sa salade et autres ingrédients susceptibles d’enflammer la gorge de la vieille dame. Mais elle pense être en présence de l’enfant, devenue jeune fille, dans des photos de premières pages du journal, la représentant en silhouette se confondant dans le décor. Mais également derrière un stand où elle vend des sodas de sa composition.


Jusqu’au jour où un jeune adolescent fait irruption dans le village. Ralph Diggs, s’appelle-t-il, mais il préfère qu’on le nomme Raph. Il est embauché à l’hôtel Paradise comme réceptionniste. Emma est intriguée mais un nouveau fait agite la population. Morris Slade revient de nulle part, seul au volant d’une voiture de sport. Et le train-train quotidien est bousculé lorsqu’un meurtre est découvert.


Un roman qui m’a fait curieusement pensé à celui d’Alan Bradley, La mort n’est pas un jeu d’enfant, dans lequel une gamine enquête elle aussi sur des meurtres et des disparitions. Les similitudes sont nombreuses mais toutefois de grandes différences existent aussi. L’histoire se déroule dans les années cinquante et on est ébahi par l’intelligence vive d’Emma, son indépendance, mais aussi par son côté péronnelle, chipie, taquin, un peu pervers, impertinent, sûr d’elle et cachotier, insolent souvent. Des références à Perry Mason mais aussi aux acteurs des films de l’époque comme Gary Cooper et quelques autres parsèment ce roman déboussolant. Le lecteur entre dedans comme s’il entrait dans un théâtre au cours d’une représentation et en partait avant la fin. Comme le pense Emma à la fin du récit, Moi-même, je connaissais une partie de celle-ci, mais il demeurait des zones d’ombres. Souvent, on peut reprocher au traducteur d’accumuler les notes en bas de pages. Ici c’est tout le contraire. On aurait aimé que ces notes, concernant les affaires précédentes vécues par Emma, fussent présentes, ce qui aurait facilité la lecture et surtout la compréhension.
Martha GRIMES : Le mystère de la chambre 51. (Fadeaway girl – 2011. Traduction de Nathalie Serval). Collection Sang d’encre. Presses de la Cité. 432 pages. 21€.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 09:46

Il n’y a pas d’âge pour entrer en littérature. Certains à peine sortis de Bradley.jpgl’adolescence, ou encore enfants, pondent des textes, des romans, considérés aussitôt comme des chef d’œuvre, mais souvent la baudruche se dégonfle rapidement. D’autres attendent sagement et ne se découvrent un talent qu’à un âge déjà révolu, à la faveur ou à cause d’incidents affectant leur santé.
Ainsi Joseph Bialot écrit son premier roman, Le Salon du prêt-à-saigner, alors qu’il a 55 ans et se morfond à l’hôpital. Charles Exbrayat avait 51 ans lorsqu’il publia au Masque Elle avait trop de mémoire. D’autres exemples pourraient être répertoriés, mais contentons-nous de parler de l’auteur dont le roman est chroniqué ce jour : Alan Bradley. L’éditeur et d’autres sources nous précisent que cet écrivain a publié son premier roman à l’âge respectable de 70 ans. Quant aux romans, la série Flavia de Luce, ils peuvent être confiés aux mains et aux yeux d’enfants innocents dont la tranche d’âge est estimée entre 8 et 95 ans.
Je gisais, morte, dans le cimetière. Ainsi débute cette histoire, une phrase qui rassurons-nous n’est qu’une rêverie de gamine. Flavia de Luce, dont le père est autoritaire, dont les deux sœurs, Daffy alias Daphné et Fély, Ophélia, plus vieilles qu’elle, se montrent infectes à son égard, et sa mère est décédée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Comment voulez-vous que dans ces circonstances Flavia ne se laisse pas aller à des pensées morbides ? Flavia n’est pas tout à fait morte puisqu’elle ressent les affres de la faim. Et c’est ainsi que parcourant le cimetière elle découvre entre les stèles, à plat-ventre sur une tombe, une jeune femme pleurant. Rien de bien grave affirme Nialla, juste que tout va mal, qu’elle s’est disputée avec Rupert et que la camionnette est tombée en panne. Rupert Porson est marionnettiste, une célébrité télévisée parait-il, mais en 1950 peu de personnes sont adeptes de cet écran à domicile, et encore moins à Buckshaw le village où habite Flavia.
Bref, Rupert est marionnettiste et Nialla son assistante. Rupert, contrairement à Nialla, n’est pas un Apollon. Grosse tête, physiquement, et boiteux, il a une jambe appareillée, il cultive également l’agressivité à l’encontre de Nialla. Et selon toutes apparences ils ne vivent pas dans l’opulence, obligés de se déplacer de village en village et assurer leurs prestations à bord d’une camionnette déglinguée. Le recteur de la paroisse leur propose de donner deux manifestations, l’une enfantine et l’autre destinée aux adultes deux jours plus tard. Pauvre mais digne, Rupert accepte cette transaction qui n’est pas une simple obole.
Le père de Flavia est un philatéliste acharné, Daffy est passionnée par la littérature fantastique et d’épouvante ainsi que par la poésie, Fély n’est préoccupée que d’elle-même. Flavia est férue de chimie et comme l’un des membres de sa famille possédait un petit laboratoire, elle engrange les expériences. Vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, Flavia traînaille volontiers et est toujours prête à donner un coup de main, surtout aux personnes étrangères à sa famille. C’est ainsi qu’elle accompagne Rupert et Nialla sur le chemin qui doit les conduire chez un garagiste, qu’elle aperçoit Meg la folle, une vieille femme attirée par les objets métalliques comme le poudrier miroir de Nialla, qu’elle se rend à la ferme de Culverhouse dont la fermière à quelque peu perdu la tête depuis que Robin son fils âgé de six ans a été retrouvé pendu dans la forêt cinq ans auparavant. Et puis il lui faut aller chercher à la gare Tante Félicie la grincheuse, renseigner Mutt Willmott qui se présente comme un producteur à la BBC, épier Gordon le père de Robin se disputer avec Rupert, et bien d’autres occupations encore comme parler avec Dieter, un ouvrier allemand qui travaille à la ferme de Culverhouse et arbore fièrement son costume d’ancien prisonnier de guerre. Heureusement elle a Gladys, sa bicyclette, qui lui permet de se rendre partout même là où il ne faudrait pas.
Elle assiste à la première représentation de Jacques et le haricot magique et tout le monde est subjugué par la dextérité de Rupert et son ingénieux système électrique pour faire évoluer les décors. Seul point qui la choque, la marionnette figurant Jacques ressemble trait pour trait à Robin. Et lors de la seconde représentation, les adultes qui n’avaient pas assisté à la première sont tout autant bouleversés. Certains même quittent la salle. Et lorsque le géant articulé Gallingantus doit s’écraser sur la scène, c’est Rupert qui tombe, mort, apparemment électrocuté.
Pour Flavia de Luce, il s’agit de relever un défi. Comprendre ce qu’il s’est véritablement passé ce soir-là et en remontant le temps démontrer que Robin ne s’est pas pendu. Une forme d’orgueil qui la pousse à vouloir battre l’inspecteur Hewitt sur son terrain. Comme je l’ai déjà écrit, Flavia est vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, mais également intuitive, prompte à la déduction, et surtout elle peut interroger innocemment les divers protagonistes, faculté que ne possèdent pas les policiers qui doivent enquêter selon les éléments qu’ils détiennent. On ne se méfie pas souvent assez de petites filles de bientôt onze ans à la langue pendue et qui sait tirer les vers du nez sans avoir l’air d’y toucher.
Publié dans une collection jeunesse, probablement parce que l’héroïne est une gamine, ce roman est tout autant destiné aux adultes qui pourront réviser leurs cours de chimie et porter un autre regard sur des enfants apparemment normaux, et qu’on traite comme tels alors qu’ils possèdent un QI nettement supérieur à la moyenne. Mais les sœurs et le père de Flavia ne la considèrent que comme un élément négligeable, sur laquelle ils peuvent passer leur humeur, ce en quoi ils ont tort. Une série qui lorgne du côté de Sherlock Holmes tout en gardant une fraicheur juvénile.

Alan BRADLEY : La mort n’est pas un jeu d’enfant. (The weed that strings the hangman’s bag – 2010). Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Hiessler. Collection MSK, éditions du Masque. 384 pages. 17€.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 14:49

oeil.jpgA peine un reportage terminé dans la précipitation et de façon incomplète au Darfour, Nick Daniels se voit proposer une autre mission. Beaucoup moins périlleuse puisqu’il doit réaliser un entretien avec Dwayne Robinson, une ancienne vedette de base-ball. L’ancien sportif avait défrayé la chronique dix ans auparavant en se défilant la veille d’un match capital pour son équipe, sans raison particulière. Une défection qui a brisé sa carrière et déçu des milliers de fans, Nick Daniels le premier. Aussi à l’idée de pouvoir rencontrer son ancienne idole il trépigne d’avance. Rendez-vous a été pris dans un restaurant huppé de New-York, le Lombardo’s. Une nouvelle déception l’attend car Dwayne n’honore pas cette rencontre. Mais Dwayne le contacte et une nouvelle rencontre est prévue pour le lendemain et cette fois enfin Nick Daniels va pouvoir rédiger son papier.
Nick Daniels travaille pour le magazine Citizen, dont la rédactrice en chef, Courtney, ne lui est pas indifférente, au contraire. Mais Courtney est déjà plus ou moins fiancée à Thomas Ferrramore, le propriétaire du magazine et de moult entreprises. Nick est non seulement l’une des chevilles ouvrières du magazine en tant que grand reporter, mais il est estimé dans la profession pour son charisme.
Au cours du déjeuner au Lombardo’s, alors que Dwayne doit s’expliquer sur son attitude, un avocat influent spécialiste dans la défense des malfrats, est froidement énucléé par un tueur qui agit sans trembler. L’homme enlève avec un scalpel les deux yeux de l’avocat, lequel décède dans d’horribles souffrances, puis s’échappe malgré deux policiers qui utilisent leurs armes. Mal leur en a pris puisqu’ils prolongent la liste des victimes inaugurée par l’avocat et qui ne demande qu’à s’amplifier. Si Nick et tous les clients plongent sous les tables afin d’échapper aux balles perdues, il a eu néanmoins le temps d’entendre l’homme s’adresser à l’avocat en lui déclarant J’ai un message de la part d’Eddie avec un fort accent italien. Et il avait son magnétophone qui ne le quitte jamais.
Le fameux Eddie ne peut être qu’Eddie Pineiro, malfrat avéré qui s’était adressé à l’avocat pour le défendre et pour une fois celui-ci avait perdu le procès. Une vengeance à n’en point douter. Nick est un témoin privilégié et il est convié à effectuer sa déclaration de la relation des événements auprès du procureur David Sorren, lequel est le fiancé de Brenda, l’ancienne petite amie de Nick. Sorren n’est pas que procureur, c’est un jeune loup aux dents longues qui brigue le poste de maire de New-York lors des prochaines élections. Premier coup de théâtre ! Dwayne Robinson est retrouvé mort sur le trottoir. Une chute du haut son appartement situé dans un immeuble. Robinson, une fois de plus se serait-il désisté à une convocation du procureur en se suicidant, à cause d’une timidité maladive ? Tout pourrait le laisser supposer. Mais Nick en bon journaliste ne s’en laisse pas conter et ce décès arrive à un trop bon moment pour être honnête. Alors il ne reste plus à notre reporter qu’à enquêter et c’est là que les ennuis commencent pour lui car il s’aperçoit rapidement que quelqu’un en veut à sa peau.
L’appellation Suspense a remplacé celle de Thriller en couverture, et cela est plus en concordance avec ce genre de roman, mais aussi dont l’intrigue est amenée et traitée. En fin de chapitres, lesquels sont très courts, James Patterson s’adresse au lecteur d’une façon directe ou détournée, lui suggérant que quelque chose va se passer rapidement, afin de relancer l’intérêt et obliger ainsi celui-ci à continuer sa lecture.
De petites notes émotionnelles agrémentent ce roman. Ainsi Elizabeth, la jeune nièce de Nick Daniels, quatorze ans, qui est aveugle mais se délecte à assister aux parties de base-ball auxquelles l’emmène son oncle. James Patterson aime également se brocarder gentiment. Ainsi l’un des protagonistes affirme à Nick Daniels : Il nous est déjà arrivé d’aider l’auteur des polars d’Alex Cross. Nick rétorquant : Jamais lu. Pour la petite histoire je signale, au cas où vous ne le sauriez pas qu’Alex Cross est l’un des personnages récurrents de quelques uns des romans de James Patterson.
James Patterson utilise le style Marabout de ficelle, et lorsque le lecteur s’attend à un répit dans les aventures trépidantes auxquelles il assiste, comme propulsées par un ressort, les péripéties s’enchaînent inéluctablement. Un roman plaisant qui se lit rapidement sans prise de tête, et qui offre au lecteur ce qu’il demande : un moment de détente.

A lire également mes chroniques sur Une ombre sur la ville et Dernière escale

James PATTERSON : Œil pour œil. (Don’t blinck – 2010. Traduction de Sebastian Danchin). Editions de L’Archipel. 328 pages. 21€.

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 11:09

ombre.jpgMa petite entreprise, connait pas la crise... James Patterson pourrait en effet chanter ce tube d’Alain Bashung car tous ses romans publiés aux Etats-Unis deviennent dans la foulée des best-sellers. Ses romans ? Oui, enfin presque car depuis quelques années il est associé à des auteurs dont malheureusement le nom n’apparait pas sur les éditions françaises. Ainsi pour Une ombre sur la ville, James Patterson s’est attaché les services de Michael Ledwidge, avec lequel il a signé quatre Bennett. Avec Howard Rougham il a publié Dernière escale, et bien d’autres avec Liza Marklund, Martin Dugard, Richard Dilallo, G. Maxime Paetro, Peter de Jonge notamment. Et si vous n’êtes pas convaincu vous pouvez toujours aller visiter son site http://www.jamespatterson.com/. Quels sont les apports des uns et des autres, qui écrit les scénarii, qui rédige le texte, James Patterson n’appose-t-il pas uniquement que sa signature ? Toutes questions que l’anglophile, ou américanophile, peut, peut-être, résoudre en visitant son site. Quant à moi, mes connaissances de l’anglais sont trop restreintes pour répondre à cette question qui n’est pas cruciale.
Une ombre sur la ville met en scène l’inspecteur Mike Bennett, ancien du FBI et attaché au NYPD, département de la brigade antiterroriste. Il est chargé de raisonner un jeune homme qui se retranche dans un appartement avec ses otages, mais l’affaire tourne mal. L’homme est abattu par quelqu’un dissimulé dans la foule et les badauds invectivent les policiers. Un loupé dans la carrière de Bennett, mais ce n’est pas ce qui va le chagriner outre mesure. A la maison, désertée par Maeve sa femme décédée un an auparavant, ses dix enfants l’attendent dans une cacophonie indescriptible. Des gamins que Maeve et lui ont adoptés, mais il les considère comme ses enfants, et pour l’heure une bonne moitié est en train de vomir et autres joyeusetés. Heureusement il peut compter sur Mary Catherine, leur jeune nounou, efficace et toujours disponible. Ils ont contracté la grippe, ce qui pour Bennett est aussi catastrophique que le onze septembre 2001, événement traumatisant toujours présent dans l’esprit des New-Yorkais. Mais une nouvelle affaire se profile à l’horizon qui va accaparer durant des jours et des nuits Bennett. Un homme élégant vient de pousser sur les rails du métropolitain une jeune femme, puis c’est au tour d’un employé d’une boutique de vêtements de luxe d’être tué par un homme habillé avec un maillot des Mets, un maître d’hôtel stylé d’un restaurant chic est abattu par un inconnu déguisé en cycliste. Tout concourt à penser qu’il s’agit du même et unique personnage qui à chaque fois perpétue son forfait. Mais pour quelles raisons, cela demeure une énigme, jusqu’au moment où Bennett est accusé par ses supérieurs d’avoir facilité des fuites envers une journaliste dont pourtant il ne prise guère les façons de procéder. Le psychopathe, qui se surnomme Le Professeur, a envoyé un manifeste au New-York Times justifiant son geste parce qu’il a « décidé d’apprendre les bonnes manières à ce monde en perdition ». Envoyer un manifeste afin qu’il soit publié dans les journaux, attisant l’inquiétude des habitants de la Grande Pomme qui redoutent une nouvelle vague d’attentats, ne suffit pas au Professeur qui expédie un e-mail à Bennett, l’appelant par son nom, lui promettant des jours difficiles. Mais pour le policier, ce psychopathe n’est pas un dément, mais un psychopathe organisé, intelligent, parfaitement maître de ses gestes.
Ce nouveau roman attribué donc au seul Patterson entretient un double suspense, professionnel et familial, et les affres ressentis par Bennett face à la maladie qui frappe ses enfants en constituent des passages peut-être plus intéressants que la recherche de l’identité du Professeur et son arrestation. Quoi que les dernières scènes lorsque les deux hommes sont en présence l’un de l’autre ne manquent pas d’effets spéciaux et s’avèrent particulièrement spectaculaires. La tension qui monte progressivement alliée à des retournements de situations et de petits à-côté qui n’ont rien à voir avec l’histoire mais qui s’intègrent parfaitement en font un livre plaisant à lire après une rude journée de travail.
James PATTERSON : Une ombre sur la ville (Run for your life – 2009). Traduction de Philippe Hupp. Le Livre de Poche. Rééditions de l’Archipel.

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 13:36

cauchemar.jpgAvant de vous présenter ce roman plaisant, j’aimerai vous donner deux conseils. En premier, surtout ne vous fiez pas au titre qui à première vue pourrait vous rebuter, car vous ne vous plongerez pas dans un roman philosophique ennuyeux. Ensuite, ne vous fiez pas non plus à la quatrième de couverture qui est non pas trompeuse mais réductrice. Ces précisions énoncées, passons plutôt au contenu.
A peine l’idée de se présenter aux élections législatives s’était-elle formée dans son esprit qu’elle était devenue caduque. Louis Gallach, riche entrepreneur et fondateur de la Gallach Bâtiments et Travaux Publics de la région languedocienne, trésorier du parti politique l’UNM, est retrouvé mort en robe de chambre dans son appartement-bureau de Montpellier. Il aurait été étranglé, mais auparavant il aurait vomi. Constatations émises par Charonne, de la police scientifique, mais que les policiers présents sur place lors de la découverte du corps ont pu observer de visu. La présomption de meurtre retenue, il faut que les policiers se mettent à la recherche du ou de la coupable, ils sont payés pour cela et de plus cela leur changera les idées. En effet Daniel Kellerman, surnommé Spinoza par ses collègues parce qu’il fut dans une vie antérieure professeur de philosophie spécialiste du penseur batave en région parisienne, et Agnès Deutch, appelée Diva à cause non de sa voix mais de sa prestance, possèdent tous les deux un lourd passé qu’ils doivent gérer bon an mal an.
Spinoza, appelons-le ainsi, un peu de culture ne peut faire de mal surtout lorsqu’elle est biologique, Spinoza donc a été élevé par sa grand-mère Elise, ses parents ayant disparu alors qu’il n’avait que trois ou quatre ans. Il était devenu prof de philo à Reims et était tombé amoureux d’une de ses élèves pas encore majeure. Comme c’était réciproque ils vivaient ensemble malgré les objurgations du père de la gamine qui allait fêter ses dix-huit ans dans quelques mois. Alors ils ont décidé de s’installer en région parisienne mais la cohabitation commençait à peser sur Spinoza qui désirait vivre seul. La jeune fille mortifiée et profondément attachée à son amant s’était jetée du haut de huit étages, mettant fin prématurément à sa vie. Spinoza avait alors démissionné puis s’était engagé dans la police et muté dans la cité languedocienne. Il est en proie à d’horribles cauchemars récurrents qui le perturbent profondément.
Diva a connu elle aussi des vicissitudes qui l’ont marqué physiquement et moralement. Un soir elle a été violée et tabassée par trois petits délinquants. Les fautifs ont été rapidement confondus mais Diva ne pouvait plus exercer son métier dans la ville où a eu lieu le forfait et a été mutée à Montpellier. Ces deux fêlures rapprochent les jeunes gens qui se lient d’amitié.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre bélier ou faune, Gallach, puisque celui-ci collectionnait les conquêtes féminines pas forcément consenties librement. Les premières personnes que Spinoza et Diva rencontrent sont la seconde épouse du défunt et ses enfants, issus du premier mariage, qui vivent dans une banlieue résidentielle de Montpellier. Gallach avait en projet la construction d’une immense résidence pour personnes fortunées or un couple de propriétaire avait décidé de ne pas vendre leur terrain sur lequel ils élevaient des chèvres et qui forme une enclave. Les animaux ont été massacrés puis une tentative d’incendie a failli réduire leur maison en cendres. Ce pourrait être une piste, mais ce n’est pas la seule. En effet il semblerait qu’entre Serge et la seconde épouse de Gallach s’est forgée une intimité qui dépasse les relations beau-fils belle-mère. Quant aux deux filles, au caractère fondamentalement opposé, elles ne regrettent pas vraiment leur géniteur.
Une jeune journaliste aux dents longues propose à Spinoza de livrer des infos, un deal comme elle dit au grand dam de Spinoza qui réagit en puriste et préfère parler de marché ou d’accord. Ce point de vocabulaire mis au point, Yamina révèle que Gallach se rendait fréquemment dans un club fermé lieu de rendez-vous du gratin de la société qui s’encanaille en achetant les faveurs de jeunes filles. Or l’une d’elle aurait eu une liaison avec Gallach, liaison qui se serait mal terminée. De plus Arielle, l’une des filles de Gallach aurait provoqué un esclandre dans un lieu public. Qu’ajouter à cela ? Que des maris jaloux auraient pu vouloir se venger des infidélités forcées de leurs femmes, surtout celles qui travaillaient pour Gallach et couchaient avec lui pour ne pas être mises à la porte.
Mais Spinoza n’a pas que cette enquête sur les bras car son passé ressurgit, sous la forme de cadavres. Comme dans ses cauchemars.
Jacques Tessier, tout comme le faisait Ed McBain dans sa saga des policiers cauchemardu 87ème, développe deux histoires, deux intrigues en parallèle, l’une qui est dévolue au travail des policiers dans le cadre d’un meurtre, l’autre qui touche plus personnellement l’un de ces policiers. Les deux récits sont imbriqués mais ne se phagocytent pas, ils se déroulent dans un habile dosage entre les deux péripéties professionnelles et personnelles. Les relations entre Spinoza et Diva sont intéressantes à étudier, pas faciles à vivre, mais il se trouve que leur entourage n’est ni indifférent, ni brutal, ni inhumain surtout la hiérarchie qui sans s’immiscer fait preuve d’urbanité.
La narration, qui alterne la première personne du singulier, le Je lorsque Daniel Kellerman s’exprime et apporte une connivence avec le lecteur, et le Il lorsqu’il n’est pas directement concerné ou apparait plus ou moins dans le déroulement des enquêtes offrant une vision d’ensemble, est fort bien venue. Le lecteur peut ainsi rebondir et ne pas s’enfermer dans un ronron d’une narration linéaire. Peut-être fais-je partie des rétrogrades, des vieux qu’ont… de l’âge, mais je suis légèrement choqué par cette particularité dans les dialogues qui veut que les jeunes tutoient les représentants des forces de l’ordre, ou que des personnes qui ne se connaissaient ni des dents ni des lèvres, comme disait San Antonio, cinq minutes auparavant adoptent eux aussi cette pratique langagière. Mais ce n’est qu’un détail qui ne retire en rien la valeur de l’histoire.

Voir l'avis de Paco Ici

Jacques TEISSIER : Le cauchemar de Spinoza. Editions Le Manuscrit. Polar N° 13390. 376 pages. 19,90€

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