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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 14:00

Rêveries ou cauchemars ?

 

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Grand-Mère est vraiment impossible. Marie et Jeanne, ses petites filles ont beau faire, grand-mère se conduit en vieille dame indigne, se rendant infecte auprès d'elles. Elle les tyrannise, les persécute, leur en fait voir de toutes les couleurs et même de toutes les odeurs.  

Marie surtout subit la mauvaise humeur de cette grand-mère acariâtre, tandis que Jeanne, elle, court le guilledou allègrement. Le vieux castel délabré dans lequel elles vivent manque de présence masculine, et il faut bien rechercher ailleurs le réconfort ou l'épaule tutélaire qu'on n'a pas à la maison. Quant au point de vue voisinage, ce n'est guère folichon. Jusqu'au jour où Marie rêve d'un pays et d'un homme, inconnus tous deux. Un homme attirant physiquement, et à qui apparemment elle produit une forte impression.

Et réciproquement. Ses phantasmes se libèrent. Un rêve troublant qui la poursuit éveillée, et Marie ne sait plus dans quel monde étrange elle évolue. Deux mondes oscillent en elle, se partageant son corps. Un phénomène qui fait tâche d'huile et Jeanne également se trouve en proie à ces curieux phantasmes. Marie la Sage et Jeanne la délurée, si dissemblables dans la vie réelle se rejoignent au travers de leurs rêveries érotiques.  

La Mort rôde, sanglante, barbare, et les faits corroborent la fiction. Imagination de jeune fille frustrée ou diversion démoniaque ? Réalité ou vision ? Les chimères gangrènent la raison, à moins que tout ne soit qu'interférence.

Rêveries ou cauchemars ? 

 

roche-lalheue2.jpgDans ce roman à essence onirique, Hugues Douriaux utilise les thèmes récurrents du fantastique: le mythe de la vie éternelle et celui de la dimension parallèle. Deux mythes qui perdurent à travers les âges, fascinant le commun des mortels et non seulement l'écrivain. Deux allégories au service d'un combat plus vieux que le monde, celui du Bien et du Mal. Entre les Ténèbres et la Lumière, entre le Chaud et le froid, entre le Négatif et le Positif, Entre Satan et Dieu, entre le Nord et le Sud, entre ces deux entités qui se partagent la Mort et la Vie, les jeunes filles sont ballotées, trimbalées, manipulées, et le cartésianisme d'un officier de police ne pourra résoudre leur dilemme. Seule la force de caractère l'emportera, mais qui sera le vainqueur ?

 

Réédition version numérique chez L'ivre-Book au prix de 2,99€.

 

 

Hugues DOURIAUX : Roche-Lalheue. Editions Fleuve Noir, Collection Anticipation N° 1844. Parution novembre 1991. 192 pages. Réédition L'Ivre-Book. Parution le 5 septembre 2014.

 

 

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 11:00

Une sauce juvénile ?

 

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Traiter par la dérision, l’ironie, l’humour, un fait de société grave est la meilleure façon de narrer une histoire dramatique mais en même temps de montrer aux lecteurs que ceci, s’il s’agit d’une fiction, pourrait s’inspirer d’une histoire vraie. Ce qui n’est pas impossible comme vous le verrez par la suite.

Tandis qu’Odilon, le patron du café restaurant La Périchole, et Azraël, le directeur d’une petite agence de détectives privés, discutent sur les vertus des boissons capables de remonter le moral et la virilité du second, un individu cagoulé fait irruption dans l’estaminet. Il pointe à travers sa poche ce qui semble être un gros calibre, mais la stupeur passée, ce client inopportun se révèle être Danh, un artiste dont les chansons ont conquis le public français mais surtout un vieux copain d’enfance d’Azraël, perdu de vue depuis la fin de leurs études. Ils étaient inséparables avec Domi la sœur de Danh.

Cette intrusion dans le bar d’Odilon n’est pas due au hasard. Danh recherchait son ami et lui demande de l’accompagner pour un seul et unique spectacle à Hô-Chi-Minh-Ville, anciennement Saïgon, mais surtout parce que Diêm, le prénom vietnamien de Domi, est soupçonnée dans un trafic humain.

Elle est responsable d’Ambre et Jade, une ONG qui dérange, et selon Danh « elle serait impliquée à son corps défendant, dans une affaire de corruption inventée de toute pièce pour l’entraver dans ses actions humanitaires ». Et toujours selon Danh, elle serait la forêt qui cache l’arbre, et non le contraire comme on a l’habitude de dire. Car la traite d’humains existe bien et sous des activités humanitaires s’en cachent d’autres qui n’auraient rien d’humaines. Des affaires d’enlèvements de femmes et d’enfants au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande circulent, mais elles ne sont considérées que comme des rumeurs. Et Long 2, le mari de Diêm, serait impliqué dans ces actions délictueuses.

Long 2 fait partie d’une fratrie comprenant trois frères qui dirigent la Long Brothers Company. Long 1 est à Singapour, Long 3 à Hong Kong, et leurs affaires sont florissantes et variées, concernant de nombreux commerces. Or il se pourrait que les Long Brothers soient engagés dans ce trafic.

Azraël le calmar et son ami Danh vont être confrontés à des dangers en risquant leur vie, tout autant à Ho-Chi-Minh-Ville qu’à Paris où ils reviennent précipitamment. Ils sont invités à déguster des repas présentés dans de petites verrines, des plats composés sous forme de cuisine moléculaire qui possède au moins l’avantage de guérir les ennuis liés à la libido d’Azraël. Mais à Paris, une autre réunion va dégénérer en course poursuite, et l’auteur nous emmène dans un endroit anachronique parisien, la Cité des Fleurs, un passage bordé de petits pavillons qui rejoint la rue de la Jonquière à l’avenue de Clichy.

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Ce roman est une sorte de pastiche du Poulpe, qui fait référence à Jean-Bernard Pouy, et qui met en scène également l’auteure Thanh-van Tran-Nhut. Un roman jubilatoire tout en traitant un registre grave. Evidemment on ne peut pas ne pas penser à la fille adoptée de Johnny Halliday, prénommée elle-même Jade, mais aussi à cette association caritative humanitaire qui connu des déboires au Tchad et en Somalie, l’Arche de Zoé. Un roman agréable à lire qui sert également de poil à gratter.

 

 

 

 

La version numérique de cet ouvrage peut être commandée directement sur le site de Ska librairie


Jan THIRION : Nuoc mâm Baby. Première édition Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 214 pages. 10,00€. Réédition Version numérique éditions SKA. 3,99€.

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 14:04

Sur l'écran noir de mes nuits blanches...

 

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Chroniqueur et critique cinématographique spécialisé dans les films d’horreur, pigiste pour un petit magazine parisien, Boris Phécrier est aussi auteur de romans du même genre sous le nom de Julien Gras. Et ce n’est pas parce qu’il habite place du Panthéon qu’il roule sur l’or. Il vivote dans un petit studio de huit mètres carrés, est marié mais sa femme va voir ailleurs si c’est meilleur, et une gamine de douze ans nommée Cuivre. Il a Cuivre en garde de temps en temps, lorsque sa femme est en déplacement charnel, et l’amusement principal entre le père et la fille est de se faire de petits quizz sur des films d’horreur.

En compagnie de son ami Fuchiglia, qui est bouquiniste sur les quais mais également touche-à-tout puisqu’il cumule les emplois de photographe de jazz, d’agent musical, de directeur littéraire chez Dupneu, directeur de la collection qui a accueilli Le rivage des tripes de Julien Gras, Boris se rend à une soirée prétendument littéraire. En réalité il s’agit de fêter la sortie d’un livre géant, texte de Dhûle et dessins de Nick Mégalo, une nouvelle aventure imaginaire de Gary Pinson, le Sherlock Holmes belge. En effet beaucoup de monde se presse dans cette galerie d’art, sise dans une petite rue du XIVème arrondissement de la capitale, le gratin de la littérature populaire, auxquels se sont adjoints quelques pique-assiettes, sans lesquels les soirées parisiennes ne seraient pas ce qu’elles sont, et une jeune femme qui fait du charme à Boris.

Phécrier et Fuchi retrouvent parmi les convives le capitaine Duclos, fervent passionné de Gary Pinson, Le Mosque, ancien directeur de la défunte collection Saignant chez Talbin Michel et agent littéraire et scénariste, JBPP, intellectuel et inventeur de la série La Pieuvre et auteur à la Série Glauque, Faty romancier chez Talbin Michel et directeur de la Série Glauque, ainsi qu’Aldo Selma, le meilleur rital de polars français qui a signé Eviscéré comme une playmate dans le plumard d’un GI. Seul manque à l’appel, pour le moment car il est attendu avec impatience, Dhûle qui devait assister à une séance un peu spéciale avec quelques amis. Selma prend à part Phécrier et lui propose un travail qui devrait être juteux. Un scénario d’horreur déniché par Le Mosque, mais les quatre amis achoppent sur l’épilogue, incapables de terminer le texte sur une scène finale forte. Quatre pages à écrire et un gros paquet de billets à la clé.

Une rumeur circule concernant un film, Au château d’alcool, un film d’horreur dont la projection s’avérerait maléfique et mortelle. Lors d’une première séance privée, des spectateurs, une quarantaine environ, seraient décédés ou devenus fous. Et lors de la fameuse séance spéciale organisée par Dhûle, séance dont quelques uns se gaussaient laissant penser qu’il s’agissait d’une partie fine, quelques-uns des participants dont Dhûle lui-même, décèdent d’une crise cardiaque. L’écrivain s’était procuré une copie de ce film funeste. Duclos, le policier, a récupéré dans le lecteur de DVD l’enregistrement et invite Boris Phécrier et des spécialistes de l’analyse de vidéos à participer à un visionnage de l’objet du délit, en prenant toutefois quelques précautions.

Si la lecture du disque permet de solutionner quelques mystères, l’enquête n’en est pas pour autant close. Qui et pourquoi sont les questions qui restent en suspens, plus quelques autres qui en découlent.

 

alcool01.jpgAvec Au château d’alcool, François Darnaudet nous invite à lire un roman transgenre, qui marie polar, fantastique, gore et suspense, ce qui n’est pas forcément incompatible. La dose entre tous ces éléments est savamment mesurée, pondérée, et chacun pourra y trouver son content. Des passages savoureux où alternent humour, émotion (Ah la petite Cuivre !), petits coups de griffe pas méchants et réflexions pertinentes. Ainsi, Boris Phécrier déclare sans acrimonie aucune, une simple constatation de sa part que se partagent bon nombre de lecteurs de journaux : La critique cinématographique moderne répugne souvent à résumer un film. Il m’arrive parfois de lire des articles dans Libé ou Le Monde en me demandant de quoi parle le journaliste et quel est le thème du film chroniqué. Moi, à 7 jours sur Paris je commence toujours par donner un résumé avant de décortiquer la structure scénaristique et rappeler les principaux titres de gloire du réalisateur et des acteurs. Mais je suis sûrement un tocard puisque je ne suis pas à Libé ou au Monde. Cela sent le vécu…

De plus François Darnaudet, outre l’intrigue resserrée, invite le lecteur à s’amuser et pose des jalons, en incitation à découvrir quels auteurs réels se cachent sous les patronymes des personnages du roman. De même que pour les maisons d’éditions citées ou les titres des romans évoqués. Un des protagonistes qui apparait plus tard dans l’histoire se nomme Piter Surlot. Il compte à son actif plus de cent-quarante titres de romans, vit dans les Vosges et possède un chien qu’il a appelé Gallimard, parce que c’est la seule maison d’édition qui a refusé de le publier. Je suis persuadé qu’avec votre sagacité habituelle vous découvrirez tous ces private-joke, comme l’on dit en bon français, et que vous vous amuserez à la lecture. Je ne vous donne pas d’indice et si vous séchez, vous pouvez toujours me laisser un commentaire afin que j’éclaire votre lanterne.

Au château d’alcool, un livre comme je les aime : divertissant, plaisant, amusant, alerte, prenant, dénué de digressions vaseuses. Une véritable récréation. Une petite citation en passant :

-      C’est quoi un louseure ?

-      Un loser ! Le mot anglais… C’est un soixante-huitard qui a mal digéré l’avènement du socialisme libéral !

A lire également de François Darnaudet, chez Rivière Blanche et chez Actu SF : La Lagune des mensonges.

François DARNAUDET : Au château d’alcool. Collection Noire 34.

Editions Rivière Blanche. 204 pages. 17,00 €. Version E-book chez Actu

SF : 3,99 €.

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 13:29

Dans l'univers de Lovecraft...

 

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Tom, le jeune détective de l’étrange de l’agence HPL se rend en compagnie de Dominique, un ami rencontré à la Convention de la B.D. d’Angoulême, à Venise. Un dérapage sur l’autoroute et la moto chasse. Tom parvient à stabiliser l’engin puis à s’arrêter sur une aire. Il est abordé par un étrange bonhomme vert qui lui remet une missive l’enjoignant de se rendre à un endroit donné de Venise. Les deux compères embarquent à l’heure dite sur un vaporetto les conduisant à l’île de Torcello en compagnie de trois autres personnes.

Ils apprendront peu après leur identité : Le professeur Flax, Fantomès et miss Brunner. Ils sont suivis de près par deux aventuriers, le Commandant Robert et William le géant roux. Suivant leur guide, un homme vert, les cinq “ touristes ” rencontrent sur leur chemin de nombreuses embûches. D’abord un ver immense, puis des mercenaires en armures, en réalité des vampires, se dressent sur leur route.

Heureusement le Commandant et William arrivent à leur rescousse. Tandis que la bataille fait rage, et que Dominique est blessé par une morsure de vampire, Tom reconnaît en Miss Brunner Maria, une employée de l’agence. Mais elle l’ignore. Puis c’est l’apparition de L’Homme Mort. Flax veut faire le malin mais L’Homme Mort lui brise la nuque. Les survivants lui font ses poches et lisent le billet qu’il avait reçu. Bissolatti y dévoile avoir découvert le sérum de longévité. Mais les surprises s’enchaînent. Le guide se transforme soudain en loup-garou et Fantomès lui transperce le cœur de sa canne-épée. Des rhinocéros bipèdes, des jonglômes, se lancent à leur poursuite.

 

darnaudet.jpgFrançois Darnaudet joue avec les héros notre enfance, les réunissant dans une aventure ébouriffante, proposant mille pièges conçus avec une machiavélique détermination. Héros humains mais aussi monstres de tous poils issus de la littérature populaire fantastique. Tom, de l’Agence HLP, sigle évident pour Howard Philipps Lovecraft, subira mille avatars en compagnie d’ersatz de Bob Morane et Bill Balantine, de Fantômas et de bien d’autres. Un jeu et un tour de force pour agglomérer tout ce petit monde dans une histoire cohérente et fantastique. Mais d’autres clins d’yeux parsèment cet ouvrage, dont un certain Gal’Ern. Un hommage en forme de pastiche dans lequel François Darnaudet se parodie lui-même.


François DARNAUDET : La lagune des mensonges. Collection Blanche N°2003. Editions Rivière  Blanche . 128 pages. 14€. Disponible en version numérique chez Actusf : 3,99€.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 13:42

Belote, rebelote et...

 

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La découverte dans un affluent de la Seine, près de Rouen, d’un cadavre immergé depuis plusieurs jours ne trouble guère la sérénité du commissaire Chassevent et de son équipe. Même s’il ironise sur les propensions de l’inspecteur Bertrand-Hilaire Lejeune (BHL pour les dames) de voir des meurtres partout.

Il part en vacances et BHL aurait classé cette affaire sans suite si un appel téléphonique ne l’avait obligé à se concentrer sur cette noyade inopportune. Une femme le convoque, dans une église, et il a l’heureuse surprise de découvrir que son informatrice est plutôt jeune et jolie, genre bimbo. Maryvonne, c’est ainsi qu’elle se présente, lui avoue avoir participé le soir de la noyade, avec le défunt, Jean-Denis Charoux, à une partie fine entre quelques participants de bonne volonté. Il aurait reçu peu avant, un message anonyme l’enjoignant de mettre un terme à ses pratiques dites pornographiques.

Elle conseille à B.H.L. de se promener sur le web et de rechercher un site intitulé Mémène et Frédo. Jean-Denis Charoux, fils de métayers, était un parvenu grâce à un mariage avec une rosière pimpante et surtout riche. Devenu maire de son village du pays de Bray, et affairiste dans l’âme, créant une entreprise de bien-être et de remise en forme pour beautés décaties, il avait réussi socialement. Ce qui ne l’empêchait aucunement de jouer avec partenaires consentant(e)s et de démontrer une libido non défaillante.

Après s’être fait remonter copieusement les bretelles par téléphone par son supérieur hiérarchique, et accepter d’enquêter en compagnie d’un collègue irascible et acariâtre, B.H.L. décide de saluer la veuve en son domaine. Accueilli par une accorte servante il se pâme devant Apolline, la veuve éplorée qui ne l’est guère. Elle connaissait les frasques de son noyé de mari ainsi que les relations qu’icelui avait avec Florence Monthois, dans la description de laquelle il reconnaît sans peine son indicatrice Maryvonne.

Catholique pratiquante, Apolline a deux enfants, une fille, Pélagie qui en compagnie de Raphy, son petit ami, hante les églises afin de sauver du péché les âmes perdues. Ils doivent rendre visite à l’abbé Sauve (son prochain), curé du village. Cyprien, le fils, artiste peintre, libertaire, limite anar, vit dans un squat dans une zone désaffectée, loin des prétentions paternelles. Quoique celui-ci eut le mépris de transformer la dite zone en pépinière d’entreprise, alors que Cyprien projetait de convertir l’endroit en résidence pour artistes. Un conflit qui aurait pu conduire à une supposition légitime. Celle du fiston à l’origine de la disparition de son géniteur. Conjecture qui ne sied guère à notre policier.

 

dixdederche_001.gifLes lecteurs ne manqueront pas d’assimiler Pascal Jahouel à un succédané de San-Antonio lorsque Frédéric Dard signait les premiers romans du célèbre commissaire de ces dames. Dans une inflorescence de mots désuets ou de néologismes l’auteur place de petites expressions argotiques, le texte ressemblant à un gazon japonais dans lequel se seraient perdus quelques pissenlits. Cette histoire banale dont l’issue est par trop prévisible vaut surtout par le style, son imagination langagière, son vocabulaire incitant à sourire, à défaut de s’esclaffer en se tapant sur les cuisses. Quant à BHL, c’est le genre de policier qui ne se prend pas au sérieux, contrairement à son chef et certains de ses collègues vindicatifs, haineux et atrabilaires, fumant et, surtout, sachant apprécier les breuvages à base de houblon (ou brun), usant de son charme naturel, sans être physiquement un Don Juan, afin de démontrer aux jeunes et jolies femmes qu’un flic peut aussi procéder au simulacre de la reproduction sans arrière pensée. Enfin les connaisseurs apprécieront les titres de chapitres qui tous ont un rapport ( ! ) avec le Kama Soutra.


A commander sur le site Librairie SKA, à un prix d'ami 2,00€


Pascal JAHOUEL : Dix de derche (Première édition Collection Forcément Noir. Editions Krakoen). Réédition version numérique Editions SKA. 4,00€.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 09:37

Une façon comme une autre d'être à la Noce !

 

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Grâce à un héritage fort bien venu, une magnifique villa dans l’île Ustica, non loin de la Sicile, le commissaire en retraite Raymond Garcia Lopez, et sa femme Claudine, journaliste internationale s’installent dans un lieu paradisiaque, loin de tout. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que des importuns viendraient troubler leur repos. Qu’à cela ne tienne !

Grâce à Pépé, la figure locale, aussi connu comme trublion que comme artiste, propriétaire d’un chien léonin et d’un âne dont la tessiture du braiment dépasse de loin le nombre de décibels autorisés, ils vont détourner les inconvénients des visites surprises. Le vieil homme complaisant leur prête un pré sur lequel subsistent des reliquats de bâtisse issue du fin fond des temps et des grottes pouvant servir de chambres d’hôtes. Les hôtes qui se sont imposés déguerpissent rapidement, leurs carcasses et entendements ne résistant pas à l’inconfort proposé. Mais il faut croire que cette primo invasion n’était que le premier grain de sable d’une plage s’étendant à l’infini.

Deux nouveaux indésirables débarquent et là, ce n’est pas de la pacotille. Saintonge et Maève, deux anciennes connaissances mais pas forcément amicales, arrivent à leur tour. C’est du sérieux, du solide, des ennuis en perspective. Pourtant Raymond croyait bien en avoir fini avec le Rincon, organisation dont il était le créateur, plusieurs dizaines d’années auparavant, avec quelques amis écolo-anarchistes (non ce n’est pas un pléonasme !).

Depuis l’organisation avait fait tâche d’huile, essaimant ses membres un peu partout dans le monde tandis que Raymond se recyclait policier, affecté à un service spécial. C’est surtout Maève qui pose problème, puisqu’elle fut son amante, alors que Claudine batifolait parfois dans d’autres draps. Période révolue, pensait Claudine. Mais faut croire que la villa héritée possède un pouvoir d’attraction dont les anciens propriétaires n’auraient pas connu la capacité car un troisième flot d’antipathiques personnages fait irruption. Pour Raymond, et ses amis îliens, il va falloir jouer serrer et sortir la grosse artillerie.


noce1.jpgIl y a quelques années, Didier Decoin, de l’Académie Goncourt , déclarait “ si au bout de quarante pages, il ne se passe rien, je passe au suivant ”, en parlant des ouvrages sélectionnés pour le fameux prix de l’hôtel Drouant. Moi je déclare qu’il faut parfois persévérer, ainsi avec Villa Confusione, dont le début est vraiment confus, desservi par une écriture tarabiscotée, alambiquée, qui se veut humoristique mais tombe à plat dans ce délire verbal. Ensuite cela se décante, et l’histoire prend son envol avec une mise en scène de personnages limite déjantés, animaux compris. Bref un bon roman qui aurait demandé à être légèrement dégraissé.


José NOCE : Villa Confusione. (Première édition : Editions Krakoën. Parution 27 mai 2009). Réédition version numérique Editions SKA. Collection Noire Sœur. 3,99€ ou 2,00€ sur le site SKA librairie.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:05

La main de Dieu et le pied du Diable ?

 

el diez


Alors que l'Argentine vient de se qualifier pour le tour suivant de la coupe du monde de football, grâce à un certain Messie (mais si !) prénommé Lionel, Marc Villard préfère se plonger dans des souvenirs liés à la Main de Dieu, qui je le rappelle au cas ou mais vous vous en souvenez certainement, a permis à l'Argentine de prendre sa revanche sur l'Angleterre le 22 juin 1986, plus pacifiquement que dans l'affaire des Malouines.

En 5 juillet 1984 pour Naples la pieuse et la mafieuse, c'est jour de liesse. Les tifosis napolitain se sont déplacés en masse pour investir le stade San Paolo, et soixante-dix mille gorges en délire scandent le nom de Diego Armando Maradona.

Devant sa télévision, Claudio Belluci est subjugué. D'abord parce qu'il est un amoureux du football, ensuite parce qu'il se rend compte qu'il est la copie conforme de Maradona. Et tandis que sa fille Laura, douze ans, qu'il élève seul, dresse un autel à la gloire de l'Argentin, Claudio ressort son ballon et se met à jongler. A peine quarante ans, des kilos superflus, il va lui falloir s'entraîner sérieusement s'il veut concurrencer l'idole.

Il travaille dans une usine de saucisses, et dans son quartier il commence à se forger une petite réputation. Il veut même que ses collègues le prénomment Diégo, ce qui les fait sourire, mais ils acceptent de bonne grâce. Même les dealers du quartier lui font un prix lorsqu'il rentre chez lui, lui effectuant une petite ristourne sur le droit de passage.

Les mois passent, Maradona prend de plus en plus d'importance dans son club et Claudio/Diégo est sur la balance dans son usine de saucisses. Les frites et le pop-corn concurrencent sérieusement le produit local. Laura sa fille grandit, mais pas forcément en sagesse. Pourtant cela part d'un bon sentiment puisqu'elle veut aider son père financièrement. Alors elle se propose de transporter des petits paquets afin de garnir l'étal en plein air, mais sous le manteau, à des revendeurs de drogue qui ne manquent pas de chalands.

 

Avec ce regard qui le porte plus à s'intéresser aux petites gens, aux cabossés de la vie, aux meurtris de l'existence, ces italiens d'en bas pour parodier un premier ministre français qui s'exprimait avec dédain de la petite classe, Marc Villard nous plonge dans cette cité qui, à tort ou à raison, n'a pas toujours bonne presse, malgré son côté touristique.

Il établit en parallèle quelques années dans la vie de deux personnages, d'une part l'étoile footballistique adulée mais dont le comportement sur et hors du terrain ne fut pas toujours exemplaire, et d'autre part un travailleur pauvre élevant seul sa fille, qui tente de joindre les deux bouts mais connaitra de nombreux avatars. Deux visages, deux faces d'une médaille dont l'une brille au soleil mais finit par se ternir et l'autre plongée dans l'ombre n'aura jamais le plaisir d'un choper un rayon. Deux destins qui se terminent en eau de boudin, noir. Les prolétaires démunis enrichissent toujours les gloires éphémères du ballon rond

Comme à son habitude, Marc Villard nous emmène dans les dédales d'un quartier miséreux d'une ville sur laquelle règne le soleil mais que les touristes ne visitent pas sauf s'ils se sont perdus, remuant du bout de la plume les détritus afin d'en extirper la pépite, mettant en scène des individus qui ne sont pas gâtés et que l'on aimerait aider à sortir du pétrin ou de la fange. Pour une fois la petite musique qui rythme le texte n'est pas le jazz mais une romance napolitaine réaliste. Quant à Maradona, il ne représente pas forcément le gros de la troupe, quoi que.

 

De Marc Villard, lire également : Dégage !; I remember Clifford; Un ange passe à Memphis; J'aurais voulu être un type bien; Kebab Palace; Retour au Magenta.

 

Marc VILLARD : El Diez. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 07:43

Le temps des cerises... gâtées !

 

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Les temps changent, les jeux enfantins restent les mêmes. Le jeune Vicenç, bientôt quatre ans, s'amuse à suivre l'eau qui coule dans les rigoles du village de Céret. Il a plu en abondance ces dernières heures et l'eau tourbillonne pour la plus grande joie du gamin. Il saute, il court, il se penche selon les obstacles en suivant une petite balle blanche qui dévale, entraînée par les flots.

A un moment la petite balle blanche est coincée par un journal. Il récupère cette petite balle et la tend à sa mère. Celle-ci crie d'effroi et tombe dans les pommes, même si ce n'est pas la saison, en s'apercevant qu'il s'agit d'un œil.

Aussitôt un garde municipal, alerté par les cris, s'inquiète de la mère, de l'enfant, et remonte le courant finissant par dénicher sous un petit tunnel aménagé sous un bateau d'accès dans lequel l'eau devrait s'engouffrer, un obstacle qui dévie le flot. Il s'agit d'un corps et des liasses de tracts socialistes.

Cet événement suscite de nombreux commentaires parmi les Cérétans qui observent la scène. Des invectives fusent, alimentées par l'aspect politique de ce meurtre.

Le lendemain, jour du second tour des élections présidentielles, le commissaire principal Fernand Coste, en poste à Perpignan, est chargé de l'enquête. Il a rendez-vous avec son ami Henri Ceris, le député PS de la circonscription, qui lui promet un cageot de cerises Burlat, et qui se confie au cours du déjeuner. Ceris est amer, inquiet et en colère au sujet de la tournure des événements. Au loin, sur la place, une fanfare interprète des airs empruntés au répertoire musical de Léo Ferré.

 

ceret.jpgCet œil qui se complait dans le caniveau représente la double symbolique d'un futur pouvoir, à moins que les Français se ressaisissent lors des prochaines échéances électorales, qui gardera un œil sur les agissements de ses compatriotes ainsi que celui d'un célèbre borgne à l'affront national.

Gildas Girodeau livre une nouvelle sous forme de parabole, avec en toile de fond des élections présidentielles. Une politique-fiction, qui peut se réaliser un jour, peut-être pas si lointain, et qui fait froid dans le dos. La pieuvre commence à étendre ses tentacules un peu partout, s'infiltrant dans les appareils politiques, même si certains hommes politiques s'en défendent arguant de la sécurité publique et refusent toute obédience aux idées d'une organisation extrémiste alors qu'ils mettent en place les mêmes décisions que ceux qu'ils décrient s'apprêtent à appliquer. La parole politique n'est qu'une dialectique destinée à endormir la population.

 

A lire également de Gildas Girodeau : La paix plus que la vérité et  Tempête sur la Belle Maria.

 

A commander sur le site de Ska-Librairie.

Gildas GIRODEAU : La dernière fanfare. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. 0,99€

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 15:03

Comme disait ma grand-mère, Si ma tante en avait...

 

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En l'an 799 du Reich, Arno von Hagen semble avoir son avenir tracé droit devant lui. Son père Ulrich est l'un des conseillers du Protektorat d'Ukraine; sa fiancée, Irène von Largo, est la fille du Reichsprotector d'Ukraine et en ce qui concerne sa vie matérielle, il n'y a rien à craindre de ce côté.

Quant aux loisirs et occupations principales, son temps se partage entre la chasse aux ours et aux loups, ainsi qu'à son éducation. Pour compagnie, il possède Orso, un esclave qui lui est tout dévoué. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes mais...

Oui, il y a un Mais. Asbod, la maîtresse d'Ulrich son père, tente de coucher avec lui et de l'initier aux joies de l'amour. Arno ne l'entend pas de cette oreille et juge déshonorante et même infamante l'action de copuler avec sa belle-mère. Frustrée et vexée Asbod décide de se venger et sa vengeance sera terrible.

Mais ne dévoilons pas trop l'histoire et le suspense offert au lecteur n'en sera que plus attrayant.

Alain Paris propose une histoire uchronique mêlée de fantastique et d'héroïc-fantasy. Uchronique par l'extrapolation envisagée par Alain Paris dans le cas où l'Allemagne aurait gagné la Seconde Guerre Mondiale, un Allemagne qui couvrant pratiquement toute l'Europe serait revenue à une civilisation quasi médiévale. Seuls quelques empires se partagent la Terre qui, version officielle, serait une sphère creuse dans laquelle vivrait l'humanité. Je sais que cela prête à rire, mais souvenez-vous de Galilée et sa théorie selon laquelle la Terre serait une boule alors que pour tous notre vieille planète n'était qu'une espèce d'assiette.


svastika2.jpgAlors suivons les tribulations d'Arno von Hagen qui de jeune seigneur presque béni des dieux deviendra esclave et qui par force de sa volonté, par son courage redeviendra un guerrier et peut-être, qui sait, un haut personnage. L'empire germanique, s'il est dirigé par un empereur, normal me direz-vous, est en fait tenu en laisse par la Sainte-Vehme, qui correspond à l'Inquisition espagnole, tandis qu'une autre organisation, plus ou moins secrète et occulte elle aussi et composée d'astrologues, essaie de tirer les ficelles en coulisses, contrecarrant les projets, les agissements de la Sainte-Vehme.

Svastika, suivi de Seigneur des runes (Fleuve Noir Anticipation N° 1635; juillet 1988) à paraître bientôt chez L'ivre Books, composent le début du cycle dit du Monde de la Terre creuse, cycle qui comporte six titres. Grâce à une écriture flamboyante, épique, adressant des clins d'yeux à certaines époques de notre histoire, ces histoires m'ont réconcilié avec Alain Paris, lequel m'avait quelque peu déçu lors de sa précédente incursion dans la collection Anticipation du Fleuve Noir avec Soldat Chien 2.


Alain PARIS : Svastika. Le Monde de la Terre Creuse 1. Première édition Fleuve Noir Anticipation N° 1629. Juin 1988. Réédition L'ivres-Book. 12 Mai 2014. 0,99€.

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 06:18

Des coups et des douleurs...

 

dix-rounds.jpg


Avec une ironie grinçante et un réalisme pathétique, Jan Thirion nous invite à participer en dix rounds à dix tranches de vie, avec comme personnages dix champions, de leur quartier ou du monde.

Dix rounds, dix combats, dix défis à la vie, à la mort, à la déchéance, à l'adversité. L'espoir au bout des gants et à la fin de la reprise parfois la déception, le K.O., la dégringolade ou au contraire, la foule en délire, la gloire, l'argent dans l'escarcelle. Une renommée éphémère qui transporte et envoie le boxeur dans les étoiles. Quand il perd aussi, d'ailleurs, il en voit des étoiles, qui s'éteignent peu à peu comme les lumières de la salle. Et le vide s'installe, en lui, autour de lui.

Tout ne se règle pas sur le ring ou entre les cordes. En coulisses l'entraîneur, le soigneur, l'épouse sont les premiers supporters, servant même de partenaires d'échauffement.

Les coups pleuvent, uppercut, coup droit, gauche, coups bas aussi, de la part de l'adversaire ou tout simplement de la vie. Et dans ce cas c'est le mental qui doit être protégé.

La boxe ne commence pas sur le ring, il y a un avant et un après combat, peut-être parfois les moments les plus difficiles à gérer.

Jan Thirion en dix tableaux et dix personnages nous offre une palette colorée d'incidents vécus, de traumatismes physiques et mentaux, alors que tout ne se passe pas forcément sur le ring. Mais le noble art est toujours au cœur du combat, contre soi-même, contre les autres, contre le destin.

Dix petites nouvelles déclinées comme des vignettes, un chemin de croix subi par des hommes qui souffrent dans leur chair, dans leur cœur, dans leur tête et au bout le Golgotha qui leur est promis n'est pas forcément une montée au Paradis mais une descente aux Enfers. Souvent.

La force de ces textes réside dans la concision, dans le minimalisme. Peu de mots, peu de lignes suffisent pour dresser le décor, le personnage, l'histoire, et contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'est pas si facile. Jan Thirion s'en sort admirablement, et l'on pourrait comparer son art de la brièveté à celui qu'affichaient Jacques Sternberg et Fredric Brown, ces maîtres de la nouvelle choc.

Chroniques consacrée à l'oeuvre de Jan Thirion :  Caresser les chiens morts;  Sextoy made in China;  Du côté des abattoirs;  Inconsolables sorcières;  Nuoc Mâm Baby et Schizo.

 

Disponible sur SKA librairie.

 

Jan THIRION : Dix rounds. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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