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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 12:25

Effet Haine...

Stanislas PETROSKY : Haine 13.

Lorsque l'on sort d'une maison d'arrêt des Hauts-de-Seine et que l'on veut rejoindre Caen, sans débourser un fifrelin, le meilleur moyen pour ce rendre dans la capitale bas-normande, c'est de faire du stop, et principalement sur une route nationale, voire départementale.

Pourtant le narrateur n'est pas chaud. Emprunter la RN 13, c'est bien, le seul petit problème réside justement en ce nombre 13, synonyme de malheur.

Pourtant il doit s'y rendre à Caen, et il sait quand et pourquoi. Il a un petit compte à régler avec une fille qu'il a connu et l'a déçu. Elle l'avait balancé aux policiers pour une histoire d'herbe, qu'il ne lui aurait pas échangé en contrepartie d'une petite coucherie. Mais si elle était belle et sculptée comme une déesse grecque, sa prestation au lit n'avait pas convaincu notre narrateur, qui en réprimande ne lui avait pas donné la botte de foin désirée. Du coup, elle l'avait dénoncée pour viol et il s'était retrouvé en cabane.

Tout ça c'est du passé, et route vers la dulcinée à qui il réserve un chien de sa chatte.

En cet été 1976, le soleil donne, et personne ne s'arrête, pas même un routier. Vraiment ils ne justifient pas leur qualificatif de sympa...

Enfin un bon père de famille, du moins c'est l'impression qu'il donne, lui propose de monter à bord. Seulement, y'a un truc. S'il devine que Quinquin, c'est un surnom donné au narrateur à cause de la couleur de ses cheveux, a passé de longs mois à l'ombre, il reste obscur sur sa vie professionnelle, familiale, publique et privée. Quinquin déblatère, d'autant mieux que l'autre lui refile le volant, histoire de se reposer. Et Quinquin se pose des questions.

 

Ancré dans un style qui a fait florès dans les années cinquante et soixante, avec quelques réminiscences de faits divers dont les plus anciens se souviennent encore, Haine 13 est une nouvelle qui dépasse la limitation de vitesse.

Le langage employé relève de l'argot de grand-papa, d'Audiard, de Simonin, d'Ange Bastiani, du compréhensible et de l'imagé. Mais c'est surtout à un autre auteur auquel j'ai pensé, décédé à la fin des années 70 dans un accident... de voiture. Il s'agit d'André Duquesne, alias Peter Randa.

Alors hommage ou coïncidence, peu me chaut, Stanislas Petrosky est un auteur que je découvre avec plaisir et dont j'aurai l'occasion de présenter non plus une nouvelle mais un docu-roman prochainement.

 

Stanislas PETROSKY : Haine 13. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Version numérique. 1,49€.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 13:07

Correspondance... Terminus...

Brigitte GUILHOT : J'ailleurs.

N'ayant jamais rencontré Hafed Benotman, n'ayant lu de lui qu'une seul roman, catégorie Adolescent chez Syros, Garde à vie, j'ai préféré, quoi que ce ne soit pas dans mes habitudes, laisser l'éditeur présenter ce texte inédit :

Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos.

« Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t’offrir pour équilibrer la Terre afin qu’elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l’enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu’il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. »

L’écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l’hôpital Georges Pompidou, à l’âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l’écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l’objet d’une publication sous le titre La peau sur les Mots

 

Après la présentation de l'éditeur, l'avis du lecteur :

 

Cette missive est une offrande, la dernière de Lupa à Murdos, un message hors du temps, un dialogue épistolaire à une voix. Les souvenirs affleurent, en même temps que la visite à la maison funéraire est un passage obligé pour un dernier au revoir. La gare Montparnasse, le parc Montsouris, autant de réminiscences qui reviennent en images insolubles derrière les pleurs.

Des semaines auparavant, la dernière fois peut-être qu'ils se sont vus, Lupa apporte le manuscrit de La Peau sur les mots. Il avait déclaré : Il faut pouvoir se promener dedans comme dans un recueil de poésie.

Les jours se suivent, la rédaction de la lettre est entamée un dimanche, jour où Lupa rend une dernière visite à Hafed sur son lit mortuaire, se poursuit inlassablement, le lundi, le mardi... Hafed est toujours présent dans l'esprit, dans le cœur, dans les yeux. Son visage est partout, la Toile retient ses traits, il n'est pas mort, juste parti pour un J'ailleurs.

Des mots empreints de tristesse, bien sûr, de souvenances d'un autre temps, de celui d'avant, de paroles qu'eux seuls pouvaient comprendre, la complicité est bonne traductrice. Un long poème qui se décline, sous la houlette de Paul Eluard et de Raymond Queneau, d'Antonin Artaud et d'Arthur Rimbaud... Une longue conversation pour un hommage tout en douceur et en douleur, une tristesse apaisante, un déni de la mort car la mémoire sera toujours plus forte que la Faucheuse. Une façon de préserver l'essentiel : l'amitié.

 

Difficile de parler d'un texte si beau, si poignant, si personnel, et je préfère m'effacer derrière ces deux répliques entre Lupa et Hafed :

 

Rien n'est plus érotique et puissant qu'une vraie relation d'écriture », je disais. « Oui, la plus grande rivale d'une femme, c'est l'Écriture. Elle peut développer tous ses arguments de séduction, elle ne sera jamais à la hauteur d'une rencontre liée à l'Écriture », tu répondais.

 

En avril paraitra La Peau sur les mots, ne le manquez pas...

En avril paraitra La Peau sur les mots, ne le manquez pas...

Brigitte GUILHOT : J'ailleurs. Collection Mélange. Editions SKA. Parution mars 2015. environ 114 pages. 2,99€.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 15:15

De quoi vous rendre chèvre !

Daniel MARTINANGE : Tu seras une femme, mon pote

Lantoufique, vous connaissez ? Moi non plus, mais le narrateur est en villégiature dans cette station balnéaire de la côte Atlantique. Il vente, la pluie va dégringoler bientôt, alors il décide de couper par la crique afin de regagner son hôtel.

Et stupéfait autant qu'étonné il aperçoit un homme en slip, malgré le froid, brandissant un long fouet, tel Zorro, vers une dizaine de chèvres. Il essaie en vain de faire monter ses biquettes sur une table, et le fouet caressant leur dos n'y fait rien. Ah si, une des chèvres se dévoue à grimper et elle reçoit en échange un morceau de pain que l'homme extirpe de son slip. Doit avoir du goût le quignon rassis car aussitôt les congénères de la première l'imitent. L'homme est content car c'est la première fois qu'elles obéissent et le dresseur de chèvres est tout content et affirme que c'est grâce au narrateur si elles ont réussi ce tout de force. Pourquoi pas !

Dans cette station balnéaire, qui doit son nom à ses deux promoteurs immobiliers, c'est baignade obligatoire. Pourtant notre narrateur est attiré par une boutique de vêtements, ou plutôt sa propriétaire. Une grande blonde habillée stricte, genre bonne sœur pour la partie supérieure, col de chemisier fermé ras du col et coiffure Mireille Matthieu, et jeune femme délurée sur sa partie inférieure, mini-jupe ultra-courte, mais je n'entre pas dans les détails même si ceux-ci peuvent éventuellement vous intéresser. Il l'a aperçue depuis la terrasse d'un bar mais le temps qu'il finisse son godet, la belle blonde est au volant d'un véhicule décapotable.

Il la retrouve sur la plage, en train de jouer au ballon avec des gamins. Or le football, c'est sa passion au narrateur, son péché mignon, son viagra. D'ailleurs c'est ce qui l'avait attiré chez Solange, sa copine. Enfin son ex-copine.

 

Le narrateur revoit le dompteur de chèvres, et Kriss aussi. Tous les deux ont en commun une histoire qui se nomme Aïcha mais le narrateur partage un point commun avec ses deux interlocuteurs : le football.

 

Moins déjanté ou décalé que son roman L'ouragan, Tu seras une femme mon pote tourne autour du ballon rond, c'est un fait, mais aussi de la liberté de la femme arabe, de son indépendance, de son émancipation, de son autonomie, de sa liberté, par rapport aux diktats masculins, religieux, ou tout simplement sportifs. Et l'influence qui peut s'exercer sur chacun de nous ne provient pas forcément des belles paroles politiques ou autres, mais d'un état inné que les animaux détectent mieux que les être humains.

Une parabole tout en douceur et en nuance, tout en pudeur aussi. Et si les personnages paraissent un peu décalés de la vie quotidienne, c'est une bouffée de fraîcheur.

 

 

Daniel MARTINANGE : Tu seras une femme, mon pote. Nouvelle. Collection Hors Format. E.Fractions Editions. 0,99€.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 14:00

Pourrait être l'Hôtel du Nord ?

Francis PORNON : Hôtel du Canal.

A l'avant de la voiture, deux hommes, à l'arrière, Rosette, qui est accognée près de la vitre, loin des mitraillettes cachées sous le siège.

A la gare de Montauban, elle se précipite, un sac à la main et un béret sur la tête. Elle remonte les wagons du Toulouse-Bordeaux en sifflotant Que reste-t-il de nos amours ? de Charles Trenet. Le signal de reconnaissance.

Dans un compartiment, un homme élégant reprend le refrain. En cette année 1944, même si l'air est à la mode, l'individu ne peut qu'être son contact, celui qu'elle doit accompagner jusqu'à destination. Ils vont former un couple afin de déjouer les éventuels suiveurs. Un bisou (dans le temps on disait un bécot) qui se transforme rapidement en baiser prolongé, ce qui n'est pas pour déplaire à Rosette même si au départ ce n'était que de la frime.

En gare de Toulouse, ils descendent sur le quai, passant devant les soldats allemands et deux membres de la Gestapo qui ne font pas attention à ce couple dont l'allure est éminemment amoureuse. Puis ils se dirigent vers le lieu de rendez-vous qui leur a été indiqué, l'hôtel du Canal, où ils doivent attendre les instructions. La tenancière, dont le regard en dit long, est elle aussi abusée par ces deux personnes, jeunes, qui sans aucun doute vont passer un bon moment.

 

Un épisode de la Résistance vers la fin de la guerre, comme il y a dû s'en dérouler beaucoup. Une femme qui accompagne un homme, pour le protéger, un couple qui passe plus facilement inaperçu qu'un homme seul, des heures d'attente, tel fut le lot de bons nombres de personnes engagées ou simplement désireuses d'aider selon leurs faibles moyens parfois, et des histoires avortées ou non. Un sujet à la Simenon pimenté avec élégance.

Francis Pornon sait faire monter la pression avec pudeur le lecteur visualise cette histoire comme s'il l'avait vécue.

Francis PORNON : Hôtel du Canal. Collection Culissime (Romance rose). Editions SKA. Parution février 2015. 1,49€.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:01

Même si un jour à Knocke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Pianiste pour femmes finissantes

Roland SADAUNE : ... de bar.

S'il y a bien quelque chose qui énerve Raoul Dupuis, c'est que le patron du bar le Stringate, l'appelle Debar. Mais ça ne sert à rien de le remettre en place, il continue alors le pianiste laisse courir ses doigts sur le clavier de son piano. Et c'est parti pour une danse, taxis-boys enlaçant mémères énamourées.

Tous les après-midis il met son talent au service de ces danseurs cherchant le grand frisson ou l'argent facile. Mais en même il ne peut s'empêcher, tout en jouant des airs de jazz plaqués sur de vieilles rengaines, à Chloé, sa muse, partie valser avec un arbitre de foot plus riche que lui.

Georgius le surveille, ne lui laisse pas le loisir de s'émanciper sur des notes qui ne sont pas au répertoire, et les gigolos réclament d'autres tempos, heureusement Mauricette est là qui lui fournit ses trois doigts de whisky accompagné d'un duo de glaçons. Et les airs de guimauve s'enchaînent jusqu'à ce que Georgius s'affale près du piano. Ses deux disc-jockeys ne peuvent venir prendre la relève pour de fallacieuses raisons, et De bar, pardon, Raoul Mauduit, cinquante-sept ans, doit prolonger sa séquence vespéral jusqu'au milieu de la nuit en fourbissant des vinyles façon frisbee à la console.

Mais le succès enregistré par le Stringate ne plait pas à tout le monde. Et De bar va l'apprendre à ses dépends.

En incrustation une petite voix raconte son séjour prolongé dans un établissement spécialisé et les dominos remplacent des touches de pianos, un jeu de dupes en compagnie de Paul Nord et Léon Napo. Mais la musique n'est pas loin, toujours présente au moins dans la tête sinon sous les doigts.

Roland Sadaune joue du clavier, d'ordinateur, tout en souplesse, en finesse, un toucher de touches subtil, dans une ode à Nat King Cole. Il décrit l'ambiance de ces boîtes style café-concert pour femmes vieillissantes en mal de toucher de hanches et plus si affinités. A croire qu'il a fréquenté assidument ces apéros dansants, comme artiste bien évidement. Et en pratiquant l'humour, noir. Roland Sadaune change de registre, il abandonne ses pinceaux pour la musique et c'est une heureuse surprise. A noter que le patron se nomme Georgius comme le célèbre chanteur de cabaret qui a également signé quelques Séries Noires sous le pseudo de Jo Barnais (Jobard né !).

 

Roland SADAUNE : ... de bar. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Nouvelle numérique. 1,49€.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 10:16

Un seul être vous manque et la scène est dépeuplée !

Franck MEMBRIBE : Kérosène.

Ce devait être la fête, avec spectateurs en délire assuré. Seulement il aurait fallu que la chanteuse, accompagnée d'un quadra à queue de cheval, soit présente. Mais elle n'est pas au rendez-vous, de même que son ami ou quel qu'il soit pour elle.

Elle c'est Béatrice, lui Samuel, mais n'en parlons pas, il ne compte pas. Béatrice, la voix, celle que tout le monde attend, la vedette du spectacle qui rassemble quelques groupes de musiciens théoriquement en devenir. Pour la narrateur, c'est la déception. Il était venu attendre sur le quai Béatrice et accessoirement Samuel, il repart gros-jean comme devant. Et au téléphone il n'arrive à atteindre que la messagerie qui débite à chaque fois le même message.

Mais comme il est de coutume de le déclarer, le spectacle continue. Alors les répétitions s'enchainent, pas forcément dans la bonne humeur. Le batteur se bat avec ses baguettes, le guitariste se gratte avec sa gratte, les bières s'enfilent, faut pas qu'elles réchauffent. Non, c'est à eux de chauffer la salle.

Description d'une répétition larvée, de musiciens à la dérive quand la vedette de la soirée fait faux bond, états d'âme et blues assuré, Franck Membribe nous décrit tout ça et bien plus dans cette nouvelle musicale entre rock attitude et blues lancinant.

Et l'épilogue nous réserve bien évidemment une petite surprise, mais ce n'est pas le principal. Tout est dans la complainte du texte qui nous fait planer, et l'on compatit à cette forme de désespérance, d'accablement, de déception, de solitude ressentis par les protagonistes.

Et il parait que tout se termine en chanson. C'est vrai, mais cela dépend du style musical qui en découle. Révolutionnaire, triste, intimiste, revendicatrice, enjouée ou le tout à la fois.

A commander sur Ska librairie et profitez-en pour consulter le catalogue :

Franck MEMBRIBE : Kérosène. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. 1,49€.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 08:53

Mère Noël Mère Noël où êtes-vous

Mère Noël Mère Noël montrez-vous

Avez-vous une mini-jupe êtes-vous un peu sexy

Est-ce que le Père Noël vous sort dans les boîtes de nuit  (Pierre Perret)

Sullivan RABASTENS : Bocado.

Dur de choisir un dernier petit cadeau, alors que parfum et bijou sont déjà prévus pour garnir la hotte. L'idée lumineuse s'incruste dans les yeux et le cerveau du narrateur, alors qu'il déambule fixant son regard sur une boutique dont l'enseigne affiche : Rose désir.

Tiens, quelque chose d'érotique, pourquoi pas ! Pas un de ces objets passe-partout dont leur couple a déjà fait l'acquisition. Non autre chose qui pourrait amener un piquant sexuel.

Il tombe en arrêt devant des tenues sexy, de saison ou pas, qui le font fantasmer par avance et par procuration et il imagine des situations propices à tendre vers la jouissance. Je ne décline pas ces déguisements améliorés et raccourcis, vous les connaissez, ne serait-ce que pour les avoir déjà vus ou utilisés dans des circonstances qui ne sont pas forcément liées au sexe, quoiqu'un épisode qui s'est déroulé dans un hôtel américain doit peut-être avoir dérapé à cause d'une tenue légère. Mais comme je n'y étais pas, je ne m'étendrai plus longtemps sur le corps du délit et du lit.

D'autres tentations se présentent à ses yeux, gonflant son désir. Et en voyant des babioles destinées à faire monter l'appétence sexuelles, il s'évoque mentalement quelques prestations bénéfiques au plaisir de sa compagne. Et au sien par la même occasion.

A traîner ainsi dans les rayons, il n'échappe pas au regard de la vendeuse qui lui fournit une solution à ses tergiversations érotiques. Mais l'accorte commerçante si elle est de bon conseil peut également se fourvoyer et introduire dans l'esprit du chaland des dénouements auxquels il ne s'attendait pas.

 

Cette courte nouvelle est signalé par un triple Q, ce qui signifie que le texte, tout comme les trois toques pour un restaurant, les trois étoiles pour une chambre d'hôtel où on ne fait que passer, est à consommer avec volupté, que le plaisir de lecture est intense, mais que le liseur doit être un fin connaisseur et savourer le plat sans en mettre à côté. Et éviter comme lorsqu'il déguste une pâtisserie trop onctueuse, tel un éclair à la vanille, de se mettre de la crème partout sur les doigts ou autour de la bouche selon les cas.

Sullivan RABASTENS : Bocado. Collection Culissime. Editions Ska. Nouvelle numérique. 0,99€.

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:51

La galette bretonne de Marc ? Un disque vinyle...

Sylvette HEURTEL : Sortie de piste.

Marc, chanteur embarque sur le navire reliant le continent à l'île. Contrairement à la plupart des autres passagers qui préfèrent converser à deux appuyés au bastingage, il se pose au bar où il est rejoint par de nombreux fans dont bon nombre d'enfants, heureux de retrouver leur idole.

Au même moment, Jane, juchée sur des chaussures à talon-échasses qui la font tituber, monte à bord, lunettes noires fixées sur le nez, les oreilles bouchées par des écouteurs, trainant sa valise à roulettes. Parmi la foule qu'elle ignore elle continue sa conversation avec son correspondant invisible.

Marc est assailli de partout. Un prochain disque et un concert de prévus, on le sent habité par le blues des îles. Mais ces jours de fête qui se profilent, dans la maison et les trois bars insulaires ne plaisent pas tout le monde. Comme une pause nocive qui se prépare.

Le débarquement se déroule dans la fièvre, comme une ruée vers l'or. Le bateau ne reste à quai que dix minutes, alors pas de tergiversations. Jane descend la dernière et constate avec dépit que la batterie de son portable a rendu l'âme. Alors destination du village à pied, deux kilomètres à parcourir perchée sur ses talons inadéquats pour la route pavée. Heureusement une camionnette ralentit, le conducteur, un peintre en bâtiment-photographe spécialisé dans les clichés d'épaves, lui propose de la prendre à bord. Au moins, elle échappe à la pluie qui a détrempé sa veste et peut jouir à l'abri de la vue du paysage.

A l'auberge, elle est étonnée de s'apercevoir que la patronne qu'elle imaginait vieille, est une aimable trentenaire blonde appuyée sur des béquilles.

Jane et Karine, la tenancière, se jaugent, s'estiment et Jane propose même à l'aider dans son travail de livraison de colis en provenance du continent, l'auberge n'étant qu'un complément de revenus.

 

Mais que vient faire Jane sur cette île fouaillée par la pluie ? Sylvette Heurtel laisse monter doucement la pression, le lecteur envisage plusieurs pistes, tragiques de préférence, mais laquelle aura la préférence de l'auteur qui joue avec les nerfs. Et si c'était pour faire chanter le chanteur près tout ? A moins qu'il ne s'agisse que d'une vengeance, ou d'un obscur caprice de groupie, ou d'un besoin inavoué de.. de quoi, au fait ? Les motivations de Jane ne se dévoilent que peu à peu lors de l'épilogue. Sylvette Heurtel nous mène en bateau, et nous plongeons volontiers dans les vagues suppositions, à la découverte d'une île bretonne.

La carte postale musicale est jubilatoire et énigmatique à souhait.

 

Un ouvrage à commander sur le site de la librairie Ska

Sylvette HEURTEL : Sortie de piste. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions Ska. 1,49€.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 13:29

Du miroir ?

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté.

Entre bande dessinée à l'ancienne dont les textes sont en dessous des vignettes et bande dessinée moderne avec phylactères incrustés, De l'autre côté nous plonge dans un univers mélangeant Anticipation, Fantastique et Onirisme noir.

Le narrateur, qui se prénomme Julius, vient d'échapper à une rafle qui n'a pas épargné ses parents. La ville de Markszbourg, et plus particulièrement son quartier le Blok III est sous la coupe du Blokmaster. Ses sbires, des hommes habillés d'uniformes gris métallique, ont enlevé son père et sa mère, auxquels il n'était pas vraiment attaché, et Julius se retrouve à la rue. Il a épongé les dettes et se déambule sans un fifrelin en poche. D'ailleurs tout se paie par cartes informatisées. L'argent ne circule plus, ou alors il s'agit de troc.

Après avoir erré dans la cité, Julius recherche de la nourriture, la plupart du temps sous forme de plaquettes nutritives. Il voyage en stop à bord de tankers qui daignent le prendre à bord. Il pense pouvoir continuer jusqu'à ce qu'une voiture s'arrête non loin de lui. Alerte ! Il prend ses jambes à son cou, perdant dans la foulée une chaussure et s'écroule sous des arbres dans la forêt proche.

Changement de décor, les lieux maudits de science-fiction sinistres et funestes, déshumanisés, laissent place à la nature vivifiante et propice aux rêves éveillés. Mais est-ce un rêve que cette jeune fille qu'il aperçoit sur la berge d'un lac ?.

 

Gilles Vidal ne fait qu'anticiper ce que tous nous redoutons : l'emprise tyrannique du progrès à outrance, la perte du goût des choses simples. L'homme est dépossédé de sa liberté en voulant s'affranchir par l'informatique et ses dérivés de contraintes qui sont encore plus contraignantes avec améliorations de la vie courante fallacieuses.

Francine Andrès met ses pinceaux au service du texte, alternant les styles, les adaptant au texte. Elle passe allègrement du flou évanescent en touches déclinant toutes les nuances du noir et blanc avec des gris pastels ou en lavis, aux traits fins et précis géométriques, aux figurines en ombres chinoises au pochoir ou encore aux personnages esquissés à traits rapides comme des ébauches. Mais ceci n'est que l'avis d'un ignare en peinture qui décrit sa propre perception des images.

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté.

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté. Nouvelle graphique. Editions du Horsain. Parution le 1er décembre 2014. 46 pages. 9,00€. Version numérique aux édition Ska. 3,99€.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:01

A la soupe... !

Louisa KERN : Gaspacho.

La voiture tombée dans le contrebas, près d'une rive de la Garonne, et au volant Rodriguez apparemment mort. Elle s'en assure en lui balançant un coup de pied dans le flanc. Pour la narratrice, ce n'est pas le plus important. Elle a une épaule démise et tente de remettre à sa place le bras droit en se cognant contre un arbre. Là haut elle entend une voiture arriver. Pas de temps à perdre.

Après avoir subtilisé la bague de Rodriguez, et l'avoir ingérée, elle s'empare d'un sac de sport dans le coffre de la bagnole amochée, et elle court malgré ses blessures. Là-haut, ça se précipite. Ses poursuivants se précipitent dans le précipice afin de constater les dégâts, tandis que par un chemin détourné elle parvient en haut. Elle s'installe à la place du conducteur, farfouille dans la boite à gants, déniche un revolver et attend la remontée en file indienne de ses poursuivants. Ensuite, c'est comme au chamboule-tout, ils restent tous le carreau.

Elle quitte Toulouse pour rejoindre le Sud, loin, en bas vers les Pyrénées. Pas de pièces d'identité, c'est pas grave quand on a de l'argent, puisé dans le sac de sport. Et puis elle s'est installée dans une ruine, une vieille épicerie qu'elle a racheté et elle vend de tout, de l'alcool surtout aux ouvriers de l'usine non loin, acceptant de faire crédit mais pas trop aux mères de famille et proposant les charmes de Julieta, pas trop cher quand même, aux hommes qui frappent la nuit à la porte située sur le côté. Et puis Julieta n'a pas trop son mot à dire, elle l'a récupérée alors qu'elle n'avait pas encore quinze ans.

Bref tout irait bien, malgré son épaule toujours en vrac, et fume les petits joints depuis la fenêtre de sa chambre sise au dessus du commerce. Car elle se ravitaille elle-même en marijuana qu'elle produit dans son jardin, du bio. Et elle a toujours de la sangria ou du gaspacho frais en pichet pour les touristes perdus dans le coin et qui recherchent de l'authentique. Jusqu'au jour deux hommes déguisés en touristes avec lunettes et chapeaux débarquent.

 

Ceux qui se sont longtemps immergés dans les romans des années cinquante ou soixante retrouveront une histoire à la Peter Randa, auteur prolifique du Fleuve Noir qui a également été édité à la Série Noire sous le nom d'André Duquesne. Une histoire dans laquelle les malfrats occupent le rôle principal, tournant la plupart du temps sur une affaire de cambriolage qui finit plus ou moins bien. Mais Louisa Kern apporte une autre dimension, avec un petit air bucolique, car au lieu des éternels truands de sexe masculin c'est une femme qui s'exprime.

Les phrases sont ciselées, courtes, vives, comme des rafales de mitraillettes qui s'enchaînent les unes aux autres. Et elles font mouche, un tir précis presque à bout portant. Louisa Kern, un pseudonyme, je serais tenté de le penser, car le texte et l'histoire sont travaillées, avec juste les ellipses qu'il faut pour privilégier l'action sans perturber pour autant le lecteur. Et cette nouvelle pourrait très bien être la trame (certains disent Pitch !) d'un roman.

Vous pouvez commander cet ouvrage numérique et bien d'autres auprès de la Librairie Ska.

Louisa KERN : Gaspacho. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 1,49€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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