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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 13:42

Belote, rebelote et...

 

dixdederche.jpg


La découverte dans un affluent de la Seine, près de Rouen, d’un cadavre immergé depuis plusieurs jours ne trouble guère la sérénité du commissaire Chassevent et de son équipe. Même s’il ironise sur les propensions de l’inspecteur Bertrand-Hilaire Lejeune (BHL pour les dames) de voir des meurtres partout.

Il part en vacances et BHL aurait classé cette affaire sans suite si un appel téléphonique ne l’avait obligé à se concentrer sur cette noyade inopportune. Une femme le convoque, dans une église, et il a l’heureuse surprise de découvrir que son informatrice est plutôt jeune et jolie, genre bimbo. Maryvonne, c’est ainsi qu’elle se présente, lui avoue avoir participé le soir de la noyade, avec le défunt, Jean-Denis Charoux, à une partie fine entre quelques participants de bonne volonté. Il aurait reçu peu avant, un message anonyme l’enjoignant de mettre un terme à ses pratiques dites pornographiques.

Elle conseille à B.H.L. de se promener sur le web et de rechercher un site intitulé Mémène et Frédo. Jean-Denis Charoux, fils de métayers, était un parvenu grâce à un mariage avec une rosière pimpante et surtout riche. Devenu maire de son village du pays de Bray, et affairiste dans l’âme, créant une entreprise de bien-être et de remise en forme pour beautés décaties, il avait réussi socialement. Ce qui ne l’empêchait aucunement de jouer avec partenaires consentant(e)s et de démontrer une libido non défaillante.

Après s’être fait remonter copieusement les bretelles par téléphone par son supérieur hiérarchique, et accepter d’enquêter en compagnie d’un collègue irascible et acariâtre, B.H.L. décide de saluer la veuve en son domaine. Accueilli par une accorte servante il se pâme devant Apolline, la veuve éplorée qui ne l’est guère. Elle connaissait les frasques de son noyé de mari ainsi que les relations qu’icelui avait avec Florence Monthois, dans la description de laquelle il reconnaît sans peine son indicatrice Maryvonne.

Catholique pratiquante, Apolline a deux enfants, une fille, Pélagie qui en compagnie de Raphy, son petit ami, hante les églises afin de sauver du péché les âmes perdues. Ils doivent rendre visite à l’abbé Sauve (son prochain), curé du village. Cyprien, le fils, artiste peintre, libertaire, limite anar, vit dans un squat dans une zone désaffectée, loin des prétentions paternelles. Quoique celui-ci eut le mépris de transformer la dite zone en pépinière d’entreprise, alors que Cyprien projetait de convertir l’endroit en résidence pour artistes. Un conflit qui aurait pu conduire à une supposition légitime. Celle du fiston à l’origine de la disparition de son géniteur. Conjecture qui ne sied guère à notre policier.

 

dixdederche_001.gifLes lecteurs ne manqueront pas d’assimiler Pascal Jahouel à un succédané de San-Antonio lorsque Frédéric Dard signait les premiers romans du célèbre commissaire de ces dames. Dans une inflorescence de mots désuets ou de néologismes l’auteur place de petites expressions argotiques, le texte ressemblant à un gazon japonais dans lequel se seraient perdus quelques pissenlits. Cette histoire banale dont l’issue est par trop prévisible vaut surtout par le style, son imagination langagière, son vocabulaire incitant à sourire, à défaut de s’esclaffer en se tapant sur les cuisses. Quant à BHL, c’est le genre de policier qui ne se prend pas au sérieux, contrairement à son chef et certains de ses collègues vindicatifs, haineux et atrabilaires, fumant et, surtout, sachant apprécier les breuvages à base de houblon (ou brun), usant de son charme naturel, sans être physiquement un Don Juan, afin de démontrer aux jeunes et jolies femmes qu’un flic peut aussi procéder au simulacre de la reproduction sans arrière pensée. Enfin les connaisseurs apprécieront les titres de chapitres qui tous ont un rapport ( ! ) avec le Kama Soutra.


A commander sur le site Librairie SKA, à un prix d'ami 2,00€


Pascal JAHOUEL : Dix de derche (Première édition Collection Forcément Noir. Editions Krakoen). Réédition version numérique Editions SKA. 4,00€.

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 09:37

Une façon comme une autre d'être à la Noce !

 

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Grâce à un héritage fort bien venu, une magnifique villa dans l’île Ustica, non loin de la Sicile, le commissaire en retraite Raymond Garcia Lopez, et sa femme Claudine, journaliste internationale s’installent dans un lieu paradisiaque, loin de tout. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que des importuns viendraient troubler leur repos. Qu’à cela ne tienne !

Grâce à Pépé, la figure locale, aussi connu comme trublion que comme artiste, propriétaire d’un chien léonin et d’un âne dont la tessiture du braiment dépasse de loin le nombre de décibels autorisés, ils vont détourner les inconvénients des visites surprises. Le vieil homme complaisant leur prête un pré sur lequel subsistent des reliquats de bâtisse issue du fin fond des temps et des grottes pouvant servir de chambres d’hôtes. Les hôtes qui se sont imposés déguerpissent rapidement, leurs carcasses et entendements ne résistant pas à l’inconfort proposé. Mais il faut croire que cette primo invasion n’était que le premier grain de sable d’une plage s’étendant à l’infini.

Deux nouveaux indésirables débarquent et là, ce n’est pas de la pacotille. Saintonge et Maève, deux anciennes connaissances mais pas forcément amicales, arrivent à leur tour. C’est du sérieux, du solide, des ennuis en perspective. Pourtant Raymond croyait bien en avoir fini avec le Rincon, organisation dont il était le créateur, plusieurs dizaines d’années auparavant, avec quelques amis écolo-anarchistes (non ce n’est pas un pléonasme !).

Depuis l’organisation avait fait tâche d’huile, essaimant ses membres un peu partout dans le monde tandis que Raymond se recyclait policier, affecté à un service spécial. C’est surtout Maève qui pose problème, puisqu’elle fut son amante, alors que Claudine batifolait parfois dans d’autres draps. Période révolue, pensait Claudine. Mais faut croire que la villa héritée possède un pouvoir d’attraction dont les anciens propriétaires n’auraient pas connu la capacité car un troisième flot d’antipathiques personnages fait irruption. Pour Raymond, et ses amis îliens, il va falloir jouer serrer et sortir la grosse artillerie.


noce1.jpgIl y a quelques années, Didier Decoin, de l’Académie Goncourt , déclarait “ si au bout de quarante pages, il ne se passe rien, je passe au suivant ”, en parlant des ouvrages sélectionnés pour le fameux prix de l’hôtel Drouant. Moi je déclare qu’il faut parfois persévérer, ainsi avec Villa Confusione, dont le début est vraiment confus, desservi par une écriture tarabiscotée, alambiquée, qui se veut humoristique mais tombe à plat dans ce délire verbal. Ensuite cela se décante, et l’histoire prend son envol avec une mise en scène de personnages limite déjantés, animaux compris. Bref un bon roman qui aurait demandé à être légèrement dégraissé.


José NOCE : Villa Confusione. (Première édition : Editions Krakoën. Parution 27 mai 2009). Réédition version numérique Editions SKA. Collection Noire Sœur. 3,99€ ou 2,00€ sur le site SKA librairie.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:05

La main de Dieu et le pied du Diable ?

 

el diez


Alors que l'Argentine vient de se qualifier pour le tour suivant de la coupe du monde de football, grâce à un certain Messie (mais si !) prénommé Lionel, Marc Villard préfère se plonger dans des souvenirs liés à la Main de Dieu, qui je le rappelle au cas ou mais vous vous en souvenez certainement, a permis à l'Argentine de prendre sa revanche sur l'Angleterre le 22 juin 1986, plus pacifiquement que dans l'affaire des Malouines.

En 5 juillet 1984 pour Naples la pieuse et la mafieuse, c'est jour de liesse. Les tifosis napolitain se sont déplacés en masse pour investir le stade San Paolo, et soixante-dix mille gorges en délire scandent le nom de Diego Armando Maradona.

Devant sa télévision, Claudio Belluci est subjugué. D'abord parce qu'il est un amoureux du football, ensuite parce qu'il se rend compte qu'il est la copie conforme de Maradona. Et tandis que sa fille Laura, douze ans, qu'il élève seul, dresse un autel à la gloire de l'Argentin, Claudio ressort son ballon et se met à jongler. A peine quarante ans, des kilos superflus, il va lui falloir s'entraîner sérieusement s'il veut concurrencer l'idole.

Il travaille dans une usine de saucisses, et dans son quartier il commence à se forger une petite réputation. Il veut même que ses collègues le prénomment Diégo, ce qui les fait sourire, mais ils acceptent de bonne grâce. Même les dealers du quartier lui font un prix lorsqu'il rentre chez lui, lui effectuant une petite ristourne sur le droit de passage.

Les mois passent, Maradona prend de plus en plus d'importance dans son club et Claudio/Diégo est sur la balance dans son usine de saucisses. Les frites et le pop-corn concurrencent sérieusement le produit local. Laura sa fille grandit, mais pas forcément en sagesse. Pourtant cela part d'un bon sentiment puisqu'elle veut aider son père financièrement. Alors elle se propose de transporter des petits paquets afin de garnir l'étal en plein air, mais sous le manteau, à des revendeurs de drogue qui ne manquent pas de chalands.

 

Avec ce regard qui le porte plus à s'intéresser aux petites gens, aux cabossés de la vie, aux meurtris de l'existence, ces italiens d'en bas pour parodier un premier ministre français qui s'exprimait avec dédain de la petite classe, Marc Villard nous plonge dans cette cité qui, à tort ou à raison, n'a pas toujours bonne presse, malgré son côté touristique.

Il établit en parallèle quelques années dans la vie de deux personnages, d'une part l'étoile footballistique adulée mais dont le comportement sur et hors du terrain ne fut pas toujours exemplaire, et d'autre part un travailleur pauvre élevant seul sa fille, qui tente de joindre les deux bouts mais connaitra de nombreux avatars. Deux visages, deux faces d'une médaille dont l'une brille au soleil mais finit par se ternir et l'autre plongée dans l'ombre n'aura jamais le plaisir d'un choper un rayon. Deux destins qui se terminent en eau de boudin, noir. Les prolétaires démunis enrichissent toujours les gloires éphémères du ballon rond

Comme à son habitude, Marc Villard nous emmène dans les dédales d'un quartier miséreux d'une ville sur laquelle règne le soleil mais que les touristes ne visitent pas sauf s'ils se sont perdus, remuant du bout de la plume les détritus afin d'en extirper la pépite, mettant en scène des individus qui ne sont pas gâtés et que l'on aimerait aider à sortir du pétrin ou de la fange. Pour une fois la petite musique qui rythme le texte n'est pas le jazz mais une romance napolitaine réaliste. Quant à Maradona, il ne représente pas forcément le gros de la troupe, quoi que.

 

De Marc Villard, lire également : Dégage !; I remember Clifford; Un ange passe à Memphis; J'aurais voulu être un type bien; Kebab Palace; Retour au Magenta.

 

Marc VILLARD : El Diez. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 07:43

Le temps des cerises... gâtées !

 

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Les temps changent, les jeux enfantins restent les mêmes. Le jeune Vicenç, bientôt quatre ans, s'amuse à suivre l'eau qui coule dans les rigoles du village de Céret. Il a plu en abondance ces dernières heures et l'eau tourbillonne pour la plus grande joie du gamin. Il saute, il court, il se penche selon les obstacles en suivant une petite balle blanche qui dévale, entraînée par les flots.

A un moment la petite balle blanche est coincée par un journal. Il récupère cette petite balle et la tend à sa mère. Celle-ci crie d'effroi et tombe dans les pommes, même si ce n'est pas la saison, en s'apercevant qu'il s'agit d'un œil.

Aussitôt un garde municipal, alerté par les cris, s'inquiète de la mère, de l'enfant, et remonte le courant finissant par dénicher sous un petit tunnel aménagé sous un bateau d'accès dans lequel l'eau devrait s'engouffrer, un obstacle qui dévie le flot. Il s'agit d'un corps et des liasses de tracts socialistes.

Cet événement suscite de nombreux commentaires parmi les Cérétans qui observent la scène. Des invectives fusent, alimentées par l'aspect politique de ce meurtre.

Le lendemain, jour du second tour des élections présidentielles, le commissaire principal Fernand Coste, en poste à Perpignan, est chargé de l'enquête. Il a rendez-vous avec son ami Henri Ceris, le député PS de la circonscription, qui lui promet un cageot de cerises Burlat, et qui se confie au cours du déjeuner. Ceris est amer, inquiet et en colère au sujet de la tournure des événements. Au loin, sur la place, une fanfare interprète des airs empruntés au répertoire musical de Léo Ferré.

 

ceret.jpgCet œil qui se complait dans le caniveau représente la double symbolique d'un futur pouvoir, à moins que les Français se ressaisissent lors des prochaines échéances électorales, qui gardera un œil sur les agissements de ses compatriotes ainsi que celui d'un célèbre borgne à l'affront national.

Gildas Girodeau livre une nouvelle sous forme de parabole, avec en toile de fond des élections présidentielles. Une politique-fiction, qui peut se réaliser un jour, peut-être pas si lointain, et qui fait froid dans le dos. La pieuvre commence à étendre ses tentacules un peu partout, s'infiltrant dans les appareils politiques, même si certains hommes politiques s'en défendent arguant de la sécurité publique et refusent toute obédience aux idées d'une organisation extrémiste alors qu'ils mettent en place les mêmes décisions que ceux qu'ils décrient s'apprêtent à appliquer. La parole politique n'est qu'une dialectique destinée à endormir la population.

 

A lire également de Gildas Girodeau : La paix plus que la vérité et  Tempête sur la Belle Maria.

 

A commander sur le site de Ska-Librairie.

Gildas GIRODEAU : La dernière fanfare. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. 0,99€

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 15:03

Comme disait ma grand-mère, Si ma tante en avait...

 

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En l'an 799 du Reich, Arno von Hagen semble avoir son avenir tracé droit devant lui. Son père Ulrich est l'un des conseillers du Protektorat d'Ukraine; sa fiancée, Irène von Largo, est la fille du Reichsprotector d'Ukraine et en ce qui concerne sa vie matérielle, il n'y a rien à craindre de ce côté.

Quant aux loisirs et occupations principales, son temps se partage entre la chasse aux ours et aux loups, ainsi qu'à son éducation. Pour compagnie, il possède Orso, un esclave qui lui est tout dévoué. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes mais...

Oui, il y a un Mais. Asbod, la maîtresse d'Ulrich son père, tente de coucher avec lui et de l'initier aux joies de l'amour. Arno ne l'entend pas de cette oreille et juge déshonorante et même infamante l'action de copuler avec sa belle-mère. Frustrée et vexée Asbod décide de se venger et sa vengeance sera terrible.

Mais ne dévoilons pas trop l'histoire et le suspense offert au lecteur n'en sera que plus attrayant.

Alain Paris propose une histoire uchronique mêlée de fantastique et d'héroïc-fantasy. Uchronique par l'extrapolation envisagée par Alain Paris dans le cas où l'Allemagne aurait gagné la Seconde Guerre Mondiale, un Allemagne qui couvrant pratiquement toute l'Europe serait revenue à une civilisation quasi médiévale. Seuls quelques empires se partagent la Terre qui, version officielle, serait une sphère creuse dans laquelle vivrait l'humanité. Je sais que cela prête à rire, mais souvenez-vous de Galilée et sa théorie selon laquelle la Terre serait une boule alors que pour tous notre vieille planète n'était qu'une espèce d'assiette.


svastika2.jpgAlors suivons les tribulations d'Arno von Hagen qui de jeune seigneur presque béni des dieux deviendra esclave et qui par force de sa volonté, par son courage redeviendra un guerrier et peut-être, qui sait, un haut personnage. L'empire germanique, s'il est dirigé par un empereur, normal me direz-vous, est en fait tenu en laisse par la Sainte-Vehme, qui correspond à l'Inquisition espagnole, tandis qu'une autre organisation, plus ou moins secrète et occulte elle aussi et composée d'astrologues, essaie de tirer les ficelles en coulisses, contrecarrant les projets, les agissements de la Sainte-Vehme.

Svastika, suivi de Seigneur des runes (Fleuve Noir Anticipation N° 1635; juillet 1988) à paraître bientôt chez L'ivre Books, composent le début du cycle dit du Monde de la Terre creuse, cycle qui comporte six titres. Grâce à une écriture flamboyante, épique, adressant des clins d'yeux à certaines époques de notre histoire, ces histoires m'ont réconcilié avec Alain Paris, lequel m'avait quelque peu déçu lors de sa précédente incursion dans la collection Anticipation du Fleuve Noir avec Soldat Chien 2.


Alain PARIS : Svastika. Le Monde de la Terre Creuse 1. Première édition Fleuve Noir Anticipation N° 1629. Juin 1988. Réédition L'ivres-Book. 12 Mai 2014. 0,99€.

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 06:18

Des coups et des douleurs...

 

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Avec une ironie grinçante et un réalisme pathétique, Jan Thirion nous invite à participer en dix rounds à dix tranches de vie, avec comme personnages dix champions, de leur quartier ou du monde.

Dix rounds, dix combats, dix défis à la vie, à la mort, à la déchéance, à l'adversité. L'espoir au bout des gants et à la fin de la reprise parfois la déception, le K.O., la dégringolade ou au contraire, la foule en délire, la gloire, l'argent dans l'escarcelle. Une renommée éphémère qui transporte et envoie le boxeur dans les étoiles. Quand il perd aussi, d'ailleurs, il en voit des étoiles, qui s'éteignent peu à peu comme les lumières de la salle. Et le vide s'installe, en lui, autour de lui.

Tout ne se règle pas sur le ring ou entre les cordes. En coulisses l'entraîneur, le soigneur, l'épouse sont les premiers supporters, servant même de partenaires d'échauffement.

Les coups pleuvent, uppercut, coup droit, gauche, coups bas aussi, de la part de l'adversaire ou tout simplement de la vie. Et dans ce cas c'est le mental qui doit être protégé.

La boxe ne commence pas sur le ring, il y a un avant et un après combat, peut-être parfois les moments les plus difficiles à gérer.

Jan Thirion en dix tableaux et dix personnages nous offre une palette colorée d'incidents vécus, de traumatismes physiques et mentaux, alors que tout ne se passe pas forcément sur le ring. Mais le noble art est toujours au cœur du combat, contre soi-même, contre les autres, contre le destin.

Dix petites nouvelles déclinées comme des vignettes, un chemin de croix subi par des hommes qui souffrent dans leur chair, dans leur cœur, dans leur tête et au bout le Golgotha qui leur est promis n'est pas forcément une montée au Paradis mais une descente aux Enfers. Souvent.

La force de ces textes réside dans la concision, dans le minimalisme. Peu de mots, peu de lignes suffisent pour dresser le décor, le personnage, l'histoire, et contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'est pas si facile. Jan Thirion s'en sort admirablement, et l'on pourrait comparer son art de la brièveté à celui qu'affichaient Jacques Sternberg et Fredric Brown, ces maîtres de la nouvelle choc.

Chroniques consacrée à l'oeuvre de Jan Thirion :  Caresser les chiens morts;  Sextoy made in China;  Du côté des abattoirs;  Inconsolables sorcières;  Nuoc Mâm Baby et Schizo.

 

Disponible sur SKA librairie.

 

Jan THIRION : Dix rounds. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:42

Tu t'en vas...

 

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A l'instar d'Alain Barrière, c'est ce que pourrait chanter Edouard en cette veille de Noël. Seulement le narrateur n'a pas le cœur à chanter. Son amie Caroline vient de le quitter, subitement, sur un coup de tête, après un ultime coup de rein, et l'avoir gratifié de sa gâterie quotidienne et matinale.

Et notre ami, si on peut le considérer ainsi car quelqu'un de paumé est à ranger dans la catégorie des amis à moins d'être indifférent à la misère humaine, et notre ami donc tourne désemparé dans l'appartement en se demandant pourquoi.

D'autant que s'il est sans travail il aide aux tâches, et aux taches éventuellement, ménagères. L'appartement est au nom de Caroline, c'est elle qui paie le loyer, qui grâce à son salaire lui permet de manger, et de boire, à sa faim ou à sa soif. Or elle l'a quitté, comme ça, sans préavis, en abandonnant tout même ses meubles. L'abandonnant lui aussi comme un animal qui n'intéresse plus, qui est devenu trop encombrant.

Normalement elle aurait dû le virer. Si ça n'allait plus entre eux, si un problème de coexistence s'était élevé entre eux, elle aurait dû prendre ses bagages et les mettre sur le paillasson. Mais non, elle a joué les filles de l'air. Et tout ça la veille de Noël !

Alors qu'il s'apprête à se servir un apéritif, quelqu'un frappe à la porte. Une jeune femme un peu perdue se tient devant lui, chargée de paquets. Elle avait soi-disant rendez-vous avec les voisins de palier d'Edouard.

 

Croyez-vous encore au Père Noël ? Pourquoi pas, il faut toujours garder son âme d'enfant, même si les ennuis vous tombent sur la tête. Comme le protagoniste de l'histoire sensée être drôle que se remémore Edouard, alors qu'il regarde par la fenêtre les chalands procéder aux dernières emplettes pour le réveillon. Cette pochade, je ne vous la raconte pas, elle est incluse dans cette nouvelle, mais Edouard se sent un peu dans la peau du type qui veut se suicider parce que sa femme l'a quitté.

Tout en finesse mais avec moult détails, Gilles Vidal nous invite à partager une journée dans la vie d'un homme, mais également à participer à ses ébats érotiques, des souvenirs pour le moins réjouissants et qui sont explicités avec réalisme, ce qui pour l'éditeur est un bienfait car il n'a pas besoin d'insérer des images pour appuyer le texte.

 

Le lecteur curieux pourra également consulter mes chroniques dédiées à :  Mémoire morte;  Histoires vraies à Paris;  Revival;  Chaude alerte et  

Le sang des morts.

Ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

 

 

Ouvrage à commander à la  librairie Ska.

 

Gilles VIDAL : Tu m’envahis quand tu t’en vas. Nouvelle. Collection Culissime. Editions SKA. 0,99€.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 13:04

Bon sang ne saurait mentir ?

 

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Retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, informaticien au chômage, marié avec Elise, une orpheline de la DDASS, et bientôt père, Eric revient à la scierie familiale où il est né.

Ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, est perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute. Elle l'a confiée à une tante qui habite Annecy et c'est comme ça qu'il a connu Elise qui était en famille d'accueil.

Il retrouve Léo, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, qui fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Liés par le sang conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Petit à petit on apprend dans quelles conditions il a perdu une main remplacée par une prothèse plastique, même si au cours du prologue certains éléments sont dévoilés. Liés par le sang se décompose comme un jeu de construction, il faut assembler les membres, puis en changer l'ordonnancement pour enfin arriver à un résultat qui s'éparpille sous la colère. Car des pièces sont en trop, elles s'intègrent difficilement dans l'édifice, et pourtant elles possèdent leur utilité.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.


A lire de Gilbert Gallerne : Je suis le gardien de mon frère, Le prix de l'angoisse, L'ombre de Claudia et Le patient 127. Voir également son essai : Je suis un écrivain.


Gilbert GALLERNE : Liés par le sang. Editions Objectif Noir. En vente sur Amazon. Parution 24 janvier 2014. Version papier : actuellement indisponible. Egalement en version Kindle pour 4,99€.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 15:26

L'idée fixe de Milou !

 

cerdan


Milou n'est pas cabot, même si certains de ses voisins et amis du Fayet le trouvent quelque peu dérangé. D'ailleurs ils l'ont surnommé le fada, dénomination néanmoins affective. Ancien gendarme en retraite, Milou, à quatre-vingt cinq ans, possède une condition physique bien entretenue. Mais ce seraient les neurones qui ne tourneraient plus dans le sens des aiguilles d'une montre. Tous les matins il prend le car qui le conduit de Saint-Gervais au pied du glacier des Bossons à Chamonix. Un rite immuable. Cela fait plus de dix ans qu'il effectue cette sorte de pèlerinage.

Car Milou entretient une idée, la cultive depuis des années, celle de retrouver l'appareil qui se serait craché le 27 octobre 1949 sur le Mont-Blanc puis englouti dans le glacier. Ce n'était pas n'importe quel avion, sinon Milou ne serait pas aussi obsédé par ses recherches. Marcel Cerdan était à bord et devait rejoindre l'Italie pour récupérer son titre de champion du Monde face à Jack La Motta.

Car contrairement à ce que tout le monde pense et croit, Marcel Cerdan, son idole, n'était pas dans le vol qui se serait écrasé sur les Açores. D'ailleurs Milou avait fait partie des secours qui s'étaient élancés à l'assaut de la montagne dans la nuit du 27 au 28 octobre. Nul ne peut mettre en doute son histoire car effectivement cette nuit là un accident s'était produit. Et pour Milou c'est un coup de la Mafia.

Et s'il est persuadé d'avoir raison, c'est qu'il a vu lors des recherches entreprises les gants de Cerdan : deux belles grosses boules rouges, deux fruits écarlates, comme une paire, bégayait-il d'émotion, de griottes toutes fringantes.

Mais alors qu'il allait s'en saisir les deux boules rouges avaient glissé dans un précipice. Et en bon alpiniste qui sait que la montagne rend toujours ce qu'elle a avalé, il a attendu que le glacier s'achemine lentement vers la vallée et il a calculé le temps que cela prendrait et maintenant il est persuadé être proche du but.

Faut-il remettre en cause la version officielle ou suivre Milou dans ses errements ? L'auteur nous donne une explication satisfaisante à défaut d'être véridique, mais qui sait, Milou est peut-être dans le vrai. Et puis Cerdan est encore un mythe dans l'esprit des anciens, même pour ceux qui ne l'ont connu que plus tard, par des documentaires sportifs ou musicaux. Une nouvelle délicieuse qui ne laisse pas de glace et à lire sans prendre de gants...

Retrouvez le catalogue des éditions SKA sur le site SKA librairie et éventuellement commandez. Conseil adressé évidemment à tous ceux qui possèdent une tablette, une liseuse, un machin électronique, et si vous n'en avez pas, suggérez à vos proches que c'est bientôt la Fête des Mères et des Pères.

 

A lire également de Gérard Streiff :  Rouge/Blanc;  Le trésor de Staline;  Ben Bella, la libération de l'Algérie;  L'espion qui a vaincu Hitler, RIchard Sorge.


 Gérard STREIFF : Les gants de Cerdan. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 06:32

Il y a ceux qui ont une double casquette et ceux qui retournent leur veste...

 

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Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Elena Piancentini, voici une possibilité de découvrir cette romancière via le truchement d'une nouvelle poignante.

Revenir au village natal quinze ans après l'avoir quitté, ce pourrait être une fête, le plaisir de retrouver la famille et les amis. Pour la narratrice, il en va autrement. Elle assiste à l'enterrement de sa mère, et se console dans les bras de sa grand-mère Mina. Mais le temps presse, car elle n'a que trois jours à consacrer à ce retour à l'enfance, à se replonger dans les senteurs et les visions d'un passé déjà loin, d'une nature sauvage. Puis c'est la remontée vers la capitale. Au revoir le petit bourg corse d'Obisu

La narratrice est directrice commerciale et marketing (ce qui est presque pareil à la différence près que le marketing équivaut quasiment à de la vente forcée mais comme c'est dit en anglais, cela choque moins) dans un laboratoire pharmaceutique. Son esprit est ailleurs, encore plongé dans ses souvenirs d'enfance, et elle écoute plus ou moins distraitement en compagnie de ses collègues le Directeur Général énoncer chiffres, historiques, produits nouveaux, le blabla habituel énoncé lors des réunions de travail.

Elle est assise à côté de Paul, son supérieur hiérarchique et celui l'entend proférer une remarque désobligeante. Le D.G. n'avait pas à affirmer non plus que l’innovation est dans notre ADN. Elle n'a pu s'empêcher de penser jamais rien entendu d’aussi con. Seulement elle l'a pensé un peu trop fort. Et pendant que le D.G. continue à débiter ces lieux communs et autres âneries du genre : Nous offrons du bonheur... Les enfants et les adolescents AUSSI ont droit à du mieux-être... Notre société ne doit plus tolérer que quiconque soit malheureux ce qui bien entendu relève de la pure démagogie. Elle prend un cachet, puis deux ou trois afin d'évacuer son stress. Et bien entendu Paul la convoque dans son bureau à la fin de la réunion. Un entretien qui oscille entre remontage de bretelles et ton paternaliste faussement apitoyé.

 

C'est tout en douceur qu'Elena Piacentini débute son récit qui conjugue nostalgie et chagrin. Mais bien vite on entre dans un autre domaine qui s'érige comme une cage aux fauves. La narratrice n'a pas eu le temps de se remettre de ses émotions que déjà elle doit affronter la dure réalité des réunions de travail tenues par un patron pontifiant. Elle n'est plus dans le système du Tout le monde il est beau, il est gentil, elle s'est déconnecté de ce séminaire lénifiant et elle prend conscience de l'aberration de son travail et surtout des conditions d'exploitation des produits qu'elle est chargée de promotionner. Le rythme va crescendo, et le lecteur arrivé à l'épilogue ne peut que se poser moult questions sur l'efficacité et la légitimité de certains médicaments. De toute façon l'actualité est là pour nous le rappeler.


A lire également :  Carrières noires.


Et n'oubliez pas de visiter le catalogue des éditions SKA.


Elena PIACENTINI : Double casquette. Editions SKA, collection Noire Sœur. 0,99€.

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