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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:59

Patriiiick !

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk.

Installé tranquille dans son bureau, Corbucci voit entrer une jeune femme dont il pressent immédiatement qu'elle va lui apporter ennuis et plus si affinité.

Mais les billets de 200 qu'elle tient négligemment au bout de ses doigts seraient aussi bien à l'abri dans son portefeuille raplapla.

Seulement, il ne faut pas dire du mal des lectures de Corbucci qui était en train de feuilleter un vieux numéro de Rock and Folk. Le rock, c'est de la merde, déclame rageusement l'ancienne future cliente avant de s'esquiver sur les conseils pas forcément judicieux de notre privé. Et elle n'a pas laissé l'argent ce qui rend Corbucci fort marri.

Deux jours plus tard, alors qu'il se tâte afin de savoir quel morceau de bidoche il pourrait s'acheter avec l'argent péniblement gagné auprès d'un client, ne voilà-t-il pas qu'elle rapplique, comme si de rien n'était. Débute alors une bavette pas tendre concernant quelques morceaux choisis du cochon, voire du bœuf, entre le boucher, Corbucci et l'ex-future cliente qui n'apprécie pas les bas morceaux.

Faut vraiment savoir ce qu'elle veut...

 

Humour décalé et macabre pour une historiette dans laquelle Patrick Raynal se déchaîne. Et pour le lecteur le plaisir de retrouver Corbucci, le privé niçois qui a eu les honneurs de figurer dans quelques nouvelles dans le recueil justement titré Corbucci (quel sens de l'à-propos) et romans. Il n'a pas perdu le sens de la répartie, mais sa cliente a elle aussi la langue bien pendue. Mais elle est un un peu trop soupe-au-lait.

Voici donc Corbucci de retour, mais n'est-ce qu'un rapide passage ou une mise en bouche ? Seul l'avenir nous le dira, pourtant Patrick Raynal devrait le sortir du placard dans lequel il l'a enfermé depuis trop longtemps. Et puis ça doit sentir le résidu de rognons là-dedans, n'en déplaise à cette cliente qui n'aime pas la viande...

 

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk. Nouvelle Collection Noire soeur. Editions Ska. 1,49€.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 13:59

Un bijou et ce n'est pas du toc !

Gilles VIDAL : Maty.

Rien n'est plus énervant que de ne pas pouvoir honorer un contrat.

Bob Richard le sait bien, lui qui s'escrime sur sa guitare acoustique à plaquer des accords afin de composer un thème musical à remettre pour le lendemain. Trois semaines qu'il gratte et rien ne vient. L'écrivain qui pond de temps à autre des chansons afin de mettre du beurre sur la tartine de pain dur attend sa prestation.

Mais rien de vient et tout ça à cause de Mathilde, ou plutôt Maty car elle a en horreur son prénom. Et puis elle est violente, pourtant elle lui devrait le respect avec ses vingt-deux printemps de moins. Mais à vingt-quatre ans a-t-on de la considération pour les quadragénaires avancés, même lorsqu'ils offrent une Mini-Cooper ?

Bref quand elle a failli claquer sa Fender Stratocaster, signée au feutre par une pointure, contre le mur, Bob s'est fâché tout rouge, il lui a gentiment balancé une torgnole afin de lui remettre les esprits à l'endroit.

Alors ? Alors elle est partie et depuis il recherche désespérément l'air qui en fera le tube de l'été, pas dentifrice mais celui qui entre dans une oreille et refuse d'en ressortir.

Seulement, où est passée Maty ? La question bête et méchante à laquelle il ne possède aucune réponse et qui le taraude.

Bon, c'est vrai qu'elle a des raisons de boire et de se défoncer, mais ce n'est pas de sa faute à lui, Bob, c'est celle de son père et de trois clébards au passeport allemand.

Le téléphone sonne, (l'air est déjà pris), Maty bout du fil, qui d'ailleurs n'existe plus avec les portables mais c'était juste une image, Maty qui pleure et a besoin de lui.

 

Dans une ambiance musicale très rock and blues, Gilles Vidal nous emmène à la poursuite de l'amour, celui qui étreint un presque quinquagénaire à une jeune fille. Ce n'est pas tant la différence d'âge qui importe mais la divergence de caractère. Quand on est mature, on connait le poids des responsabilités, même si l'on se conduit comme un imbécile qui pourrait tout faire capoter, et quand on est jeune la fougue vous amène à provoquer des événements inconsidérés. Dans les deux cas, c'est l'amour qui guide, même si justement l'amour est aveugle.

Un texte d'une tendresse bourrue qui joue insensiblement sur la nostalgie et sur la mélancolie, et si nous étions dans la peau de Bob, nous conduirions-nous de façon similaire? Mieux vaut ne pas avoir à se poser la question.

 

 

Pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :

La librairie en ligne et le blog :

Gilles VIDAL : Maty. Nouvelle noire. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 1,49€.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 16:06

La musique, elle vient de là, elle vient du blues...

Max OBIONE : So suspicious.

Véritable caricature empruntée à Robert Crumb, son ramage n'est pas à l'égal de son plumage. A le voir on aurait plutôt tendance à pouffer, à rire à gorge déployée, à le monter du doigt tel un phénomène de cirque. Les yeux fermés, les oreilles en prennent plein le pavillon. On ne sait plus à quel saint se vouer. Saint Elvis, Saint Rod Stewart, Saint Little Richard, Saint Barry White ou Saint Little Bob... Mais pas Saint Thétiseur.

Pas besoin de musique d'accompagnement, du brut pour les brutes, et ceux qui l'écoutent sont scotchés dans leur fauteuil. Une bête de scène interprétant une composition personnelle.

C'était le dernier à passer, il est prié d'aller attendre au bistrot en face, on le rappellera.

La délibération qui s'ensuit n'est entamée que pour la forme car tous ont été bluffés par la prestation de Big Dicky Joe, fallait le trouver ce blaze, un inconnu inscrit via le site, en provenance d'un bled au nom allemand imprononçable.

Ils viennent d'entendre la perle, Le remplaçant de Mac qui s'est pété les cordes vocales. Mac fait la gueule dans son coin, mais comme on dit, le spectacle continue... Se pose la question maintenant de savoir d'où il vient exactement ce chanteur providentiel inconnu de tous et même des autres, peut-être un peu dépressif sur les bords.

 

Avec une écriture brute, râpeuse, et néanmoins poétique, Max Obione nous permet d'espionner une séance musicale, une audition qui pourrait être salvatrice, aussi bien pour les membres du groupe que pour ce chanteur à voix de rogomme venu de nulle part. Et qui aurait pu interpréter Quand t'es dans le désert de Jean-Patrick Capdevielle, cet auteur-compositeur-interprète à la voix rauque quelque peu négligé depuis des années.

Nostalgie et mélancolie sont les deux mamelles de So Suspicious, un blues à déguster avec un verre de Johnny Marcheur à la main.

 

Pour vous procurer ce texte, une seule librairie :

 

Max OBIONE : So suspicious. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution décembre 2014. 1,49€.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 13:07

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats !

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

 

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

 

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Editions SKA. version numérique. 3,99€.

(Précédente édition Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012).

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 12:25

Effet Haine...

Stanislas PETROSKY : Haine 13.

Lorsque l'on sort d'une maison d'arrêt des Hauts-de-Seine et que l'on veut rejoindre Caen, sans débourser un fifrelin, le meilleur moyen pour ce rendre dans la capitale bas-normande, c'est de faire du stop, et principalement sur une route nationale, voire départementale.

Pourtant le narrateur n'est pas chaud. Emprunter la RN 13, c'est bien, le seul petit problème réside justement en ce nombre 13, synonyme de malheur.

Pourtant il doit s'y rendre à Caen, et il sait quand et pourquoi. Il a un petit compte à régler avec une fille qu'il a connu et l'a déçu. Elle l'avait balancé aux policiers pour une histoire d'herbe, qu'il ne lui aurait pas échangé en contrepartie d'une petite coucherie. Mais si elle était belle et sculptée comme une déesse grecque, sa prestation au lit n'avait pas convaincu notre narrateur, qui en réprimande ne lui avait pas donné la botte de foin désirée. Du coup, elle l'avait dénoncée pour viol et il s'était retrouvé en cabane.

Tout ça c'est du passé, et route vers la dulcinée à qui il réserve un chien de sa chatte.

En cet été 1976, le soleil donne, et personne ne s'arrête, pas même un routier. Vraiment ils ne justifient pas leur qualificatif de sympa...

Enfin un bon père de famille, du moins c'est l'impression qu'il donne, lui propose de monter à bord. Seulement, y'a un truc. S'il devine que Quinquin, c'est un surnom donné au narrateur à cause de la couleur de ses cheveux, a passé de longs mois à l'ombre, il reste obscur sur sa vie professionnelle, familiale, publique et privée. Quinquin déblatère, d'autant mieux que l'autre lui refile le volant, histoire de se reposer. Et Quinquin se pose des questions.

 

Ancré dans un style qui a fait florès dans les années cinquante et soixante, avec quelques réminiscences de faits divers dont les plus anciens se souviennent encore, Haine 13 est une nouvelle qui dépasse la limitation de vitesse.

Le langage employé relève de l'argot de grand-papa, d'Audiard, de Simonin, d'Ange Bastiani, du compréhensible et de l'imagé. Mais c'est surtout à un autre auteur auquel j'ai pensé, décédé à la fin des années 70 dans un accident... de voiture. Il s'agit d'André Duquesne, alias Peter Randa.

Alors hommage ou coïncidence, peu me chaut, Stanislas Petrosky est un auteur que je découvre avec plaisir et dont j'aurai l'occasion de présenter non plus une nouvelle mais un docu-roman prochainement.

 

Stanislas PETROSKY : Haine 13. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Version numérique. 1,49€.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 13:07

Correspondance... Terminus...

Brigitte GUILHOT : J'ailleurs.

N'ayant jamais rencontré Hafed Benotman, n'ayant lu de lui qu'une seul roman, catégorie Adolescent chez Syros, Garde à vie, j'ai préféré, quoi que ce ne soit pas dans mes habitudes, laisser l'éditeur présenter ce texte inédit :

Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos.

« Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t’offrir pour équilibrer la Terre afin qu’elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l’enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu’il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. »

L’écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l’hôpital Georges Pompidou, à l’âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l’écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l’objet d’une publication sous le titre La peau sur les Mots

 

Après la présentation de l'éditeur, l'avis du lecteur :

 

Cette missive est une offrande, la dernière de Lupa à Murdos, un message hors du temps, un dialogue épistolaire à une voix. Les souvenirs affleurent, en même temps que la visite à la maison funéraire est un passage obligé pour un dernier au revoir. La gare Montparnasse, le parc Montsouris, autant de réminiscences qui reviennent en images insolubles derrière les pleurs.

Des semaines auparavant, la dernière fois peut-être qu'ils se sont vus, Lupa apporte le manuscrit de La Peau sur les mots. Il avait déclaré : Il faut pouvoir se promener dedans comme dans un recueil de poésie.

Les jours se suivent, la rédaction de la lettre est entamée un dimanche, jour où Lupa rend une dernière visite à Hafed sur son lit mortuaire, se poursuit inlassablement, le lundi, le mardi... Hafed est toujours présent dans l'esprit, dans le cœur, dans les yeux. Son visage est partout, la Toile retient ses traits, il n'est pas mort, juste parti pour un J'ailleurs.

Des mots empreints de tristesse, bien sûr, de souvenances d'un autre temps, de celui d'avant, de paroles qu'eux seuls pouvaient comprendre, la complicité est bonne traductrice. Un long poème qui se décline, sous la houlette de Paul Eluard et de Raymond Queneau, d'Antonin Artaud et d'Arthur Rimbaud... Une longue conversation pour un hommage tout en douceur et en douleur, une tristesse apaisante, un déni de la mort car la mémoire sera toujours plus forte que la Faucheuse. Une façon de préserver l'essentiel : l'amitié.

 

Difficile de parler d'un texte si beau, si poignant, si personnel, et je préfère m'effacer derrière ces deux répliques entre Lupa et Hafed :

 

Rien n'est plus érotique et puissant qu'une vraie relation d'écriture », je disais. « Oui, la plus grande rivale d'une femme, c'est l'Écriture. Elle peut développer tous ses arguments de séduction, elle ne sera jamais à la hauteur d'une rencontre liée à l'Écriture », tu répondais.

 

En avril paraitra La Peau sur les mots, ne le manquez pas...

En avril paraitra La Peau sur les mots, ne le manquez pas...

Brigitte GUILHOT : J'ailleurs. Collection Mélange. Editions SKA. Parution mars 2015. environ 114 pages. 2,99€.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 15:15

De quoi vous rendre chèvre !

Daniel MARTINANGE : Tu seras une femme, mon pote

Lantoufique, vous connaissez ? Moi non plus, mais le narrateur est en villégiature dans cette station balnéaire de la côte Atlantique. Il vente, la pluie va dégringoler bientôt, alors il décide de couper par la crique afin de regagner son hôtel.

Et stupéfait autant qu'étonné il aperçoit un homme en slip, malgré le froid, brandissant un long fouet, tel Zorro, vers une dizaine de chèvres. Il essaie en vain de faire monter ses biquettes sur une table, et le fouet caressant leur dos n'y fait rien. Ah si, une des chèvres se dévoue à grimper et elle reçoit en échange un morceau de pain que l'homme extirpe de son slip. Doit avoir du goût le quignon rassis car aussitôt les congénères de la première l'imitent. L'homme est content car c'est la première fois qu'elles obéissent et le dresseur de chèvres est tout content et affirme que c'est grâce au narrateur si elles ont réussi ce tout de force. Pourquoi pas !

Dans cette station balnéaire, qui doit son nom à ses deux promoteurs immobiliers, c'est baignade obligatoire. Pourtant notre narrateur est attiré par une boutique de vêtements, ou plutôt sa propriétaire. Une grande blonde habillée stricte, genre bonne sœur pour la partie supérieure, col de chemisier fermé ras du col et coiffure Mireille Matthieu, et jeune femme délurée sur sa partie inférieure, mini-jupe ultra-courte, mais je n'entre pas dans les détails même si ceux-ci peuvent éventuellement vous intéresser. Il l'a aperçue depuis la terrasse d'un bar mais le temps qu'il finisse son godet, la belle blonde est au volant d'un véhicule décapotable.

Il la retrouve sur la plage, en train de jouer au ballon avec des gamins. Or le football, c'est sa passion au narrateur, son péché mignon, son viagra. D'ailleurs c'est ce qui l'avait attiré chez Solange, sa copine. Enfin son ex-copine.

 

Le narrateur revoit le dompteur de chèvres, et Kriss aussi. Tous les deux ont en commun une histoire qui se nomme Aïcha mais le narrateur partage un point commun avec ses deux interlocuteurs : le football.

 

Moins déjanté ou décalé que son roman L'ouragan, Tu seras une femme mon pote tourne autour du ballon rond, c'est un fait, mais aussi de la liberté de la femme arabe, de son indépendance, de son émancipation, de son autonomie, de sa liberté, par rapport aux diktats masculins, religieux, ou tout simplement sportifs. Et l'influence qui peut s'exercer sur chacun de nous ne provient pas forcément des belles paroles politiques ou autres, mais d'un état inné que les animaux détectent mieux que les être humains.

Une parabole tout en douceur et en nuance, tout en pudeur aussi. Et si les personnages paraissent un peu décalés de la vie quotidienne, c'est une bouffée de fraîcheur.

 

 

Daniel MARTINANGE : Tu seras une femme, mon pote. Nouvelle. Collection Hors Format. E.Fractions Editions. 0,99€.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 14:00

Pourrait être l'Hôtel du Nord ?

Francis PORNON : Hôtel du Canal.

A l'avant de la voiture, deux hommes, à l'arrière, Rosette, qui est accognée près de la vitre, loin des mitraillettes cachées sous le siège.

A la gare de Montauban, elle se précipite, un sac à la main et un béret sur la tête. Elle remonte les wagons du Toulouse-Bordeaux en sifflotant Que reste-t-il de nos amours ? de Charles Trenet. Le signal de reconnaissance.

Dans un compartiment, un homme élégant reprend le refrain. En cette année 1944, même si l'air est à la mode, l'individu ne peut qu'être son contact, celui qu'elle doit accompagner jusqu'à destination. Ils vont former un couple afin de déjouer les éventuels suiveurs. Un bisou (dans le temps on disait un bécot) qui se transforme rapidement en baiser prolongé, ce qui n'est pas pour déplaire à Rosette même si au départ ce n'était que de la frime.

En gare de Toulouse, ils descendent sur le quai, passant devant les soldats allemands et deux membres de la Gestapo qui ne font pas attention à ce couple dont l'allure est éminemment amoureuse. Puis ils se dirigent vers le lieu de rendez-vous qui leur a été indiqué, l'hôtel du Canal, où ils doivent attendre les instructions. La tenancière, dont le regard en dit long, est elle aussi abusée par ces deux personnes, jeunes, qui sans aucun doute vont passer un bon moment.

 

Un épisode de la Résistance vers la fin de la guerre, comme il y a dû s'en dérouler beaucoup. Une femme qui accompagne un homme, pour le protéger, un couple qui passe plus facilement inaperçu qu'un homme seul, des heures d'attente, tel fut le lot de bons nombres de personnes engagées ou simplement désireuses d'aider selon leurs faibles moyens parfois, et des histoires avortées ou non. Un sujet à la Simenon pimenté avec élégance.

Francis Pornon sait faire monter la pression avec pudeur le lecteur visualise cette histoire comme s'il l'avait vécue.

Francis PORNON : Hôtel du Canal. Collection Culissime (Romance rose). Editions SKA. Parution février 2015. 1,49€.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:01

Même si un jour à Knocke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Pianiste pour femmes finissantes

Roland SADAUNE : ... de bar.

S'il y a bien quelque chose qui énerve Raoul Dupuis, c'est que le patron du bar le Stringate, l'appelle Debar. Mais ça ne sert à rien de le remettre en place, il continue alors le pianiste laisse courir ses doigts sur le clavier de son piano. Et c'est parti pour une danse, taxis-boys enlaçant mémères énamourées.

Tous les après-midis il met son talent au service de ces danseurs cherchant le grand frisson ou l'argent facile. Mais en même il ne peut s'empêcher, tout en jouant des airs de jazz plaqués sur de vieilles rengaines, à Chloé, sa muse, partie valser avec un arbitre de foot plus riche que lui.

Georgius le surveille, ne lui laisse pas le loisir de s'émanciper sur des notes qui ne sont pas au répertoire, et les gigolos réclament d'autres tempos, heureusement Mauricette est là qui lui fournit ses trois doigts de whisky accompagné d'un duo de glaçons. Et les airs de guimauve s'enchaînent jusqu'à ce que Georgius s'affale près du piano. Ses deux disc-jockeys ne peuvent venir prendre la relève pour de fallacieuses raisons, et De bar, pardon, Raoul Mauduit, cinquante-sept ans, doit prolonger sa séquence vespéral jusqu'au milieu de la nuit en fourbissant des vinyles façon frisbee à la console.

Mais le succès enregistré par le Stringate ne plait pas à tout le monde. Et De bar va l'apprendre à ses dépends.

En incrustation une petite voix raconte son séjour prolongé dans un établissement spécialisé et les dominos remplacent des touches de pianos, un jeu de dupes en compagnie de Paul Nord et Léon Napo. Mais la musique n'est pas loin, toujours présente au moins dans la tête sinon sous les doigts.

Roland Sadaune joue du clavier, d'ordinateur, tout en souplesse, en finesse, un toucher de touches subtil, dans une ode à Nat King Cole. Il décrit l'ambiance de ces boîtes style café-concert pour femmes vieillissantes en mal de toucher de hanches et plus si affinités. A croire qu'il a fréquenté assidument ces apéros dansants, comme artiste bien évidement. Et en pratiquant l'humour, noir. Roland Sadaune change de registre, il abandonne ses pinceaux pour la musique et c'est une heureuse surprise. A noter que le patron se nomme Georgius comme le célèbre chanteur de cabaret qui a également signé quelques Séries Noires sous le pseudo de Jo Barnais (Jobard né !).

 

Roland SADAUNE : ... de bar. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Nouvelle numérique. 1,49€.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 10:16

Un seul être vous manque et la scène est dépeuplée !

Franck MEMBRIBE : Kérosène.

Ce devait être la fête, avec spectateurs en délire assuré. Seulement il aurait fallu que la chanteuse, accompagnée d'un quadra à queue de cheval, soit présente. Mais elle n'est pas au rendez-vous, de même que son ami ou quel qu'il soit pour elle.

Elle c'est Béatrice, lui Samuel, mais n'en parlons pas, il ne compte pas. Béatrice, la voix, celle que tout le monde attend, la vedette du spectacle qui rassemble quelques groupes de musiciens théoriquement en devenir. Pour la narrateur, c'est la déception. Il était venu attendre sur le quai Béatrice et accessoirement Samuel, il repart gros-jean comme devant. Et au téléphone il n'arrive à atteindre que la messagerie qui débite à chaque fois le même message.

Mais comme il est de coutume de le déclarer, le spectacle continue. Alors les répétitions s'enchainent, pas forcément dans la bonne humeur. Le batteur se bat avec ses baguettes, le guitariste se gratte avec sa gratte, les bières s'enfilent, faut pas qu'elles réchauffent. Non, c'est à eux de chauffer la salle.

Description d'une répétition larvée, de musiciens à la dérive quand la vedette de la soirée fait faux bond, états d'âme et blues assuré, Franck Membribe nous décrit tout ça et bien plus dans cette nouvelle musicale entre rock attitude et blues lancinant.

Et l'épilogue nous réserve bien évidemment une petite surprise, mais ce n'est pas le principal. Tout est dans la complainte du texte qui nous fait planer, et l'on compatit à cette forme de désespérance, d'accablement, de déception, de solitude ressentis par les protagonistes.

Et il parait que tout se termine en chanson. C'est vrai, mais cela dépend du style musical qui en découle. Révolutionnaire, triste, intimiste, revendicatrice, enjouée ou le tout à la fois.

A commander sur Ska librairie et profitez-en pour consulter le catalogue :

Franck MEMBRIBE : Kérosène. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. 1,49€.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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