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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 09:11

Lorsque le Futur est déjà dépassé...

Maurice LIMAT : Les Foudroyants.

La collection Anticipation du Fleuve Noir était sous-titrée : La Réalité de Demain. Et Maurice Limat, pour ce roman publié en 1960, plaçait son intrigue en 1998. Soit pour l'époque un délai raisonnable d'anticipation de quatre décennies. Seulement en 2015, les avancées technologiques, scientifiques, médicales ont-elles été réalisées, voire dépassées ?

 

L'orage éclate dans la forêt de Senlis et tandis que Martine prépare sous la tente le repas, Ric et René partent chercher de l'eau. En cet été finissant de l'année 1998, il est amusant de renouer avec la nature et de se comporter comme des primitifs. Enfin Ric et René reviennent en courant sous la pluie lorsque soudain la foudre atteint les deux garçons.

Martine est éblouie mais parvient à distinguer René qui est couché évanoui près d'un grand orme. De Ric, plus rien, sauf un tas de vêtements gisant sur l'herbe détrempée. Ric, son fiancé, a disparu. Et elle croit devenir folle lorsque René, sortant de son léthargie se redresse et arbore sur ses pectoraux l'image de Ric.

Ce qu'elle ignore, tout comme René ainsi que les vigiles qui viennent à leur secours, c'est que Ric est vivant, mais n'est plus qu'un ectoplasme. Il voit, il pense, mais il est devenu invisible et ne peut s'exprimer.

Au siège de l'Interplan, c'est à dire la Police Interplanétaire, le pendant d'Interpol, Lepinson le chef suprême de l'organisation est en colère. Non pas envers Robin Muscat qui navigue à bord d'un stratonef et avec lequel il communique mais parce que celui-ci était sur une mission concernant des pierres radioactives à Madagascar, et qu'il a fallu interrompre l'enquête en cours pour s'occuper d'un cas insensé. Selon ces messieurs du gouvernement, Ric aurait été enlevé par des Mercuriens, ou des kidnappeurs venus d'une autre planète.

Pour Lepinson, il s'agit d'une affaire banale, mais Robin Muscat n'en est guère persuadé. Aussi il se rend chez la jeune Martine afin de se renseigner sur la disparition étrange de son fiancé. Il l'appelle par l'audiophone électronique, mais la demoiselle l'éconduit, probablement en proie à une émotion violente. Robin Muscat ne se démonte pas et s'introduit dans l'immeuble de belle facture. Sur le palier il entend des voix, la télé peut-être pense-t-il, toutefois le rythme est haché. Le voyant lumineux, posé près de la porte d'entrée et indiquant si le visiteur peut ou non entrer, clignote de façon bizarroïde : Rouge - Néant - Rouge - Rouge - Néant... Comme s'il s'agissait d'un message en Morse, mais provenant d'une interférence électrique.

Soudain il entend Martine qui s'exprime d'une voix affolée, demandant à un interlocuteur de la laisser, de partir... Il entre mais Martine est seule dans la pièce. Il se fait connaître et il essaie d'amadouer la jeune femme qui lui propose un ztax, un whisky martien. Il parle d'un ton détaché, parvient à endormir quelque peu la méfiance de la jeune femme et aperçoit sur une table un stylo et une feuille de papier sur laquelle s'allongent une série de points et de tirets. Il s'agit bien d'une écriture en Morse Voretz, une variante de l'Espéranto pour le langage parlé. D'étranges manifestations se produisent dans l'appartement et des appareils électriques paraissent déréglés. Ce ne sont que des messages comme ceux qu'a interceptés Robin lors de son attente sur le palier. Il se demande pourquoi un châle est posé sur le téléviseur. Il découvre alors que sur l'écran en relief-color se profile le buste de Ric qui peu à peu s'efface.

L'ectoplasme tente de revenir et Martine est complètement affolée. Robin se rend compte alors que sur un meuble trône une photo de Ric. Seulement le visage est entièrement calciné. Les autres photos que possèdent la jeune femme ont subi le même sort.

D'autres manifestions étranges se produisent dans la Cité éblouissante, surnom de Paris, et René subit des attaques d'une entité inconnue. En compagnie du docteur Stewe, un savant, et du professeur Mac Grégor, Robin Muscat enquête sur ces phénomènes et les résultats qu'il en tire va les conduire jusque sur Vénus qui a été colonisée.

 

Insensiblement le roman passe de la science-fiction, de l'anticipation proche, vers un fantastique plus prononcé lorsque les protagonistes se retrouvent sur Vénus.

Anticipation proche et même dépassée puisque nous sommes en 2015 et l'action est sensée se dérouler en 1998. Mais ce qu'imaginait Maurice Limat en 1958 en matière de technologie s'est-il concrétisé ?

L'aérodrome du Bourget est transformé en Astrodrome et la Lune, Mars et Vénus sont devenues des satellites et des planètes régulièrement fréquentées et colonisées. Dans la vie courante, les téléviseurs sont en couleurs et relief, ce qui est une avancée technologique si l'on compare à  la 3D actuelle réservée pour les films. Les citoyens se déplacent en électrauto, les policiers comme Robin Muscat sont munis d'atomiseurs de poche, tandis que l'armée et la police terrienne ont fusionné pour devenir une milice.

Nous sommes donc loin des améliorations et des inventions imaginées par Maurice Limat mais nous nous en approchons petit à petit.

Un roman extrêmement plaisant à lire, même si en tenant compte de la date proche au cours de laquelle Maurice Limat plaçait son intrigue, on se rend compte qu'il y a encore du chemin à faire et des progrès à accomplir. Dans certains domaines, bien évidemment. Le lecteur n'est pas perdu dans cette narration, les personnages n'ayant pas de noms baroques, bizarres ou imprononçables et la vie quotidienne est quasiment celle que nous vivons actuellement.

 

De Maurice Limat, découvrir également :

Ce roman est disponible sous format E. book chez Rivière Blanche :

Maurice LIMAT : Les Foudroyants. Collection Anticipation N°164. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1960. 192 pages.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 12:54

Et tape, et tape avec tes battoirs,

et tape, et tape, tu dormiras mieux ce soir..

Jérémy BOUQUIN : No limit.

Une usine désaffectée transformée en salle de spectacle et Jane qui est là, concentrée, attendant dans sa bulle l'heure de se mettre en jambe.

Charlie a tout prévu, il veille à tout, véritable mère poule veillant sur Jane, vérifiant sa trousse de secours avec ses petites doses d'amphétamines, de cocaïne, et autres produits dopants, effectuant la mise en place.

L'heure approche, Jane commence à se dévêtir et à réciter ses gammes, dansant sur place, s'échauffant, s'étirant, tout un processus à respecter avant d'entrer en scène.

Combat dans cinq minutes !

Derniers préparatifs dont s'acquitte Charlie avec conscience. Jane est sérieusement amochée, côtes fêlées lors de son dernier combat, mains cassées, gonflées, bandées.

Malgré tous ses bobos, Jane est prête à combattre. Elle a la hargne, la haine, pourtant ce qui l'attend n'est pas une promenade de plaisir sur un ring.

Car Charlie, son entraîneur, préparateur physique, soigneur, est également recruteur pour Augusto. Et il recrute de tout, des professionnelles, des clochardes, des prostituées, des alcooliques, des droguées, des déprimées, toutes celles qui acceptent de s'affronter sur un ring qui n'est pas délimité, nues, sans observance de règles définies et précises de combat. Tout les coups sont permis, et parfois la mort est au rendez-vous.

Ce sont des tueuses ! Elles se font démonter le portrait pour le plus grand plaisir du public qui en redemande. Parbleu, s'il paie, le public n'est pas à leur place, il n'encaisse pas les coups le public. Des voyeurs vicieux qui peut-être rampent devant leurs femmes, la tête et le reste en berne. Et qui se complaisent dans ce jeu de massacre monté en toute illégalité. Et parmi les spectateurs qui se pressent pour ce genre de démonstration alliant le sexe et le combat, de nombreux bourgeois, des patrons, des cadres qui s'encanaillent et se rincent l'œil.

Mais c'est Jane qui est venue dans la salle de boxe de Charlie, c'est elle qui a voulu entrer dans son harem de "Girl's Fight", délibérément, en pleine conscience, peut-être avec une arrière-pensée.

 

Pire qu'un combat de coqs, cette forme de pugilat où tous les coups sont permis, même les plus bas, d'ailleurs ils sont fortement conseillés, ces rencontres laissent un goût amer. Et l'on se prend de pitié pour Jane qui ne veut pas plier, coucher les pouces. On encaisse en même temps qu'elle les horions distribués avec sauvagerie.

Jérémy Bouquin n'y va pas avec le dos de la cuiller, ce serait même plutôt avec une fourchette qu'il pique afin de faire mal. Pauvre clavier, il a dû en recevoir des coups lorsque l'auteur tapait son texte. Mais c'est le reflet d'une époque, il faut un exutoire pour compenser les coups de la vie.

Une nouvelle âpre, rude, violente et pourtant il se dégage comme une forme d'humanisme. Certes Charlie n'est pas présenté à son avantage, il possède plusieurs coups fourrés dans ses gants qui ne sont pas de velours. Aussi oublions-le et tournons nos regards vers Jane qui se livre à ce jeu de massacre pour une raison bien précise. Et ce n'est pas pour la gloriole.

La parabole de la violence qui insidieusement d'étend des banlieues jusqu'à la campagne, pour des doléances diverses, car la parole ne suffit plus pour revendiquer le besoin de s'exprimer et d'affirmer des positions que les manifestants jugent légitimes. Mais surtout la dénonciation de cet attrait malsain des voyeurs qui recherchent la violence par procuration via le cinéma, la télévision, les jeux vidéos et les exhibitions tarifées.

 

Jérémy BOUQUIN : No limit. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 0,99€.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 12:32

Sombres, les héros sombrent...

Gilles VIDAL : Sombres héros.

Né en 1955 à Carcanpoix, village placé nulle part mais ailleurs et loin de tout, orphelin à six ans ses parents s'étant bêtement tués dans leur bagnole toute neuve, élevé par son grand-père qui n'a jamais quitté le village sauf en 1936, Antoine Fouget vivote comme détective.

Après avoir vécu une enfance un peu comme tous les gamins puis adolescents de son âge, le refus de son grand-père de le voir fréquenter l'église puis sa petite amie qu'il accompagnait au bal, lui ne dansant pas alors qu'elle virevoltait sur la piste, après les réglementaires quatre vodkas à l'orange leurs ébats dans un coin tranquille, il part à vingt et un ans pour Paris. Il passe le concours d'inspecteur de police, concours auquel il échoue lamentablement, il se fait embaucher après des mois de galère dans une agence de détectives privés. Puis il s'installe à son propre compte. Il se marie, divorce, hérite de son grand-père la vieille demeure de Carcanpoix habitée son ex afin de garder l'endroit en vie, et un message : Creuse au pied de la pyramide.

L'agence tenue par Fouget n'est guère fréquentée, et cela fait trois semaines qu'un client n'a pas franchi l'huis. Suzie, sa secrétaire s'ennuie, ce qui la met de mauvaise humeur, on la comprend, et elle ne s'en cache pas auprès de son patron, quadragénaire, qui n'en peut mais. Enfin le client providentiel se pointe : Raymond Waringue, assureur, recommandé précise-t-il par le commissaire Ferrer. Au grand étonnement de Fouget, mais après tout client, c'est un client.

Aurique Summer, jeune comédienne très en vue, qui vivait avec Aldin, footballeur talentueux sympa sur le terrain mais une vraie peste dans la vie, est dans la tourmente. Aldin est décédé au domicile d'Aurique et de Mike son frère qui lui sert également d'imprésario, à moitié calciné, ou consumé. Les journaux se sont emparés avec avidité de cette affaire accusant Mike d'être à l'origine de la mort du footballeur, qui était annoncé en partance pour un club italien. Un déchaînement médiatique qui alimente l'appétence des lecteurs pour ce genre de fait-divers.

 

Un décès pour le moins bizarre car les scientifiques qui se sont penchés sur le cas d'Aldin parlent d'auto-combustion. Un phénomène qui tend à se généraliser, se produisant en vase clos, sans flammes, le feu ne se propageant pas. Un non-lieu a été prononcé, donc théoriquement il n'y aurait pas d'affaire, sauf que depuis Summer frère et sœur reçoivent des menaces de mort. Or si le ou les expéditeurs anonymes passent à l'acte, le courtier en assurances, l'un des rares indépendants qui subsistent dans sa profession, en sera de cinq millions de francs de sa poche. Un joli pactole qu'il peut se permettre de perdre. Et comme la somme que lui propose son client est assez conséquente, Fouget ne peut refuser surtout qu'une transaction à l'américaine, sur laquelle je ne m'étendrai pas mais est assez significative des accroches envers la clientèle, lui est offerte. Bref, il doit enquêter et protéger Aurique Summer.

Seulement, le client une fois parti, Fouget ne peut s'empêcher de se poser moult questions et la première chose à faire est de se renseigner sur le footballeur défunt. Et ce qu'il apprend auprès d'un copain journaliste qui connaissait le talentueux Aldin, n'est joli, joli. Mais la famille Summer non plus n'est pas en odeur de sainteté. Sans compter son agent, qui comme tous les agents de joueurs, ou presque, n'est pas net et le transfert programmé sujet à controverse financière.

Fouget est contacté par Summer sœur qui lui apprend qu'elle a reçu des menaces, quant à la porte de son appartement, elle a été fracturée, un petit mot étant scotché le sommant de s'occuper de ses affaires et pas de celles des autres. Je synthétise. Et comme plus on est de footballeurs, plus on s'amuse, un des coéquipiers d'Aldin lui aussi est menacé. Or l'équipe doit jouer un match de la plus haute importance.

 

Un préliminaire onirique, une ambiance très polar des années 50 pour une histoire ancrée résolument dans notre siècle. L'écriture est rythmée tout en gardant une part de poésie, l'humour y est présent, et les métaphores abondent apportant une touche de légèreté dans une atmosphère parfois tragique. Et le lecteur ne sera pas déboussolé d'apprendre qu'il s'agit d'un jeu de manipulation, le détective servant un peu de pion dans une partie d'échec, ou de remplaçant dans un match de foot dont le résultat pourrait être connu à l'avance. Un petit clin d'œil est adressé à Léo Malet au passage, mais surtout à son personnage de détective Nestor Burma, dont peut s'inspirer Antoine Fouget.

Gilles Vidal ancre son intrigue dans les milieux du foot, ce qui n'est pas anodin car ce sport est l'une de ses passions, et les histoires de transfert et de matchs truqués. Et il nous gratifie d'un article journalistique sur le déroulement d'un match de foot, tel qu'aurait pu en écrire, mieux même peut-être, un journaliste de l'Equipe. Il n'oublie pas également sa passion pour les romans noirs et le cinéma de même couleur, en plaçant ici et là quelques références. Seulement une seconde histoire se greffe sur l'enquête de la mort du footballeur, celle de l'énigme que le grand-père d'Antoine Fouget laisse à sa mort.

Je ne les ai pas tous recensés, mais certains noms de protagonistes m'ont fait tilt, comme un hommage rendu à des copains. Par exemple un policier se nomme Merle, comme Jean-François, qui est romancier, traducteur et éditeur, notamment aux Presses de la Cité.

 

Gilles VIDAL : Sombres héros. (Première édition Atelier Presse, collection Atelier Noir). Editions Ska. Collection Noire Sœur. Parution juillet 2015. Environ 180 pages. 3,99€.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 13:20

Au moins, cela ne peut être considéré comme du racolage sur la voie publique...

Jérémy BOUQUIN : Phone sex.

Accrochée au téléphone, Cynthia attend que son client se manifeste. Elle a l'habitude Cynthia, qui d'ailleurs ne se prénomme pas ainsi mais on ne va pas chipoter. Michel est un mutique.

Ses autres clients ne se conduisent pas lui, ils ont tous leurs propres réactions. Ceux qui causent beaucoup ne laissant pratiquement pas Cynthia placer une parole, ceux qui vitupèrent, ceux qui quémandent, des brutaux de la gueule, des timides, des passionnés, il y en a pour tous les goûts. Il y en même un qui parfait son éducation sexuelle en posant des questions. De toute façon, cela ne la gêne pas, Cynthia, bien cachée derrière son écouteur.

Michel ne s'exprime pas, ou si peu. Alors elle est obligée de combler les silences, et faire durer le plaisir. Elle est payée au temps passé, et plus longtemps reste le client au bout du fil, plus les piécettes tombent dans son escarcelle. Les billets plutôt, mais j'aime bien l'image sonore des piécettes.

Car Cynthia, qui est comédienne, pratique un métier pas très difficile en apparence mais qui requiert une grande imagination, une voix sensuelle et doigté avec les clients. Il ne faut pas les brusquer et les garder le plus longtemps possible. Elle est employée au téléphone rose. Elle ne fait de mal à personne, au contraire. Ils sont soulagés de l'entendre Cynthia lorsqu'elle suggère qu'elle déboutonne son corsage, que ses petits tétons pointent sous la dentelle, qu'elle glisse un doigt sur la couture du pantalon. Certains en bavent de plaisir.

Mais Michel ce soir là est en veine de confidence. Et il trouve que Cynthia a la voix de quelqu'un qu'il connait.

 

Rangée dans la collection Culissime, cette nouvelle aurait tout aussi bien pu être cataloguée comme Noire Soeur. En effet le final, particulièrement bien amené, nous démontre que tout n'est pas rose dans la vie, pas comme le téléphone, et que les à-côtés sont frangés de noir. Jérémy Bouquin laisse monter la pression tout en finesse, avec subtilité, et nombreux sont ceux qui, je le pense, vont se laisser piéger par l'épilogue.

Jérémy BOUQUIN : Phone sex. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:26

Et le narrateur ne se nomme pas Quasimodo...

Pascal PRATZ : Esméralda.

La grande Ducasse bat son plein et le narrateur flâne parmi les manèges, les stands, assailli par les odeurs de frites, de barbe à papa et pommes d'amour. Une fête foraine qui va durer pendant deux mois.

Il est seul et donc il peut se rendre où il le désire sans être tiraillé par des demandes émanant de gamins turbulents et exigeants ou de femme désireuse de trouver le grand frisson ailleurs que dans la chambre conjugale.

Ce n'est pas le décor externe du Palais des Horreurs qui l'attire, ni les cris, les hurlements d'extase des demoiselles qui s'engouffrent dans cette bouche géante pour en ressortir par une ouverture en forme d'anus (c'est pas moi qui ai eu l'idée de cette image suggestive, mais l'auteur), non, c'est la gente demoiselle qui se tient à la caisse.

Elle est belle comme... Tiens l'image m'échappe... Ses cheveux couleur d'incendie et ses yeux verts l'aspirent et aussitôt il lui pose une question qui dénote une recherche linguistique savante et osée, du genre : Vous finissez à quelle heure ?

Rendez-vous est pris pour minuit, heure de fermeture de l'attraction. Minuit personne, le temps passe, un peu plus tard, personne, il poireaute, personne, enfin vers une heure du matin, la voilà qui arrive, toujours aussi belle, éblouissante, provocante. Et à ce moment se joue une scène qui le pétrifie. Elle lui prend la main et s'en va et lui, il reste comme un manchot accroché à sa banquise. Retour arrière et s'engage une conversation pour le moins passionnante, qui consiste à savoir ce qu'ils vont pouvoir faire et où.

Non seulement elle a un corps admirable, qu'il dévore des yeux, mais au goût c'est une déferlante de friandises dont il se repait avec volupté. Et rendez-vous est pris pour le lendemain soir, afin de savoir si les sensations seront les mêmes et aussi sensationnelles. Mais il semblerait bien qu'une diablerie se soit glissée dans leur chambre, des pattes fourchues pouvant en attester.

 

Nouvelle érotique, comme le laisse supposer le titre de la collection, mais également à tendance onirique et fantastique, Esméralda joue avec les sens, et pas uniquement celui du toucher du narrateur, et par voie de conséquence du lecteur. Esméralda, comment dire, s'envoie en l'air dans toute l'acception du terme, aussi bien au figuré qu'au propre. Et le narrateur la suit dans cette explosion charnelle, à sa grande joie mais également à son grand étonnement. Bref ils passent tous les deux une nuit mémorable et le lecteur un moment lui aussi mémorable.

 

Pascal PRATZ : Esméralda. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:38

Oui mais Salve à tort...

Eva SCARDAPELLE : Salves.

La narratrice est devenue misanthrope. Comme ça d'un seul coup ou presque. En réalité cela c'est fait progressivement mais à son insu et un beau jour elle s'est rendu compte qu'elle n'aimait plus les gens.

Et quand je dis, j'écris, les gens, c'est tout le monde. Même ses enfants. D'ailleurs ce rejet a débuté par ses gamins qu'elle nourrissait à la va-comme-je-te-pousse. Des plats trop froids. Des bains trop chauds. Allant même jusqu'à les oublier à l'école.

La vie continue, en pointillé, sans elle. Elle a autre chose à faire.

Salves est une courte nouvelle pour exprimer une longue dégringolade. A cause d'une addiction, à cause de réseaux sociaux aussi, des miroirs aux alouettes qui ne tiennent pas leurs promesses. A cause d'un abandon de soi et des autres.

Une nouvelle profondément pessimiste, mais qui reflète sûrement le lot quotidien de nombreuses personnes, des jeunes principalement, qui ne savent pas ou plus quoi faire de leur vie. Dont l'esprit est englué de pensées négatives. Une nouvelle alarmiste dont il serait bon de chercher les origines de ce dédain de soin, de cette forme de rejet envers les autres, de ce repli.

 

Eva SCARDAPELLE : Salves. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:59

Patriiiick !

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk.

Installé tranquille dans son bureau, Corbucci voit entrer une jeune femme dont il pressent immédiatement qu'elle va lui apporter ennuis et plus si affinité.

Mais les billets de 200 qu'elle tient négligemment au bout de ses doigts seraient aussi bien à l'abri dans son portefeuille raplapla.

Seulement, il ne faut pas dire du mal des lectures de Corbucci qui était en train de feuilleter un vieux numéro de Rock and Folk. Le rock, c'est de la merde, déclame rageusement l'ancienne future cliente avant de s'esquiver sur les conseils pas forcément judicieux de notre privé. Et elle n'a pas laissé l'argent ce qui rend Corbucci fort marri.

Deux jours plus tard, alors qu'il se tâte afin de savoir quel morceau de bidoche il pourrait s'acheter avec l'argent péniblement gagné auprès d'un client, ne voilà-t-il pas qu'elle rapplique, comme si de rien n'était. Débute alors une bavette pas tendre concernant quelques morceaux choisis du cochon, voire du bœuf, entre le boucher, Corbucci et l'ex-future cliente qui n'apprécie pas les bas morceaux.

Faut vraiment savoir ce qu'elle veut...

 

Humour décalé et macabre pour une historiette dans laquelle Patrick Raynal se déchaîne. Et pour le lecteur le plaisir de retrouver Corbucci, le privé niçois qui a eu les honneurs de figurer dans quelques nouvelles dans le recueil justement titré Corbucci (quel sens de l'à-propos) et romans. Il n'a pas perdu le sens de la répartie, mais sa cliente a elle aussi la langue bien pendue. Mais elle est un un peu trop soupe-au-lait.

Voici donc Corbucci de retour, mais n'est-ce qu'un rapide passage ou une mise en bouche ? Seul l'avenir nous le dira, pourtant Patrick Raynal devrait le sortir du placard dans lequel il l'a enfermé depuis trop longtemps. Et puis ça doit sentir le résidu de rognons là-dedans, n'en déplaise à cette cliente qui n'aime pas la viande...

 

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk. Nouvelle Collection Noire soeur. Editions Ska. 1,49€.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 13:59

Un bijou et ce n'est pas du toc !

Gilles VIDAL : Maty.

Rien n'est plus énervant que de ne pas pouvoir honorer un contrat.

Bob Richard le sait bien, lui qui s'escrime sur sa guitare acoustique à plaquer des accords afin de composer un thème musical à remettre pour le lendemain. Trois semaines qu'il gratte et rien ne vient. L'écrivain qui pond de temps à autre des chansons afin de mettre du beurre sur la tartine de pain dur attend sa prestation.

Mais rien de vient et tout ça à cause de Mathilde, ou plutôt Maty car elle a en horreur son prénom. Et puis elle est violente, pourtant elle lui devrait le respect avec ses vingt-deux printemps de moins. Mais à vingt-quatre ans a-t-on de la considération pour les quadragénaires avancés, même lorsqu'ils offrent une Mini-Cooper ?

Bref quand elle a failli claquer sa Fender Stratocaster, signée au feutre par une pointure, contre le mur, Bob s'est fâché tout rouge, il lui a gentiment balancé une torgnole afin de lui remettre les esprits à l'endroit.

Alors ? Alors elle est partie et depuis il recherche désespérément l'air qui en fera le tube de l'été, pas dentifrice mais celui qui entre dans une oreille et refuse d'en ressortir.

Seulement, où est passée Maty ? La question bête et méchante à laquelle il ne possède aucune réponse et qui le taraude.

Bon, c'est vrai qu'elle a des raisons de boire et de se défoncer, mais ce n'est pas de sa faute à lui, Bob, c'est celle de son père et de trois clébards au passeport allemand.

Le téléphone sonne, (l'air est déjà pris), Maty bout du fil, qui d'ailleurs n'existe plus avec les portables mais c'était juste une image, Maty qui pleure et a besoin de lui.

 

Dans une ambiance musicale très rock and blues, Gilles Vidal nous emmène à la poursuite de l'amour, celui qui étreint un presque quinquagénaire à une jeune fille. Ce n'est pas tant la différence d'âge qui importe mais la divergence de caractère. Quand on est mature, on connait le poids des responsabilités, même si l'on se conduit comme un imbécile qui pourrait tout faire capoter, et quand on est jeune la fougue vous amène à provoquer des événements inconsidérés. Dans les deux cas, c'est l'amour qui guide, même si justement l'amour est aveugle.

Un texte d'une tendresse bourrue qui joue insensiblement sur la nostalgie et sur la mélancolie, et si nous étions dans la peau de Bob, nous conduirions-nous de façon similaire? Mieux vaut ne pas avoir à se poser la question.

 

 

Pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :

La librairie en ligne et le blog :

Gilles VIDAL : Maty. Nouvelle noire. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 1,49€.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 16:06

La musique, elle vient de là, elle vient du blues...

Max OBIONE : So suspicious.

Véritable caricature empruntée à Robert Crumb, son ramage n'est pas à l'égal de son plumage. A le voir on aurait plutôt tendance à pouffer, à rire à gorge déployée, à le monter du doigt tel un phénomène de cirque. Les yeux fermés, les oreilles en prennent plein le pavillon. On ne sait plus à quel saint se vouer. Saint Elvis, Saint Rod Stewart, Saint Little Richard, Saint Barry White ou Saint Little Bob... Mais pas Saint Thétiseur.

Pas besoin de musique d'accompagnement, du brut pour les brutes, et ceux qui l'écoutent sont scotchés dans leur fauteuil. Une bête de scène interprétant une composition personnelle.

C'était le dernier à passer, il est prié d'aller attendre au bistrot en face, on le rappellera.

La délibération qui s'ensuit n'est entamée que pour la forme car tous ont été bluffés par la prestation de Big Dicky Joe, fallait le trouver ce blaze, un inconnu inscrit via le site, en provenance d'un bled au nom allemand imprononçable.

Ils viennent d'entendre la perle, Le remplaçant de Mac qui s'est pété les cordes vocales. Mac fait la gueule dans son coin, mais comme on dit, le spectacle continue... Se pose la question maintenant de savoir d'où il vient exactement ce chanteur providentiel inconnu de tous et même des autres, peut-être un peu dépressif sur les bords.

 

Avec une écriture brute, râpeuse, et néanmoins poétique, Max Obione nous permet d'espionner une séance musicale, une audition qui pourrait être salvatrice, aussi bien pour les membres du groupe que pour ce chanteur à voix de rogomme venu de nulle part. Et qui aurait pu interpréter Quand t'es dans le désert de Jean-Patrick Capdevielle, cet auteur-compositeur-interprète à la voix rauque quelque peu négligé depuis des années.

Nostalgie et mélancolie sont les deux mamelles de So Suspicious, un blues à déguster avec un verre de Johnny Marcheur à la main.

 

Pour vous procurer ce texte, une seule librairie :

 

Max OBIONE : So suspicious. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution décembre 2014. 1,49€.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 13:07

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats !

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

 

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

 

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Editions SKA. version numérique. 3,99€.

(Précédente édition Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012).

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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