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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 13:25

 Homme-ours.jpgTout là haut, au-delà de 79 degrés de latitude nord, dans un territoire lapon, survivent les reclus. Ils sont disséminés, parqués dans une espèce de réserve, regroupés en communautés par affinités ou par leurs origines. Des Norvégiens, des Finlandais, des Ukrainiens, des Russes, des Lapons. Ils travaillaient, il y a plus de trente ans, au bord de la mer. Mais l’explosion de l’ancienne URSS a explosé en même temps leur vie. Ils sont confinés dans la Zone, répartis en Block, Trust, Comptoir, Verodvinsk, Gronika, anciennes appellations de cette usine rayée de la carte. Ils n’ont pas le droit de franchir la frontière, des gardes veillent. Dès qu’ils s’approchent des limites, des militaires leur tirent dessus. Des snipers qu’ile ne voient pas mais sont bien présents. Pour preuve les tirs, les détonations qu’ils entendent et auxquelles ils échappent en chaloupant dans la neige.
Avant existait un port en ruines, Voulkor mais ils ne peuvent l’aborder car il se trouve de l’autre côté de la frontière. Des sous-marins nucléaires ont été sabordés. Avant des mineurs travaillaient dans les mines, mais ils ont péri dans les explosions fomentées par les Autorités, et qui les ont ensevelis pour toujours. A l’horizon ils peuvent contempler l’îlot de Barentz, une terre hostile comme la leur mais qu’ils ne peuvent approcher ne possédant aucun moyen de navigation. En auraient-ils courage ?


Durant les premières années de réclusion, une épidémie étrange et meurtrière a sévi. Certains survécurent et ils parlèrent alors de malnutrition, de manque d’hygiène, mais c’est si loin tout ça. Pourtant les mémoires entretiennent cette époque sombre.
Parmi les membres de ces communautés qui se regardent en chiens de faïence, deux personnages émergent. Kolya, un Lapon qui vit seul. Il entretient une parcelle de terre, plantant des fleurs lorsque la belle saison revient. Son occupation consiste à sculpter des figurines d’ivoire et des plaquettes représentant des oies, puis de les enfouir dans son jardin secret. Il récupère des défenses de mammouth dans un endroit dont il tait jalousement l’emplacement. Lyouba est une jeune femme de vingt ans. Depuis ses dix-huit ans ne parle plus. Elle a été élevée par Misha, une vieille femme, car ses parents sont morts alors qu’elle était toute jeune. Sa mère de substitution de religion orthodoxe voue une adoration particulière à Marie Salomé. Le pope Basile règne sur ses ouailles, enfin ceux qui croient encore en la religion.


Kolya a pris Lyouba sous son aile protectrice, or un jour il s’inquiète. Lyouba a disparu. Il la retrouve dans les ruines d’un jardin d’enfant, de l’autre-côté de la frontière, endormie dans une sorte de tunnel, le corps recouvert d’une cape en peaux de loups.

Homme ours
La neige, le vent, le blizzard, la froidure balaient la Plaine. L’alimentation cons iste en de vagues légumes récoltés aux beaux jours et en animaux attrapés difficilement. Les oies, lors de la migration, les lagopèdes, les lapins, les renards sont des proies estimées. Mais ils se passeraient bien des moustiques qui pullulent lorsque le soleil daigne apparaître après de longs mois d’hivers. Pour se réchauffer ils utilisent des briquettes de tourbe, un peu de bois. Mais surtout ils boivent du kvas, une boisson fermentée plus ou moins alcoolisée ainsi que des alcools plus forts et frelatés. Les esprits s’échauffent malgré le froid et le drame ne demande qu’à éclater, exploser dans une nature âpre, aride, sauvage, hostile.


Une fois de plus, mais personne ne s’en plaindra, Franck Pavloff nous offre une histoire dure, poignante, montrant les méfaits de la solitude imposée, du parcage d’êtres humains qui subissent les décisions des Autorités à cause de décisions politiques qui « oublient » les hommes au profit de contingences matérielles, politiques, économiques et scientifiques. Ni le lieu ni la date ne sont précisés mais le lecteur ne sera pas berné. Seule importe l’histoire qui, comme dans  Matin Brun, est une parabole à décrypter selon ses sensibilités. Mais l’avenir que décrit Franck Pavloff au travers des vicissitudes de ces exclus n’est pas rose. Il est vrai que cela se passe dans un endroit reculé, loin de toute existence humaine, mais quand même, il n’est pas vain d’extrapoler.
L’ambiance du Grand Nord, les décors, les paysages, la rudesse des hommes, tout cela m’a fait penser à Jack London lorsqu’il décrit le Grand Nord Américain et Canadien, les orpailleurs, les trappeurs, les paysages, la faune, et bien évidemment les tensions qui s’exacerbent.


Franck PAVLOFF : L’homme à la carrure d’ours. Editions Albin Michel. 208 pages. 15€.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 10:06

Tout commence par une ordonnance gouvernementale anodine. Pas de quoi matinbrun3.jpgfouetter un chat. Du moins, c’est ce que pensent Charlie et son ami narrateur. L’état à décidé, il n’y a qu’à s’exécuter, sans se poser de questions. Enfin, quand je dis s’exécuter, il s’agirait plutôt d’exécuter, de se débarrasser, des chiens qui ne répondent plus à la norme imposée. Tous ceux qui ne sont pas bruns sont destinés à l’abattage. Charlie et son ami ne s’offusquent pas de cette décision. A part boire des bières et jouer à la belote, le reste ne les touche pas. Charlie a dû se plier à cette, mais la loi c’est la loi.


Mais ce n’est qu’un début car les chats sont eux aussi traqués. Seuls les chats roux sont acceptés. Que fait-on dans ce cas ? On se plie aux injonctions, tout simplement. Ils subissent sans se poser de questions, sans se rebeller. Seulement l’état s’attaque aussi aux livres. Sont interdits tous les ouvrages dans lesquels sont représentés des chiens et des chats ne possédant pas cette couleur unique, brune. Tout s’enchaîne inexorablement…


Ceci n’est qu’une courte nouvelle de fiction, d’anticipation, seulement sous cette parabole se cache une vision de notre avenir qui n’est pas rose. Je ne vais pas rappeler les exactions commises sous le IIIème Reich. Plus jamais ça direz-vous ! Ah bon, mais que se passe-t-il de nos jours lorsqu’un ministre de l’Intérieur se glorifie d’avoir dépassé de plus de 17% le quota, qui lui avait été fixé, du nombre d’expulsions d’étrangers en France (Agence Reuters du 10/01/2012). Content de lui, la main sur le cœur. Facile, il n’a pas de cœur. Je ne crois pas qu’il ait lu ce texte, mais de toute façon il est au-dessus de tout ça. Ce n’est pas de la politique, une simple prise de conscience.


Cela me rappelle un sketch de Fernand Raynaud. Le douanier, qui disait à peu près ceci : J’aime pas les étrangers. J’suis pas bête, j’suis douanier. J’aime pas les étrangers, ils prennent notre travail. Dans mon village, il y avait un étranger. On lui a dit de partir, lui, sa femme et ses enfants. Alors il est parti. Depuis on n’a plus de pain dans le village. Il était boulanger !
Edité en 1998 sans tambour ni trompette, Matin brun s’est vendu depuis à plus 1 580 000 exemplaires et a bénéficié de douze réimpressions. Il est étudié dans certaines écoles. Mais le message a-t-il été compris par tous ? Pas sûr !

Franck PAVLOFF : Matin brun. Editions Cheyne. 12 pages. 1,50€.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 13:35

 Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé,gueux.jpg entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux. L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.
Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là alors qu’il rentre tranquillement la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.


Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond. Timothée va s’infiltrer, s’il le peut dans le Quai de Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête. Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?
Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…


Hervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cours des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes. Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.


Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers. Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme. Ou Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance. Enfin Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette. Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna : Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.

Vous pouvez également retrouver l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense.


Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 298 pages. 11€.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:26

dunesAh la mer, les embruns, les dunes de sable ! Carte postale rêvée de tous les estivants qui viennent se prélasser sur les plages du Nord recherchant le calme, la sérénité et la solitude. Sauf que, en ces mois d’hiver, c’est le sale temps qui règne en maître. Ce qui n’est pas forcément pour déplaire à Victor, un sexagénaire qui a pris une année sabbatique après le décès de sa femme. Un soulagement. Il a quitté Grenoble et il vit dans une villa nichée loin de tout avec Martha, une jeune fille étudiante qu’il a connue en tant que professeur à la fac. Une femme trop jeune pour lui, pense le voyeur qui les traque avec son appareil photo, obsédé de plus en plus par Martha, car de Victor il n’en a cure. Tout se passerait bien si un individu ne s’était pas introduit dans la maison, lors d’une absence de Victor et n’avait pas violé Martha. Victor rentré à l’improviste égorge l’homme dans un moment de fureur puis il enveloppe le corps dans des nattes de plage et le trimballe dans sa carriole accrochée à son vélo jusqu’au haut d’une falaise et le bascule dans la mer. Un pêcheur ramasse dans ses filets ce cadavre à moitié grignoté par les poissons. Selon les premiers examens réalisés par la gendarmerie locale, il s’agit de Benacer, un triste individu, récidiviste qui s’est fait la belle en toute impunité. Entre les deux amants le climat se détériore d’autant que Martha a avoué qu’elle était espionnée depuis quelques semaines. D’ailleurs Martha avait déjà été violée à Grenoble par une bande d’excités sexuels. Un traumatisme dont elle a eu du mal à se débarrasser, avec l’aide de Victor. Le voyeur n’est autre que Duchamp, le journaleux local, promis à un bel avenir s’il n’avait pas fait l’imbécile. Depuis il végète, se contentant d’espionner. Victor fulmine en voyant partout des photos de Martha dans l’appartement minable de Duchamp. La jalousie commence à le tarauder. Il imagine un stratagème susceptible de le dédouaner tout en accusant Duchamp.
L’univers de Jeanne Desaubry navigue du côté de David Goodis et de Simenon, celui des romans dans lesquels Maigret joue aucun rôle. L’atmosphère, l’intrigue, les relations qui se délitent entre les divers personnages, font penser à ces deux grands maîtres du roman noir avec toutefois une touche personnelle, une écriture imagée (La maison est nichée entre deux seins de sable gris doucement vallonnés, mouillés par l’hiver) tout en étant sèche, précise et concise, presque abstraite (C’est l’été quand elle les retrouve. Première ligne du chapitre 24). Les personnages principaux évoluent au fil du déroulement de l’histoire, révélant leur véritable nature, et seule Martha peut trouver grâce auprès du lecteur, avec son côté fragile d’oiseau blessé. Le contrepoint étant assuré par la capitaine de gendarmerie qui se dresse fière dans ses bottes, et le pauvre Maillard, son adjoint, qui a de bonnes idées mais ne sait pas les exploiter. Et cette histoire d’amour devient rapidement le grain de sable qui cache les dunes et raye les existences. Ce troisième roman de Jeanne Desaubry démontre un réel talent de conteur et de fabriquant d’intrigues qui pourraient s’inscrire dans une comédie inhumaine moderne.

Jeanne Desaubry : Dunes froides. Editions Krakoen.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:20

Derrière un roman policier, ou tout autre genre de la littérature sextoy11.jpgdite populaire, se cache un écrivain qui regarde le monde tel qu’il est et l’intègre dans ses intrigues sans vraiment le déformer, juste en apportant sa sensibilité et ses phantasmes. Comme le fabuliste animalier mettait en scène ses contemporains, dénonçant leurs travers avec humour, et clôturait sa démonstration par une morale élégante, Jan Thirion avec Sextoy made in China, titre évocateur qui devrait se passer de commentaires, nous propose de nous plonger dans un épisode qui bizarrement colle à l’actualité.


Alors que Hu Jintao, le président de la République Populaire de Chine, est en visite officielle en France, les rues et les places de la capitale ont été décorées en son honneur. Ce n’est pas toujours de très bon goût, mais les Parisiens, et les Français en général, sont volontiers farceurs et frondeurs. Fayrouz Jasmin, journaliste d’investigation à Trustinfo, site d’informations sur le web, est réveillée brutalement, au sortir d’une nuit amoureuse, par son patron qui lui demande d’aller illico presto rue de la Butte aux Cailles, un attentat supposé venant de se produire. Les autres médias n’en ont pas encore parlé, et Lucas, son patron, est tout guilleret à l’idée de les griller. Enfourchant son vieux scooter, Fayrouz se rend sur place et retrouve le commissaire Naseau, lequel manque parfois de nez, car il n’a pas flairé des indices laissés sur place par une des victimes. L’une d’elles n’est autre que Marie, la fille adoptive pour les uns, naturelle pour les autres, du ministre Ledamier, et qui joue aux dames. Marie était en compagnie d’une partenaire et l’objet du délit est un olibos en matière synthétique, fluo et vibrant. Fayrous se renseigne auprès d’un commerçant qui lui remet des clés qu’aurait perdues la jeune fille, clés qui justement mettent en marche une petite moto et permettent de découvrir à l’intérieur de la malle arrière un prospectus émanant d’une boutique vendant des articles de compensation à la libido des femmes en manque de satisfaction charnelle. Ni une, ni deux, Fayrous emprunte l’engin à deux roues et afin de ne pas éveiller la suspicion du marchand de succédanés sexuels achète un article du même acabit. Mais elle se fait enlever par quatre trublions masqués qui s’interpellent à l’aide de noms d’animaux.


sextoy11-copie-1.jpgLes rues que doit emprunter le cortège présidentiel sont très animées, surveillées par moult policiers, et l’ambiance se révèle plutôt électrique. C’est dans ce gentil foutoir qu’évoluent la belle Fayrouz et quelques protagonistes aux agissements pour le moins surprenant. Notamment le brave commissaire Naseau, qui semblait bien esquinté physiquement lorsque Fazyrouz l’a abordé rue de la Butte aux Cailles, ou encore Coralie, une autre journaliste de Trustinfo qui ne manque pas de battant, un inspecteur de l’IGS, une vieille dame qui joue à la Guerre des Etoiles avec les dildos que vend son fils, et les fameux agresseurs qui fomentent quelque chose de pas très net.
Jan Thirion nous entraîne dans une intrigue complètement débridée, et qui aurait pu arriver lors du séjour de Hu Jintao. Mais ça vous ne le saurez jamais. La réaction de quelques parisiens adeptes du lancer d’objets manufacturés en Asie, elle, ne s’est pas produite, mais je suis persuadé que bon nombre de personnes y ont pensé sans mettre leur idée en pratique.
Jan THIRION : Sextoy made in China. Collection Forcément Noir, éditions Krakoen.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:46

 ironiedushort11.jpgUn recueil de nouvelles, c’est comme un sachet de bonbons en mélange, fabriqués par le même confiseur, dans lequel on trouverait des friandises douces, tendres, acidulées, dures qu’on piocherait selon son humeur. D’abord, on ne se jette pas dessus comme un affamé ou un goinfre, mais on apprécie l’emballage. Puis on dénoue tout doucement le ruban qui renferme les gâteries, on délie la petite faveur permettant d’accéder aux douceurs. Cette faveur n’est autre que la préface de Jean-Bernard Pouy qui selon son habitude manie et marie éloge et dérision. Attaquons maintenant nos confiseries en prenant soin de déballer proprement chaque empaquetage, puisons au gré de notre inspiration, engloutissons voracement, goinfrons-nous et lisons tout, un bonbon à peine terminé un autre enfourné, ou soyons sages et dégustons en esthètes, une ou deux nouvelles le soir pour que le plaisir dure.


Débutons par le plus gros morceau, Marcel Bovary. La nouvelle sert d’entrée à ce volume, et bien qu’elle soit placée sous le signe de Gustave Flaubert, elle serait plutôt à ranger aux côtés des histoires cauchoises dignes de Maupassant. Avec ce cynisme et cet humour noir qui caractérisait ce chantre de la ruralité normande. Ensuite je vous propose Crâne d’os, l’histoire d’un flic qui se permet, sans l’avoir demandé poliment, de s’introduire dans le crâne d’un tueur. Ce qu’il y découvre n’est pas joli, joli, mais comme tout un chacun, il n’a pas anticipé les événements. Dans Un ticket dans le tuyau, trois cadavres ont été disséminés en trois points stratégiques de la ville. Mais dans une des oreilles de l’un des cadavres, un policier retrouve un ticket de caisse établi par une librairie. Un moment de pur plaisir de lecture. Fin de moi difficile narre le parcours accidenté d’un individu qui souhaite se suicider, mais c’est dur d’être immortel ! Revenons légèrement en arrière pour se plonger dans D’amour tendre, au rythme tranquille d’un train qui emmène un couple jusqu’à Venise. Seulement la proximité d’un voyageur gêne considérablement nos deux tourtereaux. Attention à la marche met en scène un éditeur qui rêve de publier un roman qui devrait faire un carton en papier, mais il n’a pas compté sur les impondérables. La gaule à Mickey n’est pas ce que vous pensez mais une canne à pêche. Seulement celui qui s’en sert n’est pas du tout content, le Rhône est pollué et les silures sont impropres à la consommation.


Que faire dans ce cas ? Se venger évidemment. Reprenons notre petit chemin àironiedushort11 rebrousse-pages, et intéressons-nous à Arrière-cuisine et au jour où Blumenfeld propose à Walt Disney le scénario adapté d’un conte des frères Grimm, Blanche-Neige et les sept nains. Seulement Blumenfeld s’est permis une petite entorse avec le texte original : il n’y a pas sept nains dans son canevas mais dix. Et l’on sait très bien que Walt Disney n’a jamais extrapolé les histoires qu’il a adaptés en films d’animation, et qu’il a toujours été respectueux envers les auteurs auxquels il a emprunté les trames de ses dessins animés. Dans L’ironie du short, titre éponyme de l’ouvrage, une adolescente, en short et long imperméable, déambule dans la cité. Elle dissimule un couteau de boucher afin de se venger de l’affront, et ce n’est qu’un faible mot, que des quidams lui ont fait subir. Banal me direz-vous, non car le dernier paragraphe nous démontre que la vidéo surveillance dans les rues peut être détournée de son aspect sécuritaire et qu’un président de la République, jamais à court d’idées, même si elles sont courtes, trouve toujours une parade à une situation délicate et sociale. Au total dix-huit friandises pour un poids de 300 grammes environ à déguster sans modération. Certaines ont déjà été publiées dans des recueils collectifs, comme ceux édités à l’occasion de festivals, Mauves sur Loire, Drap ou Lamballe. Mais ces recueils étant difficiles à trouver, il était de bon goût d’assembler ces textes.
Vous aurez compris que ces nouvelles au goût délicat, subtil, irrévérencieux parfois, tendre, ironique, sont le reflet d’une certaine société examinée d’un œil scrutateur et impartial, celui d’un entomologiste, non je me trompe, celui d’un confiseur qui traque les défauts d’une fournée afin justement de les mettre en valeur et obtenir quelque chose de différent.

Max OBIONE : L’ironie du short. Préface de Jean-Bernard Pouy. Collection Court-Lettrages. Editions Krakoen. 254 pages. 15€.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:43

 Une lettre écrite à l’encre bleue, reçue par Mosley et celui-ci sent que sa vie vient de basculer. La dernière fois qu’il a reçu ce genre de bafouille, c’était dix ans auparavant,scarelife1.jpg alors qu’il était au pénitencier. Depuis il s’est installé dans le Montana, en compagnie de Bess, ancienne actrice d’une série télévisée qui eut son heure de gloire. Mais Bess a forci, n’est plus la jeune première prometteuse, et son caractère a évolué. Mosley écrit des scénarii de dessins animés plus ou moins débiles, mais les jeunes s’en contentent, alors pourquoi être plus royaliste que le roi. Il s’est attelé aussi à un biopic sur David Goodis, l’auteur de Cauchemar, Lune Blafarde et combien titres tous empreints de désespérance. Mosley décide de partir à Rochelle, en Louisiane, retrouver ce père qu’il déteste. Il plaque Bess, n’emportant avec lui qu’un cahier, des crayons, et quelques bricoles dont une bouteille de Bourbon. Si seulement ses mains ne le démangeaient pas, cela irait, mais il est obligé de porter en permanence des gants. Des mains qui le démangent au propre comme au figuré. Sacré eczéma physique et mental. Le voyage est long du Montana jusqu’en Louisiane, et il ne peut se déplacer que par voie terrestre, ayant une phobie de l’avion. Dans le car qui l’emmène vers le Sud, il fait la connaissance d’une jeune femme, très jolie, mais il ne pouvait en être autrement sinon l’aurait-il remarquée, et répondu à sa proposition de l’héberger pour la nuit. Il accepte, tout heureux de pouvoir se reposer dans un lit, même déjà occupé par quelqu’un d’autre. Faut avouer qu’elle est bien esseulée la pauvre, son mari vit dans une chaise roulante, paraplégique, à moitié sourd et à moitié muet, une reconnaissance de l’état en remerciement de ses bons services en Irak. Et comme c’est un bon gars Mosley, il débarrasse son hôtesse, qui ne lui a rien demandé, d’un mari devenu encombrant en simulant un accident alimentaire. Son premier meurtre sur la longue route qui le conduit à Rochelle. Car si son odyssée est pavée de bonnes intentions, elle est aussi pavée d’assassinats. Il n’y est pour rien, c’est son destin qui le guide dans des coups fourrés. Bientôt il apprend qu’une de ses vieilles relations, le policier Herbie Erbs, celui qui l’avait arrêté et traîné au tribunal, d’où son enfermement dans un pénitencier qui n’a pas assez longtemps au goût du policier, est à nouveau à sa recherche. Sur ses traces, car Erbs est comme les chiens dont Mosley a horreur, quand il a une proie entre les dents, il ne la lâche pas.
scarelife1Max Obione excelle dans ses histoires, forcément noires, et ce nouvel opus ne déroge pas à cette règle. La road story de Mosley s’inscrit dans l’une de ces réussites qui prouvent que les Américains n’ont pas l’apanage de ce genre d’histoires, et qu’il n’est nul besoin de s’échiner sur 800 pages et plus pour construire une histoire prenante, épurée presque, aussi bien dans l’écriture du récit que dans les dialogues. Un style solide qui parfois s’apparente au staccato d’une mitraillette. Avec des personnages croqués en quelques lignes qui se suffisent. Max Obione offre aux lecteurs quelques bonus, dont les pages extraites du scénario sur David Goodis, scénario qui pourrait être un calque de la vie de Mosley dont on n’apprend qu’à la fin sa motivation à entreprendre un voyage retour vers le père honnit. Mais comme si l’épilogue ne se suffisait pas à lui-même, l’auteur en ajoute un second, qui complète le premier et le transcende. Un véritable plaisir de lecture.


Max OBIONNE : Scarelife. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 252 pages. 10€

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:24

Romuald Féran, fringant quinquagénaire, traverse tranquillement dans le Saingeur-des-pierres.jpgpassage piéton lorsqu’il est percuté par un motocycliste. Le choc l’envoie valdinguer contre le trottoir et tête heurte la bordure. Lorsqu’il se réveille, une jeune infirmière est à son chevet. Lola, c’est inscrit sur son badge. Lola est fraîche, jolie, riante. Et son sourire fait plus que les médicaments pour le requinquer. Deux jours plus tard il est libre de rentrer chez lui.
Féran est un auteur de romans policiers qui a débuté dans le fantastique, chez un petit éditeur. Gros succès dans les années 60, puis il s’est tourné vars la rédaction de polars, toujours avec le même bonheur. Seulement de son accident il reste quelques séquelles. Par exemple il plonge dans une sorte de somnolence, entre rêve et réel, et se trouve transporté par l’esprit au XIXème siècle. Il n’est plus à Lille mais à Douai, en 1896 ou à Paris, prenant le train à la gare du Nord. Il fréquente Jules Guesde, Jean Jaurès, Mathieu Dreyfus le frère du capitaine et d’autres personnalités de l’époque. Il ne s’appelle plus Féran, mais Monge. Il subit ces décrochages récurrents, et perturbants, quel que soit le moment de la journée, même lorsqu’il est attelé à la rédaction de son nouveau manuscrit. Il visite en pensée villes et villages de la région Nord alors il effectue en voiture une sorte de pèlerinage, Roubaix, Monchecourt… Ceci n’exorcise pas ses rêves. Au contraire ils sont de plus en plus prégnants. Bram Stoker s’invite dans la sarabande qui le mène à Londres ou à Bruges. Et il est question aussi de maisons noires, de maisons blanches, de Ruelles de l’Enfer notamment à Douai. En effectuant des recherches, il appert que le personnage auquel il s’est identifié, Monge, Anselme Monge, a réellement existé. Celui-ci serait né le 18 janvier 1872 et décédé le 12 juin 1967 à Monchecourt.
Une semaine après sa sortie d’hôpital, Féran reçoit la visite de Lola, sous un prétexte futile, car il aurait oublié une visite de contrôle. Lola est une adepte des expériences proches de la mort, les NDEs ou Near Death Experiences, grâce, ou à cause, de son oncle qui était ami avec des spécialistes américains de cette science. Et les décrochages dont est victime Féran l’intéressent fortement. Lola possède un charme indéniable et Féran en tombe amoureux. Et réciproquement puisqu’ils partagent le même lit.
Aussi lorsque le corps de la jeune infirmière est retrouvé aux Sept Bonnettes à Sailly-en-Ostrevent, un lieu mystique, sept pierres levées, dressées vers le ciel, renvoyant à une religion ancienne et ésotérique. Lola gît donc entre ces pierres, égorgée, éventrée, le cœur arraché. Elle est déguisée en « gothique ». Mais d’autres meurtres sont bientôt recensés, à chaque fois dans des lieux empreint d’histoire : dolmen, menhir, cromlech.
L’inspecteur Lebarzyck, du SRPJ de Lille est en charge de l’affaire, talonné par son supérieur Troudehal (oui, je sais, des noms sont difficiles à porter mais on ne les choisit pas). Or entre les déclarations de Féran et celles de la sœur de Lola, des divergences s’élèvent, infimes, mais qui jettent des doutes sur la jeune morte. D’abord Lola avait affirmé être enfant unique, avoir perdu ses parents très jeunes et désirer des enfants. Tout le contraire de la réalité.
Dans l’ombre vit le Monstre, le disciple préféré du Maître. Il porte en permanence un masque protecteur car durant la guerre d’Algérie il a été grièvement blessé au visage par l’explosion d’un dépôt d’essence.
Cette histoire, qui se déroule en 1981, démarre dans une ambiance fantastique et polar. Mais si l’enquête consiste un support solide tenant la trame dans des bases solides, le fantastique n’est qu’une composante minime s’effaçant progressivement au profit du mystère et de l’ésotérisme. Le Nord n’a rien à envier aux lieux de légende à la Bretagne et aux pays celtes. Les Cercles occultes sont alliés à des sciences dont d’éminents scientifiques dont Raymond Moody et Garrett Oppenheim sont les chantres ainsi que des allusions à l’école Charcot. Mais ce ne sont pas les seules préoccupations de l’auteur qui insère quelques hypothèses (hasardeuses ?) politiques et militaires. Des noms transparaissent lors de l’épilogue, noms que je ne peux vous dévoiler car cela tuerait le suspense, mais dont l’existence est facilement vérifiable en effectuant quelques recherches. L’alliage de la réalité et de la fiction dans une ambiance de mystère qui enveloppe le lecteur comme les brumes du Nord.

Roger FACON : Le saigneur des pierres. Collection Mystères en Nord. Editions Engelaere. 256 pages. 9,90€.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 11:06

2012 c’est l’année des bonnes résolutions. Si, si, et je ne parle pas de résolutions politiques. Non, je pense à quelque chose de plus personnel. Par exemple acheter un cahier, à spirale de préférence, un beau stylo, et affuter sa matière grise. Quand tout est prêt, le cahier à spirale sur une table, la main droite ou gauche tenant fermement le stylo, il n’y a plus qu’à coucher sur la page blanche les idées qui vous trottinent dans la tête depuis un bon moment. Car vous avez décidé de franchir le pas. Vous n’allez plus vous contenter de lire, vous allez écrire, des nouvelles, de la poésie (en général domaine réservé des adolescents confrontés à des problèmes existentiels ou amoureux) ou, plus ambitieux, un roman. Supposons que vous réussissiez à terminer ce roman dont vous êtes fier, ce qui est logique puisque vous avez mis tout votre cœur pour l’achever, qu’allez-vous en faire maintenant ? Evidemment vous pensez, je vais l’envoyer à un éditeur, et hop, le jackpot !!! Revenons sur terre car entre l’espérance et la réalité, il existe de nombreux obstacles à franchir.
Avec humour et rigueur Nelly Bridenne nous décline les erreurs à ne pas faire, les pièges à éviter, les écueils à contourner. Elle propose des solutions et offre quelques conseils de bon aloi. De A comme Atelier d’écriture à Z comme Z’ai réussi. Car après avoir rempli son petit cahier en se frottant aux ateliers d’écriture qui ne sont pas la panacée mais aident à développer des idées, il faut que l’auteur en devenir incite quelques bonnes volontés à soumettre leurs avis et surtout en tenir compte, ne pas hésiter à se remettre en cause, mettre en forme le résultat. Puis le démarchage auprès de maisons d’éditions susceptibles de publier l’œuvre, ou trouver d’autres formes de publication moins contraignantes, ou tout au moins plus satisfaisantes.
Après avoir lu ce petit opuscule, il ne vous reste plus qu’à mettre en pratique les conseils judicieux délivrés par Nelly Bridenne et même si vous-même n’écrivez pas, vous pourrez découvrir certaines facettes cachées de l’édition en général et vous ne regarderez plus de la même façon les « petits auteurs » lors de salons, de séances de dédicaces, et nul doute que vous pourrez mettre la main, et les yeux, sur de véritables petites pépites. Et au prix où est l’or, ce n’est pas négligeable !

N'hésitez pas à rendre visite à Nelly Bridenne Ici
Nelly BRIDENNE : Kit de survie dans le milieu (confus) de l’édition. Editions Confessions d’un polisson. 46 pages. 5€.

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 15:26

plan-serre.JPGLe Prince Charmant ne se déplace plus sur un fier destrier. Il voyage en avion. C’est ce qu’aurait tendance à penser Margot qui se rend seule pour un week-end à Londres. Elle a rompu avec John, au bout de sept ans de vie commune. Elle a grossi, il ne la voyait plus avec des yeux neufs et de plus il la trompait avec une amie. Claudia, une collègue qui devait l’accompagner, s’est défilée au dernier moment. Le Prince Charmant, qui se nomme Léon, et est assis dans la même rangée qu’elle, semble très intéressé par Margot. Par ses formes rondelettes et par ses yeux vairons, un bleu et un brun. Arrivé à Londres il lui donne son numéro de téléphone puis s’éloigne.


La déception l’étreint lorsqu’elle emménage dans son hôtel dans le centre de Londres. C’est un véritable taudis qui l’attend et elle déprimerait si son séjour n’était pas que de quarante-huit heures. Elle se promène dans Soho, mange un repas banal et joue avec son portable. C’est alors que l’idée lui vient de téléphoner à son bel inconnu qui se nomme Léon. Il l’invite à dîner dans un restaurant huppé et lui pose moult questions sur elle, sur son travail. Elle est commerciale dans une société qui vend des meubles à des entreprises, mais elle désire devenir décoratrice. Puis il la raccompagne à son hôtel miteux. Devant la vétusté et la saleté qui imprègnent l’endroit il lui propose alors de partager sa chambre dans son hôtel qui se révèle être presqu’un palace. C’est un homme riche se dit Margot qui pense alors que Léon est un dealer. Elle dort comme une masse, les verres de vin engloutis durant la soirée aidant. Au petit matin lorsqu’elle se réveille Margot aperçoit un petit carton. Léon lui donne rendez-vous dans une galerie photographique. Léon est photographe d’art ! Il s’agit d’une exposition de photos représentant des yeux. Il lui propose alors de poser nue. Elle se trouve trop grosse mais il sait la convaincre.


C’est le retour aux Pays-Bas, dans le Brabant néerlandais plus exactement. Elle revoit son nouvel ami lequel deviendra peu à peu son amant. Il ne précipite pas les événements mais il sait se montrer exigeant en certaines occasions. Mais John, qu’elle voulait oublier, s’immisce à nouveau dans sa vie, en prenant des chemins détournés, en rendant par exemple visite à ses parents. Léon lui présente ses collaborateurs. Richard, son manager, et Debby, sa secrétaire, une très belle femme à la plastique parfaite. Peu à peu, par des sous-entendus plus ou moins explicites, Margot apprend que la précédente compagne de Léon, Edith, s’est suicidée un an auparavant. Et que Margot lui ressemble étrangement. Edith était une femme bien en chair et comble de l’ironie, elle était atteinte elle aussi d’hétérochromie. Les jours passent, John se fait de plus en plus pressant, insistant. Mais Margot est sous l’emprise de Léon, lui passant ses lubies.


Léon est versatile, jaloux, pourtant c’est bien grâce à lui qu’elle trouve ses premiers clients lui permettant de réaliser son rêve. Devenir décoratrice d’intérieur. Dans un restaurant, dans une boîte de nuit. Margot commence à avoir des doutes sur le suicide, ou pseudo suicide, d’Edith et les « amis » de Léon, Richard et Debby, n’y sont pas pour rien. Non, le Prince Charmant est-il vraiment charmant ? Et John qui s’incruste de plus en plus dans l’entourage de Margot, qui la poursuit même de ses attentions, comme s’il était à nouveau amoureux d’elle, ne joue-t-il pas avec elle afin de la reconquérir et l’obliger à rompre avec Léon ? Tout irait pour le mieux, ou presque, dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où tout dérape justement à cause de John et accessoirement des parents de Margot.


Intercalée dans la narration de Margot, qui s’octroie la plus grande part, une autre voix s’élève, racontant le meurtre d’Edith puis les sentiments du protagoniste face à cette nouvelle aventure amoureuse. Une forme de style plus vivante et qui offre au lecteur la possibilité de capter la psychologie des personnages. Il devient un témoin privilégié et cherche à deviner qui se cache derrière cette voix anonyme. Est-ce Léon ou quelqu’un d’autre ? Oui, ce pourrait être Léon qui s’exprime à la première personne, mais alors où serait le suspense ? Et si ce n’est pas Léon, qui cela pourrait-il être ? Toutes les suppositions sont à envisager car les prétendants ne manquent pas.


Margot est une femme candide, même si au départ elle se pose des questions sur l’attirance qu’elle provoque sur Léon. Mais elle est amoureuse, ce qui explique son évolution physique et vestimentaire, son assurance dans son nouveau travail, ses relations avec Léon. Léon est beaucoup plus secret, ne se dévoilant souvent qu’avec réticence. Pourtant lui aussi vit avec ses doutes, et son travail de photographe qui l’oblige à voyager trop souvent à l’étranger commence à lui peser. Il commence à renâcler à se plier à des commandes. Mais les parents de Margot ne sont pas innocents non plus dans ce mélo, surtout la mère qui veut influer sur sa vie sentimentale.
Le tout nous donne un roman puissant, que l’on pourrait cataloguer dans le genre sentimental, façon Barbara Cartland ou ceux qui paraissent chez des éditeurs spécialisés dans cette forme littéraire, et pourtant cela va bien plus loin. Il s’agit d’un véritable suspense psychologique dont des auteurs comme Ruth Rendell, Mildred Davis et d’autres en sont ou en ont été les chantres.

Esther VERHOEF : Plan serré. (Close-up – 2007. Traduit du néerlandais par Anita Concas). Presses de la Cité. 432 pages. 21,50€.

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